TOM. III. L
public. L'on avait célébré avec beaucôap de pompe rentrée à Paris des monumens des arb receuillis en Italie. Le cortège, ou pour mieux dire la longue colonne de ces divers objets escortés de tout ce que Paris possédait d'hommes illustres dans les lettres, dans les arts et dans les sciences, partit à sept heures du ^inatiii du jardin des plantes, et n'arriva qu'à cinq heures du soir au Champ de Mars où le jnîaistre de l'intérieur François de Neulchateaa la reçut. Au nombre des devises, écritesi sor des insignes, que l'on portait en tête de chaque groupe ou divisions de chars^ on avait remarqué ce vers de Voltaire, qui précédait le buste antique de Marcus Junius Brutus :
IL TUA LE TYRAN ET NON LA TYAANlflB.
Cette inscription offusqua le directoire, od ae sait trop pourquoi. Personne assurém^it n'y aurait pensé. Il eut la maladresse de la faire retirer pendant la marche même du cortège en présence du public. C'était bien gratuitement donner ? matière à la calonmie» et malheureusement de semblables maladresses de sa part étaient fréquentes.
Sieyes avait été rappelé de son ambai0«iic
à Berlin pour remplacer Rewbel au directoire» Il avait fallu à cet ex-directeur toute sa présence d'esprit, je dirai mieux, toute son innocence, pour repousser les inculpations dont on Taccabla quand il reprit séance au conseil des cinq cents. Il imposa enfin silence à ses ennemis ; mais ces sorties donnent la mesure de l'esprit du temps. Sieyes accepta la place. Sans doute les motifs qui l'avaient déterminé dans l'origine à la refuser n'existaient plus pour lui. On revint alors sur la nommination de Treilhard faite depuis longtemps. La conjuration contre la majorité du directoire devint chaque jour plus entreprenante. La nomination de Treilhard fut déclarée illégale^ par les mêmes hommes, qui quelques mois avant Tavaient nommé légalement» Les directeurs Meilin de Douay ^ et la Reveillére Lepaux, attaqués avec lui protestèrent contre toutes ces atteintes- portées à la constitution en ce qui les concernait, et jurèrent de mourir à leur poste. Les conseils de leur côté se constituèrent en permanence. Tout '- annonçait une crise prochaine. Il fistut rendre justice aux
trais directeurs» Ils sacrifièrent à la paix
publique et à Tamour de la patrie leurs prétentions, qui n'étaient pas assurément sans fondement. A l'instant où Ton a'y attendait le moins, ils donnèrent leur démission, et ce fut le premier triomphe de la faction qui com^ mencait à se former dans Tétat en faveur de Bonaparte, et à la tête de la quelle sq trott« vaient ses frères Lucien et Joseph^
Les trois directeurs furent remplacés . par Gohier, Roger Ducos, et le Général Moulins, Roger Ducos est un homme d'un caractère doux, d'un commerce facile, sincère. ami de la patrie, doué de toutes les qualités qui ren-i dent un homme recommendable, mais n'ayant pas la fermeté désirable dans un chef "de goun vemement, et soumis aux avis de Sieyes par la confiance illimitée, qu'il lui porte encore, j'iman gine, mais que du moins il lui portait alors,, et qui lui tenait lieu de conviction qu'il était impossible à cet homme d'état de se tromper,^ Ce fut donc un appui que l'on donna à Sieye». bien plus qu'au gouvernement. Moulins avait les qualités d*un brave militaire, mais cel^i ne suffit pas pour gouverner; et l'art de goust, yemer n^ p'apprend pas dans un jour, ou pompi
tA DÉVOLUTION FRANÇAISE. 149
mieux dire ne s'apprend pas. Le public le croyait très partisan des Jacobins* Il n'était partisan que de la liberté, ce qui est bien différent. Quant à Gohier, mon témoignage serait suspect. On sait que j'ai été et que je suis encore son ami intime. Mais la vérité veut que je déclare ici que je n*ai point connu d'homme dont le cœur fut plus droit, les intentions meilleures, et la philosophie plus franche. La patrie était tout pour lui et il lui eût sacrifié sa vie. Sa sagacité lui faisait au premier coup d'œil appercevoir les abus. Mais une sorte de défiance de lui même contraignait souvent l'activité que Ton doit mettre à les prévenir ou à les détruire. Il était rarement content de ce qu'il écrivait. Quand il s^occuppait dans le silence de la méditation des meilleurs moyens à choisir pour une mesuré nécessaire à prendre, il éprouvait la même incertitude que lorsqu'il composait un discours^ ou quelque autre objet de ce genre; et si j'osais m'exprimer ainsi, je dirais presque qu'il faisait autant de ratures à ses réflexions qi ses manuscrits ; au reste quand ' il était venu à se convaincre que le parti qu'il
t50 HISTOIRE DES FACTIONS D£
adopté était le meilleur il y tenait fortement^ et cette force de caractère éclata surtout au dix huit Brumaire. Homme loyal et irancy les odieuses finesses de la politique lui furent étrangères pendant le peu de temps qu^il fut à la tête du gouvernement. Son abord était ouvert, son affabilité sans aprêt, sa parole assurée.
