‹ Histoire de l'origine, des progrès, et de la décadence des diverses factions qui ont agité la France depuis le 14 juillet, 1789, jusqu'à l'abdication de Napoléon (volume 2)Chapitre 12 sur 15 · TOM. III. Y · texte numérisé non relu

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de circonstances veuille rendre aujourd'hui à la mémoire de Moreau, il n'en sera pas moins constant que Moreau a combattu contre sa patrie. On sourit de pitié à cette puérile excuse, qu'il n'en voulait qu*à Bona^ parte ; mais pour atteindre Bonaparte, ne lui falait-il pas combattre cent mille français? pour atteindre Bonaparte n'enseignait-il pas aux ennemis la route qu'ils devaient suivre pour porter les fureurs de la guerre dans le sein de la France? que Ton torture tant que l'on voudra les principes de l'honneur pour anoblir cette conduite, il restera toujours vrai qu'il a porté les armes contre sa patrie. C'est une tache que la gloire n'a pas effacée pour le grand Condé, elle né sera pas plus habile pour Moreau, Du temps de la chevalerie Ton ne se conduisait pas ainsi. Un preux eût dît je nen veux qu'à Bonaparte ; 41 lui eût envoyé un cartel ; ils se fussent battus, il en eût délivré le monde, ou fût succombé avec gloire. On dira vainement que Moreau servie une cause légitime. Alors certes personne en France n'était dans le secret de Moreau* Mais modus in rébus; placés Moreau à la tète

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d'une armée française; que cette armée ait dans ses rangs la famille des Bourbons^ et qu^elle s'avance pour lui rendre le trône, alors la conduite de Moreau est intacte. Mais Tarmée russe, les armées coalisées n'étaient pas en Saxe les armées des Bourbons. Elles né Tétaient pas encore la veille du 15 Mars .1814. Moreau a donc combattu sciemment contre sa patrie, dans des armées qui étaient mén loin alors de s'être prononcées pour le triomphe de cette cause légitime, que Ton fait aujourd'hui Thonneur à Moreau d'avoir prétendu défendre. Soyons plus vrais ; et disons ^ue Moreau, placé sons l'égide de TEmpereur Alexandre entrevoyait, dans le renversement de Bonaparte d'autres espérances que celles qu'on lui prête si généreusement aujourd'hui.

Si Napoléon à son retour d'Austerlitz donna une couleur militaire à tout ce qu'il créa, ce fiit bien moins pour accroitre son autorité, qui. certes à cette époque n'avait guère besoin d^an semblable secours, que pour se réconciHer avec le peuple au quel il avait déplu par le concordat, et par son apparent ra-

piochement ver? les prêtres* . Ce fiit une

petite amende honorable qu' il fit au caractéie national, dont Torgueil savoura Tencens que le souverain offrit à ses idées chevaleresques* Qu'il ait profitt6 de cette disposition des esprits que Ton retrouve toujours la même en France; depuis tant de siècles, pour rendre sa volontéplus indépendante encore^ je le veux, mais que ce fÙt un système prén^dité pour réduire la France à Tesclavage, je le nie. Napoléon , la servait selon son gôut, selon ses désirs^ et si le régime militaire est un régime favorabW à la tyrannie, comme il serait facile à tout, homme ami de la liberté de le prouver, la France le reçut de son incurable mania pour la gloire des batailles, bien plus que de Tempereur,

Au reste, l'esclavage, en dernière analyse, ne consiste que dans l'obligation forcée de faire ce qui déplait. Nul peuple à coup sur ne fut plus libre que le peuple romain pendant la longue période du régime républicain, et nul cependant ne fut plus esclave du régime militaire. A t-il jamais senti cet esclavage? non, parce que la guerre était, sou élément. Elle était le grand moyen de police

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à Rome. Prevojrait on quelque tumulte populaire? les consuls déclaraient une guerre quelconque, et soudain le calme renaissait, et toutes les volontés étaient réunies. Il n'est pas douteux qu*à la longue cet engouement la courba eous la tyrannie des empereurs; mais corrige t-on le caractère national? En France il en est de même, mais il n'en est pas moins vrai que les français, tout aussi bien que les romains, lie considérèrent jamais le régime militaire comme une des resources du despotisme (^') tandis qu' il est beaucoup d'autres moyens dont le même despotisme essayerait d'user qui dans Tinstant répandraient Talarme, et contre les quels toutes les volontés se réuniraient subitement. Telle fut par exemple Tespéce de faveur, que Napoléon sembla pendant quelques jours accorder au sacerdoce ; elle révolta tous les esprits ; et ce fut bien moins alors la tyrannie de Napoléon que Ton redouta que la tyrannie des prêtres, la plus ' insuportable comme la plus honteuse de toutes. Il eut cette foiblesse. Le Brun, comme je Tai dit ailleurs, secondé par Taleyrand, lui persuada qu'en France tout le monde était

dévot, et que le retour des prêtres serait uo bienfait que Ton recevrait avec transport D crut plaire à la nation et s*apperçut bientôt qu'on Tavait et qu'il s'était trompé ; sa conduite au retour d'Austerlitz n'eut d'autre objet que de caresser une opinion nationale pour faire oublier la contrariété qu'il avait fait éprouver à l'opinion contre les prêtres; opinim que les lumières, l'expérience, et leur conduite avant et depuis la révolution ont également rendue nationale. Ainsi s'exposera toujours en France à l'inimitié populaire tout gouvernement qui laisserait appercevoir une propension à laisser prendre à cette classe d'hommes une sqrte de prépondérance. Ce ferait dans cette imprudence que se retrouveraient malheureusement les germes de révolutions nouvelles.

L'empereur, à Son retour d'Austerlitz, s'attacha donc à flatter ce goût invincible de 1^ France pour la gloire militaire, soit dans le caractère qu'il donna aux monumens, soit dans l'esprit qu'il imprima aux institutions. L'érection de l'arc de triomphe du carouzel fut décrétée. Il décida que personne ne passe-* rait sous cet arc de triomphe avant qu'il eût

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«ôrvi à rentrée de Tarinée, lors de son retour ^ en France. Les bas reliefs dont il devait être, et dont il fut décoré, furent consacrés aux grands exploits de cette campagne, la capitulation d'Ulm, l'entrée dans Vienne, la paix de Presbourg, etc. Il ordonna qu'il serait surmonté du char de la Victoire, attelé des quatre chevaux de Corinthe. Il sut dans la suite ^ue Ton avait fait fondre sa statue, dans Tintentîon de la placer dans ce char; il la fit briser, et défendit également qu'on lui en érigeât une sUr la colonne. Elle n'y fut placée dans la suite qu'a son inscu et pendant son absence, d'après l'ordre du prince archichancelier. Le nom de Colonne de la grande armée fut donnée par lui à ce magnifique monument, l'unique sur la terre dans son genre ; le public a préféré le nom de colonne d^ Austerlitz, comme indiquant plus directement le grand événement qu'elle était destinée à rappeler, et ce nom est resté. Il décida que le Temple de la gloire serait construit sur remplacement de la Madelaine. La Grèce n*à point imaginé d'édifice plus grandiose pour transmettre à la postérité le souvenir des

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héro6. Dans toute Y étendue de ce Temple, immense dans ses proportions, des tables de marbre blanc encastrées dans les entre» colonnemens et descendant depuis les corniches jusq\^'au parquet, devaient porter les noms de tous les braves, morts glorieusement «ur les champs de bataille. Leur éloge devait être prononcé tous lés ans dans ce Temple, en présence des grandes autorités ; et des ]mx devaient être distribués aux orateurs, dont le talent les eût le plus dignement célébrés. La garde en eut été confiée à la Légion d^Honneur, dont le palais eût été construit sur la place dont l'enceinte eut précédé le Temple. La magnifique maison d'Elcouen ou les filles des membres de la Légion d'Honneur étaient élevées, fut organisée, et le plan de celle de St. Denis destinée au même usage fut arrêté; la restauration de la superbe église, ancienne «épulture des rois, fut commencée, et Tempe» reur ordonna que des autels expiatoires de la prophanatton des tombeaux y fussent placés, que les fleurs de lys fussent rétablies sur les vitraux, et les statues des monarques replacées sur leurs piédestaux. Il fit reintégrer sur les

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inurs des galeries du Louvre les chifres de Henri ' II, et de Diane de Poitiers. Le vaste boulevard, ouvert sur les ruines de Texécrable Bastille, le quai qui le termine, la place ouverte de Tautre c6té du fleuve devant le jardin des plantes, reçurent les noms de Bourdon, de Valhubert, et de Morland, généraux tués à Austerlitz, tandis qu'à Tautre extrémité de Paris, le quai qui conduisait au pont dléna reçut celui de Billi, général dont une mort ^orieuse avait également arrêté la carrière dans cette grande journée. Le bigotisme fut chassé de Tinstruction publique ; il fut remplacé par la pureté des principes religieux, par l'exemple des bonnes mœurs donné par les^ maîtres, par l'étude des sciences utiles à la patrie, et par les formes militaires, seules convenables aux enfans d'une nation belliqueuse. L'arc de triomphe, connu sous le nom vulgaire de porte St. Denis, fut restauré^ la statue de Louis XIV rétablie, et tous les -attributs de la gloire de ce monarque, toutes les allégories, toutes les devises relatives à ses conquêtes, restituées ou réparées ; enfin les âtMnês de tous les généraux fameux furent

commaDdées aux arts, et la peinture fut chargée de retracer les batailles ou la gloire et la fortune les avaient couronnés. La ville de Paris s'empressa de joindre ses hommages à ceux que Tempereur se plaisait à rendre à la bravoure; et la première pierre de Tare de triomphe de Tétoile, Tun dés plus grands conna dans le monde, fut posée. Dans tout cela. Ton voit bien de grands honneurs rendus à la vertu guerrière; mais rien à coup sur n'indique le régime mihtaire^ tel qu'on l'entend en Angleterre.

. Cette puissance à cette époque fit une grande perte ; Mr. Pitt encore dans la force de Tage descendit au tombeau. Il mérita comme le Comte de Chatam son père la rér putation de grand ministre et hérita de sa haine pour la France. Sa mémoire doit être respectée. Nul homme n'aima plus sincèrement sa patrie, et cette grande vertu doit fair« pxcuser des préventions que l'humanité autant que la philosophie désavouent. Il me sem«ble qu'une politique, dont tous les efforts ten«draient à rapprocher les hommes de tous les pays, et à les réunir s'il était possible par déê

intérêts communs, serait préférable à celle qui ne voit de grèndeuf et de prospérité pour un état qu6«dans rabaissement et l'humiliation deA autres peuples. Voila ce que Ton devrait, on ce que Ton aurait du gagner aux progrès des lumières ; mais malheureusement on est forcé de le dire, la politique semble chaque jour marcher en sens inverse de ces mêmes lumières; jamais elle n^affecta plus de désinte* ressèment dans ses paroles, et ne fut plus spoliatrice dans ses effets. On parle du dé^ membrement des états, on s'enrichit de leurs provinces, avec le même sang-froid que s'il 9^agissait d'un acte de justice. L'Europe n'a pas le droit de se plaindre de cet ordre de choses. Elle à souffert le partage de la Po* logne^ et lé partage de la Pologne à démoralisé la politique. Quoi qu'il en soit cette obser^ vation générale ne s*apphque pas à Pitt. Il considérait sa nation comme devant être la première de l'Europe. Ce sentiment, il devait l'avoir; il est naturel, il est honorable; il a du tout oser, tout entreprendre, tout faire, pour arriver à son but ; mais jamais dans un conseil,, dans un congrès, dans un traité, Mr.

Pitt n^eût donné son assentiment à une gnukle injustice sociale, et le droit de dépouiller saas autre titre que le droit de convenance est on droit dont il n^eut jamais fait usage. Il avût tine grande fierté de caractère, et cette qualité ne s'accorde guère avec la duplicité diplomttique.

Je ne sais pas si Pitt fut jamais bien jugé en France. Je sais qu'on lui rendait haine pour haine. On avait persuadé aux français qu'il ne voulait entendre qu'à une guerre d'extermination. Je crois qu*il était trop grand hotnme pour avoir adopté une idée aussi révoltante, et dont les résultats eussent été à funestes à l'Angleterre. Il n'est pas de l'intérêt de l'Angleterre que la France soit efiacée de la liste des nations. Je pense que Pitt voulait arriver à une paix longue et solide, qu'il se figurait ne pouvoir parvenir à ce but qu'en lassant la France par une guerre opiniâtre. Peut-être eut-il obtenu bien plustôt le prix de ses travaux, si il lui eût été donné de juger avec impartialité des prétentions de jBon ennemie.

Sa mort fit une grande sensation en France.

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On ne s'en réjouit pas. Le caractère généxeux du peuple français le garantit de ces sortes de bassesses. Mais Ton calcula Tefiet qu\m semblable événement pourrait produire sur la situation politique de TEurope» et Tespérance de la paix fut le résultat de ces réflexions. Ces espérances s'accrurent encore à Tavénement de Mr. Fox au ministère. Non moins éloquent que son prédécesseur, également grand homme d'état, aussi ardent ami lie la gloire et de la prospérité de sa patrie, mais les envisageant sous un autre point dQ vue, les faisant dépendre d'autres principes, différent d'opinion avec Pitt sur les moyens da les lui assurer, on crut entrevoir le jour où la noble franchise de cet homme célèbre en harimonie'avec la fierté de Napoléon qui ne lui permettait pas de déguiser ses volontés dans les négociations, amènerait la réconciliation, et rendrait le repos au monde. Ce jour si désirable sans douté serait né. La providence ne le voulut pas. Une mort inopinée frappa Mr. Fox. Le système politique de Pitt reprit faveur dans le ministère Anglais, et la paioCu fiit ajournée encore.

On est humilié de voir cette providence arrêter dans leur cours des projets fondés sur la loyanté et la grandeur d^ame et laisser triompher les intrigues dont le succès souvent ne dépend que de la ruse et de la' vénalité. Il semble qu'elle compte les vertus humaines pour rien. Ne la condamnons pas^elle à ses vues ; elle marche à ses fins par des voies quil ne nous est pas permis de juger. Le Marqini de Lucchesini était alors Ambassadeur de Prusse en France ; de petites ruses, d'obscures malices, un incorrigible pointillage de* mots, faisaient le fonds de sa politique. A Paris, en apparence toujours en extase devant le fissent génie de Tempereur, tous les superlatifs italiens ne lui suffisaient pas pour célébrer sa gloire j se^ talens, sa grandeur. Chaque jour il portait à ses pieds le vœu de la Prusse pour entretenir une paix profonde avec ce grand homme. Avec sa cour ce n'était plus cela. B lui transmettait toutes les épigrames, toutes les calomnies, toutes les plates conjectures qu^il receuillait dans les salons de Paris, où <làitf tous les temps Tinutilité des hommes, et Ift frivolité des femmes amusèrent leur oisiveté à»

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leurs ridicules critiques, et de leurs risibles arrêts sur la conduite des gouvernemens. Voila ce qu*il présentait à sa cour comme Tesprit général de la France. A Ten croire, elle était épuisée; Tempereur était sans argent, sans resources, sans* arniée^^^^^^eaitament était dans toutes les classes ; et jamais Tinstant de combattre avec succès n -avait été plus propice* L^ guerre commença donc. Son début fut Im victoire dléna. Le réveil fut terrible pour la Pmsse, et Mr. de Lucchesini peut satisfait ^ 3aiis doute de ses conseils diplomatiques, re^ nonçant aux rives de la Sprée, fut à Florence recommencer Tétude de Machiavel. Il mou»* rut en Italie peu de temps après.

IhB célèbre bataille dléna, quoique dans le fiût elle fut la première décisive de cette me-» moràbié campagne de Prusse avait été prè«^ cédée des combats deHoffyde Schneitz, et de Saalfeld, ou le Prince Henri de Prusse fut tué^ et .de la bataille de Weimar on les Saxons souf<

firirent beaucoup. Mais la victoire dléna dé-» €Îda du sort de la Prusse entière ; la perte dft cette puissance dans cette journée mémorable .fiit .éaonne»; Il n^ à point d^exemple. d!un^

'fcj.

336 HISTOI&E DES. FACTIONS D£

bataille où l'armée vaincue aye perdu trob. cent pièces de canon^ soixante drapeaux, quarante mille prisonniers, vingt mille tués ou -blessés. La prise d'Erfurt, de Halle, de Leipsick, de Spandau, de Berlin enfin, suivirent de près. L'empereur, pour rappeler aux Prussiens leurs anciens revers en Champagne se donna le malin plaisir d'y faire une allusion assez singulière en entrant à Berlin. En quatre vingt douze, époque de la présence du Roi de Prusse en personne et de son armée en Champagne, d'où le Général Kellerman, vainqueurÀ Valmi, les força de se retirer, tous les bataillons qui marchèrent pour les repousser sortirent de Paris, en chantant la belle hymne. Allons «i- Jam de la patrie, si fameuse à cette époque» et que par son influence sur le soldat français aa aurait pu comparer aux chants de l'antique Tyrthée. Ces bataillons associaient alors à cet air héroique un air plus gai, plus dansant, et plus trivial, que l'on appelait la Carmagnole. Pendant toute la journée de Valmi la musique des régiments ne fit point entendre d'autres lairs. L'abus que les terroristes firent daas la ^ite de ces deux chansons les flétrirent, et

LA nfevOLUXION FRANÇAISE. 337

]>endatit longtemps les patriotes purs eussent rougi de les chanter. Ce ne fut donc pas sans une surprise extrême que Ton apprit à Paris qu'en entrant à Berlin ces deux airs avaient été les seuls que, par ordre de l'empereur, la musique de la garde impériale avait exécutés. L'intention n'échappa à personne. En reproduisariit aux Prussiens dans leur capitale les airs que les français leur avaient fait entendre en les repoussant hors de leur territoire, c'était une plaisanterie de vainqueur qui ne coûtant aucune larme à l'humanité, se rattachait au caractère français par son allusion épigrâmmatique. On sut un gré infini à l'empereur de cette plaisanterie. Tel est le peuple français. Cet épisode guerrière l'interessa pendant quelque jours beaucoup plus que l'importance de la conquête.

