‹ Histoire de l'origine, des progrès et de la décadence des diverses factions qui ont agité laChapitre 6 sur 16 · TOM. II. Q · texte numérisé non relu

TOM. II. Q

rimbécillité, ou la mauvaise foi, peuvent seule* avancer que, républicains et partisants cU crimes, sont sinonimes. J'affirme ici que si le sort de Louis XVI. eut dépendu des hommes dont le cœur pur croyait appercevoir dans Té* tat de republique la plus grande félicite de la France, ce monarque vivrait encore: et il m'est démontré que s'ils eussent été consultés il n'eut peut être pas trouvé de plus chauds défenseurs parmi les royalistes ; sans révoquer en doute la vertu de ceux ci, il est permis de dire qu'ils l'eussent défendu par opinion, et . les républicains par sentiment.

Dumourier, soit qn'il eut reçu de la nature un caractère avantageux, soit que sa franchise naturelle le rendît incapable de dissimulation, Dumourier, dis je, commit quelques indiscrétions ; il laissa trop percer son mécontentement contre la conduite de la convention ; il afficha trop sa haine et son mépris pour le tribunal révolutionnaire; enfin il répéta trop souvent qu'il marcherait sur Paris. Il laissa surtout bien imprudemment éclater cette indiscrétion devant trois intriguans jacobins que le Brun, ministre des relations extérieuses, lui avait dé*

cochés pour le sonder sur ses projets et sur ses espérances. Ces trois hommes étaient Proii, Pereira, et Dubuisson ; les deux premiers étaient étrangers à la France et du nombre de ces hommes qui, méprisés souvent dans leur propre patrie, se portent avec avidité dans les pays que les troubles tourmentent, affectent pour les peuples de ces pays un intérêt qu'ils ne ressentent pas, et n'ayant d'autre but que de se procurer de l'argent à tout prix, et trop vils pour avoir une opinion à eux, sont toujours prêts à se vendre à la première faction qui veut les employer, quelle que soit la livrée qu'elle porte. Le troisième était flamand, connu par une tragédie, intitulée Nadir -, représentée nombre d'années avant, avec quelque succès; mais malheureusement cet homme n'avait rien de la dignité des gens de lettres, et ses moeurs le mettaient à la merci de tous les moyens capables de subvenir à son existence toujours incertaine. Dumourier aurait du sentir que ce n'était pas devant de semblables hommes qu'il devait s'ouvrir. Le rapport qu'a leur retour à Paris ils firent des propos qu'il

leur avait tenus acheva de le rendre suapect.

Depuis longtemps les jacobins le détestaient ; mais par une contradiction singulière, Danton et Lacroix chefs suprêmes de la faction jacobiue, l'avaient constamment défendu ; et cela ne s'explique que par la complaisance que le général avait eue de fermer les yeux sur leurs dilapidations dans la belgique. Le dénouement aprochait. La rumeur contre Dumourier croissait chaque jour. On ne parlait que de son arrivée prochaine avec son armée dans les murs de Paris. La Convention partagea ces alarmes, et ce fut alors qu'elle lui envoya quatre commissaires, pour lui enjoindre de se rendre à la barre. Ces commissaires furent Camus, Quinete, Bancal, et la Marque. Le ministre de la guerre Beurnonville les accompagna. Les réponses de Dumourier à leur injonction furent ironiques. Dumourier avait de l'éloquence ; il leur peignit avec chaleur l'état malheureux où Paris était réduit, et la bassesse de l'esclavage dans lequel la convention était tombée. Il s'éleva sur tout avec vigueur contre le tribunal révolutionnaire, et déclara que tant qu'il lui resterait un pouce de sabre il ne reconnoitrait jamais ce tribunal

odieux. On ne conçoit pas comment Camus, dont la* judiciaire était bonne, prit la défense de- ce tribunal. Il crut sans doute qu'il était de son devoir de faire respecter l'ouvrage de la convention. L'altercation devenant plus vive de momens en momens, Camus interpella enfin le général de répondre : sil voullait obéir au décret de la Convention? et sur son refus lui déclara qu'il le destituait de ses fonctions de général, et le mettait en arretation. C'est toujours une grande maladresse de compromettre son autorité. Dumourier sans daigner lui répondre fait entrer des huzards. Les quatre députés et le ministre delà guerre sont arrêtés, jetés ds,ns une voiture, et conduits au quartier général autrichien. La longueur de leur détention et les mauvais traitemens qu'on leur a fait éprouver, sont connus de toutejl'Europe, et nous ne nous appesantirons pasfsur cette matière.