Ainsi s'opéra cette révolution du 30 Prairial an 7. 18 Juin 1799. Quelques hommes qui ge disaient républicains, renversèrent de vé* ritables républicains, qu*il remplacèrent pour» tant encore par de véritables républicains, non pas pour rinterêt de la répubUque, mais pour gagner du temps, et arriver sans donner 4'om* brage aux jours prochains où la répuMique allait disparaitre pour jamais.
Les anarchistes ne sommeillaient point ; ib avaient profitté de ces jours de division pour récupérer un peu d'importance. Avant le 30 Prairial le directoire les signalait sans cesseï pour affecter un grand attachement à la répop* blique, et les cinq cents les défendaient sans cesse pour affecter un grand respect pour la tiberté. De part et d'autre on ne trayaillsît
•que pour soL On abusait de la crédulité de ces Jacobins, dont Torgueil se croyait quelque diose. Ces misérables dupes des partis ne •s^appercevaient pas, que lorsqu'il cesseraient de leur être nécessaires, d'un mot ils les feraient rentrer dans la poussière. Mais le public qui ne juge que sur les objets qui le frappeiit physiquement ne voyait pas sans une vive inquiétude la résurrection et les rassemblemens de ces hommes dont le régne avait. été si foneste. r Dans la véritable position où Ton se trouvait à leur égard, cette inquiétude était fondée» Us s'aasemblaient publiquement au numégeé On savait que les discours les plus véhémens étaient chaque jour prononcés à leur tribune, et que tous les principes de 93 s'y reproduisaient avec la plus coupable audace. On voyait chaque jour la législature repousser les dénonciations que Ton portait contre eijx avec une indifférence, avec une partialité même, que Ton avait peine à concevoir, et ce qui ajoutait encore à Tanxiété générale c'est que l'on prétendait que depuis le renouveûeiaetït du directoire, les membres nouveaux • -penchaient en leur faveur.
Une circonstance puérile en elle même wat encore renforcer cette opinion, et aggravejr les craintes que cette indulgence prétendue ^du Directoire avait fait naitre. On répaiidit daoB le public qu'un des nouveaux membres du Directoire avait assisté à Tune de leurs séances. D'abord on ne se disiait son nom qu'à Toreille, bientôt il fut répété tout haut, et bientôt il passa pour constant dans Paris que le directes Gohier les avait visités. Un instant de ré* flexion eût suffi, pour démontrer Timpossibilitè d'une telle démarche. Mais dans quel instant de la révolution s*est-on donné la p^ne de réfléchir. On crut donc à ce bruit, et depuis des , écrivains l'ont répété comme ime veiitè incontestable ; en sorte que ce mensonge eit presque devenu un fait historique. Voici ce qui donna lieu à cette fable. *Gohier était alors, et est encore, membre d'une société savante, connue sous le nom de Société Philotechnique, Les membres de cette société étaient dans l'usage de diner ensemUe ime fois par mois, et la maison Tje Gacq située le long de la terrasse des feuillans au jardin des Thuileries était le lieu on ils se réunîsoaî^
lA HÊVOLirriON FRAI^ÇAISE. 1Ô8
) «Ht. J'avais alors Thonneur de présider cette société. Gohier était justement aimé de ses confrères. Ils craignirent que sa nouvelle dignité ne ^ les privât du plaisir de l'avoir à ce diner, et me chargèrent de le pressentir à ce sujet. Gohier s'empressa de répondre à cette marque d'estime et d'attachement et se rendit au diner. La maison du restaurateur £e Gacq touchait presque au manège où s'assemblaient les jacobins. La voiture du directeur testa donc toute la soirée à la porte du restau-
i^teur Le Gacq y et par conséquent presque à celle du bâtiment du manège que L'on à démoli depuis, quand on a ouvert la rue de RivolL Les passans furent facilement trompés par la vue de cette voiture ; ignorant que ce directeur assistait à un diner chez Le Gacq ils supposèrent* qu'il était aux jacobins, et publièrent comme un fait ce qui n'était qu'une erreur de leur imagination : et trop souvent les bruits publics n'ont pas de fondement plus réel.
