‹ Histoire de l'origine, des progrès et de la décadence des diverses factions qui ont agité laChapitre 10 sur 16 · TOM. II. N · texte numérisé non relu

TOM. II. N

178 iUSTOIEE DES FACTIOSS DE

l'avancer sur leur tête ; elle s'accrut encore Iojt» que Robespierre parut dans quelques urw de ses discours se raprocher des idées religieuses* Alors ses antagonistes en profitèrent pour faire tomber le ridicule sur lui ; vt la conspiration de la Mère de Dieu fut inventée par le comité de sûreté générale.

Unu vieille femme se chargea de ce râle, moyenant quelques assignats et quelques verres d'eau <lc vie. La crédulité attira chez elle quelques vieilles dévotes et quelques hommes imbéciles, dont la sottise croyait s'entretenir avec la vierge Marie. On feignit de croire que cotte faible réunion d'êtres sans consistance, était un conciliabule où Ton traitait de la contrerévolution. On arrêta quelques uns de ces .pauvres d'esprit. Cette bouffonerie politique occupa tout Paris. Il ne fut bientôt plus question que du séjour que la mère de Dieu était venue faire dans la capitale. V&dtw, membre du comité de sûreté générale, ugé .de soixante et dix ans, vint au nom du comité faire un rapport à la Convention sur (a iUctieu de k mère de Dieu; et» ce malin et JKr&k vieillard» fit, sans indiquer personne,

la satire la plus amère et la plus sanglante des idées bigotes que Robespierre avait jetées en enfans perdus dans ses derniers discours. Personne ne s'y méprit ; et Robespierre qu'il était facile de déconcerter, quand il appercevait quelque danger, n'osa prendre la défense des partisans de la mère de Dieu, dans la crainte d'ajouter au ricicule dont il voyait que dés hommes, qu'il lui fallait ménager en* core, cherchaient à l'accabler.

A cette époque, un événement d'un autre genre, troubla davantage son caractère envieux. Tout ce qui lui prouvait qu'il n'occupait pas seul l'attention publique, lui causait de profondes alarmes. Collot d'Herbois, rentrant un soir chez lai à onze heures, fut attaqué sur son escalier par un nommé l'Amiral. Le propriétaire de la maison accourut aux cris de Collot, prit généreusement sa défense, et fut grièvement blessé' d'un coup de pistolet, que l'assassin prétendait adresser au représentant du peuple. Dans l'intervale, la gardé était arrivée, et l'Amiral fut arrêté. Le lendemain, la Convention Nationale informée

de cet événement, déclam que le propriétaire

avait bien mérité de la. patrie, et ordonna que chaque matin le buletin de la santé de ce propriétaire serait lu à l'ouverture de la séance ; ce qui eut lieu pendant quinze jours, c'est à dire jusqu'à son parfait rétablissement. Collot. d'Herbois devint ainsi l'objet de l'intérêt général. Cela ne doit pas surprendre. On était au temps des phénomènes. Robespierre ne put dévorer l'outrage de cette éclipse passagère ; et voulut à son tour avoir les honneurs de l'assassinat. Une jeune fille de seize ans, timide, innocente, et sans expérience, entendant chaque jour parler de Robespierre, désire voir la figure d'un homme, dont tout Paris s'entretient. Il demeurait rue Saint Honoré chez un menuisier. Cette jeune fille, nommée Cécile Renaud, s'arête un moment; auprès de cette maison, dans l'espoir de voir sortir de chez lui cet homme extraordinaire.

Les soupçons veillent à la porte des tyrans.

Soit que ces soupçons fussent réels, soit que l'on ne cherchât qu'une occasion de faire un éclat, la station de cette jeune fille parait, inquiéter les familiers de Robespierre. Ils, l'arrêtent. Ils J'interrogent. Elle répond aveg

naivêté qu'elle ne s'est arrêtée là que pour voir Robespierre. Elle veut le voir; donc elle veut l'assassiner. D'après cette logique, la garde est appelée et elle est arrêtée. C'est à tort que presque tous les historiens du temps, ceux même que l'on peut le moins soupçonner d'avoir été favorables à Robespierre, c'est à tort, dis je, qu'ils ont répété que Cécile Renaud avait dit, je voulais voir comme était fait un tyran. C'est un mensonge, qui fut inventé par les sbires et lés amis de Robespierre, pour colorer, du moins par quelques excuses apparentes, l'arrestation de cette malheureuse fille. Dans sa simplicité elle ne savait peut être pas même ce que signifiait le mot tyran. Elle périt, et avec elle son père et ses deux tantes »vec qui elle vivait; et avec elle, deux de ses frérs qui étaient aux armées, et aue le peuple, et que la Convention, et que le gouvernement pour la liberté des quels ils versaient leur sang dans les combats, eurent la lâcheté de laisser périr ; et avec elle soixante et dix personnes de tout rang, de Jtout état, . de toute classe, étrangers, inconnus les uns aux autres, et dont la majeure partie n'avait

jamais connu, ni même entendu citer la fille Renaud et sa famille. Robespierre tint à honneur qu'on eût voulu Y assassiner ; il crut que son importance en était accrue. Les hommes de cette espèce se font des genres de gloire, que les autres hommes ne soupçonnent pas. Il est présumable qu'il fut un moment où ce laurier d'une espèce nouvelle dont il venait de se couronner ne satisfit pas toute son ambition. J'ai la certitude qu'un jour, dans les bureaux de la commission d'instruction publique, un homme, puissant alors, dicta à un commis un rapport destiné à être fait à la Convention Nationale dans le quel on entrait dans tous les détails d'un assasinat nouveau que Ton avait voulu, disait-on, exécuter encore sur Robespierre. J'ai vu, tenu et lu ce raport, que le commis, qui avait en moi une confiance illimitée, me communiqua confidemment pendant le temps qu'il le mettait au net. Lui et moi nous attendîmes avec ulie sorte d'impatience l'effet que ferait à la Convention ce nouveau raport ; mais notre attente fut trompée ; plusieurs jours se passèrent sans qu'il en fût question; la minute

LA RÉVOLUTION FRANC Al&l. 183

fat enlevée des cartons du commis et rien ne transpira.

Cependant le jour que Robespierre avait sans doute indiqué pour arriver à l'autorité suprême approchait. Il crut préparer tes esprits à l'amour de sa puissance par son long et ridicule discours sur l'existence de I» divinité, qu'il termina en demandant que la Convention Nationale décrétât que, le peuple Fran* çais reconnaissait F Etre suprême et l'immortalité de Famé. L& Convention rendit ce déeret ?

