‹ Histoire de l'origine, des progrès et de la décadence des diverses factions qui ont agité la (volume 3)Chapitre 9 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je me propose d'esquisser rapidement Thistoire des plus grande factions politiques, dont jusqu'à ce jour les fastes des empires ayent gardé le souvenir. Les accès intermittens de cette grande fièvre, dont la France fut dévorée pendant vingt cinq anS, se firent ressentir, jusqu'aux Umites de l'Europe; sa contagion s'étendit plus ou moins, sur toutes les nations: la révolution française ébranla

tous les trônes, et tourmenta tous les peuples. Les mers ne furent point un obstacle à la ra« pidité de son vol ; il n'y eut point pour elle de colonnes d'Hercule; et dans le moment ou j'écris, si le cratère de ce Volcan immense a cessé de fumer, loscillation que son irruptioa prolongea sur le globe se fait encore sentir aux extrémités du nouveau monde..

Il ne faut point chercher dans les abstrac* tions philosophiques les causes de la révolu-, tion. Elle fut préparée de longue maini. par. cet esprit frondeur que Tinsouciance de Louis XV. pour Topinion publique avait fait germer. Elle fut développée par tous les élémens d'insubordination que Louis XVL laissa imprudement amonceler autour de son trône.

La moralité du^ peuple avait reçujt souji le . régne du Régent, des blessures dont elle ne guérit jamais parfaitement; elles. parurent se^ cicatriser, lorsque Louis. XV. semU^ vouloir consacrer sa jeunesse à la gloire, cette pa&sion/ favorite du français, source de toutes ses ver-- . tus commç de toutes ses erreur^ ; mais l'amour . des plaisirs remplaça bientôt dana l'ame du monar^ue^le s^tifîient des grandes choses^ et..

k; licence reprit son empire sur un peuple ton-' jours prompt à se modelcb sur les penchants de ses rois^ La guerre de sept ans, marquée par des revers trop fréquens^ n'altéra point rincurie du monarque. Il vit sans alarmes arriver une pair, ou la nation ne trouva ni ses intérêts * coœervési ni sa (Hgnité respectée. L'indifférence pk)ur la chose publique s* en accrut. On laissa sans rougir le sceptre paaeseî, pour ainsi dire, entre les mains de favorites; que leur obscure origine plaçait encore au dessousr dé rignoble éclat que répandait sur elles leur flétrissante élévation. On respecta moins le monarque qui ne se respectait pas assez. Tous le.^ liens de la morale se relâchèrent, quand ils cessèrent d'être attachés au trôiie. Lesr grands sfacrifiérent la pudeur chevaleresque au' I>ës6in de la faveur ; le sacerdoce se dépouilla de la modestie apostolique sur le seuil du Louvre; la' bourgeoise, cette imitatrice de^ cotirtisàhs, renchérit sur Timmbralité de la cour ; lés campagnes se dépeuplèrent pour re-^ crùter la domesticité, dont les myriades in-» nl3lnbrafoles fesarit inceàrsamént la navette desf

citës^iiux chat^ux, rêtbùrriafent étaler dans 1er

4 HISTOIRE DES FACTIONS l>E

villages, Timpieté et Timpudeur dont leurs pa* trons leur avaient donné Texemple* Les fî« nances de Tétat sans cesse en proye à des maiiis inhabiles; Favtdité des traitans paraUsant toutes les sources de Tindustrie; le luxe ef^ firéné conseillant les mésalliances à la noUesse» déshonorant le lin du sanctuaire, introduisant la vénalité dans les administrations^ conrom* pant la loyauté du commerce, tournant tous les vœux vers la richesse, aveuglait tous les esprits sur les moyens de Tacquerir ; le militaire fatigué par les innovations souvent ridicules, et toujours inutiles des ministres qui se succédaient à la guerre; la marine dominée par les préjugés d^un amour propre mal con* çu, écartant loin d'elle les lumières qu^elle eût trouvées dans une union raisonable avec la ma* rine conmierçante ; enfin le peuple haletant sous le poids des taxes de tout genre, des corvées de toute espèce, des vexations de toutes, les formes ; tel était le tableau de la France que des fenêtres de Versailles on n'apercevait Jamais. La cour, au milieu de cet océan de misères, ressemblait à ces îles enchantées qu'enfante l'imagination des poètes^ ou les volupté

reposent mollement soùs des bosquets de fleurs sans jamais être troublées par les mugisse'*^ mens lointains des iaers dont elles sont entourées.

Les pariemens depuis longtems n'oâraient qu'une barrière vermoulue à ce torrent de désordres. Défenseurs sans mission des droits du peuple, étrangers à la puissance législative, ils marchaieid: sans soutien; et n'ayant pas derrière emx la force populaire, ils n'étaient dmis leur résistance secondés que par des voeux.

I>épourvus d'équilibre, ils tombaient dès que le scéptK les frappait. Leur intérêt qui trop «ouvent présidait aux efforts quils faisaient pour se relever, les rendait moins précieux; et ils tenaient bien moins de la confiance que du besoin d'opposition, l'estime publique dont ils étaient entourés. Malgré leur situation précaire, ils parurent encore génans au gouvernement de Louis XV, Maupeou, homme de génie, plus machiaveliste qu'homme d'état, ferme dans sa volonté, ^cond en re« sources, n'ayant de principes que dans l'esprit, de passions que dans la tête, de ^sensibilité que dans Timagination, sentit, que la molesse

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dans lu monarque n'est qu'une mrâdé de despotisme, et que pour le icompléter, • il £Etut que la vx)ix des agens de Fautorité perce seulç dans le silence général. Les pador mens âirent cassés. Maupeou, leur suhstitua des tribunaux soumis ; maladroitmeat }I les peupla d'hommes, ou tarés, ou bafouables: le ridicple les atteignit ; en France, ç'esjt l'ange de la mort ; et le grand ouvrage fiQU; manqué. LfOuis XV. moumt, la ^solitude entoiura son cercueil ; la contagion de la maladie fut le prétexte; l'absence des larmes fut la.caiise. Liouis XVI. arriva au trône. Les scandales disparurent, et non pas les fautes* DeuK f'i^PU le suivaient ; Monsieur de Provence, ami ^d^fi lettres ; Monsieur d'Artois ami du plaisir.: la malignité n'avait dans le temps respecté qi leur père, ni leur^ ayeul, ce Stanislas ,que tant d'honorables souvenirs accompagnent en^ core. Le Dauphin, dont ils tenaient le jour^ dominé par une dévotion exagérée, écouta tro^ «ans doute, les impressions d'une société, fa^ meuse, au sein de la quelle les rois n'ont, pas toujours trouvé des défenseurs; et la Fténce en admirant les vertus de ce prince redoutait

ses principes. Il avait dùïM f édùélaitîôn de èes enfens au Maréchal dû Mïiy, Vnh dé^' jiliô' homtaes de toieh de cette eipà^é^ et le^ÛS capable de lettr dôtitieV dès qualités solrdes; ftiais peu de ceS qualités brillantes^, ^^ftiô 1n^ cessaires dans le inôiKdê que miir le IttSîëj éà la droiture de^ TéSprit, la rectitude dû jugë^ment, là fernse^ du fcaractèrè est ce ^tife Y^n attend des homtties. iJés moeurs fepariii^ht à la eour sans écarter léS jeux. Iflariô An* toinette d^ Autriche, parée des gracfes dé la jeunesse et de la beauté, lés retint à âft suiléj et leur r^dit cette dignité, efite dàiis tes ^alâiis des rois, ou ne leur enlève jamais ètihi dasK

ger ; mais séduite par là généirfeiiSfe bbntê de 8on ame, elle commit la faute de dèdàij^ét un peu ' trop l'étiquette ; chose puérile èki èîlë même^ mais non pas en Frânt^, M lé maglè des iUtisionâ est toujours tléeëââttirè. Lé fraiiçais est de tous lëd fferuplë» céltfi fttët; fëqUèllës f (Hs ne doivent janifti» isë HHâîfiârisër i àb> jourdhui à Imt piédâ^ Û lé W^ dé défiïàrt^ nm est \mi sentie ; dmàlf) ledr êgsti, s'il^ cdtnmeltent l'inifmkdetfcé de YefSàtéT un ih^ çtant,

On promit les' réformes, on promit réconomie» on promit Tordre, on promit le soulage* ment des peuples; que ne promit on pas?

