TOM. III. T
hommes bien supérieurs à certains hommes que Ton décorait, et qui avaient à juste titre le droit de s'étonner que tel peintre, dont tout le mérite était de calomnier la France dans les salions, que tel musicien, couvert de la livrée d'un souverain ennemi, que tel personnage encore enrhumé pour avoir nouvellement quitté le bonnet rouge, que tant d'autres êtres de cette espèce, enfin, fussent devenus tout-à-coup rélite de la France. Chez un peuple aussi susceptible que le français, il fiaut se garder d'employer ces expressions bannales, que la véritable éloquence d'abord aban» donne aux rhéteurs, et qui d'un autre côté sont d'autant plus dangereuses qu'elles insultent au mérite sans récompense, sans prouver le mérite récompensé. Cette expression appela tous les regards sur les favorisés, et la vaniteuse affectation dans les uns de multiplier les cordons sur leurs vêtemens, et la basesse des autres qui soigneusement les cachaient dans leurs pocheâ pour échapper à la honte de s'en décorer, ne les sauva ni les uns ni les autres de Tamére censure, justement due à la nullité de leurs droits. On eut tort de prodiguef
ainsi cette décoration à certains personnages. Cela prou?a que personne ne l'avait sollicitée.
Un i^pectacle d^un autre genre se prépare. Le couronnement approche, et le Pape arrive. Alors la précédente indulgence de Napoléon pour les usurpations des prêtres ressuscites, son silence sur l'indécente négligence avec la quelle le ministre Portalis laissait enfreindre le concordat par ces prêtres, silence si étonnant dans un homme que Ton commençait à connaitre si jaloux de Tobéissance ; tout s^expliqua dans un instant. Le Pape arrivait, et il n'eut pas été juste de dédaigner, ou de fatiguer par une exacte discipline la milice d'un souverain auxiliaire dont on avait besoin pour achever de détrôner la liberté, qui régnait encore dans quelques têtes françaises. Le Pape par sa présence, ses oraisons, et son huile magique allait lui porter le dernier coup, et ne s'attendait pas à coup sur que la perte de la 'làehne serait la récompense de sa pontificale docilité. L'empereur le reçut bien. Il le lû^ea au palais des Thuileries dans Iç pavillon
de ïlofe. Le Pape occuppa un appartement;
que l'on aurait pu appeler Tappartement de famille, puisque la pluspart des rois et des reines Napoléon Font habité. Pendant soa séjour à Paris, le Pape fut servi par la maison de Tempereur. Ces deux, souverains mangèrent plusieurs fois ensemble, et se virent souvent Tout se passait à merveille, quant à l'exté- ^eur; mais le malin Napoléon, maintenant arrivé à son but, et certain que le Pontife ne pouvait plus renoncer au rôle qu'il lui" destinait, l'abandonnait sans pitié à lui même, sans le prémunir contre le caractère léger, boufibn et caustique d'une capitale, où Ton saisit avec une rapidité sans exemple le côté ridicule des hommes et des choses. On laissa la foule s'assembler au bas de son appartement, exiger vingt fois par jour qu'il parut au balcon, applaudir à son excessive complaisance, rire aux éclats chaque fois qu^il se montrait, lui demander sa bénédiction, et pousser souvent l'insolence jusqu'à lui crier jBw, comme s'il n'eut été question que d'un misérable histrion. On laissa de cupides marchands obtenir de son inexpérience qu'il bénit des grosses de chapelets, qu^ils faisaient porter jusques dàûfi
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«on antichambre, et vendaient presque sons ses yeux un petit écu pièce. On le laissa donner Une audience publique dans la grande galerie du muséum, pour procurer aux courtisans le pliaidir de rire de la figure bizare d'une centaine de vieilles femmes qui vinrent lui baiser les pieds. On Tinvita plus d^une fois au cercle de la cour, pour jouir de son embarras pendant les danses voluptueuses des virtuoses de Topera. Enfin un soir on Texposa au ridicule extrême d'entrer chez Timpératrice Joséphine apuyé sur le bras du célèbre la Lande, sans avoir la charité de le prévenir combien la réputation d'athéisme de ce savant rendrait ce rapprochement piquant pour la malignité publique. Ainsi tandis que Napoléon l'entourait en apparence de tous les rayons de la gloire impériale, il Timmolait sans pitié au persiflage de la cour et de laville.
Le jour du couronnement, le froid était rigoureux. Le pape sortit à dix heures du matin du palais des Thuileries pour se rendre à la basilique de Notre dame. L'empereur ne sortit qu'à onze heures. Ainsi le pape eut le temps d'attendre. Il eut au reste cela dç
commun avec les plus grandes autorités. La L difficulté que les voitures éprouvent pour arri- l[^ ver à la cathédrale, à cause du peu de largeur des rues qui y conduisent, avait forcé les maitres des cérémonies d'indiquer à chaque corps des heures différentes, afin qu^ils pussent s'y rendre sans embarras, et sans, que la multitude des voitures obstruât les passages. En sorte (}ue les maires des bonnes villes, par exemple, d'après Tordre présent, y arrivèrent à six heures du matin, les tribunaux à sept, la cour des comptes et la cour de cassasion à huit, le corps législatif à neuf, le conseil d'état à dix, le sénat à onze. D'après cela on conçoit combien durent souffrir toutes ces personnes dont la majeure partie fut obligée de séjourner pendant six, huit, et jusqu'à dix heures, par un froid de 10 à 12 degrés dans une église, l'une des plus vastes de l'Europe» On en fit l'observation à l'empereur. Il repondit en riant : Bon ; les voila bien malades. Le soldat campe bien sans feu sur les neiges du Tyrpl. Au reste la pompe de cette imposante solemnité fut vraiment incroyable. Tout ce que le faste de l'Asie peut déployer
de richesses était réuni dans cette enceinte. La colossale élévation du trône, adossé à la porte principale, occupant toute la largeur de la nef, et dont le dais, la tenture, les draperies étaient de velours pourpre entièrement brodé d'or; cette immense multitude de fonctionaires publics dont les costhumes d'étiqueté étaient étincelans d'or et d'argent i rénorme quantité de diamans, magnifique parure des femmes que le froid n'avait point arrêtées; les brillantes couleurs des tapis; la magnificence des tapisseries; la richesse du sacerdoce ; cette foule de cardinaux, d'archevêques, d'evêques entourant le pape ; cette garde superbe, dont le trône était environné; cette reunion de. héros de tout âge présente à ce triomphe, et ajoutant à ce spectacle admirable les illustres souvenirs des exploits sans nombre qui Y avaient précédé ; tel fut Je coup d'oeil qu'offrit cette cérémonie. L'empereur fut sacré, mais ne se laissa pas couronner. Il prit fièrement la couronne im* pénale sur l'autel et se la plaça lui même sur Je tête. Cet instant est celui que le célèbre peintre David a choisi pour son tableau du
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couronement, ou, pour être plus exact, c'est celui où Tempereur, après avoit saisi la courone, se retourne pour mettre le diadème swr le front de Timpératrice prosternée à ses pieds. Ce chef d'oeuvre a trente pieds de proportion.