La postérité doutera d'une semblable folie. Je l'ai rue, et j'en doute moi même. La fameuse fête de l'Etre suprême succéda peu de jours après à ce discours. C'était l'époque que Robespierre avait fixée pour se faire proclamer. Il semblait que ces idées d'être suprême qu'il mettait en avant depuis quelque temps eussent ramené l'espérance dans l'esprit du public et que l'on se persuadât que devant naturellement craindre les vengeances de cet être suprême, il se disposait à mettre un terme à ses longues proscriptions. L'élégance française reparut pour la première fois depuis deux ans, le jour de cette fête. Le temps

était superbe. Dès huit heures du matin, le jardin des Thuileries était rempli de peuple. Les femmes y étaient accourues dans toute la recherche de la parure. Plusieurs y avaient amené leurs enfans, qu'elles traînaient dans des chars pafumés de fleurs, ou fesaient porter dans des barcelonettes garnies de rubans. La joie respirait sur tous les fronts, et les accents des chansons diverses retentissaient dans les différens groupes. Robespierre vint, de bonne heure au palais des Thuileries. Il monta au troisième étage du pavillon de Flore, chez un de ses amis nommé Villet, chès qui il déjeuna, avec quelques uns de ses courtisans intimes. Il examina à plusieurs reprises le spectacle mobile qu' offrait le Jardin ; son orgeuil s'en repaissait; il se figurait que cet empressement de la foule était un hommage qu'on lui rendait. C'est la première fois que j'aie vu une teinte légère de satisfaction sur ce front obscur et sanguinaire. Vers midi, on vint le prévenir que la Convention l'attendait ; elle était rassemblée sur un immense balcon, que l'on avait pratiqué contre la façade du pavillon du milieu, qui donne du

côté du jardin. L'insolent despote se /fit attendre long-temps. Il arriva enfin, et du haut de ce balcon il harengua le peuple et lui répéta quelques unes des ces froides et plates maximes, qu'il avait semées dans son fameux discours. La Convention qu'il présidait se mit en marche pour se rendre au champ de.

Mars. Elle traversa le jardin dans toute sa longueur; les députés marchaient deux à deux, et Robespierre affecta, surtout en sortant du palais, de mettre une grande distance entre la Convention et lui ; en sorte qu'il marchait seul derrière à quarante pas peutêtre de ses collègues. Les personnes qui l'observèrent remarquèrent que sa figure se rembrunit et que la rage s'y peignit insensiblement à mesure qu'il approcha du grand bassin. Quel était le motif de ce changement extrême que Ton aperçut sur sa figure? le voici. C'est que dans ce court intervalle de sept à huit cents pas il vit toutes ses espérances anéanties. Ses agens, qui avaient été chargés d'aposter dans le jardin des hommes de la classe populaire, qui n'auraient eu d'autfe chose à faire que de crier sur différons points,

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Vi&e Robespierre/ wve le Dictateur! et qui par ces cris eussent entraîné cette classe ttoutoniefe qui répète toujours au haz&rd et Sans réflexion ce qu'elle entend crier à ses côtés, ses agens, dis-je, avaient eu Findiscrette maladresse de distribuer d'avance à ces hommes les cent écus que Ton avait promis è chacun d'eux pour prix de leur complaisance* Ôu'ariva-t-il ? c'est que les cabarets eurent la préférence sur Robespierre, et que ces hommes ^inquiétant fort peu des destinées du dicte* teur, oublièrent dans l'ivresse qu'ils étaient chargés des destinées du monde. L'explosion étant ainsi manquée aux Thuileries, tout était manqué. Quand même il eût été possible de les réunir au champ de Mars, ou la Couvent* lion se rendait en corps, l'effet n'eut plus été le même. Cela n'aurait paru qu'une co&édie concertée ; et dailleurs dans l'immensité de cet espace, où trois ou quatre cents mille per* sonnes étaient réunies pour jouir du spectacle de la fête, leurs voix se seraient infailliblement perdues dans les airs ; au heu que si l'explosion eut commencé aux Thuileries elle se serait insensiblement propagée de proche en

proche des Thuileries à la place de la ce»* corde, de la place au pont et sur le quai de» invalides, et des invalides au Champ de Mars ; en sorte que partout Robespierre eut été salué dictateur, et que cela eût paru la volonté bien prononcée du peuple. Robespierre, qui malgré son peu de génie connaissait parfaitement la théorie des mouvement populaires, ne s'y trompa pas ; et vit que pour ce jour là tout était manqué. Il est rare lorsque de semblables intrigue» échouent une première fois, il est rare, disje, que les ressorts que Fou a voulu faire mouvoir ne soient découverts, et que Ton puisse dans la suite les remettre en jeu avec quelque espérance de succès. Ga fut cependant à cette circonstance, en apparence si pitoyable, que fut attaché le sort" de la France, et la vie de tant de victimes. Je dis le sort de la France,, non pas que je croye que la puissance de cet homme eût été longue, mais le premier acte de son autorité eût été la dissolution subite de la Convention Nationale ; et le second pour s'attirer un peu de confiance, de renverser les échafauds. Ainsi la France eût été pour un instant as*

servie, mais du moins deux mille innocens eussent été sauvés. Le ciel en ordonna autrement, et peut-être par là sauva-t-il à la patrie des déchiremens plus funestes encore. Robespierre détesté par l'armée et par les deux tiers des départemens, n'eût pas été tranquille possesseur du trône ; mais l'audace de ses partisans se serait accrue de son élévation; ils eussent trouvé des recrues dans la faiblesse de ceshommes, qui se ployent à tous les événemens ; et la guerre civile déjà si terrible dans la Vendée, se fût étendue partout.

Le rêve de Robespierre était donc dissipé lorsqu'il arriva au grand bassin des Thuiïeries. Il prit avec un mouvement d'humeur très marqué le flambeau qu'on , lui présenta, pour ftïcendier le voile qui couvrait la statue colossale de la Raison, et suivit la Convention jusque au Champ de Mars sans proférer une seule parole. Ce fut dans cette marche que tétant rapproché beaucoup de ses collègues, le Cointre de Versailles, Bourdon de l'Oise et quelques autres députés, lui dirent quelques ' paroles piquantes et épigrammatiques qui leur eussent coûté la vie, si Robespierre eût vécu

plus long-temps. Arrivé au Champ de Mars> il mit le feu à la statue de l'Athéisme ; il re-r péta au peuple quelques phrases du discours, qu'il venait de prononcer aux Thuileries, et il termina par ces mots remarquables : " nous " avons donné ce jour aux doux sentiment dé la " nature, et demain nous recommencerons avec plus d'activité à poursuivre les ennemis de la république et de la liberté/' Dès lors, toute espérance fut perdue. Cet arrêt de mort fut entendu de tous les malheureux détenus. Les furies que Ton appelait Jacobines, furent dès le même soir les vociférer aux portes des prisons. %

En effet depuis ce jour jusqu'au neuf Thert midor inclusivement, le nombre des victimes fut triplé chaque jour ; et chaque jour la guillotine dévora de soixante à quatre vingt victimes. Ce fut deux jours après que le comité de salut ^public vint proposer ce fameux décret connu sous le nom de décret du 22 Prairials Cette date prouve que j'entends parler du terrible décret sur les suspects. Les dispositions de ce décret glacèrent de terreur la Convention Nationale. Il est vrai qu'il

