‹ Histoire de l'Université de CracovieChapitre 5 sur 31 · IO · texte numérisé non relu

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tion tlHM)|t)L''i«|Ut' rxclusivt'iiHMit à raoadt'»iiii«» de ('ra«'i»vie, ou. selon ranli(|iH» usaL'e, à relie «le Paris, ainsi (jiie Ii» prescrivaient les anciens statuts de rOrdn»«. Le pn*mier privilèL'^e avait sans dnute été sollicité h la demande du ('islt»rcien Jean Sc/«'kna. un des plus zélés tiuvriers de la cn''ati*»n de 1 univ«»rsité, où il l'ut pn»ft»>.seur de théii|«)irit» aussilôl après l'inauLTuralmn de> •••»urs. La >eot»nde disposition fut <léterniinée par le nianipit* d'in>truction des i'isterciens. manque qui >e lit s(*ntir ti»ut parlicultêremrnt 2\ Cimslaïu-e où Tnrtlre ne j»»ua i|u un rôli* efl'acé dans la irrande as>eml)lé«»; di» pUi^. c'était une arme qu on forL'"«*ait **«»ntre le ilanLr«*r lius-itt» ei runiv«T>ité cle PraL'ue.

Le> envovi's p^I'-nai** au c»»:iciif, de n»t«»ur au pays, V HM-urtMil une belle réct»miii»n>«* d«' leur*» «•fÏMrls. et **ette reCi»miM'nse >Vtfnilit aussi aux (■|>t«T«-îens. Kn 1417, le PM .l;iirellnn axait |»r"Miis au L'^nérai tU» cet (inlre de Ità'ir à t'rac.i\:i' un c-»!.«*.:ium p<«î;r la jeune>se convt*n* tueîîe. Mr. %\\ tif.'iMiîl'rf «le r.inne*- suivante. Jairel.-tn o*lro\a a >"M un:\''r>.te ♦•*, i-n lot-nn* temp*» â l'alibé de M'-jiTi le parr« ra» «-ur l'fjli^i* >ainte-.\nne ! )e!»i>rn)a:s |«' > -r* di"» «•tui:.iMl'- t*>;i'ri-:tMi< tut as-^ir** i>ar et* liéi»élire; t* ir i.i î-iili;;-'! du •' ••li'-T.um pr ij^'lé n'aymî pu étn* îi:«iii •' .1 :««Mi»' tin. ia cijr»* '!•• Sai'itf Anio* fut d»- M^iî'f : Mr ^«'rx r •i".i-;.f ;iu\ >-unf^ ."«'n- u»* i nin* «jui. p«!.»li' :♦• .■ :.ju«"i aî.n»»"», \ r- < »i»Te:.î M i.rrr l'»us»"* ce-- :: .".'î I". ■:..:!i i\ \\ •.r*'^ i:.a jrt- cf- î.ui!;t»->. i aîllueiice li- - r.-:- ;-.' •îî'N .1 I r.i "\ >' re-ïa i>>»-/ fa.l'.e. lî .»•? C"U- \»'" •- '". i» - !i K v.iu:i.'' >'iîi ilcî iir: ••r*-ni in»*iiie 1 ■!■..•■.•■:•.• :r ! 14-<* •»♦ u»- ::.•■: t -• U'- !a i'r»*:î4.»-rr unpr* '•^ î; *:•*- « :«i i::m!1' f- »■' «i»-- r»-*cr.'.s. n»'i;> v.»\.in* uj*- • : i .j \ ''.^•••:- •^■:> ::s-iT.'- ^i.i: - .♦- r»*j.>:r- ::.ai* ce

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Mogita cependant comptait toujours au studium un certain nombre d*élèves; ce monastère était d'ailleurs tout près de la ville, et l'abbé était un des conservateurs de l'université; il n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu des relations constantes entre le couvent et l'école. Mais pour les autres, rien ne put secouer leur apathie. En 1520^) Sis^ismond le Vieux écrivait à Erasme Ciolek que les Cisterciens ont obtenu du Saint Siège la prescription d'envoyer leurs jeunes clercs à Leipzig. Le souverain se plaint de voir les religieux du pays déserter l'école cracovienne. Cette opposition, cette négligence n'étaient pas sans motifs: le collegium particulier promis n'avait pas encore été construit, malgré les objurgations réitérées des chapitres généraux, en 1469, 1486 et 1499 -). — Une seule modification avait été introduite tout à la fin du XV-e siècle: les jeunes moines logés à la cure de Sainte-Anne furent transportés à la bourse de Jérusalem, et une aile de ce bâtiment fut assignée à leur usage 3).