Le cortège de l'empereur et celui du pape ne rentrèrent au palais des Thuileries qu'à six heures du soir. Dans le cortège du pape quelques accessoires prêtèrent encore aux raileries du peuple que Ton n'avait point eu Tattention de prévenir sur des objets aux quels ses yeux ni ses usages n'étaient point accoutumés, et qu'on aurait du l'inviter à respecter. Par exemple un prêtre italien, nommé Mon^ signor Sproni^ aux cheveux noirs, gras et plats, coiffé d'un chapeau assez semblable pour la forme ridicule à ceux des cochers de Londres, monté sur un petit mulet caparaçonné jusqu'à terré, et conduit par la bride par deux pale^ freniers de l'empereur, portait la grande ckhî d'or dont le pape marche toujours précédé; et par sa contenance caffarde et jésuitique excitait vivement le rire de la populace. Par hasard il prend fantaisie sur le boulevard au mule*
têtu de ne plus vouloir marcher. Les palfreniers, qui n'y voyent pas de conséquence s'aprêtent à lui donner quelques coups de cravache. C'est alors que la sainte et risible colère de M. Sproni redouble les éclats. No la tocate^ s'écriait il, No la tocate ; e Sacrata. Qui conque connaît le peuple de Paris, jugera facilemjent, qu'il était difficile de lui persuader qu'une mule fut une chose sacrée, et ce que durent être les triviales et extravagantes plaisanteries aux quelles les exclamations de Monsignor Sproni donnèrent lieu. Le mulet heureusement marcha et mit un terme à cette indécente et indévote scène. Après le sacre, le pape, dont on n'avait plus besoin, fut délaissé par l'empereur et par la cour. Pour se dérobber à l'ennui dont il était dévoré, il se répandit dans les églises de Paris, et pour se distraire bénit des chapelles, célébra des messes hautes et basses, dit des saints, donna des bénédictions, fit son métier enfin par désœuvrement.
Pie VIL comme pape, fit une grande faute en venant à Paris. Il aurait du réfléchir que ia* puissance de la thiare, ébranlée par les
coups que lui portent depuis plus de cent ans tous les sages de TEurope, ne peut plus exercer de magie qu'en se tenant ensevelie sous les murs de Rome. C'est là le théâtre des papes où Tacteur n'a de prix que par les décorations dont il est entouré. Là, le pape peut faire encore quelqu'efFet ; la magnificence de ses temples et de ses solemnités, le faste des palais qu'il habite, son titre même, au quel se rattachent tant de souvenirs efFrayans, peuvent entretenir encore une sorte de prestige. Les hommes en évidence doivent souvent beaucoup aux objets dont ils sont environnés. Combien de voyageurs à Rome n'ont ils pas fait honneur aux papes d'un respect qu'ils ne rendaient qu'à la majesté des arts, et rapportaient aux pontifes la sensation que leur inspiraient les chef d'œvres de Raphaël ou du Bramante. Dès que Pie VII. fut à Paris, le phantôme de pape disparut. Il ne resta plus que l'homme. Dans les premiers jours la curiosité seule attira la foule sous ses fenêtres. Au bout d'un mois on n'y pensait plus. Dans ses courses apostoliques après le sacre, les églises furent désertes, malgré l'indécente et scandaleuse pré^
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caution que la pluspart des curés de Paris avaient de faire afficher: tel jour sa sainteté officiera dans telle église. Ne dirait-on pas qu'il s'agissait d'un spectacle et d'un cornée dien. Quoi qu'il en soit, la présence d'un pape à Paris a completté le triomphe de la philosophie. Le coup est porté, c'est pour jamais. Les hommes qui se flatteraient de remettre le peuple français sous le joug théocratique s'abuseraient. Ils le tenteront, en feignant de s'asservir eux mêmes à des momeries, et croiront entrainer par l'exemple. Ils le tenteront, en livrant l'éducation publique à des prêtres, et en infectant l'esprit des enfans de toutes les erreurs que ces hommes enseiglaent pour établir leur domination ; mais les livres ne seront pas brûlés, la presse ne sera pas brisée, et quelques pages de Voltaire et quelques jours passés dans un régiment, auront bien vite rectifié les vices de l'éducation.
Le sort du pape à Paris fut une consé^ quençe du temps où il y vint, tandis que Napoléon sembla se' plaire à marcher en sens inverse du siècle où il vivait. Sa conduite dans
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cette circonstance ne fut ni celle ^^un grand homme, ni celle d'un homme éclairé. Il crut se mettre audessus de Charlemagne, en n'allant pas comme lui chercher la couronne impériale ' à Rome, et se mit au dessous en faisant venir le pape à Paris. Charlemagne pour rendre son pouvoir plus sacré, tira tout le parti qu'il pouvait tirer de l'ignorance de son siècle, et sa politique sut la mettre à profit sans paraitre s'éloigner des opinions de son temps. Napoléon dérogea aux lumières du sien, en perpétuant cette vieille erreur que les rois ont besoin du concours des prêtres pour être sacrés aux yeux des peuples; coname si les souverains protestans, les rois de l'Asie, les plus grands monarques de l'antiquité, étaient ou avaient été moins sacrés pour leurs sujetà que les princes catholiques. Ils croyent de^ voir à cette cérémonie du sacre le droit d'user de cette formule : par la grâce de DieUy roi etc. comme si tout homme n'était pas ce qu'il est par la grâce de Dieu. On est esclave à Maroc par la grâce de Dieu comme on est roi à Madrid. Si Dieu ne le voulait pas, on ne serait ni roi ni esclave; toutes les onctions
possibles ne changent rien à la chose ; Ton n'est pas roi par la grâce de Dieu mais par la volonté des peuples. C'est une vérité que l'orgueil ne parviendra jamais à étouffer. Le peuple seul serait en droit de dire, c'est par la grâce de Dieu que je te fais roi, car si mon choix lui déplaisait il m'en inspirerait un autre.
Napoléon pour satisfaire son ambition n'a pas craint de faire rétrograder les lumières. C'est un grand tort pour un homme comme lui ; il perpétuait un préjugé qui n'a du naissance qu'a l'esprit dominateur des prêtres, qui, pour se rendre plus importans aux yeux des peuples, leur firent entendre que les rois pour être obéis avaient besoin d'être empreints de leur sceau, et parvinrent ainsi en abusant de la crédulité à se mettre au dessus des rois même. Il falait que Napoléon se passât de cette cérémonie; que par un régne puissant et libéral, évitant des guerres inutiles et désastreuses, se faisant admirer et respecter au dehors, méritant et conservant l'amour d'un grand peuple par toutes les resourses de son
immense génie, il prouvât que Ton peut être roi et grand roi, sans Tintervention d^un pape. Il a perdu la papauté en la livrant au ridicule; la réaction passagère que tel ordre de choses pourait opérer sur les idées ne i^amenerait pas les papes aux siècles des Boniface, des Grégoire IX. des Innocent X. Les hideuses passions n^étoufferont pas les lumières. Si la France est écrasée sous le poids de FEurope, ce n'est par pour Tinterét des papes que TEurope récrase. Le pape importe peu à Tempexeur d'allemagne, qui n'a pas encore vangé les insultes faites à son antique prédécesseur lefameux Frédéric ; qu'importe le pape à Tarianisme de l'Empereur de Russie ? au roi luthérien de Prusse? à la religion anglicane du parlement de l'etopire britanique ? dans cette année de crise épouventable, tous sont froissés çt vainqueurs et vaincus. Qu'^est-ce qu'un prêtre au milieu de cette commotion inouïe ? dans dix ans, dans moins peut être, tout sera raffermi sur ses bazes. Les objets reparaîtront 30US leur véritable aspect. Et les papes ren** treront dans le cercle que le double intérêt et
des rois et des peuples leur prescrit. Je le répète donc ; Napoléon perdit la papauté ea Fexposant au ridicule. Il avait un moyen plui* noble d'arriver au même but; c'était de se passer du pape, et de régner grandement, et sans reproche.
