CHAPITRE IV
Les mathématiques et l'astronomie à Cracovie.
La connaissance de la nature au moyen âge. — Les mathématiques et leur enseignement à Cracovie. — L'arithmétique et les algorithmes. — Martin Krol de Zorawica vers le milieu du XV-e siècle contribue aux progrès de la science mathématique. — Trigonométrie. Astronomie. — Théorie de la sphère et des planètes. — La chaire de Stobner et sa fonction. — Les calendriers de l'époque. — La chaire de Martin Krol. ~ Les judicia ou pronostics. — Circonstances faisant obstacle au développement de l'astronomie au moyen âge. — Les tabulae et les défectuosités de l'observation. — A partir du milieu du XV-e siècle le progrès s'accentue dans ce domaine. — Martin Krol. — Pierre Gaszowiec et ses observations. — Martin Bylica d'Olkusz, — Ses travaux à l'étranger; ses relations avec Uegiomontanus en Italie. — Séjour en Hongrie; Bylica en faveur auprès de Mathias Corvin. — livlica et la Pologne; son influence à Cracovie. — Ses
dons à Cracovie.
Adalbert Brudzewski, astronome et humaniste. Ses travaux et son influence en astronomie, Copernic son élève. — Autres astronomes
à ce moment à Cracovie.
Jean de Glogow et Michel de Breslau font de l'astronomie pratique, ou plutôt de l'astrologie. — Astrologia iudiciaria et les prédictions d'alors. — Penchant pour le merveilleux et la superstition. — Alchimie, chiromancie, nécromancie. — Faust et Cracovie. - Conclusion. — Astronomes étrangers sortis de l'école de Cracovie.
La faculté des artistes devait initier les jeunes étudiants aux sept arts libéraux que l'on divisait en deux catégories, en deux degrés: le premier, inférieur, le tri-
viiiin comprenant l(*d 8ci<Mices formelles, la (j^rammain*, la rhcHori(|ue, la dialectique: le second, supérieur le quadrivium où I on apprt*nait l'arithnuHique, la mu8iqu<% la &riH> métrie et Tastronoinie. Le débutant 84' préparant au bacralauréat avait d*abord à se faniiliaris<*r avec le trivium; il suivait donc assidûment les cours sur Alexandre*, la nouv«»lle poétique, les livrt»s d'Arislole: on exiireait en outre <|(ril rût quel(|U('s notions irastnuiomie. indispensables pour établir b» cal«'iulri<*r relitrieux et fixer la date des fêtes de l'Kirlists on lui t*nsci{rnait donc U* (Jnm(»utus et la Spbaera niaterialis M. l'our passt*r maitre, il étudiait les ouvraires plus dit'liciles d'Aristotc et notamment ceux qui traitent de la vie dt» riionime ft des sci«»nccs naturelles: il y joiirnait b*s quatrt* arts du quailrivium.
Nous avons déjà exposé le rôb» joué par ci»s Hcienres au XV-e siècle: au moyen âL'e la dialecti(|ue avait le pas sur toutes b*s études: elb* prédominait dans b*s universités au point lie pnrltT j^réjuilice aux autres travaux. La He« iiaissanct* lit [»assrr au premier (»lan la (>oétiqu<* et la rhé» tori(|ut^ on voulut même b*s atTrancbir duj«>uijr dt* la diab»cti(|ue pi»sant sur les arts lil>éniux. Si pour les s«'iences exactes t»t naturelles cette souveraineté tie la dialectique no pouvait être favt»rabU\ les courants nouveaux n'améli'irèn*nt (|ue fort [)eu la situation sous ce ra)>port
Le moyen âir*^ nt* se distinirua donc ni dans les inatbematiques, ni tlans Tbistoire naturt*lle. Les premières, di^daiLMUM'^, ne snrtan'iit jamais du cbamp tracé par la <irêc»'; la s«*condr avait centre elle r«*s|)rit et les moeurs iiu ttMiip>. L«* culte piur li*^ livre> [»rf*scrits et la tradition dt'*t«Mir(iait U"^ yeux et rihtrlliir«'ncede la réalité ambiante: au li<*u d • xainiiiiT «iir<*i*t<'in**iir la natun*. on Tétudiait dans tb* pnniinMix iu.inu*»<TitH ..ù j»»^ anticpies (d)servatîons étaient n 'VtM'». ». »u^ lin 11 -t iir cimim-ntain^s ultéri«»urs. C*esl à Arist"te i|ii<»ii dtMii.in«lait la <*b* dr ses Inis et «ie si'» mystères.
Mnvk«>\\»»ki Lib pn>in«»l. XIII.
On enseignait donc De coelo et mundo, de generatione et de anima du Stagyrite; on expliquait ses Metheora, on prenait pour base de la science les traités Fhysicorum; chaque doyen organisait à tour de rôle des Exercitia physicorum; en un mot Aristote était T autorité suprême, l'oracle incontesté, et les addita de Scot ou d*Albert-le- Grand n'avaient d'autre but que de l'expliquer, de même <|u'il avait expliqué le monde. Il est évident qu'une semblable méthode excluait tout progrès; à moins qu'on ne considérât comme tel Técheveau inextricable dans lequel avait été de plus en plus enchevêtré le texte du philosophe. Là aussi la dialectique s'imposait tyrannique; la physique d'Aristote n'était-elle pas d'ailleurs un ouvrage philosophique demandant de philosophiques élucidations? La seule science réellement physique dans les universités du moyen âge était l'optique ou perspective, enseignée d'après la Perspectiva communis du Cordelier Peckam (mort en 1292)^). A Cracovie cette connaissance était exigée pour l'examen de maîtrise.
Et sur ce point l'étranger n'était guère plus avancé que Cracovie. Aucune université ne peut réellement être mise à part; aussi les historiens ne s'arrêtent-ils guère à ces stériles manifestations qui, du reste, sont assez peu intéressantes.
Les mathématiques et l'astronomie, tout comme l'histoire naturelle, ne furent pas goûtées du moyen âge, n'y firent aucun progrès. Nous parlons ici, bien entendu, du XlV-e et de la première moitié du XV-e siècle; car il serait injuste de ne pas reconnaître qu'au XlII-e, sous rinfiuence salutaire des Arabes, s'éveilla avec une certaine intensité un mouvement scientilique qui ne manqua pas d'éclat et où se rendit fameux «le premier mathématicien du moyen âge«, Leonardo Fibonacci de Pise *). Mais ce regard hardi
') Oiinther, Geschichte des matem. Unterrichts, 191.
') Zculhen, Geschichte; der Matematik, Kopenhagen 1896, p. 3Î5.
jeté Hur le monde des phénomène» nt* fut hélas que rapide et passatJTor. Lor8<(ue s'ouvrirent les universités du Nord, l'ardeur pour^ces n*cherches 8*était éteinte; et ce ne fut que vers la lin du XV-e siècle qu'on sembla s'y intéress«*r à nouveau, spécialemt'nt à ce qui touchait les mathématiques, en tant ({u'elles étaient en rapport avec l'astninomie. Ici Cracovie ne se laissa devancer par personne et même souvent se tint à l'avant-ijarde et fraya la vt»ie.
I^es inatliêniati(|ucs se développèrent lentement et en silence. Nous av«ins déjà dit que dans l'université renouvelée de 1400, il y «'Ut dès la première h«*unr une chaire de mathémati([ues et d'astronomie; rha(|ue colléuriat de Ia fondation Stobrier était tenu à des cours sur ces matières, et si. par un hasard heureux, il ne quittait pas de hmirtemps Cf poste pour un meilleur bénélice. les le^^ms sVn trouvaient sinLMilièrrmtMit mieux préparées t*t plus suivies. Il eiiseiL'^nait (*ntre autres l<*s propositions d' Kuclide et rarithinéti((U(*. Mais cette chaire tK*s secondaire était de» plus pauvrement rétrihuéfs; par consé4|uent on n'y voyait passt^r (|ue des d<'*hutants. et les mathématiques à Crac«)Vie. «-oininc en beaucoup) d'autres écoles, étaient livrées ti des prott»ssrur> iiu'Xpérimentés *».
