LIVRE VI
Le 18 Bcumaire fut pour les âictions la tête de Méduse. Le mouvement cessa, elles furent glacées.
Mon ouvrage est donc fini? non. Il me reste à peindre la faction d*un homme contre rfAirope, et la faction de TEurope contre un hpmme.
Les fureurs humaines vont prendre un camctére de grandeur inconnu jusqu'ici. Ce ne sont plus les ignobles lûtes d'un RobespLére ou d'un Màràt. Les échafauts qu'ils dressèrent vont paraitre trop étroits pour le nombre des victimes ; il faut à la mort des plaines, des provinces pour théâtre ; ce sont des peuples entiers que sa voracité réclame. L'ambitioU;
d^ttnJhomme va lui livrer les générations éu
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masse; et désormais les enfans au berceaa seront marqués de ces mots: Combattra ET Mourir.
Je vais esquisser rapidement le régne de cet homme extraordinaire. Je le ^ peindrai sans ménagement, mais sans aigreur. Je laisse l'exagération à la flatterie et à la haine. Les libellistes et les esclaves ont pris dans les annales de sa vie la part qui leur appartenait. Je saisis la mienne. La vérité me la gardée;
Bonaparte fut un phénomène.. Je dis qu'il fut. Quand on abdique le trône, on sort de la vie. La postérité à commencé pour lui.
Il semble que la nature en le créant voulut prouver jusqu'où peut s'étendre et la puissance de rhomme et la puissance du ciel ; la puis* sance de l'homme pour oser, la puissance du ciel pour confondre.
L'élévation et Tétendue de son génie furent l'origine de ses malheurs. Elles raccoiibimérent à se croire infaiUible, et dès lors il se fit un monde idéal. Il l'organisa comme il croyait qu'il eût du l'être ; et par conséquent il ne se trouva plus en rapport, ni avec soa
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aiécle, ni avec ses contemporains. De là si^ manière tranchante, et sa volonté inflexible. Du sentiment exagéré de sa supériorité, naquit le goût de la domination. Son ambition ne lui parut que la manifestation du vœu de la nature. Il se figura que régner était sa Tocationy et qu'on naissait roi, comme on nait poète, comme on nait musicien. Il savait beaucoup. Il iiU:errogeait peu^ mais par politique, et pour exercer avec despotisme la puissance des réponses. Ne balançant jamais, il étonnait toujours. Lois, institutions, diplomatie, histoire de tous les temps, sciences, beaux urts, rien ne paraissait lui être étranger. Son universalité était une tyrannie. £lle commandait le silence aux hommes instruits. Les connaissances les plus simples prenaient un oir de création en passant par sa bouche. En rècoutant, on croyait marcher de découvertes en découvertes. L'admiration n'aocordait rien à Texamen, et la confiance apparente de Bonaparte dans Texcellence de ses opinions tenait lieu d'expérience aux hommes .ordinaires. Leur conviction venait, non de
Idi HISTOIRE DBS FAOTIOHS ne
ce qu'il disait, mais de la manière dont il \b disait.
Il fiit grand par anticipation parce que, ^ j'ose parler ainsi, Tambition fut toujours l-a^ vant garde de ses pensées. Il en mit partout, jusques dans Pinfortune. Les conquérans les plus fameux, les pliis célèbres désolateurs du monde, se contentèrent d*une chute ; il loi en falut deux. Il porta la gloire jusques daos réclat des revers ; et ne voulant ressembler à personne, il recommença sa catastrophe, pour qu'elle se fît à sa manière. Un jour je le voyais examiner les diadèmes de quelques homîlies de l'antiquité. Il prit la couronne d'Attila M la posa sur sa tête. Comment? Il avait li tête plus grosse que moi. Je ne l'aurais pas cru, dit-il avec radesse, mais en souriant. Le sourire était amer. Il était fâché d'être Ibtdé de céder quelque chose à Attila. • Il avait tdrt \ Attila lui a tant cédé.
Quoi qu'en aye dit la jalousie des vaincdS) quelque soit l'infamie des menscmges puUiés par les libellistes à gage, ce fut le plus graâd ea{Htaine du monde. Jl laissa loin de lui et Je
vainqueur de Porus, et le héros de Cartage, César ne lui ressembla que par la fortune, et Pompée que par lorgueil. Du reste dans la guerre ils n'eussent été que ses lieutenans. S*il eût eu pour témoins de ses batailles le grand Condé et Turenne, Condé eut toujours applaudi, et Turenne souvent frémi. Son éloquence militaire, à la férocité près, était celle de Timur-Ling. . La différence du lan- ^ge ne tenait qu'à la différence de siècles ; l'expression était la niême. Marlborough est le seul des grands généraux connus, avec le quel on puisse établir quelque paralelle. Même tactique, même coup d'œil, et peut être •encore même indifférence pour Teffussion du sang. Blenheim et Jena se ressemblent, et bien plus encore Malplaquet et EJau. Bonaparte eut souvent battu le Prince Eugène. Il n'en est pas de même pour Marlborough. Il est regrettable pour l'étude de l'art militaire que le grand Frédéric et Bonaparte ne se soient pas mesurés. Il est plus regrettable «score pour l'humanité. Si ces deux hommes eussent été contemporains, elle eut eu moins de larmes à répandre. La guerre n'eut ét^
faite que pour la gloire, et non pas pour les vengeances de la vanité. Les campagnes de Bonaparte seront écrites. Dans quelques siècles sa place militaire sera fixée. Ce ne seront plus alors des prêtres, des avocats, des intriguans de cour, de petits auteurs de boule* vard, des milliers d^oisifs que la vue d'une espingole ferait fuir, qui s'aviseront de juger des talens militaires. Le temps aura flagellé toutes les sottises de ces mannequins, et Ton n'en parlera plus. Mais que Dieu le garde des Quinte-curce. Le mensonge et TadulaticHi n'ont ils pas assez longtemps empoisonné l'air qu'il respira. Qu'ils respectent du moins son tombeau. Il n'a plus de cordons ni de dotations à leur donner. Il n'a donc pas be;8oin de panégyristes. Il ne lui faut qu'un Arrien. Il s'en trouvera sans doute.
Il régne depuis un jour, et déjà sa cour l'emporte sur celles de l'Asie. Là se trouvent, et tous les généraux qui triomphèrent à ses côtés, et tous les hommes que d'anciens soik venirs, que de grandes espérances, que le besoin de consolider leurs modernes fortunes, que la voix de l'intérêt, que la crainte du
pascê^ que le tourment de Tavenir rallient autour du pouvoir naissant. Chacun vient imspendre ses destinées à la sienne ; et la né. cessité de lé maintenir au faite de la puissance nait tout à coup de la nécessité que chacun éprouve de se conserver soi même. On ne pèse pas s'il doit régner ; mdis il faut qu'il régne parce que c'est le besoin de toutes les passions. Là se trouvaient aussi quelques hommes éclairés, quelques amis du bien public» quelques talens supérieurs. Us sont aussi ses partisans, parce que la grandeur des exploits est toujours en France un piège que les belles amés n'évitent jamais.