L'énuméjation de toutes les villes prises et dé tous les combats, cohstameînt couronnés par lê succès, qui suivirent la bataille d'Iéna n'entre point dans le plan de cet ouvrage. Je ne to*y arrêterai donc pas. Je rappelerai simplement que le Général Blucher fut battu à Lubeck par Murât depuis Roi de Naples^ par

TOM. m, z

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Bernadote aujourd'hui Prince héréditaire dt | Suéde^ et par le Maréchal d^Avoust, et que k lendemain le même Général Blucher capitula' à Rattkow avec vingt un mille Prussiens som ses ordres qui mirent bas les armes. Les* Russes accoururent au secours de la Prusse et ne furent pas plus heureux. La bataille d*Eylau si sanglante, et la bataille de Friedland à savante, terminèrent cette campagne; noB moins fameuse que celle d'Austerlitz. Napoléon laissant derrière lui la Prusse entdére* ment conquise, la Hesse occupée, la Saxe soumise, la Pologne protégée et la Siléâe entamée, arriva sur les bords du Niémen, et la se conclut la paix de Tilsit.

La conférence entre Napoléon et Alexwdre, qui précéda la rédaction du traité, eut lieu sur le fleuve même, au milieu duquel on avait construit un pavillon où les deux spik verains arrivèrent en même temps. L^empe* reur Napoléon était accompagné de Murât grand duc de Berg, de Berthier [Nince de Neufchatel, du Maréchal Bessi^res, de Duroc grand maréchal du palais, et de Caulaincour grand écuyer. Les deux armées étaient eo

bataille sur les deux rives du fleuve. Les deux empereurs passèrent une demie heure ensemble, et une estime réciproque parut les unir. Elle existait eh effet. Ces deux caractères francs et généreux étaient faits pour s'entendre. Mais la politique ! ! !

L^Ëmpereur Alexandre le lendemain fit son entrée à Tilsit. Les plus grands honneurs lui furent rendus. Napoléon fut le recevoir sur le bord du fleuve. La garde impériale^ la plus belle, comme la plus brave des troupes . qi:^ jamais souverain ait possédée à son service, bordait la haye. Un palais avait été préparé pour Alexandre, et depuis le 29 Juin jusqu'au 9 Juillet une amitié sincère 9'établit entre les deux princes, et le Roi de Prusse qui s'était rendu à Tilsit parut également partager ces sentimens. La paix fut «ignée par les trois souverains* L'Empereur de Russie et le Roi de Prusse reconnurent par œ traité Joseph Napoléon, Roi de Naples ; Ixwis Napolé<Mi, Roi de Hollande; le Prince liBerome Napoléon, Roi de Westphalie; et le

WUÀ de Saxe, Grand Duc de Varsovie. Ce

traité de paix fut déclaré commun au Roi de Saxe, et aux difFérens princes souverains qui faisaient partie de la Confédération du Rbm et étaient alliés de TEmpereur Napoléon. Le nombre des prisonniers Prussiens faits .pendant cette campagne, s^élevait à cinq mille cent soixante et dix neuf officiers et à cent vingt trois mille quatre cent dix huit sous-officiers et soldats. Ce calcul est coi^nne à celai porté dans le tableau que présenta à TEmpe* yeur* le Prince Berthier, major général de Tarmée. Ces prisonniers furent rendus. Le Roi de Prusse fut rétabli dans son royaume, L'Empereur de Russie témoin et content de le loyauté de Napoléon, retourna dans sa capitale. Le Roi de Saxe fut investi des nouveaux honneurs que le traité lui accordait. Le nouveau Roi de Westphalie fit son entrée à Cassel, et épousa la Princesse de Wurtenif berg. Des garnisons furent laissées dans di^ férentes villes fortes d'Allemagne ; Tarmée re* prit la route de la France, et Tempereuf arriva à Paris, où Tadmiration et Tamour public, qu'il méritait encore à cette époque, le reçurent avee enthousiasme.

LA l^fevOLUTION FRAlfÇAISE. 341

Ces grands évenemens se passèrent en 1807, * quand on réfléchit que sept ans après, ce nême triomphateur fut conduit captif à mille ieues de TEurope dans une petite île de la mer itlantique, que ses frères, ses sœurs, furent lépouillés^de leurs propriétés individuelles, orcés de fuir de cantons en cantons sans rt)uver un azile, ou mis sous la plus stricte arveillance comme des malfaiteurs dans les ieux où Oïi leur permettra de vivre ; que cette nmense foule de héros qui combattirent avec mt de dévouement pour la gloire de la France irent impunément traités de brigands, de banfts par de méprisables libellistes, et que ce inversement de tous les principes fut toléré ir les augustes souverains qui se faisaient oire alors de les couvrir de leur estime, de s combler d'honneurs, de les revêtir de ces idres que sur le trône ils s'honorent eux lèmes de porter ; quand on songe enfin que îtte grande catastrophe fut préparée de mgue main par des courtisans comblés des ienfaits de celui qu'ils se sont fait un jeu e conduire à sa perte en exaltant ses

passions et en creusant chaque jour le piège où leur main faussement amicale Tentrainait insensiblement, on reste muet d'étonnement ; on s'humilie devant le grand moteur des destinées humaines, et Ton attend ep frémbsant quel sera le dénouement de ce grand spectacle qu'il offre à la raison bornée de Thomme. Ici vont commencer les grands torts de Napoléon. Que manquait il à sa gloire? il avait obtenu ce -dont aucun conquérant n^avait jamais joui* Altexandre avait ravagé FAsie, Tavait mise aux fers et non pas pacifiée, n'avait rien fait pour le bonheur de la Macédoine, et préférant les voluptés de Babilonne à Tamour de ses premiers sujets, léguait en mourant la guerre au monde en irritant par un mot plus brillant que sage Torgueil de ses lieutenants. * En comparant sa situation à celle du fils de Philippe, il devait donc trouver la gloire ^ la quelle il était parvenu bien supérieure à celle du vainqueur d* Arbelles. En méditant de nouvelles guerres, était-ce César qu^il prétendait imiter ? mais César tri* pmphateur de Pompée et de TEgypte, vainqueur des MQrin3 et des Gaules, au lieu de

lA RfevOLUTION FRANÇAISE. 343

trouver dans Rome ces transports d'amour que Napoléon trouve à Paris, n'y rencontre que des sénateurs jaloux de sa puissance, et va porter le guerre en Perse pour disséminer ses ennemis sur le globe. César cherche un trône, Napoléon est affermi sur le sien. L'exemple de César eût donc été mal choisi. Ce que la politique commandait à César la politique devait le défendre à Napoléon. A quoi donc attribuer cette guerre d'Espagne, cette nouvelle guerre de Russie dont l'injustice a révolté toute l'Europe contre l'homme que toute l'Europe admirait et redoutait à l'époque où nous sommes parvenus? A quoi l'attribuer ? à cet esprit de vertige qui s'empare de tous les hommes, quand Tivredse de la puissance et de Torgueil les empêche d'apercevoir les véritables limites qu'il n'est pas donné à la gloire de franchir, et aux perfides suggestions des mbérables flatteurs dont l'obscure vanité se repait en silence du plaisir de voir commettre de grandes fautes à l'homme que son génie a placé si loin d'eux, et dont l'énorme supériorité les irrite et les fatigue. Sans doute entre cette guerre d'E^spagne si criminelle, si longue et

344 HISTOIRE DES FACTIONlS D» ;

si meurtrière, et cette guerre de Russie si désastreuse, la campagne de Wagram viendra placer encore une belle époque; mai3 déjà la victoire se montrera plus rebelle ;^. moins obéisante il faudra Tacheter et Ton sait trop ce qu'elle coûte. Les contrariétés, jusques alors inconnues, se montreront tout-àncoup. On sera forcé à Lobeau d'aprendre qu'il faut quelque fois ajourner la victoire; et le Panube, en se débordant, donnera le premier Texemple de la révolte contre la fortune de Napoléon.

Une des conséquences du traité de Tilsit fut d'armer le Russie et la Prusse contre TAngle-, tetre et de fermer au commerce de cette puis-i sance ks ports de la Baltique. Napolécoiy pour déterminer la Suéde à lembrasser . la même politique, la menaça d'une invasion et s'empara de Stralsund, tandis qu'à l'autre extrémité de l'Europe il préparait déjà soua les murs de Rayonne l'armée destinée à en-, vahir le Portugal, et en confiait le coboh mandement au Général Junot qui depui^t fut Duc d'Abrantés.(*^) Infatigable dans sa marche vers l'immortalité, peut être aujourd'hui si pesante pour lui, il ne lui suffisait pai

d'aspirer à ce qu^il n'existât pas une guerre en Europe sans quelle le rappelât à la mémoire des hommes, il voulait encore que son nom fut attaché à toutes les entreprises recommendables par leur utilité, et surprenantes par leur conception. Paris devient pour ainsi dire le centre du monde, d*où partiront toutes les communications qui rattacheront à sa splendeur et à son commerce toutes les na* tions dont la France est entourée. Tous les canaux s'achèvent. Les productions de la Belgique se montrent pour la première fois sur la Seine. L'Ourque vient prêter ses flots à la salubrité de la capitale. Le pont de Sèvres est commencé. Celui de St. Cloud terminé. Les routes de Wesel, de Mayence, de Turin, d'Alexandrie, sont ouvertes. Les plaisirs de la paix viennent aussi ajouter à Tenthousiasme qu'inspirent et les prodiges de la valeur, et les miracles des arts, et les phénomènes des travaux publics. Les fêtes données aux armées, dépassèrent en magnificence tout ce dont Paris jusqu'alors avait pu garder le souvenir; et tout-à-coup Napoléon incapable de repos, part comme un traît^ ar-

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rive à Milan, voit Venise, visite le royaume dltalie, et poursuivant l'Angleterre partout, s'acharnant à Texiler du continent depuis Crunstadt jusqu'aux pieds des Pyrennées, va tenter encore de lui fermer tous les ports de la Méditerranée.

Cette haine de Napoléon pour TAngleterre fut Tune de ses plus grandes erreurs. ^ Je crois qu'il s'éxagera trop à lui même la position dans la quelle son idée supposait TAngleterre. Il crut que l'assistance du continent lui était indispensable. Il ne la considéra que comme une maison de commerce ou de banque, dont la banqueroqte devient forcée si on lui ferme les caisses de tous les capitalistes. La prohibition, et surtout la saisie et la combusticMa des marchandises anglaisés était la plus fausse, la plus vicieuse et la plus funeste de toutes les mesures. Qu'importait à l'Angleterre? ce n'était pas elle que l'on ruinait. Les marchandises importées sur le continent sont, en grande partie du moins, payées ou par échange, ou par effets commerciaux, ou comptant ; le reste de la dette n'est pas éteint parce que la mar* chandise est saisie après qu'elle est repie. La

perte n^était donc réelle que pour les commercans du continent, et plus Von diminuait la masse de ces marchandises anglaises plus Ton servait TAngleterre, en multipliant pour elle les circonstances ou il lui faudrait les remplacer dans les magazins vidés par la confiscation* Cette mesuré ne tournait qu^au bénéfice des fripons, dont Tavidité trouvait toujours le secret d'éluder Texécution du décret- D^ ailleu rs quelle folie de faire brûler, de détruira enfin des objets, dont on pouvait tirer une si grande utilité. Puisque ron faisait aux particuUers cettegrande injustice de confisquer ce qu'ils avaient acquis sans défiance et sous la garantie des relations commerciales, pourquoi ne pas employer ces marchandises utilement? les draps, les toiles, les cuirs, les chapeaux, ne pouvaient-ils pas servir pour le soldat? les thés, les cafés, les sucres, ne pouvaient ils pas être distribués à un prix modique à la classe indigente, privée depuis si longtemps en France de ces sortes de denrées. Mais ruiner des particuliers, sans aucun avantage pour Tinterêt. général, dé^ truiie pour Tunique plaisir de détruire, avec la certitude de nuire à ses sujets et aux sujets

de ses alliés, sans avoir celle de nuire à ses ennemis, ce n'est pas là, ce me semble, de la politique, c'est du vandalisme; C'est imiter ces enfants taquins, dont la malice dérobbe un joujou pour Tunique plaisir de lé briser. Ce n'était pas . ainsi ce me semble que Nà* poléon pouvait faire repentir îT^fei^leterre de sss arrêts du conseil. Je crois qu'il eut du féflechir qu'on ne force pas une nation à faire banqueroute, quand le commerce des trois autres parties du monde lui reste ouvert.

. Il me semble que si Napoléon avait voulu nuire à l'Angleterre, bien loin de «'abandonnée à ce projet gigantesque et inexécutable de Tex-^ iler du continent, il falait plustèt. donner . dai^ l'excès contraire. Il falait lui ouvrir toutes les issues; il falait la souffrir dans tous les marchés de l'Europe, et fournisant habilement ces marchés d'objets manufacturés sur le continent, et rivalisant avec elle par les qualités de ces marchandises, en étaUir les prix en concurrence avec les siens, les tenir adroitement toujours au dessous, et si pendant quelques années cette manière de pro*céder e&t exigé quelques sacrifices, il eut été^

bien plus facile de faire entendre aux rnanu-turiers des difFerens états alors sous l'influence de la France, que la solidité et la prospérité future de leurs manufactures cfêpendaient de ces sacrifices passagers, que de persuader au£ commerçans qu'il était d'une saine politique, non seulement de leur défendre toute liaison avec TAngleterre, mais encore de se laisser dépouiller des marchandises qu'ils en avaient reçues pcHir les anéantir. Combien de fois ea France, combien de fois Napoléon lui mêmé^ en sfélevant contre les prétentions de l'Angleterre, n*a t-on pas, et n'a t-il pas argumenté d'après ce principe, que le pavillon couvre là marchandise. Pourquoi Tenseignc du commerçant ne couvrirait elle pas également la marchandise. Une loi conforme à l'équité naturelle sur un élément, cesse t-elle de l'être si l'on en fkit l'application sur un autre élément. Saisisses sur terre des» armes^ des fusils, des canons s'ils provienent d'une nation avec la quelle vous êtes en guerre, comme vous le^ faites à la mer, quand la force vous permet d'user du droit de visite. Mais les marchandises sont un produit, des

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métiers et des arts, et les arts et leâ métiers ne connaissent point de nations ennemies» *

Il est présumable que si Napoléon, dans le désir ardent que, depuis l'explosion du 3 Nivôse, il éprouva cxmstament de se vangér de rAng* leterre, eût pris conseil de quelques hommes proiS>adément versés dans la science du corn* merce, il Teussent infailliblement détourne de ce système des prohibitions inutilement pernicieux* Aujourd'hui que toutes les portes sont ouvertes sur son compte 4 toutes -les calomnies comme à toutes les ventés, on entend des hommes encore tout chamaiés des honneurs dont il les a surchargés, des honomes dont l'existence ne repose que sur les richesses dont il les accabla, et qui sortis de la pous-^ siere, grâce à sa munificence, après avoir sous son régne fatigué les regards du public par le spectacle de leur impudente arrogance, de leur hauteur ridicule et souvent de leur crasse ignorance et de la dépravation de leur mioeursi trainent maintenant dans la fange de la plus noire et de la plus vile ingratitude lés titres, les cordons, délateurs irrécusables de leur impérial esclavage, et de leurs Napolé<»i«

ides adulations, on les entend, disje, répéter, que dédaignant toute espèce de conseil, il était inaccessible à la vérité. Certes le choix qu^il fit de quelques uns de ces hommes pour certains emplois est la plus grande autorité qu^ils pouraient citer en preuve de ce qu'il né prena^ conseil de personne ; et loin de se plaindre que la vérité ne pouvait l'approcher, ils doivent bien au contraire en rendre grâce au ciel ; sans cela le même jour eût vu naître et tomber ces charlatans de cour; et dans la suite alors la chute de Napoléon les eût surpris dans un tel degré d'abaissement qu'ils n'eussent pas çu Tespoir de se faire écouter en Tinsultant lâchement, quand ils se sont figuré qu'ils n'en avaient plus rien à craindre. Soyons plus justes et surtout mpins menteurs, disons que Napoléon au contraire cherchait sans cesse la vérité, mais que cet impénétrable mur de flatteurs, que Tavidité sordide retenait autour de Iui,.s'étilât tellement épaisi, qu'il 'était devenu impossible à cette vérité de le percer. Ce sont ceux la même qui l'accusent de l'avoir dédaignée, dont la main la repoussait sans cesse» et dont la bassesse frémissait qu'elle

parvint jusqu'à lui. Napoléon est après Henri IV, le seul monarque à qui le peuple ait fait l'honneur dans ses murmures de dire: ah! si l'Empereur savait cela! ceux surtout qui dèslors méditaient sa perte, et dont la perfidie creusait en silence l'abime on ils voulaient l'entrainer, frémissaient à rapparifaon de quelque figure inconnue qui par hazard parvenait à l'aborder. Je parlais tout à l'heure des commerçans. Plus d*une fois il énonça le désir de les entendre, et il serait difficile de peindre avec quel art les obscurs conjurés dont il était entouré parvenaient à l'en dégoûter. Ils tremblaient qu'ils ne, lui eussent ouvert les yeux sur la fausseté de son système en vers l'Angleterre, et l'un de leurs grand moyens pour accélérer sa ruine était de l'entretenir dans sa ténacité à le suivre.(*^) Il est curieux de les entendre aujourd'hui, pour se blanchir du culte qu'ils lui ont rendu, avancer dans leurs écrits qu'ils n'osaient pas

lui parler. Comment? ils restaient auprès d'un maitre, ils acceptaient des emplois, des missions, des ambassades, des ministères d'un homme, au quel ils n'avaient pas le droit de

IiA RÉTOLUTIOISr TRASTpÀISB. 353

faire une rejMiésentatiGn utile; et ils ont la bassesse de Favouer. C'est donc de leur pleine volonté qu'ils se courbaient sous son joug de fer. C^était un tyran, disent-ils. A qui la faute ? qui les retenait auprès de ce tyran* Pourquoi n'avaient-ils pas Thonnêteté^ la probité de s^éloigner d'un tyran qui, si on les en croit, ne leur commandait que des crimes. En l'abandonnant, peut-être lui eussent-ils ouvert les yeux. Mais pour hïte cette retraite généreuse, dont cette probité leur disait un devoir, il eut fàlu renoncer à puiser chaque jour dans les flots du pactole. L'ot embelissait l'esclavage aux yeux de ces messieuri^. Le tyran alors^ n'était pas à leurs avis^ aUBsi tyran qu'ils veulent le faire croire, et leur indignation contre la* tyrannie est un peu^ trop tardive pour qu'on la croye bien* ^ticére. Quand on fut les auteurs de tous les maux qui désolèrent la patrie, il est cMumode de les i^ejeter sur l'homme qui n'existe plus ; mais pari^ii les maux dont là France est accablée, elle ne compte encore ni rigno|*a»ce ni l'iittbecillité, et les jésuitiques TOM. ii;. A a

854 HISTOIEE DES FACII0K8 D£

récriminations de tous les cagots titrés, et de tous les libellistes mitres, ne portent pas, malheureureusement pour eux, la date d'un siéde de crédulité.