Ils partirent chacun de leur coté; Napoléon pour aller à Milan ceindre son front de la couronne de fer, et le pape pour aller c^cier le jour de pâques à Lyon dans Téglise de St. Jean. L'histoire est écrite pour les rois» Ce sont les hommes qui la lisent le moins. S'il en était differement. Napoléon et le Pape eussait pu faire quelques raprochemens assez singuliers. Chiaramonté eut pu se rappeler que dans cette même église de St. Jean, Inno-* cent IV. vit les ambassadeurs de vingt roia prosternés à ses pieds, lui demander en vain la grâce de l'empereur d'allemagne ; qu'ea sortant le roi de Bohême lui tint l'étrier, e% que Louis IX. prit la bride de son cheval et le conduisit à pied et nud tête dans les rues« Napdiéon dans la cathédrale de Milan eut pu ise souvenir que jadis St. Apibroise en défendit l'entrée à Tempereur Tbeodose, jusqu'à
qu'il eut fait pénitence de la mort de quelques hommes. Chiaramonté ne trouva point de rois pour lui tenir la bride, ni Napoléon de St. Ambroise pour le mettre en pénit^ice; et Tun et Tautre purent se dire: les temps sont bien changés.
Il fut encore question, pendant le séjour de Fempereur à Milan, d'une nouvelle machine infernale. Si véritablement elle exista^ elle fut du moins découverte assez à temps pour n'être pas aussi funeste que celle ^de Paris. Pour cette fois, on fit grâce aux Anglais ; et on imputa cette machine à la reine de Naples. On ne peut se figurer combien de fois ces imputations bazardées de crimes, ou réels, ou supposés, se sont renouvelée» depuis vingt cinq ou trente ans. On s'effraye en songeant à la démoralisation qui semblait s'être introduite alors en Europe. Un crime politiquCi ou non, se commettait-il ? on l'imputait à telle personne, à telle puissance, avec une as* surance que l'on conçoit à peine, et qui n'était égale qu'à l'indifférence avec la quelle Taccusation était reçue, et le pçu de soin que l'on mettait à la repousser. On était de glace
. LA KévOLtJTlON PRABTÇAISÊ 288>
pour la réputation. On ne s'inquiettait ni d'attaquer celle d'autrui, ni de conserver la sienne ; on dirait que pendant cette portion de siècle on affectait de dédaigner ce que les honunes de tous les temps avaient cohstament respecté; Violer les conventions, les traités, les promesses^, les sermens; tout cela n'était qu'un jeu. Haine ou vengeance, tels étaient les seuls sentimens ; pour les satisfaire tout était approuvé, et l'honneur et la gloire étaient toujours contens. Ce fléau est-il éteint? j'en doute. Mais ou nous conduira ce système déplorable ? et que deviendront les peuples, si les gouvernans et les gouvernés se font un jeu de regarder la loyauté comme une duperie. Qum qu'il çn soit de cette macliîne infernale, on fut en France fort réservé à cet égard. Ce fut par ordre peut-être. On en parla peu parmi les grands. Les journalistes se turent; et s'il est Virai que ce ne fat point un de ces mensongé» qu'un intérêt d'un moment invente et laisse mourir le jour même qui la vu naitre, il fàut croire qu'une politique puissante obligea
sans doute à en étouffer la connaissance. TOM. m. u
JIQO HISTOIRE DîiS FACTIONS PE
L'expédition de Boulogne était cep^ndamt ce qui dans ce moment occupait le plus forte* ment la pensée de Tempereui:^ {1 vLs^ toa& les ports avec une promptitude qui n^appsyt^ tenait qu'à lui. Jamais homiue n^a parcouru d'aussi grands espaces en aussi peu dç t«iQp& n ne restait qu'un on deu^ jours, tout ajiti pios, dans chaque ville, et cepeods^t il descendait dans les plus petits détails* Mai3 daos^ <^ sortes dé circoxistanices malhe)i^ à ceu^ qui, ij^a) instruits de leui: besogne,, bolaiiçaîeni dws les réponses qu'ils avaient à &ire à ses questii<»33.(7 ) Heureux s^ils en étaient q|QÎtte» pour être rudement tancés, et si leur desti-^ tuytipdi» ne Iqs punissait pas de l^r igjwtwcQf ou qu^uefqis même de hw timidîtê« £U^ ^9it pardonnable. Son ton était sec, se» démandea brusques; il passait souvenjt tout-^i* Qoup d'un objet à un objet entièrement opposé. £t son œil perçant et scrutateur, semblait^ pojur ainsi dire, se plonger dan^ le fond» de Vam^ de, qelui qu'il inteirrogeait*. Il était asiK iJiS^turel qu'il, rencontrât des hoBunes que f» présence, déconcertât £n pareil caa on h
fisttïietmn facîleftlèfit à la jUslicéf. A Gf ahvilïë pàf è^êtiiplè il intirtiîdâ teWèiftent un fonc-* iiùtitote public qu^il ifèstd totalement sani& ré^ police. Il le destitue. Le préfet du départe^ fniént lui représente, que cet htoiiiihe est trèiai instrtiit, qu'il tempKt parfaîteiftent là pWM àÉtt lui est confiée, et qu'il serait malhëtf retfi pour k ville qu'il eti ftft privé. Uemperéuf lé fait ftppeïei^ sur le chSttipw Voui^^ aitef peur^ ktf dit^il. Pourquoi ? Ce n'eist pas moi qui fdus iWërroge. C'èsrt la patrie. Je ite àuîâf qa« *)« interprète. Vous k àertîfés pLi icfi^ ré|k>ilâés. On ii'ât ptis pi^^ déVaM ceux qà'ôiï oblige!. Je vous rei^s votre jylàcé. Rassurée t<iti£s et f épo«dez. Cétàit dani^ eiés océaf^onâf ^'it était a.di»iràble. K ^^ia^ «fec la ttétati ^difê Flessingué, Nietf{)olrtj FûràéS^Osiîéftdér, ^i^, DuAWque, CâiM»; il ésf à Boulogne. Fursbut il verse déote Fàioe du soï^ ià ftmsftié qai. \t dévore. Pstitoult il lui' iiiontfë' \eit côfes <t« rAngkfert-ë,- commue le tentfé étf ma «ta,tau», ëotiElïâe 1« 6(!)mpléiâiént dé sa* l^élre^'^mrae là S^ai ittodenM dlû tommet dé' .Jm- Ai^ i$ pOfHn^ dicter se^' loii au tA6ti.âë
2y2 HISTOIÏIE DES FACTIONS DE
et lui commander de se livrer dé^rmais au repos. Boulogne offrait alors un spectacle inoui dans les fastes des empires. Ni Tantique Grèce rassemblée toute entière dans les campagnes de TAulide et méditant la chute des murs de Dardanus, ni les nombreuses prou)es dirigées par Duilius vers les rives de Carthàge ; ni César hii même guidant les aigles romaines sur les flots Britanniques, ne fournirent 1^ mage des préparatifs immenses que les fureurs de Tambitioi/, les ejspèrances de la haine, et la fièvre de la gloire ont réunis sur ce point du globe. Il ne n'agit point ici de cet informe amas de vaisseaux de tout rang si cher au sombre orgueil du fils de Charlequint, de cette flotte dont le nom d'invincibie déshonora la honteuse défaite, non : rien ici }>our ainsi dire n*est accordé à Tespérance ; tout est à craindre, parce que tout est ^révu. La victoire est commencée, la nature est déjà vaincu^e. Ce port de Boulogne, où n'a guère de frêles, barques de pécheurs trouvaient à peinei^ un abri, maintenant recèle dans son sein une forêt de mâts dont les voiles n'attendent plut^