Après un semblable éclat, Dumourier n'avait que deux partis à prendre, ou marcher sans délai sur Paris pour mettre àprofit la terreur que la nouvelle de son audace y aurait répandue, ou bien de fuir lui même. Le pre-

jnier parti eut été plus héroïque, et je crois que pour sa gloire il eut dû le tenter, au risque de périr. Il n'était pas sans difficultés. La fidélité de son armée envers lui était douteuse; il n'avait pu s'assurer d'aucune place forte; Condé, Valenciennes, lui avaient refusé leurs portes ; il parait que ces difficultés l'arrête» rent ; mais ce qui surtout est étonnant, en ne considérant la chose que sons le point dé vue politique, c'est l'inertie de monsieur le prince de Cobourg, et le peu d'avantage qu'il tira de cette circonstance, qui pouvait être décisive pour son parti. On a prétendu que Dumourier et lui n'avaient pu s'entendre sur le roi qu'ils prétendaient donner à la France ; .mais cette excuse na justifie pas l'Autrichien. L'important pour lui était de vaincre ; risque à choisir après. L'émigration fut donc le parti qu'embrassa Dumourier. Il passa la frontière avec quelques amis; et par cette démarcha mit j?es jours hors de danger, les jacobins hors 4ç crainte, et les républicains hors d'espérances, . Pp ce moment, toutes les . haines, et tous les coups se dirigèrent contre la Gironde* On préteoçl et il ïi'e$t guère possible d'en douter,

qu'un complot fut formé pour assasiner tous les députés de la Gironde dans le sein même de la convention. Ce projet avait été conçu par la commune de Paris, et tous les rôles avaient été distribués. On affirme cependant qu'il n'eut pas l'assentiment de tous les jacobins, et que Danton entr'autres s'y opposa vivement. Pour colorer un aussi grand crime, on médita une insurrection afin de pouvoir, suivant la perfide tactique de cette faction rejeter le massacre des Girondins sur le peuple, qui, aurait-on dit après l'événement, se serait fait justice lui même de ses ennemis. Heureusement ce crime n'eut pas lieu; les députés de la Gironde furent prévenus et ne parurent pas à la séance du soir ; et la pluie qui dura toute la nuit, empêcha l'insurrection ; nos factieux de Paris étaient des sybarites.

Le crime ne fut qu'ajourné, et cet ajournene fut pas long. Jamais la Gironde ne se montra plus grande. Lies décrets les plus anarchiques et souvent les plus ridicules se succédaient. La Gironde oubliait ses propres dangers, pour ne s'occuper que des intérêts de la France, et de la conservation des prin-

cipes. Il résultait du moins de sa noble abnégation, quelle parvenait quelquefois à atténuer les affreuses conséquences que devaient entraîner après eux les décrets de sang que rendait chaque jour la convention. Ce fut ainsi par exemple que lorsque Ton décréta peine de mort contre les provocateurs à la royauté, elle fit rendre le même jour un décret de peine de mort contre les provocateurs aux meurtres ; et certes si ce décret eut étÉ mis à exécution, toute la commune de Paris, la majeure partie des orateurs des jacobins, et tous les journalistes vendus à cette faction, à commencer par Marat eussent à l'instant été frappés par le glaive de la loi. Alors parurent aussi les. décrets pour la confiscation des biens des condamnés ; cause principale et peut être Tunique des exécutions qui pendant quinze mois ensanglantèrent Paris ; les décrets qui divisèrent la France en deux classes d'hommes, les sans Culottes et les Suspects; qui ordonnèrent un emprunt forcé que les comités révolutionnaires des sections pouvaient imposer au gré de leur caprice; mirent Dumourier hors de la loi, et promirent cent

mille ecus, à quiconque le livrerait mort ou vif ; voulurent que les noms de toutes les personnes fussent affichés sur les portes des maisons qu'ils habitaient ; prescrivirent que toute les marchandises, principalement les comestibles, seraient soumises à un maximum; mirent en arrestation tous les membres de la famille dé Bourbon, et les firent transférer à Marseille ; traduisirent devant le tribunal révolutionnaire les généraux Miranda, Miazinski, Lanoue, et Stenghen ; destituèrent les généraux Custines et Kellermah ; et cent autres décrets semblables que Ton ne peut lire aujourd'hui sans -être épouvanté de l'esprit de démence qui les a dictés. On sent que la frayeur inspirée à la convention par les nouvelles alarmantes quelle recevait de tous les points de l'empire ajoutaient à la férocité de ses résolutions. La frayeur est aveugle, et ce désir d'échapper au danger rend souvent barbare. C'est ainsi que l'homme qui se noie, donne souvent la mort à son libérateur. La France était véritablement alors dans une crise terrible. Jamais la Vendée n'avait obtenu de succès plus importans ; la Bretagne et la basse Nor-

