‹ Histoire de l'origine, des progrès, et de la décadence des diverses factions qui ont agité la France depuis le 14 juillet, 1789, jusqu'à l'abdication de Napoléon (volume 2)Chapitre 4 sur 15 · TOM. III. F · texte numérisé non relu

TOM. III. F

donc que le gouvernement fàt mauvais en effet puisque tous les journaux étaient contre kd ? L'argument serait sans réplique si tous les journaux eussent marché dans le même sens ; mais i]s étaient ennemis irréconciliables sur tout le reàte. C'était donc les journaux» et non le gouvernement, qui étaient mauvab- Ils luttaient entre eux, pour le triomphe de leur faction» et ne s'accordaient que pour lutter contre le gouvernement de leur patrie. Un grai^ mal résulte de cet abus de la presse. La punition l'atteint à la longue et l'on dit akurs» la liberté de la presse à été violée. Dîtes bien plustôt qu'elle à été vengée. Au reste si ces journalistes n'eussent attaqué que les choses» on aurait tout imputé à l'opinion ; mais plu* sieurs s'abandonnaient à des personnalités ré^ préhensibles dans tous les pays. J'ai entendu assurer que le directeur Barras, cédant sans réflexion à Tindignation que lui inspira iflie personnalité de cette espèce, fit infliger tt» châtiment rigoureux au journaUste qui se Yê^ tait permise. Le directeur Barras eut tort,, si le fait est exact. Un membre de l'autorité suprême doit écraser de tout le poids de srai

XiA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 6/

mépris une attaque de ce genre ; ou s^il croit

que cela ne lui suffise pas, les tribunaux sont

là. Un grand pensionaire de Hollande reçut

tme insuhe pareille. Il fit réimprimer en gros

caractères, et le texte de la calomnie, et le

nom du calomniateur, et fit afficher Tune et

Tautre à la porte de son hôtel. Le libelliste

prit la fiiite. Celui de Paris fut pendant

plusieurs jours Tobjet de la risée publique.

Sa flagellation prétait au ridicule. Tout est

spectaélé en France, et pourvu que le specta*

cle amuse, c'est assez. On s'inquiète peu de

la moralité du drame.

Je tf ai rappelé cette vengeance personnelle

que pour donner une idée de l'indécence avec

la quelle les journaux se déchainaient contre

lès membres de l'Autorité Suprême. Malheur-

eosemènt il était quelques députés dont les

passions violentes encourageaient, sous main,

lés furibondes diatribes de ces écrivains. Les

rencravellemens annuels d'une portion des deux

conseils ordonnés par la constitution, avaient

introduit dans la législature des hommes bien

opposés au régime républicain. Le parti

ro3raIiste avait exercé son influence sur un

grand pombre de corps électoraux. On se figure sans peine quelle animosité dut régner dans les délibérations des coaseils lorsque ces nouveaux membres vinrent y siéger avec des idées si fort en opposition avec celles des anciens membres conventionels que Ton y voyait encore. L^influence du royalisme s'étendit également sur le choix du magistrat appelé à remplacer le Tourneur de la Manche, dont les fonctions de directeur venaient de cesser suivant la décision du sort. Pour remplir cette place importante on rappela de sia longue ambassade en Suisse Mr. Barthélémy, frère du célèbre Abbé Barthélémy auteur du Voyage DU Jeune Anacharsis. Le directeur Barthélémy était un homme de mérite s^ms doute, mais que la douceur naturelle de son caractère rendait, peut-être, un peu trop étranger à Ténergie nécessaire dans une place de cette importance, surtout à Tépoque on il y parvenait. Le parti au quel: il devait ^robligatipn d'y monter, comptait, je crois, beaucoup plus sur sa docilité que sur son travail. L'obéissance est quelque fois d'un plus grand secours que les talens. Après le long séjour qu'il

LA RâVOLUTION FRANÇAISEi 69

avait fait en Suisse, où Louis XVI. Tavait nommé son ministre, il arrivait sur un théâtre où il était inconnu, où lui même ne connais* sait personne, et à la suite d'une révolution qu'il ne lui appartenait pas de juger. Personne n^ignore que Tesprit, les acteurs, et les événemens de cette révolution ont été constament dénaturés dans les cours étrangères, et que la vérité à cet égard n'y a pas même été toujours respectée par les agens diplomatiques français, qui résidèrent momentanément auprès de quelques unes, Barthélémy inspirât donc peu *de confiance aux républicains. Ils le considéraient comme une créature de T ancienne cour, que la reconnaissance enchainait aux Bourbons; il était d'ailleurs un homme nouveau en révolution ; il n'en avait couru ni les- chances ni les dangers j on n'avait aucun giige de son républicanisme; et la jalousie, qui dans beaucoup de têtes aigrit souvent les justes réflexions de la raison, ne lui pardonnait paft de- venir usurper une dignité suprême que 1^' services éminens de tant d'autres semblai*- #nt avec plus de justice appeler sur eux de préférence. Ainsi donc Barthélémy, en ar-