Si l'on avait espéré à la première heure de l'université que cet ordre contribuerait dans de larges proportions à son développement et à ses progrès, on fut cruellement déçu. Il lui donna cependant un des plus éminents théologiens du siècle, Jacques de Paradis, et ce nom le rattache honorablement au studium jagellonien.

Il était permis de penser que, plus que les Cisterciens encore, les Dominicains tiendraient une place prépondérante au collegium. Au moyen âge cet ordre n'étaitil pas le plus instruit, ne considérait-il pas l'étude comme une des conditions de son existence! Les universités ellesmêmes ne dédaignèrent pas de lui emprunter souvent des maîtres et des méthodes*), restèrent en contact étroit

») Acta Toraiciana. V. 321.

*) Collections des diplômes de l'abbaye de Mogila 10^/105. ^) C'est ce que confirme l'université dans les Conclusiones du 12 Octobre 1488.

*) Voir Schwab. Johannes Gerson, p. 65.

avi'c lui, en rrliariirt' continuel (i'hoinnies, dv pensées, de prières et de niériles. l'n des pn*miers actes de ruiiiversité réreinnuMït créée à l*aris fut uni» adresse aux relitrieux di* Saint Dinuniqtie qui venaient de s établir dans cette capitale il2-li. Les inaitn's demandent d*avi»ir part, en (|ualité de frères, aux bénédictions qu«* s'attire l'Ordre, et d'être ensevelis à Téirlise du ninritistère l*our les mêmes raisons tut conclue, en 132^;K l'union ou colliiration entre l'univt'rsilé de PraL'tn* «'l l«*s Dominicains. Kn vertu de cet accord, li»s mtMubres <le l'université participent aux trràct»s accordées aux relitrieux, et ceux-ci s'enL'^aL^ent à prier p «ur les maîtres. Il est en outre |>ermis, re<rommandé même aux Dominicains de faire leura études «»t de conquérir leurs L'ra<ifs à l'université*). Quelque clu)se d'analotrutî eut lieu à Oacovir en 14r>0: les Dominicains firent alliance avec l'université par incorp*»ration-.. A cctt«» date Hciioit IlesNe était recti»ur. Jac(|ues de livilirus/c/., prieur du monastère «le la Sainte Trinité. C'est ce dernier qui lit aboutir cette incor|>oration, s'autorisa nt des «'xemples île i*ans et de (.'oloL'ne. Elle irarantissait aux l)i>minicains <|ui fréquenteraient les cours et subiraient lrur> t»\amens. tous les droits attachés aux titres M'nlaires ft. de plus, ilfs places et une inu'érence à l'université. On compn*nd donc (|ue dans un écrit de* 14S1 "'i. Ir •j'einTai Sa! vus C'assetta assure à l'université, »qui s'est nuMitriM* siiiLTulièrenjent liienvtMllante pour notre (hdre-. la partii'ipation à toutes les trr»^ces <liviiii*s que les mérites de^ tils tb» Sa.nt Domini(|ue attireront sur l'humaiiitc.

Nt'aniiiMin*», malirré cv-i eniratrements sj>lennel>, mab irre <*f«* protestatiniis d'amitié. |e^ rapports entre b»s I>omini«a:n'* et le <*i»ii«'Lr;um furent t"Ujours a-s«*z tiétles. Le

• Mmijuim l"ru\. Vvm: II. *-':« 111 f^

« ■ 1 urii\. » rue III. Ss

registre matricule porte les premières inscriptions de leurs^ reliirieux en 1407; à partir du milieu du XV-e siècle, le rapprochement s'accentue: les moines suivent les cours et prennent une partie de leurs grades théologiques au studium. Cependant en général »la fréquentation des Dominicains à l'académie cracovienne, même en comparaison de celle ces Franciscains, est très restreinte» ^). Parmi les profeseurs de théologie on compte fort peu de Dominicains. Un des plus connus au XV-e siècle fut Jacques Godziemba de Bydgoszcz, provincial pour la Pologne, le môme qui, prieur du couvent de Cracovie, conclut l'union avec l'université; il mourut en 1478. Il eut pour successeur Albert de Siecin que Dhigosz appelle avec raison professeur de théologie^); on lit en effet dans les conclusions de 1474, ([u'alors assistait aux délibérations «frater Albertus conventus s. Trinitatis s. theol. professer».