Je dis qu'il régne,' qu'importe le titre? Consul provisoire, consul pour dix ans, consul à vie, empereur énfin^ le pouvoir est le même. Ce pouvoir plut aux militaires, il promettait la guerre ; il plut aux magistrats, il promettait des places ; il plut aux grands, il promettait des honneurs; il plut aux propriétaires, il promettait protection; il plut au peuple, il promettait du travail. Dans cette cour le Duc de Valmi, le Duc de Danzick, le Duc de Conégliano, Kellerman, Le Févre, Moacey^
ces premiers héros de la liberté figuraient en tète de la liste de tant de généraux fameux, , leurs élèves et leurs émules. Là Bemadotte, et Murât appelaient Theure des combats, et ne se figuraient guéres que dans une antichambre ils attendaient des trônes. Oudinot» Victor, d'Haupoul, Augereau, Ney, Masséna, et tant d'autres, cherchaient dans les jeux de César à quels lauriers nouveaux ib étaient destinés. Mais Eugène Tenfant chéri, mais Lanes, Tami de tous les temps, étaient plus voisins du cœur. Lanes surtout dont la fortune des combats aurait du respecter Thonora^ ble vie, pour conserver aux courtisans un exemple qu^ils ne reçurent jamais que de lui, un favori conservant sous un maitre absoln sa fiére et noble indépendance. Tous. ces hommes Tavaient vu vaincre, tous ces hommes, avaient vaincu sous lui. La fraternité des armes avait fondé rattachement, et la subor^ dination des camps préparé Tesclavage; k premier pas était fait, et le miUtaire ne s'apperçut qu'il avait un maitre que par Taccroissement des honneurs, des richesses, et de le ctmi^ération.
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' Là se trouvait aussi ce que Paris possédait encore d'hommes illustres dans les sciences et dans- les arts. Précieux débris de cette France savante, si craellement décimée par la hache révolutionaire, ils croyaient en rentrant dans le palais des rois se retrouver pour la première ibis, et depuis longtemps accoutumés à traiter Bonaparte d'égal dans le Temple des Muses, grouppés sans défiance autour de. lui leur fierté lui savait gré de les avoir réunis dans le Temple dé la Gloire. Ainsi, réfugié dans le sein d'une apparente modestie, on eut •dit qu'il ne s'entourait que de compagnons et d^égaux, tandis que son unique soin était d'enchainér à son char et Bellone et Pallas ces divinités protectrices des conquérans et des ambitieux.
Le gouvernement provisoire ne dura qu'un instant. Né le 10 Novembre 1799, le lendes. tûMb le ministère fut formé. * Le Grénéral Berthier eut le département de la guerre; Mr. de Taleyrand Perigord, les relations extétîeûres; Formait, la marine; Gaudin, les ûinances ;* Cambacérés et Fouché, conservèrent ia justice et la police. Une nominaticm étônnà
davantage ; ce fut celle de Mr. do la Place au ministère de Tintérieur. Ce savant célèbre avait jusques là consacré sa vie à la culture des hautes sciences. Il connaissait assurément beaucoup mieux la marche des corps célestes que celle des rouages d'une administration; mais à peine y avait il vingt quatre heures que Bonaparte avait trenâpé ses lèvres dans la coupe du pouvoir que déjà la vérité ne l'âp» * prochait plus. Il avait jeté les yeux pour ce ministère sur François de Neufchateau ; et les talens supérieurs qu'il y avait déployés deux fois lui donnaient des droits à cette préférence Le consul on parla. Mais un honune, devena fameux par ^% perfidies, ennemi constant de tous les princes qu'il à servis, détestant Fraii* çois de Neufchateau par la seule raison que c'était un homme de mérite, le peignit i Bonaparte comme tombé dans une caducité précoce, et incapable de gérer aucun empk»; et pour consommer son ouvrage présenta pour ce ministère un homme, illustre sans doutCi mais que le genre de ses travaux rendait totalement étranger à ceux qu'on allait Im imposer. Ainsi il se donna tout à la fois le
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plaisir, et d*être le premier à donner un couseilr funeste au consul, de nuire à un homme d'état dont le mérite TofFusquait, de jeter im ridicule sur un savant en le poussant dans une carrière que sa nullité administrative le força d'abandonner un mois après, et de desservir la cliose publique dont il prévoyait avec chagrin l'amélioration prochaine. Et voila comme on parvient à la longue à se faire on grand nom, et à persuader à FEUirope qu€f Ton est le phénix de la politique.
■ Le gouvernement provisoire fut un véritable interrégne. Il n'enfanta que quelques unes de ces proclamations, dans les quelles, suivant Fusage^ les chefs de Tétat promettent que tout sera parfait, et une foule de ces adresses oà les autorités secondaires promettent, au nom du peuple et en leur nom, qu'ils seront toujours les plus fidèles des esclaves.
La commission législative pressa son tra* Yaîl ; ou pour mieux dire Bonaparte pressa la commission, et le 13 Décembre elle le présenta. Cette constitution conservait le Triumvirat Consulaire, mais avec une répartition inégale ^'autorité entre ses membres. Elle créait un
Sénat Conservateur, composé de quatre vingt membres; mi Tribunal de cent membres et un Corps Législatif de trois cents. Le Sénat veillait sur Tintégrité de la constitution. Le Consulat proposait la loi. Le Tribunat k discutait et le Corps Législatif la saiictioDaîL Le Sénat et le Tribunat étaient pennaneos. Le Corps Législatif ne Tétait pas. La dis^ cussion lui était interdite. Il n'avait que le droit d'examen, et rejetait ou approuvait par la voye du scrutin. La constitution entourait le pouvoir exécutif d*un Conseil d'état efmposé de trente membres, dont la noioiiuitioa était dévolue au premier consul.
Le 13 Décembre, Bonaparte appela à la dernière conférence sur ce projet de consbtution les hommes qu'il se proposait de noismi^ au conseil d'état et au sénat ; et ils le savaient. Plusieurs orateurs, et Siéyes entr'autres parlèrent en faveur du projet. Ce dernier s'étendit sur les qualités que l'on devait cbtf^ cher dans l'homme que l'on appelexait M consulat suprême ; les longs services rendus à la révolution, les idées libérales, les coiuiaifi« sances diplomatiques et législatives^ ûltOBt
iDises aa premier rang. C'était rappeller habilement qu'il avait été de l'assemblée c(Mr stituante, qu'il avait travaillé à la constitutioxi de 1791 9 qu^l revenait de l'ambassade de Berlin, et qu^enfîn s'élevant au dessus des préjugés il avait renoncé au sacerdoce. Bonaparte debout, appuyé sur son sabre, parla des bommes qui font vaincre. Ce ne fut qu'un mot, mais ce mot suffit. Il fut à l'instant proclamé premier consul. Sieyes déjoué, se leva de la place qu'il occupait, et s'aprocba de la cheminée. On le proposa de suite pour ^second consul ; il répondit froidement qu'il ne se reconnaissait pas les talens nécessaires pour une place de cette importance. Bonaparte usant à l'instant même de l'autorité dont on valait de l'investir, le nomma président du Sénat. Sieyes repartit avec aigreur qu'on ne présidait pas un corps qui n'existait pas. Ici se termina cette comédie politique. Cambacérés fut nommé second consul, et le Brui) qui présidait les anciens au 18 Brumaire^ troimeme consul.
