‹ Histoire de l'organisation judiciaire des RomainsChapitre 73 sur 179 · MODESTIE DES INNOVATIONS JUDICIAIRES · texte numérisé non relu

MODESTIE DES INNOVATIONS JUDICIAIRES

ments religieux et par contre-coup les faits corrélatifs, à mesure qu'ils se produisaient *. Par malheur, il est maintenant bien établi que ces témoignages excellents, rassemblés vers le milieu du VII* siècle dans une collection, désignée, par opposition à d'autres ouvrages suivant le même ordre chronologique, du nom d'annales maximi, n'ont pas obtenu des Romains postérieurs l'attention qu'ils méritaient. La tradition représentée par les principaux historiens dont les œuvres nous ont été transmises, ne remonte pas aux annales maximi *, Elle ne se rattache même pas aux premiers ouvrages privés écrits en langue grecque sur le même plan, qui, s'ils étaient déjà moins dignes de foi dans l'ensemble, avaient le mérite de parler principalement de ce que connaissaient le mieux leurs auteurs en s'étendant très peu sur les temps anciens autres que la période légendaire et beaucoup sur l'époque moderne'. Elle dérive directement des annalistes du temps de Sulla tels que Q. Claudius Quadrigarius, Licinius Macer et Valerius Antias, dont les narrations écrites sans souci de la vérité, sous le coup de préoccupations politiques ou littéraires n'étaient que des romans de tendances tout remplis de chiffres imaginaires, de pièces fausses et de longs discours apocryphes *. Le traitement qu'ont reçu dans cette littérature certains épisodes dont la popularité nous fait mieux connaître les versions variées, ainsi les célèbres procès des Scipions, ainsi encore le supplice de Regulus inventé de toutes pièces pour excuser les cruautés parfaitement réelles exercées par sa femme et ses fils sur les prisonniers Carthaginois ^^ a été mis en lumière dans des travaux

1. Cf. sur les tables annales afBchées par les grands porltifes, sur la continuation de leur affichage jusqu'à P. Mucius Scaevola et sur les quatre-vingt livres d'Annales maximi composés de leur collection à Tëpoque où Taffichage fut supprimé entre Tan 623 et Tan 640, la p. 46, note 1, et les ouvrages cités.

2. Seuls parmi les auteurs qui nous sont connus, Cicéron, Valerius Flaccus et Atticus paraissent en avoir eu une connaissance personnelle, et encore celle de Cicéron semble-t-elle avoir été assez superficielle. V. 0. Seeck, Kalendertafel der Pontifices, 1885, p. 88 et ss. ; Cichorius, dans Pauly-Wissowa, v. Annales, l^ p. 2225; Schanz, Gesch, d, rômisch, Litteratur, !>, p. 26.

3. Denys, 1^ 6, le dit positivement pour les annalistes de langue grecque du temps des Guerres puniques Q. Fabius Pictor et L. Cincius Alimentus. V. sur tous deux et sur les autres annalistes de langue grecque, Schanz, F, pp. 120- 124 et les renvois, sur ceux de langue latine, le même, I, pp. 131-132 et les renvois.

4. V. encore sur tous trois Schanz, I, pp. 192-195 et les auteurs cités.

5. Le travail classique sur les procès des Scipions est celui de Mommsen,

164 CHAPITRE III. — DES LOIS LICINIENNES AU DÉBUT DU Vil'' SIÈCLE

critiques concluants dont rintérêtva bien au delà des faits particuliers auxquels se rapportent les impostures ; car ces exemples, où la multiplicité des renseignements nous permet de prendre les faussaires sur le fait, jettent un jour sur toute leur œuvre, éclairent sur la valeur de nombre d'autres légendes similaires où l'unité de source empêche d'établir aussi directement le mensonge. Ils montrent tout ce qu'il y a de puérilà employer, ainsi qu'on l'a fait plus d'une fois, dans des ouvrages de droit et ailleurs, les détails incidents de telle ou telle de ces fables comme des témoignages de l'existence d'institutions données, non pas à Tépoque où le récit a été fait, mais à celle qu'il prétend décrire.

On a, pour le V« et le VI® siècle de Rome, de bons et loyaux témoignages. Mais ce ne sont pas ces amplifications sans portée. Ce sont par exemple les informations précises et autorisées venant des annales maximiy non seulement listes de magistrats et de triomphes, mais dates concrètes de prodiges, de consécrations de temples, d'introductions de divinités qui sont encore restées encastrées dans la littérature récente et qu'à vrai dire il n'est pas toujours facile de dégager de ses corruptions ^ Ce sont les relations sérieuses de faits historiques écrites par des auteurs voisins des événements rapportés, comme celles contenues dans les histoires de Polybe, à la vérité peu riches en informations sur Thistoire du droit, comme celles qui nous sont venues médiatement d'autres bons ou-

Rômische.Forschungen, II, pp. 417-510, auquel il convient de joindre la dissertation de Niese, De annalibus Romanorum observationes alterae, Mar* bourg, 1888. Quant à M. Atilius Regulus, consul en 497 et 498^ fait prisonnier par les Carthaginois en Tan 499, que la légende connue de la fin de la République représente comme ayant été plus tard envoyé à Rome sur parole pour porter des propositions des Carthaginois repoussées sous son influence et comme ayant, après son retour à Carthage, péri dans des tortures affreuses, on a depuis longtemps remarqué que Timposture et sa cause sont révélées par les deux auteurs auxquels on doit les meilleurs renseignements sur les guerres puniques, par Polybe, 1, 35, et Diodore, Excerpta, 24, 12 ; ils ne savent ni Tun ni l'autre rien ni de Tambassade de Regulus, ni de son supplice; mais le second rapporte le supplice des prisonniers carthaginois eflacé dans la plupart des récits plus récents. V. en dernier lieu Klebs, dans Pauly-Wissowa, V. Atilius, n» 51, pp. 2088-2092, où les textes sont reproduits dans leur ordre chronologique de façon h. faire ressortir la formation progressive de la légende.

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