On peut donc affirmer que les congrégations n'eurent qu'une part insignifiante au mouvement de l'université. Il est néanmoins certain que la grande école contribua à la polonisation des monastères, en bannit les éléments étrangers qui jusque là y avaient prédominé.

Les religieux étrangers n'étaient qu'une infime minorité dans le nombre des étudiants qui, pendant tout le XV-e siècle, vinrent du dehors à Cracovie. Ceux-ci accouraient parfois des plus lointaines contrées, de l'Occident et du Nord. Les Moraves se rendaient non seulement à Prague, mais encore à Cracovie. La Prusse et la Silésie fournissaient un fort contingent d'Allemands. La Silésie qui se détache définitivement de la Pologne sous le règne de Casiniir-le-Grand, n'était du reste qu'à moitié germanique, et pendant tout le XV-e siècle elle resta dans la sphère civilisatrice de la Pologne; il en fut de même pour les provinces soumises aux Teutoniques. On tenta en

') M. Fijaîek. Etudes pour l'hist. de l'uni v. de Cracovie. 116. ») Lib. Benef. III. 452.

vain, roinrne nous le savons, de créer des écoles révfiona- Ifs à Kulin et à hreslau.

La Silésie envoya donc à Oacovie une pépiniêrt* iléièves et de maîtn's. Les villes de Kreuzburtr, Ratibor, Hrieir, Hreslau, Ncisse, (îloirau (i^j'urent à cha(|ue pas dans les listes de pn)fesseurs et d'élu*! iants; au semestre d*été 1464, par exemple, sur 117 inscrits, 31 proviennent du <iiocèse de iireslau. L«»s n»'jistres portent parfois le nom d'un l'iast silésien. Kn 1447 s'inscrit le prince l'rzemko: en 14r)4. un autre prince, du même nom *;.

Les i'russiens se rendaient en foule à LeipAtir ou à Oa<!ovie. On a compté <|ue de 14(H) à ir)24. il y eut à l'école jaL'ell'jnit'nne 9t»2 élèves orijrinaires dt» la l 'russe. et UM) d'entre eux ol)tinr<*nt ile^ irrades «^ la faculté des artistes. Mais leur rôle dans l(*s chaires du stu<liuiii fut t)i*au(*«»up plus elïacé que celui des Silésiens*»; ils sont submerL'^»'^ <lans la masse di's professeurs.

L<*s lloii'jrrois eurent une .situation tout à fait à part à Cracovie. Ce pays en efït't, maltrré d«»s elYi»rts répétés, ne put avoir sa propre univi'rsité <pie vers la lin du XV-e >jècU». i»t ("racovic, situ«» non loin de >cs fn»ntiên*s, devait par <M'ia menu* ab^orln^r les éléments dé.sireux «le saviùr. Le*i rapp »ri*» p<iliti(|U(*s au surplus contribuèrent à resserrer le^ liens «'Mire \v> d<*u\ royaumes. Le Zips, remis en ir.i'j'e «'M 1412 à .la'jellon, s<* lri»uva plus tard dans la 4lt'»prnilaiirr di* la Pul.i'j-ne 1. el, «jaiis b» cours «lu siècle, à deux repri-e*< diiVen'nles. Ifs JaLrellon> pt»rtèrent avec

'= I^«* pmuhT iii«>.iiii( f|):iiio:ii«- «il* l'n'sl.iii fil 1 îTS. !♦• si»roml, ;i\iM' l.t im'-iiif •liiriiiii" »*ii \i\K\ Vmr < iriili'foinl Stainiiltafi'Iii ilcr Hchi*-^. l'iir^'i'ii r.i:> \I h*'M\ ;iti<» il fiinlia :ii iittibii** à Cracovie. ptii«i i! viiiilu: :iIliM .til,iii:'« appriMnlri' )«'*« oation*<. à 0*' propos riiiii\»-i *•]'«■ iui .It'îivi.i iiii iiirn'i\ i-rtèiiiat tr.i<«siiiiiitr «»ii un»' IrUre • i«' r»M-uiiiiii.iii Mtitiii. \tiii' I.i-'AH'Ki «'•)•!. t'pi^iol.irm III. 'A\i