Kn Lr<*n('*ral l'aritlimétique se bornait alors aux princi[>es lc> \}\\\> -simple**, ri la ir^'oméirif, à la répétition fort suprriicirll»' i\r> pn'inuTs livres d'Kuciid»*. Il est certain ([ue \r> Kii*ineiita tb» <*et aut«*ur, source vénérée de loutt* la M'iciK-c •^«•«niK'trKlut* du moyt»n aire, furent enseitrné» a <'racn\ir a partir d<* 1404. On ri\ li>ait et explicjuait la traduction latin** av(*c nntcs île Jean Campanus. Les maître* cracovifiis lis pn*r»aM*nt par IraLTinent,»*. di»u\ t>u troi» livrt*s par M*mt*stn\ ««n cuinincncant par le premier, parfois par un aulr«\ L arillimfti«|uc \ctr«''ta ju-^qu'à la tin du XVI-e ^itM'Ic où elU» prit tout a cnup un viL''oureux essor; les
KmuIiii. 11)11 ( M*srhu'ht<> i!»*r il«Mitschi'ii L'tiiViT^itAU*n 11.461. Voir <.iiii'h"r « i'»»«liuliti* «l-s luatein l lïterricht»* nu d. Mittelaltrr hfîl 11 l*•^7 . I». 21'»
écrits de Fibonacci ne parvinrent jamais en Pologne; ils furent d'ailleurs ignorés. à peu près partout, tandis qu*à Cracovie, comme dans la plupart des universités, on faisait usage du De algorithmo, ou du De arte numerandi de Jean de Holyvvood (Joannes de Sacrobusto), ou encore de petits manuels anonymes portant les mêmes titres. On distinguait l'Algorithmus integrorum, opérations sur les nombres entiers et l'Algorithmus minutiarum, opérations sur les fractions, le plus souvent aussi l'Algorithmus linealis, par lequel on enseignait sur des lignes, à titre de méthode visuelle, l'addition, la soustraction, les quatre règles^). Le niveau de ces études si élémentaires s'éleva insensiblement vers le milieu du XV-e siècle, grâce à une éclatante personnalité, Martin Krôl de Zorawica. Nous avons déjà parlé de ce savant et de ses relations avec Peuerbach. Si celui-ci eut la gloire de répandre en Europe la trigonométrie de Ptolémée et des Arabes *), Martin Krôl rendit en Pologne des services analogues qui eurent aussi d'excellents résultats. A son instigation, la trigonométrie parut à Cracovie, mais non celle de Ptolémée où en dehors des cordes (chordae) il n*y point d'autre fonction, mais celle des Arabes, de Geber (Dschabir ihn Aflah), perfectionnement des mathématiques grecques. Dans un volumineux traité astronomique, encore inédit, de Martin Krol nous trouvons couramment dans les calculs, le sinus, sinus versus, l'umbra recta, umbra versa, c'està-dire des données goniométriques; quanta la trigonométrie proprement dite, il sait non seulement TAlmagest de Ptolémée, mais, ce qui est bien mieux, il connaît le traité peu répandu de Geber, bien supérieur à tous les ouvrages
*) Nous avons quelques-uns de ces »Algorithmi« dans le Cod. Czart. Nr. 3910, manuscrit fort curieux pour Thistoire de la science à Cracovie. Il y a des traités de musique, des préceptes pour bien lire le latin dans les bréviaires et missels (p. 81), tirés du de tractatulo accentuum Mathiae de Miechow.
Zeuthen 1. c. 328.
Morawski. IIT. 12
grecs ou arabes antérieurs. La route ainsi tracée ne fut plus abandonnée en Pologne; et quoique à l'université on enseignât rarement ces choses, elles n'en furent pas moins cultivées en dehors du cullegium par des particuliers jaloux de conserver et d'agrandir cette belle tradition scientifique. Brudzewski, à la fin du siècle, faisait fort souvent usage de calculs trigonométriques dans ses leçons; son disciple, Martin Biem d'Olkusz employait la trigonométrie ^)Comme science généralement connue«. D'après les calculs de Martin Krôl, il est certain que ce savant eut en mains des tables trigonométriques, sans doute celles de Bianchini qu'il apporta à Cracovie, à la fin de 1449 ou en 1450. Martin Krôl composa aussi une géométrie pratique, ainsi que nous l'avons déjà dit, ouvrage probablement peu original, mais le premier matiuel d'arpentage écrit en Pologne. Ici, comme en arithmétique, Peuerbach lui avait fourni les matériaux essentiels. Quoi qu'il en soit, c'est de Martin que date à Cracovie l'éveil des études mathématiques, et c'est ce qui nous fait comprendre pourquoi Enéas Silvius, vers le milieu du siècle, parlait de l'état florissant de ces sciences à Cracovie.
1/aslronoinie, étroitement en rapports avec les mathématiques, l'emportait sur ces dernières, et par l'intérêt qu'elle éveillait, et par l'imporUince qu'on y prêtait Du reste elle se rattachait aussi à la philosophie d'Aristote, liens qui suffisaient pour lui donner des adeptes, sans compter des applications pratiques fort avantageuses. N'étaitelle pas la base du calendrier religieux et par conséquent d'une quotidienne utilité? Cette astronomie comportait deux divisions: la théorie de la sphère, celle des planètes. La première était généralement puisée dans le De sphaera de Jean de Sacrobosco, qui jusqu'au XVI-e siècle fut exclusivement en usaL^e. L'auteur v donne la définition de la sphère, en démontre la composition, indique le lever et le coucher d<»s astres, la dilTérence de durée des jours et des nuits, la variété des climats, enfin le mouvement
clés planètes et les éclipses. Ce petit ouvrage, simple compilation des notions les plus primitives, suffisait à la plupart des universités comme manuel d'astronomie. A Cra- <30Yie, il était prescrit pour les examens du baccalauréat^). Pour la maîtrise on exigeait en plus la theorica planetarum, d'après Gerhard de Sabbionetta, auteur du XlV-e siècle, dont le traité fourmillait d'erreurs et d'obscurités. Cependant il était partout admis, et à Cracovie le cours supérieur d'astronomie théorique le prit pour guide jusqu'à la fin du XV-e siècle.
A l'astronomie proprement dite étaient adjoints des cours sur le calendrier ecclésiastique, le Computus ecclesiasticus que le bachelier cracovien était tenu de connaître, et sur l'astrologie qui s'appuyant sur l'astronomie, venait en aide à la médecine. Le tetrabiblos de Ptolémée servait de base à cette discipline pour laquelle on se servait encore de quelques ouvrages arabes traduits en latin, et tout particulièrement des «Astronomiae iudiciariae praeceptaa d'Alkabitius.
Le collegium jagelloni.en avait deux chaires pour les mathématiques et l'astronomie: la première et la plus an- -cienne était celle de Stobner où l'on enseignait Euclide, la perspective, l'arithmétique, la musique, la théorie des planètes, les tables alphonsines, l'algorithmus minutiarum*). Le statut de 1476 introduisit dans ce programme quelques modifications inspirées par le progrès: le collégial eut dès lors l'obligation d'annoncer les éclipses et d'indiquer les précautions à prendre pour détourner leur funeste influence^). De plus le Collegiatus Stobnerianus devait chaque année ofl'rir à l'université un calendrier ou almanach. Ce <;alendrier au XV-e siècle était dans une singulière confusion, par suite de ce que l'année tropique était de 11
') Voir Gunther, Geschichte des matem. Unterriohts 184. Mu- «zkowski, Liber proraot. XIII.
') Conclus, domus Maioris, 1449.
*) Cod. univ. Cracov. III, 47.
minut«»s ot '5 plus C'>urtr (jur l'aîniée juluMine 'HriTij^tiirH et '4): (*t cep<'n({»ii)t Ton croyait qut* r('*(|iunM\i* du printcMups dfVîiit iHM'cssairrnitMit tomber le 21 Ina^^. ruiiinif c«'la avait r\\ li<Mi l<»rs <lu coin'ilr de Niri'*e. Ni l«'S tenta* tives de Nicolas ilt» ('u>t\ ni les délibérations du concile «if IM\U\ ilélibérations aux([uellt*s prit part Tbonias de Str/.(*nipin, m» parvinrent à corritrcr l'erriMir. Klle ne faisait «|ut? jjrrandir, ct»tte erreur, cl la mission du préliemlier de St«»bncr Ci>n>islait M'ulement î\ informer ses collèirues des di»fectuosités obliî/aloires que tou> le»* almanacb^ «lu XV-«* siècU* ne fnnl ([Ue n'*péti*r <l ann«''e en année, en tainani suivn» d'«'M'lain'i<sem(»nl:i des bévues qui m* pouvaient être ni éi'Iaircies. ni justiliées. Les calendriers cracoviens :\rquirenl bientôt un irrand nMi«»in: <;'est même à Cract-vii» que fut, tlit-on, imprimé li* premier almaiiacb, et à Vienne on \emlait encore au XIX e siècb» un petit livre intitulé Krakaui'r Kaieihler '). I^a cbaire de Stobner était donc un de»^ r»*»orts impiirlants <ie la Me univer>itatre h (.'racovie, rt malirn* que rt»\iL''uiti' tb» î*a d«»taliun n*enei>urai:eÀt truèn* le zete des m.iitres.» elle n'en contribua pas niotns (iaiis uih» la rire mesure à la uloin* de l'université et au ti«'»ve|opptMiient d«' la >*'i«'nce Klle fut illustrée par plusuMtrs maîtres iImui jfs n<tm«» li.rurent avec b«»nneur dans les annales de la \iei1i4* iiistitutinn.