mandie étaient presque en entier soulevées; les insurrections contre -révolutionnaires se multipliaient dans le midi ; presque toutes les armées étaient malheureuses ; la belgique était perdue ; l'expédition sur la Hollande marquée ; Mayence rendu aux Prussiens ; tels étaient les revers dont chaque jour retentissait la tribune de la convention. Les hommes sages voyaient en frémissant l'orage s'aprocher ; les factieux déguisaient leur épouvante sons le masque de l'audace ; et les scélérats plus méprisables encore, cherchaient à distraire le peuple du sentiment de ses dangers, en lui conseillant le meurtre, et le pillage. Ce fut aiasi que la loi sur le maximum ayant éprouvé quelques obstacles, Marat dans sa feuille conseilla au peuple de Paris de se transporter chez les épiciers, de piller leurs boutiques, de les pendre à leur porte, et de se faire ainsi justice lui même, puis que la convention la lui refusait. Le croira-t-on?

Le conseil de Marat fut suivi. Le lendemain presque tous les magazins d'épicerie furent pillés; mais le peuple satisfait sans doute du butin qu'il faisait, oublia la seconde invi-

tation de Marat et ne pendit personne. Nul dans Paris ne s'opposa à ce brigandage. Eh !

qu'attendre d'une masse d'hommes assez dégradée, pour venir acheter à vil prix les marchandises que les brigands, se partageaient.

La moindre force cependant eut suffi pour comprimer ce désordre ; et je ne puis m'empêcher de le prouver, en consignant ici une anecdote dont je fus témoin. Une de ces femmes malheureuses, qui fondent leur existence sur la corruption des mœurs, avait été quelque fois traitée avec humanité par un riche épicier de la rue du Chantre nommé Verniaux, et dans ses besoins en avait souvent obtenu quelque crédit. Cette femme, malgré sa vie déréglée susceptible de reconnoissance le jour du pillage accourt à la maison de l'épicier, que déjà cinq ou six cents brigans se disposaient à forcer ; et là s'armant d'un couteau de cuisine, se place sur le seuil de la porte, et menace de poignarder le premier homme ou la première femme assez téméraire pour avancer. Elle l'aurait fait. Quoi qu'il en soit elle en imposa à cette, foule. Personne

n'osa s'exposer à la braver; les brigands se dispersèrent, et la boutique fut sauvée.

Ces résultats affreux qu'eurent plus d'une foi les écrits de Marat éveillèrent à la fin l'attention de la Convention Nationale. Elle décréta Marat d'accusation, mais par une de ces inconséquences dont cette Convention n'a donné qne trop d'exemples, elle l'envoya en jugement devant le tribunal révolutionnaire, c'est à dire qu'elle lui donna pour juges ses meilleurs amis et les hommes dont les opinions anarchiques étaient en tout conformes aux siennes. Marat fut acquité avec éclat. La portion de peuple salariée par les jacobins, le reporta en triomphe à la Convention Nationale; et le seul homme qui fut innocenté par le tribunal révolutionnaire, fut le seul criminel qui fut traduit devant lui. Cependant les dangers que la Gironde avait courus, avaient alarmé' la convention en général pour elle même. Si Ton commençait à la décimer de la sorte, pouvait elle prévoir ou l'on s'arrêterait? elle crut s'appercevoir enfin que. la commune de Paris aspirait à l'empire ; quelle avait sans

doute quelqu'un en vue, à qui elle réservait le pouvoir souverain ; que cette faction avait des complices jusque dans son propre sein, et que le succès d'un semblable projet dépendait de la destruction entière de la Convention Nationale. On s'apperçut de ce changement dans les idées, par les discours de quelques membres qui jusqu'alors opposés à la Gironde, parlèrent de la mettre sous la protection de l'assemblée. Ce changement fut bien plus sensible encore, le jour ou quelques membres de la Gironde s'étant précipités à la tribune pour se plaindre du complot que Ton avait tramé contre leurs jours et donnfer v des preuves matérielles de ce complot, ils se virent à l'instant environnés de la "plus grande partie des membres de la convention, qui leur jurèrent de périr plutôt eux mêmes que de souffrir que la moindre violence leur fut faite. Ce fut dans ce moment d'entousiasme, dans ce retour, malheureusement éphémère, vers la vertu, que fut créée cette commission des douze, si célèbre à cette époque, et si digne de la confiance de la Convention par le caractère des hommes qui la composaient. Cette commis-