Mais il faut partout que les promesses des rois soient ratifiées par les ministres* Monsieur de Maurepas, vieilli dans un long exil, rappelé par le jeune roi, reparut à la cour chargé d'années, et d'une antique réputation d^homme d'état, que ses prôneurs lui avaient faite jadis ; et que l'habitude française, de croire sur iMii dire, lui avait conservée* Son front silloné par le temps, avait bien toutes les rides coavena* blés au tôle de Mentor ; mais la légère futilité de son esprit n'avait point vieilli : il vint tmiter en se jouant de la restauration d'un empire^ dont tous les arcboutans menaçaient ruine, et pour r aider dans ce grand ouvrage il s' étaya de Monsieur de Miromenil, acteur ou crispin célèbre du théâtre de Pont Chartrain, et que son goût passioné pour la comédie (que se»

lettres de cachet ont depuis puni conune un crime dans quelques autres hommes) que son goût, dis je, pour la comédie rendait auj(yeux de l'Anacréon moderne si digne de végjiT, la justice.

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Le rappel des parlemens fîit le premier acte important du règne de Louis XVI. Ce fut sa premier faute. Bien consdllé, il eût donné une constitution aux français, qui n'en avaient jamais eu ; et cet objet, le seul important, fiit le seul au quel on ne songea pas. Il se plut à réunir les débris dispersés d'une grande idole, que le frottement des siècles avait usée, et redonnant ainsi la vie aux élémens des trouUes anciens, assura la naissance aux troubles â venir* Le coup avait été porté; le blâme ne pouvait Ten atteindre ; il ne risquait rien à laisser les choses dans Tétat ou il les trouvait; et en prenant le parti contraire il perdit Tunique occasion que jamais roi de france eût trouvée de reconstituer Tempirét sans qu'où pût Faccuser de heurter les grands corps de YétaL

Jamais Fantiquité n'offrit de triomphe sem« blable à celui des parlementaires. Ils repa« furent converts des livrées de la persécution; moyen toujours en possession d'éblouir les yeux de la multitude. On déplorait les maux iju'ils avaient soufferts ; on s'attendrissait à respect de leurs fronts décolorés ; on touchait

avec respect les traces que des climats mal tains, que des asiles pestiférés avaient nn« primées sur leurs membres vieillis. On e6t dît que ce peuple retrouvait les Pérès de la patrie, Échappés aux fers de quelque Tamer=^ Ibh moderne. Ils virent avec orgueil ce dé^ Youement populaà^ ; leur morgue s'en accnit ; ils rentrèrent moîiis en magistrats qu'en véiA^ queuro dans leur» sombres et gothiques e&[Â-^ tôles ; et jugeant de leur importance pnt leUt rappel, affectant la fierté romaine, et meiuraM ie trône du sommet de leur gloire, ils jurèrent mentalement insobordinaticm et résistance à Itf ttiain, dont la munificence les retirait dé ls( poussière et de Toubli. Dès lors la lutté s^ôâ^ mrit entre le diadème et la togê; et d&pttid leur triomphe jusqu'à leur chute rév(>lutt^!^ ittire, ce ne furent plus qu'enrégistreiâcmer re^ lilsés, que remontrances séditieuses^ qn^ pro^ Tocations multipliées aux actes arlntrairefii, au^l Ëts de justice, aux mesures de répréssioh*; et par l'impolitique indécence de ces tiraillemens suns tesse raiouvellés, ou eût dit quelë Di#if de la discorde les eût chargés de façôhtter pàf leur exemple le peuple à l'indiscif^iney et d^ae^

tA RJeVOÏ-PTION PB ANÇAIfeB. ' 11

célérer Fheure fatale, ou tous les liens entre les sujets et le monarque devaient être lom*-

pus.

Le second acte majeur de Louis XVI. fiit la protection accoidée à Tindépoixlance âms^ ricaine. Je n'examinerai point si les ^rie& de| Etats unis étaient fondés^ ^ si la ruptui^ mw^ la mère patrie était approuvée par la jusdoa Cejtte matière est trop loin de mon siyet. Je ne considérerai ici cet ai^te de Louis XYL^què relativement à Tinâuence qu'il^ eut sur la révo» lution française. L'exemple k plus danger*»

^u^ qu'un roi puisse donner à son pejupl^ c'est d'encourager les sujets des autres mom nrarques à se dégager de leur autorité. Il àèm ypiLe aux siens une venté toujours redoutablf pour les trônes^ c'est que les peuples n^oi4^ qu'à vouloir pour être libres, et il ne réfiechA pas que lorsqu'un roi déserte la cause des roû^ des représailles non moins fune^ftes pour ,luî l'attendent à son tour.

Louis XVL en appell^t par cette guerre l'attention de la France /sur l'Amérique donnil impradement l'essor aux idées iiouvelles de liberté» de républic^msn^e, d'esclavage brisé i

rimpulsion était donnée ; il n'était plus temps de l'arrêter ; tous les vœux se portèrent vers Washington ; toutes les félicités furent in^ voquées sur la tète de ses compagnons; on n'appela que leurs succès; on ne rêva que leurs triomphes; le noble héroïsme de la li« berté pénétra dans tous les cœurs; de jçunes guerriers sollicitèrent Thonneur d'aller mou* rir sous les drapeaux des Américains; nos théâtres célébrèrent leurs exploits ; les rues retentirait d'hymnes triviales à leur gloire ; la lice fot ouverte, et le nom dé la Fayette fut entendu pour la première fois ; Eh ! Ôue l'on ne se figure pas que d'anciens ressehtimens contre l'Angleterre se glissasent dans ce mouvement général! Depuis long tems la philosophie avait éclairé les français sur la misérable puérilité de ces rivalités nationales, . de ces haines d'homme à homme outrageantes" pour la nature, Ces^ chimères étaient reléguées dans les cabinets de la politique: non, c'était le sentiment de ses besoins que le français éprouvait. Le livre des destinées lui semblait ouvert sur les rives de Philadelphie, et il hâtait de ses voeux l'instant ou le peuple

LA RÉVOLUTION FRANÇAISB* 13

Américain aurait lu la page qui le concernait, pour se saisir à son tour de la page qui lui était réservée. . ^

Cependant un fermentation sourde se laissait appercevoir depuis Tavénement de Lotds XVI. au trône* Des émeutes à Paris, et dans plusieurs autres endroits, avaient éclaté, même avant son sacre. L'enlèvement des grains avait été le motif apparent de ces agitations populaires. On sait depuis long temps que quand on veut mettre le peuple en mouve« ment, il suffit de 1 inquiéter sur les subsista ^nces, et c'est la tactique ordinaire des pertur* bateurs: il fallait employer les troupes pour réprimer ces desordres; et ce n'est pas sans danger qu'où use de ces sortes de moyens. Il serait à désirer que les gouvememens se do^ nassent un peu plus la peine d'étudier le cœur humain. Il est rare qu'ils ayent sous leurs^ mains, ou pour mieux dire il est presque tou-jours impossible qu'ils ayent à leur disposition des troupes étrangères, pour tenir en respect une multitude soulevée. Ce sont donc des troupes nationales qu'ils emploient dans ces occasionsr^ Qu'arrive4-il alors l Le soldat e$t

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rarement disposé à la sévérité, qtiand il s^agit de frapper de» hommes qu^il regarde comme ses compatriotes* Le calme se rétablit» Le soldat se mèie alors parmi ce même peuple, contre lequel on l'employa* Ses parens, ses aœis^ ses connaissances lé blâment ; on essaye de le fiaire rougir d'avoir prêté son ministère à des actes de rigueur, que le peuple est toujours disposé à regarder comme arbitraires.

Si l'occasion se renouvelle, ce soldat est phis lâéde pour exécuter les ordres de répressionqi/il reçoit: à la longue enfin il cesse d'obéir ; et souvent, lein de venger l'autorité, il se range au contraire du coté des hommes^ contre lesquels on prétendait le faire marcher. Le gouvernement français a fâbïi la triste expérience de cette vérité, à l'époque de la^ révolution. Combien de régiments se déclarèrent pour la cause populaire; et pourquoi?