Cependant ces jacobins devinrent chaque
.jour plus entreprenans. Us abandonnèrent 4e
manégé et transportèrent leurs séances dws
154 HIBTOIE£ P£S FACTIOUS PC
réglise des jacobins, rue du Bacq. îh inoîK dérent le conseil des cinq cents de dénoœîa»
ionsf contre les ex-directeurs Treilbard, Merlin de Douay, la Réveillére Lepaux, contre. U imnistre Scherer, contre Rapinat, et contre une foule de leurs amis. Mr. de Taleyrand ministre des relations extérieures à qette époque^ ministre des relations extérieures soufi tous les régimes, sous le directoire, sous h consulat, sous ï Empereur, sous Louis XVIQf ne fut pas exempt de ces dénonciaûcms* II venait de quitter le portefeuille, pour le resaiaf bientôt; et lorsqu^un homme paraissait dân^ là disgrâce c'était une circonstance que 1^ jacobins ne laissaient guère échapper pour le persécuter. Les cinq cents mettaient une ùxir portance à ces dénonciations dont personne, n^ pouvait s'expliquer le motif. Il eut été fadk à deviner si Ton eût connu le but que voiik laient atteindre les chefs de la faction oock velle. £n laissant la terreur s'accumuler de jour en jour, ils disposaient de plus en. plus les esprits à accueillir comme le sauveur de 'la Fiance l'homme qu'ils se proposaient de .lui doYmer pour chef. Quand cette tactiipie eut
pioduit json effet, Fouché de Nantes qui venait de monter au ministère de la police générale, tout à coup et sans consulter le Directoire, «ans s'embarasser de ce qu'en penserait le conseil législatif, mais certain de leur arriére pensée, fait fermer Téglise jacobine de la rue du Bacq^ et c'en est fait des jacobins. Fouchè ne tétait pas trompé. Le conseil des cinq cents, que tant de fois la proposition faite par r^ncien Directoire de mettre un frein à la témérité de ces factieux, dont la décrépitude menaçait d'être encore si funeste, que cette ph>p6sition, disje, avait tant de fois révolté, apprit sans sourciller la déconvenue de ses prétendus protégés. Le Directoire, que cette mesure, dont la responsabilité restait toute en^ tiére'à Fouché, délivrait de censeurs toujouiB fiitigaans et souvent dangereux, garda le même silence approbatif. Les jacobins virent qii^ils avaient été joués, mais il n'était plus temps, et ils se replongèrent dans Tobscurité. Les journalistes payèrent seuls les folies de ces énerguménes ; plus de soixante furent déportés à nie d'Oleron.
156 lilStOIRE DES f ACtlONS^ t)lf
. Les finances ne s'amélioraient pas« ÎA fortune des armes était mêlée de succès et de revers. Les troubles de Tintérieur se renoua reliaient de momens en momens, et donnèrent lieu à une loi digne des grands ^ours du comité de salut public, la loi des otages, Tune des plas barbares et des plus arbitraires que la révoloh tion ait enfantées, qui rendait responsables des crimes d*autrui ceux qui le plus souvent nV vaient pu y prendre part. Si le directoire fiit forcé de faire Tapplication de cette loi à 17 départemens, cette sévérité ne fut point imputée aux directeurs nouveaux. £lle rejaillit toute entière sur leurs prédécesseurs, dont k conduite, disait on, avait ammené ces déchiremens. Il en fut de même de la défecticm de la flotte Batave qui n'aurait point eu liei^ assurait on, s^ils eussent placé, auprès des armées victorieuses, des commissaires plus intelligens et plus probes. La position des nouveaux directeurs était donc meilleure ; tout ce qui était mal, on en accusait les anciens ; tout ce qui était mieux, on était enclin à ea savoir gré aux nouveaux.
LA EfevOLUTION FRANÇAISE. 157
: Cependant la confiance publique était perdue. La constitution avait été tellement violée que ce seul mot prétait à la dérision. On était indifférent à la victoire, on était indifférent aux défaites. Commerce était le seul mot dont les oreilles fussent flattéies. Il semblait que le rétablissement de ^ la France, que la renaissance de Tordre, que la certitude du r^pos, que le bonheur de tous dépendissent uniquedu commerce. Je fus cette année membre du eorps électoral de Paris. Il n y fut question que de commerce. Dès que Ton mettait le nom d'un citoyen en avant pour appeler sur lui les suffrages, on ne demandait point s'il était homme d'état, s'il connaissait les loix, le s bareau; la diplomatie, Tadministration ; on demandait s'il était commerçant, et pendant les quinze jours que dura notre session, on nous répétait sans cesse dans le monde, donnez nous de bonnes gens qui sachent comme on vend le drap, la toile, le sucre, le café. Voila ce qu'il nous faut. Cela valut à un Mr. Amould, auteur d'un livre sur la Balance du Commerce 9 qu'assurément les onze douzièmes des électeurs n'avaient pas lu, sa nomination
158 HISTOIEE D£S FACTIOlfS DB
à la législature, et quand nous dans les sociétés les motifs de notre choix, â sembla que ce fÙt un moderne Solcm dont nous eussions fait la découverte. Telle était la manie du jour. On reconnait à cette dis» position des esprits, la fatigue du corps social. Il ressemblait à un homme affaissé sous lé poids de la maladie. On ne reconnait qu'il existe encore qu'à quelques fantaisies passagères qo' il éprouve.