rivant au directoire, n'y fut acceuilli ni par la confiance nationale^ ni même par celle de se» collègues. Il est facile de concevoir que Barthélémy, imbu des principeis catholiques, apostoliques et romains, et la Réveillere. Lépaux, s(Hiverai]> Pontife de la secte nouvelle des théophilantmpes ; que Barthélémy stilé depuis son enfance à la déférence envers Ites rois, et Rewbel bnilant encore de cet amour de la liberté dont il avait jeté les premiers fondemens sur les rives du Rhin; que Bar* thelemy, aflichant une grande simplicité de mœurs, et Barras étalant tout le faste dèi§ plaisirs ; il est, disje, facile de concevoir que Barthélémy ne pouvait plaire à aucun de ces hommes, et qu^il était presque impossible, de longtemps du moins, que Tintelligence entre eux et lui s'établît. En examinant donc ce^ élémens hétérogènes que la marche des évé? nemens vient de jeter dans les deux autorités législative çt executive ; on voit qu'il est h»* possible que cet ordre de chosçs dure long^f t;einps. Ce fut bien alors que Ton put recon» naitre la grande faute que la Convention ^vait commise avant le 13 Vendéqiiaire. Do

LA RfevOLUTION FRANÇAISE. 71

de deux choses Tune ; ou il falait que la Con^ vefition en faisant la clôture du gouvememenft révolutionaire et en terminant sa session, eut le désintéressement de laisser aux Assemblées EÀefXarBles la nomination entière des députés tfttx deux conseils, ou qu^elle eut l'audacieux cmimge d^annoncer qu'elle s'arrogeait à elle scMiie 1^ fonctions législatives pendant dix ans, épti^ftfe où les Assemblées Ëlectoralës se ré* cuÂilû^nt pour procéder au renouvellement pM tiens. Que risquait elle? le 13 Veiide. sâHUi)^! elle is'y exposa bien pour une mesure kibo&iplëtte. Dans la piremiére hypothèse, en kissant alors la nomination entière aux çleeteitfs, Topinion puMique était plus fortement |ir(Mi<mcée pour la république. Les agens du nyiJisme n'auraient pas eu le temps de TaU %kt»; le 13 Vendémiaire venait d'itaposer un ffiebce long à cette faction; les étrangers n'&msmi pas eu le moyen de s'immiscer dans les élections ; les nominations eussent été cer* IpttMment meilleures; et Ton n^eût pas été #Uigé d'avpir recours ^ahs les élections à la funeste resource des scissions, que dans le fait QiH pMHTtût appeler unç guerre civile noit

armée. Dans la seconde hypothèse, si elle edt / retenu pour plusieurs années TAutoriie Législative, elle eût consolidé son grand ouvrage ; le scandale des divisions avec le pouvoir exé* cutif n'eut point été donné ; Tun ou Ts^utre pouvoir n'eût pi^^s été obligé de recourir ^ux insurrections pour se maintenir ; les habitudes républicaines se seraient insensiblement établies ; la nation entière n'eût pris qu'une même direction ; et la piaix eut été» la conséquence de cette mesure. Je Tai dit ailleurs, la CoBh vention, en tpuchant au terme de» se^ travaux» osa trop, pu n'osa pas assez. La découverte de la conspiration de l'Abbé Érottier, Proli, Duinand) et la Vilheumois donna plus d'im-, portance à cette guerre ouverte entre une partie des législateurs et le directoire, Cea législateurs ne dissimulaient plus leurs dessina. Après les menaces qu'ils proféraient à la trit . bune, il n'était plus pennis de douter des ven» geances qu'exercerait le gouvernement qu^ik se proposaient de rétablir, Dang la pQsitkm où les plaça pendant quelques jours leura espérances de succès assez fotidées, cette con^^ 4uit;e était 4' une mal^drpsse ii^p^domi^ble^

Xiâisser à entendre aux membres d'un gouvernement que Ton veut renverser que la mort les attend, c'est non seulement les inviter à se défendre, mais c'est leur créer une armée d'une foule d'ambitieux qui feindront d'avoir pris part aux dangers pour se donner un air d'importance et -partager les fruits . de la victoire. Ges ccHisidérations, toutes sensées qu'elles fussent n'étaient pas de nature à rendre les factieux plus mesurés. Leur témérité s'appuyait sur Pichegru, que le^ Général Moreaù, dont le ccBur appartenait encore alors à la patrie, dén<M)ça lui même au gouvemement.(^eJ Plusieurs députés se distinguèrent par la virulence de leurs discours. Celui que Gilbert Desmoliéres prononça le 27 Prairial dépassa toutes les bornes. Le conseil des cinq cents demanda au directoire des explications sur Tage de Barras, et un esprit persécuteur présida seul à cette inquisition ; un député poussa la mal adresse jusqu'à blâmer les victoires de l'armée d'Italie. L'armée laissa percer son humeur d'une semblable ingratitude. On se rappelé l'fidresse du Général Bonaparte à ses soldats sur les malheurs dont la France était

ff.