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' \'o.r \| II-. I »/<•■ i.i"/)!' .1 I*r/«'\\ o«ImiI\ n.iiikoM*\ L -upt^b l*^7t». p 7-'* •■ •.•»!%. '.♦♦.'»

succès la main sur la couronne de S. Etienne. Toutes ces causes expliquent Timportance civilisatrice de Cracovie pour ce royaume. La route de Soncz à Pest était alors l'artère principale entre la F^ologne et la Hongrie, et elle passait par Bartfeld, Epéries, Kaschau qui, avec Lewocza, étaient «quattuor civitates Hungariae superioris principales((. C'est par cette voie, traversant ensuite Erlau (Agria), que se dirigeaient au XV-e siècle les caravanes polonaises^). C'est surtout le Zips et la Hongrie septentrionale qui fournissaient des élèves à Cracovie; mais le mouvement ne se renfermait pas en ces limites; il y avait aussi des écoliers de la Hongrie centrale, de Debreczyn, de Varadyn; du sud, de P'unfkirchen, de Kalocsa, de Temeswar, de S/eiredin; parfois même des extrêmes confins méridionaux, do Salankemen, comme, par exemple, en 1467 et en 1468. La Transylvanie, Kolosvar et Torda participaient aussi à l'exode vers Cracovie; en un mot toutes les contrées ([ui font partie aujourd'hui de la monarchie hongroise avaient des (ils à l'école jagellonienne. Ils arrivent dès le début, dès 1400, en bien moins grand continent toutefois que les Silésiens. Vers les milieu du siècle, en 1444, on trouve beaucoup d'inscrits hongrois; bien plus encore en 1446. Ue 1431 à 1440, on en compte 61, c/està-dire 5-4o/o de la totalité des élèves. De 1441 à 1450, il y en a 91, soit o-HV^; de 1451 à 1460, 122, autrement dit 660/0, enfin de 1461 à 1470, 208, ce qui élève la moyenne à IO^o/q. Dans les deux dizaines d'années suivantes on en relève dans le registre 185 et 209*). En 1493. sur 382 élèves, il y a 83 Hongrois et 113 autres étrangers. Ces chiffres démontrent élo((uemment quel était le renom du studium cracovien. Ces Hongrois n'étaient pas seulement en grand nombre, ils étaient aussi fort appliqués aux études. Dans

*} \'oir Tapée. Archives de la Commission d'histoire, VIII ^1898) p. 438.

-) Cette statistique a été établie par M. Birkenmaier dans son ouvrage Martin Bylica, p. 132.

la liste des gradés en effet, leurs noms foisonnent, et vers 1468, ils sont môme en majorité. FMus tard, cette prépondérance se renouvelle encore parfois; en 1491 par exemple, deux Polonais, un Allemand et sept Hongrois passent bacheliers. Si les gradés étrangers prédominent relativement, c*est que les élèves venus de loin constituaient un élément de choix, car ceux-là seuls qui avaient de sérieuses intentions et étaient vraiment animés de l'amour du savoir entreprenaient ces longs et périlleux voyages.

Et qui sait si ces pupilles de la Pologne ne firent pas pencher la balance en faveur du pays qui les avait élevés, dans les compétitions réitérées pour la couronne de ^^aint Etienne au XV-e siècle? Leur affluence nécessita môme la création d'une institution qui leur servît de refuge et leur assurât une situation privilégiée au milieu des autres étrangers.

Demeures des étudiants. Bourses.

Le système hospitalier ot collégial. — Les collèges à Cracovie et leur destinalion. — Bourses: la bourse des pauvres ou d'isner, Jérusalem; la bourse des canonistes. — Dlugosz et la dotation des bourses. — Bourses des philosophes, des médecins, divitum. — Bourse hongroise. — Bourse allemande, fondée par Jean de Glogau. — A la fin du siècle l'université reiid obligatoire l'habitation dans les bourses. — Les étudiants dans les collèges et écoles paroissiales. — Organisation des bourses.