On procéda de smte à la formation du Sénat* Sa composition singulière offîrit beaucoup de
noms célèbres, mais elle fut une conséquence des principes ambitieux de Bonaparte; on pourrait croire qu'il voulut sVttacher toute» les classes de la haute bourgeoisie ; ce fut au moins dans leur sein qu'il choisit une partie des sénateurs ; ainsi Ton vit des peintres, des poètes, des banquiers, des notaires, des marchands, etc. venir siéger dans cette chambre des pairs : et plus d'une fois cet amalgame prêta au ridicule, par l'extrême nullité de certains indivisus qu'il y introduisit. Le conseil d'état fut rapidement formé. Les nominations avaient été faites d'avance. Le tribunat et le corps législatif se composèrent des débris des précédentes législatures, léelus par les assemblées électorales* Les Consuls forent installés le 25 Décembre, et la constitution présentée au peuple français fot acceptée, selon Fusage. A cette même époque Washington descendait au tombeau. Ainsi, par un contraste singulier un grand peuple dans le nouveau monde pleurait le fondateur de sa liberté, tandis qu'à la même heure sur l'anciee continent une grande nation chantait le destructeur de la sienne.
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Cependant les événemens vont se presser* La révolution s'est faite dans les idées comme dans les hommes ; TEurope attend, la France espère, et le consul débute par caresser toutes les espérances. Il écrit au roi d'Angleterre^ c'est la paix qu'il lui propose. Un traité hono^ lUble termine l'horrible guerre de la Vendée ; le calme est rendu au couchant de la France^ La liste des émigrés est irréyocablement fermée. Les prisonniers Russes vêtus, armés^' equippés, partent pour Petersbourg et par leur délivrance inattendue vont éveiller la reconnaissance dans l'ame de Paul I. La banque de France est- créée. Des canaux sont projettes. De grands travaux se présentent aux Mvriers. Le commerce de Lyon, de Nantes^ de Rouen, de Bordeaux, si long-temps désolé reçoit quelques consolations ; les fonds publics augmentent, de grandes fortunes particulières ae fondent ;fsj et le consul dont l'assurance croit en proportion de la satisfaction publique quitte le Luxembourg, et prend solemnellexnent possession du palais des rois^f tj Ce fut le premier simptome de ses ei^rances ambitieuses. Déjà dans sa tète l'Europe était con-
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quise. Disons le cependant pour n'y plus revenir, et justifions une fois pour toutes la France de ce long attachment pour Bomip parte, que FËurope n'a jamais pu concevoir, et que de jour en jour elle conçoit moins encore. L'Europe n'a commencé à connaîtra Napoléon, que par les malheurs qu'il a £ait tomber sur elle* Il ne lui devait pas de bienfaits ; elle n'en a par conséquent reçu que des calamités ; donc la terreur et la haine scmt les seuls sentimens qu'il a du lui inspirer. . li^ys en France est-ce ainsi qu'on en pouvait, qu'on en devait même juger dans les premières années de sa puissance? On tranche àujourd* hui sur l'opinion qu'il fallait avoir de lid ; on argumente de son ambition, comme si toute la France, en lâOO, eût eu le secret, de cette, ambition. Il est bien facile à tant de genSf qui depuis deux ans s'érigent en oracles» dt prononcer sur Bonaparte, quand les évéheneift ont prononcé avant eux. A les entendre» aft dirait-on pas qu'ils avaient deviné son amfaite on? ils en décrivent maintenant le dével^ffi ment, comhie s' ils avaient eu la sagaçitâ de le prévoir. Ils eussent donc inàtjim
habiles que Bonaparte, dont Tesprit tout entier était employé à la cacher à tous les yeux. Quand un homme par ses actions s^annonçait comme le réparateur des maux dont un peuple était victime depuis dix ans, quand chacun de ses actes semblait tendre à réunir tous les débris, à reconstruire tous les ressorts, à calmer toutes les haines, à adoucir toutes les
blessures, à réconcilier tous les partis, prétendre que dans tout cela il ne falait voir que des intentions perverses, c'est prêter à [Fesprit humain une préscience au dessus de la nature, ou lui supposer une cruauté de méfiance dont heureusement il n'est pas entaché. Je le répéte; l'Europe n'a connu Bonaparte que par la guerre; elle ne lui a du que de la haine. La France, avant d'arriver à se convaincre de son ambition par la succession non interrompue de la guerre, n'avait pu voir que se? "bienfaits ; donc pendant long-temps elle ne lui dut que de l'amour. Voila ce que l'étranger feint de ne pas entendre ; mais il est une venté que malgré sa hardiesse je ne tairai lias : combien de puissances s'élèvent aujourd-
hài contre sa tyrannie, qui dans le fonds de
Famé se réjouissent qu'elle ait existé. Ea France à qui dut-on sa tyrannie? à ses vils esclaves, aujourd'hui ses plus chauds détrao teurs. Qui souffrit de sa tyrannie ? la France doublement; puis qu'elle en supporta et la double robusticité, et la double agonie. A qui sa tyrannie fut elle profitable? rhistoire de TEurope répondra dans cent ans.
Au reste, la conduite de FEurope pendant les quinze fameuses années qui viennent de s'écouler est remarquable par sa singularité. En 1800 FEurope en armes, en réunissant toutes ses forces, accéléra le développement de son ambition, et quinze ans apréis FEurope armée les réunit encore pour en accélérer la punition. Ainsi FEurope s'est également liguée contre lui, et quand il n'était rien, et quand il était tout; ainsi on a mis la France dans cette cruelle alternative, ou de tout ccmicéder à la tyrannie d'un homme pour echi^ per au joug de l'Europe, on de subir le jcfOg de FEurope pour se délivrer de la tyrannie d'un homme. Est-il possible que les puissanceSi en se refusant en 1800 à la paix, qu'il feig- \ naît, je le veux, de désirer, n'ayent pas seuil , '
qu'elles le servaient au delà de ses vœux? comment ces hommes, dont la prétendue perspicacité se targue aujourd'hui de n'avoir jamais été la dupe de son ambition, n'ont-ils pas vu qu'en lui laissant libre le champ de la guerre on forçait la France à ne trouver aucune réponce raisonable à lui faire quand il lui dirait : Vous le voyez ; pour avoir le paix il faut combattre: et qu'ainsi Ton fournirait à son ambition démesurée le double avantage, et de justifier la guerre aux yeux de la France par réclat de ses conquêtes, et de lui cacher pour toujours que toutes ses actions n'avaient eu pour but que le trône en ayant Tair de ne le recevoir que comme le prix de ses services. Il eut été, ce me semble, d'un homme de génie comme Pitt de n'opposer à Bonaparte que là force d'inertie ; de luiprésenter constament par l'attitude de l'Angleterre l'espérance prochaine de la guerre, et d'être assez son ennemi pour ne la lui accorder jamais ; de l'accabler sous le poids de la paix ; et l'enfermant ainsi malgré lui dans le cercle de ses frontières, de le deshériter de l'héroïsme pour le deshériter de l'enthousiasme ; et de lempêcher d'ucheter le
trône à sa manière en le rendafit indigent en victoires. On a suivi une politique toute c(mtraire ; il semble que Ton se soit entendu pour ouvrir à la fois toutes les portes ourson am* bition frappait; il en est sorti comme ua torrent, Qu*à-t-on gagné à cette politique? qu^il a roulé la France sur l'Europe {khit a»» souvir cette ambition, et qu'il a falla que r£urope se roulât sur la France pour y mettre un terme.