Parce que les gouvememens monarchiques ne^ se souviennent jamais que le soldat est peuple; que l'on a beau dire que le militaire est un^ instrument passif, dès que vous mettes sa seti^^ sîbilité en cQntact avec l'intérêt de sa ca^try^ cet instrument vous échappe parce que la na^

LA RÉyOLUTIO^ir FRANÇAIS». 15

ture le veut cânsi, et q^ la nature est Tau-^ torité première* C'est e» cela que le mode de la. conscriptioû était préférable à rancien mode de, recrutement, parce ^u'il jettait dans les^ rangs des militaires iaS^rieurs, des homme& de toutes les dasç^s; et que par conséquent^ il sy en trouvait, un ^ plu p grand nombre ïaté^ ressé. au maintien de Toixire , et au respect des propriétés.

Tandis quQ ces agitations. partielles démon* traient assès, que qijûsdqué puissance invisible se plaisait k, travailler le peuple, (pour me servir ici d'une expression, qu4 laxévolution à con* sacrée,) il s'établissait \m système de décon*» sidération non moins funeste. Jamais les pnK ces scandaleux ne furcmt plus fréquens. Il semblait que Ton s'attachât à rendre les grands et les nobles méprisabl es aux yeux de la na** tion^ par l'audace avec lia quelle ou les tradui-^ sait, devant les tribunal |x, et par les inculpa* tions odieuses qui faisai<^t presque toujours la base de ces grande» ca uses, dont les faits ex« traordinaires éveillaient, chaque jour la curio-i site, dont les: plaidoyers prêtaient matière à raille commentaires calomnieux, et dont le

dénouement, quel qu'il fut, portait constamment atteinte à Testime que Ton devait aux acteurs de ces drames judiciaires. Entre mille de ce genre, il me suffira de citer ceux de Morangiés, de Lalli ToUendal, de Chabrillant, de Le Mounier, de Du Pati, du président du parlement de Pau, des la Boulbène, du Maréchal de Richelieu, du Cardinal de Rohan surtout; procès vraiment extraordinaire, inextricable labirinthe bâti par Tintrigue, ou Ton cherche vainement la route qu'à suivi la vérité ; ou Ton rencontre à chaque pas ce que le rang offre de plus élevé, ce que le charlatanisme présente de plus audacieux, ce que Kmprobité réunit de plus ^pnté, ce que Fescroquerie rassemble de plus vil! Ce vaste système de déconsidération était si bien Teffet d'un plan précurseur de cette révolution, que Ton verra bientôt renverser avec fureur tout ce que la nation avait respecté jusqu'alors.

L'on essaya même d'étendre ce système jusqu'au trône ; et par une question, perfidement jettée dans le pubUc, pendant le procès du cardinal, on osa mettre en délibération s'il n'était pas dans la justice^ que la reine fût^

comme tous les autres personnages impliqués dans cette grande affaire, soumise aux interrogatoires, et confrontée avec le Cardinal de Rohan. Cette insolente absurdité trouva d^un coté des défenseurs, et de Tautre un peuple mouton pour Tappuyer et y aplaudir.

Les brochures anonymes pleuvaient de toutes parts, et secondaient cette fausse et dangereuse direction que Ton donnait à Topinion. La pluspart de ces brochures respiraient l^athéisme ; • et tandis que Ton accoutumait le peuple au mépris pour les grands, on afaiblissait encore en lui le respect pour la divinité, et on le préparait d^avance à envisager avec moins de scrupule les excès ou Ton se proposait de Tentrainer, en effaçant insensiblement de son esprit toutes les idées de la morale. Ces écrits avaient encore un autre danger ; en remettant tout à la fois en question, et les droits de Tétemel, et les droits du trône, et les droits des honames, ils jettaient la division dans les hautes sociétés mêmes; ils y étaient lus avec avidité; chacun prenait parti suivant ses préjugés, sa raison, ou ses

affections du moment; ainsi Taigreur de la

dispute accoutumait à rendre moins chers les liens du sang, de Tamitié, et des égards. L^on se souvient assez combien ces malheureux dissentimens arrachèrent à la France de citoyens, dont la présence et Tunion eussent, à coup sur, prévenu bien des matix.

Le gouvernement peut être ne s'occupait pas assez de la marche lente, mais progressive, des orages que Ton voyait s'amonceler insensiblement à Thorison. Louis XVI. né pour être un excellent roi sur un trône paisible, n'était pas doué de toute la prévoyance nécessaire dans un état, ou l'amour des nouveautés parraissait être la passion dti moment. Mesuré dans ses delassemens ; simple dans ses goûts ; uniforme dans ses affections ; une sorte de nuance bourgeoise était répandue sur sa vie, et cette bonhommie l'exposait souvent aux sarcasmes malins du français. Peu sensible aux arts; leurs préférant les métiers ; en plaçant même quelques uns au nombre de ses occupations favorites; s' ennuyant au théâtre des chefs d'œuvres de Corneille et de Racine, et réservant ses aplaudisemens aux triviales bou foneries des Bordier et des Volange ; chassant

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flouvent ; jouant peu ; ne dédaignant pas la littérature, mais sur cet article trop asservi aux jugemens des prêtres, contre lesquels son amé religieuse ne le mettait pas assez en garde ; assidu au conseil, y parlant peu, ny décidant jamais ; conservant souvent ses ministres, moins par estime, que pour s*éviter la peine d*en choisir de nouveaux ; peu sensible en apparence, mais jamais inhumain; plus charitable que bienfaisant; louant rarement, ne blâmant jamais; écoutant tous ks avis, mais incertain dans leur choix, et ne s^arre'ttant pas toujours au plus sage ; saisissant facilement la vérité, et cependant lent à se résoudre ; tel était Louis XVI. Bon père, bon frère, excellent époux, ami fidèle s^il était donné aux rois d*avoir des amis; possédant beaucoup plus de qualités royales dans le cœur que dans la tête, il eut été le meilleur des monarques pour la France, s'il eût succédé à Louis XIV. et fut celui qui^lui convenait le moins en succédant à Louis XV.

Sans vivre éloignés de lui, les princes de sa famille ne Taprochaient pas assez ; et par conséquent échappaient trop aisément à ses re-

gards. Peu importait relativement à Monsieur, que son goût pour la culture des sciences et des lettres livrait aux charmes d'une vie retirée. Tranquille au Luxembourg, quelques hommes distingués partagaient ses plaisirs et ses études ; et les intrigues de cour ne venaient point troubler cet azile des muses. De là vint cette dénomination de faction des philosophes, que recurent les courtisans de Monsieur, quand ce mot de faction devint le titre banal que Ton appliqua à toute société, dont ropinion différait de telle autre.

Monsieur d'Artois, plus jeune, plus ardent, était ce que Ton appelle français dans toute la force du terme. Paré des grâces de la jeunesse, fastueux dans sa dépense, magnifique dans ses manières, affable dans son abord, léger dans ses affections, toujours prince jians ses amitiés, souvent démocrate dans ses amours, les plaisirs formaient son importante affaire, et la politique à coup sur était ce qui l'occupait le moins. Il marchait jsuivi de cet essaim brillant de jeunes seigneurs, aimables ministres de la frivolité, volages amants de la mode, de ces petits maitres enfin, dont les esprits futil^

traitaient des affaires d'Etat comme on traite d une broderie on d'un parure, et croyaient voir toute la France dans leurs cochers et leurs jokeis. On pourrait dire que cette cour était une espèce de succursale de celle de Ja Reine. Cette Princesse auguste ajoutait à la sienne toutes les femmes qu'un sang illustre et surtout la beauté rendaient dignes de l'aprocher ; tous les hommes distingués par Téclat de la naissance, par les qualités de l'esprit, ou par l'excellence des talens agréables, étaient facilement introduits dans ce cercle. On eût dit que les plaisirs étaient Tunique mobile de cette cour brillante ; eh bien elle était le foyer des grandes ambitions, et c'était au sein de ce temple des amours que la reine, cachant avec art à tous les yeux Tétendue de sa puis* sance, gouvernait tout à la fois et sou époux ^t le royaume. La nation s^y méprit, et ne fronda que Ténormité de sa dépense ; et cette méprise empêcha la majorité des frap^^is de distinguer une partie des ressorts de la révolution, dont ils ne purent dans la suite comprendre le jeu.

