CHAPITRE XXXI
Organisation de la faculté des arts. — Maîtrise. — Attestations d'études. ~ Cours de philosophie. — Réformes dans les pratiques religieuses de l'université. — Mgr Milon. ~ Union à l'université de Valence des séminaires de Viviers , du Bourg-Saint-Andéol , de Lyon , du Puy, de Glermont.
Tandis que le parlement de Grenoble s'épuisait en vains efforts pour provoquer la suppression de l'université de Valence, celle-ci s'occupait de ses réformes intérieures et organisait la faculté des arts rétablie, comme on le sait, en 1716, par son illustre chancelier, Mgr de Catellan, Il s'agissait alors de déterminer les règles à suivre pour accorder aux élèves le degré de mattre-ès-arts, ainsi que pour rédiger les lettres testimoniales destinées à constater leur promotion, ou les études préparatoires qu'ils avaient faites pour obtenir cet honneur; voici quelle fut à cet égard, durant le dix-huitième siècle, la pratique de l'université.
Les étudiants qui aspiraient à la maîtrise s'inscrivaient d'abord dans un registre commun aux facultés de philosophie et de théologie, etdéclaraient avoir l'intention d'étudier tout le temps prescrit par les ordonnances de la cour pour
obtenir leurs grades. Si, après les deux ans de philosophie, ils voulaient se livrer à Fétude du droit civil et canonique , ils ne s'inscrivaient d'abord que pour la philosophie, et au bout des deux ans, ils prenaient une inscription sur les registres de la faculté de droit. Mais s'ils préféraient étudier la théologie, ils pouvaient ne prendre au début qu'une inscription dans laquelle ils déclaraient leur dessein d'étudier en philosophie et en théologie, ou bien, au ferme de leurs deux ans de philosophie, s'inscrire de nouveau pour la théologie.
Ordinairement, les élèves de la quatrième faculté, après avoir suivi pendant deux ans le cours de philosophie, obtenaient le grade de maître-ès-arts. Leur promotion était précédée d'un examen rigoureux que Jeur faisait subir le second professeur de cette faculté, et que présidait le premier professeur, assisté de l'un des régents ou agrégés des trois autres facultés.
L'examen n'avait pas lieu quand il ne s'agissait que d'accorder des lettres testimoniales appelées communément attestations d'étude. Ces lettres étaient délivréesparle recteur, au nom de toute l'université; mais il ne les accordait que sur des cerliflcats particuliers des professeurs de philosophie et de théologie dont les élèves avaient suivi les cours. Ces certificats eux-mêmes devaient être contresignés par deux étudiants et par le secrétaire de l'université, et le recteur était tenu d'en faire mention dans les attestations générales d'études qui, à leur tour, devaient être aussi contresignées par les mêmes étudiants , condisciples de celui à qui ces lettres étaient destinées. On conçoit qu'avec de telles précautions, il était inutile de faire subir un examen à ceux qui sollicitaient les
attestations d'étude de philosophie. « Leurs professeurs étaient exacts à leur faire répéter leurs leçons académiques, à les interroger, à leur faire soutenir des sabbatines, et ils n'accordaient des certificats d'étude qu'à ceux qui, outre l'assiduité, leur avaient paru les mériter par leur applica* tion. » C'est ce que nous apprend un rapport adressé le 22 mai 1734 à l'université de Toulouse par celle de Valence et qui porte la signature deBachasson, premier professeur en droit , Chaix, premier professeur en théologie , Montresse , premier professeur en médecine , et Brevet, professeur de philosophie. Le cours de philosophie s'ouvrait chaque année le 19 novembre et se continuait sans interruption jusqu'au 22 juillet de l'année suivante. Chaque professeur donnait deux leçons par jour, d'une heure et demie ; l'une le matin et l'autre le soir ; il dictait ses cahiers, les expliquait, et interrogeait les élèves toujours en latin. Le premier enseignait la logique, la métaphysique et la morale; le second, la physique ; plus tard, celuici donna chaque année , vers l'approche des vacances , des séances de physique où le public fut admis, et qui avaient lieu dans la salle royale de l'université.