était tellement vague, tellement indéterminé, qu'il n'était pas en France, je ne dis pas un seul royaliste, mais même un seul patriote, ug seul ami de la liberté, un seul républicain, même un seul jacobin qui n'eût pu recevoir k qualité de suspect, et se trouver atteint par ce décret et par conséquent marcher à la mort, annoncée comme la peine méritée par ce titre. C'était un véritable arrêt de dépopulation ; et l'on sait assez qu'il entrait dq,ns le sistême de Robespierre de ne laisser subsister que la classe proprement dite ouvrière, et d'anéantir toutes les connoissances humaines, pour régner plus sûrement à la faveur de l'ignorance. Malgré sa haine pour Marat, il avait adopté, étendu même le principe cpe ce monstre avait tant de fois consigné d*is m écrits; savoir, que pour sauver la liberté, il fallait encore abattre six cents mille têtes. La Convention, la Montagne si révolutionnaire s'éleva toute entière contre ce décret. Il n'y eut pas un seul membre qui ne vît sa perte assurée si il était adopté. Le comité de salut public mit à le défendre, toute l'insolence despotique d'une autorité accoutumée

depuis long-temps à se faire redouter et ebéir. La Conv.entiou mit à le repousser toute la courageuse opiniâtreté qu'inspire le désespoir. La lutte fut terrible. On chercha à le modifier par des considérants qui missent au moins à couvert la sûreté des représantants. Le décret passa avec ces considérants. Le lendemain, ie comité revint à la charge ; et à force de cris, de menaces, de discours captieux, réussit à faire rapporter les considérants et le décret passa purement et simplement. On peut dire que de ce moment la perte de Robespierre fut jurée. La terreur forma la conjuration; et son indiscrète fureur ne fit qu'en hâter l'exécution. Il avait eu dons l'orageuse discussion qu'avait amenée le décret l'imprudence de désigner les victimes qu'il voulait prendre, non seulement dans la Montagne, mais encore dans le comité de salut public même.

Au jreste c'était là qu'existaient ses deux plus cruels ennemis. Billaud de Varennes et Collot d'Herbois dominaient souverainement au comité; et Robespierre le plus maladroit des tyrans dont l'histoire ait conservé l'odieuse mémoire, leur avait laissé usurper une autorité

que la plus simple politique devait lui apprendre à ne partager avec personne.

S'il m'est permis de me servir de cette expression familière, ces trois hommes travaillaient chacun pour leur propre compte; tous txois prétendaient à l'autorité absolue; et depuis la mort de Danton, il était facile de s'apercevoir que cette grande faction ultra révolutionnaire s'était divisée en trois fractions bien distinctes. On connoit assez la manière de procéder de Robespierre. Billaud de Varennes avait bien plus de génie que lui; mais son caractère sombre, taciturne, dissimulé, le rendait redoutable même aux homme* de son parti ; et sa figure triste, sévère et farouche, repoussait également et ceux qui le connaissaient et ceux dont il n'était pas connu. Pendant long-temps il se montra impénétrable, et comme je l'ai dit ailleurs on crut qu'il était seulement animé par 1* amour du bien public, et que l'exagération de ses principes n'était qu'une erreur de son esprit. Mais son ambition cessa d'être douteuse, lorsque, après la mort de Danton long-temps son ami; et qu'il cessa tout à coup de défendre, on lui vit ré*

ûim au tour de lui tous oeUfc qui dans lei Jachbins «t dans tes débris des Cordeheîteava** eut suivi les baniéres de ce grâiid chef. - Quelle forme de gouvernement désiràifc-il? «A <qu«l rang aspirait-il? mettrait-il Uniterme au *êi giriie de k lenteur» ou ie pour&uitrait41 ? véilà ce qu*on igrtorait, et c'est tin secret qu'il* & emporté dafis la tombe, Quant ■ à moi, je crois qu'il n'avait pas encore de plan arrêté j que sa grande occupation alors était simplement d'empêcher que «es concurrents n'ai* rivassent; et qu'il eût attendu à connaître l'effet que leur thute eut fait (naitre dans le public pour se prononcer * suivant les eiroôni stances. La marche de Collet d'Herbois étaâi moins obscure* et pafconsé^«ttt -moins dangereuse. Sa phalange se composait de tout ce que la démagogie a de pkte impur, d«a hommes qui s'étaient signalés aux massacres du % Septembre, et surtout de ceux dont les bras avaient stervi ses fareuïs à Lyon. S'il eût été possible <que te parti eut triomphé, en peu d'insfwas il eut été éer&sé, parce qraè tf irtfpiïfcttfc «ucuii intérêt, » on peur mieux dire étant l'objet de fexédration ^ériérak, ' per-

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sonne n'eût craint en écrasant de semblables N monstres de rencontrer un français. Ces hommes s'étaient mis d'eux même hors de la loi de la nature, et la nature permettait de leur courir sus.

. Ces deux hommes ne s'entendirent que sur un seul point- Ce fut d'écarter Robespierre du comité de salut public. Us commencèrent par le dégoûter en contrariant sans cesse ses avis* Ils tourmentèrent son orgueil, en s'opo* sant à toutes les mesures qu'il proposait. Ils humilièrent sa vanité en ne lui confiant jamais aucun des rapports à faire à la Convention, L'inhabile despote, au lieu de terrasser des hommes qui, s'il eût eu du génie, n'eussent été que des nains auprès de lui, préféra de leur céder la place, s'éloigna insensiblement des séances et enfin cessa totalement d'y pa*

raitre. Pendant son abscence, le comité dont

les séances se tinrent pendant long-temps au rès de chaussée du palais dçs Thuileries, craignant que les fenêtres des salles que la chaleur de l'été forçait à laisser souvent ouvertes, ne donnassent au public qui se promenait dans les jardins la facilité. d'entendre les discussions

souvent orageuses qui s'élevaient dans ces assemblées, transféra ses séances au premier étage, et le local qu'il quitait fut occupé par les bureaux. Il ignorait tellement ce qui se passait au comité, que le 30 Messidor il s'y présenta, et vint dans ces salles basses ou il se figurait que les séances se tenaient toujours. Il était à peu près midi lorsqu'il y entra par une petite porte dérobée, à la quelle conduisait un corridor obscur, qu'il fallait même pendant le jour éclairer avec des réverbères. Cette porte sans doute avait été pratiquée pour la plus grande commodité des membres, afin qu'ils pussent se rendre à couvert à la salle de la Convention Nationale. Le 30 Messidor était un jour décadaire ; par conséquent il n'y avait point de bureaux; il ne s'y trouvait que quelques chefs, que la multiplicté de leurs travaux y avait conduits. En entrant dans la première salle, où deux de ces chefs se trouvaient, son étonnement et bientôt après son inquiétude, se remarquèrent sur sa figure. Il balança quelques momens, pour savoir s'il reculerait. Il se détermina enfin à entrer, passa devant ces

deux chefs qu'il regarda d'un œuil farouche,

196 HISTOIRE DBS F ACTIONS B£

ne leur parla pas, jet de salle m salle arriva jusqu'à celle cm se trouvait Mr. Beignou, directeur général des bureaux. En voyant en* trer Robespierre, il se leva par respect pour la représentation nationale. Robespierre, dont Féffiroi s'était accru, lui dit d'une voix altéréf et brusque : Que fais tu ici ?-t- Citoyen représentant tu le* vois. Je travaille. — Oà sont-ils? •wûui ? — Il hésita quelque temps à répondre. Il sentit apparemment le ridicule de sa question. A Tinstant même un des chefs, dont j'ai parlé, entra pour remettre quelques par piers au directeur général. Robespierre, dont le trouble allait toujours en augmentant, regarda vivement en arriére, et demanda enfin en balbutiant, qù était le pomité ?•*- Citoyen, il y a plus de quinze jours qu'il siège au premier étage. Il se retira alors» Le directeur gé+ néral cr^t devoir par déférence l'accompagner. Robespierre en voyant qu'il le suivait détourna vingt fois la tête ppur regarder derrière sol Arrivé à la petite porte, il l'ouvrit, et prêt à entrer dans les corridors obscurs, il dit rodq» ment à Mr. Beignou : Passe devant. Beignou lui répondit ; Xitoyen représentait, je vous ai