Las autres princes de la famille se dis* tinguaienï entr'eux par des nualaces tran-

chantes, La maison de Condé entourée à ChantilU de grands souvenirs, associait les délassemens de Tesprit aux sentimens de Thé-^ Toisme, et les lauriers du Vainqueur de Frid-» berg assuraient au trône de nouveaux dévouemens : tandis que renfermé dans son palais du Temple, le Prince de Conti, dans sa franchise honorable, blâmait sans ménagement et les hommes et les choses, et dans sa censure au-, stère n^épargnait pas même son propre fils, qu^un caractère plus souple rendait plus docile aux volontés du monarque.

D^autres sentimens, d^autres vues, d^autres intérêts prévalaient au palais royal. Le Duc d'Orléans père, ce bon cet excellent prince, était mort. Son fils héritier d'une fortune im« mense, destiné par son mariage à voir passer sur sa tête les énormes richesses de la maison de Penthiévre, avait laissé percer sa sordide cupidité dès Tinstant même ou les yeux de son père avaient été fermés. Il n'avait respecté aucune de ses dernières volontés. Les plus intimes confidens, les plus chers les plus fidèles serviteurs de ce père si digne d^un autre fils, avaient été dépouillés des bienfaits de leur

maitre. Le nouveau Duc d'Orléans n'avait pas même honoré la mémoire de ce père, *dans la personne qui lui avait été la plus chère. La Duchesse de Montesson n'avait pu conserver de son auguste alliance que ce que la rapacité de son beau fils n'avait pu lui arracher. Cette rapacité s'était étendue jusque sur la vaisselle et les bijoux de cette veuve désolée; et la bassesse avait été jusqu'à lui renvoyer un portrait de T époux qu'elle pleurait, privé du cadre de brillants dont sa générosité Tavait entouré. Une jeunesse licencieuse consumée dans les orgies, dans la société des courtisannes, et dans les excès clandestins et nocturnes, avait annoncé de bonne heure dans ce Prince Tabscence des principes, et le penchant à la corruption. Des spéculations mercantiles, telles que les enormei? bâtisses sur l'emplacement des quinze vingts et de l'enceinte du Palais Royal, décelaient en lui un amour pour Targent peu digne de son rang* Safoible conduite au combat d'Ouessant avait encore affaibli le peu d'estime qu'on lui portait, et rindifïérence qu'il avait montrée dans une injure personelle que sa sœur iMadame

la Duchesse de Bourbon avait reçue, avait achevé de lui ahéner le cœur de tous ceux â qui la délicatesse était chère. Mais 00111* munément ceux ci forment la minorité dans les grandes cités. Quand on est prince, quand on est riche, quand on est corrompu, on trouve toujours de nombreux partisans.

Monsieur d*Orleans était d*une taille élevée. Son teînt couperosé attestait les déré-p glemens de sa vie ; mais sa figure était prévenante et agréable, Il se montrait fréquem* ment à pied dans les rues. Il se laissait facilement aborder. Cette popularité naturelle, ou affectée, charmait la multitude. Il voyagait souvent en Angleterre, Personne n*i*gnore la prédilection ridicule des français pour les modes de ce royaume. A cette époque les écrivains philosophes célébraient la sagesse de la constitution Anglaise et ils avaient rai-ison ;— à cette époque les femmes et les petite maitres, plus ridicules que les femmes, poussaient Tengouement pour les modes Anglaises jusqu*audétriment même de l'industrie de leur propre patrie, et elles avaient tort.

Monsieur d'Orléans allait couvent en Angle»

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terre ; • donc il était un homme sublime^ un homme admirable. La vérité était que Monteur d'Orléans aimait beaucoup l'Angleterre, et non pas les Anglais. Peu lui importait la sagesse de leurs loix ; mais la liberté de Londres lui importait beaucoup. Il y échappait à tous les regards. Cet amour apparent du Duc d*Orléans poiir les Anglais, fîàt dans la suite la cause de toutes les calomnies contre l'Angleterre, dont les chefs des différentes fao tions infectèrent la çréduHté populaire, pour rejetter sur la politique de cette nation les excès dont eux seuls se rendirent coupables.

Il n'est donc pas hors de propos de la justifier dès Torigine, en ne laissant pas l'opinion de la postérité vaciller sur les motifs qui guidaient d'Orléans à Londres. Ce n'était ni des conseils, ni des appuis qu'il y venait chercher ; c'était plus de liberté dans la licence.

La malignité s'autorisait de la bassesse de ses goûts, pour remettre en lumière la conduite peu réglée de sa mère; et on lui cherchait, on lui supposait un père dans une classe d'honmies bien étrangère au nom qu'il portait. Mais tel est le peuple ; cette méchanceté ne

le fit point décheoir dans son estime ; on eût dit au contraire que ce peuple goûtait un certain charme, à trouver, entouré de la splendeur du rang, T homme que dans son imagination il n'était pas fâché de faire redescendre à son niveau; et la bassesse de Torigine supposée de ce prince, s* il eût été possible à la médisance de la prouver, n*eût alors été pour lui peut être qu'un titre de plus à Tamour de la populace.

L'intrigue, toujours désireuse des troubles publics, parce que c'est pour elle l'instant des moissons, crut voir dans le Duc d'Orléans un homme selon son cœur. Des trésors assurés, un prince sans mœurs que l'on peut aisément diriger, et le premier nom du royaume derrière lequel on peut se cacher, — que faut-il de plus pour allumer, et les grandes ambitionis qui peut être avaient échoué aux pieds du trône, et les ambitions subalternes plus dangereuses encore, parce qu'elles exécutent les attentats que les premières méditent? Le palais royal devint le Sanhédrin de toutes les cabales, de toutes les charlataneries, de tous les vices. Les femmes que leur haute qualité

ne garantissait pas des traits mordans d'une satyre méritée; les hommes d*mi haut rang que Tinsousciance de la réputation rendait indifférents aux clameurs de leurs créanciers et au décri public; les charlatans toujours féconds en promesses, et dont la richesse se fonde sur rimbécille désir que le dérangement des mœurs et des fortunes, inspire aux esprits faiblés de consulter 1* avenir ; les saltinbanques, les histrions politiques, qui comptent saisir les rangs et les honneurs au lùilieu des bouleversemens sociaux, ou leur médiorité ne s'aper-coit pas; les libellistes dont la plume est toujours vendue au plus méchant, parce que le méchant est forcé de payer grassement ; les poètes sans pudeur toujours prêts à chanter ou Tibère, ou Titus ; enfin Marat, Danton, Ana;charsis Cloots, Beaumarchais, La Claux, Du Buisson, et milles autres factieux subalternes affluèrent attour de Taltesse royale, toujours préconisée, toujours encensée par cette horde mercenaire, que vinrent renforcer dans la suite des talens d'un toute autre importance, Mirabeau, Céruti et d'autres personages non moins marquant dont je tais le nom parce

qu'ils vivent encore ; telles étaient les trom« pettes dont la renommée usait chaque jour pour publier dans la capitale les vertus de leur maitre, tandis que les courtisanes, célèbres, répandues dans tous les quartiers, comme autant de proconsuls de ce César de la débauche, faisaient filtrer dans T esprit de leurs diurnes amants un estime plus on moins forte pour le Dieu qui les salariaiait, et multipliaient de la Borte à rinfini Jçs linéamens de Topinion favorable a ses vues.

Cependant le temps marchait a grand pas.