I..1 >«r.,:jde rbain* lut crée»» tlans le nulieu du X\'-e siècle par M.irtin Kp>I. ain^i (|u«* nous lavons déjà dit: StidiiMT avct |»>(ir\u auv matliema(i(|ues et (k I astrononiii*; Martin K!*«»l V'»iilui xKileiiir rastn»l«»irie, la niiclrriscben 'l'«H|iteîi«'iip. tli' i'aN(r-.ni»mu. qm malirré le> éL^1rementft et le^ ImIîi'h «|«* ««'tti' lilU» ib-jeiieret» lui est néanmoins redt\abl»» tif ln«ii de*» «le«nii\ «Tles. I^e titulaire de la chaire d»* Martin Kr»»! devait «-xpiiqufr le (^uadripartitus et le C'eî.tij.iqiiiiim de ri«»l»-mei'. qu«-lques Irailt's arabt*s, et enlin pri'Si-Mi.r t"ii"» Ic^ .ui"^ a riiiiiviT-^Mè un ludicium, c'e&t-à-
dire des pronostics pour Tannée suivante, sur les moissons, la température, la situation des pays, des régions et de -chaque classe sociale. Le premier essai en ce genre fut publié par Martin Krol lui-même: Judicium anni Domini 1451; dès lors ces iudicia furent régulièrement édités et des écrivains comme Jean de Glogau, Michel de Breslau, Nicolas de Szadek rendirent des oracles à qui mieux mieux. Dans ces prophéties les Juifs étaient tout particulièrement rendus responsables des plus épouvantables catastrophes que Tannée prochaine recelât dans son cours. En outre ces iudicia donnèrent bientôt à Cracovie, un renom... de douteux aloi. Au commencement du XVI-e siècle Tuniversité elle-même, soucieuse de relever la chaire de Krol en péril, avouait que ces iudicia foisonnant de »contes bleus« courent à travers le monde et y compromettent la grande école ^).
Mais quittons ces accessoires pour arriver à la vraie science. L'astronomie ne pouvait guère progresser au moyen âge, et cela pour plusieurs raisons. D'abord le manque d'observation, le dégoût même pour ces observations, c'està-dire pour la contemplation du ciel et de la terre. On avait des Canones astronomici, des tabulae, des théorica pour les plus exigeants, avec manière de s'en servir et toutes commodités désirables. Ces livres faisaient foi à tel point qu'on soutenait avec confiance qu'ils épargnaient la peine de regarder le ciel. L'astronome de ce temps voulait-il connaître l'heure du lever ou du coucher du soleil ou de la lune, savoir en quel point du ciel se trouve à un moment donné telle ou telle planète, prévoir une éclipse et sa durée, il aimait mieux le plus souvent faire ses calculs entre les quatre murs de sa cellule que d'étudier le firmament; il préférait wexercere in tugurio«, son astronomie, comme s'exprimait en frémissant Regiomontanus. On en arriva à une telle aberration que lorsque une éclipse
') Cod. univ. Crac. IV, 93 (1524).
annoncée n'avait pas lieu, ou lorsque une éclipse imprévue venait surprendre les ignorants et les savants, ces derniers affirmaient gravement que quelque chose s'était dérangé dans le ciel, car les tables, les fameuses tables étaient incontestablement infaillibles. Et pourtant ces tables, et celles d'Alphonse, les plus estimées, et celles de Jean Linerius et celles de Blanchini étaient fausses par cela seul qu'elles étaient basées sur un système planétaire géocentrique, et puis parce que, même en admettant ce système^ elles étaient mal dressées, inexactes par suite de grossières erreurs de calcul.
Faute d'observation, pendant tout le moyen âge l'astronomie ne fit que languir. Là, comme malheureusement en beaucoup de régions du domaine de l'esprit, la lettre tuait, paralysait le libre et rationnel essor. Pendant toute la première moitié du siècle nous ne voyons à citer que Pierre de Zwanow qui, vers 1434, se distingua par son activité dans la chaire de Stobner.
Vers le milieu du siècle la situation s'améliore. Â Vienne surtout les mathématiques et l'astronomie jettent un certain éclat; c'est vers 1450 que Georges de Peuerbach y commence ses leçons que continue son disciple, Johannes Millier Regiomontanus, le plus grand mathématicien du siècle. L'intluence de ces hautes personnalités se fît plu» d'une fois sentir à Cracovie.
Nous avons vu que Martin Krôl de Zorawica avait eu des rapports avec Peuerbach qu'il avait connu à Padoue^ en 1448, qu'il s'était adonné aux mêmes sciences, s'était signalé par des services analogues. Les travaux de Peuerbach en astronomie et en géométrie trouvent un écho dans ceux de Krôl qui, en bien des cas, s'inspire des leçons du maître viennois. Dans les oeuvres de Krôl nous voyons citer fort souvent la Magna Constructio de Ptolémée, TAl* mageste arabe, le meilleur traité du savant grec, le code de l'astronomie^ helléni(iur. Kt l'on sait que Peuerbach et Regiomontanus par leurs études sur l'Almageste furent
les grands propagateurs de la doctrine de Ptolémée dans le Nord ').
Comme Martin KrôK un autre excellent astronome do cette époque fut physicus regius et lui succéda peut-être dans cette charge de cour. Nous nous sommes déjà occupé de Pierre Gaszowiec de Locmierz, professeur de médecine, personnage de marque dans la cité et à Tuniversité. Nous allons dire quelques mots de l'astronome. Jean de Glogau, dans son Introductorium compendiosum(1506j, parie des recherches astronomiques de Gaszowiec. Les mérites de ce dernier devaient donc être éminents puisqu'on les célébrait si longtemps après sa mort survenue avant 1474. Nous possédons une copie de ces observations datée de 1492/3*): elles ont trait aux étoiles fixes, et sont au nombre de quinze. Gaszowiec les avait exécutées à l'aide d*un astrolabium qu'on s'était procuré depuis longtemps à Cracovie. Nous en sommes réduits aux hypothèses sur leur but. On écrivit beaucoup alors en Europe sur les motus octavae sphaerae, c'est-à-dire sur le mouvement apparent des étoiles fixes, conséquence directe de la précession. Ce phénomène découvert par Hipparque, avait plus tard attiré l'attention des Arabes; mais les lois en avaient été à peine esquissées. De fausses observations comblèrent la mesure des idées erronées qui sur ce sujet régnèrent pendant tout le moyen âge, jusqu'à Copernic. Les uns prétendaient que ce mouvement apparent de toutes les étoiles fixes avait continuellement lieu vers une même direction, de l'occident à l'orient, d'autres, comme les auteurs des tables d'Alphonse, que ce mouvement oscille d'abord pendant un certain temps, d'occident vers l'orient, puis, pendant une série de siècles, de l'orient à l'occident, et ainsi de suite, alternativement. Ce fut le grand débat astronomique du XV-e siècle. Comprendre que la dialectique n'avait rien à y voir et qu'on ne pouvait
») Wolf, Geschichte der Astronomie (1877), p. 199. *) Wisfocki, Catalogue des man. 2703, p. 272.
II» n'»somln» <jue par Tobsorvalinn hcuIo, c'était sVIever au- <lt»s>us dt.» st»s (r()nt«Mnporains, rt c'^st co <|Ue lit (ias»zo\\u»c, cv quf» lirtMil 4|iH'l((iu»s rares savants. Après avi»îr dtM:«»uvrrt (laîis Itï ciel la plac»» des étoiles lixes. l'iern^ rt un para \v résultat de smi ob^^ervatinn avec U»s indicatinns dt* I Almairesle dt» iMoléinée et d«*s tables d'Alphonse. Ce l'ait téini*iL''ne hautvinent de l'esprit irivestiiTateur et critique du maître (•rac«>vifn.
Mais l«î meilleur disciple t»t suc<M»^se»ir de Krôl. décédé en 14t)0. l'ut Martin iSylica d OIkus/ M. Maitrt* Martin s'était lié avi»c l*«*uerbarb: son élève Itvlica eut avfc le fameux KeLTiomontanus des relations suivies, décisives sur sa rarrièn*. Nous ne nou** arrêterons pas à raconter en détail la vie ile cet astronuiu^ il la pass<* d'ailleurs en L'rande partie h l'étrauLTer et ce n est qu'incid«*mment «ju'il exerce (|Ui*U[m» action sur les dt^stinées de la science à l'univt*rsit«*' d«' C./rac«»vie. Il était i»riirinaire d'Ulkusz, petite ville <|ui «'Il voyait alors nombn* d'élèves sur les bancs du colb'vriuni jairrilonitMi; parmi eux se «iistiniruèrent surtout les Hvlica ft l«*s ISiem. Martin Hvlica s'inscrixit à l'université «•n I i"»2. ib'Vint ba(*helier «-n 14r>n, maître, en 1409. Le Liber pmmiitiotium, à I occasion d»* ces inscriptions, fait suiM'i* le n«)m du irradé «l'éloLTi^s tiatteurd et l'appelle »ina- XI mus asin i|(itr. .i-niii". Kn 14;VJ. il occupe passagèrement uni' cliain* à ('rac<iM(^ v[ tait un ci»urs sur le ComputUA cbir«>metralw. < >n le penl tle vue pendant l(*s deux ou tfiiis annc<*> suixaiite-». »Aprè*< li*> tableaux du mouvement des plarn'i«*«^ >ur le m«*rMluMi tic Crac««viei pour les années 14t)'» cl )4t>l. li*< manu-'cnts c«»nserv«''s accusent une la* cun«* de phi'<iieur^ annei*^ p<Midant l«'*«|uelli*s on ne trouve m tableaux, ni nitiicia. li taut aller )usqu'«*n ]4t>6 pour dé* ctfuvnr lf> tabb-aiix jhiup 14i>7, dressés, non d'apn»H les caiiMiiî» -uraiiiies «rAlplu'ii'^e. mai-, d'après ceux que venait
': \'«>:r à *>->ii -<i ••{ l.i iii>>iiMirr;iphii* il«*lifiitivt* ipn* lui a COD* ".u'i'-f M hir h.-:uii.i ••! . t'r.ir-tvi»* Isi»2.
do publier Jean Blanchini, professeur d'astronomie à Ferrare... Les tables de Blanchini, calculées sur le niéridien de Ferrare, parvinrent pour la première fois à Cracovie en 14f)6a ^).