LA RÉYOLtrW©]? TPÊLAXÇXIBW 197

PBhèd ce que je vous'devâisjjer n'irai pasph» foiri. Bobespiérre sorttt, tirai rudement la porté' sur lui, et la ferma ai «double tour. Je Stei eité cette anecdote que pour prouver à quelles daïmes cet homme était en proye et combien $ falait peu de chose pour répandre* la terreui* dtute ;sofr amë. Treiaàtoler» et frapper ; tel es* le sort des tyrans.* •

Cepeftdlant Finstant de «au : chute ' avançait à- grand pas. Léfe conjurés étaient: d'acord^ il fl# * îfëstàitf plus'tju'à* déterminer le jour ; et ce fht 1 Robespierre 5 lui môme- dont la* fausse et flfârbédile politique et* afcoéléra l'aurore. Le £ Thermidor les Comités de • salut public et efcfc sûreté générale se réunirent. Il eut cou» Naissance de cette assemblée à la/ quelle il ne fot pas> convoqué,; et né put avoir révélation de ce- qui s'y ét^tit passé* ■ : Les conjurés avaient ttOuvé \&8tàciêV l d x êitotâér,y&îB/ difiéïéns pré* testes»' Couthort et S& Just, ainsi 'quelee^ autres ««ttibres* dont tfifidiscffé'tiotr pouvait être à cr&mdr#. Robespieri-e ertiploya la* journée à* prépayer utf> distour» & lu Convention Na* tfanalev ddnt Icp tiut était de satisfaire sod p*étik atotrtfr propre', e^a^uant leseoautéi

de salut public et de sûreté générale de lui avoir retiré leur confiance* Il connoissait si peu les hommes, et il avait une telle opinion de son autorité sur les esprits, qu'il ne doutait pas que la Convention à l'instant même ne révoquât les pouvoirs des membres des deux comités, ne les décrétât d'accusation d'après le crime de contre révolution quil se dis-, posait à leur imputer, et ne les remplaçât par les députés qu'il indiquerait, et sur la fidélité desquels il pourrait le plus sûrement compter. Son étroit génie ne voyait pas que quand on veut être soutenu, il ne faut pas annoncer que Ton est abandonné. Ce discours, qu'il prononça le 8 Thermidor fit un effet tont contraire. Quand la Montagne entendit qu'il avouait lui même n'être plus maitre des deux comités, qu'il enveloppait dans sa haine Billaud, Collot, Amar, Vadier, et Cambon et que dans l'obscurité de ses phrases on s'apperçut que sa vengeance s'étendrait bien plus loin, les murmures éclatèrent avec une telle force, qu'il n'osa pas terminer en demandant le décret d'accusation. On décréta dabord l'impression du discours* C'était un misérable

LA RiVÔIOTlOST FRANÇAISE. 199

honneur qu'on ne refusait k personne- A peine ce décret était il rendu qu'on réclama vive* ment contre. Une partie de ceux qu'il venait d'accuser étaient présent à la séance. Robes* pierre fut accusé lui même d'avoir, favorisé des contrerévolutionaires ; et le mot tyran fut pour la première fois prononcé par Vadier.

Ce fut le flambeau jeté par le soldat Romain» dans le temple de Jérusalem. Le mot tyran aluma l'incendie dans la minute. A l'instant ce qui restait de membres du parti de la Gironde, ce qui restait des amis de Danton, tous les amis de Talien que Robespierre s'était rendu irréconciliable par l'emprisonnement d'une femme qu'il aimait, Fréron enfin qui osa le premier demander un décret qui interdit au comité le droit de faire arrêter un représentant du peuple, tous ces auxiliaires, disje, se réunirent à la Montagne, et le décret fut rapporté. Le discours ne fut pas imprimé, du moins ce jour là ; il l'a été depuis. Si lés conjurés eussent été prévenus, il n'est pas douteux qu'il eût été le dernier de Robespierre. Il semblerait que la providence ne permit ce délai que pour mettre dans tout son jour

200 HISTOIRB DES ÏACTiONS PE

bétonnante nullité de ce* homme, dont l'ambition voulait gouverner la France. Ce délai eût été! pour tout autre une victoire décisive ; il ne dut pas; en profiter* Le soûr il fojfc a*ur Jaodbins. : Le bruit de l'orageuse, séance dq ta Convention Nationale s'était déjà répand»

dans tout Paris. Jamais l'assemblée des jaco* bins ne fut aussi nombreuse. Tous ceux qui tenaient encore au parti de Robespierre, soit par opinion, soit par intérêt, soit par affection personnelle, s'y trouvèrent. s Quant il parut, les aplaudissemens, les cris de vive Roôespierre firent retentir les voûtes^ On frémit de le dire ; mais il est certain que dans ce moment sa lâcheté seule fit sa perte. S'il eût exalté davantage les esprits des hommes de sang dont il était entouré, le dénouement de cette scène eût été horrible, mais ilï eût triomphé. Au contraire, cet ambitieux, mala* droit jusqu'à la fin, sembla mettes tout son- art à les refroidir et à les décourager. Tant il est vrai qu'il craignait encore plus la. mort, qu'il' ne ressentait de désir de régner, Sentant à merveille qu'en donnant l'essor à l'emportement de tous ces hommes, il lui serait

impossible de f se cacher, comme ,iï était dans l'usage, de le i&tire jusqu'à ce quebt vicfcoàflë »;f&t prononoée r et craigi>ant les daogefa quai pourrait courir loi mérrfcevig'iLétait foreé.dem trouver à la tête det ses*;amLfy on pettft dire; qu'intérieurement il se détermina à iàîxm tout ce qu'il pourrait pour amortie Ie& passions violentes qu'il entendait irugir . eh, sa;, fktfeiir* Ainsi donc an lieu de leur : présenter un front audacieuse et dont T^pacente fermeté leur présageât un succès certain, il s'abandonna aux larmes, il déploya ingratitude des hommes, et affectant une philosophie bien, déplacée: à, coup sur, et dans sa . bouche», et, danst une cir-< constance pareille, il. annonça qme comme Socrate, il était prêt à boira la ciguë* <he. criminel enthousiasme dse ces. hommje&.^br^ cenés pour ce misérable jongleuiv indigne .de. gouverner même les brigands qui sollicitaient Fhonneur d'être ses esclaves, se porta à uhe telpoint qu'il» furent jusque le miplier dé nommer ses ennemis,, en l'assurant que dans:

une heure ils auraient cessé de vivre. Les malheureux ! ils lui auraient tenu parole. * ■ . • Il eut cependant s6us les 3&eux pendant cette;

même soirée, un grand exemple d'audace.