Les finances étaient entre les mains de Mr.

de Çalonne, Le fameux compte rendu de Mn Necker avait semé Talarme. Il avait régi les finances en banquier, et les quitta par 4m un Bilan. Ses ennemis n'y virent qu'un détour astucieux pour se faire rappeller. Les gens sages n y remarquèrent que Tembaras du trésor public. Le déficit était accru, tous les services arriérés, les emprunts difficiles, la solidité de la caisse déscompte incertaine. Mrl de Calonne fécond en résources, soutint le crédit public avec un art inconcevable. Ne ployant jamais sous ce fardeau dont le poids menaçait

à chaque instant de l'écraser; portant dans la société un esprit libre en apparence de tous soucis; assaisonnant ses discours de cette finesse dans laquelle le français excelle; obligé de se soutenir contre le roi dont il n'était pas aimé ; Mr. de Calonne avait eu le grand art de dominer la Reine, en fournissant sans examen à toutes ses dépenses, et en mettant en œuvre une multitude de ces galanteries spirituelles dont les hommes d'Etat savent tirer tant d'avantage pour affermir leur crédit. S'il est rare que les rois ne s'y laissent pas surprendre, leur effet est bien plus certain encore auprès d'une Reine; par cette seule raison qu'une Reine est femme. Ce fut ainsi par exemple qu'ayant eu quelque vent qu'au voyage de Fontainebleau, époque presque toujours marquée depuis nombre d'années par la chute de quelque ministre, il serait possible que le roi lui fit redemander le porte feuille, cet habile courtisan se prépara d'avance, et dans le plus profond secret, à parer le coup. En effet le voyage eut heu, et le renvoi prochain de Mr.

de Calonne était la nouvelle <{ue partout on se disait à l'oreille. Mr* de Calonne dont la

SO HISTOIRE DES FACTIOlTS DB

sérénité ne se démentait jamais, entre tin ma» tin chez la Reine sous prétexte de lui rendre compte de quelque affaire. Après quelques minutes d'entretien, il bannit de sa figure la gravité^ ministérielle qu*il avait conservée jusque la, et la remplace par ce sourire persuasif et flatteur dont il savait si bien animer ses traits quand il en avait besoin* J'ai Madame, dit-il, une grâce à demander à votre Majesté — Quoi donc? — C'est de me permettre d'offrir à Monsieur le Dauphin un misérable joujou dont cet auguste enfant pourrait s'a^ muser un instant. La reine connoissait l'esprit de Mr. deCalonne; elle se met à rire — ^Très volontiers lui dit elle; voyons donc ce joujou. — Je suis vraiement honteux de mon importunité, mais il faut pour le voir que votre majesté daigne se mettre un moment à son balcon.

Les fenêtres sont ouvertes. Le Reine s'avance; que voit elle ? Un petit petit Carosse, de la forme la plus élégante, enrichi des peintures les plus précieuses, attelé de huit chevaux parfaitement semblables et de la plus petite espèce, conduit par un cocher de cinq ans, et par un postillon de trois ans, et escorté par

trois valets de pied de quatre, enfans que leur figure enchanteresse eût fait prendre pour des amours, revêtus de la livrée de Monsieur le Dauphin; et le carosse, les chevaux, les gens arrêtés au pied du grand escalier, ou ita semblaient attendre les ordf es de leur maître. C*est charmant ! c'est déUcieux ! elle court chez le roi. Venez, venez donc voir. Calonne est un magicien ; c'est pour votre fils ; c^est la plus jolie chose ; c^est un prodige. Le roi la suit, la cour se rassemble, on admire ; on figtit manoeuvrer Téquipage; le petit Dauphin se jette au col de Calonne; c^est un enthou^ siasme, c^est un enchantenent. Maintemant, comment renvoyer un contrôleur général des finances capable d'un trait semblable? La Reine pendant plusieurs jours ne tarit point sur son éloge. Le roi n*osa poursuivre soa projet. Les rivaux se turent; les courtisans encensèrent ; et Calonne triompha.

Cette anecdotte, sur la quelle je me suis arrêté un moment, prouve bien Tesprit du mi^ nistre; mais ce n'était pas assez que Tesprit pour guérir les plaies de Tétat. Elles étaient profondes ; la resource des emprunts était il«

lusoire. Le compte de Necker avait tari la confiance. La refonte des monnayes n'avait rien produit, et le déficit était énorme^ Après la guerre de l'Amérique il était de sept cents trente trois millions. Il monta sous Mn Necker à quatre cent soixante de plus. Fleury et d'Ormesson, par leur impcritie, Taugmenté^ rent de trois cents soixante et. douze^ Caloonef malgré tous ses talens, T accrut de deux cents soixante. La dette publique était donc d'un millard huit cents quarante milions à peu piés. Quel Dieu eût pu combler un abime semblable ? La monarchie était sur le bord du précipice. Toutes les parties de ce grand tout, allaient se disjoindre. L'écroulement était prochain. Necker avait jugé convenable de prostituer sa responsabilité,' en initiant le publie dans ce secret ; Calonne trouva plus sage de se débarasser de la sienne en la faisant tomber sur la tête même de la nation. S'arrêtant en homme de génie à une théorie nouvelle, il conçut un impôt sur le timbre, et un impôt territorial, et parvint à force de méditations à se convaincre que c'était l'unique moyen de parer au déficit Maia il fallait une grande sanction à la bar-

diesse de ce système. La puissance roy^ale qç pouvait roffrir. U^entimeait m^me des pax^ lemens, eu supposani; qu'oa Teût obtenu» cç que leur opiiiiatre résistance à tous les ç4itf ne permettait pas d'espérer^ ^assentiment, dis je, des p^rl^mens n^eût pas été une garanti/^ certaine dç; H constante réussite du système* Il fallait donc une auljorité dont la formation tint quelque cho^e de la repréisiç^it^tipn na^ tionale, et dont les résolutions eussent a^ çuj^s Tair d'être le résultat dç la^ volçpté, du pe^^ple. Vn^ assemblée de notablei^, atteignait, à pjsu près le but. Lç. çoi sei;i;tit cette vérité, ^t \^ convocatioi;! de cette assemblée fût résolue, maif la maladresse, ou l'imprévoyance, ou rirçcr flexion, présida au choix ^e^ membres d^. çett^ assemblée. Qn n'y apjpjçlla que U haqte x^<>r blesse, quc^ la bavite magistrature^ qu^ Iç ||\i^Ut; clergé ; c'pst à dire tous les hommes qi<e leurs grandes profirietès;, Sliyetes paç co.nséqueçit auij ph^s fréquentes mutatiopst repdai^t ennenois oés du ssyst:ên»e que Yçn prétendit établir ; e^ la seule classe de la natiçi^ 4 qu^ }] iinporta^^ yraimeat que le déficit fàX rempli, c'est 4 dire le peuplq, ftdtt 19^^ ^ide oubliée. Il vfi fût donc

34 HISTOÏEE D]$8 f ACTIOl^S DE

pa3 difficile à Mr. Necker, dont Tambition de rentrer au ministère ne s^était point affaiblie, de faire glisser son esprit de rivalité et de ja>» lousie parmi cette réunion d'hommes, que leur intérêt individuel éloignait du plan proposé, et de faire échouer le projet extraordinaire, mais sage cependant, de Mr, de Caloime. Mon ne pouvant sauver la France, il lui falut re« noncer ou Contrôle-général, ou le bien lui de* venait désormais impossible à faire ; et il est à remarquer que ce même impôt du timbre qui provoqua tant de clameurs quand le roi quelque temps après voulut remporter de haute lutte, et que l'on peut regarder comme Tune des causes principales de la révolution, il est à remarquer, dis je, que ce même impôt futf pour ainsi dire, le premier que Yon adoptft quand on voulut dans la suite revenir à un ordre de choses plus raisonnable, et qu^îl fut alors préconisé par la majeure partie des per*i sonnages qui l'avaient quelques années avant !\ repoussé avec une sorte de fureur ; et voila Im jugemens des hommes.

La mauvaise issue de cette assemblée fîh meuse ne fit qu'accroitre les anxiétés. Le raii

LA ■ RÊVCFEUTIOK FR'A JNTÇAISE; $5

jxour la première fois de sa vie, ne consultant personne choisit un contrôleur général et choisit mal. Cette erreur fait honneur à son cœur.