On vient donc de le placer dans la posses* sion, mentalement si désirée par lui, de cet adage si vu pacem para befium et il eii pnh fitera longtemps. Pour avoir la paix il faut faire la guerre, va^t-il dire. Et les circou* stances vont donner à ce discours Tair de la vérité aux yeux de la France. Les Russes, les Turcs et les Autrichiens ont envahi Iltalie ; Masséna résiste seul dans Gènes. Kray oomt mande les armées de la Germanie. l>e Prince Charles se retïre.fuj Larmée de Cbndé passe au service de TAngleterre^ Bonaparte sourit,
Il fixe Tétat militaire de la France* 110 demi brigades d'inlanterie de ligne, c^est à
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dire 333 bataillons de 1200 hommes chaque ; 30 demi brigades d'infanterie légère ; 8 regimens d'artillerie à pied; 8 d'artillerie à cheval; 2 regimens de pontoniers; 84 regimeris de cavalerie ; voila pour une . année. C'est le budget de la mort. Tout à coup une armée de 60,000 hommes est décrétée. C'est à Dijon qu'elle s'assemble, c'est Berthier qui la commande. Où frappera t'elle? c'est le secret ; et quel homme à jamais mieux gardé les siens? le général Autrichien Mêlas arrive au pied du Alpes. Kray moins heureux est battu à Moerskirch. Le Rhin est repassé. Le Courbe, St. Suzane, et St. Cyr occupent le Brisgaw. Le consul part ; en deux jours il est à Genève. Tout à coup l'armée franchit le St. Bernard, le Simplon, le St. Gothard, le Mont Cenis. Artillerie, cavalerie, munitions tout est passé. Gènes tombe, mais la bataille de Marengo (vj se donne. Elle est gagnée. Tout change. Mêlas cède Turin, Tortone, Alexandrie, Milan^ Pizzighitone, Plaisance, Coni, Savone, Urbin et Gènes. Le vainqueur fonde la répuUique cisalpine, repasse en France, visite Lyon, ordonne à ses antiques mcmiimens de se relever^
^00 HISTOIRE DES FACTIOKS Dt
jcaresse cette ville orgueilleuse de sa splendeur passée et d^ ses calamités modernes, reçoit &i souverain les hommages de son peuple immense, évite à son oreille monarchique le nom de rér publique, pe lui parle que de patrie, reprend ensuite le nianteau encore utile de la madestie» arrive à Paris sans être apperçu, et redouble Tenthousiasme en feignant de s'y dérobber.
Mais un objet d'une haute importance pour son élévation future pccup^it déjà sa pensée. Il connaissait assez la multitude pour savoir qu'il est une foule de ichoses qu'elle révère, par la seule raison quelle ne les comprend pas. Dans tous les temps, par exemple, les char-f latans religieux ou prophanes, usèrent de la pompe des cérémonies pour éblouir le peuple, mais ils y attachèrent constament des idées métaphisiques, afin que le peuple ne pouvant percer l'obscurité de ces idées, fut conduit par son ignorance même à considérer comme des objets saprés, non seulement les solemnités pn elles mêmes, mais encore les acteurs principaux de ces solemnités, Bonn^ parte en calculant d'avance la marche prOf jgressive de son élévatioii, prévit qu'il viendcaît
un jour où il lui serait nécessaire d'avoir une garantie dé la soumission du peuple. Il conçut que cette garantie, il la trouverait dans les dispositions habituelles de ce peuple à la crédulité, et que plus son élévation paraîtrait inattendue et nouvelle, plus il faudrait que la puissance destinée à la consacrer eut d'ini* portance idéale au jour de son sacré. Il jugea que si des cardinaux ou des archevêques avai«ent été sufïisans jusqu'alors pour ces sortes de cérémonies, il n'en était pas de même pour un homme comme lui, et que ce ne serait pas trop que du chef même de Féglise pour donner" au peuple la juste mesure du respect religieux qu'a dLit ïui porter. Mai, iK.ur am>er à ce but, il fallait avoir un pape à sa dévotion. Pie VI n'était plus; Bonaparte pensa qu'en laissant le choix de son successeur à la discrétion du conclave, il pouvait tomber sur tel honmie qui ne serait rien moins que disposé à se prêter à ses vues. Il fallut donc avoir recours, à Tadresse. On feignit que la tranquillité publique à Rome était trop incertaine pour confier à ses murailles la tenue du conda¥€^ On flatta le peuple de Venise en se-
fiOS HISTOIRE DES FACTIONS DE
xnant le bruit que sa sagesse le rendait plus digne d'un pareil dépôt ; mais la. véritable raison pour choisir cette ville fîit de s'écarter des cabales de la prélature romaine. On Vassura de quelques cardinaux ; il est tant de moyens temporels pour s'assurer d'un cardiiml Je ne parle par des moyens spirituels; <fÀ ne sait qu'un cardinal ne laisse jamais JUchir dans son esprit le$ intérêts du ciel pour plaire aux puissances mondaines ? Le régne de Tem* pereur en a fourni la preuve. A peine trouverait-on une vingtaine de cardinaux qui se mieat prosternés à ses pieds: et qu'est ce qu'ime vingtaine de cardinaux sur la masse du sacré collège qui s'élève à peu près à quarante. Le plus difficile était de trouver un homme selon son cœur ; enfin l'on découvrit un certain Cardinal Ohiaramonte, qui ne s'attendait guère à tant d'honneur. (^^J II avait toute la bcmhommie, toute la docilité convenables pour le rôle aux quel il serait appelé dans la suite. Il fut donc pape, et n'en fut pas fâché. On apprit cette exaltation sans plaisir ni déplaisir» Jamais on n'avait entendu parler de . loiy personne ne le connaissait ; c'était* un . petit
malheur sans doute, mais qu'un poète bd esprit «e chargea de réparer; et graçe à lui la France apprit bientôt que les mots italiens Chiara Monte voulant dire, en français Claire Montagne ou Clair Mont, il était évident que le pape nouveau descendait en ligne directe de 1-antique maison française connue sons le nom deClermonf. Stupetéf
S'il est vrai que dès lors le désir à% conquérir r.Europe fut entré dans le co&ur d^» conral, il voulut que lorsque Tiieure semit venue de donner Téssor à cette grande amHtion, Ton pût croire qu'il y était entrainé par la force des circonstances, et non pas par sa volonté ; et pour fournir plus d'aliment à Ta* mour public dont l'accroisement devenait chaque jour plus sensible, et pour élever cet amour à un tel degré de force que la nation française en étant venue à ne plus séparer sut cause de la sienne le suivit dans la suite avec un dévouement toujours égal sur les champs de bataille où il prétendait Tentrainer, Ton vit rbomme dont la guerre était la passion favorite» la jbuissancesuprême, l'élément par excellence» affecter pendant nombre de mois de poursuivre
la paix avec autant d'ardeur que s'il eut attaché et sa gloire st son bonheur à la fixer sur ses états. La victoire de M arengo semblait même avoir donné plus d'énergie à son vœu de pacifier le monde. On admirait davantage le héros, dont la main renonçait aux lauriers pour consoler Thumanité. Par les monumens que^ déjà son génie ordonnait, par les encouragemens qu'il prodiguait à l'industrie, par l'attention souveraine qu'il accordait à l'agriculture, on prophétisait la splendeur à la (Juelle il ferait arriver la France pendant la longue paix que l'on se flattait de lui devoir bientôt. Elle fut confirmée avec l'Espagne et le Portugal; elle fut entamée avec l'Angleterre ; elle fut conclue avec le Nord et la Russie; elle continua avec la Prusse j elle se négocia avec TAutriche. Les préliminaries en âirent signés à Paris, l'Autriche ne les ratifia pas, et cette mal adresse servit Bonaparte selon ses désirs. Il ne lui fut pas difficile alors de faire retomber sur le cabinet de Vienne le mécon* téntemept qu'inspirait à la France la prolongation de la guerre. Il falut encore des batailles ; celles de Biberach et de Hohenlinden
fiirent gagnées ; la paix de Lunéville et bientôt celle d^ Amiens eurent lieu; et la france se crut au comble du bonheur.