Au miHeu de cet engourdissement génénl la ténébreuse faction qui préparait le chaogiment de régime, pour s'assurer jusqu'à ^pMd point elle pouvait compter sur le peuple^ £t répandre adroitement le bruit de la mort de Bonaparte^ La désolation fut entière; on cmt que tout était perdu ; c'était la planche àe salut à la quelle toutes les espérances se Tsttachaient, et elle était submergée I Que devenir? Voila ce que la faction voulait ce»naitre; et le dénouement approche. 81631^619 et peut^tre Roger Ducos, étaient seuls ^dansk secret. Barras feignait de l'ignorer, pour se ménager des faxLx fuyans à tout événement. Qohier et Moulins n'avaient les yeux ixén
IiA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 159
que sur les armées, où la victoire semblait se rallier. Le Prince Charles commet la faute de voler avec quarante mille hommes au secours de Philisbourg. Masséna et le Courbe en profittent. Ils attaquent Suwarow, et la mémorable bataille de Zurick est gagnée. Brune en Bretagne défait et comprime les Chouans. Ces nouvelles glissent sur Tesprit public. L'apathie résiste; Ténergie est éteinte. Bonaparte arrive. C'est la foudre; et le délire de la joye succède à la paix des tomn beaux. Le peuplé de Paris est seul capable de ces brusques transitions. Il est insensé Fhomme qui prend les acclamations de ce peuple pour des marques d^amour. Vive le Roi, Vvoe la Ligue. Voila sa devise. Henri IV, le connaissait hien.CpJ • La joye tint de la folie. Mais c'était la joye de Tégoisme. Il ne faut pas que NBonaparte s'y trompe, ce n'était point une joye d'amour ; le peuple de Paris n'aime personne. Il t'aime, voila tout. Ses démonstrations ne iont relatives qu'à lui. L'espérance de son bonheur, voila ce qui l'occuppe; mais non pas. le bcinh^ir de celui qu'il salue : et si ses
espérances changeaient dix fois pas jour, dixi fois par jour il changerait de salutations* La' France, par un aveuglement que ' Ton ne conçoit pas, a laissé Paris usurper Tinitiative de tous les mouvemens, ensorte que si Paris âdt une faute, toute la France la répète. Il sesx^ ble que Paris soit la patrie. Voila ce qoe produit le funeste système des capitales ; fit* neste pour les rois et pour les peuples, pinsqu'ils prennent, presque toujours, les caprices de la capitale pour la. volonté nationale. £&. ces caprices sont imités par les provinces, tant pis pour les peuplei^, ils se courbent sops le pins insupportable de tous les esclavages puisque, c'est une ville qui s'élève entre le monarque et la nation. Si les provinces se refusent à l'exemple donné par cette capitale, tant pi^ pour les rois, puisqu'ils se trouvent placés entre la volonté d'une ville et l'opposition da royaume. Quel droit une ville a telle au pii* vilége du séjour du monarque dans ses mun) Tout dépend de la solution de cette questiom Si un monarque visitait successivement toutes les cités de son empire, la patrie serait partout Sans . Paris, Bonaparte n'eut jamais régné.
LA EirOLUTION FBÀWÇAISE. lÉU
Paris aimait-il Bonaparte? Non. Mais il l'ennuyait du directoire^ comme il s'était en« imyêde la Convention, ennuyé de Lojais XVt, cmuyé de Louis XV, et comme nous le verrons dans la suite s^ennuyer de Napoléon, et ainsi de suite jusqu'à la consommation des siècles > à moins que les rois n'ayent enfin le bon sens de se souvenir que Paris n'est pas la France. Paris s'en appercevrait alors.
On a dit: la révolution du 18 Brumaire. Ooiy ce fiit une révolu^on à la manière ro* César, des prétoriens armés, des pa-
triciens à genoux, des tribuns en révolte, et un
grand peuple qui applaudit ; voila les acteurs
et les spectateurs: et cette grande scène
diaiagea la &ee du monde. Bonaparte usurpa
le trône. Cela n'est par exact. On mit le
trône à ses pieds. Que peut de plus l'adula-
tioo ? Le peuple, pendant les jours qui snU
virent scm arrivée, détela sa voiture vingt fois,
et le traina en triomphe. La foule ne désem«
parait pas de la rue Chantereine qu'il habitait
et .que Yen nomma rae de la Victoire. A sa
lortie» à son passage, à sa rentrée, on le saluait TOM. m. K
!CÎe« titres de Pére de la Patrie^ de Sauveur de la France^ de Héros Immortel. A cette époque, on ne raissonnait pas ainsi aux bords du Nil. * On n'y approuvait pas sans doute qu'il jcut délaissé son armée pour venir sauver la France. Mais Tiniortune ne juge pastoujou» jiainement du patriotisme. L^enthousiasme allait croissant. Le directoire le reçut avec honneur, avec des démonstrations de ynjt même. Le directoire était en séance. On le 4t asseoir; il prit place à la table du conseil. •Toutes les portes des salles qui précédaient ^restèrent ouvertes Par ordre^ pour laisser! eitt ^nombreux commis des bureaux lé plaipit dr^jlB ^voir. Qu'on se transporte un moment eBjdée ,sur le lieu de la jscène. Je la décris. Je Fai