Il crut qu'un honnête homme était ce qu'il felait dans une place semblable. Il choisit donc Mr. de Fourqueux^ conseillier d'état, ancien procureur général de la cour des comptes. Le bon homme sentait sa nullité,. i^ résista kmgtems. Enfin il fut contraint à céder. Son règne fut à peine d'un mois. Mr. Laurent de Ville deuil le remplaça ; et bientôt après, celui . ci le fut par Mr. de Lambert, conseillier d'état. Ces rapides changements de ministres des finances prouvaient aasez ^impossibilité on l'on était de tirer l'État de la situation où il se trouvait. Il né pouvait en sortir que par une crise violente', et cette crise approchait. Alors parrut un homme dont l'élévation fut aussi courte que brillante, et dont le passage ne fit qu'ajouter aux embaras du moment; Mr. de Brienne, archevêque de Toulouse, fut nommé président du^ccmseil des finances, et quelques jours aprèa premier minisl^. Il est difficile de réunir tout à la fois une ambition plus dé^

mesurée à une abscence de moyens plus conK

36 HISTOIEE D£8 FACTION'S DE

plette. Il fit monter après lui au ministère de là guerre son frère, le Comte de Brienne,

homme excellent par le cœur, plein d^hônneur, dé probité, de bonnes instentions, majts trop faible pour un semblable fardeau. UArche^ vêque roula dans un cercle vicieux de ]inrojeb mal conçus, et selivra à une espèce de devers gondage d^idées incohérentes, qu'il afliéhait avec une jactance voisine du ridicule. H n'avait ni la éonfiance, ni l'amour dtr public ; et soit prévention, soit justice, le dédain éf&if toujours le premier sentiment que Yùn^ éo cordait aux mesures conçues par sa Miiier?é.

Son chef d'oeuvre fut cette cour plémere qu'il inventa pour tenir Heu dé parlement ; ' raoni! stmosité politique, dont l'existence plmiita»magôrique s'évanouit comme un songe, et doiit l'idée avait souri à Tirtiagination bizare de'cc premier ministre, parce que selon lui elle nous reportait aux premiers temps de . la mofliârchie.

- J'ai dit, pour tenir lieu de parlement. ' Ufa exil général venait de frapper ce colosse. Jamaia lit de justice n'avait été plus orageux que celm où le roi voulut l'enrègistreniettt de céa impots

LA eIyolutiok française, 37

du timbre et teriitorial. .Là fut prononcé pour la première fois le mot si redoutable, états GÉNiit AUX. Le parlement fut exilé à Troyes.

Cette rigueur loin de calmer les esprits ne fit que les irriter d'avantage^ La roideur fies parlementaires se communiqua aux autres cours du royaume avec Ja rapidité de Tétincelle, électrique* Monsieur et Monsieur d'Artois porteurs des édits, sont accueillis à la cour des comptes, et à la cour des aides, par les pro« testations le plus énergiques. Le peuple ne respecta pas même leur présence, et des huées marquèrent leur passage dans les rues. On accumule foiblesses sur fbiblesses ; le parle* ment est rapellé, et payant Tindulgence par la révolte ouverte, il déclare à son retour qu'il n'enregistrera plus désormais aucun impôt et qu'il n'est pas compétent pour le faire.

On peindrait difficilfement l'espèce de stu-' péfeu^tion ou une déclaration aussi subite, aussi inouie, plongea la nation et même la cour.

On vit avec une sorte de terreur cette grande et antique magistrature, que le passage des 4siecles n'avait pu faire fléchir, abandonner tout à coup un droit que sous tant de règnes elle

38 HISTOIRE DES FACTIOKS D£

avait affecté avec tant d'curgueil^ et scMivent tf arrogance ; et tel est le déplorable »rt de la vieillesse pour les nations comme pour les individus, que la plus légère altération dans le régime leur semble le signal de. la mort. Les parlemens de province, panégyristes et complices de leurs confrères de Paris, semUeitt s'entendre pour aggraver les inquiétudes, et multiplier les embarras du trône. Lesremontrances les plus virulentes, les arrêts les plus incendiaries, les outrages les plus directs contre le ministère, parviennent de tous les pointfrdu royanme. Dans cet état d'agitation, non pas public encore, mais tout au mois. méatal^ :1a dangereuse étourderie de Mr. de BriemiB. en^* faute un projet de . cinq emprunts à la ^ûa Une séance royale est anoncée. Le. «m» y parait avec tout Téclat de la dignité rojàksi . entouré des princes de son sang, des ducs et pairs, des grands du royaume. Là, les létob généraux sont demandés par vingt quatre OQ^ teurs. Jamais Téloquence française ne déploya plus de caractère, plus d' énergie^rj^phis de vigueur. Fréteaii, Sabathier, Despresmenil surtout, ajoutèrent Taudace aux grands moavep

LA nèvOLVTlOlS f EAKpAISB. 39

mens de la tribune. Louis XVI. ému, touché, prêt à céder à tant de voeux, mais endurci par les conseils de son premier ministre, serap* pelle qu'il est roi. Il faut enregistrer. Il le veut. On se disposait, on commençait à obéir, quand soudain Monsieur d'Orléans se dévoile.

H proteste contre l'illégalité de l'enregistrement ; et voila tout à coup un point de raliement, inattendu peut être, offert aux mécon^ tens. Un regard de mépris fut la réponse du monarque. D'Orléans fut exilé. Que de rois essent osé d'avantage.

Mais si dans des momens il n'osait pas assez dans d'autres il osait trop. Mr. d'Orléans citoyen eût mérité des statues ; Mr. d'Orléans mésestimé fut blâmé. Tous les gens de bien applaudirent à son exil. Mais tous les français s'indignèrent de la prophanation du temple de la justice. Des troupes nombreuses cernèrent le palais des lois. Les agens de l'autorité pénétrèrent à main armée jusques dans la^ Grand-chambre, ou toutes les chambres étai^t assemblées. Sabathier, Fréteau et quelques autres, furent arrachés de leurs chaises curules, jettes dans des voitures de poste, conduits par

40 lilSTbiKE DES FACTIONS DBf

des 'exempts de police aux extrémités dn irôy anttie^ et reriferrtiés dans Ues châteaux forts. L'éclat parut odieux, et il Tétait* On cria à là tjrtinnie, et malheureusement pour le ^gôu* vemement, sa conduite dans cette circohstenée légitimait ce cri. Ce n'est pas que le patiemment fut vraiemetit aimé, mais il est pour cei^tétines institutions une sorte de respect qu^eHes reçoivent de leur antiquité même. Cette ma?gie s'étend jusque sur les monumens qu'eHes habitent. L'homme divinise ce que le temps épargne, et l'inviolabilité la phis sacrée est partout un attribut de la viieillesse. Le viol du palais de justice parut un attentat. Sotts \t Ligue jadis, la féroce et criminelle audace des seize le commit. ■ La cour essuya tout l'oppmbre du parulelle. Le mal fut grand. Léar pèiv turbateurs saisirent la fortuite aux cheveux. Ils volent semer partout les poisons de la haine. La^pferfidîe Jes guide, et le trouble leslsiiit. Les tribunaux sont fermés. Les avocats ae taisent. Le peuple demeure sans* justice,» ^fe crime sans juges. Cette foule immense dfe^ jeunes gens, que la chicane retient soùs ^es drapeaux, s'ameute, se sottleve. Le signal des

LA RfevOXU^ION FRANÇAISE. 41

t^xcèsest donné ; nous sommes à la créatiaA du siècle révolutionnaire. CTest le jour de Caïn ; le firére frappe le frère ; le premier sang coule; d'autresf acteurs répétât dans les provinces ces scènes de discorde. Le préseirt:

ûUarme ; Tavenir menace ; et par une circôiistance non moins funeste pour la cour, il faut qu'à cette époque la Hollande placée sur les rives dé la France soit elle même en proie aux convulsions révtdutionhaires, et présente à nos factieux un exemple ou trop inhabiles encore ils puissent se former au grand art des discordes.

Victimes de ses fautes et ne les soupçonnant pas lu cour flottait incertaine. Les ministres, les fonctionaires divers étaient chaque jour congédiés et remplacés. Chaque jour ainià amenait des avis nouveaux. Où n'en suivait aucun ; mais on en écoutait trop. On cherchait une tête, on ne trouvait que des hommes. On ne parlait que des dangers de Fétat. Toute la chaleur était pour les ^^ peindre; tout était de giaee pour y remédier. Le clergé surtout renchérissait sur cet égoisme impie. Toutes ses veines engorgées par la graisse de ht terre

le retenaient paralisé dans le sein de son antU chrétienne opulence. Peu lui importait que tout périt, pouvu qu'il conservât sa richesse ; et la postérité le croirat«elle, qu'un ordre qui se disait avec orgueil le premier de Tétat^ et dont les capitaux ne se calculaient alors que par milliards, refusât la modique somme de dix millions pour subvenir aux besoins du iim>ment. Bientôt on le verra payer bien cher, trop cher peut être, sa coupable indifférence* Il criera à l'injustice; mais la première est Tingratitude envers la patrie.