Un événement aussi atroce qu^extraordinaire avait précédé cette grande réconciliation de la France avec TEurope ménagée par le consul, et prêtait à sa conduite un véritable caractère de magnanimité; parce qu'en la lui voyant suivre il était naturel de présumer qu'il avait triomphé des ressentimens qu'il lui eût été pardonnable de conserver. Je veux parler de Tattentat du 3 Nivôse an 9, 24 Décembre 1800. La place du carou^el n'était pas telle qu'on la voit aujourd'hui; réserrée par les batimens dont elle était encombrée, elle donnait entrée à la rue St. Nicaise qui existait encore. Elle était une des avenues nécessaires pour arriver au Palais des Thuileries. Cette rue était étroite, et formait un coude à l'entrée de la place. Ce fut ce coude que les assasin^ choisirent pour théâtre de leur crime. Dan| la matinée du trois Nivôse, un homme en habit d'ouvrier amène à ce coude une petite charette à bras, assez semblable à celle» dont se servent les porteurs d'eau, e%
chargée d'un petit tonneau à peu prés égal à ceux dont ils font usage ; cet homme, après avoir feint de reprendre haleine un moment, s'évade, et laisse la petite voiture à l'entrée de la rae. L'on est si accoutumé à Paris à voir les porteurs d'eau laisser ainsi les leur, quand ils vcmt au cabaret, que personne ne prit garde à celle-ci. Seulement, comme elle gênait le passage, les premiers chartiers qui arrivèrent la rangèrent le long du mur où elle resta de la sorte toute la journée. Les marchands vœsins l'y virent constament, mais comme par sa forme elle n'inspirait ni défiance ni curiosité, die n'inquiéta personne, pas même les agens de p^ice inspecteurs de la voye publique. C'était le jour de la première représentation de l'oratorio de Salil à Topera, et l'on savait que le consul devait y aller. Dans la soirée, les conjurés placèrent, depuis la porte du palais jusqu'à l'entrée de la rue St. Nicftise, des hommes d'espace en espace, pour fmre arriver plus rapidement à celui chargé démettre le feu à la machine infernale l'avis de^ l'instant précis où le consul monterait ^n voitJtae^ il sortit à huit heures ; Mde. Beaapartf
LA EfevOLUTION FE^NÇAISB. 20T
devait Iç suivre peu d^instants après. Ce soir le consul fut conduit par un nommé Germain^ son cocher de prédilection. Alors, la petite voiture avait été mise par les conjurés eu tra* vers de la rue. Germain extrêmement adroit, . connaissant le goût du consul pour aller très vite, et d'ailleurs un peu pris de vin, le mena avec une rapidité singulière, et appercevant cette petite charette évita de racrocher avec une dextérité que Ton conçoit à peine, et. passa avec la rapidité de Téclaîr. Le consul était déjà rue de Richelieu devant la facadi^ du théâtre français, quand l'explosion eut lieu. U fit arrêter, sinforma de ce que c'était ? On lui répondit qu'un tonneau de poudre venait de sauter dans la rue St. Nicaise. Il ordonna à un de ses gardes d'aller de sa part inviter Mde. Bonaparte à ne pas sortir, et poufôuivit sa route jusqu'à l'opéra; cependant Mde. BcMnaf^arte en passant par la rue de l'Blchelle vint le joindre, et par attachement, et pour calmer l'inquiétude qu'elle éprouvait. La nouveUe de l'événement parvint bientôt à l'o» péia où le bnût de l'explosion l'avait pré-
200 HtStOlÈË t)ES l^ACtlÔNS i)É
cédée* On se ferait difficilement une idée déi ^enthousiasmé dû public, quand instruit du danger que le consul avait couru et rassuré sur ses jours par sa présence^ il put se livrer à sa joye. Les applaudissemens, les cris de Vive le Consul, \ Vive Bonaparte ^ ne cessèrent pas un instant, pendant une heure à peu près qu^il resta à Topera, et redoublèrent encore quand il se leva pour sortir. Il faut en convenir; jamais dan» Paris il ne reçut un témoignage aussi général de Tainour du public, que dans cette fatale soirée. Il fallut long<^ temps, avant que la vérité sur ce désastre parvint aux extrémités de Paris. La première question était partout. Et le Consul? Il est sauvé répondait^n, et Ton sautait au col de celui qui vpus donnait «ette assurance.(^j^^ Quoique Theure fut avancée, les habitans des quartiers les plus éloignés accoururent au palais pour s'assurer par eux mêmes qu'il ne lui était rien arrivé. En sortant de Topera, et dans les rues qu'il lui falut suivre pour retourner à son palais, il trouva une foule immense dont les acclamations, les cris, les ap-
plaudissemens, lui prouvèrent la joye que Toh .resentait de le savoir échappé à un complot aussi atroce.