Ce fut par ce concert unanime de dangereuses adulations, par cette union indissoluble d'esclaves toujours à genoux devant ses coq*' ceptions, par cet assemblage d'honomes constament d'accord pour lui persuader qu'il était infallible, assemblage composé tout à la fois et de pervers, horriblement patients dam la lente marche de leur trahison, et de cfôjraDS à sa fortune qui ne voyaient en lui qu'un être surnaturel destiné par le ciiel à changer Tordre de l'univers, et s'étaient- fait un fimatisme de leur dévouement à soa génie et de leur soumission . a ses volontés, ce fut enfin par cette conviction également . partagée par la cour, et le peuple et l'ariaée, que rien. n'était supérieur à ses lumières, rien d'impaaaible dans ses projets, rien que de jastê dans aes prétentions, qu'on l'accoutuma à regarder l'Ett^rope comme son domaine, les rois comme ses vassaux, les peuples comin^. ^3 wstrumeti^

LA RfeVOLCTIOK FRANÇAISE. 355

Comment eût-il pensé difFerenment ? comment eût-il connu la modération dans ses désirs? Plus ils étaient extravagans, plus ils passaient pour inspiration divine. Adorer Napoléon était Torgueil de la cour; seconder Napoléon, le principe de toutes les autorités; croire à Napoléon, la religion des français; mourir pour Napoléon, Tunique voeu de Tarmée ; craindre Napoléon, Thabitude de tous les peuples. Que Ton s'étonne après cela de Tinjuste guerre d'Espagne, de la ridicule comédie du concile, et de la désastreuse expédition de Russie. Toute la terre s'unit pour ennivrer un homme, et quand au fort de son ivresse il s'est précipité dans l'abime, on lui impute à crime de n'avoir pas conservé son équilibre et sa raison !

Oh croit en général, surtout en Angleterre qUe cette guerre d'Espagne lui fut suggérée par Mr. de Taleyrand. En prêtant son château de Valencay, pour servir de prison à Ferdinand VIL il a donné lieu à ce soupçon.

Dans ce gigantesque projet de réunir sur Ma tête la monarchie universelle, et de n^

laisser aux rois à qui il permettrait de rester sur le trône d'autre rôle à jouer que celui de ses lieutenans, il n'était pas possible que Napoléon nefit entrer TElspagne dans la liste des nations qu'il lui falait asservir. On avait caressé son orgueil en le comparant à Henri IV. et en lui persuadant que ce grand roi avait conçu ce même plan de changer l'organisation de l'Europe, et de la délivrer du joug de la .maison d'Autriche; plan qui n^était resté sans exécution que parce que le funeste attentat qui l'avait privé de la vie l'avait empêché de réaliser cette vaste entreprise. Quand on vit ses reganls convoiter l'Eispagne, ses conseillers devinèrent sans peine que par l'injustice de cette guerre il acquérerait, un titre de plus à la haine de l'Europe et ferait un grand pas vers sa perte. Ils se hâtèrent donc d'exalter la gloire d*une telle entreprise. Ils lui peignirent le peuple espagnol comme gémissant sous le joug monachal^ et brûlant depuis plus d'un siècle de le briser. Ils lui persuadèrent que l'Espagne entière Tappellait dans ses voeux secrets à »

IiA RâvOLUTION FRANÇAISE. iSf57

âéKvrance ; qu'il lui suffirait de paraître pour que cette nation brave et généreuse, msûs comprimée par le despotisme théocratique, se déclarât à Tinstant ; que la maison régnante, ibible, dégénérée, en proye aux divisions, enclave d'un favori odieux à la nation, fatiguant TEspagne bien plus qu'elle ne la gouvernait, était le moindre des obstacles. Enfin pour achever de le pousser à cette grande iniquité, ils caressèrent sa passion suprême, sa haine pour r Angleterre. C*est Tunique moyen, lui dirent ils, d'attirer au dehors ce peuple qui, retranché derrière Tocéan a jusqu'à; présent échappé à la fortune de vos armes. Son or«gueil le fera voler au secours des castillans. Alors on pourra le joindre corps à corps. Battu, écrasé pat vos invincibles phalanges, ses armées viendront tour à tour se fondre, 6*anéantir dans la péninsule, et bientôt épuisée d'hommes, compromise dans ses trésors par les énormes et inévitables dépenses d^une semblable guerre, manquant à la fin des provisions que la clôture des ports du continent ne lui permettra pas de se procurer chez l'étranger^

r Angleterre se verra forcée de recourir àk paix ; vous l'aurez vaincue sans exposer une seule chaloupe, et elle sera trop heureuse d'implorer votre clémence et de se soumettre aux conditions qu^il vous plaira de lui dicter. Il n^en falait pas tant pour déterminer un conquérant que dévorait Tàmbition d'un pouvoir illimité, que tourmentait le désir d'une gloire extravagante, qu'aveuglait les fureurs d'une haine irréconciliable ; et la guerre d'Espagne fut résolue. Mais c'est ici que Napoléon va imprimer à son caractère une tache vraiment indélébile. Ce guerrier dont les traités de Presbourg et de Tilsit attestaient la franchise et la loyauté, dont la magnanimité avait après Austerlitz respecté la liberté de l'Empereur de Russie, ce héros qui n'avmt point abusé des revers de l'Empereur d'Autriche, et l'avait rétabli sur son trône, que les lauriers d*Iéna n'avaient point empêché de rendre au roî fie Prusse une couronne que les hazards de la guerre lui avaient ravie, ce monarque que tant de gens accusaient d'imprudence au rccit de sa modération, cç

Napoléon enfin renonçant tout-â-coup à cette noble 'renommée va descendre à connaitre la rtise; il va tendre des pièges à la bonne foi ; il va sb charger du nom honteux de spoliateur; et la politique de Louis XL et de Ferdinand V. sera Tarme dont il va maintenant se servir pour détrôner des rois dont Tamitié pour lui avait été jusqu'alors sans nuage. Comment une semblable éclipse peut elle tout iUcoup obscurcir un caractère que jusqu'aloi's on avait admiré? est ce ici la nature qui rentre dans ses droits, et les vertus dont le Danube et le Niémen furent témoins n'étaient elles qu'un rôle appris pour mieux en imposer aux humains. Cette transition subite du plus tioble désinteresement à la plus honteuse duplicité, est un phénomène qu'on rie peut expliquer qu'en se rappelant de quels hommes il était obsédé. L'Europe, qui n*a vu Napoéon qu'a la tête des armées, l'accuse d'avoir été le fléau de l'humanité, et l'Europe a raison. Les courtisans de Napoléon font aujourd'hui chorus avec l'Europe ; s'ils n'ont pas raison, ils ont bien leurs raisons. Les alliés

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croyent avoir bridé le grand iq^rum^nt des vengeances célestes. Bien des gens en Fwce leur diraient s^ils osaient parler ; Vous n'avez brisé que le grand instrument de qiiielques petites ambitions secrètes. Jeu bizare des diestinées humaines! Napolécm va ex[4er à St. Hélène les guerres d*£sp£|gne et de Rus^e, et les véritables auteijrs de cejs guerres ^oot aujourd'hui Tobjet de Tencens de TËurQpe. Voilà ce que c'est que de posséder le ^paod art de savoir crier à propos : Toile ! cruc^€. Un de ces hommes, enfans gâtés de la fortune, gouvernait depuis nombre d'années U maison régnante sur TEspagne. Godoïi né dans la classe des simples gentilshommes, s'é^ tait élevé du poste peu marquant de garde du corps jusqu'à la plus haute ff^veur, et revêtu du titre de Prince de la Paix, premier ministre homme de géiûe enfin, délivrait Charles IV des soins pénibles du gouvernement, charmait la Reine par les agrémens de sa periapniic^ captivait le roi par sa précieuse utilité, .et dé^ plaisait aux grands d^Espagne qui n'estiment \e^ talens que quand ils sont accompagnés dV

Mne haute naissance, et ne pardonnent jamais le pouvoir dans un homme dont le sang est «oîns illustre que le leur. On était parvenu à aigrir Tesprit de Tlnfant; prince héréditaire, contre le Prince de la Paix. Se déclarer contre •ce favori, c'était de^la part du prince des Asturies se déclarer contre le roi et surtout contré ki reine. Livré aux conseils d'un prêtre^ am-* bîtieux, le chanoine Ëscoquis, Tinfant ajouta à cette première imprudence celle plus grande encore de faii*e publier un pamphlet ou se trouvait rhistoire des intrigues de ce favori. La fer- «fi^itation fut grande. Les esprits se divisé^ rent ; les uns restèrent fidelles à Charles IV. D'autres plus ambitieux, croyant appercevoir |duâ de moyens de fortune en suivant la révolte du Prince des Astiiries, se déclarerait en $a faveur. Le Prince de la Paix conserva de son côté de Tempire sur ses nombreuses créa- •tares, mais prévoyant cependant depuis longtemps que isa puissance un jour pourrait être attaquée, il s'était en pohtique habile ménagé an protecteur redoutable dans Napoléon, et «8 eonatnîs Tout accusé depius d'avoir trafiqué

avec lui de la couronne d'Espagne. Ce royaume était donc divisé en trois partis bien dictinct». Napoléon se rendit à Bayonne pour être plus à portée de profiter des circonstances, et de diriger les nombreux agens dont il innonda Madrid. Le Priilce des Asturies lève enfin le masque. Sa rébellion eclatte. Proclamé par son parti sous le nom de Ferdinand VII, il fait investir le palais deson père, et Vy retirât prisonnier jusqu^à ce qu^il ait abdiqué la cour ronne. La reine ne fut pas à Tabri des insultes ; et le Prince de la Paix attaqué, fugitif et blessé, n'échappa qu'avec peine aux poi% gnards des assasins qui menaçaient sa vie. Charles IV, la reine, et le Prince de la Paii vinrent à Bayonne implorer la protection de Napoléon. Certes, s'il Teût voulu, jamais il ne se présenta un plus beau rôle à jouer pour un souverain. Secourir un monarque, un père infortuné, le replacer sur un trône-d'où Tim^ pieté filiale venait de le chasser, venger tout à la fois la majesté royale, la vieillesse auguste et l'autorité paternelle indignement ouftragées, et couronner un aussi noble ouvrage en in-

LA REVOLUTION PRANÇ'AlSK* 363

sjnrant de justes remords au Prince des Asta^ ries, le ramenant soumis aux pieds deson pére^ et le reconciliant avec lui, cette conduite eut couvert Napoléon d^une gloire immortelle. Mais cette gloire même, en Thonorant aux yeux de toute TEurope;, eût achevé de Taf- ' fermir sur son trône, et ce n'était pas ce que ses ennemis voulaient. Ils se gardèrent donc bien de lui inspirer cette démarche magnanime. Il convoitait T Espagne. Ils abondèrent dans son sens. Ils lui dissimulèrent toutes les difficultés. Les grands d'Espagne furent mandés à Bajcmiie; on leur donna une constitution comme si déjà on les eut vaincus. Murât à la tête d'une armée occnppa Madrid sous prétexte de maintenir la paix. Ferdinand suivi des princes de sa famille n*eut d'autre parti à suivre que de se rendre lui même à Bayonne, où il perdit la liberté. Charles IV fiit à Compiegne ; on l'y traita en roi pour sauver les apparences, et Ferdinand fut envoyé prisonnier chez Mr. de Talley rand à Valencay. Toute l'E^spagne se souleva. L'empereur y entra lui même, non plus en médiateur, mais en conquérant. Il combattit aux portes

même de Madrid et dicta ses loix en vaio^ queur. Le seul acte dont Thumanité dut lui rendre grâce, fut Tabolition de Finquisitioo, Les Anglais arrivèrent et Ton sait les suites de cette guerre si funeste à TËspagne, à la France, à l'Angleterre même, malgré la gloire qu'elle s'y est acquise.

Une guerre aussi imprévue, une invasion aussi subite et aussi peu motivée, répandit l'alarme dans toute l'Europe, et tous les souverains reconnurent que si l'on ne mettait pas mi terme à ce sistême d'envahissement, le sort des toutes les couronnes dépendrait désormais du caprice de Napoléon. L'inquiétude fut plus vive encore, quand on le vit considérer le trône d'£.spagne comme vacant, appeler son frjêre Joseph pour l'investir de cette couronne, et donner à Murât celle de Naples que Joseph venait de quitter. Si le désir de faire des rois ne se bornait pas aux princes de son sang, et qu'il s'étendît encore jusqu'aux généraux de son armée, alors où ce désir s'arrêterait-il, et l'Europe aurait elle assez de royaumes pour suffire aux largesses impériales, et satisfaire à l'ambition des lieutenans ? Telles étaient les

LA RÊVOLUTIOIT FRAITÇAISE^ 365

réflexions dont tous les cabinets de FEurope étaient tourmentés. Cependant en France Fadulation allait toujour croissante. Les ehefii ténébreux de la faction Anti-^Napoléomenne alimentaient sourdement autant que possible cette frénésie. Ils venaient par la guerre d^E^ spagne de le vouer à Tirréconciliable inimitié de tous les rois. Il falait Tennivrer par Tencens de la nation qu'il gouvernait, afin que convaincu de iVpprobation et de Tadmiration de la France, qu'il savait être Tune des uatious la plus jalouse de Thonneur et la meilleure appréciatrice des actions généreuses, ii 3e figurât que la conduite qu'il venait de tenir avec les princes d'Esqagne n'était que la con^ séquence en lui d'un génie supérieur à tous le* hommes, et que son imagination se créât un Napoléon imaginaire, si j'ose m'exprimer ainsi, comme elle lui créait tous les peuples, non tels qu'ils étaient, mais tels qu'il voulait qu*ili fussent. Jamais le sénat ne se montra plus prodigue de louanges. Jamais plus de dis^» cours, plus d'adresses de félicitations. Jamais plus de vers, plus de pièces de circonstance^ n^inondérent Paris, n'encombrèrent les théo^

SG6 HISTOIRE DES PACfTiaWS'DJB

très spécialement esclaves,(^^) ne refluèrent êes provinces dans la capitale. Jusques là Napoléon n avait été qu'un homme extraordinaire^ qu'un héros, quand il avait poursuivi et terminé des guerres avec loyauté* Il commet la plus profonde iniquité, et tout-à-coup c'est un Dieu ! Une nation, une grande nation éclairée, superbe et généreuse ne s'aveugle pas à ce point s'il n'est des hommes qui ayent intérêt à ce qu'elle s'abandone à une erreur de ce genre, et dont les habiles agens lui suggèrent sous main un esprit nécessaire au succès de leurs projets: et si l'on veut se convaincre que ce vaste concert de vœux, de bénédictions, d'éloges outrés et si déplacés dans une telle occasion étaient l'efiet dés combinaisons de la perfidie qui cherchait à l'enlacer de plus en plus dans ses filets, c^est que jamais le sacerdoce, jamais les prêtres, ces implacables ennemis de cet empereur à qui seul cependant ils devaient leur rêta^ blissement, jamais, disje, les prêtres ne firent fumer plus d'encens pour lui sur les autels, n'adressèrent plus de prières à l'étemel pour iia conservation, n'offrirent plus souvent son

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. S&f

nom dans la chaire de vérité au respect de la multitude, qu'à Tépoqùe de la guerre d'EU spagne. On ne pouvait parvenir à le décon-^ sidérer aux jeux des nations, des rois mêmes accoutumés à le craindre et à Tadmirer, oa ne pouvait rendre sa chute inévitable dans Tavenir qu eh Tenhardissant au crime par les applaudissemens de tout un peuple. Ce n'était pas assez pour les conjurés d'empêcher toutes les vérités de l'approcher, il fallait encore pour le succès de leur dessins rendre muette pour lui la vérité même de sa con^ science, et ils y parvinrent. Il n'était pas sur que la mort du Duc d'Enghien n'eut été suivie de quelques remords. Toute la France alors s'était tue. Il ne fallait pas courir le même danger cette fois, et il fallait qu'une acclama* tton générale lui persuadât que la proscription des [mnces d'Espagne était un grand acte de vertu. Alors quand il s'agira de la guerre de kt Russie, il ne balancera pas, et il volera lui même au devant du coup qu'on lui prépare. Et c'est ainsi que la ténébreuse et noire fac* tîon^-tput à la fois anti-républicaine, antii^péridle^ aQti^hationale, marche à ses fins, et

S6B BISTOIBE DES YACTIOJTS DS:

s'iiH^éte peu si en irritant^ dans ee Tamerim de TEiuropey la aoîf des combats et Favîâe fureur des conquêtes, elle livre au glaive de la guerre toutes les générations existantes, et étend llncendie et le ravage depuis le Cap Nord jusqoi'aux cdonnes d'Hercule; s^inqui^ été peu si la patfie sera dévastée^ déchirée, humiliée, si ses richesses^ son commerce, ses monumens seront anéantis,, si quelques cent*^ aines de mille hommes encore périront ; peu lui impcMTte* Que tout s'abime pourvu qu'un homme soit renversé ; que la subversion totale de l'Europe s'accomplisse, pour vu qu^elle se conserve dans les places et les honneurs qu'à force d'intrigue et de bassesse elle accumuh^ sur sa tête.