Malgré ce qui s'était passé à la Convention, Billaud et Collot d'Herbois parurent aux Jacobins. Ce dernier surtout s'empara de la tribune presque par force, et là, malgré les cris, les huées, les siflets et le tumulte épouvenfcable que présente toujours un nombreux auditoire soulevé contre un orateur, il récapi~ tula tous les crimes de Robespierre ; et dé* clara à ces Jacobins que sous un tyran sein-* blable, cette liberté, dont ils avaient été si longtemps les défenseurs et les soutiens, était à jamais perdue. Il devint alors l'objet de toutes les menaces; il vit vingt poignards levés sur sa tète ; rien ne put le déconcerter; impassible au milieu de cette épouventable tempête, achevant un discours dont heureusement pour lui' la millième partie ne fut peutêtre pas entendue, il descendit tranquillement de la £ribune, jeta un coup d'oeil de mépris sur le lâche objet de tant de dévoumens, et sortit à pas lents de cet antre où se trouvaient rassemblés tous les génies infernaux, dont les fureurs avaient si cruellement tourmenté la France ; et fut, en sortant de là, se dédoma-

ger aux Cordeliers de la scène qu'il venait d'éprouver, et recevoir les hommages des ignonorans démagogues qui lui promirent et se* cou» et vengeance. i

Toute l'activité jacobine fut donc, comme on le voit, neutralisée par Robespierre. Il fut lui même l'instrument dont la providence se servit, pour accomplir ses décrets. Elle avait arrêté son suplice pour effrayer les tyrans ; et quelque chose que Ton pût faire, il ne put y échapper. Les travaux nocturnes des Jacobins se bornèrent donc à dresser des listes de tous les ennemis qu'ils supposaient à Robespierre. Avec un peu de reflexion elle eut été facile à faire ; il leur eût suffi d'écrire sur une feuille de papier: tous les Français. Quoi qu'il en soit, un registre fut ouvert sur le bureau du président, et . tous les membres . furent invités à venir y consigner le nom des ennemis qu'ils çonnoissaient à Robespierre.

Dumas inscrivait les noms sous leur dictée.

Cette nuit offrit un phénomène que l'on n'avait pas encore vu, et que pour le bonheur de l'humanité on ne reverra sans doute jamais ; je veux dire une assamblée . d'un millier

20& HISTOIRE OEST ÏAiCTIONS DE

cfhoramesj s'oocupant à dresser une liste de leurs concitoyens;* et déclarant ouvertement que c'est dam l'intention de les assassiner ; tandis que deux ou trois mille spectateurs peut être; répandus dans les- tribunes applaudissent avec, transport ai chaque nom qu'ils entendent sortir de la bouche des délateurs. Les assas* sins' de grande routesonfc moins hardis ; quand ils méditent leurs expéditions, du moins c'est dans le fonds des' forêts qu'ils tiennent leur conseils.

Les conjurés firent un meilleur usage de cette nuit. Ils coururent, enveloppés* de ses ombres, chez tous les députés à qui la mémohte de Danton etoit chére, chez tous ceux dont les larmes attestaient encore les: regretfc qu'ils donnaient au la Gironde,, chez tous» les membres des comités de salut public et de sûreté générale dont ils connaissaient la- h ai ce* pour Robaspidrré "si la patrie, si la liberté; leur " dirent ils, vous sont chéires,, si vons roulés " sauver votre vie, celle: de vos parens, celle de " vos amis, ne perdes pas de temps.. Dans " l'instant où> nous parlons om résout votre " tooit, on résout la- notre. Encore un jour

* et le même échftfaud mw attend. Que ce ^aoîkie dénier d* tyran. Plus de désunion, " plits de dissenthnens? d'opinion. Que tout € t3fi)taâae devante© danger commun/' Tels fureat les, préliminaires de cette journée à j««nab. . iameuse, de ce thermidor dont te nom ne s'effacera jamais. Pourquoi faut-il que ce grand mouvement, que . ce mouvement iJbagoaniÀe nueût pas vraiment le salut de la . patrie, la conservation de la république, l'amour sacré de la liberté pour unique objet? C'est «lors que l'antique et noble titre de Romains eût été bien du à tous les conjurés. Mais hélas I l'intérêt personnel, la terreur profonde* Te désir de la vengeance, les ,' vœux de ^ l'ïimbitioiT^ étaient le seul mobile de ces hommes; et le tyraq du jour n'allait tomber que. bous les coups des tyrans du lendemain. .n

. Jamais, depuis le procès. de Louis XVI, la , Convention n'avait été aussi • nombreuse. A dix heures: elle était réunie. La populace de Robespierre remplissait les tribunes. Il parut -lui meniez u Les murmures signalèrent sont ^arrivée: U entra plein d'espoir,

ce ce

il s'assit plein de crainte. St. Just monte à la tribune. A peine a-t-iî prononcé quelques phrases que Talien du sommet de la Montagne l'interrompt. " Souffrirons nous, dit-il plus longtems l'audace de ces hommes qui

ne paraissent au milieu de vous que pour " étouffer la liberté des opinions? de quoi " viennent ils vous entretenir? est ce de Tin- " térêt de la patrie ? non. Est ce du salut " de la république? non. Est ce des tri- " omphes de vos armées ? non. Que vien- " nent ils donc faire à cette tribune ? ne le " voyez vous pas? ne l'entendez vous pas " chaque jour? ils viennent vous y dicter " leur ordres insolens : ils viennent étudier '' sur vos fronts le degré de votre obéissance, " et le plus léger signe d'improbation, le *' moindre mouvement de résistance, le si- " lence même, sont notés par eux comme • des crimes ; votre suplice en est le prix ; et

leur devise, Esclavage ou la mort. Voyez

vous la fureur se peindre déjà sur ht figure " du chef de ces tyrans subalternes? il est " tems que vous mettiez un terme à tant de

honte. Il est tems que vous brisiez ce colosse

ce

ce

ce

44 qui n'a de consistance que par votre foiblesse. 44 Oui tyran, le jour de la vengeance est arrivé. 44 Cette nuit, le monstre à fait sous ses yeux 44 dresser la liste de ses victimes. Lie comité '* de salut public va venir vous en instruire. 44 Vos noms, le mien, y sont inscrits. Déjà les 44 assassins se rassemblent; déjà pour les guider, 44 l'exécrable Henriot se met à leur tête. Mais " je le jure ; avant que de périr, ce poignard 44 que vous voyez vengera l'humanité outragée, 44 et si vous êtes forcés de leur rendre votre 44 boureau, ce ne sera du moins que son corps 44 sanglant qu'ils emporteront de cette enceinte." A peine a-t-il achevé, que Robespierre s* élance vers la tribune. Dans l'instant vingt membres s'y précipitent. Dans l'instant la Montagne entière est levée, les cris de à bas Robespierre/ à bas le tyran ! éclatent de toutes parts. Vadier, Amar, Bourdon de l'Oise, le Cointre de Versailles, Collot d'Herbois, Léonard Bourdon, Javogue, le Gendre, Billaud de Varennes même, arraché à sa dissimulation profonde par une interpellation adroite de Tatien, pren- , qent tour à tour la parole. O que de crimes, que d'intrigues odieuses, que d'oppressions sang-