De tous les moyens de perdre son ennemi, le plus criminel, le plus odieux sans douta est Tassasinat; mais lorsque pour exécuter un semblable forfait, lorsque pour atteindre cet ennemi on fait sauter tout un quartier, lorsque de sang-froid on sacrifie sept à huit cents personnes pour arracher la vie à un seul homme, un semblable crime acquiert un caractère de férocité que Ton n'aurait jamais soupçonné possible dans un siècle de lumières, et parmi des nations civilisées. Les maisons voisines de Texplosion s'écroulèrent ; les bâtiments de la rue St. Nicaise dans toute son étendue, la portion de la rue St. Honoré où elle aboutissait, les vastes" bâtiments de Thotel de Longueville, des écuries d'Orléans, des hôtels de la Valliere, d'Elbœuf et de Crussol, furent ébranlés jusque dans leurs fondemens. Une foule de personnes furent écrasées sous les décombres, et dans ce quartier, l'un des plus passagers de Paris^ et à une heure semblable QÙ les rues sont encombrées de passans que
les plaisirs du palais royal, le voisinage de cinq grands spectacles, la multitude des cafès,* et leurs affaires particulières enfin appelent, on concevra sans peine quelle énorme quantité de personnes durent être tuées, mutilées, blessées^ et par les débris de la machine infernale elle même, et par Fécroulement des murs, et par la chute des fenêtres, des volets, des cheminées, des ardoises, et même par le seul effet de Teffroî: plusieurs femmes enceintes, par exemple, périrent de cette manière, soit dans les maisons, soit dans la rue, avec les innocentes créatures qu'un avortement précipité plongéu subitement au tombeau avec leurs malheureuses mères. Le lendemain les rapports évaluèrent de quatre à cinq cents le nombre des personnes victimes de cet affreux événement.
Ce n'est qu'en écrivant l'histoire, c'est à dire lorsque l'inévitable lenteur dû travail et l'itnpèrieuse nécessité de la réflexion tiennent, pour ainsi dire, l'esprit suspendu sur les événemens que l'on décrit, que l'on peut vraiment connaître combien l'homme est in^ juste dans ses préjugés. L'Angleterre! tel
LÀ ftÊv^ttJlrlôj^ iKÂirçAUÈ. âll
ît le cri gétiét^l êii Frathce ; telle fut pliis làlhëtireui^mènt êiicôré peùtêtre la pensée (1 cdtlsiiL Qtië ce catiiplot exécrable ait été yifdi eh Atiglwerre, tout porte à le croire, i sÉuid dollte il n^est guère possible d^en ofttei*. Mais que TAngleterre, cfu pour mieux ifè ^oè lé gouvernement d'Angleterre, Fait [)pM^vé^ encouragé^ autorisé^ salarié, je mt^ \Ui que j'en douterais encore. Je sais mt ce que Fon peut dite sut* la politique
tï^èiiè i on citera, et les machines infernales
tbfcéeâ eôâtre St. Malo, et le bombtf rdement de
lôpièliha^e, et les brûlots sous-marins déi^
nés à Fîncefidie de la flotille de Boulogne,
t lès fusées à la Gongréve, et vihgt autres
nfttitioisB semblables ; mais dan9 tout cela ce
HKt des expéditions tidlitaîres, qui ne doivent
Bdtétfe leur injustice apparente qu'à la rapi-
îcé de leur exécution, et des instruments de
latorre que la fureur toujours croissante des
ofidbaif rédame du gémé inventif des nations,
imt3èei(Âtte leurs moyens d'attaque ou de
MImm. Helasî rhomme sans doute n*a déjà
[lié Wop Aicâfiplié les ihstramens de la des-*
IMbàdH, saÉ»' lui en prêter éncùte de plus
212 HISTOIBE DÇS FiICTIOKS DB
meurtriers; mais enfin puisqu'on a;dépouilfê .la guerre du titre de crime, qu'çUe mériterait si bien pourtant, il faut donc ne voir que des actes légitimes dans tout ce qu'elle ose, dans tout ce quelle essaye, dans tout ce qu'elle exécute; et d'après cela, parce que te gouvernement anglais aura usé de machines infernales pour soumettre une ville, ce n'est pas un motif pour l'accuser d'aposter des brigands au coin d'une rue pour assasiner le chef d'une grande nation. Mr. Pitt et lie Comte de Çhatam son père détestèrent la Firance. Tant ^qu'ils furent au ministère, ils lui. firent tout le mal qu'il leur fyt possible. La France a eu le droit de leur rendre haine pour haine ; elle a eu le droit de maudire l'activité avec la quelle ils soulevaient les nations, de l'Ekirope ^contre elle, la prodigalité avec la quelle ils semaient l'or pour troubler par leuïs agens sa tranquiUté intérieure, pour salarier des écrivains occupés à combattre, à dénaturer, & morceler ses principes, pour détacher de sa cause les hommes dont l'importance politique pouvait la rendre plus redoutable. , Mais si cette . conduite irritait la France, nfçst-çi
pas Celle que tous les peuples , suivent pour tiuire à leurs ennemis, et qu'elle suitit elle même à tant d'époques, puiàque malheureusement on est convenu que la guerre légitime toutes ces moyens. Mais croire que les ministres d*une grande nation soyent descendus à commander un assasinat, qu'ils se soyent avilis au point de se mettre en contact avec d'iftfames brigands, pour approuver, commander, et |)ayer un guet à pens! Oh! que le ciel me retiré toutes les facultés dont il me doua, si rinii^tiité d'une pensée semblable pouvait ja» mais déshonorer mon ame. Ils n'ont pas connti là» fierté de Pitt ceux qui raisonnèrent ainsi. • Pitt eut fait châtier à l'instant l'insolent dont l'audace eût osé lui conseiller une badesse. Ce grand homme à fait son métier, il -a tourmenté la France ; il a cru le devoir it' rihterêt. de sa patrie ; il était anglais ; c'est ôe qti'uii français ne devrait jamais oublier. Ignore-t-on que le célèbre Fox, ministre à son touy^ instruisit le consul d'un projet contre sa vie qu'un misérable était venu lui confier? Pitt avait non moins dq magnanimité^ et s'il n'a rien dit de la machine infernale, cela ne
2114 HISTOIRE Digs ?4CTlQIî?; Dï