sion fut chargée de veiller à la sûreté de la Convention Nationale ; elle fut investie du pouvoir de lancer des mandats d'arrêt contre les perturbateurs. La Convention la forma sans désemparer; elle entra en fonctions de suite, et débuta par un coup d'autorité remarquable. Cette commission eût tout réparé; en peu de jours les hommes qui souflaient le crime depuis tant de mois dans Paris, eussent été mis hors d'état de nuire; les jacobins privé* de leurs chefs se fussent dissous d'eux mêmes ; les. hommes du peuple qu'ils avaient à leur solde, privés de leur salaire fussent retournés à leurs travaux ; la tranquilité se fut rétablie; l'esclavage de la Convention eut été brisé, et elle eut pu s'occuper librement du salut de l'Etat. Mais sa malheureuse faiblesse l'empêcha de soutenir son ouvrage, et bientôt elle abandonna les hommes énergiques qui se sacrifiaient pour la sauver. Il suffisait à Danton à Collot d'Herbois, à Billaud de Varenne, d'élever la voix pour faire trembler la majeure partie de ces députés. Le terrible triumvirat de Robespierre, de Couthon et de Saint JusÇ était déjà formé, et entraînait dan$ ses volontés

tous ceux dont la basesse attendait quelque place de ces hommes, qu'ils regardaient déjà comme les souverains de la France. La perte de la Gironde était donc inévitable.

Le vigoureux début de la commission des douze ne fit que l'accélérer. La commission fit arrêter au milieu de la commune en séance, le trop fameux Hébert, son procureur sindic.

Pour peindre Hébert d'un seul trait Hébert était plus méchant que Marat. Hébert s'était fait connoître par un journal intitulé le père du Chêne. Ses expressions toujours grossières et souvent obscènes avaient amusé le peuple et procuré un grand débit à cette feuille, indécente par les épithetes et dangereuse par les principes. Elle les avait répandus parmi le peuple ; et l'on souffrait que chaque jour cette multitude d'hommes, que la vente des journaux répandait dans Paris, outrageât les mœurs publiques, forçât les femmes et les filles à baisser les yeux, et salit l'oreille vierge de l'enfance par la répétition affectée des mots employés dans cette feuille, et que l'on pardonne à peine au charetier en colère. C'était à cette impudeur qu'Hébert avait du l'en-

cens des jacobins, et la protection des cordeliers. Lorsque Ton entendait les crieurs de journaux vociférer dans les rues l'esprit de sa feuille du jour, et crier à tue tête, il est bien fâché i bien encolére aujourd'hui le père du Chêne, (on devine aisément les mots que je suprime dans cette phrase,) on pouvait être sur que quelque massacre, quelque assasinat, quelque forfait enfin étaient conseillés au peuple de Paris. Tel était cet Hébert, distributeur de contre marques dans un théâtre de la capitale, et que ses talens, dont nous , venons de donner un idée, avaient fait arriver à réminent emploi de procureur sindic de la municipalité de la première ville du monde. L'arestation d'un tel homme parut une cala* mité publique» et cette ville où n'aguerë le peule en silence avait laissé monter le fils de cinquante rois sur i'échafaud se crut perdue en voyant dans les fers un brigand que les voleurs de la forêt de Bondi n'auraient peut être pas voulu recevoir dans leurs rangs. La commune jura de tirer une vengeance éclatante de cet outrage. Les jacobins et les cordeliers appelèrent tous les poignards pour

terminer le comité des douze. Les i/i- Igentes dames de la société fraternelle, plus fondes en resources, et protectrices élégantes V urbanité d'Hébert, proposèrent de mettre feu au palais des Thuileries et d'engloutir ns les flammes les ennemis de cet homme 'tressant. Vingt propositions plus exagérées cote, se firent dans les sections révolutionires de Paris, qui se déclarèrent en permancé jusqu'à ce que le héros du patriotisme t été délivré. Des pétitions arrivèrent de îs cotés à la Convention Nationale. La mmune vint en corps à la barre, et son orateur distingua par l'insolence de son discours, i Convention tint ferme pendant quelques irs. Sa fermeté commençait à répandre terreur dans Tame de ses ennemis, et avec peu de persévérance et l'énergie de la mmission des douze, le triomphe était cerin; mais effrayée par les menaces journares de quelques membres de la Montagne, e fléchit enfin; Hébert fut rendu à la >erté. Dès lors la faction jacobine vit qu'elle iuvait tout oser, et l'insurrection du 31 Mai t arrêtée.

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