menacée dans Tintérieur. Uon n'osa {^us

répéter à la tribune ce ridicule essai que fe

conseil avait voulu faire de ses forces. Toutes

les loix, toutes les résolutions (c^était le terme

dont on se servait alors» il avait rexnjdicé

celui de décret) toutes les résolutions que le

directoire solicitait étaient examinées^ di-

scutées, critiquées^ et le plus souvent r^etéts»

Cette mauvaise volonté se manifeirta d'une

manière fk contraire au bien public que fe

directoire, entravé dans toutes ses opérali<»is

par cette opposition désastreuse pow Tétat,

ayant annoncé au conseil des cinq c^its qite

toutes les parties du service public étaiest

prêtes à manquer, au lieu de prendre en co»*'

sidération Tobjet d'un semblable mess^tge^ on

semUa se faire au contraire un jeu cfud d'flht

jouter aux embarras dip gouvernement en pra^

posant de iûi oter la surveillance du trésor na^

tional. C'était une véritable démence.

Cependant au mëieu de ces conâibs pei|)éNt tuels, le directoire suivait pas à pas la marciie et le développement de la conjuration de Brottier. Au lieu de dire k directoire^ U serait plus exact de dire la^ majorité du 4ik

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 7Sf

r^toire. C'est à dire Rewbel, Barras, et la Reveillére. Barthélémy peu instruit des précautions que rhomme public doit mettre dans ses liaiaons dans un pays en proye à une longue révolution qui n est pas encore paI^^enue à sost teime, recevait avec trop de distinction les députés roy^istes pour ne pas inspirer de la méfiance à seB collègues. J'ai déjà remarqué que cette méfiance avait pris naissance dès son arrivée au directoire et j'en ai expliqué la cause, mais cette conduite n'avait fait que raccroitrei et Ton ne peut se cacher que de jcHir en jour cette méfiance devenait plus excusable. Soit opinion, soit inexpérience Barthdiemy ne partageait pas la chaleur des tarois autres directeurs pour la conservation de la république, et il n'est donc pas étonnant qu% ne lui livrassent pas toujours les secrets de$ mesures qu'ils prenaient pour la sauver. Il e«t plus difficile d'expliquer pourquoi cette déâauce s'étendait également sur Camot, et pourquoi tant de gages donnés par ce directeur à la révolution et à la liberté étaient tout à coup ou1[Àés par les républicains. On dit «Mtven^ que l'ingratitude est le vice, des ré^

publiques, mais quand on songe que cette ingratitude n'a quçlque fois d'autre motif que ies passions de quelques rivaux, est ce bien aux républiques que le reproche doit s'adresser ? Que les anarchistes, constans auxiliaires du royalisme quand ce parti prévalait, et en apparence ses ennemis implacables quand il était terrassé, eussent enveloppé Camot de leur haine, cela se conçoit ; il était républicain trop sincère pour qu'il ne leur fÙt pas odieux. Mais que des républicains, guidés par des animosités particulières, ayent présenté comme suspect de royalisme un citoyen intéressé, plus que tout autre peut-être, à s'opposer au retour de la royauté, et se soient flattés dé trouver des hommes assez crédules pour adopter cette absurdité, c'est ce que l'on côn^ cevra difficilement. Dans les grands intérêts attachés aux relations extérieures, Camot ne pensait pas toujours comme Rewbel qui partageait avec lui ce travail ; dans les choix des officiers supérieurs de l'armée Camot n'ap-»prouvait pas toujours ceux que Barras regardait comme les meilleurs, voila les torts de Carnot, Disons le avec franchise ; quand on veut perdrç

un homme, et qu^on n^ose avouer le misérable . ressentiment qui vous convie à sa perte, il faut avoir recours à une accusation plus grave, et celle de royalisme si heureusement inventée par le jacobinisme, était la plus banale comme la plus injuste de toutes celles que Ton pût appliquer à Carnot, pour désenchanter les répubhcains de rattachement qu'ils lui portaient* Mais il faut le dire, personne ne fut dupe de ce subterfuge. Quoi qu'il en soit ce fut une ' de3 plus belles époques de sa vie, et celle qui lui feit le plus d'honneur. Si son ame eut été moins pure et moins belle, et que pour se garantir ou se venger du traitement qu'on lui préparait et qu'il ne pouvait ignorer, il se fût en eflfet rangé du parti royaliste et eût entraîné daos cette cause ses nombreux cliens, la ré« publique était perdue. Mais il préféra de se sacrifier lui même plutôt que de compromettre la liberté de sa patrie. On ne peut lui reprocher que de s'être abandonné pour ainsi dire lui même, et de s'être hvré à une sorte d^apathie qui sans nuire au royalisme ne servait en rien la répubUque, Il est possible

qu'il desaprouvât le mouvement que Ton pfé- ^ paraît ; mais combien de resources n'avait il pas pour af'en emparer, et pour le diriger dam un sens plus raisonnable. Quel service il eftt rendu à Tétat, et au directoire lui même.