Nos docteurs s'occupèrent aussi, vers le temps dont nous parlons, de la réforme de quelques abus qui s'étaient glissés dans leurs pratiques religieuses. Tous étaient tenus d'assister en corps aux processions et à certaines autres cérémonies solennelles de la cathédrale ; mais plusieurs d'entre eux violaient cet article des statuts,malgré les représentations du recteur qui les rappelait souvent à l'accomplissement de leurs devoirs. Enfin de nouvelles plaintes à ce sujet provoquèrent en 1736 une mesure de rigueur qui fut arrêtée en assemblée générale. On y décida que « do-
rénavant ceux de toutes les facultés qui manqueraient d'assister aux processions seraient rrmlctés de quinze sols pour chaque absence, au profit de la bourse commune , sans aucune excuse, pas même Tabsence en cas de maladie. » Puisqu'il s'agit en ce lieu de cérémonies religieuses, nous rappellerons en passant que l'université avait coutume d'aller chaque année, célébrer la fête de la Purification dans l'église du Bourg-lès- Valence. Or, eh 1728, le chapitre collégial de cette église ayant été transférée Saint-Apollinaire, il fut résolu, dans une délibération du 28 janvier, « qu'attendu qu'on ne pouvait plus chanter la grand'messe de la Purification dans l'église du Bourg par le défaut de ministres , n'y ayant dans cette église qu'un curé et un vicaire, désormais cette grand'messe serait célébrée dans l'église de Saint-Jean, à dix heures, et qu'elle serait payée trois livres, outre l'offertoire accoutumé, o
Mgr Milon était alors évèque de Valence: Gomme tous ses prédécesseurs, il avait en haute estime le corps universitaire ; mais mieux qu'aucun d'eux, il réussit à s'en faire aimer ; nous en donnerons bientôt des preuves péremptoires. Au reste, à l'époque où nous touchons, l'université, quoique toujours jalouse de ses prérogatives, n'était plus aussi chatouilleuse en cet endroit qu'elle l'avait été au siècle précédent. L'agitation des esprits causée par les luttes religieuses y avait fait place à des idées nouvelles, et l'on y comprenait enfin que le talent n'est pas incompatible avec l'amour de l'ordre et surtout avec la profession de la foi catholique. Aussi déjà depuis de longues années, le calvinisme en avait-il été banni ; les régents de toutes les facultés se faisaient honneur d'appartenir à la religion orthodoxe, et nul d'entre eux n'avait été admis au concours qu'à cette co**''^*^'*'*
Ce fut là sans doute ce qui flt que lios docteurs accueillirent à cette époque avec empressement une grave mesure que leur proposa le nouveau chancelier. Mgr de Villeneuve, évêque de Viviers, désirant raviver les études parmi les professeurs et les élèves de ses deux séminaires, avait formé le dessein de procurer aux cours de philosophie et de théologie suivis dans ces établissements lés honneurs et privilèges académiques. Il députa donc le supérieur de son grand séminaire , M. l'abbé Nicolas , docteur de Tuniversité de Valence^ auprès de Mgr Milon pour lui faire part de son projet et le prier d'intervenir auprès de l'université, afin qu'elle voulût bien agréer l'union des séminaires de Viviers et du Bourg-Saint-Andéol aux facultés des arts et de théologie. Mgr Milon s'empressa de transmettre la demande au recteur , et, s'étant rendu le 23 octobre 1737 à l'assemblée générale du corps universitaire, il l'exhorta à l'accueillir favorablement, ajoutant que o MM. de Saint-Sulpice chargés de la direction de ces séminaires étaient des ecclésiastiques attachés à l'épiscopat, et qui, formés eux-mêmes sur les principes de la hiérarchie et les maximes du royaume, étaient plus capables que d'autres de former les clercs confiés à leurs soins. »
La proposition honorait l'université de Valence ; elle fut donc agréée d'une commune voix. On résolut d'unir le grand séminaire de yiviers à la faculté de théologie en faveur des jeunes clercs qui étudiaient dans cet établissement, et celui du Bourg-Saint-Andéol à la faculté des arts pour les élèves de philosophie, et l'on consentit , sous le bon plaisir du chancelier de France, • à ce que Tévêque de Viviers et les Sulpiciens demandassent des lettres à la
cour pour que les études faites dans ces deux séminaires, constatées par les attestations de professeurs choisis avec soin, fussent regardées dans l'ordre public comme des études académiques , et qu'elles en eussent toute la force et tous les privilèges. »
Toutefois l'université ne conclut point cette union sans proposer des conditions importantes qui furent acceptées par M. Nicolas , et rédigées à l'instant même pour être présentées au chancelier de France. En voici le résumé en peu de mots :
1* Les professeurs qui seront destinés pour enseigner la philosophie dans le petit séminaire du Bourg-Saint-Andéol et la tiiéologie dans celui de Viviers, seront tenus de se présenter à l'université de Valence, et d'y prendre les degrés nécessaires qui leur seront délivrés gratuitement , à moins qu'ils n'eussent déjà reçu les mêmes degrés dans une autre université du royaume, auquel cas ils seront seulement obligés de venir prendre ici leurs provisions de professeurs dans les mêmes formes que les autres professeurs de Funiversilé.
