‹ Histoire de l'origine, des progrès, et de la décadence des diverses factions qui ont agité la France depuis le 14 juillet, 1789, jusqu'à l'abdication de Napoléon (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

Le sort avait au bout d'un an retranché François de Neufchateau du directoire j et ses talens, dont Tusage, lui était impossible au Luxembourg, allaient du moins cesser d'être gênés dans le ministère de l'intérieur. En sortant du directoire, il fut nommé à ce mi*nistére, et y remplaça l'homme ignorant que Je signalais tout à l'heure. Son premier tr^kvail

LA RÉVOLUTION ("RANÇAISS. 125

fut de faire disparaître toutes les traces de bêtise que cet homme laissait après hii.fmj Dans des temps plus heureux que n'eût pas feit François de Neufchateau, puisqu'il parvint à faire tant encore sans resources, sans moyens, sans argent, et je dirais presque sans appui, sans cesse contrarié par un gouvernement dont la sagacité ne saisissait pas toujours Tutilité de ses plans, et par un corps législatif devenu essentiellement jaloux de tout le bien que Ton projetait ailleurs que dans son en* ciente. François de Neufchateau fit à cette époque ce que Ton n'eût peut-être pas obtenu de Colbert. Et quand il n'aurait fait que supporter le poids d'un colosse, doht toutes les parties commençaient à se disjoindre, c*eût été même déjà un véritable miracle.

• Avant de prendre possession du ministère» il avait eu sur les rives du Rhin des conférences avec le ministre d'Autriche, relatives à une insulte que le Général Bernadote, ambassadeur de France à Vienne, avait reçue ; et grâce à son esprit conciliateur cette afiS^ire avait pria une tournure avantageuse. Un congrès s'était ouvert à Radstat pour tlraiter de

la paix avec le corps Germanique. L'Autriche y avait envoyé ses ministres, mais quand le traité de Campo Formio fut rompu, qu'elle eut protégé rentrée des Russes en Italie, favorisé sous main les mouvemens insurrectionels de Rome, et engagé les Lazaroni de Naples à résister à Tarmée de Çhampionet, la couF.de Vienne rappela ses ministres, et le congrès con*tinua toujours sous la protection de la Prusse, jusqu'à ce que les évenemens de la guerre ayant amené les troupes Autrichiennes sur }fi territoire de Radstat, leurs autorités militaires au mépris du droit des nations se permiieBt de dissoudre ce congrès et d'ordonner aux minii^res français de partir dans le jour^ Cette violation manifeste du droit dès gens avait été précédée de l'arrestation du courier chargé des dépêches diplomatiques des ambassadeurs, et fut suivie d'un crime inouï jusqu'alors parmi les nations civilisées. Noiif^ allons en parler tout à l^eure.

Cependant la dissension, entre les conseils et le Directoire Exécutif, prenait chaque jour xa^ caractère plus prononcé et plus alarmant, Lucien Bonaparte, Français de Nantçs, Boulaj

de la Meurthe étaient considérés comme len chefs de ce parti d'opposition. Joseph Bona^ parte, entré au conseil des cinq cents au retour de son ambassade à Rome, s'était joint à ce parti, et le tableau qu^il avait fait de Tltalie et de la perte des conquêtes de son frère n'avait servi qu'à aigrir encore les esprits. Treilhard avait été nommé directeur, en remplacement de François de Neufchateau. Comme citojreii et comme avocat c'était xm homme de mérite. Mais pour gouverner^ le mérite ne suffit pas, et la pro^sssion d'avocat est peut-être un obstacle. Un membre du Directoire me parlant wn jour des entraves qu'apportaient aux actes di'mi gouvernement, composé de cinq membres, les habitudes que la profession d'avocat fait contracter aux hommes, me disait : '^ Ils sont ** trois ici, avec qui il est impossible de rien ** finir. Us traitent toutes les affaires de gou- " vemement, comme on traite un procès.

** Met-on un objet en délibération? L'un parle sur, l'autre pour, et le troisième contre. Il résulte de cette manière de procéder ** une lenteur, une obscurité, un imbrogliQ - * dans les délibérations, qui nuit à toutes 1^

'*^ affaires, dont le succès dépend presque toif« " jours de la rapidité de leur marche^ C&H en vain qu*on veut leur faire entendre raison à cet égard. La fureur de parler l'emporte sur révidence ; chaque matière devient pour eux Tobjet d^un plaidoyer. Les trois quarts du tenips la séance se lève sans avoir nea " résolu ; c'est à recommencer le lendemain ; ^^ heureux encore s^ils ne reviennei^t pa» armés de nouveaux arguments puisés dans les pandectesj pour approuver ou im prouver une ^^ bataille."' Dans ce portrait, malheureusement trop vrai, de ce qui se passait au directoire on reconnaît la manie de tous les avocats ; et certes, Merlin de Douay, Treilhard et la Réveillére Lepaux^ n'étaient pas étrangers à cette manie.

D'un autre côté, la fureur de laReveiÏÏéré de passer dans le monde pour fondateur d'une religion, Texposait sans cesse aux sarcasmes d'un peuple naturellement malin; l^omme qu'il voue au ridicule est une victime immolée sans retour. Sans doute, la plus saine philosophie ne pouvait rejeter aucun des principes fondamentaux de sa religion nouvelle. C'était

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celle des Albigeois, que St. Bernard n'avait pa» dédaigné d'approuver, dans la chaire même d'Alby; elle était encore perfectionnée par le concours des lumières si étendues à Fépoque où on la ressuscitait. Mais à quels hommes le moderne pontife eii avait il confié le prosélitisme ? Tout ce que le jacobinisme avait produit d'êtres repoussans composait ce sacerdoce, et des honimes qui tant de fois s'étaient montrés couverts de sang aux regarda de Paris, revêtus aujourd'hui d'une longue sjmare de lin, venaient dans les temples prêcher. la vertu, l'humanité, et les charmes de la vie patriarchale. Quelle confiance donner à de tels missionaires? D'ailleurs, comme si l'intolérance était une lèpre incurable que toutes les sectes religieuses contractent, même dès leur berceau, une légère velléité de fanatisme aiguillonait déjà le zèle des théophilantropes, et le spectacle d'un concile qu'il plaisait aux évêques constitutionels d^ donner dans la cathédrale de Paris, était l'objet des plaisanteries de ces lévites d'un jour. En fait de leligion, on passe bientôt de la plaisanterie à

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