MATÉRIAUX POUR L'ÉTUDE DE CES INNOVATIONS
vrages perdus *. Ce sont, cette fois autant pour l'histoire judiciaire que pour l'histoire politique, les fragments d'actes authentiques, lois, jugements, sénatus-consultes, ordonnances de magistrats, plaidoyers, discours, inscriptions honoriflques ou funéraires, que Ton commence pour notre époque à posséder dans leur forme originale. Ce sont, pour l'histoire judiciaire avant tout, les témoignages incidents, d'autant plus probants qu'ils sont involontaires, donnés accidentellement sur le droit de leur temps par les auteurs littéraires, dont, toujours pour cette époque, les œuvres commencent à nous être arrivées intégralement ou par morceaux. Il suffira de citer, à un point de vue, le théâtre de Plaute qui, malgré la difficulté que l'on rencontre à séparer, du fond hellénique des originaux grecs, les traits romains de la transposition latine, constitue une mine aussi riche que mal exploitée de bons renseignements relatifs à la procédure civile du VI* siècle * ; à un autre
1. La grande valeur historique de Diodore, parfaitement indépendante de sa valeur littéraire et de plus en plus unanimement reconnue, tient par exemple à ce qu*au lieu de suivre les annalistes récents dont dérivent principalement Denys, Tite-Live et la suite de ses abréviateurs, il reproduit de bonnes sources qu*on ne connaît guère que par lui, soit, pour les événements purement romains, un bon auteur romain qui est probablement Fabius Pictor, soit pour les événements touchant la Sicile et le monde grec, tels que la guerre de Pyrrhus et les guerres puniques, de bons auteurs grecs. V. principalement Mommsen, Rômviche Forschungeny II, pp.221-296; Bader,Z)e Diodori rerum Aomanarum auctoribus, Leipzig 1890. Il ne peut naturellement être question de présenter ici une appréciation générale des sources de Thistoire romaine dans notre période. On trouvera de bonnes indications d'ensemble dans les notices sur les sources mises par M. Niese, Abriss, pp. 43. 59-60 en tête des parties IV (ans 416-489) et V (ans 489-587) de son livre. On pourra aussi consulter avec fruit sur la valeur respective des divers historiens les notices qui leur sont consacrées dans Wachsmuth, Einleitung in das Studium der alten Geschichte^
2. Les pièces de Plaute étant indubitablement des adaptations d*originaux grecs, c^est une lourde faute depuis longtemps signalée (v. par ex. Bechmann, Der Kaufj 1, 1876, pp. 507-509), mais dans laquelle on retombe toujours imperturbablement que de les prendre à l'état brut comme des documents romains. Elles ne comporteront un traitement scientifique que quand on aura, dans la mesure du possible, déterminé leurs originaux de manière à fixer pour chacune les traits qui appartiennent à son milieu d*origine et ceux qu'elle a pu recevoir seulement après son importation. Jusqu'à l'achèvement de ce travail délicat, dont les matériaux préliminaires commencent seulement à être rassemblés (v. surtout Hueffner, De Plauti comoediarum exemplis Atticis quaesUones maxime chronologicaef Goettingue, 1894 ; F. Léo, Plautinische Forschungen, 1895, pp. 77-169), et même après lui, pour les cas où il ne fournira rien, on sera
166 CHAPITRE III. — DES LOIS LICINIENNES AU DÉBUT DU Vil'' SIÈCLE
point de vue, les débris mutilés des discours de Caton TAncien, dont les phrases entrecoupées, parfois amputées de leur commencement et de leur fin, sont toujours des documents plus sûrs et se trouvent parfois être des documents plus explicites que les longs développements de Tite-Live ou de Denys * ; à d'autres encore, les titres tels que la loi Papiria sur lesacramentum et la loi Plaetoria sur la juridiction dont des auteurs nous rapportent la rédaction littérale ', ceux comme le sénatus-consulte des Bacchanales de 568, le sénatus-consulte en faveur des Thisbéens de 584, la lettre du préteur aux habitants de Tibur de 595, le décret du gouverneur d'Espagne Paul Emile de 585, dont le texte officiel nous a été transmis, gravé sur la pierre ou sur le bronze^, même tels modestes règlements locaux comme l'inscription de Luceria qui en quatre li-
réduit à chercher empiriquement, quels éléments de Taction se révèlent ou non comme romains. Sous ce rapport ce que l'on peut dire de plus général, c'est que, par la nature même du travail de transposition, les éléments helléniques doivent surtout se trouver dans le canevas général de la pièce et les éléments romains dans le détail du dialogue. Cf. Dareste, Journal des savants, 1892, p. 145 et ss., iV. H. Hist,j 1900, p. 677 et ss. ; Girard, ^. R. Hist., 1893, p. 795 et ss. et les exemples discutés, pp. 177, n. 2, 221, n.2, 225,n.l (Le chapitre consacré à la question dans A.H.Becker, De facetiis juridicis apud scriptores Latinos^ 1896, pp. 35-59, révèle une méconnaissance surprenante de la position du problème et de ses instruments de solution). C'est seulement en tenant compte de ces observations qu'on peut utiliser le relevé des textes juridiques de Plante contenu dans Touvrage de M. Costa, Diritto privato romane nelle comédie di Plauto, 1890, et même jusqu'à un certain point celui des textes juridiques de Térence et d'autres comiques dressé sur le même plan par M. Bekker, Z. S. St., XIÏI, 1893, pp. 53-118.
1. Le recueil le plus commode des fragments des discours de Caton est celui contenu dans H. Jordan, M, Catonis praeter librum de re rustica quae extant, 1860, pp. 31-74. Des fragments de discours attribués à des prédécesseurs ou à des contemporains de Caton sont rassemblés dans H. Meyer, Oratorum Romanorum fragmenta, éd. 2, Zurich, 1842, pp. 1-11 ; 151-158.
2. Loi Papiria dans Festus, v. Sacramentum, p. 344 ; texte et notice dans Girard, Textes, p. 23. Loi Plaetoria, dans Censorinus, De die natali, 24 : Bruns, Fontes, I, p. 45. La loi Silia d« ponderibus de Festus, p. 246, dont la date précise est incertaine (Bruns, Fontes, I, p. 46), appartient sans doute aussi à notre période.
3. Sénatus-consulte des Bacchanales : C. I. L., X, 104; texte et notice dans Girard, Textes, pp, 22-23. Sénatus-consulte de Thisbaeis : Bruns, Fontes, ], pp. 162-166; commentaire de Mommsen, Eph. ep., I, p. 178 et ss. Lettre du préteur Cornélius aux Tiburtins, C. I. L., XIV, 5384 ; Bruns, I, pp. 166-167. Décret de Paul Emile: CI. L., IF, 5041; Girard, Textes, pp. 144-145. On peut ajouter la loi osque de Bantia (p. 200, n. 1), qui est probablement plutôt de cette période que de la suivante.