tA RfcVOLUTION FRANÇAISE. ^S
que le soufie dès vents. Les combinaisons de Tart, là force^hydraulique des écluses, ont refoulé dans les mers ces énormes bancs de cailloux, usés et roulés par les flots que soulèvent les tempêtes, et dont les siècles avaient étendu Tépaise barrière devant cette anse jusqu'alors ignorée ; des batteries hérissées de canons couronnent cette côte, et d'étage en étage descendant sur la rive, vont unir leurs foudres à celles que lanceront ces forts tout-àcoup sortis du sein de Tocéan, et dont les masses semblent à Toeil trompé Tavant garde de cette flote, dpnt-ils protègent la manœuvre et défendent Tapproche. Là sont cent mille hommes maintenant et piétons et marins dont Tœil dévore Tespace, dont Taudace deffie les dangers, dont les cris appélent le départ. II n'est plus temps de mettre en question si la descente . est possible. Elle est possible avec Thomme à qui la vie des hommes ne coûte rien. Combien de ces fragiles embarcations serdnt foudroyées par ces colosses où l'Angleterre attache sa défense ; mais combien pas- , seront, échapperont, arriveront ; et si elles arrivent, qui peut prévoir Tissue de ce phé-
âl94 ^IIITOIBE PES V4QylOV^ I)E
nomêne ? C'est ^.lors que se présente le specr tacle le plus ii^ipos^^t que Tbomme pnim donner à la terre, je veujs: dire le génie ^lJ^ prises avec le génie ; Tun accuQiulant tx>utes ^ forces 4e la guerre pour v£^ncre, Tartre r^iiilussent toutes les puissances de 1^ pqlitiqu^ pour repousser, L,^ politique ! comWPfîit Na»poléon, nV til donc jï^a^^ réfléchi qvff Vm peut gagner cent b^tf^illfUB» et qu'on ne tri» pmphe pas d'une ppUtique de cent ftps- Achille se hat, niais UUsfiie con^iUe, Que peut 1?- force contre Tadreagie, Ulia»e trir ompher^ d'Achille- Napoléon çppit qiipi VM^ gleterre tremble; T Angleterre sQurit* H ?>« yoit pas que dans ce niQQient si terril^e eq apparence, elle lui élever^^it au besoin de* jtatuçs ; ï\ ne voit pas qu'elle n'» p»int dç plus grand aroi que lui ; que l'expédition de Î^Ur Ipgne e^t Iç plu» sign?ilé servioa qn'ii pwisaie. Ifli prendre, et qn'U est l'irrécnsa^We et d^tmçf témoin qu'elle va tr^uire au tribunal de l'iUh rope pquy çonfener li^ yérité 4e aies paufol^ Depuis cçat ans,, dira^t-eile^ je n'*i cessé ^ YQus prévenir; je vous l'ai répété cent foi*; /praigne» la France, craignez les peuples de 1»
LA Rfel^OtÛÎ'ÏOtf ÎRAÏJÇAiàB. ^^S
Fraiice, rambition de la France^ la grandeur de la France. Eh bien ! Vous aisje trompé t Voyet^ et prononcez vous même^; Si Napoléim eut été grand en politique comme il était en guerre, il aurait reconnu que TAngleterre en Occupant sans cesse TEurope dé la France^ avait eu le grand iart d'empêcher TEurope de s'occuper d'elle ; qu'en livrant touis les peuples à la distraction des côtobats^ elle iaVait écarté tous les regards du plati quelle avait suivi avec uiie admirable tônstaticé; qtt*iridensiblémebt elle s'était emparée de toutes le$ position^ militaires du globe, sails inspirer pour aiïm dire d'inquiétude ; que maitrëssè dé TEut^e par la po;iiSe)sision dé Gibràltai" et de Malthe au midi, et par la possibilité de fehner à sùù gJpé le Suiid dànil le Nord : que maitfaise de r Afiique par le cap de BoÉrtie espérance, et par Ttle Maurice ; de l'Asie par la prfesqu*île de Flïide et l'empire du Mogd ; des deox Amériques même quelle départage pût la situatiofi du Canada, il he restait plus d*es^' pdt de rèilverser un colosse, dont les bfaa
ceignaient le mondé, et dont les pieds s'étaiérifc
en nlda£s jusqu'au centre de la terre; p&rtout
p& il lui avait plu de les arrêter. Voila la grande leçoa que Napoléon aurait reçue de r Angleterre sur Tart de vaincre se^ ennemis, et d'anéantir les rivalités. Il aurait apris que ce n'est pas en leur défendant impérieusement de s'agrandir qu'on réussit à les en enapêcheri mais en leur arrachant en silence tous lesr moyens d'y parvenir. Il aurait vu avec étc»* nement qu'il ne manquait {dus à TAngléterre pour le complément de ses d^ios, çt pour, affermir à jamais $a domination sur le monde, que le régne d'un homme comme lui* Qu'elle en jouisse de cette puissance, elle le mérite par l'admirable constance que depuis Ëjiisa* beth elle a mis à l'obtenir, . Mpi je pleuie. sur ma patrie, auguste victime de tant de maux que sa noble générosité lui mérita si peu. Que parle t-pn du despotisme, de l'a» surpation, de l'orgueil de Bonaparte ? Vpila dans 1^ masjse génér^lç de l'intérêt des nations une chose bien importante, que les petite» haines, les petits ressentimens, les petites vengeances de quelques hommes. Eh! qu*im* porte à la prospérité des peuples qu'un drapeau wit de telle ou telle couleur, qu*un tçl
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homme reprenne son titre ou que tel autre le perde pu le conserve ? Ne: dirait on pas que le monde doit crouler pour un -ruban de plus ou de moins à la boutoniére de certaines genS? Napoléon fut despote. Oui, mais tout passe, la tombe serait arrivée, le despote eut disparu. Mais ce qui ne passera jamais ce sont les incurables playes que sa fausse politique a faites à la France; c'est dans son rêve étemel de la destruction de TAngleterre, que je reconnais en lui le fléau de ma belle patrie. C'est son étemele dé* mence de traiter Albion, toujours en ennemie, quand il devait tout sacrifier pour ne la traiter qu'en égale. Que tous les peuples du continent se vantent d'avoir vaincu la France; laissons les dire. ' On n'est pas vainqueur quand on. écrase. Qu'ils croyent l'avoir humiliée, cela ne peut-être. La grandeur ne fuit pas dans l'adversAté. Ce qui peut humilier la France c'est d'être arrivée à une époque on elle à été forcée de compter le nombre des mauvais français. Quand à moi, ja ne reconnais de vainqueurs que l'Angleterre. Que tout le reste soit moins fier. Il n'a été
que rinstrument du vainqueur. Quand on est payé pour combattre, ^ on n^a pas le droit de s'asseoir sur le char de la victoire. On Ta vendu, il n'appartient plus. Angleterre! ta bataille dure depuis cent ans. TU triomphes. Ainsi le veut le ciel. Mais toi tu te connais en héroïsme du moins! tu estimeras toujours la France.