Il est possible donc que Martin Bylica soit resté à Cracovie dans les années qui suivirent immédiatement 1459. Il ne tarda pas cependant à se mettre en route, à l'exemple de son maître Krol, et ces voyages l'arrachèrent définitivement à son pays. C'est probablement à Padoue, en 1468, qu'il rencontra Regiomontanus. A partir de ce moment, ils se revirent souvent et en mainte circonstance. ))Au mois d'août 1463, Bylica est conduit (conductus) à Bologne par les réformateurs de l'académie bolonaise pour y enseigner l'astronomie; c'est sans doute à Padoue qu'étaient venus le prendre les Bolonais qui volontiers tiraient de cette ville leurs médecins et leurs astrologues^. Bylica connut à ce moment quelques Hongrois de marque, entre autre ce Jean de Cesmicze, plus tard évêque de Fiinfkirchen, et poète célèbre sous le nom de Jean Pannonius. Ces relations, comme nous le verrons, pesèrent d'un grand poids dans la destinée de Bylica. Après un court séjour à Bologne, Martin vient à Rome en 1464. Il y est à titre d'astrologue et de conclaviste d'un des cardinaux assemblés à la mort du pape Pie II. De récentes recherches 2) ont dévoilé que ce prince de l'Eglise, avec lequel Bylica fut en excellents termes de 1463 à 1466 ou 1467 et qu'il appelle Dominus meus, était Pierre Barbo, pape sous le nom de Paul II, depuis 1464, et successeur de Pie II 8). Ce prélat, souverain pontife plus tard, était
•) Birkenmajer 1. c. p. 27/28.
') M. Birkenmajer avait émis celte hypothèse (Martin Bylica, p. 33 et 122) dont il a trouvé plus tard la confirmation dans un opuscule astrologico-astronoinique de Bylica sur la comète de 1468, manuscrit de la bibl. de Munich.
"*) Ils se lièrent sans doute à Bologne où le futur pape était archidiacre de la cathédrale.
un astroloLTiu» passionné: par là Sfxplique la faveur dMiit jnni<sait anpn^s tir lui IUlira. favt'ur qui plus tanl s aflirnia par If «l«»n ilf divers bénéiiees eocléîiiasliquea. Cett«s(*ifnrt> «''tait alors prisé** au plus haut point, si bitMi qu'elle conduisit Kf'îrioniontanus à un siéire épiscopal.
Kririoinontanus était aussi à Rome, en 14H4. sous lartivr prot«'ction du cardinal Hess^irion qui, après une nus*.ion à N'imni» rn 1461 — 14t>3, de reltjur dan» la Vdie éternelle, passait, dit un huniani>t«\ pour l- »litteraruni patronus. (rui Apollo totuin se eonce88it« *i. Le jeune Cal* linia(|Ue (*hantait alors les jardins de Hessarion. et ptMitêtn» s'y ren<*ontra-t-il avec des natioDciux de ce pay» qui devait devt^nir sa patrie <i*adopti«'n. L'amitié qui uniHs:iit Bylica et H<'<riomontanus n«>us est attestée par un petit ouvratre de ce dernier: Disputatio inter ViennenstMii et Oac(»vit*nsem su|>er ('remonensia in planet«'irum the«inc;is d«*liramenta, dans lequel Bylica est sans aucun douU* ce CracoviiMisi.H. cet amicorum dulcissimus. I^e dialoirue se propose de démontrer la fausseté (les thé'ories planétairt»s répandues smus le nom <!«» (ierhard de Créinone. Byiica t»st donc mêlé à um» <les pn»mières attacjues de Keg'iomontamis rontn» rastntn'»mit* ofticielle.
liirniôt a(»rés la dt*stin(*e appela les deux amis stir d'autre*^ champs d'action, dans \r Nord. Le roi de H<*n* irrif, Matliia*^ Corvin voyait avec peine (|ue S4>n pays n'avait pa^ d'univi*r<it«' vrainu*nt nationale, et (|ue les essais lentes à Kihifkirchen rt Hude n'avaient point n'*ussi. Kn 14lU>, il lit U'< plus pn*s>antes tléniarches auprès» du Saint Sièiro pour faire ct-s^er cettr infériorité. Jean Niiez, dont nous avtins [»:irle à |»n>pi»N dt* < irf*:r«Mre dt* Sanok, et Janus Pan* noiim^ >f'cond.iit*nt «l«- toiit«* l«'ur énergie les desseins éclair»'s de Ifur souverain ri cnsiient à leur cour des fover» de ci\ !ii**atioi) v\ (It* lumièn* Accédant à ces sollicitations^ le )*i[>r Paul II aiit*>ri*«a par un bri'f de 14t)5 l'érecUon
d'un Studium hongrois à Presbourg, sous le nom d'Acîidemia Istropolitana^). Il n'y avait plus qu'à trouver des maîtres. Corvinus et ses auxiliaires se mirent en campagne et en firent chercher en Italie. C'est alors que Bylica et Regiomontanus partirent pour la Hongrie. Us y furent rejoints par l^humaniste et astrologue italien Martius Galeotti de Narni, jadis professeur de Pannonius à Ferrare, parfait courtisan, homme du monde et homme de savoir, favori des Muses et des princes *). Et sous l'impulsion de Corvin s'épanouit une magnifique renaissance qui se fit même ressentir plus d'une fois en Pologne, car entre les deux pays il y avait contact permanent, échange d'hommes et d'idées. Les savants affluèrent en Hongrie, attirés par de généreux Mécènes qui rivalisèrent de largesses autour de Corvin, et même loin du trône, comme, par exemple, les Turzo.
Bylica jusqu'à la fin de sa vie resta en Hongrie. 11 y était retenu par des obligations, des dignités, surtout par l'affection du roi à la personne duquel il était attaché à titre d'astrologue et qu'il accompagnait dans ses voyages, dans ses expéditions militaires. L'académie de Presbourg ayant disparu en 1472, on en créa une autre à Bude en 1475, et Bylica fut un des membres les plus en vue de cette institution.
A la même époque, Regiomontanus qui séjourna en Hongrie jusqu'en 1471, y combattait les traditions routinières, ennemies du progrès, secondé vaillamment par Bylica. En 1467, les deux savants reçoivent l'hospitalité du primat Jean Vitez au château archiépiscopal de Gran. Là, de concert, ils composent des tables astronomiques, publiées à plusieurs reprises par la suite, sous le titre de tabulae directionum; c'est une sorte d'astronomie sphérique, un traité de résolution de divers triangles sphériques décrits sur la surface apparente de la voûte céleste par Viur
M Denifle. Die Universitâlen des .Mittelalters I, 422. ") Fraknoi, Mathias Corvinus 295.
ISS
ttrst'ction (If »|U!*l«nirs «jrrands r«»rcN*s, comme IV*qu:it4Mir, ri'<'lipti4|ut\ le plan «l'iiori/.nn. la déclinai non, eU*. SmiiiltatwMiHMit i{t*Lri(>inniitaniH (h'*innntrait los doliramenta dos tln»«irii's plan«''tair«'s do (îfrlianl. êrrivail «on dialoeuo av«*c H \ lira. Si »i disant é(*haiiir«i à l{«»mi» on 14H4. Ia*^ Novae tiit'uru'a*» do (iooriros l*riit»rl>arli avaiiMit on Hvlica ot Rotri<»ini)ntaniis d'indoinptablos ohanipionH.