Les mesures sont prises toutes fois. Il n*est plus guère possible de douter des projets do directoire. La destitution du ministre de la police^^X^ et du ministre de Tintérieurf^^ est Taugure qui les annonce. Le Général Hoche à la tête de son armée marche sur Paris. Le Général Augereau est auprès du directoire, et le commandement des forces de Paris lui est confié. L'on est sur de l'ophiioti du Général Bonaparte et de Farmée' d'Italie. Brottier, la Vilhéumois et leurs compagnons avaient imprudemment livré leurs secrets à des officiers supérieurs. Le directoire les avait fait arrêter, ils avaient été traduits devant une commission militaire, et condamnés à detf détentions plus ou moins longues; toutes leisr pièces du procès, et le jugement avaient été mis sous les yeux des législateurs. L'indifférence avec la quelle quelques uns d'entre eux avaient reçu cette communication, la manière

aoiême dont certains avaient désaprouvé lea moyens dont on avait usé pour découvrir la conspiration, n'avaient fait qu'achever d'aigrir les esprits* Le directoire se décida donc. . On assure que les conseils fiirent instruits des mesiures qu'il prenait^ et que les Généraux Picbegru et Willot proposèrent de le prévenir^ mais que les autres membres du parti s'y refiiserent en disant : // n oserait. Cette sécurité me parmit douteuse. Qu'un seul homme rai-* aanne ainsi ; que Césai*, que le Duc de Gùise, et quelques autres ayent parlé de la sorte; cela se c(»içoit« Quand on est seul, la confiance que l'on peut prendre en soi même ; la eoKiaaîssance que l'on a du pouvoir et du crédit des personnages dous on se croit soutenu ; le mépris que l'on porte à l'ennemi dont la haine iNns menace ; l'orgueil même que l'on met à ne pas reculer, peuvent conduire à tenir un semblable discours. Mais lorsque l'avertissement du danger est donné à trente on quarante pevsomies à la fois, il n'est pas croyable qu'ils y r^Kmdent par une semblable jactance, et repoussent les secours que leur offrent des amis qui leur sont unis par un même intérêt.

Il est plus probable que le secret du directmie fut bien gardée et que si les conseils se laissèrent surp>rendre c'est qu'ils ignorèrent le jour où Fincendie éclaterait. Ce jour fut le 18 Fnu> tidor de Tan V. 4 Septembre 1797*

A quatre heures du matin le canon d^alanne se fit entendre ; à Tinstant les troUpes qui étaient à Paris se mirent en mouvement^ et les palais occuppés par les deux conseils furent investis. Les députés du parti antidirectoriai^ étaient, comme je le disais tout à Fheure, ta peu instruits des démarches de leurs ennemis» qu'il n'y avait alors de rassemblés que les commissions, que l'on appelait des inspecteum de la salkj et que les autres membres se rendirent aux salles de leurs séances ordinaires à l'heure accoutumée sans se douter du sort qin les attendait. Là force armée les laissait entrer sans aucune opposition, mais la sortieleur en était interdite. Pichegru était membre de l'une des commissions des inspecteurs. Il fut en conséquence arrêté le premier et conduit au Temple, avec quelques uns des inspecteurs ; plusieurs réussirent à s'évader. L'on arrêta de la sorte tous les autres députés du partis i

tA RÉVOLUTION FRANÇAISlS. 81

mesure qu'ils arrivèrent dans leurs salles ré»-' pecdves« f

Cependant les députés républicains ou directoriaux avaient été prévenus, et se rMsemblérent, savoir les cinq cents à la Salle de l'OpiON dans le foubourg St. Germain; et les anciens dans celle de Técole de médecine j les cinq cents sous la présidence de la Marque^ et les anciens sous celle de Roger Ducos. Ils déclarèrent que des motifs de salut public avaient déterminé ce changement de locale et que les deux conseils existaient là, où ils se trouvaient rassemblés. Ils y reçurpnt bientôt après un message du directoire qui, les informant des mesures qu'il avait prises, leur fransmettait les pièces qui constataient la conapiratipa, et la liste des députéà qui y avaient pris part. Dans l'intervalle le directeur Bai^ llialemy fut arrêté. Le directeur Carnot, prél^nu à temps, s^étail^ sauvé. Les conseils débutèrent par approuver Tentrée des troupes dans le ravon constitutionel. Ainsi Ton viola la constitution pour la consoler d'avoir été violée. La garde des deux conseils se rangea fous les ordres de cette fraction, et le Général

St HISTOIRE DES FACTIONS D«

Augereau fît ttrrêter le commandant de cette. garde, nommé Ramel, qui avait tenté de 8 y opposer, ^arrestation de trente deux journalistes ait ordonnée par le directoire. Lei légiçlateuns décrétèrent Tannulatioa des vffoà^ nations de quarante huit départemens, et cûii' damnèrent à la déportation cinquante deox députés ; les* directeurs Camot let Barthélémy; les chefs de la conspiration loyaËstep qu'un conseil militaire avait déjà jugea; h» Généraux Morgan et Miranda; le nân«*,e^ la police ; d'Ossonville Fun des chefs de cette police ; et quelques autres personnes.