208 HISTO!IîtE*DES FACTIONS DE

lantes, que d'iniquités inoutes, itireftt mises aii grand jour dans cette matinée terrible t Pendant plus de deux heures Robespierre fut dans un 1 véritable état de convulsion ; tous les nkttivfemens dé 95a, figure! et de ses* membres, exprimaient la rage dont il était dévoré. Cent fois il demandât la parole, et ne put l'obtenir. H s'était craîrtponé à l'escalier de la tribuhe, àans que Ton pût parvenir à l'en arracher ;- et dans cette position, il semblait que ces orateurs qui se succédaient de mihute en minute fussent autant de dieux qui se plussent à le foudroyer, et l'on eût dit que lefr incalculables détàife dé ses crimes tombaient sur lui comme bhë pluie de feu. Ses forces s'épuiséreht enfin. IV chercha en s'asséyant à trouver' quelque repos; mais partout il fut ïêpoussé. Les indts les plus ' sanglants le poursuivaient * de place en -place. Prêt à se trouver mal, l'un lui disart$ c ne vois tu pas que c'est k sang deDantûh qu¥ fét&ufe. Misérable / disait un etfitre 9 ne touche pas ce donc; c'est celai oà Vertiiaux s' asseyait. Il ^avança jusque sous les triburies, et ) soûlevant ses bras vers le peuple ' qui d'y trouvait; m'abandonnerez vous; me laisserez

vous périr; moi votre défenseur ! tous gardèrent le silence ; et ces hommes qu'il avait amenés lui même, effrayés d'une scène à la quelle ils étaient loin de s'attendre, restèrent immobiles, et ne répondirent pas à son appel. Pendant toute cette séance, Couthon et S. Just ne tentèrent pas une seule fois de le défendre. Un jeune homme seul, digne par son courage et son esprit de soutenir une meilleure Cause, mais trop aveugle et trop malheureux séide* tenta mille efforts pour plaider sa cause; mais la Convention, dont il était estimé, et qui ne voulait pas le perdre, refusa obstinément de l'entendre.

Robespierre succombant sous la fatigue parvint encore à se tramer en face de la tribune. Thuriot présidait dans ce moment.

Robespierre lui cria: Président d' assassins, pour la dernière fois je te demandes la parole. A cet instant un cri général s'élève; aux voix le décret d'accusation. Le président le met au* ' voix. Un seul député ne resta pas assis. Le décret est rendu, et Robespierre est livré aux gendarmes. Le même décret mit en accusation Couthon et St. Just. Robespierre jeune

tom. ii. r

demanda à partager le sort de son frère, et fut compris dans le décret. Le Bas ' sollicita la même faveur. L'assemblée pendant quelque temps fut sourde à sa demande ; on chercha à l'étouffer par le tumulte ; le malheureux jeune homme insista et il fut satisfait. Ce dévouement est un trait d'héroisme sans doute ; mais peut être eût-il été de la dignité et de la justice de la convention de le considérer ce jour là comme un acte de démence. Un événement aussi extraordinaire, et, cm pourait le dire, aussi inattendu fut en un instant connu de tout Paris. Je l'ai dit ailleurs; la terreur qu'inspirait cet homme était si grande, <^ue pendant les premières heures la joie fut comprimée. On n'osait se dire cette grande nouvelle qu'à l'oreille. Mais Ton était loin encore d'avoir * parcourt toute la série des alarmes que cette journée devait offrir. Les gendarmes, à la garde des quels Robespierre avait été confié, le cou* duisirent à la prison du Luxembourg. Pour laisser à la postérité un témoignage autentiqoe de l'anarchie qui régnait alors, il est Axm de- rapporter textuéleinént la réponse' da

concierge de cette prison. Les gendarmes lui ayant signifié le décret de la Convention Nationale, cet homme leur répondit, qu'il ne pouvait recevoir Robespierre dans la prison.

Les gendarmes, pour leur responsabilité,, lui demandèrent acte de son 4 refu3. Il le leur donna sans balancer, et le motiva de cette sorte : Qu'attendu qu'il n'avait pas reçu d'ordre des Jacobins, et de la Commune, il ne pouvait obéir au décret. Ainsi, comme on le voit, dans l'opinion de cet employé subalterne, mais dont les fonctions n'étaient pas sans importance, les Jacobins étaient l'autorité suprême; la Commune de Paris était la seconde en rang; et enfin la Représentation ntionale n'était que la troisième. Cette aberration de tous les principes de subordination était générale ; et c'était ainsi que les luttes perpétuelles entre les factions étaient parve- Bues à dénaturer dans l'esprit du peuple tes idée, les plus amples. Les gendarmes en- Dtryés d'éprouver les mêmes obstacles aux différentes prisons qu'ils parcoururent, conduisirent Robespierre à la Commune. Ce

tarwmphe fut célébré à grand cm. Le pro.

cureur général sindic, Payan, propose à l'instant que tous les membres présens, et toutes les personnes qui se trouvent dans les tribunes, jurent de défendre Robespierre jusqu'à la mort. On connait les têtes volcaniques du peuple Français, et Ton sait asses avec quelle facilité il passe d'un excès à un autre. Ce serment fut prêté avec entousiasme. Dans quelques heures il sera oublié.

La commune après s'être constituée en permanence, se déclare en insurrection. Le tocsin est sonné. Des commisssaires insurrecteura sont envoyés dans toutes les sections. Henriot est nommé commandant de la garde nationale. Tout annonce que la nuit prochaine sera la dernière des représentais du peuple. Aux Jacobins, la même scène se répète. L'assemblée se reconnaît également insurgée ; et des commissaires partent pour porter à la Commune une adhésion formelle à toutes ses mesures. Dans l'intervale, deux membres de la Convention rencontrent dans la rue Si Honoré Henriot, qui se trouvait compris dans le décret d'accusation des complices de Robespierre* et ordonnent à «Us gendarmes de l'ar-

rcter. Il est conduit au comité de salut public. La commune est bientôt instruite de cette arrestation. Cofinhal substitut du procureur sindic, s'écrie : Cent hommes de bonne volonté. Ils se présentent. Il part avec eux. Le comité de salut public est forcé; les membres sont insultés ; et Henriot est délivré. En partant des Thuileries, il emmène avec lui les canons, et les troupes qui étaient de garde à la Convention. A huit heures du soir, elle se trouva seule, abandonnée et sans aucun espoir de secours. Tout semblait perdu, et cependant jamais elle ne se montra plus grande. Collot d'Herbois, (il étoit président,) arrive. Il prend le fauteuil : La représentation nationale a été violée, dit-il. Henriot, que vous aviez fait arrêter, a été enlevé à main armée* L'enceinte de vos comités à été forcée ; les membres en ont été dispersés. Vos gardes, abusés par un homme en révolte, ont abandonné leur poste. Vos canons sont enlevés. Jurons de ne pas nous séparer, et de recevoir la mort sur nos chaises curules, avec ce calme et cette fermeté dignes des représentant d'une grande nation.