('os travaux, otvs liittt»s di» Bylira our«»nt loiir rô|>er' oii^sion <\ CTao«»\io ((Ui* d'ailleurs |t* savant |><d(»nai8 n*iiu- Mia jamais, ht»^ ad v^rsain-s lo lui rappolaiont, dt's ri\AUX, a«'rnuli <*l ol)lorult»rfs» ontrt» autros son disciplo, inatristor Jnann«»s St«*ri'/. cjui. inx-rit à runiv«»rsit»'» jairollonionno on 14r)S. suriM^da pi'Ut ôtro à Hylira dans los t'onrtiuns d'a»tr'fjoj-utv II nniis a laissa 4|ut*ii|ui*s monus ô.TÏtî* 8ur certains |)l)t'*nuni<*no> astr(»n<uni(|uos. ot dos pronostics*,. Il partairoait >«»n tfinps «Mitro <'rao«»vio ot la llnnirri»*; il fit ilan> »'♦• «liTUM'r pays plusn*urs séjours v\ y soutint m^me. on 14>»7, «Ml pn'st'ntN» du roi Mathias ot iW savants» pn»- Ir^stHirs, unr ii:s|iu(o "oonct^rtationein astrnli)i;icain« , dans la(|u«'li(* il tut battu par s(ui illustn* contradicteur
r<»u do t«Mups aprôs, maltrrô c»'ttt» opposition, Kylica <*nv<»va »à la i-f l«*ttn* ai'adtMu io (*rao<»vioiinoA un nianuscrît <i«-i taltuiat' «lirtM'tiMinim qu'il avait dros>ôo8 avec Heçioiii>ntatiu^ a (iran-. Ce n'était là (|Uo lo prôlude d'autres d-rjs tait'* a la patr;»* par un (ils II l«>lo ot ploin do sol- Invtudf )i>ur la L:i*aiidtMir dt* Irtmlo nationalo. Il no tarda p:t< fil i*lV»*t à lair»* parvenir à ('ra<Mvit». d IVlTet d'y suppTiiner U'^ lli«'»»rh*a«* d«» (i«»rhard, h»s Novîio thooricae de (îfi.rL'fs l*iMiorl»a«li. 'inajniliquf inanu*»oril c<ipié pour Jean \ ît«»/. uiif «lf«* riolM**»>«*s tif la liil>liiit)it'(|uo jaîTollonionne Ml. .V.»*.» vraie iinTViMlle «!«• ri'liunv do callurraphio, ornée de superl)**-* !iiiiiiaturt»s •. tiràce î\ Hvlica, los théorios de «'••rliard. «-ap^-e^ av**»* avliariieiiuMit par Koiriitmonianus,
- i. ; K- ; :!. 1 • 1. M.ii^iii H\a<'i l'i-*- M.tnu^i' (!•' la bibliut. jag«l. .VJii . \ .V.»7
disparaissent en 1475; et la conservatrice université ne s'oppose pas à l'adoption des theoricae novae planetarum, à la place de l'ouvrage expulsé. Sur ce point Cracovie précédait plusieurs et non des moindres universités étrangères. Après le départ de Regioniontanus, après la mort de Vitez en 1472, Bylica ne quitta point sa patrie adoptive, voyant chaque jour grandir son crédit auprès de son souverain, comblé de dignités et d'honneurs. Il composa alors plusieurs ouvrages astronomiques: il détermina entre autres, en 1474, la latitude géographique de beaucoup de villes hongroises; peut-être ces travaux étaient-ils exécutés en vue de la cartographie de la Hongrie, projetée par Corvin. Toujours aux côtés du roi, il assiste à Vienne à l'hommage rendu au vainqueur hongrois en 1485, par le corps universitaire humblement prosterné. Il survécut même à son puissant protecteur décédé en 1490. Nous citerons un fait des dernières années de Bylica, qui témoigne de son sincère attachement pour l'école cracovienne. Plus d'une fois il était venu en aide aux savants polonais par des envois de livres. Dans les Conclusiones de 1494 nous lisons que le 10 septembre les professeurs ont été convoqués «ad videnda instrumenta astronomica aenea missa ex Hungaria per mgrum Martinum de llkusch plebanum Budensem«. Il mourut probablement en 1494, car cette année-là affluent à l'université une foule de livres mathématiques, astronomiques et astrologiques que l'on n'y avait pas auparavant. On est donc autorisé à supposer que Bylica, par sa dernière volonté, les avait transmis à l'école jagellonienne A cette date aussi le studium s'enrichit des divers instruments astronomiques qui avaient appartenu à Bylica. Il est même permis de croire, d'après les Conclusiones, que ce savant lui-même les fit parvenir à Cracovie. C'étaient un globe céleste, le seul construit dans le monde chrétien, avant la fin du XV-e siècle, globe que nous possédons encore aujourd'hui; un torquetum en cuivre, forgé à Nuremberg en 1471—1472, de la main même de
RcûTininontanus, «Mitiii deux astrolabet». Cv» précieux sonvrnirs iittt*->t«'nt non seulement la iréiiéroHitê du donateur. m. lis encore ses sentnnents de ui'ratitude pour Oacovie. |Miiir le pays natal ahandnnnê. et la Hcienre a8tn>noiiiique diuis cette \\\W. leur est n?d«»val»ie d«' son essor. CVst par TinternitMliaire ile Hyliea (pu* les tliiMiries i«cMentili(|ues de |{(*Lri<)in<witanu^. le plu> trrand astrunoine inathématieien du temps, s'implantèrent à l'université et y furi»nl en* se.,: nées.
/ C'est vers cette t''pi»que <pie l'écidt» crac«»vienne sac<|uit
un<* (M'Iatante renommée on astronomie, (iaszowieo. aprCA M irlin Krôl, s'était «listinirtn* dans cette science; il mourut \«'rs 1474. rréci.sement ci»tt<' même anné«» parvenait â la m âtrise un jeune liomim* ((Uî plus tpie personne', avant et ajires lui, devait fain» llt»urir l'astronomie à Crac<ivie. AdallnTt de lirutl/.ewo s inscrivit â l'université en I4H8. et termina «*n 1474 si>s éttnh^s à la faculté «les artistes'). H n«* tarda pas à y déployer une activité i|ui porta au loin SI Ml nom et c«'lui du colleirium |aLrelloiiien Comme ses émuU's «»n scienc«»s t'xactes, ses prédécesseur» h Vienne, l*ruerl)acli <*t KeL''iiim>inta!iu>, Atialhert joiirnait à son entraineiinMit pour If^ matli«*mati(|U(*s et l'astronomie un ^oût f«>rt vit' pour riiumanisme naissant. Il n'est pas bien sûr qu il ait t'ait des c>>urs de bell(*s-lettres. mais on sait que ('«•itf*. lui voua une alTe(*tion profonde*, eut pour ce maître une )>it'te pn*si|u«* lilialt*. et cette particularité ne laisse pas «1 étr*' ti>rt c.irai'tiTiNtupie. Il mettait dans ses cours la plus LMMiidi* pn-i-ision. la clarté la plus scrupuleuse au service ti«' snii va*»te sav«>ir, «-t li*s élèves savaient apprécier ces rares qualiti'> ptMlaL'o.'iïpieH -i. hien supérieur à son épiNjue. il tut un pn'4'ur.seur. sans qu'il nous soit possible aujour-
* l'uiir iiih- tMi)k;i.i|ihh- ilfi.iill^f iiinm renvo\on4 à TéditioD de M Hirkfhiii.i «'t ( 'iiriitn«'tit.iMi III ih*'i)ri«'«k*i iVurbachit iCrscoviae I900f
<'t .i 1.1 pii'f.irf ilr oelti' |MiMu'.itl4iii.
' Voii !«• (•-iiiiii&:iuiL:f *U* Suiiniifrfeiii dans 1<* Modus Bpist<^
l:tn 11 i\iliiii.irhii^ IIitTi>ri\ino ArWini) .
d'hui de juger de quel poids ses doctes leçons pesèrent sur son auditoire et surtout sur son meilleur disciple, Copernic, chez qui il éveilla peut-être des doutes sur le système du monde jusqu'alors accepté, et sema les germes dos vérités futures. On a relevé ajuste titre quelques-unes de ses remarques; le premier probablement il afdrma que la révolution de la lune est ellipsoïde ^); il enseignait aussi que cet astre présente toujours la même face à la terre, et appuyait cette assertion sur l' identité constante des taches qu'on y voit. Copernic s'inspira souvent de ses écrits et y puisa même des arguments, ce qui suffit pour placer Adalbert de Brudzevvo au premier rang des savants de son époque.
A partir de 1476, il fait des cours de mathématiques et d'astronomie, en qualité de collegiatus minor, et, depuis 1483, comme collégial supérieur; il joint à ces matières des commentaires sur Aristote. Bachelier en théologie en 1490, il ne s'occupe plus dans ses leçons publiques que do déductions dialectiques sur Aristote *). 11 est néanmoins probable qu'en dehors de son enseignement à l'université, il avait des élèves particuliers à qui il dispensait ses idées neuves. Ces lourdes occupations ne lui faisaient point négliger la plume: il étendit les tabulae directionum, envoyées de Hongrie par Martin Bylica (Cod. jag. 596); il écrivit encore des commentaires à la théorie des planètes de Peuerbach, imprimés à Milan en 1495, et plusieurs autres opuscules^).
Toutefois sa carrière universitaire prit fin en 1494. Sur le désir du cardinal Frédéric, le coUegium accorda alors un congé d'un an à Brudzewski pour lui permettre d'entrer au service (ad serviendum) du grand-duc de Lithuanie, Alexandre. Il parut donc à la cour lithuanienne
*) Birkenmajer 1. c. XV.
*) Voir entre autres Prowe, Nioolaus Copernicus 1, 139.
') La liste s'en trouve dans Birkenmajer XXXIX et suiv.