vue. C'est un général 'en chef. II. est parti
-avec une armée; il la conduite en Orient^. il
revient sans elle. On ne lui fait pais là:plil8
.légère question ! et devant qui parait*il? De-
-vaut le gouvernement! Notre grand Gott
fiTEiLLË savait mieux comme on gouvraaf*
Nicomede est un. héros. Il commande UBB
ftriiiée. Il la quitte. Il revient àls^ cooi*
JLA BÊYOLUTION FRANÇAISE* l69
rusiaB est un prince faible. Nicomede est o fila. Le peuple Tadore* Prusias 4e 'lait fètèr. '
Les fêtes se multiplièrent. La législature Krisit pour donner son gala Tune des plus mndes églises de Paris, St. Siipice. Morean lit À ce banquet. La remarque n^est pas utile. Deux ans après . . . mais û'antici-» Ht pas sur les temps. Il ne falait pas d€U Ajuration pour élever Bonaparte au rang préme; tout le monde conspirait. Il y eut petidant conspiration, et jamais il n'en fut ! plus secrète. Lucien Bonaparte fut nommé Isîdent du conseil des cinq cents, et Le tm du conseil des ancieQs^ Le Brun a^ait e longue expérience. H fit son apprentissage 18 le Chancelier Meaupou, le destructeur s parlemens sous Louis XV. Celui-là était grand maitre en despotisme. A ces deux
Hfs, joigne:^ deux directeurs, quelques ge-
PBUX de Intimité, les deur autres fréves,
^non Jérôme; c'était un enfant* Ajoutez
^ques amis, et le seul des ministres essentiel
pareil cas. Le reste n'était que des subal-:
nés, des instrumens. On se tint en garde
contre les trois autres directeurs. On craignit la fluctuation ordinaire de Barras ; on craignit rindiscrétion jacobine de Moulins. On aimait Gohier, mais on craignit ses principes. H présidait le Directoire, Aucun avis n'y parvint. Le 17 Brumaire dès six Heures du matin, Sieyes et Roger Ducos parteAt du Luxembourg à cheval. La promenade est le prétexte. La garde du Directoire déserte à sept heures. Elle se rend aux Thuileries. Ce sera bientôt le quartier général. A huit heures les trois directeurs ne savaient rien encore. Cela est simple. La police ne marchait phk dans leur sens. L^attention de Gohier fut cependant éveillée par une circonstance légère en apparence. Elle lui inspira quelques soupçons. La veille à dix heures du soir, Mde. Gohier reçoit un billet de Mde. Bonaparte. C'est une invitation à déjeuner pour le leaûd^ main, mais à sept heures du matin. L'heure est un peu indue pour des femmeis. Le biltet est pressant. On lui recommande d'amener avec elle la petite Eiisa^ sa charmante enfioit *' Nous passerons la journée ensemble, disait ^^ Mde. Bonaparte.'' ElleconjuraitMde.GoIufir
LA RivOLUTIONT FRANÇAISE, l6ô
de iaire tout ce qu'elle pourrait pour décider son mari à venir au déjeuner, " Il sera •* libre à dix h^sures. Le président directeur " retouGnera pour le conseil quand il le jugera ** convenable/' L'heure du déjeuner, la recommendation instante de ne pas venir sans son en&nt, ses vives sollicitations pour lui mêmey Ivà firent faire quelques réflexions. Elle craint quelque chose pour mon épouse et mon en-^ font; cela est évident, se dit-il, Elle croit qu^ils seront plus en sûreté près d'elle qu'au Luxembourg. On désire (na présence : pourquoi ce mistére ? " Il faut y aller, dit le di- ^ recteur à son épouse. Tu trouveras &cilement •* un prétexte pour m'écrire deux lignes ; un ^ billet, en apparence insignifiant. Un seul mot ^suffira pour me mettre au fait." Mde. Gohier partit à sept heures. Elle fut fidelle à l'in*- ^truction. Trois quarts d'heure après un homme à cheval apporta au président le billet suivant. ^^ Mde. Bonaparte est désespérée ^ que tu ne sois pas venu. Je t'écris de sa ^* part pour te presser encore. Le déjeuner '^ sera charmant. La famille est ici. Tout ^ le monde est gai, L/^^ généraux sont eu
^^ grand uniforme. Le général est dans son ** cabinet, il m'a fait prier de tlnviter à venir; ^^ tu lui feras plaisir. // travailk maintwnt ^^ €Poec Lucien. Il ira sans doute à ]a cam- ^' pagne, la cour est pleine de chevaux de numu' Voila, si non le texte, du moins le sens lit* teral du billet.
L^e président ne resta pas longtemps dans rincertitude. Il reçut un message du Coùsâi des Anciens. C'était l'expédition du décret de translation du corps législatif à St. Cloùd, La constitution donnait ce droit au Conseil des Anciens. Le Grénéral Bonaparte était chargé par le décret de Texécution de cette mesure ; il s'était déjà présenté à la barre des anciens et avait protesté de son eéle. Les troupes partirent pour St. Çloud.