Elle éloigna habilement le danger. Une nouvelle coalition se forma entre TAngleterre et la Russie. L'Autriche y accéda bientôt. L^Empereur d'Autriche en avait signé le traité le 9 Août 1805, et le 8 Septembre srni armée entra en Bavière pour obliger l'Electeur à joindre ses forces à celles de l'Autriche. Ce Prince se sauve à Wurtzbourg, se déclare pour la France, et ses états sont envahis. 11 faut rendre justice à TEmpereur. Jamaii dans ceib sortes de crises, jamais dans ces grandes circonstances, nul homme ne le surpassa en activité. Le camp de Bologne est levé.( ^ ) L'armée piart en poste ; le Wxêo est déjà pa^é, que l'on croit à Vienne que Napoléon est encore sur les côtes de la Manche. L'aimée y était encore le 2? Ao4t|
^ le 8 ^tobre I9. bataille 4a Wertingeçi ^it gagnée. Ce fiit la première de cette ::ainpagne,
. Ces jsortes de prpdiges étaient mi dçs grand Qdoyen^^ de Napaléon pour entretenir l'enthour iîfusme. L'Angleterre par l'habileté de sa pQ<litique se vit ainsi débarrassée du vpisinag^ inr Ijuiétant d'un ennemi téméraire, et tout Iç p0id^ de Torage tomba sur l'Epiipçreur d'Autriçh^p pt ppjr eonjtre coup sur. 1-Ç.mpereur de Rttssicf,
doQt rarmée vint à ciAq çmU lieues dci ah^f ^la chereber la mort soua }e^ murs de Vienne Les vicaires se succédèrent avec une rapidité qm semblerait romanesque, si l'Europe entieie n'en avait pa$ été témoin. Gimsbourg, Me^ wingen, NordUngçn, Ulm, Dimestein, pré.
tér^nt leurs champs à }a victoire, tandis quen Italie le Générf^l Maaséna éqr^M^it le prince Charles ; et trpis mpia n'étaient pas éeoulés depuis le départ de Tarmé^ française des côties de Boulogne quand Napoléon fit son entïée a Vienne^ EiUe avait passé le Rhin Iç 97 Septembre, et , le 13 Novembre elle entra diMP^ la capitale de TAutriche. Ce fut ds^^s cett^ mar^ doot. chaque jour fut marqué
par des triomphes que Murât pensa ^yer de sa tête Taudace d'avoir combattu sans ordre. L^empereur furieux voulut 4'envoyér devant im conseil de guerre. Comme généralissime son courroux était pardonnable. Si Murât avait été battu il compromettait le sort de Tarmée. La campagne était perdue : et. qui peut prévoir les suites que cette faute aurait eues. Heureusement il fut vainqueur, et la victoire plaida pour lui ; mais il falut du temps avant qu'elle fléchit le superbe monarque, et Murât fut obligé d'acheter encore sa grâce par des victoires nouvelles. C'est par de semblables inconséquences que Murât est devenu dans la suite si funeste à la France et s'est enfin perdu lui même ; et c'est surtout à sa déplorable jalousie contre le prince Viceroi quil faut imputer toutes les fautes qu'il à commises. Si, par exemple il eut été fidèle à la promesse qu'il avait faite à Napoléon de tenir pendant cinq jours à Wilna, qu'il abandonna vingt qua* tre heures après, la retraite de Russie n'aurait pas eu les épouventables résultats dont elle fut marquée et les sept huitièmes de l'armée française eussent été sauvés. Si en 1813, il
n'eut pas, par la plus inconcevable et la plus honteuse des défections, abandonné là cause de la France sa patrie, qu'il eut joint franchement son armée à celle d'Eugéi^, et que de concert ils eussent marché à Vienne, la France était délivrée. Il a payé bien cher sa fatalle démence. Mais comment a-t-il pu croire qu'il serait mieux servi par ses plus cruels ennemis, que par ses plus chers amis.
La bataillé d' Austerlitz mit fin à cette cam« pagne, Tune des plus admirables de touteii celles que Napoléon à faites sous le rapport du talent militaire. De puis T Amo jusqu'au Danube, de puis la forêt noire jusqu^aux extremités de le Moravie il frappa l'Empereur d'Autriche dans toutes ses possessions. Les trois potentats les plus puissans de l'Europe se trouvèrent en présence à cette bataille d'Austertitz. Elle porta quelques temps en France le nom de bataille des trois empereurs. Le nom d' Austerlitz a prévalu. Là Napoléon dicta vraiment ses loix à l'Europe. L'empereur François II. vint le visiter à son 'bivouac et lui demanda la paix et pour lui et pour l'Empereur de Russie. Il l'accorda avec
308 HI8T01HK DE»^ yACTlOlTS DJB
magnanitnitéy je ne balance ][>as à le dim
Si l'on dùït juger ses faxOeB arec ^évé^téy il Ikût
k lûuéf qàffiid ifl est véntablément grande B
n'in^osâl ri^» à l^Ëthpeîeur de Russie; il dé^
iààm setdentent qtie Farmée rmfse tetmmiefm
dies: die en maorcfaant par étapes. An Mie
de la gloire^ il douma ans sourteraine^ à t^eh»
épdqae tm grand exeiHf4e de inodéfatio««
Nous le reverrcms encore égal à Ibh mètm à
Tiiàt. Depnis il a coaams deÉK glrsâides
hMe^ U'mjmûae des guerres âfEspàgitie
et de Moscem a obscurci fl^ne si hante te-
ncmiisiée. Peikt-ètre »"" a-t-e» plœ le -dréit
de W Im reprocher. Il lei$ a expîé)ôs« C'c»l
ittaintena^t à k. postérité à lie >iger^ DieuF
veuille qu'île ne dise pm cplovt kr. «^ lût
pajer bien^ cher et ses^ fautes,* et sri gloîvi^
et M. clémence. Diea renille snrfeei* (pji^èïk
pardonne à cette porgnée de ftaiitjiti qié
funreiM assez baé pour ramper à »ro fÂedff' taif
qv^a hÈ puissant,, et assez tik» poili* Finmlteii
qoand iB fut abattdL
La bataôlle d'Au6terlîtâ[ s? adbmabler par l9 génk foi k pvépiuray par le iaàm» qm t» disrigea^ et pav la; bravoure quk la déokki^ Ût
LA RâvOLUTIOÎir FRANÇAISE. 303
gagnée le 2 Décembre 1805. C'était le jow aouiversaire du couronnement de Napoléon. Le soldat, dont il ûit detout tempa adoréy céié* bca cette anniv^saire, par une ittiuninatioit d'une espèce nouvelle, formée avec des^ Inraâ-^ dons de paille, qui pendant quelques iisstaas firent paraitre le camp français tout en feu. Ce apectack inatt^oda occasioita quelques îsk quiétudes aux autrichien» et au3t russes, il» ea ignoraient le motif. Napoléoii ne s j al^ tendait pas lui même, et nei connfiii l'intention des soldats que k soir en parcourant la ligne.^ La tranquilité avec, la quelle il passa la mit qui précéda la bataille est une ciiose extn^ ondinaire. L'on n'avait pas eu le temps^ à» lui ccmstruire une baraque. C'était pendaooft le yo3W qu' il avait exécuta c^te retraite simulée, dbnt l'armée russe fut la. dmpe, et àaak le stratagème T attira dans lé piége« En arrivant dana la position qut'il oceupa le soir, (m lia fit à la hâte une espèce d'abii qui k; garantûssait à peine des premières, atteintea du vent^ mai» non pas d» fîroid, naturallement séveve au mois de Décembre sous cette latak taàfi. £b descendant de cheval; il; s'^q^a^c
loppia dans son manteau» s^assit dans un méchant fanteuil de paille que Ton avait trouvé daiis un village, et appuya ses jambes sur un tronc dWbre que Fon avait abattu. Le Général Berthier à ses cotés, assis sur ui^ caisse de tambour, devant une petite table de bois, expédia quelques lettres qu'il lui dicfeEu Il s'entretint pendant quelques temps avec plusieurs généraux qui survinrent, donna dés ordres à quelques aides de camp ; et s'endormit aussi tranquillement que s'il eut été dans Tun de ses palais, et libre de soins pour le laidemain. A la pointe du jour il se réveilla, monta à cheval, donna ses derniers ordres, la bataille commença, à une heure elle était gagnée.