à titre de secrétaire. C'était, il n'en fau4; pas douter, une nnission diplomatique et religieuse. Brudzewski, bachelier en théologie, fort estimé des princes à cause de sa science et de ses talents, semblait tout désigné pour une telle tâche. Nous avons déjà parlé de ce voyage. A ce moment la grave question de l'union des Eglises agitait tous les esprits, et le mariage du grand-duc avec une princesse orthodoxe était l'objet de pourparlers et de vives discussions. C'est probablement en ces conjonctures que Brudzewski écrivit le traité théologique Conciliator ^) que l'on n'a point retrouvé jusqu'ici. Il éleva donc la voix dans ces débats importants, comme le fit plus tard au nom de l'université Jean d'Oéwiçcim, envoyé en Lithuanie après la mort d'Adalbert de Brudzevvo. La mission de ce dernier ne dut pas être de longue durée, puisqu'il mourut en avril 1495.
Sa célébrité posthume grandit démesurément avec celle de son disciple qui accomplit la plus grande rév(»lution dans la conception du monde. Copernic s'inscrivit en 1491 à l'université de Cracovie et vraisemblablement mit à [)n)iit les leçons du maître déjà presque universellement a[)plaudi, Adalbert de Brudzewo. C'est à lui que Cracovie fut redevable du glorieux renom qu'il eut dès lors parmi les mathématiciens et les astronomes. Des témoiL'"nages locaux placent ces sciences au premier rang à l'uni vcrsité. et Hartmann Schedel écrivait dans sa chronique en 1493, au sujet de notre ville: astronomiae studium maxime viL^U. Nec in tota Germania . . . illo clarius reperilur. C'est attiré par cet éclat que Celtes vient à Cracovie, imité en cela par une foule d'étudiants de lointaines contrées, parmi h^sijuels nous ne citerons que Jean Aventinus et Jean Vierdung de Ilassfurt; ce dernier séjourna longtem[)s à Cracovie, puis se distinguîi à lleidelberg, comme professeur de mathémati([ues.
j Dans les dernières années du siècle se multipUèrent
') Birkonmajer 1. c. XLI.
à Cracovie les maîtres épris d'astronomie ou de sciences analogues: ce penchant était visiblement dans Tair et entraînait les intelligences en même temps que l'humanisme. Citons-en quelques-uns. Adalbert de Pniewy, maître en 1477^ enseigna Aristote et, en outre, expliqua la sphère, les Tabulae eclipsium, les Theoricae Planetarum, jusqu'en 1497. Il mourut en 1504 ^). Bernard de Biskupie, surnommé Episcopius, est le collègue du précédent jusqu'en 1503; il fait des cours sur Aristote, l'astronomie et l'astrologie. Il avait été reçu bachelier en médecine vers 1492. Stanislas Bylica d'Olkusz, neveu de Martin, maître en 1484, travaille à la faculté des artistes jusqu'en 1499, où il prend place parmi les chanoines de la collégiale de S. Florian. Il succéda sans doute à Brudzewski dans la chaire Stobner, en 1490, et y continua les leçons de son prédécesseur. La bibliothèque jagellonienne possède de lui un manuscrit (n. 579) contenant des éphémérides cracoviennes, calculées pour l'année 1492 sur le méridien de Cracovie, autrement dit, un almanach composé pour l'université. A cette époque passait pour «astrologus summae experientiae« Léonard de Dobczyce, dit Vitreator, issu d'une famille où le savoir et le talent étaient, pour ainsi parler, héréditaires, et qui donna plusieurs professeurs au collegium*). Maître en 1489, il enseigna souvent jusqu'en 1507 les mathématiques et
*) Birkenmajer (Martin Bylica p. 114) se demande timidement si ce savant n'est pas l'Albertus de Polonia qui enseigna les mathématiques et l'astronomie à Bologne, de 1454 à 1456. Ces dates sont inadmissibles pour Albert de Pniewy. Remarquons pourtant, avec M. Birkenmajer, que beaucoup de Polonais s'occupèrent à Bologne de mathématiques et d'astronomie, dans la seconde moitié du XV-e siècle: Jacobus de Polonia (1469—70), Joannes de Bossis Polonus (1471-72), Joannes Polonis (1472-73), Joannes Polachus (1474—75), (c'est probablement toujours le môme Jean), Georgius de Russia (147H— 79), Nicolaus de Insulamarie Polonus (1479 — 80), Nicolaus de Leopoli (1480-82).
') Nicolas de Szadek en parle dans le Judicium Astrologicum de 1525, dédié à Erasme, membre de cette famille et abbé de Mogila. Il cite les gloires de cette maison.
MorawskI. III ^^
l'astronMinir. t*t surtout rastroloirit*. On It* considt'-r.iit aussi comiiH* un niathiMiiaturus acuti^siiiiU!* S, vi il se livra à des t»x|)«'»ri«»nres popsoiuu»lh»s, ce qui le met à pari entre ses contemporains. Il faut enfin nommer un autn* parent <1«» Martin l^ylica, sjmi petit-neveu Martin Biein d'Olkus/., maître en 1491, <|ui vécut lusquen ir>40. Il s'intéressait lM*auroup à l'astronomit* et à l'astroloirie; et lorsque l^éon \ au concile dt* Latran prit en mains la réforme du calendrier t^t diMuanda le conctturs dt^s universités, Hi*Mn fut cliariré par l'éi^ole «h» Cracovie tli» répondre à l'appel du pontife. i>t* là naquit sa Nova C'alendarii Komani reformatio qui n'a «Mic.on* été l'objet d'aucun travail critique'.
Nous venons de passer <*n revue les maitres (|Ui du liaut de la chain» de Stohiier et de Krôl. dispensaient leur savoir ou st* (*onsa<*rai(*nt aux problêim^s astronomiques, tout en remplissant diverses l'oii<*tions. Ils étaient en irénéral lies collèirues i»u des disciples d Adalhert de Brud/.ewo. supeririir à (*u\ tous. Ils môlent à l<*urs études la dialecti(ju«» d'Aristote, et cell«»s-là sont d'aut«'int plus sérieuses qiH» ci»lle-ci ne U»s dêt(»urn(* pas du >pectacle de la nature et ne l»'s i»irare pas en de vaines spéculations scf»la^ti(|U('^. Car il y en eut plusieurs parmi l(*s astndoirues de r«*piM|u«-. (|ui luirent la scolastique au S(*rvice de l'astronomie:
Iii non p •rH.'ivi rli'io loico fi><«Hr
'i H iMif lifs r«'i.itii>tis aviM' IjiiflolfiiA Ltiilolli tit* ltrun«zw\t*ik. i)Mi vinl .1 1 tiiiiv«M ^itt^ «!•■ <'r;icovii' imï 1 Ihô pI y fut le ro.idi^cipj*» «!•' I.t'«>iiiir(l. < '«- l,iiii«iif. iHHiitn»' Mon-htorp. «-tait lt> liU il'uQ docti*ur ••n in«''li'rint' •!•• r.iiloiii-. orit;iiiiiii<* il«» .*^irktf». pri*« #!«• Hrun^wirk En •■ii\(i\ .iiit soti tïN .1 ('ra«'ovi«-. «*»* iiifilis'iii Im «loiiiia un m^trolabe pour Imi f.irilit*T 1 i(itfllihr«'iii'<» iU'^ rotir^ <Vt iiiHiniiii«Mit mt 4*noor<* roiiMTX»' a <r;ioo\i.« \ ««ir Hirk<'niii i;i>r. M;irtiii lUlica. p 10| H tuiv. L" ■<»iiin» I . i«inlî' l'ii 1 f*.M fjt ■!••** « .ir.ii'i«T«»«i rii^ive^ pour Sw«*vbold Fiol Vijir Ait.i «Jiii^iil ;i|t .1. I i^^ p 'is*>
•' i'»l .\.i^ ti IV» t 11 .'M .-x <.!»• un «<«»C'»nd «•x^mplaire dam
pouvaient-ils répéter, après Dante. Pour eux Aristote était la suprême autorité, et ils essayaient de persuader à leurs élèves qu'en dehors d'Aristote et de ses commentateurs il n'y a ni vérité, ni sagesse. Celui qui s'arrachait à ce cercle vicieux de distinctions, de définitions et osait jeter un oeil hardi sur la nature, celui-là certes ne manquait pas de mérite; mais les érudits les plus considérés ne faisaient rien pour encourager ces recherches. Non seulement leurs travaux étaient infructueux, mais ils étaient nuisibles, car ils servaient d'appui au funeste système régnant, étouffaient toute tentative indépendante et heureusement audacieuse. Aussi la célébrité dont ils jouissaient fut-elle de peu de durée: la postérité refusa de sanctionner le jugement trop élogieux des contemporains. C'est Jean de Glogau et Michel de Breslau que nous avons ici en vue.
Tous les deux se distinguèrent par leurs ouvrages dialectiques et scolastiques. Jean de Glogau qui, de 1468 à 1507, professa à l'école de Cracovie, est le type du savant encyclopédique médiéval. Sans compter la dialectique, il s'occupait de physionomique, suivant les auteurs grecs et arabes ^), et prétendait, d'après la conformation extérieure du corps déterminer le caractère: dans des notes au de anima de Jean Versor (Crac. 1505), il soulève des questions de craniologie, expliquant la substance et la destination des cellules cérébrales*). Mais c'est l'astronomie ou plutôt l'astrologie qui donna lieu à ses plus nombreux écrits; une foule de ses manuscrits restèrent manuscrits; d'autres furent imprimés; tous ont trait à l'astrologie, ou
*) Wiszniewski. Hist. lit. III, 263. Fhisionomia hinc inde ex ^illiistribus scriptoribus recollecta. Crac. 1518. Agricola la publia et la dé<lia aux Italiens de Bone Sforza.