A la réception du message le président fit convoquer le Directoire. Il ne se trouva que Moulins. Sieyes et Hoger Ducoii étaient par« tis. Barras fit dire qu'il était indisposé. Cependant il falait pour l'exécution du décret iqu'il fut revêtu des sceaux de l'état, et pouf cela la loi voulait la majorité des membre ^9 Directoire.
X,A RÉVOLUTION PRANÇAISE 16?
J^arrivai au Luxembourg à huit heures et demie du matin, selon mon usage ; rien n'avait encore transpiré. L'ignorance était complette. Le président vous demande, me dit-on. Je renais de traverser Paris. Tout était tranquille» Je montai à la salle du conseil. Moulins sortit ; le ministre de Tintérieur, qui n'était resté que quelques minutes avec les deux directeurs, le précédait.
^ Le président ni'âpperçut. " Une proclamai ^* ticm ail peuple de Paris, me dit-il. Quatre " lignes. Cela suffira. Annoncer que la mesura f* egt commandée par l'intérêt de l'état. Pré-f ** scrire la tranquillité, le calme. Les mots d'u-^ **sage.^' Il me montra le décret. "Venez, voua ^^ feres la proclamation dans mon cabinet. Cela •** ira plus vite." Je fis la proclamation, et 1^ lui remis. Quelques instans après des troupe? arrivèrent, et s'emparèrent des difFérens postes du Luxembourg. Gohier fit mettre se9 che-» vaux ; il fit avertir Moulins. Ils se rendireft$ aux Tbuileries avec les sceaux. Ils étaiiffît certains d'y trouver Sieyes et Roger; et le tiécret fut scellé.
- U y eujt une altercation assez vive entre
168 HISTOIRS DES f ACTI0K8 DS
Gohier et Boulay de la Meurthe. Le Directoire était assemblé. Boulay dans une coth versation assez animée, s'étant permis de dire qu'il fallait faire maison nette^ Gohier lui répondit avec fierté vous partes donc aujourd'Im. Ùentretien s'échaufant, Boulay eut l'air ds révoquer en doute que la puissance du Direc^ toire existât encore. Cette puissance, reprit Gohier^ je la tiens du peuple, je ne la quit* . terai que par son ordre, et je vais vous prouver que je l'exerce encore. Dans Tinstant, il eo^ voye au Général Bonaparte Tordre de veaxt rendre compte au Directoire des mesures qu'il prenait pour assurer la translation. Bcmapai^ plus politique, plus fin que Boulay, se hâta d^o< béir. C'était pour la dernière fois sans douté; Les questions de Gohier, comme président, furent laconiques, mais pleines de dignité; les i^éponses du général furent simples et mo^ dérées. Ces deux hommes furent à leur place.
Cette démarche ferme de Gohier, qu'il n'eût pas affecté de faire dans un moment semblable sans les observations aigres et 1111*1 politiques de Boulay, fit craiodre ^uelaue fkm
LA RÉVOLUTION PEANÇAISE. 109
Âstance de sa part, et dans les fonctions qu'U rémplissaîjt alors au directoire cette résistance eut apporté quelques obstacles au succès complet du changement que Ton méditait. On touchait au jour dé la force, et la forcé les aurait brisés sans doute; mais elles eussent laissé une impression défavorable dans quelques esprits ; et malgré Fengouement général, on ne pouvait pas se flatter qu'il n'existât pas un parti d'opposition.
La constitution voulait, que dam le cas ou le corps législatif viendrait à être transféré hors de Paris, le directoire exécutif eût à le suivre. On sut que Gohier se disposait à se rendre à St. Cloud. On lui fit insinuer de ne pas sortir de Paris, Il répondit que son devoir était d'obéir à la loi et qu'il y obéirait. Alms il fut consigné dans son palais. Sa personne fut respectée. Un ofEcier de l'état major fut sîmpleinent chargé de veiller sur lui. Le premier jour on n'empêcha pas même ses amis de l'approcher, et je- restai chez lui jusqa a onze heures du soir.