L'Autriche se déclara trop tôt ; et sa préci*pitation remit en problème les succès de la Êtction. Ce n'était pak en attaquant Napo^ léon que l'on pouvait ses promettre sa chute, parce que la nécessité de se défendre mettait! la justice de son côté. C'était en l'incitanti lui même à attaquer les autres puissances, parce que l'homme est toujours disposé k suspecter ]a justice des motifs de celui que

LA RévOLUTIÔN FRA^KÇAXSjS. SÔQ

provoque la guerre. Napoléon était à Valladolid quand la nouvelle de l'agression de l'Empereur d'Autriche lui parvint. Il part à ilnstant^ fait trente lieues à franc étrier, traverse les Pyreïinées, court nuit et jour, et arrive comme la foudre à Paris. Il convoque le Sénat, l'instruit de cette guerre nouvelle, i«mplit toutes lëati'ompettes de la renommée de plaintes améres contre cette violation manifeste des traités, s'élève avec véhémence contre Tinjuste invasion de la Bavière et du Wurtemberg, obtient les hommes et les Senatus Consultes dont il à besoin, quitte Paris, franchit le Rhin, et déjà il est sur les bords du Lech, qu'à Vienne on le croit en?core au fond de la Castille. Il faut le repeter; c'était dans ces momens de crise qu'il était vraiment étonnant, et qu'il déployait cette incroyable activité à laquelle il dut presque toujours ses succès; elle prenait sa ^aource dans ce caractère impatient, altier, dcHuinateur, que l'apparence du plus léger ^obstacle irritait. Cette activité, il la commu^ niquait à tous les résorts dont-il avait besoin ; mais aussi quelle formidable puissance ae«

TOM. III. B b

570 HISTOIRE DES PACTIOÎfS BE

condait cette activité. La campagne qull va faire suffirait seule, pour en donner une idée. On croyait à Vienne que toutes ses forces s'étaient enfoncées en Espagne; Ton se flattait de pénétrer au cœur de la France ayant qu'elles pussent arriver à son secours ; et c'est au contraire Napoléon, dont les armées vont s'élancer des frontières de Fltalie et de la France pour attaquer Tagresseur jusques dans sa capitale ; et cette diversion par la quelle les politiques Autrichiens s' imaginent débarrasser TELspagne, ne la délivrera pas d'un seul soldat français.

Qui Teut jamais pensé ? Lorsque n'agueres Napoléon, environné des immenses rayons d'une gloire qu'aucun nuage n'obscurcissait encore, s'entretenait à Erfiirt des charmes de la paix avec l'Empereur Alexandre et ce vertueux Roi de Saxe, que son magnanime respect pour la sainteté des traités et la religion des sermens à depuis accablé de tant d'honorablés infortunes, lorsqu'en visitant ensemble le champ de bataille d'Iéna ces augustes potentats, déplorant les malheurs qu'entraînent à leur suite les talens des héros, méditaient cette

lettre pacifique qu'ils adressèrent de concert au Roi d'Angleterre, qui Teut, disje, pensé, que ia guerre dût si tôt remettre TEurope en feuw Si dès cette époque Napoléon amusait sa pensée du projet d'envahir l'Espagne, c'est bien alors qu'il eût été vraiment coupable. Se montrer aux yeux de toute l'Allemagne comme Tami le plus chaud de la paix du monde ; ne protnener tant de princes sur le théâtre de l'une ^ de ses plus illustres victoires, que pour affecter à leurs yeux une feinte sensibilité sur les playes'què la guerre fait à l'humanité, et les endormir dans une fausse sécurité sur ses intentions futures ; tromper ainsi les rois, les nations, et la France la première, dont tous les yeux étaient ouverts sur cette entrevue d' Erfurt que personne n'avait prévue, il y aurait dans cette conduite un système réfléchi de duplicité et de perfidie, deshonorant pour le souverain qui l'aurait adopté. C'est ainsi que Tibère et Philippe II, se fussent conduits en pareille occurrence. Ce ne sera pas sur cette foule d'écrits, approbateurs ou dépréciateurs, dont-il est l'unique objet depuis deux ans,

que leur contradiction rend si peu dignes de

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572 HISTOIRE DES FACTIOHS D£

croyance parce que cela seul suffit pour prouver qp'ïk ne sont inspirés que par Tesprit de parb, ce ne sera pas, disje, sur cette nuée de libelles ou d^éloges que Fhistoire éta^blira son jugement ; mais si elle se détermine à lui çon* firmer une partie des titres odieux, dont oq surcharge sa mémoire, ce sera parce qu'eEe 9era parvenue à pouvoir Tétudier dans ces sortes de circonstances marquantes. Les écri- ;vains contemporains se figurent toujours que la postérité réglera ses jugemens sur les leur. Ainsi le veut ?amour propre de lliomme. Mais c'est folie de croire que les passions se transmettent avec les écrits. Nos descendans seront froids sur les événements qui nous agittent. Us jugeront Napoléon, mais non pas comme nous. Amis, comme ennemia, les /contemporains ne voyent jamais qu'un seul liomme sur la scène du monde. La postaité n'est ni amie ni ennemie. Elle juge, non pas /simplement l'homme de telle époque, mais tous les hommes de cette époque. £lle le peut; elle est sans crainte comme sans espérance; elle n'attend d'eux ni Bastille ni Cordons. £n France, la liberté de la presse

LA RÉTOLUTION FRANÇAISE. S73

est toujours en arriére d'un siècle ; on en jouit quand elle cesse d'être utile. On ne pernïet à rhomme d'user que de celle qui aurait du appartenir à ses ayeux.

Le repentir suivit de près les espérances prématurées deFAutriche, Les batailles de Thauiï^ d'Aversberg, d'Echmul, d'Esling se succédèrent avec une rapidité effrayante,' tandis que les victoires de Raab^ dinspruch, de Goris signalaient la course d'Eugène de Milan à Vienne. Cependant un chagrin amer atteignit Napoléon au milieu de sa gloire^ Le Maréchal Lamnes, Duc de Montebéllo' périt à Esling. Jusques là, aucunes de ses liaisons n'avaient été durables. Il avait sincèrement aimé Bourienne, et^ des intérêts étran-pgers à ceux de l'amitié avaient entraîtié ailleurs les destinées de ce favori. Il aimait tendre* ment Eugène; c'était son fils adoptif, et le plus brillant de ses élevés dans l'art de la guerre. Fils de cette excellente Joséphine,' dont la tendresse lui fut si longtemps nécessaire, ce jeune homme méritait tout l'attachment de Napoléon, qui le voyait sans jalotisie remporter sur lui dans le grand arl dç goii«

vémcr. Mais ils étaient séparés. souvent, et d'ailleurs la différence d'âge apportait toujours quelque contrainte dans cette amitié réciproque. Il avait une confiance illimitée dans Berthier, mais Berthier se souvenait trop souvent du rang de Napoléon, et en le rendant au rôle de maître, il V éloignait de celui d' ami. II estimait fortement, il aimait même Denon, mais sa franchise le gênait ; en général Napoléon n'aimait pas à avoir à faire aux hommes sans ambition; leur caractère ne s'assouplit pas par la crainte de la disgrâce. Denon était le Montausier de cette cour. Si l'inflexible franchise gène toujeurs un maître impérieux, elle lui déplait souvent encore quand elle fait la censure de ses courtisans. Mais Monte^ bello était l'ami du cœur. Ils étaient du même âge. Leurs gôuts, leurs penchants étaient semblables. Ils ne s'étaient jamais séparés à la guerre. Ils avaient été camarades longtemps avant l'arrivée des grandeurs. Elles n'avaient rien changé à leurs habitudes amicales. Ils se tutoyaient encore malgré la distance impériale. L'éclat de la pourpre n'en avait point impwsé . à Montebello ; il avait conservé

toute la liberté de Tamitié familière, et toute rindépendànce des conseils qu'elle se permet. Un coup de canon lui emporta la cuisse à la bataille d'Esling. Il ne put survivre à Tamputatiôn. Il eut le temps encore d'embrasser son ami, et Napoléon ne put cacher les larmes que lui arracha une perte semblable.(*^)

Cette bataille de Wagram fiit terrible. Elle se ressentit de Tirritation que les contrariétés de la bataille d'Esling avaient fait éprouver à Napoléon. Ce fut moins une victoire, qu'une vengeance contre les délais de la victoire. Jamais Tartillerie ne fut employée avec plus de profusion. La perte de l'Autriche fut immense. Elle fût suivie d'un a rmistice, et bientôt du traité de paix, qui à conservé le nom de traité de Vienne. Ce traité de paix fut déclaré commun aux Rois d'Espagne, de Hollande, de Naples, de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, de Westphalie, au Prince Primat^ aux Grands Ducs de Bade, de Berg, » de H$6se d*Armstadt, et de Wurtzbourg; ce. dernier était frère de l'Empereur d'Autriche, et ne sépara jamais ses intérêts de ceux de Napo** \hm. '\^j££ax tous les princes de laîGonlédéra^ii*

ration du Rhin alliés de la Franea fureiA rappelés danfii ce br£Ûté. Tels furent les préUminaires d^une alliance qui faientôt va remplir TËurope d'étonnement.

Napoléon revit à Paris. L'accueil cpm lui 6t fut gravcw II tenait plu& de radmiratioii que de la joye. On mesurait, je dirota presque avec une sorte d'eâProi, les étonoans succès de cette campagne; le nombre et la sévérité des batailles prêtaient des couleurs plus sérieuses aux éloges. A travers cette fbrèt nouvelle de lauriers, on appercevait toujours la guerre d'&* pagne» La satisfaction nationale lut, si j'ose m'exprimer ainsi plus cérémQuiease ; el^ fut avare d'acclamations popttkkes^ et ne sew^ nifesta guèresque dans les discours des grandes autorités^ et les adresses des départemens* D'ailleurs cette bat?aille tfEsling^ que le dé^bordement imprévu du Danube avait rendue si indécise^ et où Farmée ne dut qu'à ^M courage incroyable son sdiu*, si cotopromlis» par* un obstacle contre le queHoute la pr^dèâce humaine venait échouer, inspirait quelques alaipoies. Cet événement prouvait pour hk pre^ piiére fiks^la^Fr^nce qup la fortune ée Napo»"'

LA RfevOLUTION FRÀSTÇrjdSlï* 377

léon n'était pM îhacc^sibkf mx rerrers ; et cette espèce d^trtorité, pour mnsè dire divine, cjwe jusqu'àlorisr il avait exercée suf^ ht victoire, eii perdant toûtrà-coup cette magid dèirt elle fascinait leâ yeux du peuple, ouvrait la porte à toutes les inquiétudes, sdir lèS suite* désastreuses que paan*ait avoir quelque jouf cette insatiable avidité de combats do*t cet hctonie ' était tourmenté. Cette réflexions naturéUemeiit inspirée pai* le&<À^fcOnstancefif^ et^ qtie ses ennemis iiïtéressé» à ce qu'il entassait v guerres sur guerres, pour qu'il passât enfin à juste titre pour le fléau du genre'humain, ne purent réussir à étôùffëï*, cette réflexion, disje, désenchanta le peuple de soii engou^ement pOttT te bonheur qu'il croyait aittacbé à sa per^' sohniÈf. Ce peupïte en portait l'excès jusqu'à* ce point de croire, que lai puisisance de Na^ pbléon s'étendait jusqoeE^ àur le» élétaens*; et' qu'il n'avait qu*à paraître pont que la sétellité' dà' èiel, quand elle lui était nécessaire, reii^^ pla^cât à l'instant la tempête et les érages^ Le Imsaf d Tavait ainsi voulu quelquefois, et Fa^ véagltement du peuple s'était a^^mi par Fiittû' p(»àttt]INB'€è"c<^:te appaf^te eitj^rieijtcei

S7Ç Hisax)iaE btes faction's de

. Le superbe yainqueur fit à son sirri^é^ l'ouverture fde la se^^ionidu^pips li^sjs^tif, avec un éclati un appareil, un faste guerrier dont les annales de Kempire n'avaient point encore offert d*exemplç|. Du haut de ce trâtoe, qu'entouraient ce^s députés de la France si fiers alors de leur; pompei^x esclavage, Napoléon \ parla â TEurppe arttçntivc . Sa fierté célébi'a 1 la grandeur de ses années, traça le fpritûdable^^. tableau de .leurs explcMts, appiit, aux rois ce qu'ils avaient A craindra, ce qulls avaient à espérer, assigna aux n^.tions le rang qu'il leur rçsçrvait fSur 1% li$te de Sj^ amis et de ses eo^is, lefÇ propbjéfisa ce coup de tcm^ nfem qui pî^rtant. bientôt, du sein des Çj^tilk^ , fondroy^àit les ^uples insensés, dcmt J^aud^cie oserait résister à ses loix. Jamais Tqgjat Phala^^ar j dans l'antique Nivive, p'eût . avec plus d'orgueilrjèntretenu rA^yrie de sa gloire. Janfiftis lè>s serviles Grands* de^abylQoeii'çusseût par d^S; mtah- plus prolongés salué l'insolente' arrbgance d*un conquérant et d'un maître. A <5ette. i^fessé de îJapoléon, on recomuit} lefirpbiq^i^ -dont, les conjurés .remplissaient sa coupe chaque j^r^,etfl(ej^, gens ^gl^^n^pf^

LA REVOLUTION JFRANÇAJEJSi^. 379

cérent.à frémir des dangereux écarts où ce délire allait désormais exposer tous ses pas. > C'était également à leur conseils qu'il avait > du cette conception, tout à la fois impolitique, insultante et gigantesque de l'ordre des trois: Toisons* Conce V ra t-on jjamais que Napoléon^ si justement jaloux de la prééminence de sa» Légion d'honneur, la plus utile et la plus profondement politique de ses institutions, s^avise de lui donner tout-à-coup une rivalç qui la réponse au second rang et dont les faveufs sont mises à si haut prix, que l'heroiffiie même n^a point de titres assez certains * pour les . obtenir. Général, il falait avoir commandé en chef les armées pendant trois compiagnes^ et remporté tant de victoires. Ministre, il falait avoir exercé pendant dix ans le ministère. Simple soldat, il falait prouver un nombre donx^ d'actions. d'eçlate, enchainer sa liberté pour la vie, et consentir à mourir sous W drapeaux» Les murmures furent sourds, mais furent généraux ; les grands dignitaires, nombre de maréchaux, les ministres en place alors, se disposèrent à renvoyer le cordon de la légion d'honneur, puis qu'il allait exister un

^ ordre qui, -par la difficulté de Fobténîr, ddonerait le pas sur eux au très petit nombre d^hommes, qui pourraient y parvenir. Napoléon n^avait pas prévu cet drage. Mais la fdiité étttît faite; c'était assesl pour les factieux; le méeoniemeiit s'était accru, c'était tout ce qtr'ilid voulaient. Il ne rapporta pas le de^et. U eut cru son atttorité éoinpmmifse. I) mm^ ma le Cdârte d' Ândréossi, gf^tié chancelier

• dé Y^jftdrei et laksa tomber le décret en dé^ suétudé, eâ Fon^ m'en parlât pkts. An reste la décorâftiion était aussi inconvename qae Tidée^ C'était un ^le, les ailes épteyées, tetiâint dans sôti bée la^ toison de Bourgogèe, et dans ses deti:!t serres, la toison d'Afirtiiehe et la toiàoii d!^ Espagne.

Cependant un brtnt d' une toute autare importance éominencait à percer dans^ le public, et devenait la matière de toutes les cônversatk>ns. Le lecteur pressent déjà que je VBttx parler ée la mpVure de son preiiiier ^fmefi, et de ses projets d'alliance avec ui% puissance étrangère que l'on n'indiquait pas encore. L'impératrice Joséphine qui jusques lâr, par un at^chement é pur et si soutenu pmrr

îiA RÉVOLUTION FBANÇAISB* S8l

Napoléon, et par Texercice constant 4^ toutes les qualités les plus nobles de Tame» s'ét^ faite adprer de toute la France, et qui s'était montrée si digne du rang suprême oïi elle était montée, rimpératrice Jbsephine devint Tobjet de Tinterêt général. Sa cause devint celle de toutes les femmes, et Ton sait assez avec quelle complaisance, souvent peu réfier cfaie, les hommes en France prêtent; Toir^le aux fugitives censures de ce sexe, dont là plus qu'ailleurs les grâces établissant Tempire, leay i^it jouir du droit de décider sur tout et d*y feire respecter ses caprices même, comme des arrêts de la raison. Les dames; peu sensibles à la politique ne virent dans Napoléon qu'un époux insoumis. Dès lors ce Napoléon, jusques là le plus grand des empereur^, par ce qu'il rem^ portait des victoires qui procuraient des bals à ces 4^mes, fut soudain déclaré despote, tyrans monstre, infidelle, barbais ; les hommes galam firent chorus ; et dix mille femmes peut^êtee, dont Vdmesipure et la délicatesse^i ca/zc/ti/ie 1i'a.vaient pas sourcillé le jour de leur divorce, furent le tribunal sans reproche où le mailr«

diu monde fut jugé criminel de léze majesté féminine ; et voila les moeurs.