Ce fut à ce bivouac que Tempereur d^allemagne vint le trouver. Napoléon lui dit ; ** je " vous recois dans le seul palais, que j'habite '^ de puis deux mois." L'empereur lui répondit en riant, ^^ vous tirez si bon parti ' de ^' votre habitation, qu'elle doit vous plaire;^ ce fut auprès du feu de ce bivouac qu'ils omk vinrent ensemble des bazes de la paix, et de la retraite de l'armée russe, dont les débris
LA RÉTOLUTION" FRANÇAISE. 305
se trouvaient cernés par le corps du Général d'Avoust. Quand T Empereur François IL Teut quitté, et que le Général Savary eut été porter à TEmpereur de Russie ^assurance que son armée était libre de se retirer, il dit 4 quelques officiers préséns : " Je fais une faute pour lui plaire. J'aurais pu suivre ma victoire et prendre Tarmée russe et autrichiené. Mais enfin quelques larmes de moins seront ** versées/' Le mot est certain, je le tiens d'un témoin auriculaire. Il n'est pas inutile de le rapeller on 1815. On n'a pas été aussi sensible aux larmes de la France.
Dix grandes batailles et plus de vingt combats peut-être, avaient précédé cette journée d'Austerlitz qui termina cette campagne de trois mois, changea l'organisation entière de là Germanie, donna naissance à des royaumes nouveaux, abaissa TAutriche, et rejeta pour quelques années encore la Russie dans ses climats glacés. Je laisse aux chronologistes le soin de conserver les noms de ces batailles "diverses, et à l'histoire générale des temps le droit de les décrire.(^)
306 HISTOIHE DES FACTIOIÏS M
Le traité de Presbourg suivit de près Tentrevue des deux empereurs. François II. céda les anciens états de Venise, la Dalmatie et TAlbanie Vénitienne au Hoyaume dltalîe ; k principauté d'Ëichstett, une {mrtie du territoire de Pansau, le Tyrol et la ville d^Ai^ bourg à l'Electeur de Bavière. Par ce traité TElecteur de Bavière et le Duc de Wurtembeij furent déclarés rois. Tout ce que T Empereur d^Autriche possédait dans la Suabe, le Brisgaw, et TOrtenau fut partagé entre les nouveaux rois de Bavière et de Wurkembei^, et le grand Duc de Bade ; et le traité fiit déclaré commun à ces trois souverains. Enfin Tindépendance des républiques £atave et Helvétique fut reconnue. Ainsi se termina le S6 Décembre 1805 cette fameuse caaipagne commencée le 6 Octobre précédent par la prise de quelques hommes du régiment de la Tour, faits prisonniers par les. premières- pàtrouilles françaises qui débouchèrent cte la forêt noire. Comme on le voit, elle ne dura^pas trois mois. Elle donna des trônes à deok princes de la Germanie et doubla leurs teni*
LA K^ÉTOIUTIOÎ^ vTRANÇAISB. 30?
toîfses ; «lie servit utilement ; la Suisse qu e les* mbntajgnes n' ont pas itoujoiirs garantie des «ressentimena de TAiitiiche • :enpemie née ié sa li4>eité. Toute la France, toute F Eu*ropè -a vu ces deux rois venir dans la suite grossir la cour de Napoléoi^ -^ Paris le? combla dfhoniieurs/ de< fêtes, de distinctions^; ^ quâiid les divers Landamah y parurent, ils reçurent ck^s 'français tout Taccueil que les i^agistrats d^iin {>euple, célèbre pour avoir conquis)' sa Liberté, devaient attendre dMne^grapde fiàlàon dont ' la puissante protection le gara^itit dans tous les temps des tentatives de ses anrtîques oppresseurs. Eh bien f Sept ans tf étaient pas Écoulés que ces mêmes rois s^; unirent àuk ennemis de ce Nappléon j pour ^'^ F accabler 5 yerviïent des puissances donb lès iressëntim^nà DQi^tre lui étaient justes, «ipaigi^dt^ïit la justice, ÉAcângérêiàiGesrois modèipnes; liei les dispensait pas: >de 'la . reconnaissance ; condùi^ii^eilt leurs peldats aui^eih de cette Fràtitje pour combattre ces mklats d^lAustearlitz^ont let:ourage et \û sang avaient cimenté leur puissance, et pour raivàg^r ks cabannes «de ces 'laboureurs dont k^' fiié'â^^
aient vaincu pour leur valoir Ija couroime. Huit
ans n'étaient pas passés que Fon vit la Suisse,
dont Thospitalitê fut vantée pendant tant de
siècles, renoncer à cette première de toutes les
vertus, et refuser azile» proscrire, chasser tous
les français, sous prétexte que leurs opinions
n^étaient pas Topinion à la mode. Que la
Russie se soit armée, il était juste ; elle avait
des vengeances à exercer : que ' la Prusse se
aoit armée, il était juste, elle avait à recouvrer
son. rang parmi les grandes puissances: que
l'Autriche se soit armée» il était juste, elle
avait ses anciens états à recouvrer : que. l'An-
gleterxé se soit armée, il était juste, elle avait
la balance politique à maintenir. Mietis la
Bavière, Je Wurtemberg, Baxjle, la Suisse I la
Suisse surtout!; de quelque nom qu'il plaise
à la politique: de qualifier cette conduite, je
doute que la philosophie et lliumanité ne s'ao
cordent daiis tous les siècles à la traiter dln-
gratitude. Et quel est le parti qu embrasse
la Suisse? Elle se déclare pour la puissance,
dont les armées, na-guére, se moquant de sa
nQutraUté violèrent son territcnre ; et cont»
LA EfevOLITTION PRAK^AISE. SO^
<jui se déclare t-elle ? contre ' la ^ puissance^ dont la loyauté respecta cette même neutràM lité, et qui cependant si elle eût pénétré en Suisse pour marcher au devant de ses emiemlîâ,' les eût. retenus loin de ses i frontières. Ùhi quelle est funeste la morale que cette conduite de la Suisse envers la France introduit parmi les nations ; cette morale qui tend à leur àprendre, qu'un peuple peut-être puni de son respect pour rindépëndance des autres- peuples, que son intérêt est la souveraine loi qu'il àdAft écouter, et que lors que la nécessité parlé *i$ peut sans remords étouffer ce q]ue l'honneur, la foi jurée et la sainteté àeê alliances com-' mandent. Lorsque Ton fait tant de bruit de la tyrannie de Bonaparte, on devrait ce me semble éviter de tant lui ressembler. Mais quels excès commis par Napoléon n'ont pas été • surpassés depuis six mois par les prétendus vengeurs du monde ? Eh ! quelles représailles la Bavière, le Wurtemberg, Bade,' là Suisse, avaient ils à exercer contre la France ; sans la grandeur qu'ils ne tiennent que. d'elle, seraient ils apperçus aujourd' hui
310 HISTOIRE DES YACIION8 DJB.
4ans \é» rangs de ses ennemiâ? Aufaièol ilg . Hssez d' importance politique pour se faife remarquer dans cette grande coalition?, rt lefiri petitesse ne les rendrait elles pas invî* sifades, poujT ainai.dire, dassà Fénorme inassé des grandes nations dont ils ont embrassé I9 fortune. . .