prouve p^ qu'il Ve\it aporouvée ; cel?t pyQUYerfiit au contraire qu'il Taumit ignorée. On parlç sftus cesse de TAngleterr^ pp Frçmcp, et la France est 4^ tous les p^^yii q^ui çiX Toq çoRnmt le moins T Angleterre. L'on n'y a pas l» plufii légère idée, pi des se3 mœurp, ni de, m loijç, ni de sa police, ni de sa liberté, Qn igpor« siurt:out que h gouvernement anglais, sî puiis^nt fsn politique, ci rpdouté en Europe, et si redont- ^b^ei en effet, est cependant h 9eul e^ej^bve qo9 l'on connaisse çn Angleterçe^ Tout ce quf les gouvernemens des autres étala pçwtepi fie permettra, est préciaçment çie qui est iaterdit au gouvernement anglaia, L» llhwté publique, voila la ohftine qu'il lui f^sjt impc«r «ble de briser. Cette liberté, il fau* qu'A h resipççxe dan^ tou3 les indàyidus ; et im oom^ plot qui se foTmerait paur ainsi diw sous m
yeux cofttre u» 9^utorité quelconque étranr gère à TAnglçterre, «'il préteçydiîût le g^fft le suspendre, rarrêteF,la liberté jaktuae rc^g^ derait une telk audace comme ime «rt^iwtft i 3es droits, et poserait en principe qu'un couk plot, t^-nt qu'il n'est pas exécuté, »'e«t &aç9H Qu'une ofixÀQn^ftO
Quelque fût la jouissance que rattachement de Paris eût fait goûter au consul dans la aoirée du trois nivôse, la nuit qui la suivit fut terrible. Il la passa levé. Un de mes amis ne le quitta pas, et m'a peint cette nuit qui peut donner la clef de bien des événemens. Tantôt plongé dans un silence farouche, tantôt agité, se promenant à grand pas. le* mséraAks, fer muérabksl furent les mob^ qui sortirent TÎDgt fois de sa bouche, et il n'en proféra presque point d'autres. Malgré la saison, la nuit fbt superbe. Plusieurs fois il ouvrit les fenêtres pour resjwrer Tair ; ses nerfs le tour* m^itaient. Mde. Bœiaparte ne te quitta pas. Le second et le troisième consuls s'étaient présentés. U les avait trouvéis au palais à MU retour de Tepéra. En les voyant il avait véS»^ un air serein. '^ £h bien que dites •* TOUS d'une semblable extravagance ? en- ^ cose s'il n'eut s^agi que de moi, passe ; ma» •* tant de victimes !'* Les consuls répondirent ^[itel^es mots vagues; ces mots de circonstafiee que tout le monde saiit. Leur présence le ^nait ; il les congédia bientôt. Le mi» mstre de la police était eiitré; il Feotreûnt
quelques minutes dans une embrasure de fenêtre ; le ministre sortit. Il revint v«rs deux heures -du matin. Ils restèrent enfermés un quart d'heure dans son cabinet. Ils causaient encore en sortant. Le consul tenait une poignée de billets de caisse. Il les remit au ministre ; ** Envoyez de suite chez les blessés. " Vous m'en donnerés la liste. S'il n'y a pas " assez, vous ajouterez. Qu'ils sachent que ** cela vient de moi." Ses frères étaient entrés. Lucien lui demanda quelques détails. Il le brusqua. Il présenta la main à Joseph et ne lui dit mot. Il parla doucement à Louis. ^^ Cela t'incomode de veiller. . Vas-te coucher." Ils restèrent cependant assez long* temps encore à causer avec M3e. Bonaparte. Elle était au coin de la cheminée. Il faisait froid. H s'assit quelque fois, mais rarement; " Ne vaudrait-il pas mieux être en Egypte ? ^' dit il plusieurs fois à l'ami dont je tiens ce3 "détails. Ils le veulent, ils me le payeront **...., bien cher!" A trois heures, il eut faim. Qnlui servit un poulet et quelques iMh gatellefe. Vous ne mangés pas? dit il à Mde. Bonaparte. Non, répondit-elle, je préféra
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 2l7
du thé. — " Du thé ! est ce que vous êtes ang- ^ laise? Etes vous sourd ? dit il rudement à un " valet de chambre. Du thé à Mde. Bona- " parte." Il but du vin de Bordeaux. C'était an extraordinaire. Il ne buvait commùnehlènt que de Teau. Il demanda du Porto. ^ " Un tel, " (je tais lê nom de la personne) buvez de ce " Porto. Ils n'en ont pas de si bon." De qui entendait-il parler? je laisse au lecteur à le deviner. Il s'aprocha de la cheminée, se mit dans une bergère, et dit, je vais dormir, et sVndormit dans Tinstant. Au reste cela ne doit point étonner. Il dormait à volonté. (Tétait une feculté qui lui était particulière ; et ce ^jue l'on aura peine à croire, et qiii cependant est de la , plus exacte vérité, C*€St que cet homme, dont l'infatigable activité a' Vempli la terre d'étonnement, était de tous les hommfes celui dont le pouls était lé plus lent. A sept heures, quand le jour parut, 41 monta à cheval, suivi de son Mame- Ittck 'Rustah, et fut visiter quelijues travaux. A neuf heures il rentra et se mit au travail.
Les chefs principaux de la conjuration échapérent aux recherches, et nous ne les
918 HISTOIRE DES FACHONS D&
verrons reparaître sur la scène c(ue dans la i$uite. Quelques subalternes furent arrêtés et fusillés, entrautres un peintre assez jeune encore, nommé Topineau Le Brun, dont les talens étaient asse^ estimés, et s*étai^nt annoncés par un tableau de grande machine, représentaut Caïus Gracchus, victime d'une sédition populaire. Cet homme, disait-on, avait figuré paraii les terroristes de 93, C'en fut assez pour impli* quer les jacobins dans cette conjuration.
La pacification de TEurope suivit de prés ce grand attentat. Le traité de Lunéville entre le consul, Tempereur et Tempire fut signé le 9 f^ rier : celui de Florence et des deux S4ciles eut lieu le !S18 Mars« Celui du Portugal avec la France et T Espagne réunies le 7 Juin^ c«lui avec la Bavière le 24 août ; ceux avec la Rusôe le 8 Octobre et avec la Turquie 1^ 9 ; en&i li traité d^ Amiens avec l'Angleterre le 27 Maffi Tels furent les actes importans où ki France^ comme je Tai fait observer plus haut, crot reconnaître le sacrifice que le conmil faîsaît de i^s ressentimens particuliers à la illicite publique et à Thumanité ; et l'amioiiir p€Mir lui a'eu devint que plu» vifl Une «miâ^génA-
raie pour l^émigration, et la loi sur Tinstruo 'ion publique ajoutèrent encore à cet a]i[K>ur : ^ c était ainsi qu'il amenait la France pas ^ pas à presser elle pièine son élévation. En parvenant de ia $orte au but q^ ten^aienl Ums »m vœuX) il aé iQattait d'étendre un foile mx son ambition» qu'il paraitrait n'avoir eé44 qu'à la volonté générale du peuple firança^i et que TEurope croirait que l'on aurait fait videnee à sa modestie en le forçant d'Açpeptar la couronne.