$82 IIISÏOÎRÉ DES FACtrdlfS ÔE

L'impéititrice Joséphine donnait un auWè axémple. Dans cette circonstance elle se montra supérieure à elle même. Un nouvel frjrmen pouvait assurer à son époux des deiteendans que son amour n'avait pu lui donner. Elle vit dans cet événement futur le bonheur delà France; elle ne balança pas, et le sacrifice fut fait. Jamais elle ne déploya plus dé noblesse, de majesté, de véritable grandeur, que le jour où la dissolution de ses noeuds fut prononcée ; jamais enfin elle ne fut jdus impératrice que le jour où elle cessait de rêtre. Son digne fils l'imita. La douleur fut muéte en lui, et son attachement, sa vénération, son zélé pour le monarque dont sa mère recevait un si sanglant affront ne se démentit pas un seul instant.

Cependant on ignorait encore dans quelle maison souveraine Napoléon allait se choisir une épouse. Les opinions variaient entre FAutriche, la Saxe, et la Russie. Mais il était facile de remarquer que le vœu public était pour la Russie. On redoutait en général l'Autriche. On se rappellait que les femmes de ce saug n'avaient par toujours apporté le

LA nfevOLUTION FRANÇAISE. 383^

bonheur sur le ti-ô^e d^Fr^pce^.ptr/o^ craignait encore que Tombre de Maiti^, AntpinçiÇ^ç errante dans les Thuileries n*inspir|^t; plus^ dp haine que d'amour pour les français à Tarchiduchesse qui viendrait .lea habiter* IJftp Princesse de Saxe, malgré Tauguste açtiqyit^ du sang de Vitikind, obtenait peu de iSu|^ firages. - On se figurait que Napoléon, ea s'unissant avec. un trône secondaire, n^ytrou^ verait pas cet acroisement de ; prépondérance qu'on lui desirait, pour maintenir Jp, Francp à ce haut degré de gloire où elle étpit arriyée aous son régne. La Russie au contraire, présentait tout les avantage que, ; FoQ desirait chercher dans cet hymen projette. ^ Çett^ alliance entre les deux plus grands souveraix^ de TEurope, semblait devoir consolider entre eux une concorde qui assurerait la paix pour long^mps. Superbes dominateurs du nord et du midi, la seule autorité de leur pom maintindrait dans le calme les nations placées entre leurs vastes états ; et la crainte de s^attirer le§ ressentimens de Tun pu de T^utre les rendrait réciproquement invuli|érfi,bles» Telle ét^it l'opinion gépér^le^ » et; il est bi^p

S84 HISTOIEB DES FACf IO»8 UÏÏ^

Tate qn^eh pareille occurrence elle s'ubme; mais tel n'était pas Tinterèt 4e la âK^ttMif En écartant Talliance avec la Rosâe et ci pressant celle avec rAutriche, elle oiardMl bien plus directement à son but. L/aUiiMMpe avec le Gzar eut été vue par FAutarîeiie, â iton de bon oeil, mais du moii» sans muntutt^ Comprimée au nord par la Russie qui Xmà^ à ses frontières par la Pologne, atteinte :jk Fouest et au midi par la France, qui dis^^iDsatt de la confédération gemanique et du T«y. aume dltalie ; ne jouissait à Test que d^un calme précaire par les dispositions too^Mis incertaines de la Porte ottomane, elle B^eift pas, par uûe guenre nouvelle, mis ati bioard la possession de états que le traité de Vieme venait de lui laisser. Il était par conséquent présumable que de ce côté la paix sefatt assurée. Il ne restait dcmc plus que l'^Ui^eterre à désarmer ; mais indépendamesl * qoe cette alliance de Napoléon avec Alexandie eût laissé moins de resources au cabinet bfL taimique pour former de nouvelles coalitîmis contre la France, il eut été possible que cet accord entre deux grands empires marilÛMi

LA ^EÊVOLUTION FRANÇAISE. 385

eût inspiré quelques înteQtioii£(. pacifiques au ministère anglais, et qu'il n^eût pas voulu par trop .4- opiniâtreté dftDs i^n^siystême de guerre fi)i;ç|çr 1^ France et la Russie à^.se créer des flottegi c^ables de balancer ,les..»(e9nes sur le^ , divers. jç^ans. JLa faction m^Nqppk^ onienfi.^vf^s^u^t trop bijçn les avantages que Nftppl^on. retirerait de cette a^iance9 et la. solidité .qu'elle ajouterait .à son trôpe, pour ne^ p^. réunir tous ses eiOforts pour s'y opposer ; et surQ qu'en le pouaisaiit à prendre un épouse dans la maison d* Autriche cela nécessairement jetterait du froid enti^e JN^apoléon et Alexandre, à qui déjà quelques ouvertures avaient été faites à cet egardy et qu*en conséquence il serait plus facile à TAngleterre de Tentrainer dans son parti ; certaine enfin que par cet hymen Napoléon déplairait en général à la France» et qu'en perda^ son enthousiasme pour lui elle le juge« ra^t avec plus de sévérité, montrerait moins de zélé aie servir, et serait inoins disposée aux sacrifices qu'il exigeait si souvent d'elle; la fiu> tion dis-je mit en oeuvre toutes les sourdes intrigues qui lui étaient si familières pour le

déterminer à cette fistusse démarche. Pour y TOM. m. ce

parvenir plus sûrement, elle essaya de piquer Torgueil de Napoléon en faisant venir 'dcfPetersbourg même quelques obstacles à Fhjmen qu^une sage politique lui conseillait ^ 'qti^il désirait àlQissi bien qtie toute la France^ et jÀr ses habiles agens elle réussit à^ ftkirntèr l'imr péràtrice douairière sAt la réligiôii dé la pmcesse. Eii conséquenee la cour ^dé Ruiméi dupe elle mèïne de cdsi tiianôeuvrès, init-'îxnir condition expresse au ittaiiagè ptojèltté, qûé la princesse (rfonserverait Texercice dé sa reli* gion, et qu'elle se ferait suivre 'en Fîrahce d^un nôihbre de prêtres Grecs suffisant |knir. déservir se chapelle. Ce que la factioûF avait prévu arriva; Napoléon se trouva âSsùsè qu'on voulut lui imposer des loix ; et quand on le vit dans cette disposition d^esprit, on essaya d'achever de remporter par Târme du ridicule une victoire déjà commencée péfar la vanité blessée. On persifla la dévotion de rimpératrice douairière de Russie. On fit entendre à l'empereur que ces prêtres Grecs seraient l'objet des sarcasmes de tout Paris; qu'une Princesse Ruàse était assez heureuse de venir régner sur la France^ pour ne pas

s^inquieter si fort de son salut. On lui fit entendre encore que ces ciiEÛntes prétendues n'étaient qu'un prétexte pour trainer en longueur un hymen, pour le quel on avait apj^remment de la répugnance, et qu'il n'était pas de la dignité de pousser plus loin la négociation entamée et de s^'exposer à Fa£Bront d'un refus formel. Voila ce qui dans le temps paâsa pour constant à Paris sur cette grande affidre. Ainsi la faction trouvait à cela le double avantage de rompre un mariage qu'elle redoutait, et de jeter dans l'âme de Napoléon mi germe de haine contre la Russie, qufelle se proposait bien de développer dans la suite et qu'elle développa en effet d'une manière ti funeste. Au reste je ne fais que rapporter ici ce que Ton a pensé dans le public sur le peu de succès qu'avait eu le projet d'un hjHoien que l'on eût' préféré, et dont l'on n'imputa la rupture qu'aux conseils inspirés par une mauvaise poUtîqi^e; et lors que l'on prétendit que Napoléon avait exposé au confia privé les dilFerens plans d'alliance qu'il avait formés, on fut jusqu'à nommer les membres qui -s'étaient le 'plus fortement prononcés

cc2

en faveur de T Autriche; Ton cita enti^autres M. de Foutanes, comme un de ceux dont réloquence avait le. plus brillé dans cette discussion^ comme . Ton prétendit de même .que.le Comte Regnaud St. Jean d'Angely, le Duc de Bassanoy et le Prince Arçhichancelier s'étaient fortement déclarés pour Tavis contraire. Quoi qu'il en soit l'Autriche Temporta, et le Prince de Neuchatel et de Wagram parrit, comme amba»adeur «triorfi^ ,Ur aller faire la demande de la main de TArchi*

duchesse Marie Louise.

Toute TEurope a retenti de la pompe extraordinaire, des fêtes superbes» de la magnificence inouïe qui signalèrent à Vienne comme à Paris cet hymen, qu'un an auparavant Ton était loin de prévoir. Napoléon fut recevoir rimperatrice Reine à Compiegne et la conduisit à St. Cloud d'où ils partirent le dimanche 2 Avril .1810, pour recevoir la bénédiction nuptiale à Paris. Le grand sallon du Musée avait été disposé en chapelle, avec une somptuosité peu commune, et des gradins ou banquétes avaient ^té placées à droite et à gauche dans toute l'immense étendue de la

LA RfevOLtlTlON- FRAlT^ÂISE. 389

grande galène, pour recevoir tout ce que la capitale renfeitaait ' de pers'onnageis distingués de Tun et de Tautre sexe. Il est douteux que le luxe oriental, si vanté dans tous lek temps, ait jamais offeit de coup d^œil plus étonniant; on ïe croira sans peine, si Ton réfleéhit qu^iine galène de dix huit cents pieds de long était garnie dès deux côtés d'hommes et de femmes, dont la parure resplendissait d'oi: et de diamans. Uempereùr et Pirnpératrice marchèrent au milieu de cette doublé hàye, dé{)uïs Téxtré* mité qui conimunique au palais desThuileries jusqu'à l'autre extrériiitê qiii aboutit au grand sallon où Tautel les attendait. ' Cef'fiiir àzni ce sâllon que forent placées toutes les personnes à qui leurs dignités et leurs emplois donnaient le droit d'assister à cette cérémonie. Ce que l'orgueil de Sémiramis et de Zénobie ne se permit jamais, ce dont les fastes de la terre n'offrent pas d'exemple, le soleil l'éclaira pour la première fois. La queue du manteau de Timpératrice était portée par quatre reines, la reine d'Erspagne, la reine de Naples, la reine de Hollande, la reine de Westphalie. Les places de l'inté-

rieur de la chapelle furent occupées par les princes et princesses de la femiUe impériale, par les grands dignitaires et les grands officiers de Tempire, par les députations du Sénat, du conseil d'état, du corps légi^atif, par le corps diplomatique, par les princes étrangers qui se trouvaient à Paris. La bénédiction nuptiale fut donnée par le cardinal Fécbe. Le soir il y eut banquet impérial à la cour, et Paris fut généralement Uluminé.

Au nombije des. absurdités de tout genre, inventées par les ressentimens personnela de quelques petits amours propres froissés sous le régne de Napoléon, accueillies par les mé* prisables esclaves que Tambition et Tinfame cupidité tiennent toujours prosternés devant les autorités des pays qu^ils habitent, pro« pagées enfin par ces libelistes dont Tefiront^rie tient un trafic ouvert de mensonges et de calomnies,' la plus platte, la plus ridicule sans doute, est l'impertinente supposition que Tempereur d'Autriche avait sciemment sacrifié sa fiille à des nœuds qu'il détestait, dans l'intention d'accroitre tellement l'orgueil de Napoléon par l'illustration d'un tel hymen

que dfins son ivresse il se crût tout permis, et que par Tépouventable abus de sa puis^ sauce, Texagération de son despotisme le conduisit plus certainement à sa ruine. Que cette espérance perverse ait flatté les factieux dont il étEiit entopré, cela se conçoit; mais qiieTEmpereur d^ Autriche ait eu Tidée de réduire en pratique les principes d'une politique aussi perfide, à quds imbécilles s^est en flatté de faire croire cette fable révoltante? On *a vu Constantin, Philippe IL Pierre le Grand» envoyer leurs fils au supUce. Si quelques unes de ces honteuses passions qui deshonorent l^umanité irritaient en secret la parricide rage de ces despotes redoutés, du moins, pour traiter publiquement leurs enfans en ennemis, ils les accusaient de crimes imagL naires ou contre leur personne ou contre leur autorité*; mais s'imaginer qu^un père, un monarque, un empereur, dans la seule vue de réussir avec le temps à perdre un adversaire dont il redoute la turbulence audacieuse, descende à la plus flétrissante dissimulation; qu'il choisisse parmi ses enfans sa fille la plus chère, pour la deshonorer par des nœuds dont

392 HISTÔIBE DES FACTIONS iflS,

intérieurement il aurait séûti tàute Fighoimnie^ qu^il la voue tranqùiletnent au malheur, qu^il lui commande d'honorer un époux qu* il se propose d^écraser^ qu'il ne la fasse asseoir sur un trône que pour arriver plus sûrement à le faire écrouler, qu'il attende toute sa joye du jour où sa fille au desespoir se verra arrachée des bras de ic^elui que la nature, les loix,la religion lui auront commandé de chérir, du jour où son enfant, auguste rejeton de tant de Césars, orphelin en sortant du berceau se trouvera tout-à^oup jeté dans le monde sans états, sans gloire et sans appui, du jour où l'infortune la plus accablantie et la. moins méritée s'appesentira sur la tète de deux in^ nocentes créatures, dont les droits à son amour sont aussi sacrés qu'imprescriptibles ; s'imaginer enfin qu'un prince, le modèle des honunes par la douceur de son caractère, par ses sentimens religieux, par ses vertus si pures, le modèle des souverains par l'humanité de ses loix, le modèle des pères par son tendre attachement pour sa femme, pour ses frères, pour ses nombreux enfans, ait médité de longue main le isuplice de sa fille, et qu'il ait voluptueuse-

Lii'RÉVOXUTIOX tllAKjJÀttE. 3^'

itiÉfat^ saVourê * Kdée d'en jcmir dansTavfenïr ; 4u*iT ie ^ôît ïait • ÙÀ jétf du- « dei^honiièut de sott sang S&ïà* l'espoir, bien incettain alors, dé goûter les plaisirs d'une vengeahée tardiVe, c'est ce qiife nul homme de bon sens lie croiriet jamais. Le plus perfide Carthaginois n'aurait pas conçu une politique aussi atlroce ; et supposer qu'elle &it pu sourire à Timagiriation de François se* cohd, t'est, ou le comble dfê la nxéchancerté, ou fc comblé de la démence. Et les colporteurs de cette calomnie essayent de la couronner en célébrant une telle politique, comme le plus magnanime effort d*une vertu sublime! O grand Dieu!' quelle étrange subversion de tous les principes de morale! à quel degré de corruption serions nous donc descendus, si nous en étions venus à adorer dans un prince une duplicité que Machiavel même n*aurait pas osé conseiller aux plus insignes tyrans ! quelle idée ces hommes veulent ils donc nous donner de la puissance de ce Napoléon? puis que, d'après un semblable roman, il faudrait en conclure que ce n'eut pas été assez pour le perdre de la réunion de toutes les forces de i'Europe, et qu'il eut encore falu pour parvenir

39^ fig[8TOIAB.J>£S FACTION:S.DB

à ratt;em4re qua des souverains eussent adopté ya genre de politique qui outragerait tout à la foiS) la religion, les mœurs, Fbumaiûté,. la nature et le trône.

. Les préventions ^ue l'on ayait généralement en France contre les femmes de la maison d'Autncbe, s^effacérent bientôt devant la jeunesse, les grâces, Tamabilité* et Tei^cel* lence du cœur de JM[arie Louise. A peine fut elle connue, à peine avait elle séjourné un mois dans Paris, qu^elle fut adorée ; mais &ï France comme partout ailleurs le peu[^e sV bandonne souvent à des superstitions ridicules. Le funeste et tragique événement qui signala la fête donnée par Mr. de Swartzenberg ambassadeur d'Autriche à Toccasion du mariage, Q^) rappela dans Finstant Tépouventable ca* tastropbe qui de même avait ensanglanté les fêtes données lors du mariage de Marie Antoinette d'Autriche avec le Dauphin depuis Louis XVI. . et de cette ressemblance entre des malheurs occasionés par deux circonstances presque semblables, on tira le plus mauvais augure; et il faut convenir que le dénouement du régne de Marie Louise, qui

LA EÊVOXUTION j]iAif$;A;sj&. S9p

malheureusement feut ]trop d'analogie aye^ celui de Marie An^oinetJ;e, n'a ipas du corriger 1^ peuple de cette maiiie. de. Ijure les mjal« heurs de Tavenir dans les évenemens dont le spectacle alarme sa crédulité, jsupersti-

tieuse.

Cet amour pour l'impératrice 3 accrut en^ core, lorsque l'on eut la certitude de sa fécondité, et que l'on, conçut l'espérance qu'elle donnerait ui]l successeur à Napoléon. Cependant un spectacle nouveau pour Paris» vint amuser l'oisivité, et fournir matière aux conversations de tous les cercles. Napoléon qui, par je ne sais quelle fatalité, eut toujours l'indiscrète maladresse de se mêler des intérêts des prêtres, voulant apparement que son régne ofl^t à la curiosité de l'honux^e la réunion des évenemens qui, par leur singularité, signalèrent differens siècles, voulut encore aux monumens extraordinaires, aux entreprises jusqu'alors inconnues, aux guerres dont l'histoire n'ofire point d'exemple, ajouter le gothique spectacle d'un concile. Il ne connaissait pas le sacerdoce, et s'imagina qu'il régenterait une assembléç de prêtres comme son conseil d'état.