Indépéndament de Pichegru;' on ttcme parmi les déportés, les noms les plus reecna^ mendabies; tels que Boissi d' Anglas» la flottl la Débat, Siméon, Villaret Joyeuse, Vaublânc^ Muraire, et plusieurs autres «itoy ensclieiB i la patrie et qui depuis encore lui ont imAi de si grands services. On y comptait Portalis, si respectable par ses vertus, ai mable par ses talens; mais qui dans la aoîll ministre des cultes sous Napoléon, fut si funeste à là philosophie par sa déplorable confiance dans les pj^ètres catholiques, par son avéu^f^

XA HfcVOLtTTION I^RAITÇAIjftll^ :Q$

inent sur la marche progressive de leur fana^ Ifôme, et par sa malheureuse condescendance pour les préjugés de son fils dont le bigotisme kait à cette époque un objet de scandale pour tout Paris. Si son ministère eût duré pltis longtemps) les lumières eussent rétrogradé de dix siècles.

Il faut conserver au respect de la postérité te nom de deux hommes dont la courageuse ^uité Véleva vivement, dans les anciens, conli^ cettei condamnation arbitmire. Ce\ fiupent le Coûteux de Cauteleux banquier célèbre^ qui m<mta depuis au rang de sénateur ; et Régnier, ministre de la justice sous rEmperrar. J^icurs réclamations furent sans succès. Chénier, fameux par son théâtre, fameux pfltjr [es calcmmies dont on empoisonna sa vie, fa* neiix encore par la haine posthume dont Mr. fe Chateaubrillant honora sa méipoire, fut pl|is heureux ; il obtint la radiation, sur la fi^be des déportés, de Dupont de Nemours, Les^infprtunè^ de ce vieillard furent un titre de ||loîre pour Famitié et pour Tinimitié* Chénier ion aïoi lui sauva la vie, car la déportation ll«il un arrêt de mort ; et pendant tout 1^

temps qu'il fut en danger de la perdre, k célèbre astronome La Lande, son ennemi déclaré, lui donna un a^ile et lui porta liB même à manger trois fois par jour dans son observatoire où il Tavait caché. Honneur à la littérature et aux siences. Voila cQmine se conduisent en France ceux qui les pio* fessent. (^ A J

La rigueur de la loi s étendit sur toutes ks persoimes inscrites sur la liste des énûgiés, &t y comprenant ceux dont la radiation aimit été provisoirement prononcée. On leur ord(XKna sous peine de mort de sortir dans le délai de quinze jours du territoire de la république, . On laissa au directoire la liberté de prononcer sur le sort des prêtres perturbateurs. On bannit à perpétuité trois membres dé la fr .miliede Bourbon, les seuls qui fussent, restés en France, Mde. la Duchesse Douairière d'Orléans, Mde. la Duchesse de Bourbon» et Mr. le Prince Conti ; on condamna à la dépcxtition, les auteurs, entrepreneurs et propri^tvrei de quarante deux journaux, et pour que^ toat se passât suivant la stricte équité ce^fiit im journaliste, le député Bayeul, qui fit le rappott

sur ces journalistes. Enfin on décréta que toutes les armées, dan^ ce grand jour; avaient Wen mérité de la patrie. François de Neufchateau et Merlin de Douay furent nommés membres du Directoire. Les deux conseils après, soixante heures de travaux levèrent leur séance, et le 18 Fructidor fut consommé.

Les déportés fiirent traités pendant leur traversée aux Indes occidentales avec une extrême dureté, et le lieu choisi pour leur exil devait leur annoncer le peu d^importance que lion attachait à leur vie. En arrivant aux iles ils furent déposés pendant quelques jours à Cayenne, et bientôt après conduits à la Guyane dans les déserts de Synamari. Botany Bay où Ton transporte les malfaiteurs Anglais est un paradis terrestre en comparai* smu On leur fournit des instrumens aratoires. C'était insulter impunément au malheur.

Chez presque tous les hommes la compassion succède à la vengeance. Chez les factieux, BOD pas. Une faction ne croit jamais être ireiigée. Après la vengeance elle déchire encore, elle déchire toujours. Elle est sans pitié» parce qu elle attend son tour. Elle se

86 HlSTOJEB DES JACTIOXTB D£

venge des maux qa'on lui a faits et des knaot qu'elle attend.