Cependant Texil du Duc d'Orléans n'avait duré qu'un instant. Le palais rojral nageait dans la joie. C'était celle de Catilina. Là^les larmes n'étaient plus permises qu'à la . Duchesse d'Orléans. Vertueuse fille du Duc de Penthievre, épouse malheureuse et délaissée, il ne Ini restait pas même le douloureux plaisir de gémir dans le sein de ses enfans. L'étrangère s'en était emparée, et décevant facilement la candeur de l'enfance par les tronir peuses caresses d'une tendresse factice, elle avait en eux amorti la nature, et chassé la véritable méré du cœur des inocentes victimes

LA RÉVOLUTION fEANÇAtSl* 43

de sa. féminine ambition; et il faut le dire, telle était aloiB la corraption publique^ que Von célébrait partout ce giund outrage aux mœurs, comme le dernier teffort d'une v^rtu sublime ; et que Tencouragement à TindiiTefence filiale paraissait un principe tout simple dans une éducation libérale. Hélas ! la mal* heureuse Duchesse d'Orléans et son hypocrite ennemie se sont avancées vers la vieillesse ; Tune s'est enfoncée dans Tinfortune et Tautre dans les rayons de la gloire, .Ah! que les cœurs navrés de ces grandes injustices mon* daines ont bien besoin de se persuader qu'il vient un jour ou.le^nme et la vertu trouvent enfin leur recompense.

Le roi dont la malheureuse indulgçnce avait pardonné sitôt au Duc d'Orléans par^ donna de même au parlement et aux cours imitatrices de sa résistance. Toutes furent rappellées, et de nouveaux notables furent convoqués. . Non moins inutiles l'espace d'un mois les vit naitre et disparaître. Enfin à force de. sourdes cabales» et d'intrigues dandestines, poussé par le parti populaire que l'on distinguait déjà dans la multitude des partis

44 IIISTOIIIE DES FACTIONS D£

errans encore à Taventure, favorisé sous main par la faction d^Orléans que le mistere avait enveloppé jusqu^à ce jour, Mr. Necker fîit rappelle, et Tarchevêque de Toulouse tomba du faite ou Tavait fait monter et sa vanité, et le besoin que la cour avait d'essayer de tout La haine du peuple pour ce premier ministre se déborda comme un torrent. Il traîna aux gémonies les images de celui dont le châtiment ne pouvait s'exercer que par la disgrâce. Il brûla son effigie dans les places publiques^ dans les carefours, sur les quais, sur les ponts, au pied de la statue de Louis XIV. au bas des iharches du palais de justice. Depuis . la Maréchale d'Ancre le peuple n'avoit point exécuté ses arrêts par contumace avec plus de fureur.

■M. Necker fut reçu comme un dieu libérateur. Tel est le français ; c'est l'enfant de l'espérance. Il se crut sauvé dès que Necker parut, et pourquoi ? Parce qu'aux yeux du français la réputation est tout. Celle de Necker à cette époque était colossale. Comment l'avait-il acquise ? Par ses talens ; il en avait sans doute. Mais pouvait on les pren«>

liiAT RfrvOL U T ION FR Aî^-*I^fc 44

dve pour échelle de proportion. U est permiâ d'en douter- Mais Necker était époux, et les grands établissemens d'humanité fondés paB Madame Necker, et si honorables pour m mémoire^ apelkient la vénération de tous led cœurs sensibles, et Fépoux se ressentait de Testime que Ton portait à sa iieiiianie. Mais Mn Necker était père et les talens Uttéraîreà de Madame de Stae) range^int autour de sA hmï^Q lei amis des Lettres et de la Phila^ sophiè. Mais Mr, Necker avait déjà occupé le ministère, et il avait pour pronëurs non seulement tous les hommes qu-ii avait^ ou eii« rielns, ou obligés^ ou employés, mais encoi»

tous ks ennemis des difFérens contrcdeuynh généraux, que Vofk avait appelles à hii SQC*« céder, et surtout ceux de Mr. de Calonne; enae^ mis que leur maUce portait à exalter san^ cesse les grand talens de son concurrent. Enfin Mr. Necke^ avait pour partisans ^ pouf dé* feiiseurs les inembres infiniment nombreux de TégUâié r^orinée, si flattés de voir un Protestait au ministère, chose sans exemple jusqu^afers. Que Voù cesse donc de s^étcmner de Tengoue^ ment ou Fonétait pour lui, et que dans peu

d'instans Ton va roir s'éteindre tout à taap dans les deux premiers ordres de FÉtat, et flf'ao croître au contraire avec plus de force encore dans le troisième. Au reste à sa rentrée an ministère l'enthousiasme se manifessta. Cet enthousiasme devint presque général, lorsque Ton sut la part qu'il avait à la convocation des étalB généraux ; mais lorsque l'on agita danà la suite la grande question de Inégalité des vQl;es enfaveur du tiers état, et que Mr; Necker se déclara pour le parti populaire, il devînt odieux à la noblesse et au clergé. Sa disgrâce suivit deprès,mais ce tiers état qu'il avait si bien servi déjà plus puissant alors que la cour et les deux premiers ordres, se hatà de le rappeller, et il revint efFrontèment travailler avec le monarque dont sa seule présence attestait l'impuissance. Mais n'anticipons pat^ sur les événemens.

La Reine répugnait fortement à la convo^»

cation des états généraux. Moins frivole, moins légère depuis l'épouventable esclandre de l'affaire du collier, pendant la quelle elle avait pu connoitre que l'opinion générale ne lui était pas ^uissi favorable quelle l'avait cru

LA REVOLUTION FRANÇAlSS. 47

d'après les mensonges de "ses flatteurs et de ses courtisans, humiliée de s'être vue aussi cruellement cçMnpromise, elle était devenue plus sombre* Le3 fêtes avaient cessé et de tous les grands caractères de beauté dont la nature avait empreint sa figure, il ne lui restait plus que la fierté Autrichienne. Peu de femmes étaient plus instruites que Marie Antoinette ; et de tous les emplois de sa maison, celui de se lectrice n'était pas le moins fatigant. Elle tira donc de l'histoire de France même tous les argumens quelle employa pour détQoraer Louis XVI . de ce projet. Elle lui représenta que ce parti était le plus' dangereux de tous pour un roi; que c'était se mettre sous la tutelle de ses sujets; que jamais états généraux n'avaient rendu de services à la monarctûe; que les rois ses prédécesseurs, sans en exepter Henri IV. n'en avaient jamais tiré aucun avan«» tage j et que plumeurs s'étaient vu forcés de les dissoudre; que les temps d'aill^ifs étaient changés ; que le progrès des lumières en éclaiFi» ant les hommes sur leurs droits, rendait une assemblée de ce genre plus redoutable encore pour le souverain; qu'il connoissait trop les prin«

cîpes répandus par la philosophie pour douter qulls ne fussent professés par la plupart des membres; que le clergé y apporterait son égoisme ordinaire, la noblesse sa morgue^ le tiers^tat son insubordination ; qu'il en serait ^ ces états généraux comme des assemblées ées notables, qu'il lui avait fallu congédier çans en avoir obtenu aucun avantage*

Ces conseils ne purent être assez secrets pour n'être pas éventés par les orléanistes. Us les enyeHiiriérent en les publiant. Ils afFectf érent de glisser perfidement à l'oreille, que la Reine avait fait furtivement placer dana la chambre du roi un portrait de Charles L roi (d'Angleterre, afin de l'effrayer sur les état^ généraux, qu'elle traitait, disaient-ils, de long parlement, lue peuple toujours crédule et tou-^ jours sans mémoire, humait bouche béante»

ces calomnies, et ne se rappeUait pas que vingt ans avant la malignité parlementaire avait ïmr |»uté la même audace à Madame du Barri^ dans l'intention de servir les projets de Mau-^ peou. Au reste depuis longtemps les mé^ contens cherchaient à noircir la Reine. On essayait de la rendre moin^ précieuse h 1*.

noblesse, en lui prêtant un propos que son res-^ pect ordinaire pour les convenances ne rçndait pas vraisemblable. On prétendait que dans un cercle elle avait dit qu'il n^ avait dé véritable noblesse qu'en Germanie, et qu'en France il ne se trouvait pas une seule famille sans mésaliance. On indisposait sourdement le peuple contre elle, en grossissant méchament les sommes que Ton supposait quelle tirait du trésor public, et en ajôutÉint qu'elle les faisait passer à son frère l'Empereur Joseph second ; enfin on allait jusqu'à dire que plus Autrichienne que Reine de France elle travaillait à faire rendre à sa maison la Lorraine et l'Alsace. On ne finirait pas si l'on voulait rappeller tant d'imbécilles suppositions dont on amusait la crédulité publique. Mais ce qu'on se figurerait difficilement, c'est la ijuantité de Séïdes que la calomnie trouvait dans Paris pour propager de semblables mensonges et l'immense foule d'auditeurs dont la simpli-^ cité s'obstinait à les croire.