') Wiszniewski III. 266 et suiv. Mélanchthon dans son ouvrage
<ie anima s'occupe aussi de ces problèmes. C'était une tradition du
moyen âge. Voir Grohmann. Annalen der Universitât zu Wittenberg
du moins à ses applications prati(|ues, aux calendriers et aux pronostics. De même qu'en dialectique, Jean de Ologau voulut jouer le rôle de médiateur éclectique entre les diverses écoles astrologiques. L'ancienne et la nouvelle se (|uerollaient à propos de la rectificatio' nativitatum: fallait-il l'établir d'après le Quadripartitus de Ftolémée, livre consacré par la voix des siècles, ou bien d'après les principes d'un Hermès naguère découvert et de son prin cipal protaironiste, Abraham ibn Esdras'il^ Glogowita, prt* nant un moyen terme, essaya de concilier les deux camps '| Pour répondre aux besoins des élèves il écrivit des ma nuels, in communem Rtudentium utilitatem; il fit un In troductorium... in traetatum sphère materialis Joh. de 8a crohusto (Crac. 1506), où, entre autres, il parle d'une des colonnes d'Hercule encore debout, k ce qu'on assure; à l'appui (le cette atllrmation ... risquée' il cite Virgile, Ovide et Boccaccio. Son introductorium astronomie (Crac. 1514) n'est qu'un ouvraire astrologique*); le computus chirometrali», publié (*n 1507, traite du cycle solaire.des fêtes mobiles, des ides et cal(*ndes. Nous avons encore de lui des aimanachs, par exeinpl<\ un Calendarium Cracov. pro anno D-ni i:)(X).
(Irandt^ur vrairii(*nt éphémère, sans aurune signitication p>>ur la srit^nce. il «savait tout ce que l'on pouvait appnMiilrt* alors: ce fut son s(*ul niérite; mais il ne s*éif\a jamais au-dessus de <*et hori/on étn>it, au-dessus (le l.'i tr;i«lithiri d'un pa>sé caduc dont les conquêtes allaMMit *>'évaiioinr ('«munt' laillrs de savon sous le verbe dtî «flui (jui. |K'Ut-étn» <»n sre|>ti(ju<*, écoutait alors sur le»
'. Hirkeiiii».i]»»r. Martin Hxlu-ii 14^.
*> MaiMi'^rrit d«* l:i h\b. o>.>iiliiiHki 76^ ot Introductoriuin m trifiitiain it.tt!\itatiitn
' Wfi'litT. Ili^tona antroriMiniav p. H36: mu(*tur non lani Uf«uiii cpbt'UKTiiiiiiii i:i a^tronoini.i qiiaiii m th(*iiiatit»iiN a<«troIoKtri!i con* d»»n«li< «l.M'»»! \\M\> Cl' iiM^im* i:«Mit«» !»• l'rai'tatuv. . m luiliciiii astrcv ruin V.;: Wi>/rt:»'U -ki IV. l«>4ft plii-hMir»; aiitn*H travaux scnrondaires.
bancs universitaires la spécieuse argumentation de Glogowita. C'est le même esprit qui animait Michel de Breslau; non sans valeur dans d'autres domaines, à la faculté des artistes il fit souvent jusqu'en 1512 des cours d'astronomie et d'astrologie. Son ouvrage Introductorium Astronomie... elucidans Almanach (Crac. 1506) est plutôt de l'astrologie que de la science ^); il y parle de la nature et de l'influence des astres sur la terre et les hommes. C'était un des coryphées de la servitude scolastique en pédagogie. Cependant c'est Jean de Glogau qui en astrologie était partout <;onsidéré comme le plus docte oracle — maximus sagax vir in omni scientia, proclame un contemporain *).
Pendant tout le moyen âge fleurit l'astrologie, reléguant au second plan l'astronomie, dont elle faussait les conceptions, dont elle troublait les recherches. Cette fille insensée de l'astronomie, comme l'appellait Kepler, domina souverainement tous les esprits. Son origine se perd dans la nuit des temps. Des Chaldéens elle passe aux Grecs, puis aux Arabes, enfin de ces derniers elle se répand parmi tous les peuples. Elle n'était pas, cette astrologie, sans avoir quelque base légitime; n'a-t-elle pas ressuscité de nos jours, sous une forme plus rationnelle, dans l'étude de l'action de la lune et des tâches solaires sur certains phénomènes terrestres. Mais au moyen âge elle était avant tout judiciaire et prétendait tirer de l'interrogation des astres des réponses sur les événements, d'après le signe sous lequel on naissait conjecturer une nativitas, prononcer l'horoscope d'un homme ^), en un mot dévoiler l'avenir tout entier à tous les peuples et à tous les individus. Aussi les plus belles intelligences ne dédaignaientelles pas de s'y intéresser; et c'est ajuste titre qu'on arelevé les services qu'elle rendit à la science, malgré ses
Vi Weidler. 1. c. 340, astronomica argumenta hic frustra quis requirat
') Script rerum polon. IL 340.
') Rudolf Wolf. Geschichte der Astronomie (1877) p. 23.
éparemenl8. Que d'observation», que de calculs n auraient jamais été faits, si Tastroloirie ne les avaient pas rendu» possibles*)! A travers les fautes et les divatrations «tn servait le vrai; de même (jue lalchimie n*a pas peu contribué aux proirrès de la chimie. Au XVe siècle Tastroloirie eut une période de puissante activité. «La domination exclusive dfs (|uatre livres de iMolémée cesse, et les inévitables Klectiones, judicia et horoscopes sont composés d'après de nombreux ouvraires qu*on venait à peint» de découvrir»'). Pour prédire l'avenir on se servait de tables astronomiqut*s; mais lorsque ces judicia et ces pronostics eurent souvent déçu la crédulité des irens, on c<immenca à suspecter l'exactitude de ces t«ibles« à en demander la correction. C'était donc rendre service k la science; cette seule considi'ration sutTit pour qu'on ne jette pas impitoyablement la pierre à l'astrologrie.
L'<istrolo^ie et les présages dès loni^temps s'étaient acclimatés en Polojurne; on prophétisait à la cour d'Hed* vitre et de Jafrellon: on prophétisait à celle de Casimir Jairellon -^). Ce penchant ne lit que s'accroître k la lin du siècle; l'humanisme le protégeait, et les partisans des nouvelles doctrines, souvent épris d'une philosophie mystique, se plonireaient avec passion dans des spéculations sur les liens mvstéri(*ux rattachant le microcosmos au macrocosm<»s^). s inclinaient devant les sept puissances du trenre humain et forçaient ces astres à rendre les plus optimistes oracles en faveurdes irrands de ce monde, leurs protecteur».
*' Wi.lf. l. c. 71. (iunther. rteschichte «los mathetn. L'nterrtchis p. 189-iK).
*• Hirk«'ninaj(T. Martin Hylica 42.
* HirkpntnajtT I<4'< Ublo» cracoviennes de^ «yxygi^i* (1891) p. 16. I(). Martin Hylua p U6; Wiszniewiiki, Hist lit IV. l&S. Sar LaiiiKliui le VariK^sien couraient «*n Pologne H à IVtrangsr uiM foule de |)n*(liotion<« Voir M. Fijalrk. Jacques fie Paradis p. 906.
« Voir Ii*'zold. Konrail <>lti<i «lann la Hittoritche Zeitschrtft 4ê, il8KH> p. 202.
Les pratiques astrologiques eurent à Cracovie un centre prépondérant; là se multiplièrent les judicia, les almanachs, les pronostics. 11 est certain qu'on s'adressa souvent aux savants cracoviens pour en obtenir des conseils et des lumières d'une valeur fort relative. Antonio Bonfini d'Ascoli, historiographe de la Hongrie, ne parle-t-il pas des coniectores et astrologi fourmillant à Cracovie, quibus referta Cracovia est*); et l'université ne se targuait elle pas avec orgueil de ce que l'astrologie avait porté son nom wapud exteras remotissimasque nationes« *). Cela était écrit en 1524; peu de temps auparavant, en 1522, Mathias de Miechow avait fait une fondation en faveur de la collégiature astrologique de Martin Krol, jusque là trop déshéritée, malgré qu'elle fût le principal organe de l'astronomie et, en même temps, de cette science dégénérée faisant alors tant de bruit en Europe. Miechowita partageait les opinions de son temps et de sa génération; il ne se distinguait ni en mal, ni en bien de son entourage. Le XVI-e siècle lui-même d'ailleurs ne parvint pas à se libérer de ces superstitions et de ces puérilités; ce ne fut qu'au XVIl-e que les astres perdirent leur démoniaque pouvoir.