H convoqua donc un concile presque œdumé^ nique, et il sembla que les pères de ce concile g'enteiiâissent avec lui pour donner à la chwtienté un scandale dont elle n*avaît pas encore été témoin. Dé quoi s^agisstfit-il au reste? de foire reôonnaitre par ce concile les principes des libertés de Téglisô gallicane, consacrés depuis tant d^années, et renfermés daxiÉ les quatres propositions souténueit avec tatit de force et d'éloquence sous Louis XIV. par le célèbre Bossuet, suivies et défendues pen« dant si long-temps par les parlemens du Tojraume, reconnues en général par le clergé de J^rance, et aux quelles les papes, mialgré leur esprit dominateur et leurs prétentions 'à la suprématie théocratique, n'avaient jamais osé porter atteinte. Était-il nécessaire, dans un siècle bien plus avancé pour la philosophie, de rechercher dans un concile la confirmation d'un article depuis si long-temps incontesta^ ble? et si le pape actuel voulait le remettre en question, n'était il pas plus sage de le renvoyer à l'exemple de ses prédécesseurs,, et de suivre dans cette matière la marche autorisée par l'usage, sans s'inquietter de

LA EÉVOLUTION FJS.AK^^1S£« 397

que pourrait en penser TégUse i^tramontaine ? Les parlen]^ens n'avaient ils pas vingt fois défeodu la publication de tels brefs ou de telles bulles des papes, toutes les fois qu'elles tendaient à empiéter sut* cesi libertés de Téglise gallicane? qu en était-il arrivé? rien. .£t une autorité que. les parlemens avaient si souvent méconnue ne , pouvait-elle pas.. Tétre à plus fxte raison par Napoléon. La convocation d*un concile était donc un véritable enfantil-^ lage ; se figurer qu'il ajouterait à l'illustration de son règne par une circonstance de ce genre, c'était une petite et ridicule gloriole ; et pour la sati;sf(dre il n'aurait pas du s'exposer à faire létrogader les lumières, en remettant en vigueur l'autorité de ces sortes d'assemblées, qui malheureusement allumèrent trop de fois les flambeaux de la discorde, non seulement parmi les nations, mais encore au sein de l'église même.

La preuve la plus évidente du peu d'intérêt que le public prenait à une réunion, dont la composition, les formes et le cérén^^onial étaient cependant si nouveaux pour la gênéjstion actuelle, c'est que ce concile s'ouvrir

3^ HÏS^OI^fe DES PiiCTÏÔNiS'DE'

daiii' lé déseirt : et! que qaelqAes Vieilles- di-

votes et les ' prêtfes de Paris iwm appelés

à Fbônrieur d'y sîégeï* fuirent les sevfls témoins

de soft ôiivértare; et encore le nonii^re dé

ces' spectateurs dimiiiua>^il eoûsidérablëmeiit

aux séances qui suivirent cette ouverture. CNka

qu'il* en soit, on sait- que Tesprit du clergé se

croit ' toujours indépendant de l'esprit dès

siècles. Les pères du concile se' figurèrent

que rien n'était changé sur la terre depuis

les conciles de Bàle et de Constance, et qu'ils

étaiedt encore dans Fheureux temps o& l'on

faisait brûler Jean Hus et Jérôme de Prague,

ou tout au moins dans les beaux jours où le

concile de Lyon excommuniait Tempereur

Frédéric. Tous ces bons hommes, toiffés d'un

chapeau rouge ou d'une mitre d'or, crurent en

général retrouver dans Napoléon leur antique

serviteur l'empereur Sigismond. Il n'y eul

pas un seul de ces prêtres, qui ne tranchât du

St. Bernard. L'abbé de Pradt se crut on Cle-

iftangis,' et l'abbé de Boulogne tout au moins

un Gerson. C'était une véritable parodie.

Malheureusement pour eux Napoléon se crut toujours Napoléon. Il fit dire à ces

LA EÊVOLUTIOISr PBANÇAISB. S99

messieurs, qu'il leur permettait à tous de se criÂre un grand mérite, mais que poujr lui, obéir était le seul mérite qu'il Teconnût aux hcMnmes. Q|â'il les avait assemblés pour leur intimer sëà volontés et non par pour apprendre les leur. Sur ce, grande nuBeiir. Toui9 ces Chrysostome du dix neuvième siècle^ tous ces modernes Irénées, tous ces Basiles du jour, tous ces pères de Téglise ressuscitée crièrent à Timpieté, à Thérésie, à Tariat nisme* On parla, de censures; on parla d^anathéme ; on parla comme on parlait il y a mille ans au concile de Nicée. Napoléon que les cris n'amusèrent pas s'imagina qu'on licenciait un concile comme on licencie un bataillon. Le concile est dissous. Le scandale est consommé. L'impiété de sourire, et la philosophie de gémir.

Quelques ci devant prêtres dégagés, grâce à la révolution, du joug du sacerdoce et que l'éminence de leurs charges faisait jouir d'un grand crédit sur l'esprit de l'empereur, l'avaient par dessous main irrité contre la conduite, vraiment peu mesurée, du concile. Ils n'étaient pas les moins actifs ni les moins

400 HlSTOIR£:D£S FACTIO/^S DB

habiles des membres de cette , faction,, que je 3igaale depuis long-temps. La démaiiçlie. dftspotique de No^poléon était une grande, victoire pour cette faction, à ajouter à celles qu^elle avait déjà si souvent remportée^^. , ,Cçtte victoire associait à la masse des mécontens la classe des bigots ; Ton sait assez combien elle excelle dansTart de médire, ide calomnier et : de déchirer les réputations, et. c'était ui^ puissant auxiliaire que les. factieux venaient d'assurer aux ennemis, qu'ils étaiçot déjà, parvenus à donner à Thomme qu'ils travaillaient avec tant d'acharnement à perdre. Napoléon dont l'aveuglement semblait croitre à mesure que l'on multipliait les pièges autour de lui, s'empressa pour ainsi dire de concourir au succès de leurs vœux. On eut dit que son ambition ne prévoyait plus d'obstacles à Tinstant même où les obstacles devenaient de jour en jour plus dangereux ; et jamais il ne se figura avec plus d'orgueil qu'il était le maître des destinées du monde qu'à rinst;ant où le monde commençait à s'unir pour lui prouver que bientôt il ne lui resterait pas même le droit d être maitre des siennes. Personne n'était près de

LA BEVOLUTION PRANÇAISE^^ 401

lui pour Tavertir de la position critique ou cette foule de perfides flatteurs étaient parvenus à ramener, et ce fut dans cette position précaire qu'il entreprit cette déplorable guerre de Russie. Pour Tentrainer à commettre cette grande faute, on parvint insensiblement à Taigrir contre T Empereur Alexandre. On le lui peignit comme douteux dans sa foi, ayant déjà perdu la mémoire de Tamitié qu'il avait jurée à Tilsit, se laissant dominer par son Sénat dirigent entièrement vendu à T Angleterre, à la veille de renouer une nouvelle coali« tion contre la France, jaloux de Tascendant qu'elle allait exercer sur la Suéde par l'autorité que Bemadotte reconnu prince héréditaire allait y exercer. Au lieu de lui conseiller, comme la raison le commandait et comme le simple bon sens l'indiquait aux hommes le moins versés même dans la politique, de n'employer sa puissance qu'à relever le royaume de . Pologne, et de retenir le Czar dans ses vastes états par cette barrière indestructible tant qu'il lui servirait d'arcboutan, on lui fit «itendre au contraire que cette politique aurait quelque cho£te die pusillanime, indigne d*uti

TOM. III. D d

402 HiSTOIRE DES YACtIOlfS 1>£

caractère comme le sien ; que le rétablîasement de la Pologne ne devait être qu^ua épisode de la grande scène qu'il allait doBoier au monde ; qu^il serait une conséquence toute naturelle de l'expédition de Russie ; qu'il ne devait dabord considérer la Pologne que comaoe le grand magasin de son armée, et une pépinière de soldats pour remplacer ceux quH pourrait perdre dans une marche aussi longue^ et qu'enfin la Pologne serait assez récompensée des sacrifices momentanés qu'elle pourrait âûre lors qu^a son retour il la rétablirait dans son anciene splendeur. On devine facilement combien de semblables discours devaient prendre d'autorité sur ce caractère violent^ emporté, toujours prompt à ne voir qœ, des ennemis dians les souverains qui ne voulaient être que ses amis, mais non pas les minîstics de ses passions. Devenu presque incapaUe de réflexion par la magie des rêves briilaiils dont on fascinait son esprit, placé entre deiff classes d*hommes, dont l'une ne voyait dans toutes ses conceptions qu'une énkaiiation de la divinité, dont l'autre assaisonnait sa peiide influence de tout ce qûè Tadulation' peut em-

LA EÊYOLUTIÔN FRANÇAISE. 403

[doyeir de plus séducteur et de plus délié, il ne balança pas; Texpédition de Russie fut résolue, et cet homme dont Tesprit superbe ne croyait céder qu'a la supériorité de son génie, ne fut cependant que le misérable instrument des vœux de Tarmée qui n'attend les honneurs^ et les richesses que de la chance des combats, et de Tambition de quelques factieux qui pour se maintenir dans les leur cherchaient dans un nouvel ordre de choses à s^assurer on refuge où contre les caprices ordinaires à Napoléon, ou contre les revers qui en l'atteignant pouvaient les envelopper dans sa ruine.

Son incroyable docilité à seconder les projets de ses ehemis, enhardit la faction à commencer enfin à lui porter des coups plus directs, et le secret de son plan de campagne Ait trahi. Son dessin itait de marcher à Petersbourg et non pas à Moscow. Toutes ses mesures étaient prises, tous ses plans anrêtés, tous ses^ordres donnés en conséquence. Mr. de Kouraquin ambassadeur de Russie en France eut connaissance de tout, et en informa sa cour. Quelques commis des bureaux

de la guerre tombèrent sans défense sous les

Dd2

404 HISTOIRE DES FACTIOK 8

puissantes mains ' qui les chargèrent de ce crime. Ils furent fusillés, et le silence de leurs tombeaux assura le secret et Timpunifé aux véritables coupables. Le niinistére à cette époque avait éprouvé quelques change mens. M. le Duc de Feltre était resté au ministère de la guerre, mais Mr. le Comte Daru(*^) qui avait remplacé Mr. le Comte de Cessac, comme directeur général de la guerre, devint ministre secrétaire d'état quand Mr. le Duc de Éassano fut nommé ministre des relations extérieures, Mr. le Duc de Vicence était ambassadeur à Petersboui*g. Mr; de Pradt(*^) archevêque de Malines fut nommé ambassadeur à Varsovie.

C'était beaucoup que de Tavoir entraîné dans cette injuste et funeste guerre ; mais c'était bien plus encore d'avoir d'avance préparé ses revers, en le forçant tout-âMîoup i changer ses plans en entier. Cependant à quoi tint le succès de cette campagne, que la fortune accompagna jusques dans les mow de Moscow ? Le retour commencé quinze jours plutôt, l'histoire de tous les conquérants n'offrirait rien de semblable ; et est il bien certain que ce délai n'ait pas eu pour cause les espé-

LA RâvOLU^TION FRANÇAISE^ 405.

maces dont on le berçait sans cesse des dis» positions prochaines de TËmpercur Alexandre à lui demander la paix? et si ces espérances étaient le résaltat d'une combinaison perfide, que penser des hommes » qui pour accélérer sa ruîne, n^ont pas frémi de compromettre la vie d'une armée de deux cent mille hommes. En général pour connaitre la pensée secrète de certains individus dans telles ou telles circonstances, il n'est pas nécessaire d'être dans leur confidence intime. Le temps sufiit pour avoir la clef de leur ame, et par la conduite qu'on leur voit tenir dans la suite on découvre ^Etcilement quelle pensée les animait dans telles époques, précédentes. La Pruse donna la première le signal de la défection. Le général Yorck se détacha de Tarmée française. Le Roi de Naples Joachira,(*^) après la promesse solemnelle de tenir quelques jours à Wilna en partit avant vingt quatre heures, et reprit en poste la route de l'Italie. Une division entre les deux frères, avait retenu, ou, pour parler plus juste, avait rejeté Jérôme dans sa Westphalie. Le général autrichien avait préteré la science des manœuvres à l'activité plus

Utile quelque fois. Les Polonais dont le» vœux avaient été déçus perdirent leur énergie. L^armée eut donc à combattre tout à la fois et la rigoureuse inclémence du froid, et la poursuite de ses ennemis, que ses alliés ne lui aidèrent pas à contenir. La moitié périt, Tautre moitié reçut des fers; et Thumanité désolée, et la patrie en deuil, demandèrent au ciel vengeance du criminel orgueil du dépopulateur de la terre.

Cette déplorable catastrophe répandit la tristesse dans Paris ; mais Téloignement où Ton était du théâtre où elle s'était passée diminua de beaucoup TefFet qu'elle aurait du produire. Bailleurs on* était à peine revenu de Talanne qu'avait répandue la conjuration jacobine du général Mallet, et le danger présent que l'on avait cru courir rendit moins sensible à un événement sur le quel une foule de versions contradictoires ne permettaient pas aux idées de se fixer. On a cherché depuis à faire croire que cette conspiration de Mallet était en faveur du royalisme. Le parti royaliste eut été bien malheureux s'il n'eut jamais eu que des auxiliaires de ce genre. Mallet, deux

LA EÉVOLiTlON FRASrÇMSS. 4Q7

OU trois ans avant, avait voulu tenter une folie semblable. La surveillance de la police alors avait déjoué ce projet ridicule. Mallet avait été mis en prison. Napoléon avant son départ {)our Moscow avait ordoqné qu*on lui ^ndit la liberté. On lui représenta dans le conseil privé que cet homme était dangereux. il se contenta de répondre, que c'était un fou, et persista dans son intention qu'on lui rendit ia liberté. Si la police eût été mieux faite, 4a seconde tentative de ce général n'eut pas eu plus de suite que la première, et son suqcès de quelques instants ne fit que jeter du ridicule sur ceux dont le devoir eût été d^étrp instruits d'avance de ses projets. Cette conspiration éclata à six heures du ;matin, et à dix iieures elle était étouffée. L'impératrice (Marie Louise et le Koi de Rome étaient à

à St Cioud. Le préfet, du département et une partie des ministres étaient à la campagne. Le prince archichancellier se conduisit avec beaucoup de sagesse, de présence d'esprit et de fermeté ; et la conjuration était dissipée avant que ,là nouvelle en fût même parvenue aux quartiers des extrémités de Paris Ce général

Mallet était celui qui sous le directoire, lors de rinsurrection de Rome où périt le jeune Duphot, et où le palais de Tambassadeur de France fut violé, avait été chargé d'arrêter le pape Pie VI. La Horie, le second chef de la conjuration^ était un jeune homme sans ex^ périencej Quant il se fut emparé de Thotel du ministre de la police, au lieu d'agir avec Tactivité qu'exigeait la circonstance où il se trouvait, il s'amusa à examiner les pa[»er8 du ministre, et à régler avec son tailleur la couleur de la livrée qu'il prétendait donner à ses gens. Pendant ce temps, on fit rentrer dans le devoir le petit nombre de soldats qu'ils avaient égarés. , La Horie fut arrêté à l'hôtel même du ministre. Mallet l'avait été quelques instans avant, au moment où il venait d'assasiiler le Général Hullin, en lui tirant un coup de pistolet à bout portant. Ces deux cheâ furent traduits devant une commission mili* taire, et furent fusillés avec quelques malheureux subalternes, qu'ils avaient entraînés dans leur complot.

Cette conjuration jacobine(^^) était à peine déjouée lorsque le bulletin des désastres de

LA RÉVOLUTION FRAIQ^ÇAISS. 409

Tarmée de Russie arriva. ^ Napoléon le suivit de près. On était mécontent; mais toutes les resources lui furent - ouvertes pour commencer la campagne de Dresde. On ne lui imputa point Tinclémence précoce de Thyver qu^il n'avait pu prévoir. On ne songea qu'à la défection des alliés qui commençait à se prononcer, et on fit tous les sacrifices pour soutenir Thonneur national. Cette campagne de Dresde s^ouvrit, et les trois victoires mémorables qui signalèrent son début relevèrent toutes les espérances. Cependant le constant dévouement de la nation française et les succès de Napoléon en Saxe contrariaient la £ftction, et elle redoubla d'efforts pour arriver à son but. Les hommes éclairés, qui l'observaient dans sa marche, ignoraient encore jusqu'où ses ramifications pouvaient s'étendre dans l'étranger, et le moment de receuillir des notions certaines à cet égard n'était point encore arrivé. Le voile 'ne coiAmenca à se déchirer, que lorsque l'on vit se succéder rapidement les défections de l'Autriche, de la Bavière, du Wurtemberg, de la Saxe enfin, qui d'une manière plus perfide encore exé-

410 HI8T0IJEt£ D£B FACTXOKTS DB

cuta la sienne sur le champ de bataille de

Leipsick, et lors que Ton sut que si Napoléon

n'avait pas fait la paix à Dresde conune il le

voulait, il falait s'en prendre à Topposition

que les conseillers dont il était entouré avaient

apportée à ce projet salutaire, et à la ténacité

qu'ils avaient mise à Yen détourner. Les

malheureux résultats de cette bataille de

Leipsick ne furent pas compensés par la vie-*

toire de Hannau qu'il lui falut remporter pour

ramener les débris de son armée en France «^

On reconnut rintention ennemie des puissaucesi

qui sétaient séparées de ^alliance» lors que

Fon vit la capitulation faite par le Maréchal

qui commandait le corps que Kexplosi<m du

pont avait empêché de passer le .fleuve, in-^^

justement violée, et qu'il lui iut impossible

d'exécuter son retour ; et dés Jors on De douti^

plus qu'ils ne suivissent Napoléon dans sa xé-^

traite, et que la France ne devint hâentôt à.

son tour le théâtre des calamités de la guerre»

Cette crainte valut encore à l'empereur de nou-^

velles resourses, que l'on n'eut pas été obligé

de lui accorder si Ton eut eu la sagesse de lui

refuser celles qu'on lui avait ibumies un an au<r

paravant pour entreprendre la campagne de Dresde, et si on Teut ainsi forcé à faire la paix dont les bienfaits eussent éloigné tant de malheurs dont nous avons été témoins depuis. Mais dans ces deux circonstances la France fut dupe de sa noble loyauté. Au retour de Russie, Napoléon avait annoncé qu'il ne demanderait ni hommes ni argent pour continuer la guerre. Quinze jours après la défection de la Prusse fot connue, et cet événement lui servit de prétexte pour ne pas tenir sa parole, et la France crut sa gloire intéressée à le soutenir dans cette circonstance inattendue, et les hommes et l'argent furent accordés. Après la campagne de Dresde, lors que rinvasion des ennemis parut devoir être une conséquence du revers de Leipsick, la France crut encore devoir lui prodiguer les sacrifices pour Taider à éloigner les ennemis de ses frontières. Il est donc vrai de dire, que dans ces deux dernières circonstances la France ne fit rien par amour pour Napoléooti, mais qu'elle fit tout par le sentiment de sa gloire à elle même et pour son propre intérêt. Elle était desenchantée du prestige ;

elle ne fut pas sa dupe^ mais elle fut dupe de la situation contrainte ou ses folles entreprises Tavaient placée.