(^. premier mécontentement qu'il donna Ml peuple fut le ra|çel des prétrea. La ré^ ?«j[iiéaQ .^it apporté d'étranges ohangemens duna ks idées religieuses.. Le peuple, celui di^ campagnes surtout^ s'était accoutumé à ae l^drç le dim^Qc^e aux églises, oik il chantait Imd^H^ cifiiçes sans le secours d'aucun pRÊiire, .: SA dan» quelques endroits il s^en t^oftvwit pivr ha?ftrdy on lea payait librement ; mm é^m h p^p^rt des yillagea les p9>ymm kf. «vaî^t: totalement oubliés, et lera qu'on Imi WiWiJtt deK cuvés et qu^il falut les payer^ Ml du mwm ajouter à leurs p^isians trop nMîqasffj ^9 téiopigaérçiA. bcAUooup à*k/^
220 HISTOÏRX DEd FACTIONS D£
meur. Dans les villes, le scandale fut plus grand encore. La seule vue d^un prêtre excitait le rire ; le rencontrait-on dans là rue, on s'arrêtait et il devenait Tobjet des plaisante* ries de lai multitude. Le ministère des cultes fut inirtitué. ' Portalis fiit le premier qui Texèrça. C'était de tous^ les hommes celui iqui y convenait le nHoins. Il était dévpt. Il était aveugle. Son fils plus i'bigot encore était son secrétaire général, et pouvait abuser de la cécité de son père. Le concordat àpeine en vigueur, fat violé avec une impudeur peu commune. ,L'botel^ lés biiKaiix, la table da ministre, ne désemplisaient pas des prêtres les pluS' fanatiques: > Le ctmcordat, par exemjde, defFendait expressément aux • prêtres = ^de ' porter à Textèrieur Fbabit ecclésiaistiqtlé.^ - • Ib s'en moquèrent. Leurâr sOMànes^leûlis' chapeaux hilares; ' leurs ' calotes ttibcÏBrnesv ïiificules par leur énorme volume si opposé à la petitesse de celles dont ils 'i^; servaient êom rancien régime, leurs larges ceintures, enfin tout cet attirail dont 5n avait totalement jperdu le souvenir, attirait à' > icbaque instant les liuées de la populace, hçs jfiitiistreB des^^^-
. LA «iiVOLilXiON FJl^ANÇAISE. :221
'«ntes sedtes protestantes eurent le sagesse de se renfermer strictement dans la lettre du concordat; nuaisjes prêtres catholiques, incorrigibles dans leur vanité prétentieuse, toujours prompts à abuser des faveurs qu'ils reçoivent et incapables de renoncer à leur orgueilleux despotisme, protégés par ce ministère imbéciUs et caâard se figurèrent avpir: reconquis. tout à coup leur ancienne importancej eàgrÏTpnt bientôt les esprits en cherchant à s'immiscer dans rintérieur des familles, en voulant rebaptiser Jes enfans, recommencer les communions, sous prétexte que toutes ces choses étaient commis non avenues parce qu'elles avaient été faites, .disaient-ils, par des prêtres assermentés, ou parce que la loi seulement les avait consacrées. A peine étaient ils sortis de la poussière, d'où le consul; mal conseillé venait de les retirer^ qu'-. ilg reprirent leur esprit persécuteur; ils tour-^ iQC^rent: . les pères et les mères ^njes inquiétant sur le, salut de leurs enfans ; ils alarmé- .jreot les époux sur la validité de leurs. nœuds; jls^ dénièrent les sacremens aux mourai^.en .b9^e^de telles ou telles opinions ; ils refus^-* root lit sépulture aux mprts, excQmjfnuj^és
034 falSTÔttlË DBS ^ACTIONS D*
seloù eux à cause ded professions qu'ils avaient exercées pendant leur vie, et les obsèques de Melle. Chamerois forent Tobjet d'une seéoe fanatique dont lé scandale s'est répété depuis aux fonerailles de Melle. Raticoun Des plaintes s'élevèrent de toutes parts^ et le ccWsul vit qu'on Favait trompé ( * ) itiais il n'était plus temps. On crut généralement que ce dangereux intérêt pour les prêtres lui avait été inspiré par le consul le Brun. Il est certaib du moins que la cour de ce troisième consul se composait de tous les personnages que letfr naissance, leur émigration, leur royalisme i^ prochaient de Fancien régime. On crffE encOfts que c'était à le Brun que Portalis avait dû son élévation au ministère. S'il est traî que ces rumeurs publiques eussent quelque Ibfndement, i! faut convenir que le Brun ne potmtk ^pas rendre. un plus mauvais service à Bbna^ parte. Paidant tout le temps de sa ptéssMiee il nf^a point eu d'ennemi» plus constaf% pkfe adïafnés, et plus dangereux cpié les prélf^ Au confessional ils prêchaient la désobeissanee âc ses ordres ; dsms la chaire, la crainte duf châtiment les* retenait ; ife n osaient pas le aoitt-
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. iBlSâ
tuer, mais leur fanatisme tomiait contre left principes philosophiques sur les quels il fondait chaque jour ses institutions et ses loix. Dans les sociétés, il n'avait point de détracteurs plus opiniâtres. Ses travaux, ses projets, ses guerres, ses exploits, ses victoires; tout était Fobjet de leur censure amére. Ils ne respectaient pas même ses mœurs. S'ils eussent justifié cette conduite par un honorable sentiment pour la patrie, ou' par un attachement raisonné pour la famille des princes qui la gouvernèrent amre'fois ; mais npn. Ce n'est pas dans l'esprit du clergé qu'il faut chercher un patriotisme éclairé, un royalisme pur et détaché de tout intérêt personnel. Si l'on jeté un oeil attentif sur l'histoire en général, et celle
de France en particulier, partout on retrouvera les prêtres uniquement occupés de leurs seuls intérêts. Leurs incendiaires prédications sous Charles VI, l'abus de . leur puissance sous Louis XL leurs bûchers sous François I. les déplorables catastrophes de Henri III. et de Henri IV. et mille autres exemples que l'on pour» rait citer, prouveraient assez que peu importe aux prêtres que la patrie soit bieo ou mal
gouvernée ; qu'ils ne font pas plus d'estime de bons rois que des méchans ; qu'ils n'envisagen que les contradictions qu'ils en éprouvent, e que la vengeance de ces contradictions est daa tous les temps le seul objet qu'ils poursuivent Jls déshonorèrent la vieillesse de Louis XIV en lui inspirant leur intolérance ; ils fletrire»! la vie du Régent en lui donnant, sous la pourpre romaine, l'exemple de la débauche ; ils bannirent Louis XV. du cœur de ses sujets parce qu'il' n'allait pas à confesse ; ils abusèrent delà foiblesse de Louis XVL en ne lui donnant que les conseils les plus dangereux dans la déplorable situation où les circonstances placèrent cet infortuné monarque. Malheureux les rois qui .s'abandonnent aux prêtres ; esclaves s'ila supoxterit leur joug, victimes s'ils le brisent. ' Les prêtres seuls rendirent la Vendée odieuse à ceux même qui attendaient leur délivrance des succès de cette guerre. Lorsque les prêtres, grâce à la mauvaise administration de Pprtalis, reparurent dans Paris, ce ne fut pas simplement par le ridicule que la populace les flagella. Ils devinrent quelqi^efois J'objet de çcénes tragiques, occasionées par le sou-e
venir des barbaries que dans la Vendée ils exercèrent sur les prisonniers que Tarmée royaliste faisait sur les républicans. Je n'en citerai qu'une, elle suffira pour donner une idée des autres. UAbbè Dernier, depuis Evêque d'Orléans, passe à pied dans la rue du Bacq. On réparait alors le pavé de cette rue- Cette opération embarassait le passage. Forcé de marcher plus lentement, il lui falut gravir quelques monceaux du sable nécessaire au pavage. A Tinstant où Ton s'y attendait le moins, un des ouvriers paveurs saisit un de ces pavés que Ton allait placer, s'approche de PAbbé Bemier, et sans proférer une parole soulève ce pavé, et de toutes ses forces le lui lance sur la tête. Dernier renversé, nageait dans son sang. On l'enlève, on l'emporte. 1,-a foule se rassemble autour du paveur : que vous a fait cet homme? lui demande t-on, pour vous être porté à cette violence? — Mon frère était soldat, repond-il froidement, il fut feit prisonnier. Cet homme le fit fusillier avec une centaine d'autres prisonniers pendant l'élévation d'une messe qu'il disait. On arrêta ce paveur. Il fut interrogé, et ne fit point