Deux directeurs se trouvaient dans les nou« ▼eam rangs. Le président était retenu aux anèts chez lui ; le directoire était donc dés«
organisé de. fait. C'était ce que Ton voulait Dans la matinée du 18, Barras fit sa négo* ciation à part. . Bonaparte lui devait de la reconnaissance ; il Tavait protégé contre les préventions ou la haine de Camot, et lui avait fait avoir le commandement de Farmée dltalie, origine de sa gloire et de sa fortune. Barras avait un secrétaire intelligent, homme d'un caractère ferme et prononcé, nommé Bottot, que Bonaparte auprès de qui il avait fait quelques missions en Italie estimait- et aimait assez pour l'avoir depuis son retour d'Ëgjrpte visité dans sa maison de Ghaillot où je me trouvai une fois avec lui. Ce fiit ce secrétaire que Barras députa au généraL Bonaparte ne lui cacha rien du changement que Ton allait opérer, lui montra la dissolution du directoire assurée; lui dit qu'il fàlait que Barras s'en tirât avec honneur, qu'il envoyât sa démission avant Tévénement, qu'il lui donnerait une escorte de dragons jusqu'à ja belle terre de Grosbois, que là ils traiteraient ensemble amicalement de son existence futuœ^ et qu^il n'aurait pas à se plaindre^ Bottôt revint. Vous nWéz que deux partis à pmi^ âxty dit-il à Barras : vous démettre ou fêi^ateiv
Ce derniei: est moins sur, mais peut être plus noble. Si vous le voulez, en moins d'ime heure je vous rassemble quelques^ centaines d^amisy vous marcherez à leur tète, et vous tenterez la fortune. Barras réfléchit quelque temps. Ce moyen pouvait coûter du.sangt sans ruiner le parti contraire. Il pouvait être sans avantage pour la chose publique. Il pré* fera sagement la démission, et ^humanité doit lui en savoir gré. Elle fut envoyée. Uescortc promise arriva, et Barras partit pour Gros bois. fq) Les journaux semblables aux Paxsis, conâtament prosternés devant le soleil levant, publièrent qu^il avait été insulté par le peuple et que sans Tescorte il eut couru des dangers dans le faubourg St. Antenne. C'est un menéonge. il ne traversa point le faubourg, non par crainte, le peuple ne le baissait pas* li prit en partant par le Boulevard neuf, tcès Toiain da Luxembourg, le suivit jùsqa^a la barrière St. Bernard ; dans cet espace de. phis d'une lieue ne rencontra par quarante personnes sur ce Boulevard que malgré 5a beauté ron ne fréquente pas ; sortit de Paris; gagna le port à l'Anglais, eb arriva tranquàlemait à Qnp bois. C'était au reste le ùx^seam ipi'ii
suivait toutes les fois qu^il se rendait à cette terre.
Le 18 le conseil des cinq cents se rassembla dans la salle de Torangerie à St. Cloud, et le conseil des anciens dans une des salles du palais. Lucien Bonaparte présidait les cinq cçnts. Les troupes étaient en bataille dans la cour du château, les grenadiers à la porte de rassemblée. L'ouverture de la séance fîit extrêmement orageuse. L'aspect de Fap» pareil militaire importunait les hommes encore asnis de la liberté que possédait rassemblée. Quelques orateurs achevèrent d'enflamer les es* prits. Lucien tenta de les calmer. . Il devint Tobjet des reproches les plus vifs, des plus sanglantes apostrophes. Bonaparte entre. U entre seul. Les dissidens Tentourent. Les cris à bas le dictateur à bas h tyran se fent entendre. Vingt poignards sont levés, sur kuu Voila la grand faute ; elle perdit tout. Efle rendit les militaires acteurs dans cette scène. Les grenadiers enfoncent la porte. Bona* parte est délivré. Lucien se dépouille de la toge. Il sort, harangue les troupes. Elles arrivent au pas de charge ; quelques députés qu on appelé factieux sont arrêtés, d'autres
s'échappent ; la salle est évacuée ; rassemblée €^ dissoute, le militaire est maître, et la révo-> luûon est consommée. i
Les membres du parti se réunirent bientôt après, se constituèrent de nouveau, et en informèrent par un message le conseil des an« cien. L-abolition du directcnre fut décrétée, ainsi que la i:adiation des députés insurgés* Le gouvernement provisoire fut composé de trois consuls, Bonaparte, Sieyes et Roger Ducos. Le conseil s^ajourna jusqu^au l^^- ventôse, et dut être remplacé pendant cet interrègne par un commission intermédiaire de 25 membres. Le conseil des anciens sanctiona toutes ces mesures et décréta que dans ce jour le Général Bonaparte avait bien mérité de la patrie! ces nouvelles parvinrent dès le soir même à Paris. Les rues retentirent des cris vwe Bonaparte et la moitié de la ville fiit illuminée sans ordre de la police.
Xics consuls, que la prorogation de la législature investissait du pouvoir dictatorial, rentrèrent au Luxembourg le 19 au soir^ L'arrêt du directeur Gohier fut levé. Per^ somie ce jour là n'avsdt pu rapprocher. La porte m'avait été refusée à neuf heures du
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matin, mais avec des formes homiètes# Jt lui écrivis un billet pour ^informer simplemœt que j'étais venu. Je le présentai ouvert à rolficier de l'état major de garde auprès de lui. Il m'^invita à le cacheter ; il ne le lot pas. Je n'y mis point de cachet. Je crus qm la décence le voulait ainsi. Dès le même 8oir le général fut instruit de ce billet. Il m^en sut bon gré. Je dirai ailleurs comme cela parvint, à ma connaissance. Oohiet sortit aussitôt du Luxembourg, mais sanî Tivoir donné sa démission. L'événement la rendait inutile sans doute; mais il est bien à lui de ne paS( Favoir donnée. La puissance qui le renversait n'était pas la puissance qui l'avait élevé; et il agissait d'après les principes.