Beaucoup de ces infortunés périrent** Le climat ks assasina. Quelques mis réusailait à s*échapper. Un petit nombre se cacha en France. Plusieu^ passèrent en Suisse^ en Allemagne, en Angleterre. Paris se tut» Il crut au retour de la terreur. La mort de Hoche frappé d- apoplexie à trente ans Feffinaya. On n'osa en parler qu'à Toreille. Moima aiw riva ; sa présence déplut. On ne lui pardon-^ nait pas sa lettre contre Pichègru* Les con-' férences avec Malmesbury se rompirent, on y fut peu sensible. La paix de Campo 'Fonaîo fut annoncée. Bonaparte paruf^ et Yeaûiov^ fiàMme fut au ccHnble. S'il eût dit un not^â régnait deux ans plustôt. Sa réceptioii ail directoire fut un spectacle; oo y mit to a{K pafeil extraordinaire. On ne trouva ]pMDt dans le palais^ de salle asse2 grande pomr ettttf sûlemnité. On couvrit entièrement avec dw bannes Timmea^se cour du palais du Lmem^ bourg ; elle devînt um cirque où un ftùî&ci nombreux put-être introduit; on la joftcki^ de fteuirs, mi Toma do iesHQm'^i àfn gn^

LA RfcyOLUTION FRANÇAISE:. 9^!^

lande». , On y dressa un autel à la patrie, que ron surchargea des nprabreux trophées de la victoire. . La porte de cette coût a quelque chose d'un iftrq , dç triomphe. , L^art acheya de Uh en donner la forme etj de lui en prêter les^ décoMtions; On y suâpendit les drapeaux que le général avait con(]pis. Ce f^t par là que Bona# parte fat introduit. Ce fut là que le directoire» brillant^ de tout le faste de, la grandeur sooi ▼eraine» «itouré de ses nûnîstres^ en présence de tm» le», généraux,, de. grande, atùtorité* adminwtrati ves» , du corps diplpmatîque, et de tout ce que Paris réunissait alors d^hommes illustres, le reçut. «Quand le général- parut, les pliis vives acclamations éclatèrent, de toutes 1« partie» de ce cirque. Tout le monde se leva; et le directoire^ ;assis sur^esjgradin^ âevésy ne crut pas compromettre sa dignité est fendant cet hommage au héros de If Italie. Il le reçut debwt et découverte Peu d'instans vptèê le directoire s'assit et se couvrit. Bo- Baparte se présenta. Son front était modeste, sa démarche assurée. Rien n'annonçait 1'of« gtieil; inais tout dans ses mouvemens^ dans 'le» regards^ dans son ton de voix dénotait

l'homme convaincu de retendue de ses services. Il avait refusé la garde d'homirar qu^on lui avait envoyée. II n'était accompagné que de son aide de camp Msumont, et du ministre des relations extérieures, Taleyrand Périgord. Marmont, Taleyrand! qne de souvenirs! que de'^rapprochemens ! Voici une phrase du discours de Mr. de Taleyrand, en le présentant au directoire, que me fournit Touvw rage de Mr. de la Cretelle. " Loin de redouter ** ce que Ton voudrait appeler son ambition, je *' sens qu'il nous faudra peut-être le jsolliciter " un jour pour l'arracher aux douceurs de sa *' studieuse rétraite. La France entiérer sera ^' libre ! peut-être lui ne le sera jamais.'*

A moins de dire, couronnés le : .on ne peut pas' s'expliquer plus ouvertement.

Le discours du général fut court, lacoiiiqne, . et dans cette manière serrée qui lui est propre. ^ Il reposa sur quelques grandes idées générales î la nécessité de con;ibattre les rois pour détruire dix huit siècles de préjugés ; le traité de paix servant de date à l'ère des gouvememems 'représentatifs ; la paix assurant la hberté de 1^ France^ et de bonnes loix en France assurant

i;a révolution fh^avçaise. 89

la liberté de FËurope, voila le sommaire de ce dUcoors^ Il ne parla ni de Tarmée, ni de «66 conquêtes, encore moins de lui même. On était curieux d'entendre ce qu^il dirait du 18 fructidor. Il resta impénétrable à cet égard^ij

Le directoire lui répondit par Forgane de Barras son président. Il parla longuement de tout ce dont Bonaparte n'avait pas parlée c'est à dire des incalculables avantages du 1 8 FriMsâdcNT ; des triomphes de F armée ; du géiiies) des exploits et de la gloire du général^ du vaste champ ouvert à sa carrière héroïque dans les plaines de TAngleterre ou le peuple Tattendait, dit-il, avec impatience pour le dé« livrer du joug d'un gouvernement oppresseur.^ £n général, ce fut un discours de mots. Le public cmt n'y appercevoir qu'une idée ; le dmr et la volonté d'éloigner du théâtre des nffiôres un général dont la réputation com* mençait à l'importuner. Au reste ce prétendu projet d'une expédition contre TAngleterre n'était jeté en avant que pour donner le change à YEMCope, et masquer une entreprise d'ua Mitre geare et q^ui se rapprochait d'avantage

9P. HI&TOIBB DBS FACT10K8. I>S

de ces idées gigantesques que la naficm AtiK feîse adoptait si ifadlement depuis rolîgitiÉ de la révolution. Mais alors c'était . esocoQ» le seerèt de Bonaparte. <» . '... -