Le serment est prêté ; et certes le Sénat Ro-

214 HISTOIRE DES FACTIONS Dit

main n'offre pas dans ses annales de situation plus imposante et plus auguste. Cependant plusieurs membres demandent qu'indépendament* de cette détermination généreuse, il soit pris des mesures. Tallien s'écrie : J'aime mieux Robespierre révolté, que Robespierre accusé ; il eut fallu le juger ; il l'est maintenant» Je demande qu'à l'instant même il soit mis hors la loi. Le décret est rendu ; et s'étend, non seulement aux députés arrêtés avec lui, mais à Henriot, et à tous les membres de la

commune. Barras est nommé commandant de la force armée de Paris. Il accepte, et sort en jurant de revenir vainqueur. Léonard Bourdon le suit. Le Gendre sort également; où vat-il ? aux Jacobins. Leur salle étoit pleine. Quand il parut, les malédictions l'acceuillirent. Sa vie fut menacée. Le péril ne le déconcerta pas. C'était l'orateur de la nature. Il parlait sans méthode, sans aprêt, sans instruction ; mais quand il était profondément ému, son éloquence était tour à tour attachante, entraînante, fondroy ante. Son génie inculte créait les mots pour rendre ses idées, dont la nouveauté surprenait souvent, mais dont la vérité

frappait toujours. II monte à la tribune.

*• Malheureux! que faites vous? vous parlés '* de frapper quand vous êtes perdus, leur dit " il, demain, dans deux heures peut-être il ne " sera plus temps." Il les instruit de ce qui se passe. " Vous voule? exterminer la Conven- " tion ! Mais exterminerez vous la nation î 4 * empêcherez vous qu'elle ne soit représentée? i4 dix Conventions naîtront des cendres de celle "ci ; et toutes vous demanderont compte dy " sang de leur mère. Quelle puisssance vous " sauvera ?" On l'écoute; son énergie redonble. Il tonne, il écrase, il terrifie les plu$ audacieux. La frayeur s'empare de tous xes hommes. La fuite disperse le plus grand nombre. La raison chasse le reste. Le Gen* dre reste seul enfin. Il ordonne aux concierges d'éteindre les lumières. Il fait fermer la porte, il enprend les clefs et les remet à la Convention Nationale. Il n'est plus de Jacobins, dit-il,- ils sont dissous. C'étoit déjà une grande victoire. Elle ne fut que le prélude d'une plue décisive, que la Convention allait remporter bientôt.

Son. courage passa jusques dans ses employés subalternes. Elle trouva, parmi ses huis*

«ers, un homme assez dévoué pour porter au milieu de la commune le décret de mise hors la loi. Il entra, s'avança fièrement jusqu'au bureau du président, fit son message à haute voix, et se retira. La hardiesse de cet homme en imposa même aux plus téméraires. On 'n'osa lui rien dire, et on le laissa sortir tranquilement. Le procureur sindic, Payan, prit le décret, le lut publiquement; et croyant, par une infidélité indigne d'un magistrat, assurer un plus grand nombre d'ennemis à la Convention, se permit de falsifier l'original, en y ajoutant que les dispositions du décret s'étendaient à toutes les personnes, qui se trouveraient dans les tribunes de la commune. Cette maladresse, cette profonde inconnaissance du cœur humain, accéléra la perte de ces criminels. En une minute, les tribunes furent désertées. Les citoyens furent cacher dans l'ombre de la nuit, et leurs noms et leurs figures, et la commune se trouva abandonnée à elle même. Alors l'incertitude, le trouble, la crainte, s'emparèrent de tous ces forcenés. Aucunes mesures, ni d'attaque, ni de défense, n'avaient été prises. Les bataillons, armés de

piques, appelés à l'insurrection par le tocsin, erraient de rue en rue sans ordre, et sans point de ralliement. Les proclamations faites aux flambeaux par les commissaires de la commune étaient, un moment après, contredites et démenties par celles que la Convention Nationale faisait faire de son coté; et cett# droiture de raison, dont la puissance agit toujours sur le peuple, lui disait, bien mieux encore que tous les discours, que c'était au gouvernement qu'il devait se rallier. Le lâche Robespierre, incapable d'aucune résolution, caché dans un coin de la salle, s'abandonnait aux larmes. Néron deshonora moins sa dernière heure. Barras avait réuni quelques bataillons. Léonard s'était mis à la tête de quelques autres» Ils arrivent ensemble à la maison commune ; ils montent aux cris de Vive la Convention ; et le régne de Robespierre est passé.

U échappa peu de ces criminels. Robespierre, dit on, voulut se brûler la . cervelle. Des gens mieux instruits m'ont affirmé, qu'en cherchant à se sauver, il reçut d'un gendarme le coup de pistolet qui lui fracassa la mâchoire*

218 HISTpritE DES FACTIONS DE

Son frère se précipita d'une fenêtre,, et se brisa sur le pavé. Henriot, anéanti sous le poids de la plus brutale ivresse, ne se douta pas même qu'on l'arrêtait. Couthon fut découvert sous une table, emporté, ' et laissé sur les trottoirs du quai de la Grève où il leignit d'être mort, jusqu'à l'instant où des hommes ayant dit qu'il valait mieux jeter ce Cadavre à la rivière que de le laisser exposé, il fit alors un mouvement. On le releva et on le transporta à la prison de la Conciergerie. Le Bas fut le seul brave ; il se poignarda,' et mourut libre. Très peu s'échappèrent. Le nom d'un seul et venu à ma connaissance.

Il ïesta, m'a ton dit, caché sous un toit pendant cinq jours, sans boire et sans manger. Le ciel est juste. Il méritait de survivre à cette grande catastrophe. C'est un digne citoyen. Tout le reste fut mis aux fers.

Robespierre, baigné dans le sang, et ea apparence mourant, fut apporté jusqu'au corps de garde du Pont Neuf par des hommes qui le tenaient par les quatre membres. De nouveaux porteurs les relayèrent. On le transporta de la sorte jusque* dans la *aUe qui

précédait celle de la Convention Nationale.