En moins de vingt quatre heures; les moeurs du Luxembourg changèrent ; les égards que la noble liberté établit entre les citoyens disparurent ; l'orgueil des rangs, la vanité des honneurs, les remplacèrent.^ r j Dès lors eommencérent ces nuances tranchantes entré le directoire et le consulat: Paris s'en apèïeut bientèt. L'exemple cependant n'eil fut pM donné par Bonaparte, mais peut être àloiy
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aetait-ce pas lui dont le coeur se flattait le plus vivement d^arri ver à gouverner la France sanif partage. -^ Sa popularité survécut deux ou trois ans encore à son élévation. Il ne s^en dépouilla qu'en revêtant la pourpre. Encore dans la suite^ quand il y fut parvenu, le Maréchal Duroc Taccompagnait-il dans les rues de Pans à toutes les heures du jour, à cinq heures du matin comme à dix heures du soir. Quoi qu^il «n soit, Pari3 daas l'enchantement croyait a« SQJBrui^aire que la • révolution qui venait, dç s'opérer avait été faite jm ^t/x>ur. Çon^parte» peux hommes seuls> qui Tavaient pu^ssiament secondé) Sieyes et Lucien, ne* croyaiejpt j)as à cette yeritê et, se figuraient n'avoir trav;dll^ que pqor eux. Le consulat provisoire, aussi bien que le règne de Louis XIIL eut sa journée .des;dupes; à cette diâérence près que le Cardinal de Richelieu en se jouant de ses ennemis resta toujours le second de Tempire, et que ^Bonaparte en se jouant des siens en devint ]^ premier^
1,^6 directoire ne fut point regretté» Il.g^A»*
veraa mal» Ce fut tOMt à la fois la ^éutte
4€)s hommes et des circonstances On crut
T»9ve. ç!9 piode de gouvernement succédait à
la Convention, tandis que la Convention rêg^ na toujours. Il n'est donc pas exact de dire qu*au 18 Brumaire, le directoire &t renversé. Ce fiit la Convention qui périt enfin. Qulmportent les noms et les formes, quand les hommes et Tesprit ne changent pas ; et sous le directoire que trouve t-on ? les hommes de la Convention, les passions de la Convention, Tesprit de la Convention. Les déchiremens perpétuels entre une portion de la puissance législative et le pouvoir exécutif, que furent ils autre chose, que la permanence du 13 Vendémiaire ? Il n^y manquait que les armes. Que fut le 18 Fructidor? encore une victoire de la Convention sur les hommes do 13 Vendémiaire. Que fut le 30 Prairial? encore une victoire de la Convention semblable à celle qu'elle avait dans le temps rem^ portée sur la commune, à la seule difiërence qu'elle fut moins sanglante. Le peuplt français vit avec joye renverser le directoire, mais il ne se rendait pas compte de sa joye. Il ne s'appercevait pas que ce qu'il avait pris pour le directoire n'était que la Convention, et que c'était de la Conventioa dont il venait d'être définitivement délivré.
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Il était comme ce mourant qu'une crise rend à la vie, et qui ne sait pas le véritable nom de la maladie dont il était tourmenté.
Les vérités dures que Bonaparte adressa an gouvernement dans son discours aux anciens, dans son adresse aux français, dans sa pro« clamation aux armées, dessillèrent les yeux à tout le monde. On vit que la prétendue constitution de 95 n'avait été mise en avant que pour se jouer plus long-temps de la crédulité populaire, et se perpétuer dans le pouvoir; que constament invoquée et violée avec la même impudeur, les conventionels ne Pavaient conçue que dans leur intérêt et non dans l'intérêt national ; et que dans la journée du 18 Brumaire les fureurs des opposans n'eurent ni la république, ni la liberté, ni la constitution pour objet, mais ne furent que Tepouventable agonie de la Convention expirante. La tyrannie des mots s'éteignit avec elle, et fit place à la tyrannie des sabres. On ne fit que changer d'esclavage. Le dernier plut l^ddvsuitage, parce qu^il marchait conduit par la gloire, e* que la gloire fait tout supporter aux français ; et cependant selon l'usage, on
TOH. III. N
ne manqua pas de dire cette fois comme on avait dit dans toutes les grandes commotions: Nos FERS SONT BRTsfes. Peuple extraordinaire ! peuple admirable, même dans ton irréflexion ! tu combattis pendant vingt quatre ans pour la liberté et tu ne fiis libre que vingt quatre heures, le quatorze Juillet 1790. Il est de la nature du peuple français de s^aveug- 1er surtout. Il crut que Bonaparte venait de le rendre à la liberté, et jamais souverain n'énonça sa volonté avec une fierté plus despo* tique qu^il ne le fit à la révolution de Brumaire. Je vous avais laissé, dit-il, des trésors^ des conquêtes, des armées ; qu^avez vous fiaût de mes soldats, de mes conquêtes, de mes trésors ? Il vous sied bien d'invoquer la constîtiition, vous qui Tavez lacérée, etc. N^est-ce pas ainsi qu'au mois de Décembre, 1813, il parlait encore au corps législatif? dans les deux cir* constances il était empereur
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