Ceci nous conduit à la question des demeures des étudiants cracoviens ^). Lorsqu'on créait une université, il fallait en même temps songer à procurer aux élèves un abri, et même une surveillance protectrice. C'est pour cela que Casimir- le -Grand dans son privilège d'érection parle de »hospitia« pour les maîtres et les disciples; le loyer devait être taxé par deux citoyens de Cracovie conjointement avec deux écoliers*). Ce mot »hospitia« employé ici est caractéristique pour toutes les universités, et principalement pour les universités italiennes, surtout jusqu'au XlV-e siècle. D'après ce système hospitalier, il était loisible à un étudiant de louer une »camera«, soit pour lui

*) Voir Muczkowski. Les habitations et les coutumes des écoliers cracoviens (1842) et Karbowiak: Habitations des «Jacques* cracoviens. Léopol, 1887.

^) Cod. univ. 1, 2.

seul, soit pour y habiter en commun avec des camarades. Ce f^enre de logement ne donnait à la jeunesse universitaire ni secours, ni appui; aussi fut-il surtout en faveur dans les écoles italiennes, à Padoue et à Bologne, où l'on étudiait principalement le droit, et où les adeptes de cette science, plus âgés d'habitude, étaient à même de se tirer d'afïaire et de se gouverner seuls. C'est pour ce motif que les universités d'Italie conservèrent une organisation d'un caractère séculier.

En regard de ce mode hospitalier, naquit à Paris le système dit collégial qui, avec le temps, fit de l'université un amas de maisons pour les maîtres et les élèves; et dans ces habitations furent créées des organisations spéciales qui donnèrent à leurs hôtes et une protection, et des subsides. Cette université qui avait porté la théologie à un si haut degré de splendeur, mettait à tout ce qui la concernait une sorte d'empreinte spiritualiste. On institua donc une foule de collegia avec des règles monastiques; et cette discipline fut successivement adoptée par toutes les universités de l'Orient et du Nord ^).

Quand Ladislas Jagellon fonda son université, il assigna en même temps une maison sise rue S. Anne comme colleiriuin pour les maîtres es arts et théologie. C'était donc une imitation de Paris. A ce premier coUegium s'en adjoignit un autre pour les juristes, en 1403, et un troisiènu', (lit minus, en 1449. Néanmoins ce système collégial adopté à Cracovie présentait de profondes dilTérences avec celui qui réL^nait en France; celui-ci en eflet avaient d'abord en vue les étudiants pauvres; puis, mais en second lieu, les professeurs; tandis qu'en Pologne ces établissements comprenaient des loirements de maîtres et d(^s ))lectoria«, mais n'étaient ouverts aux écoliers que fort ran^nent et en minime proportion. Ladislas Jagellon

'i KaimiK*!. I)ie UiiivM»r«?itjil'Mi dos MiU**lallers (Schmid, Gest'hichtc (JiM- Erziehunt: II) p. 510.

offre la maison de la rue S. Anne «pour y loger les maîtres et pour servir de lieu de réunion quotidienne aux élèves«, qui y viendront écouter les cours et les disputes. En somme, la création des collèg-es à Cracovie ne donnait aucune solution à la question épineuse des habitations et de la surveillance des étudiants.

Sans doute le fondateur de l'université et ceux qui le secondèrent dans l'exécution de ses projets, auraient bien voulu grouper maîtres et élèves dans la stricte réglementation d'une communauté monastique. Mais ils se heurtèrent à une impossibilité matérielle, car l'université au berceau n'avait ni bâtiments, ni fonds pour ouvrir un refuge aux phalanges de jeunes gens envahissant Cracovie. Pour réaliser ces désirs il fallait attendre que la générosité des donateurs vînt en donner les moyens. En attendant les étudiants durent se contenter des ))hospitia«, demeurer chez des particuliers, parfois chez un maître pour lequel ils étaient une source de revenus, souvent enfin dans une école paroissiale. Et l'université avait à déployer quelque vigilance, ou tout au moins ombre d'une vigilance à l'égard de toute cette jeunesse dispersée dont elle avait la garde. Par la suite ce devoir lui fut facilité par des fondations qui peu à peu firent disparaître les défectuosités, causes fatales de relâchement, en concentrant en une certaine organisation tous ces éléments disséminés. On construisit des maisons appelées bourses, où moyennant une rétribution, les étudiants trouvèrent un abri sous le contrôle d'un maître ou d'un bachelier, nommé senior de cet établissement. Le nom de bourse leur vint précisément de cette contribution versée par les locataires qui, d'ailleurs, lorsqu'ils étaient pauvres en étaient exempts.