Quoi qu'il en soit nous voici parvenus à Thyver de 1813 à 1814, et chaque jour ajoute à répaisseur de l'horison. Les revers avaient aigri le caractère de Napoléon. Il était dévenu plus sombre, plus farouche, plus /défiant. Il rompait plus souvent en visière à ceux qui rapprochaient. Il affectait dans ses discours^ dans ses espérances, dans ses menaces, 'xm& hauteur, une fierté, une arrogance, sous le^ quelles il essayait de cacher ses inquiétude8(**) La surveillance autour du palais était plu9 rigoureuse. Tout y respirait les alarmes et les craintes de la tyrannie. La garde était plus sévère dans sa vigilance. Les sentinelles étaient plus multipliées, les consignes plu* minutieuses, les officiers plus inflexibles ; les Suisses même des portés et des escaUers, avaient toute la rudesse repoussante des eunuques qui veillent aux portes du Sérail. Si par hazard on s'arrêtait sous les murs du palais, si quelqu'uïsif circulait dans les cours, si dans les jardins quelques promeneurs s'ap-

prochaient trop près des fenêtres, soudain leur inadvertance ou leur curiosité compromettait leur liberté ; on leur commandait de 8^ éloigner à V instant, et j' ai vu arrêter un jeune homme que Tunique curiosité de voir Tempereur monter en voiture avait engagé à se placer soua un des péristiles. Le silence de Tesclavage régnait dans le palais ; les audiences du dimanche y répandaient seules un instant de vie. L'obligation de lui faire la cour était le prétexte pour s'y rendre ; mais le désir de lire dans son ame, de deviner ses anxiétés, d'espioner ses pensées, était le véritable motif dont on- était animé: et. Qu'a t-il dit? était toujours la première question que Ton faisait aux grands que leur rang mettait à même d'y assister. Il n'y eut pendant cet hyver ni fêtes ni spectacle à la cour. Les cercles de l'impératrice se ressentaient de la contrainte générale. Jamais les courtisans n'eurent un rôle plus difficile à jouer que celui dont ils cherchaient en vain la couleur dans les yeux de César. Il ne savaient quel masque choisir ; serait-ce celui de la gaieté ou celui de . rafHiction? Ils étaient au supplice. Quelques

uns prirent le ton de la confiance, et oe furent les plus adroits.

Pendant la campagne de Dresde il ayait confié la l'égence à Timpératrice reine. Son retour ne lui ota point le titre de régente ; il le lui fit prolonger par un Senatus consulte. Le mois de Décembre arriva. Ce fut alors que Mr. TAiné, fit dans le corps législatif cette sortie dont toute TËurope à retenti,, et fut appuyé par Mr. Rénouard et quelques autres memlH*es. Jamais la colère d'un maitre absolu ne s'exhala ayec plus de violence. Jjom que Cromwel jeta sa commission sur la table du Parlement, lors que Pierre le Grand menaça Catherine son épouse de la briser comme les glaces de son palais, leur emportement n'aprocha pas de celui de Napoléon lors qu'il harengua la majorité du corps législatif, quand, après sa dissolution, il pamt devant lui. ^^ U y à parmi vous, leur dit-il, beaucoup de bons citoyens, mais je ferai rentrer dans la poussière cette minorité factieuse, dont Y'wh " solence aspire à rompre mes mesures. Je '^ connais les intelligences de Mr. Rénouaïd ^^ avec mes ennemis; je le ferai surveiller;

LA RâvOLUTÏOlT VRANÇAiSB. 4âS

^ * que Mr. F Aine retourne à Bordeaux^ c^eet ^^ un fol qui ne vaut |ias le peine qu'on s'en ^^ occupe. Il a cru ressusciter cette 6kction ^^ de la Gironde ; qu'il sache qu'il n'en a ni ^ le génie ni le pouvoir. Retournez dans ** vos départemens, quand j'aurai besoin db •* vous, je vous rapellerai."

Si dans cette résistance à l'autorité, d'autant plus imprévue que jusqu^alors rien n'avait pu tirer le corps législatif de sa servilité, si, di^e, Mr. Laine et ses adhe^ens étaient de bonne foi, et n'agissaient que dans le \Â^n de la patrie, la circonstance était mal eboisie et ce n'était pas à la veille dés dangers qu'il falait essayer de détacher le ]>euple de l'empereur, et s'exposer en le refroidissant pour le gouvernement à neutraliser les efforts qu'il lui falait faire pour repousser ses ennemis. Si, ce qui est encore possible, Mr. l'Aine n'était à son inscu que le seïde des chefs puissans, mais encore ignorés, de la faction, la circonstance était également défavorable pour faire ce preuner essai public de ses forces et pour chercher à sonder l'opinion. La faction aursût

416 HÎSTaiBE DES FACTIONS J>B

dii réfléchir qu'en se faisant deviner, elle rassemblerait autour de Napoléon la grande majorité des véritables amis de la patrie, qui bien éloignés assurément de se douter à qui Ton destinait le trône, n'auraient vu dans la ruine de la nouvelle dynastie que rauiore d'une révolution nouvelle, et le retour des déchiremens et peut-être des horreurs dont on s'était cru délivré pour jamais. Ils est rare qu'une faction ait la franchise d'indiquer le but au quel elle prétend atteindre. Mais ici, cette franchise eut été peut-être désirable. Il ne m'appartient pas de déterminer quel effet elle eût produit sur la nation, mais en mettant le peuple dans le cas d'opter librement, il eut été possible qu'en appercevant un moyen sur d'arrêter à l'instant la marche des ennemis et d'éloigner infailliblement la guerre de son territoire, - il se fut spontanément décidé à embrasser ce parti-. Alors la force des bâyûonetes ne fut entrée pour rien dans ce grand arangement. La hberté nationale eut été respectée ; les événemens subséquens n'eussent plus été que la conséquence du voeu général. Le peuple aurait vu qu'en prenant le parti

LA RfevOLUTION FRAITÇAISE. 417

qu^on lui aurait légalement présenté il faisait tomber leâ armes des mains des puissances. Le pacte alors entre le monarque et la nation eut été totalement volontaire. Le Napoléoi^, peut-être abandonné tout-à-coup, si non par la totalité, du moins par la grande majorité des français, eût été réduit à cette abdication qu'il fallut encore acheter par vingt batailles. Affirmer que cette franchise de la part de la faction eût obtenu un semblable résultat, ce serait folie; mais enfin oh préfera la dissimulation ; la faction, pour s*expliquer^ clairement, attendit que cent mille hommes de troupes étrangères fiassent entrées dans Paris; les souverains alliés différèrent eux même jusqu'à cette époque à mettre au grand jour le véritable motif qui les avait armés, et Ton sait les maux que ce genre de politique a attirés sur la France. Il n'auraient pa» été plus grands, si le peuple français franchement instruit des intentions des ennemis de Napoléon, eût opté en sa faveur. On ne risquait donc rien à faire l'épreuve des véritables sentimens de la nation : en se taisant ces maux étaient assurés, en parlant ils de- TOM. III. £ e

418 HISTOIRE DES FACTipXa I^E

venaient incertains. Je dirai plus, cette ^ simulation même était injurieuse pour la maison régnante aujourd'hui. C'était tacitement lui dire, nous nous taisons par ce que vous éprouve* riez une forte opposition ; elle était mjuriei^ pour le pçuple français, parce que c'était à rinstant du dénouement lui faire entendre qu'on avait plus compté sur la puissance de& bayonettes étrangères que sur la puissance de sa raison. Je crois que Ton eut grand tort. On objectera la volonté de l'année; parce que Ton ne veut jamais entendre, que par la composition actuelle des armées françaises» la volonté du peuple est la seule qui exerce un véritable pouvoir sur le soldat. C'est le soldat qui constitue l'armée et non ppis des généraux et des officiers. En prenant le. parti de la dissimulation on, laissa le peuple à Napoléon, et l'armée le suivit. Cela d/svait être puisque rien ne militait pour l'en dié^ tacher; en laissant à; ]Ml^gi#léon la liberté àfi combattre encore, on ne faisait que resserrer davantage les nœuds qui l'unissaient à l'ar^ mée. Pour enlever l'armée à Napoléon: il. fal^it conunencer par lui enlever le peuple*

IjA rêvolutiôît i'rÂntçaisje. 4I9

Cependant les inquiétudes devenaient chaque JDùr plus vives. Uannée 1814 était comiiféfhcée. On avait cru que les frontières seraient à couvert du côté de la Suisse. On sût bientôt qu'à Tinstant même où les députés dël tîantbns faisaient à l'empereur les protestatidns les plus positives et les plus public^ues i^ la Suisse ferait respecter sa neutralité, et ne laisserait pas violer son territoire, et qjlLé Napoléon d'après cette assurance leur promettait que les troupes françaises ne dé- ^dssernient pas les limites établies entre les deux états, on sut disje qu'à cet instant même la Suisse livrait ses portes aux Autrichiens, et les laissait sans nulle résistance se diriger vers lé Rhin par Bâle, et vers Lyon par Genève, fiteirtôt les progrès des puissances étrangères d(Ç¥inreht efFrayans. On annonça le départ ph>chain de Napoléon pour l'armée. Elle se ràssétaiblait en Çliatopagné ! et l'on amusa là crédulité publique par Tindication géographique des positions qu'occupaient les divers corps chargés, disait on, de repousser les eânemis sur les points par où ils pouvaient

pénétrer en France. Le conseil de régence

fut créé et installé ; diflferentes mesures furent prises pour assurer pendant Tabsence du monarque la tranquilité de la capitale. Il eut aussi recours à une de ces scènes théâtrales qui ne manquent jamais leur effet quand elles sont jouées par les rois. Un matin Napoléon rassemble aux Thuiieries tous les officiers et sous officiers de la garde nationale ; il s'avance au milieu d'eux avec son épouse et son enfant. ^ Je pars leur dit-il pour combattre vos en-

* nemis. Je confie à votre amour, à votre

* fidélité, à votre garde ce que j'ai de plus

* cher au monde, mon épouse et mon fils. ' Veillez sur eux, protégez les, défendez les, ' entourez les de votre courage ; et certain ^ que dans vos rangs, ils seront à Tabri de ^ tout danger, nulle inquiétude ne pourra

* m'atteindre sur les champs de bataille.'^ La sensibilité naturelle au français ne résiste pas à ces démonstratioas de confiance. Elle s'efface facilement il est vrai ; la légèreté de son caractère en est cause; mais quand il y cède, il est lui même dupe de son propre cœur; et il croit de bonne foi à l'éternité des promesses que lui arrachent ces instans

d^effusion. Les cris de vive V empereur ! vive V impératrice ! vive le Roi de Rome ! succédèrent à ce discours. Tous ces hommes, les larmes aux yeux, jurèrent de défendre jusqu'à la mort et le monarque qui s'en reposait sur leur fidélité, et son auguste épouse, et Tenlant chéri qu'ils appelaient alors l'ei^poir de la patrie. Deux mois après ils entourèrent des mêmes acclamations les princes de la famille de Bourbon.

L'empereur partit. Il remporta dix victoires. Elles dévoraient la France sans fruit ; la perte des armées ennemies était énorme; mais elles avaient derrière elles l'Europe. C'était le magazin où elles puisaient des successeurs aux morts. L'influence ténébreuse de la faction se faisait de plus en plus sentir. Napoléon était moins bien servi par ses espions; on cherchait à l'égarer par de faux avis, la fidélité de certains généraux était plus douteuse. Il était obéi avec moins de rapidité. Des retards dans les marches rendaient ses succès moins décisifs. On l'exaspérait en multipliant autour de lui les contradictions. Si Tori ne pouvait dérobber

la connaissance des avantages qu'il remportdj^^: on cherchait à intimider le peuple par 1^ peinture exagérée des prétendus excès où ee livraient les ennemis dans les villes qui leur* opposaient de la résistance. Si Napoléca^ faisait fréquemment traverser la capitale jg^ de nombreuses colonnes de prisonniers, fpy; dain on cherchait à atténuer la confiance |m? cette vue pouvait inspirer, en faisant circule^ dans les rues de Paris de jeunes vagabon<||| en apparence exténués par la fatigue et la faim,, et qui sous les haillons de la misé^ sollicitaient la pitié publique en s'annonçai^ comme de pauvres conscrits que la faim ^ les mauvais traitemens avaient fait fuir dq Tarmée. L'époque de la paix de Cha^illon arriva. Il en envoya les conditions à F^U^ pour avoir Tavis du conçeil privé. Au lieu de les approuver, et de lui exprimer, commi^ quelques membres le desiraient, les vœiùyi unanimes du conseil pour qu'il se hâtât df^ faire cette paix à quelque prix que ce fdU la majorité factieuse affectant un excès. dg dévouement pour la conservation de sa gloitç; Napolémiene s'éleva cpntre ces conditifli^

ë%nit d'envisager une semblable paix comnie leshonorante pour un homme coftime lui, lui ^dnséiUa de ne p^s y souscrire, et la paix îé ïiit pais signée le 15 Mars. Les cheveux lë 'dressent d'horreur quand on songe à cette ïiédrable indifférence pour TeifFusiori du sang. 3tté l'armée périsse, pour vu que je régne! lÎBëlf Niapoléon. Que l'armée périsse, pour '/é i^lil tombe ! . disait la faction. Quel métier jête la guerre! Eh! c'est là que l'homme a placé là gloire !

•^Depuis ce 15 Mars jusqu'à la bataille de PfiMis^ là faction déjà toute puissante unit aux préparatifs les plus ridicules de défense, les apprêts les plus marquans de la trahison cdhbiîiée. On garnissait les barrières de méchantes murailles de moellons d'un demi pied d'épaisseur, qu'un coup de pistolet eut èrifomtcées, et que l'on annonçait avec impu« âéBce être à l'abri du canon. On conduisit idÊt la butte Monmartre et sur les hauteurs de Bèilèville de mauvaises petites pièces de trois, ^ses jadis sur les autrichiens, que l'on faisait accompagner de caissons remplis de boulets du calibre de quatre; on qualifiait du

beau titre de pièces de position ces petites pièces de régiment, tandis qu'il y avait au champ de Mars un parc d'artillerie de plus de trois cents pièces de 12 et de 24, qu'on. y laissa paisiblement attendre que les ennemis leturjusent r honneur de s'en emparer. La veille d« la bataille, soixante mille hommes des faubourgs se présentèrent pour avoir des armes, €n offrant de marcher au devant de rennemi. Les trois quarts au moins avaient servi ; on les remercia de leur bonne volonté, on leur répondit qu'il ne s'agissait que d'une poignée d'hommes, et que la garde nationale était plus que suffisante pour les repousser.

Cependant la meurtrière victoire de Montaubert avait eu lieu, et une fausse manoeuvre de Napoléon dénota l'infidélité de ses espions. Il crut en marchant sur sa gauche couper les communications entre les Autrichiens et les Russes ; battre dabord les premiers ; faire sa jonction avec le corps d'armée que Ton attendait de Lyon; revenir en suite sur les Russes et les Prussiens que le corps de Mr. de Raguse devait tenir en échec, et. terminer cette campagne par la défaite de ceux ci*

Ses espérances furent entièrement déçues. L'armée de Lyon au lieu de le joindre s'en* foncà dans la Franche comté; les ennemis se placèrent entre lui et Paris ; Mr. de Ragose fut battu, et toutes les avenueçi furent ouyertes.(-^)

Le mardi 29 Mars le conseil de régence, força rimpératrice reine et régente de qmtter Paris. Plus sage que ce conseil, elle se refusait à cette fausse démarche. Il falut céder. Elle partit avec le Roi de Rome. Ce départ jeta la consternation dans le peuple et donna de Thumeur à la garde nationale, qui n^avait pas encore oublié que Tempereur lui avait confié son épouse et son fils. Les membres du conseil qui s'étaient le plus fortement prononcés pour la nécessité du départ de l'impératrice furent les seuls qui ne la suivirent pas. Ils avaient leurs raisons sans doute. Le mercredi 30 la bataille se donna. Les proclamations des commandans furent, ou le comble de l'ineptie, ou le comble de la trahison; le Roi Joseph annonçait dans la sienne que Napoléon arrivait au secours de la capitale avec une armée victorieuse, l^e Roi

Joseph partit une heure après, et laissa le commandement au premier occupant. Le Général HuUin fit afficher qu'il ne s'agissait que d'une troupe de partisans dont on allait ftâre justice ; et ces partisans au nombre de cent mille entrèrent le lendemain ccmduits par FEmpereur de Russie et le Roi de Prusse. A ^jfitès une bataille, où la garde nationale sans chef, sans tiactique, sans plan déteiminé, sans munitions pour ainsi dire, et simplement secondée par quelques mille hommes de troupes de ligne, fit mordre la poussière à vingt cin(| mille hommes russes et prussiens, Mr^ de Ra^se capitula ! ! !

lue jeudi 31 TEmpereur Alexandre et lé Roi de* Prusse entrèrent dans Paris, à la tête de quatre vingt mille hommes. Jour de deuil pour les véritables français ; jour de spec^* taclé pour les hommes sans patrie; jour d'allégresse pour les hommes sans honneur. Hacddat iUa dies/ et que la calomnie ne croye par que je lui souffre le droit d'eittn poisonner cette expression. Que le ciel s*expUque, c'est lui que j^appele en témoignage. Le«dl Mars était il dans Paris ub seul èfsm

LA REVOLUTION FRANÇADSX ^7

vivant qui sut, qui jsoupçonnât même, l'arrivée , prochaine de la fanvill^ aujourd'hui régnante, 3i,ce n'est quelques hauU et puissants seigneurs de la France antique et de la France mo*deme ? Ils vont se montrer maintenant. Troii ou quatre cent mille bayonettes les rassurent; mais n'attendes pas d'eux encore une cciofidence entière. Depuis quatre ana oqt les voit agir et se taire, maintenant on va les voir parler et frapper^

Depuis quarante huit heures W ennemis occupent Paris. Tout-à-coup on apprend que Mr. de Talleyrand, lui cinquième, compose ua gouvernement provisoire. Ici l'on marche de surprises en surprises. . A peine ce gouverne* ment ^st il formé, qu'il prononce la déchéance de Napoléon. Ce gouvernement délie tous les fonctionaires publics du serment d'obéissance ; intime des ordres à la force armée; nomma des ministres ; rédige «n deux jours une constitution ; ce gouvernement enfin réfonne^ destitue^ brise, renverse, change, crée, coor^ donne» organise. Et en vertu de quelle niiasion? au nom de qui? en feveur de qui? on ne le dit pas; qu'importe? le peuple est il

fait pour savoir quelque chose? ainsi le veut Mr. de Taley rand . Cela suffit ?