. ; , Après c^tte célébra campagne, Napoléon fiit i^u à, I:Oiîs . ayec un enthousiasme difficile à pfÛQdre, :,ç^ : l'adiwration forgea: les fers dont pj^ ,lai js^te : tant de gens ont afïecté de mau^ ^rQ^e.poids.v- Lorsque pour satisfiure à des ressentinii$nSi particuliers, buipour caresser les opipions dutjQur, ou ]pour: arriver aux hdniièuts et . ^xji^x eittplpis i s^B» < lès autorités ncfuiieUe^ of^ (Se. dé<^i4^ à fljétiir la mémbire. d'an maitre dppt? on n'a plus- rien à craindte ni à espérer» il: .^st bi|^nnfacil^.,de se présenter >commé no hQi^me.jsupériear^.idQht le géhie avait deviné 4'?iv;QMice'le jeu defe ressoi$s que T^mbition dd cgjfla^ître, ,0,1^ si. l'on veut de de.tyraiy iemt jouer . povr p^jjvenir au rang suprême, ■ et s'y ç^^tqpir..j)ar::le despotisme., i Quand on.fol t^^eûftdiçaiY^nepaens, il en coûte peU: de pué-
LA RÉVOLUTION FRAKÇAISJ?» 311
tendre qu'au besoin on les eut prophétisés, et Ton trouve toujours des gens assez simples, pour vous en croire sur parole. Mais Toa sait depuis long-temps ce que Ton doit penser de ces accusateurs, dont la voix ne se fait en-n tendre que sur la tombe des despotes. On sait "SLSsez que ces mêmes tyrans pendant leur vie n'eurent point d'adulateurs plus empressés ni plus rampans. Telle fut Home sous les C4^ sars, telle est Constantii^ople sous les Sultans. Lfis Prétoriens renversaient ils les uns, les. Janissiaires immolent-ils les autres, soudain Ton voyait sur les bords du Tibre et Ton voit encore aux rives du Bosphore, la foule des Qflclaves accourir, pour trainer dans la . fiange 1q cadavre de celui que la veille encore elle ^servait à genoux. Le sombre et farouche Tibère a t-il cessé de vivre; quels honmie» portent , les premiers coups aux statues de ce 9}Qnstre ? Ce sont les affiraachis qui le matm ^çorç, le front dans la poussière, quémandai*-) cipt l'inappréciable fayeur de l'un de ses rçgiurdfi. Tels sqnt le$ hommiès. On ne lèft dbafîgera p^9^ i i
Au reste il ne faut pas accuser la France à'avoir seule contribué à encourager et à affermir lé despotisme de Bonaparte. Cet homme à pu dans son orgueil se croire le maître du monde, quand il à vu les plus puissans monarques venir jusques dans son cainp lui demander la paix. Ce ne iut pas la France qui conseilla aux Rois de Bavière et de Wurtemberg de venir en personne à Paris caresser la vanité de Napoléon. Les grands potentats ne Tout pas consultée, ce me semble, pour accourir des quatre coins dé l'Europe à Erfurt, comme on le verra bientôt, pour y recevoir on pourait presque dire les ordres de ce même Napoléon. La France a telle forcé TEmpereur d'Autriche, à lui doimer sa fille en mariage, et quand TArchiduc Charles s'ho* norait à Vienne de représenter Napoléon dans réglise des Augustins à la célébration de THymen de son auguste sœur, la France pouvait elle croire, présumer même, que quf^tre ans à près tant de têtes couronnées qui le. triiitaient alors de majesté, d'ami, de frère, de fils, n'au* raient plus d'autre titre à lui'donner que celui de
LA REVOLUTION FRAWpAÏSfiJ 313
brigand. Si ce fut un crime à la France d'avoir secondé son ambition, et d'avoir courbé sa tête sous son despotisme, il me semble que ceux qui Ten punissent si sévèrement aujourd'hui n'ont pas dans un certain temps différé d'opinion avec elle. Qui de la France, ou des SAonarques de l'Europe, a donné l'exemple de Testime ? Quoiqu'il en soit, il fut empereur, ou ne le fîit pas. S'il ne le fut pas, pourquoi les^ cours étrangères l'ont elles traité ainsi, et devaient el|^ attendre si tard à punir l'usui^pateur d'an* titre sacré qu'elles ne voulaient pas lui accorder? Mais s'il fut ' empereur, si on le reconnut pour tel, quel reproche a-t-on à faire à la France? qu'on le renverse, qu'on le détrône, si la politique l'exige ; itiais que par re-^ spect pour la majesté des rois, on ne souffre pas que la méprisable tourbe des^ libellistes salisse dés noms les plus dégoutans, les plus infô,més^ celui à qui l'on ne peut désormais ravir le caradtére indélébile de la royauté. Quelqu'aneienne que sèit une race sur un trône, encore feut il bien qu'elle ait eu un chef qui lui ait! 4ranên[nis la rc^auté; et en supposant qu'on
314 HKSYOIBB DES FACTIONS 1>E
puisse impunément avilir la majesté royale dans
Bonaparte, parce qu'il est le premier de sa race
qui en fut revêtu, c'est convenir implicitement
qu'cHi aurait pu sans danger en agir de mjême à
regard de Tayeul de celle dont Tantiquîté ert
yénerée. Il fut empereur. Peut on empêcha
qu'une chose qui fut n'ait été. Quand VAs^
semblée Législative abolit la noblesse elle fit
ce quelle ne pouvait pas faire. Elle pouvait
bien défendre qu'à l'avenir la noblesse ne fut
accordée à personne, parce que cela était pas*
aïible, mais pouvait elle empêcher qu*un homme
»($ fut né d'un père noble. Il en est de itnèinfii
de «Napoléon. On peut bien défendre qu'oA lui
obéisse comme empereur, mais oh ne peut pas
empêcher qu^il ne l'ait été*
: Cette fois l'armée française à son retour
resta presque en entier sur les frontières, ht
pohtiqu^ incertaine de la Prusse fit prévoir à
L'empereur qu'une rupture proohâirie pouîxait
s'ensuivre, et l'un de $es;grapds talenséjtaîiî
d'étrie toujours sur le champ. d?' bataille avant
^Bt ennémid. Le traité de: : Prç^bourg avait
ésé signé. Je. 26 Décembre 180^, et Jçs troupea
LA BÉVOÇLUTÏON FRANÇAISE. 315
françaises évacuèrent Vienne le 12 Janvier^ 1606. Les vainqueurs ne fatiguèrent pas long-' temps les vaincus par leur présence, et le 26 » Tempereur arriva à Paris. Cependant ^iotè la Prusse n^avait pas à se plaindre de Napo-* lécH»; elle ^'enrichissait de Télectorat d'Hano»' vre qu'il lui avait cédé. Le 1 d'Avril le R<m^ dé Prusse par sa proclamation se mit en pos-session de cette belle et grande province, comme de son côté le Roi de Bavière, iridé*' pendaibent du vaste territoire que la victoire* d'Austerlitz et le traité de Presbonrg lui! avaient valu, y djouta encore la principauté d^Anspach qu'il tint entièrement de la muni-i* ficenee de -Napoléon; • Cette année fut consa*^' crée 'à la Nouvelle organisation topographique,
amehéé par le ti'aitc de Presbourg; la Bavière, et le Wurtemberg, occuppériejit les nouveaux: étatâf qui leur étaient échus en piartàge ; le Mai^i ifûAs de Badë et le Prince de Hesse d'Armstadt prhfefat le titre de grands ducs. Le Prince Eugène réunit les états Vénitiens au royaume d'Italie^. ' Le Prince JosejA entt*a dans Napleï)^ dént'Weûtàt après il* ftit proclamé Rbi. Le
Piince Louis reçut la couronne de Hollande* La Confédération Germanique fut approuvée et signée par les princes d'Allemagne. Mr. de Talleyrand dut à la bienveillance de Tempereur le titre de Prince de BéfJvent, le Maréchal Bernadotte celui de Prince de Pontécorvo. Enfin la première violation, au traité dePresbourg, fut opérée par TAutriche trois mois après la signature du traité. Les bouches du Cataro, qui devaient être remises aux troupes françaises, furent livrées aux Russ^ par le commissaire Autrichien.