2» Les dits professeurs ne pourront prétendre aucune part aux gages et aux autres émoluments des professeurs et agrégés de la dite université ; ils se contenteront d'un simple rang d'honneur parmi les docteurs, suivant l'ordre de leur réception.
3* Ils se conformeront, ainsi que .leurs élèves, aux statuts, règlement et police de la dite université.
k" Les élèves des dits séminaires ne pourront faire usage des certificats d'étude qui leur seront accordés, et qui seront visés et contresignés par le recteur, ni prerrdrc leurs degrés dans tme autre université que celle de Valence, ni
aussi s6 faire nommer gradués qiie par la dite université, dans laquelle, lors de leur réception et nomination, ils seront tenus de payer les droits accoutumés, sans que les professeui*s des dits séminaires puissent s* ingérer de confier aucun grade aux aspirants, ni nommer aucun gradué à l'effet de le rendre capable de posséder ou d'acquérir des bénéfices, pour quelque cause que ce puisse être, sous peine de nullité des grades et même de la dite agrégation.
5® Les étudiants dans les dits séminaires seront aussi obligés, au commencement de leurs études, de s'immatriculer dans les registres de l'université, sans que les dits séminaires puissent avoir par devers eux aucun registre public d'inscription.
6' Les élèves de3 dits séminaires jouiront à l'avenir des mêmes droits, honneurs et prérogatives dont jouissent ou peuvent jouir ceux qui étudient à Valence dans la dite université (1).
L'évêque de Viviers , ne trouvant rien de trop onéreux dans ces conditions, écrivit de suite à la cour pour en obtenir des lettres-patentes qui lui furent expédiées le 15 décembre 1737, et enregistrées au parlement de Grenoble le 14 janvier 1738. Nous mettrons seulement ici le début de ces lettres sous les yeux de nos lecteurs : ^
« Louis, parla gràcede Dieu, etc..
» Nous avons été informé que, quoique le diocèse de Viviers soit un de ceux de notre royaume où il est le plus nécessaire de veiller à l'instruction des anciens catholiques et des nouveaux convertis, il est difficile néanmoins d'y trouver des ecclésiastiques qui puissent s'acquitter di-
(1) Registres manuscritt de Vuniversité, 29 octobre 1737.
goement de ce ministère, surtout dans les cures des villes murées, oudans Fexercice des dignités et autres bénéfices qui ne peuvent être possédés que par des gradués, la fortune de la plupart des familles de ce diocèse étant si médiocre qu'elle ne permet pas au père de faire les dépenses nécessaires pour procurer cet avantage à ses enfants ; nous savons, à la vérité, que le sieur de Villeneuve, évèque de Viviers, a fait ce qui pouvait dépendre de son zèle pour former des sujets utiles à TEglise par les soins qu'il a pris d'augmenter et de perfectionner la fondation de ses deux séminaires; mais comme les études qu'on y fait, n'étant pas réputées académiques, ne leur servent à rien pour pan^enir à des degrés que leur impuissance ne leur permet pas d obtenir en faisant de nouvelles études dans une des universités du royaume, on désirait depuis longtemps que ces deux séminaires fussent unis à l'université de Valence, afin que ceux qui y enseignent, devenant membres de cette université , les études qui se font sous eux puissent être regardées comme une préparation suffisante pour obtenir les grades universitaires... Pour ces motifs nous approuvons... etc. >^
L'exemple de l'évoque de Viviers fut bientôt suivi par d'autres prélats. Vers la même époque , en effet , Mgr Charles de Rochebonne, archevêque de Lyon, et Mgr François Beringhen, évêque du Puy, obtinrent, aux mômes conditions , de l'université de Valence , la même faveur pour les élèves de leurs grands séminaires; et l'évoque de Glermont l'obtint à son tour en 1739.