On lui prodigua les iètes. ;C*étatt hj^^tmsàt du jour. Le corps législatif voulut li^i éûmtet^ à diner. U dipisit pow Mik à it^mgetf l^itaot- MBue galerie du musée et ne dcM^nni qoH tsdâa jours pour démeul^r une . gid^e 4e -dititiiit cent» pieds de long, des cli^£<l^oeui!9i!s dc9B art» qu'elle contenait^ On représduteM.aii cMciité des inspecteurs àeê cinq cents, f impos-' iîfailîté d'une semblable opération^ I^i.^ian^ dalisme était revenu. Ces mesneunf nn^iviMl^ dans ces magnifiques tableaux que de' h^téie et de la couleur. Ik dirent qu'ils donnwaîent des grenadiers pour les décrocher. . Jbet* ad"* ministrateufs- leur représenbèrent que la jjpk» légère «vaiie^ à un tableau, occasionëraît fwie* perte irrépàmbie; on se moqua do UàiB eMmtes ; on de ces députés^ , pour-. praiiMr que OBÊ t^Ueaux étaient invukiécaUes, SQ Iiwsa tomber de tout le poids de t ses ^orpa sur rune de ces grandes machine^; etJs^ t$mUé Voui^irmrex^ |ui dit ati, Belle «iiiséci^

M|KKndit>-il> c'est un trou, on y mettra une' piÔGCu Ce tableau est esdmé dans l'inventaire à 4:eQt mille écus* Si j'ai bonne mémoire c'est un tableau de le sueur* Ce diner fut de sept caits couTertEk Bonaparte y vint* On le pld^ au milieu de la table. On remaarqus qu^ii n'y mangea pas. Je ne prétends pas en irîen conclure* Il porta un toast à la tép»^ blique. Les présidents des conseils, auK' gêné-* ranx; et le directoire, aux armées.^ Apr^ one -demie heure de sésuice il se retira* On ser hfif% à son départ, et les cris de vive IBotuiparte Y accompa^ér^nt* Le dîner $é prolongea jusq^n'à minuit. Il n'y eut poial de mo^que, point de complets; en tumulte de tkible, quelque ivresse ; mais peu de joye:. A niomt la table ait livrée à la valetaille^ et wêSL aies paniques que la pcdice mal faite kussii pénétre^ • Le désordre fut complet» Jamais ce superbe monmfieni tie courut pkii dtf ^BMgenn. La grande^ salle d'exposition qn précède^ kt grisuide galerie, et la sépare de hi galerie d' Apollcxi oà e|t exposée l'inapiécfable collection dés desrâis originaux des plus grtmds iMttrÉs dp ^Enrope d€p«i» cmq e^M^'mgj

avait servi au décaissement de tous les paniers de vin ; et on en décaissa beaucoup, mais beau* coup. On avait du foin, de la paille, jusqu'à mi-jambes, et au milieu de cette paille A'è^ normes lampions brûlaient sur le plancher à différentes places que Ton avait à -peine nétoyées. Les inspecteurs des deux conseils s'étaient emparés de la police. Les conservateurs ne pouvaient rien ordonner ; ils ne pouvaient que siîh^eiller. Ils étaient sur les épines. Je les aidai dans leur surv^ance jusqu'à quatre heures du matin. Le plus léger accident pouvait incendier ce monument, unique dans le monde ; les valets «t la canaille qu'ils avaient amenée étaient dans un état complet d'ivresse ; il y avait de quoi frémir. Quelle fut la récompense de tant d'anxiétés^ d'inquiétudes et de peines ? La voici ; à midi, le lendemain, douze heures après la fin du diner, un député des cinq cents dénonça à la tribune l'administration du musée, pour avoir placé de champ contre les murs des magasins les tableaux qu'il lui avait falù dé* loger m trois ou quatre jours. Elle ilit râspendme, œandée à la barre : que saisje ? Tatro-

ZA RÉVOLUTION ÎRAKÇAISE. $3

ité de la dénonciation, le ridicule de Tavoir écoutée furent tels, que TafFaire ne fut pas plus loin. Et voila la gratitude républicaine de cette époque.

Les fêtes se succédèrent^ Chaque ministre donna la sienne. Celle de Mr. de Talleyrand fut superbe. Je ne la distingue des autres que parce que deux incidents la firent remarquer. Le premier, c'est que pendant la nuit le feu prit aux écuries de son hôtel, par rimpmdence d'un palfrenier. Il s'était endormi en fumant. L'oisiveté s'empara de* ee fiait pour en tirer mille conjectures toutes plus impertinentes les unes que les autres. Parler sans réfléchir, inventer pour se faire écouter, médire pour intéresser, ce sont des plaisirs que l'on ne se refuse guère à Paris ; trop heujreux quand la calomnie ne se mêle pas de broder sur ce canevas. Le second incident offîre un peu plus d'intérêt parce qu'il peut donner une idée du caractère de Bonaparte. Au nombre des virtuoses que l'on est d'usage en France d*appeler à ces sortes de fêtes pour répandre .un peu de gaieté sur ces réunions, où la céré-> mooie, la gène des parures, et l'embarras