Une place est conquise, la capitale tfun grand empire est envahie. La raison veut, «t les vainqueurs même le désirent, qu'il se forme sous leur protection immédiate une au* torité temporaire et nationale qui, dans Tab» scence des autorités suprêmes, puisse veiller à Tordre, au maintien de la tranquilité, et 8(ux intérêts de tous les citoyens. Ces sortes de gouvememens éphémères sont, par leur nature même, essentielement conservateurs ; Fhistoire oft're plusieurs exemples de gouvememens semblables; tels furent ceux qui s'établirent en France pendant la prison du Roi Jean, et celle de François I. tels sont ceux que nous avons vu de nos jours s'établir à Vienne et à Berlin lors de l'invasion des français; mais il ne vint jamais dans la pensée d'aucun de ces gouvememens de porter une main criminelle aux bases fondamentales des états qu'ils étaient appelés à protéger pour quelques jours. Et' telle n'était pas sans doute l'intention de l'Empereur Alexandre, de ce prince aussi magnanime qu'éclairé lors qu'il jeta les yeux

stir Mr. de Taleyrand pour former ce gouv^emement local que les circonstances exigeaient. Il n'en fut pas ainsi cette fois. Ce ^ gouvernement abusant de la confiance de ce monarque, se constitua en révolte ouvert» contre la volonté nationale qui ne s'était pat prononcée. Il usurpa les droits du corps législatif qui seul a celui d'énoncer les vœux de ses mandataires. Il usurpa les droits dû Sénat, unique conservateur de la charte constitutionelle, toujours sacrée pour tous les citoyens tant que la puissance du peuple entier ne Ta pas abrogée. Il usurpa les droits de l'armée, dont l'obéissance ne peut-être ravie au chef militaire, qui ne la commande qu'en vertu des loix reconnues dans le royaume* Il usurpa les droits du conseil de régence qui seul alors devait décider de ces grands intérêts. Il usurpa les droits de l'impératrice reine et régente, alors seule gouvernante légitime de l'empire reconnue par tout l'état. Il usurpa enfin les droits de la nation toute entière, à qui seule appartient celui de se donner des souverains. Quelle était la mission de ce gouvernement provisoire??

4S9 lAllIM^ZtlS DESf ÏA^JI'I'ONS Dte^

Bientôt après oii fut instruit du retour de' r«ugusta maison de Bourbon ; et Ton vit avec surprise' que jpour arriver à une chose légitime, on avait usé detous les moyens que les factions efiipley^nt^poiir consacrer les choses illégitimes. Qsd funestd exemple en morale comme en politique! qu'ori» en juge simplement par lasituation où> dut se trouver(^^) Mr. de Taleyrand; il était président de ce gouvernement piovisoirelL II lui fàlut donc fouler aux pieds t<!>us ses sermèftis ; serment comme ministre d'état, serment cbmme sénateur, serment comme gtand 'aigle de là légion, serment comme grand officier de Tempire, serment comme vice grand électeur, serment comme français. Il lui falut fouler aux pieds tous les sentimens de gratitude toujours si sacrés pour les hommes supérieurs et que rhonneur lui commandait pour celui dont il tenait toute sa fortune; toutes ses dii^nctions, toutes ses grandeurs; il lui falut fouler aux pieds tous les devoirs que la délicatesse' lui imposait envers le prince dont la confiance en lui fût sans bornes, la munificence sans limites, Tindulgence même au besoin sans xestrièlîbns. Non seulement il se vît réduit

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à frapper le chef que la France 'reconnaissait encore, mais à frapper la France elle même en déchirant la constitution qu'elle avait voulue; et vingt quatre heures furent l'unique terme qu'il eut pour lui imposer des loix nouvelles. On reste muet d'étonnement à Tapparition subite de la position contrainte ou se trouye ce président ; on s' effraye en rea* contrant tout-à*coup un homme dont le génio est forcé de commettre dans un instant un acte de despotisme, cent fois plus extrordinaire que tous ceux que commit pendant douze ans le despote qu'il renverse ; on frémit en voyant que la majesté du peuple, la dignité des loix, la sainteté des sermens ne sont que de misérables objets de dédain pour ce gouvernement provisoire Heureusement pour lui le retour de la famille de Bourbon vint se placer ^ntra cette audace et l'indignation nationale» xnais en neutralisant l'une il ne justifia pas la témérité de l'autre. Les membres de ce gouvernement provisoire se chargèrent d'une graflde responsibilité.

Peu s'en falut qu'ils n'en ressentissent à ' Viniftant même tout le poids et tout le danger.

Si Napoléon, dans Tirritation de son orgueil, cédant aux cris de son armée fut accouru Ters la capitale, si par quelque revers inattendu mais possible les ennemis eussent été forcés à en sortir et qu'ainsi Paris se fût trouvé toutà-coup placé entre la rage d'un ennemi fuyant et la vengeance d'une armée cruellement insultée dans son idole, qui donc aurait-on accusé des ravages, des excès incalculables, des massacres sans nombre qu'une semblable catastrophe pouvait entrainer à sa suite ? n'aurait ce pas été l'indiscrète précipitation du gouvernement provisoire. Telle tut cependant l'horrible position où, grâce à ce gouvernement provisoire, Paris se trouva pendant quelques jours. Jamais terreur ne fut plus grande que celle que l'on y ressentit pendant ces heures de terribles anxiétés. L'abdication de Napoléon y mit un terme. Mais les provisoires pouvaient ils la prévoir? pouvaient ils même l'espérer? et qu'augurer de la prévoyance, de la sagesse, du patriotisme et de Thun^anité de quelques hommes^, que la passion aveugle assez pour exposer sans remords à un sac général l'une des plus grandes villes du monde, et la capitale de leur patrie.

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Tels furent toilt à la fois et la première explosi<!)n, et le dernier acte de cette faction toujours active, mais toujours impénétrable^ dont Tastucieuse adresse écrasa Thomme dont le bras avait écrasé le monde, de cette faction ' qui marchant à son but par des routes jusqu'alors inconnues, divinisa sa victime pour avoir le droit d'ace roitre chaque jour la masse d'encens dont elle usait pour Tennivrer. Telle fut cette faction peu nombreuse dans ses membres, mais puissante par sa longue patience, par son adulation constante, par sa profonde dissimulation. Elle dédaigna tous les moyens communs^ aux factions de tous les temps. Elle n'usa ni d'insurrections, ni d'agitation» populaires, ni d'écrits si^itieux, ni de menaces, ni de poignards. FMe prit le masque du dévouement et de l'amour. Elle exagéra les expressions de l'amitié pour rendre la véritable amitié moins, écoutée. Elle caressa toutes les passions et toutes les folies de sa. victime, et elle réussit.

Toute l'Europe en connait les chefe ; il est inutile de les nommer. Quelques membres de la f?imille de Napoléon n'y furent point

TOM. III. r f

étrangers. Ni le respect^ ni les bienfaits^r i^ la tendresse^ ne vainquirent jamais l'immitié de Lsetitia sa mére^ de Lucien son firére, de Féche son oncle. La tranquilité dont ils joui»» sent au milieu du desastre de leur Êufidlle) est leur acte d'accusation. Le cardîoal et sa soeur ne furent occupés à sa cour que de leur avance; et leurs délassemens peu coûteux étaient leurs entretiens avec ses censeurs et ses antagonistes. Lucien, sous un ciel étranger, écrivait la satire de son frère sur 1» pou»-» siére des pieds du pape. Un an après Tambition le ramena en France. Il espérait être nommé régent pendant la minonté du Roi de Rotoe et gouverner, bien long-temps peutêtre ! Le ciel a garanti la France de ce iGfêdheur.

Napoléon abdiqua. On lui donna 11k d'Elbe pour empire. C'était mettre une Lion dans une volière. Louis XVIIL arriva, et Ion respira. Le tableau qu'offrit Paris, pendant le trop long intervale qui sépara le jour de rinstàllation dn gouvernement provisoire du jour de l'entrée du roi, sera à jamais un monument die honte pour quelques fraguemens

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de cette é^^e populatjqn^ Les véritables fraoçaia, renfen^és cb^i^ euj^, tristes, mais occupé3 des soins de l'tioëipitalité çnvers les étritngers, sppge^ient en gémissant à la grandeur de leur patrie tqut-^-coijp éclipsée, regrettaient ces jours de gloire et de liberté, dopt la splendeur avait consolé la France des profondes playes qu^elle ayait: reçues des f^/o^ tions révplutionairçs et efFacé TafFront que lui savaient trop long-temps imprimé les'fqreura de la démagogie, et témoins de la formidable oatastrpphe qui venait de s^opérer entrevoyraient dans Tavenir l'aurpre dé quelques jours heureux percer à travers Tobscurité du cahos dans le qnel on venait de tomber. Telle était la véritable France, silentieuse alors, et douloureusement renfermée dans le sein de ses pénates. Mais au dehors, quelle diâèrence! Ces hommes, ces femmes sans patrie, cette vilo populace étrangère à tous les sentimens d'hon- ' neur, cette populace que l'on rencontre dana toutes les classes, dans toutes les professions, iimondant les promenades, les rues, les places publiques ; s^extasiant à la vue des ennemis de

la France; saluant de ses cris dVlégresse la

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soldatesque qui lui apporte des fers ; applau issant aux sauvages Tartares dont la profond ignorance rameine la barbarie depuis si long temps exilée sur les rivages du Don ; pressan dans ses bras avilis ces dégoutans Cosaques, par les infâmes baisers de ses lèvres caressante effaçant sur le glaive de ces sauvages le san| des laboureurs immolés par leur cupide pine; partout l'esclavage le front paré d fleurs, frappant les airs de son odieuse joye ; acceptant pour signal des fêtes les desastr de la patrie ; disputant par ses clameurs bronze de Tétranger le plaisir de proclame Tasservissement de la France; partout les bayadéres titrées et non titrées promenan lascivement les amours sur le tornbeau d la gloire; partout le parjure sollicitant le honneurs ; partout l'ingratitude réclamant d autels; partout Técume de T espèce humaîn< commandant les opinions dont la faction leu paye le débit ; partout le despotisme des gou vernans provisoires forçant les consciences, terrifiant les volontés, et arrachant à la timidité à rimpuissance des refus, à la crainte d perdre son èxistance les adhésions à ses m

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sures ; voila quel fut pendant quelques, jours, non pas le Paris français renfermé dans ses maisons, mais le Paris flétri circulant dans les rues, dégradant les monumens, mena* çant tous les toits de Tincendie, aspirant le pillage, querellant les Baskirs d'ère trop lents à lui en donner l'exemple; voila le digne, et Thonorable peuple de l'empire des quintumvirs, dont la présence de Louis XVIII. délivra la France; heureux que dans ces jours de deuil les augustes vertus de TEmpereur Alexandre aprissent aux véritables français à ne pas désespérer de Thumanité.

Dix mois après une faction nouvelle ramena Napoléon en France. L'honneur, la probité défendent de parler de celle ci. Toutes les factions dont jusqu'ici nous avons parcouru l'histoire, ont reçu leur salaire. En les décrivant, la délicatesse de Thistorien était tranquile; mais celle qui ramena Napoléon, est aujourd'hui placée dans une position qui commande le silence. Dans le moment actuel, en citer les chefs, raporter leurs travaux, leurs succès, leurs revers, ce ne serait piats écrire l'histoire^ ce serait accuser. Dans les annales

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des nations, toutes les époques ne sont pas permises à Técrivain honiiête htottime. Celle où nous nous trouvons relativement 4 cette faction est celle èi^^ tribunaux. Il faut leur laisser le temps de prononcer sur les hommes etsur les choses. Celle de Thistorién ne viendra que dans dent ans peut-être Alors à son tour il jugera et les accusés, et les «ecusateuïs, et les j Ages. Maintenant l-ota doit se borner à dire ijue les mêmes conjurés, dont la politique prépara pendant cinq ans la perte de Napoléon le perdirent encore à son retour. Le gouvernement au quel la France obéissait lore ai cette invasion inattendue légitima Icfurs tiens. Ils agirent cette fois sans être âétriidu nom de factieuse; mais dette honte de

moins ne rendit pas les moyens qu'ils. em ployèrent plus nobles et plus généreux, ruse, la duplicité, la perfidie étaient leurs ordinaires, et ils en usèrent pour soutenir cause légitime. " Sauvez le monaïquè, d rhomme le plus marquant, ou Frai é plus marquans de ceVte ÊEtction qui ava^vt amené la première chute de Napoléon, sauv^ ^ ^ le monarque, je réponds die la monarchie • *^

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Mais pour sauver la monarchie, il était imutile de voler dans les bras de l'usurpateur, d'aller l-accabler de perfides caresses, et de le servir pendant trois mois. Il était à coup sur des moyens plus nobles de sauver la monarchie,

La bataille de Waterloo prononça ejid^re ^m homme et le monde. Le dénouement de cette journée est un problême. De long^ tomps il ne sera résolu. De part et d'autre toutes les heures de ce grand jour apardnrent à la bravoure, et un seul instant à la trahison ; quelques minutes dévorèrent une gloire de vingt cinq ans. Un quart de siècle fut comme non avenu; et dix millions d'hommes en sorr tant de leurs tombeaux auraient pu demander à l'Europe, pour quoi donc avons nous versé notre sang?

Napoléon abdiqua pour la seconde fois. U quitta la France. Il se confia à la loyautés de TAngleterre. EJle le traita en prisonnier. En avait;^ elle le droit? des hommes célèbres «1 Angleterre ont discuté cette grande question. U ne m^apartient pas de la traiter. U ne m'apartient pas même de dire mon opioion* A cela près de la privation de .sa liberté, tous Iqji

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égards que Ton doit aux grandes infortunes, aux inéfaçables souvenirs attachés à Félévalioh du rang, à une vie à jamais fameuse par la sublimité du génie, à Ténorme masse des talens, à la réunion de tous les genres de bravoure, lui ont été prodifruéà, et T Angleterre en lui refusant l'hospitalité à trouvé Fart eu»core d'être grandement hospitalière. Le peuple anglais est venu pour ainsi dire en corps contempler cet homme fameux dans la rade de Portsmouth. On lui a construit dans Londres un palais, transportable à St. Hélène. Dans la traversée, Turbanité des ofEciers anglais la constament environné». Sa liberté d'esprit ne Ta pas un seul instant abandonné ; il ne lui restait sur la terre que lui pour veiller sur sa gloire ; et ce devoir, il la rempli. Enfin il est prisonier, et l'Europe tremble encore.

Ainsi s'est éteint cet homme extraordinaire, que peut-être créa le ciel pour châtier le monde. Il restera le premier sur la liste des guerriers, le premier sur la liste des conquéransy le premier sur la liste des fléaux. . Nul .ne porta plus loin la fièvre de Tambition, et pour s'élever il puisa sans choix dpns Tume

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^e pandpre ; à Tilsit loyal comme Trajanv ^ ' Bayonne dissimulé comme Tibère, à Wilna in* -sensil^ comme Cambise, on eut dit qu^il avait -des amejs de rechange dont il usait suivant les occasions. Crimes et vertus ne furent -pour lui que des moyens. Il voulut dominer les rois parce qu^il ne trouva rien de supérieur. Si Dieu eût été visible il eût laissé les rois en paix. Projets, conceptions, guerres, erreurs, excès, il ftit de sa destinée d'imprimer un ckractére de grandeur à tout; homme phénomène ! il est ie seul monarque que le sort ait condamné à l'immortalité de Tadmiration et de la haine, il est le seul homme qui ait réduit Thistoire à ne pouvoir le louer sans outrager rhumanité, ni le condamner sans outrager le génie. Il dévora les générations. Depuis Moscow jusqu'à Lisbonne, depuis JafFa jusqu'à Lutéce, il n'est pas une province qu'il n'ait marquée d'une bataille, et pas un hameau où les pères désolés ne lui demandent compte du sang de leurs enfans. La mort d'Enghien et de Pichegru, la proscription des princes d'Espagne, l'extravagante guerre de Russie, la longue dévastation des Castilles sont des

attentats que le temps malgré sa puissance n'effacera jamais» Âura4>on besoin pour le inaudire de coUiger cette foule de crimes obscurs et supposés dont pendant son régne les libellistes étrangers ont tissu les absurdes romans, il est donc vrai qu'il est des hommes qui ne peur vent mêler leur voix à l'indignation générale sans en flétrir la dignité, et pour remplir le jnonde d'épouvante ne suffit il pas de dire que tant de deuil n*est du qu'à Thomme dont le génie créa tant d'institutions sublimes, dont la volonté releva la splendeur de tant de cités, dont le bras puissant érigea tant de monumens immortels, et qui même à son dernier instant détachant encore sa destinée de celle de tous les honunes, n*a laissé que des grandeurs à sev ds, et des échafauts à ses amis.

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