' On le jeta, aux pieds de la statue colossale de la Liberté, que Ton voyait alors au milieu de cette salle ; aux pieds de l'effigie de cette 1U berté dont le nom avait si long-temps favorisé son hypocrisie. La Convention ordonna qu'on le transportât au comité de salut public. Dans une des vastes antichambres qui précédaient la salle d'assemblée du comité, il fut déposé sur une grande table à manger. On plaça sous sa tête une grande boîte remplie de madrépores, qui se trouva là par hasard. Il était trois heures du matin, et l'aube du jour était arrivée. Le comité prévenu que Robespierre était là, ne voulut pas le voir; et la justice exige que Ton dise qu'aucun député ne dégrada son caractère, en venant repaitre ses regards de l'humiliation .et des souffrances d'un tyran abbatu. Depuis trois heures du matin jusqu'à huit heures, que Tordre vint de le transférer au tribunal révolutionaire, pour constater l'identité, seule formalité requise par le code à l'égard des hommes mis hors la loi, il ne fit pas un mouvement, ne prononça pas une . parole, ne poussa pas un soupir. A le

voir, Ton eût dit pu'il ne respirait plus. Vers six heures, un chirurgien, appelé d'office, vint pour visiter sa blessure. L'enflure était déjà forte. Ce chirurgien, en examinant la playe, la toucha assez rudement et lui introduisit à diverses reprises les doigts dans l'intérieur de la mâchoire. Vous devez le faire souffrir, lui disje ? Il faut qu'il soit totalement sans cotenaissance. N'en croyez rien, me reponditil. Il est plein de vie, et une chose assez extraordinaire, c'est qu'il n'a pas même de fièvre. Il est présumable que pour laisser une grande idée de sa stoïcité et de son impassibilité morale, il triompha de la nature en affectant cette impassibilité physique. A sept heures, des gendarmes amenèrent St. Just et Dumas enchainés en semble. Dumas portait sur sa figure et dans l'habitude de son corps, toute la bassesse, tout le vil abattement d'un malfaiteur surpris en flagrant défit. Ce n'était qu'un lâche criminel. St. Just au contraire conservait dans sa contenance toute la fierté, toute la morgue qui lui étaient ordinaires, et cherchait même à leur donner une expression plus forte encore. On les fit at-

tendre pendant que Ton fut avertir le comité de leur arrivée. Ils se trouvaient placés précisément au bout de la table sur la quelle Robespierre était couché. Sans doute que St.

Just l'avait apperçu en entrant. Dans la position ou il se trouvait, il. lui fallait tourner la tête pour jeter quelques regards sur lui. A la contraction des muscles de son visage, il était facile de voir qu'il se faisait violence pour ne pas le regarder. U céda enfin au désir qu'il en avait. Il tourna brusquement la tète de ce coté, et tacha de redoubler dans ce moment son attitude altiére. On assure que ces deux hommes avaient été intimes amis.

La froide insensibilité de St. Just n'aurait pas permis de le soupçonner. Il mesura plusieurs fois d'un œil sec ce compagnon de sa carrière politique. Il fut impossible de remarquer sur sa figure la plus légère nuance, je ne dis pas d'attendrissement on de pitié, mais même du plus foible intérêt. Il regarda ce corps gissant sans mouvement sur cette table, avec ce sang froid cruel et barbare qui faisait la base de son caractère. Enfin il détourna les yeux, et son indifférence cessa de s'occuper de cet

objet. Peu de temps après Tordre de les con-i duire à la conciergerie arriva. Dumas déjà glacé par la frayeur de la mort se soutenait à peine, et St. Just, auquel il était lié par le bras, le traînait pour ainsi dire après lui.

Celui-ci, en se retournant pour sortir, apperçut, appendu contre la muraille, un de ces grands tableaux que Ton voyait alors dans toutes les administrations, et sur les quels étaient écrits les droits de l'homme en gros caractères. St. Just s'arrêta devant ce tableau que son ceàl parcourut un moment. C'est pourtant à moi, dit-il d'un ton arrogant, que Von doit cela. Un simple ouvrier, un cornmissionaire, assis près delà en attendant, je crois, réponse à quelque lettre qu'il venait d'aporter, lui dit avec une banhonunie remarquable, Eh bien ! pourquoi ne les a tu pas suivis ? tu ne serais pas là. St. Just fit un mouvement comme si quelqu'un l'eût frappé* Il regarda cet homme avec étonnement, qui sans jeter les yeux sur lui prit traxiquilement du tabac. U sortit sans proférer une parole.

* Dès quatre heures du matin toutes les cours du palais des Tiiuileries étaient pleines, et

LA RÉVOLUTION ÏRANÇAI8E4 283

Paris pendant toute cette journée offrit un spectacle qu'il serait impossible de décrire. La joye était portée jusqu'au délire» On s'appelait, on s'abordait, on s'embrassait saas se connaître. L'hilarité était sur tous les fronts ; toutes les classes étaient confondues. Un bonheur inespéré nivelle tous les états»

On riait, on pleurait, on s'interrogeait ; chacun racontait à sa manière les événexnens de cette nuit fameuse ; on se les faisait repéter vingt fois ; on les savait certains, il semblait que l'on en doutât encore. Combien, dans ce jour d'ivresse, ri*ais-je pas rencontré d'épousés in* fortunées, d'orphelins îmnocens, d'amis en demi, dont les regards élevés vers le ciel semblaient lui reprocher de n'avoir pas avancé «ce jouar fortuné de quelques semaines, de quelques mois. Hélas! il en était aussi; que vingt quatre heures de moins dans la marche des événexnens eussent consolés. La veille, soixante victimes avaient encore été traînées à^'échafaud. On prolongea leur agonie en feisant stationer les fatales voitures près de èa maison commune. Un peuple immense les entourait et donnait des larmes *u soft de*» deniers

martyrs. Hélas ! Robespierre alors n'avait pas encore un soleil à vivre ; et dans ce peuple il ne se trouva pas quelques hommes assez osés pour faire rétrograder ces fatales voitures, et dans la Convention le danger de ces infortunés ne se présenta pas à l'idée d'un seul re« présentant !

Robespierre et ses complices furent conduits à la mort à quatre heures après midi* L'échafaud avait été dressé sur la place de la concorde. Depuis quelques mois on ne faisait plus d'exécutions sur cette place. C'était à la barrière du Thrône qu'elles avaient lieu. En choisissant pour le supplice de Robespierre la place de la concorde, que Ton nommait alors place de la révolution, on présuma sans doute qu'il aurait plus de témoins. Cette place est voisine des plus superbes promenades de Paris. La peuple pour en jouir s'y porte les jours de repos et le 10 Thermidor était un jour décadaire. D'après cela Ton peut juger de la foule que la curiosité y attira ce jour là. Ce peuple ne se contraignait pas pour exprimer sa joye. Elle se manifestait par ses propos, par ses chansons, par ses éclats bruyans ; mais

Xa révolution française. 223

il <&iit le dire à la gloire de ce peuple, il ne se permit aucune apostrophe, aucune injure contre ses tyrans vaincus. Il /eut le sentiment de sa dignité et n'insulta point au malheur.

Lés misérables que Ton entendait chaque jour outrager les innocens «que le crime tout puissant envoyait à la mort, se gardèrent bien de paraître. Leur chef tombait ; ils se cachèrent. Les précautions que' la police avait prises pour que là tranquilité ne fïtt point troublée furent inutiles. Il n'y eut pas même un seul mot proféré en sa faveur. Si quelques scélérats eussent tenté quelque chose pour le délivrer? il est certain que le peuple en eût fait justice à l'instant. La haine qu'en lui portait était trop profonde. Le 11 et le 12,. ses complices, au nombre de quatre vingt trois, furent exécutés. Presque tous étaient membres de la commune ; quelques autres apartenaient au Tribunal Révolutionaire, tels que les deux présï- #dens* Dumas et Cofinhal : Fçuquier Thinvàlle leur survécut. « ' > • \ 's

* Ainsi finit cette faction fameuse, >dont la sanglante politique > avait -* décoré ' toutes lep grandes factioas qui levaient précédée*} et

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