LIVRE QUATRIEME
Vie des écoliers et des maîtres.
Contribution à l'étude de l'organisation^
de l'université.
jàaSgjHIriaÉhriaAM
Les élèves de l'université, leur condition et
leur origine.
Age des étudiants. — Droits d'inscriptions. — Limitation. — Depositio beaniae. — Origine des étudiants. — La jeunesse conventuelle à l'université et surtout les Cisterciens et les Dominicains. — Silé-
siens et Prussiens. — Hongrois.
A plusieurs reprises nous avons parlé de i'affluence des élèves au nouveau collège du roi Jagellon, de ce flot coulant de sources diverses vers Oracovie, et ne faisant que s'accroître, à de petites oscillations près, pendant tout le cours du XV-e siècle. Au moyen âge, il était le plus souvent fort jeune, le nouvel écolier, et presque sans préparation aucune, car la faculté des artistes avait précisément pour but de lui apprendre ce qu'on enseigne dans les gymnases de nos jours. Comme minimum d*âge permettant l'inscription, on avait généralement adopté quatorze ans; le statut de Heidelberg de 1464 est explicite là dessus. La plupart donc des inscrits comptaient de 14 à 16 ans. A cet âge-là on ne pouvait guère admettre chez ces adolescents une préparation sérieuse; mais il fallait qu'ils eussent préalablement quelque connaisance du latin, car tous les cours de l'université avaient lieu en cette langue; cependant, cela n'est pas douteux, les exceptions étaient fort nom-
breuses. I^'nccès à Tuniversité était bien pluslargrequ'aujour* (i hui; on y recevait parfois des jeunes çrens sans préparation Huftisante, ne sachant même pas lire'). Des leçons privées devaient alors efTacer cette criante iflrnorance.
A runiversité entraient des enfants de toutes les cla»se^«. depuis les tils des princes et des mavrnats jusqu'à ceux des pauvres bouru'eois des villes, et même des paysans. Le» inilikrents étaient en irrande majorité, ainsi quen témoignent les inscriptions, l/écolier qui s immatriculait devait verser une certaine rétribution à l'université; elle s*élevait A huit ^ros; et à ciSté du nom de celui qui s en était acquitte entièrenient^ on mettait: sol vit totum. Il arrivait quelquefois ((ue les riches otTraient des suppléments de rt*tnbuli*>n. par exemple un double droit d'inscription, ce i{ui était considère comme insiirne »liberalitas«. Il y aTait encort» des don^* en nature, comme des tonneaux de Tin, ban lui maluKitici. Mais ces lanresses étaient tout à fait exception lu'lles: le plus fréquemment au contraire la Uytaîite *le la somme exisjree n'était pas payée. Presque tous les t'Ieves n'en doimaient qu'une partie, depuis un demii:ros îusqu à s:x: d.mtrt^s pnwnettaient de s*act{uitter plus îarxi pr\Mn:>:: dan* . d autres enlin, les »}*auper»*««. protila ont de^ t'xoî:;p:;on> qui leur étaient accorde*^. L'univrrs.tv e^ :*.'•. r \ .i : crati^ pn.^ IVo. i»u b:en pn.»pler IVum. Le :i UNci.i vt'îiu a\ il t»e>»in .ie c^nseù*. d appai. %i .:'vi Mt. : ^ ; •.;r i"r.rv»r iar.s !a v.e se» la re. Cet appai. ?* " frv: a • ; \r': . ^v< :v.\:\r^> *\i s*> camarad^p<. Ht -,: r ^a : > ^- • X >tt : -o .i'ai'^r»*^ xr •^nî^^uraiTe. L'uniTeP" ^ :■. :•':'■' v* ^ •« :r^ :rA ■ i : 'a v e a . tv .i^^r ett lu
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aux cours «suos limitantes», diriger leurs premiers pas, choisir les leçons à suivre *). Mais l'étudiant était soumis à de rudes épreuves par ses condisciples du même âge et de la même condition. Il était en effet considéré tout d'abord comme un être inférieur, indigne de prendre place en la compagnie des anciens. Avant de l'y recevoir, il était soumis à certaines formalités et épreuves qui, selon Tépoque et les dispositions de la jeunesse, revêtaient une forme plus ou moins pénible, se faisaient plus ou moins durement sentir au jeune inexpérimenté. On l'appelait bejaunus, très probablement en français bec jaune, c'est-à-dire poussin. On chantait en son honneur le vers acrostiche:
Beanus est animal, nesciens vitam studiosorum,
on lui attribuait des smores agrestes«, une bestialité innée qu'il fallait déraciner avant de l'admettre sur le pied de camaraderie'^). Cette depositio beaniae avait lieu de diverses manières; souvent, et surtout en Allemagne, le symbole dégénérait en une cérémonie brutale et grossière, où l'on torturait le malheureux et où l'on le dépouillait même de son argent; les autorités universitaires durent mainte fois défendre ces violentes brimades.