9É^ HUTOXBB DXS tACHlOUfê OB

iouvent de rencontrer quelqu^un de cQiiiialf# sauce réfHuident tant d'ennui, se trouvait no comédtan célèbre^ nommé Dugazoïi* Cé| acteur plein d'esprit, était recherché par 1m sociétés, pour son talent à improviser de pedtes Acénes bcuffones, dont la flexibilité de sâQ Drgane, et son habileté à contrefaire Vaec&alt des dififerens peuples, lui permettaient déjouer à lui seul les divers personnages. Il en avait composé une de ce genre sur les prélinânaires de Léoben. Rien en effet n'était plus comîqu& La dogmatique lenteur des ministres autrichiens î le verbiage astucieux et véloce d» launistres italiens, la franchise héroïque, eP peutètre même aussi un peu de cette jactance française, tout cela était peint avec une venté parfaite. Un passage précieux surtout était celui, où, dans un moment décisif, le général en posant son sabre sur la table faisait rouler par terre quelques vases de porcelaine qui venaient de servir pour le déjeuner. Laparcimonieuse économie des autrichiens, Ta-^ ^arice fastueuse deà italiens, étaient de toute» les plaisanteries la plus piquante. Dés les preouers' mots le front de Bonaparte se reœ^

IJL EivOLUTION FEAJTÇAISS. '9é

brunit» Peu d'instans après il tourna le dos

à racteur, et s^éloigna ea feignant de causer

avee quelqu^un ; et la scène en resta là. H

faut convenir au reste qu'elle était assez àê^

placée chez un ministre des reladoos éxt^

rieures^ et devant le général qui venait de

signer le paix de Campe Fonnio ; et si les oiw

domiateurs de la fête eussent eu quelque seo^

timent des convenances, ils pussent réfléchi

conîbieii elle convenait peu dans un lieu ^

dans une circonstance semblables. Il y eut

dam Topinion publique deux manière^ d'io^

feerprêter cett« inconvenance. Les amis de

Mr.- de Taleyrand prétendirent qu'il, avak

complettement ignoré queUe espèce de scène

le cmnédien se proposait de jouer, et supo^

aèrent que la malveillance lui avait secretter

ment suggéré de choisir celle ci, comme étant.

de circonstance ; mais dans Tintention perfide

de mettre Mr. de Taleyrand dans une fauaoe.

posdtk>n vis-à-vis des cabinets de rEurope*

I^es ennemis du ministre soutinrent au con^^

traire qu^il avait eu parfaitement connaisp

sance de la scène, qu^elle avait été répétée

Rêvant lui en petit comité^ et que malicieuM!-!

ment il s'y était prêté pour mistifier le général qui avait eu Faudace de négocier la paix sans son attache, et pour flatter la jalousie du di> rectoire en persiflant un héros dont la gloire l'offusquait.

Bonaparte était trop éclaii^ pour ne pas dé* mêler à travers de ces faux semblans d^admiration et de dévouement combien en efiet il portait ombrage à quelques hommes. On le menaçait du commandement de Fexpédîticm d'Angleterre; il connaissait trop bien Tart de la guerre et les difficultés attachées au succès de cette expédition pour ne pas se méfier de tous les fastueux augures de lauriers dont«on essayait d'amuser son orgueil, et ne pas sentûf que Ton ne cherchait qu'une occasion de lui faire redescendre quelques degrés de l'élévation où il était parvenu, de désenchanter le public sur son son compte, et si j'ose m'expri* mex ainsi de dépopulariser sa gloire. Ce n'est pas qu'il regardât une descente en Irlande ov en Angleterre comme une chose impossible^^et: la suite des temps a prouvé qu'il était bteB Join dépenser ainsi ; mais la tenter, sans avoir -la puissance suprême pour en disposer W^préw

tA tlfevÔLUTÎON JPRAÏ^ÇAISÊ. 97

paratifs^ se charger d'une expédition semblable avec une marine qu'une longue inertie, une désorganisation malheureuse autant amenée par les préjugés que par la révolution ^ conduite par des hommes pleins de bravoure sans doute, mais privés d'expérience, avec une marine, disje, que cet état devait rendre peu redoutable au peuple le plus accoutumé à braver les mers, et dont les océans sont devenus le séjour habituel ; c'était une de ces imprudences, une de ces fautes qu'il n'était pas donné à Bonaparte dé commettre. Il résolut de tirer parti de ce désir secret que l'on avait de l'éloigner pour entreprendre une expédition plus étonnante par sa conception, plus conforme à la grandeur de sou génie et de son ambition, plus digne d'occuper une grande place dans Thistoire, et dont l'ÎASue pût peut être lui assurer dans l'orient un trône, qu'il n'espérait pas encore pouvoir se fonder dans l'occident. Quoi qu'il en soit, le plan de l'expédition d'Egypte fut acceuilli par le directoire avec une facilité qui ne permet guère dé douter de la gêne que sa présence lui faisait éprouver. S'il en eût été autrement, que d'objections un gouvernement sage eût opposées

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