An reste des basars publics de médisance s'ouvraient, pour ainsi dire, dans tous lés quartiers de Paris, sous le nom de clubs ; et

la police aveugle, ou déjà populaire peut être, ne s'appercevait pas que ces clubs n'étaient que des comptoirs de révolte ; fondés pour assurer une plus grande rapidité à la communia cation des idées révolutionaires, et un débit plus prompt et plus certain aux opinions que les factieux jugeraient convenable de mettre tour à tour en circulation. De toutes leâ éphémères institutions de ces temps, qui servirent de prélude à la révolution, celle des clubs fiit la plus active* Ces clubs donnèrent naissance à cette foule dé sociétés populaires et jacobines, dont Texistence désola la France sur tous les points pendant plusieurs années, et finit par deshonorer la révolution et perdre la liberté.

Quoi qu'il en soit Louis XVI. vaincu par toutes les insinuations du parti d'Orléans, par les rapports que la police lui faisait sur le vœu général de la nation, par les conseils de quelques grands mêmes qui n'appartenant à aucun parti ne voulaient que le bonhçdr public, se décida à la convocation des Ëtab généraux, et les lettres en conséquence turent adressées aux gouverneurs des provinces, anx

LA RÉVOLUTION PRANÇAISE. 51

premiers présidents, aux intendants, pour la formation des assemblées primaires. Elles se composèrent des trois ordres de Tétat, qui se divisèrent en bureaux pour nommer chacun leurs députés respectifs, et toute la France fut en mouvement pour parvenir à ce choix important. Suivant Tantique usage on rédige a par tout des cahiers de doléances dans les quels chaque province exprimait et les griefs dont elle demandait le redressement, et les abus dont elle desirait la réforme, et le genre de loix nécessaires à sa prospérité. Ces ca« hiers de doUafices furent remis aux députés, et restèrent ensevelis dans l'oubli par la face nouvelle que prirent les choses peu de temps après Touverture des Etats ; et Ton peut dire que ce fut la dernière formule d'esclavage, que le peuple employa pour faire parvenir la vérité au trône.

Des intentions droites présidèrent assez généralement à la nomination des députés des provinces. Dans ceux de la noblesse, si Ton trouvait un assez grand nombre de gens titrés, ou y voyait aussi beaucoup de gentilhommes

étrangers à là cour, habitués à vivre dans

leurs terres, et par conséquent plus à portée de juger des véritables intérêts du peuple.

Dans les députés éclésiastiques on remarquait beaucoup de curés, que leur état habituel rendait sans prétentions pour les grandeurs du sacerdoce, et qui raprochés et par la naissance, et par le domicile, du tiers état connaissaient mieux ses besoins. Dans les nominations du tiers état il s'était glissé un peu trop de gens de loi et d* avocats, dont T éloquence verbeuse, Tusage de la chicane, et rhabitnde de torturer et de dénaturer les idées les plus simples, nuisirent souvent à la netteté des discussions, et par leur penchant à la controverse embrouillèrent trop de fois lé» . délibérations les plus utiles* La majeure partie des députés vinrent à Versailles avec des sentimens favorables à la royauté; mais ils y apportèrent presque tous leur esprit de corps, c^est-à-dire dans la noblesse Tintention de ne rien céder de ses prérogatives ; dans le clergé la volonté ferme de ne se désaisir en rien de ses richesses ; dans le tiers état la prétention fondée de conquérir les droits aux quels il avait raison de prétendre ; et tous individuel^

lement enfin bien déterminés à souscrire de grand cœur à tous les sacrifices que Ton demanderait aux' ordres aux quels il n'apartenaient pas. Tels furent les élémetts de cette assemblée fameuse, dont la réunion présenta une masse vraiement énorme de talens en tout genre ; et dont la France, dans le sein de la quelle cependant ils avaient été nouris, fut elle mêm^ étonnée. Les factieux, encore inexpérimentés, n'eurent ni le tenips nécessaire, ni des a gens assez nombreux, ni dès moyens assez étendus, pour influencer les nominations. Ils ne s'étaient pas encore façonnés au grand art de .mettre les passions eii jeu pour captiver la multitude, mais leur aprentissage ne fut pas long, et nous verrons bientôt Tétat en faire la cmelle expérience. L'influence du Duc d'Orléans ne s'exerça donc que sur les cantons qui dépendaient plus spécialement de lui, par la situation géographique de ses domaines. Grand maître de l'ordre maçonique en France, dignité dans la quelle il avait succédé depuis quelques années à Mr. le Prince de Clermont, on chercha, mais vainement, à capter les nombreuses loges du royaume, pour appeller leurs

suffrages sur quelques personnes intéressantes^à ce parti. Vainement à la St. Jean d^hjrver, antérieure à Touverture des Etats, donna^-t-on pour mot de semestre le mot indépendance^ la majeure partie n'entendit pas ce qu'on voulait lui faire entendre. Si le reste le devina, il s y montra sourd ; et lorsque TAbbé Barruel, dans ses élucubrations, s'est avisé de prétendre que la maçonnerie avait été Tune des principales causes révolutionnaires, jamais calomnie ne fut plus gratuite, et c'est assurément une folie assez boufone que d'imputer à cette grande société une révolution, dont l'un des premiers actes fut de défendre à ses membres de se ré« unir.

La fameuse année 1789 s'ouvrit enfin, et ce fut l'époque ou la malveillance des mots, de ces dénominations perfides et cruelles, qui se multiplièrent à l'infini dans la suite, devint le prétexte comme le signal de tous les genres de proscriptions. Ce fut du sein des clubs dont je parlais tout à l'heure que ce fléau d'un nouveau genre s*élanca sur le globe, et les mots aristocrate et démocrate^ les premiers sur cette horrible liste, devinrent dans les mains des

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pervers des poignards à deux tranchants pour frapper leurs victimes. Le premier de ces mots fut confié à la courtoisie de la populace, pour lui tenir lieu de privilège des massascres. Le second fut enseigné à la cl^se chevale resque pour lui rendre odieux le peuple, qu'elle confondait toujours avec les brigans qui se qualifiaient avec orgueil de ce titre de démom crate quand on leur suggérait de porter et le fer, et la flamme, dans les châteaux ou les hôtels des grands»

Ainsi donc, fluctuation constante dans les mesures de la cour; changanens presque journaliers dam le ministère ; dissentiment d'opinion parmi les princes du sang ; accroissement de hauteur et de prétentions dans la noblesse ; endurcissement d'avarice dans le haut clergé; sentiment exagéré des droits communs à tous les hommes réunis en société dans le tiers état ; indifférence pour les grands intérêts du royaume dans les parlemens, et renonciation intempestive à leur puissance d'opposition, acquise si non par la volonté constitutionnelle de Fétat, du rfioins par Tantîquité de la possession; embarras progressif

dan» les finances ; attention sinistre à la marche des événemens dans les factieux, encore cachés dans Tombre; organisation clandestine des sicaires pour se porter partout ou le salaire du crime les appellera; anxiétés conununes à tous les gens sages, malheureusement privés d'énergie ; dispositions funestes à la turbulence dans le peuple des campagnes et dea villes; liberté dans toutes les bouches, et tyrannie dans toutes les pensées ; enfin partout Tamour du changement, plus écouté que l'amour de Tordre ; tel était le tableau que présentait la France la veille de Touverture des Etats gé* néraux.

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