Avec cette démonologie stellaire, il y en avait une autre qui marchait de pair: la croyance au merveilleux, à la possibilité pour l'homme de faire des miracles, des incantations, de fréquenter les esprits, de ressusciter les morts. L'époque où Ton prédisait l'avenir et où Ton croyait à ces fallacieuses prophéties, devait être tout particulièrement favorable à ces sortilèges. Toutefois le néoplatonisme restauré par les humanistes ne faisait usage que des pratiques et manoeuvres démoniaques, transmises par le moyen àge^).
C'est ainsi que l'alchimie fut cultivée avec ardeur au XV-e siècle et, plus tard, donna naissance à une
') Dec. V. lib. II, p. 715, an. 1491.
') Cod. univ. IV. 93.
') Voir Bezold 1. c. 205.
riche littérature. On s'en occupait beaucoup, dit Dlu&rost, i'hoz les Dominicains de Cracovie, et c>st mèiiu* t*n cherchant à faire de Tor que des frère» mirent le feu au couvent d'où l'incendie se propaurea au quartier voisin qu'il détruisit (1462)^); on rapporte aussi qu'un reliirieux de cet ordre, X'incent KotTski ou Kowski, mort à hantzifir en 1488, s était rendu fameux par un traité d'alchimie'*.
I^a chiromancie, divination du caractère de l'homme et prédiction de sa destinée future d'après les liirnes de la main, avait aussi 8i»s fervents adeptes. Au XVI-e siècle, le médecin et philosophe iUilien Jérôme Cardanus en codi» lia les préc(q)tes; mais avant lui une foule de savants et dt) particulit^rs s'y étaient appliqués. Jean de t.îloirau. un des luminaires de l'université jairellonienne, avait consacré tout un traité spécial à cet art: Kecollectio chin>mancii» in tloriirera Cracov. l'nivtTsitate *;. (.)n lexervait même au studium: et la preuve c'est (|u'en 1505, deux élèves, h» bachelier Melchior et Marc <le Dantziir. furent condamiM*s à une amencie par h* tribunal rectoral «nb exercirium <rhiromanciett*i.
Le> nécromanciens ou ni«^romanciens étaient plut«U «les ^tjrcMTs. car ils prétendaient évtKjUer les esprits, et <iiiployai«Mit miil»* snrtilèL*^es dans leurs procédés. Ils étai- «•nt «•\<'t's>i\fiiient nombreux: à (!racovie, «mi 15<K'>, deux b.ichflif rs, P«*truN «h* Monte iiivis, du diocèse de C'tdoirne, i'i iiaspard ib* <idana, au diocèse de Cracovie, comparais- >ent d«*vaiil b* pM'it'ur, stuis l'at^cusation d avt>ir été surprix -m ct-rtis .n'tibuN iiiirroinaiiti(Ms« *| Nous avons ici un t«MMoi^naj:i' d»* <•«••* trtM|u«*iil«**i pratiques ma*j:i(|ue*«. soi-
hliiico^/ ll.«»i \' Ht2 a!ohiiiii;i»' «)p»T.i intUh tratribu^ la-
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'i .M.ilhi'uri'ii^fiif-iit iiii*otiiiii \\'i<zui«*\\ ski Hii parle Jan< rili- •*luiiv «it» 1.4 ljt:.ratiir»' III 271
* .V. M K.'.- Il 2'»'i.
gneusement cachées aux yeux des contemporains, à plus forte raison à ceux de la postérité. De l'évocation des esprits à celle du diable, il n'y avait qu'un pas qui fut souvent franchi. Aussi les compromis et contrats avec satan sont-ils alors très fréquents. Les récits abondent de ces pactes conclus avec le malin, de ces entreprises avec son aide. Le magicien Faust est resté le type légendaire de ces nécromanciens; il naquit vers 1480, à ce qu'on prétend, à Sondvedel ou Salzwedel près de Magdebourg. Il se nommait lui-même fons necromanticorum, et effectivement savait tous les secrets de la sorcellerie. Il serait difficile de démontrer qu'il séjourna à Cracovie, quoique par la suite on l'ait souvent prétendu, quoiqu'on invoque son autorité à l'appui des leçons de magie publiquement professées au coUegium. Mélanchthon raconte ce qui suit: hic cum esset scholasticus Cracoviensis, ibi magiam didicerat, sicut ibi olim fuit magnus usus et ibidem fuerunt publicae eiusdem artis professiones. Camerarius et Lerclieinier répètent la même assertion ^). Nous savons d'autre part et avec certitude que Faust passa quelque temps à Heidelberg et à Erfurt; son séjour à Cracovie, que ne confirme aucun document, ne serait il qu'une légende, il n'en constitue pas moins pour l'école jagellonienne un témoignage cultural de haute importance. Si réellement Faust fut originaire de Salzwedel, il est fort curieux de constater que, du vivant môme de ce mage, cette petite localité, si éloignée de la Pologne, envoya à l'université plusieurs étudiants; en 1487 le registre matricule signale un certain Herman de Zoldwedel, qui devient bachelier en 1489. Cette même année un Hynyngus de Zoltwedyl passe aussi bachelier. En 1493, deux élèves du môme endroit, Hermann et Théodoric s'incrivent à Cracovie. Il est donc fort admissible que Faust, lui aussi, ait vécu dans
') Voir Housse (Luxembourg 1862). Die Faustsage und der hist. P\iust et Georges Witkowski: Deutsche Zeitschrift fur Geschichtswissenschaft. N. F. 1. il897) p. 346, 347, 350.
nos murs, afin d*y apprendre quelques-unes des jongleries par quoi il se rendit si célèbre dans le monde. Plus tard il vécut loin de la Vistule; mais à sa place y germa et ffrandit la fiorure de Twardowski, revêtue de toutes les élucubrations de l'imagination populaire qui s est évertuée à broder ses plus étranges fantaisies sur Timage de ce sorcier fameux aux confins des deux siècles*).
Tel fut le cours de la pensée humaine à l'univt^rsité jagellonienne au crépuscule du moyen âge et à Taurore des temps modernes, ballotée entre les énigmes d'une théologie malade d'excès de maturité et les dieux de rOlympe, entre les hauteurs des cieux et le roi des enfers. Il fallait espérer que ces tâtonnements, ces détours et ces hésitations conduiraient enfin dans le droit chemin. On se mit à le chercher dans les paroles du Christ dont l'interprétation souleva bientôt une terrible collision d*âmes et de consciences; les oppositions s'accusèrent; le monde chrétien se divisa en deux camps dont l'un jeta le gant au passé et s'attribua la capacité et le pouvoir d'expliquer et de traduire la vérité, tandis que l'autre s'affermissant sur la tradition, voulut en rejeter les fruits dégénérés, se retrouver lui-même, et par là retrouver et vivifier la foi transmise par la révélation et cette tradition. La lutte s'enflamma, déchira tout l'Occident de l'Europe, créa deux mondes d'aspirations et de civilisation différentes, et l'unité fut à jamais perdue; aux mille causes de division sur la terre venait s'ajouter un antagonisme remuant l'homme dans ses plus intimes profondeurs, metlant en jeu l'essence même de son être. A partir de cette scission était fini le rôle de l'université médiévale, qui vraiment de fait et de nom fut un studium universale.
*) Il n'existe pas de monographie au sujet des rapports entre deux personnalités.
Ajoutons un mot en épilogue à ce chapitre. Nous avons exposé les travaux du coUegium cracovien en astronomie, ainsi que dans les sciences s'y rattachant. Ils eurent des lacunes sautant aux yeux et découlant de fausses prémisses, de fausses conceptions. Néanmoins le rang qu*occupa notre école dans la science de son temps fut des plus éminents; elle s'acquit un large renom au dehors, s'attira des disciples et produisit des maîtres. Adalbert de Brudzewo tient une place glorieuse dans l'histoire du développement de la pensée humaine et de son essor vers le progrès scientifique. De Cracovie sortirent des savants qui se firent un beau nom à l'étranger. Rappelons seulement Jean Vierdung de Hassfurt qui, après avoir fait ses études à Cracovie, illustra Heidelberg par son savoir*); Etienne Rosslin ou Rosinus qui, probablement en 1496, devint maître à Cracovie '), puis, en 1501, se fixa à Vienne où il s'acquit une réputation de mathématicien et d'astronome ^). D'autres universités encore eurent des professeurs formés à Cracovie. Mais par dessus tous ces noms éclate celui du savant qui changea le cours des mondes, révolutionna le ciel et la terre, le nom qui rayonne dans le registre de la vieille institution et en est la gloire éternelle, le nom devant lequel pâlissent ceux de tous les autres maîtres ou disciples: Nicolaus Nicolai de Thuronia.
*) Dans le reg. matricule est inscrit en 1484, un Joh. Johannis de Hasworth; le même est bachelier en 1486 (Lib. promot p. 97). Il s*agit sans doute ici de Vierdung.
') Stephanus de Augusta. Liber Promot. p. 121.
*) Voir Aschbach, Geschichte der Wiener UniversitJ&t II, 348; Gunther, Geschichte des mathem. Unterrichts 254. Voir aussi la ré* cente publication de Bauch, Die deutschen Scholaren in Krakau.