Ces dépositions s'acclimatèrent aussi à Cracovie et y prirent des formes variées. Quelquefois les anciens étudiants, ))revêtus de costumes burlesques», allaient hors de la ville à la rencontre des jeunes gens se rendant à l'université; ils les attaquaient, les battaient et les entraînaient dans des auberges (officinae cauponum) où ils se faisaient régaler copieusement. Les bourses, les maisonsmêmes des maîtres étaient parfois le théâtre de ces amusements cruels, si préjudiciables aux débutants. Ce sont
*) Loc. cit. p. LIV.
') Voir à ce sujet Rashdall. The universities of Europe II, 2, 628 et Winler, La vie dans les écoles supérieures à Prague (Prague 1899) p. 218
Morawski III. ^^
los »rnnclusi(>i)es« prises en 1511, sous le rectorat d Adam d(» I^ochyn (|ui nous apprennent tous ces détails. Les abus «Jépassaient sans doute toute mesure puis(|ue Tuniversité dépIoH' ((Ut.» ces »enormitates« iMoiurnent les élèves de Cracovie, et les interdit catéi^oriquenient. Larurent qu'on y «lépense sera bien mieux employé à ticheter d«*s livres ou autres choses nécessaires*».
En «'inscrivant, au XV-e siècle, à Cracovie, l'écnlier tombait dans un milieu assez hétérotrène <»t dans une société ft»rt mêléi». Opinions, croyances, lanurues »«î confondaient et se heurtaient à cha(|ue pas; unt* seule chose reliait cfs élémeîits disparat«*s. la n»li«fion, l'Eirlise et le latin, tirL'ant» «général de la science. Nous avons vu quel rôle éli'vé joua en Orient l'université de Cracovie, c|uel flambeau civilisattHir elle y fut. Nous avons aussi dit que des bords du Khin, de la Suisse, des frontières septentrionales dt» r.Vlb»ma«jne, de la lointaine Scandinavie, de l'Italie mêmt» y accourait?nt des disciples. Les truerres reliL^euses, les mouvements nationaux particularistes tirent pâlir au commencement^ du XV-e siè<:le la splendeur do l'école de PraL'ue, et celle de Cracovie hérita de la mission de sa rivale déchue.
Les pay> polonais contribuent diverstnnent au succès de leur L'rand colleirium; à c«*)té des élèves de Cracovii» «'l de la Petite Polotrne, le continijrent de la <îrande Polotrne est tout à fait important; et ce ne sont pas seule* mtMit l(»s irrandes ville> i^jinme Posen (|ui fournissent des inscrits, mais tMH*ore «les bt>urirades comme Kosten. Par <*ontre, la Ma/j»\ie a beaucoup moins dr représentants: elle n'a «b» nombreux êlèv«»s cjue par intermitt<*nce; en 1474. par exempU», viiiL^'t étudiants de Vars(»vie s'inscrivent ensembir -i.
' \ uir i'onrli]^. ufiiv. l.Ml. en Diitn* MiiczkowHki, llabitatioDs ot «'uiitnrnM»; ,{,-< riinlLints cr.iot>vi»Mi«i iS^i» p. 88
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La jeunesse monacale se pressa aussi en foule au pied des chaires de l'université de Cracovie, pendant tout le XV-e siècle. «La création des universités releva considérablement le niveau intellectuel dans les couvents»^). Notre collegium accueillit beaucoup de Prémontrés, des religieux du St. Sépulcre de Miechôw en plus grand nombre encore; les Bénédictins de Tyniec ont six de leurs frères inscrits en 1403. Les Carmes apparaissent aussi la même année, et par la suite, quelquefois môme en fort contingent, comme en 1466 et 1483, ne cessent de fréquenter le studium; les Franciscains se sentaient attirés par la communauté des principes et du but; ne se proposaient-ils pas, eux aussi, de christianiser, de civiliser l'Orient, oeuvre pour laquelle le coUegium jagellonien avait été institué. Mais ce furent les Cisterciens qui, dans cette période, fournirent le plus d'élèves. »Au moment où le chapitre général de Tordre de Citeaux décida de réformer tous ses monastères en Allemagne et dans les pays slaves voisins, le roi Jagellon, fondateur de l'université cracovienne, obtint de la bienveillance pontificale du pape Boniface IX, en 1401, un privilège en vertu duquel tous les Cisterciens polonais, sous peine d'excommunication, étaient tenus de prendre leurs grades en théologie au studium de Cracovie, et non ailleurs» 2). Bientôt cette mesure reçut encore de l'extension. Sous l'administration de Tabbé Jean Stechir, qui accompagna son parent Nicolas Tromba au concile de Constance, et par ses instances jointes à celles des professeurs de l'université, Jean, général de l'Ordre, promulgua en 1417 une ordonnance aux termes de laquelle «tous Jes écoliers cisterciens des provinces polonaises et de celles de Gran, Prague, Magdebourg, Riga et du diocèse de Kamin en Poméranie seront tenus de faire leur éduca-
subits, non moins que la classification par provinces du registre matricule.
1) M. Kijaîek. Jacques de Paradis (1900) p. 15.
") M. Fijalek. 1. c. 15.