Des historiens ont pris la victoire d^Auster- Utz et la paix de Presbourg pour date de Fin? troduction du régime .militaire eji France, et Font attribué à ce despotisme de Napoléon, qu*à les entendre rien désormais ne pouvait plus contrarier. Quand on écrit l'histoire, le premier devoir est de nç pas s'écarter de : la vérité. Quelques succès que Napoléon eût obtenus, quoi que son orgueil alors pût avec raison lui persuader qu'il était le dispensateur des destinées de TËurope, je demanderai À tous les élémens d'opposition à son système de tyrannie n'existaient pas encore en France?
Le Sénat, le Corps Législatif étaient ils privés de la puissance qu'ils tenaient de )a consti*^ tution? Les autorités départementales avai* ent elles perdu le droit de transmettre les vœux de leurs administrés aux ministres ; et Si l'asservissement de ces ministres les eût dér terminés à un silence coupable, une semblable réticence pouvait elle durer long*temps ? : Enfin le peuple même, sur le front du quel les rois lisent toujours leur arrêt, ne pouvait-il pas, par la froideur de sa contenance, annoncer son mécontentement. Alors du moins^ en supposant ce despote aussi terrible qu'on la représenté, surtout depui* que les ambitions individuelles, la soif inextinguible des honneurs et des dignités, et Tinsatiable amour de l'or, n'ont eu plus rieii à en attendre, alors, disje, il y eut eu du courage, de la noblesse, de la fierté, à l'arrêter dans le cours de sea prétentions exagérées et liberticides. On aurait du moins évité l'insigne basesse de commencer à lui résister, lorsque les revers l'eurent atteint. C'était en revenant d*Austerlitz, qu'il eût été digne d'une grande nation de lui faire sentir l'autorité de son opinion ; mais après le désas-
318 HISTOIRE DES FiiCTIONS I>£
tre de Moscow et de Leipsick se prononcer contre sa tyrannie, c'était se conduire tn esclaves qui se figurent n'avoir plus rien à crjxin* dre, plustôt qu'en hommes libres justemeaoi); indignés du joug. Heureusement ce ceproche ne tombe que sur une poignée «d'hommes, et non sur la France en général. Mais la vérité est i que- qe système de gouvernement mihtâire qu'on lui impute avec tant d*aigreur aujourd'hiri fiit L'ouvrage de la totalité du .peuple français bien. plus que le sien. L^amour pour la gloire militaire fut dans tous les temps un des grands traits du caractère français. Si les défaites n'ont pas la puissance de l'éteindre, il va jusqu'à l'enthousiasme quand la victoire le seconde. Tel était Tétat de la France après la campagne d'Austerlitz ; tel on le reverra encore après la paix de Tilsit. On attribue maintenant à l'adulation la condescendance des gi^andes autorités pour les projets 'de Napoléon. Il est plus juste ,de dire qu'en leur qualité de françaises elles partageaient le délire général. Les soldats, l'armée, les gêné» raux, le isouverain guerrier et toujours triom*
LA RÉVQJLUTION FRANÇA.ISE,. 8t9
phant, tels étaient les uniques objets de Tamour public. Essayer dans de semblables momehs de persuader au français cette grande vérité^ <jue la liberté publique dérive. des loiix.et que le pouvoir militaire est le plus aveugle coimne le plus pesant des pouvoirs, c'est 3e décider à passer pour mauvais citoyen, et le grand. argu«ment de la gloire lui servira toujours pour combattre les craintes des publicistes. ..Aide Bemblables époques, la plus légère démarché des grandes autorités pour comprimer Tam^* bitiôn .guerrière de Napoléon eut été regardée tont au moins comme indifFér-ence pour '■ la gldire; nationale. Ce n'est pas Napoléon qui était alors le tyran, c'était, let ce sera toujoUiFS^ r engouement national pour la gloire. Ce sentiment généreux, mais si funeste est en général si vif que quelques années après, lors du retour de la Champagne de Dresde, quand quelques hommes du Corps Législatif se prOr noncérent contre la fureur belliqueuse de Nj^ poléoa ; cette démarche, tout au moins indisf> crête dans la circonstance ou la France m trouvait, ramena dans son parti la grande m» jorité 4e ceux que les malheurs récents iieb
avaient éloignés, parce que la vengeance de h ' gloire compromise se faisait entendre avec encore plus d'autorité que le sentiment même des maux que Ton éprouvait. Qu'on ne dise donc pas qu^à ces grandes époques d'Austerlitz et de Tilsit Tadulation présidait seule aux déterminations des grandes autorités, et de la nation elle même. Elles obéissaient à cette tyrannie bien plus forte que celle de Napoléon, à cette tyrannie qu'exercera constament le peuple français, je veux dire la jalousie de passer pour la preipiére des nations panqi les nations guerrières.
Lorsque Napoléon, pour recruter ses armées^ anticipa sur les années de la conscription» que risquait le Sénat à s'y opposer? le ressentiment de Tempereur: que lui importait? fera t-on croire aux hommes que la partialité n'aveugle pas, que Tempereur eut brisé le Sénat, eût détruit les autorités, eût déchiré ^ constitution qu'il regardait comme son ouvrage, et eût provoqué par un acte semblable une commotion populaire, une insurrection enfin, le seul des dangers qu'il ait redouté dans sa vie. Quand l'empereur» dans la
froide barbarie de son ambition, demandait ainsi des avances sur les générations, ce n'était point à Tempereur que le Sénat, que les préfets des départemens, que les jeunes gens mécontens pendant un jour et consolés le lendemain,(^^) que les parens même dans* leur afiOiction, obéissaient; c'était à la force de ce préjugé : il faut vaincre. Que la France raisonne bien ou mal, elle raisonne ainsi. Je ne citerai pour exçmple que les deux juge» mens qu^elle a portés sur Moreau. Çroit-on que rintêrét que ce général lui inspira lors de son procès lui f&t personnel? nullement. La nation ne voyait que la perte d'un instrument qui Tavait fait vaincre. C'était un resource de moins qu'elle avait pour ajouter à sa .gloire militaire. Voila Tunique objet dont elle était, occuppée. Mais lorsque Moreau à . repiru à . la suite des russes,, toute cette grand estime s'est à l' instant effacée. £lle n'a plus vu en. lui qu'un transfuge, qu'elle a d^autant plus détesté qu'il venait prêter ses talena aux étrangers pour diminuer cette gloire militaire dont elle est si jalouse. Au r6ste . quelques honneurs que le changement