Cracovie au XV-e siècle vit naître plusieurs de ces institutions. La libéralité de quelques particuliers en permit la création et l'entretien; nous ne saurions passer sous silence les noms de ces généreux bienfaiteurs. Parmi eux

se distingue le grand historien Jean Dlugosz par f*es efforts constants à améliorer la condition des écoliers indigents, à leur assurer le don du savoir, à faire régner Tordre et le bien être à l'université. Son nom glorieux est attaché à plusieurs fondations nouvelles et à la régénération de quelques vieilles institutions en péril.

La bourse Isner, créée en 1409 et 1410, était la plus ancienne de Cracovie. Jean Isner, professeur de théologie, acheta en 1409 une maison sise rue Wiélna, et par ses dernières volontés, formulées en 1410, la destina )>à Tusage des maîtres pauvres, des bacheliers et des étudiants; et Ton devra avant tout y donner Thospitalité à des Lithuaniens ou à des Ruthènes doués pour la théologie ou pour les arts; les pièces sur les derrières seront réservées aux besogneux, tandis que les riches habiteront sur le devant et payeront un loyer au profit des susdits». Nous ne savons si ces dispositions furent toujours respectées; toutefois la bourse ne tarda pas à fonctionner et la maison d'angle de la rue Wiélna et de la rue Got^bia ^) actuelle fut de bonne heure un asile pour les étudiants, et, selon la pensée du fondateur, surtout pour les Lithuaniens. Nous y voyons en effet assez souvent des jeunes gens de cette contrée, comme le prince André Swirski*), ou les ))nobiles(c Janus et Stanislas de Liihuanie*). Et sans compter les élèves, les maîtres parfois résidaient à cette bours(% s'ils y trouvaient de la place*). Mais le collégial inférieur qui était Senior de la bourse des pauvres et en avait la direction, habitait de droit cette maison, tout en faisant des cours au collegium^) Plus tard, en 1461, cette institution fut élargie. A cette date Jean Dtugosz acheta

*i Aujour(J'hui propriété de la banque austro-hongroise. ') Voir Acta rect. 1215, 1729, 2190, 2191. 2208, 2229. ^) Voir l'awinski, Liber Quitantiaruin Kegis Casimiri (1897),

*) Acla roct. 1785.

* Conclus, univ. au. 1501.

le bâtiment adjacent rue Wiélna, réunit les deux constructions qu'il restaura et mit au service des écoliers rétablissement ainsi agrandi *). Ce fut là son premier acte de munificence en faveur de l'université.

Cependant avant cette riche donation il avait pris fort à coeur les intérêts du studium, avait souvent été un bienveillant intermédiaire entre l'école et son grand protecteur, le cardinal Zbigniew, puis, il continua ces bienfaits en qualité d'exécuteur testamentaire du cardinal. Peu de temps avant sa mort, en 1453, Olesnicki avait acheté une maison et un terrain rue Garncarska (aujourd'hui Golembia) à l'endroit ou s'élève actuellement le Collegium novum, du côté des rues Golembia et Jagellonska. Ce lieu s'appelait Jérusalem. Zbigniew se proposait d'y élever de vastes bâtiments pour y recevoir des élèves. Mais la place était occupée par des constructions quelconques, car un écrit des consuls cracoviens de 1460 parle de deux maisons d'angle achetées par Zbigniew *). Le cardinal reconstruisit donc ces maisons, consacrant à ces réparations mille marcs en 1453; en 1454 il en débourse encore mille pour l'achèvement de son oeuvre, et le résultat de ces dépenses fut un assez grand édifice en brique, divisé en deux corps de logis. D'après le testament de Zbigniew (1454) il devait avoir 50 pièces et donner. le couvert à 100 étudiants^). Le revenu annuel pourvoirait à son entretien, et la bibliothèque léguée par le prélat ferait face aux besoins intellectuels de ses hôtes. Une

*) Cod. univ. Crac. II, 203 et Liber benef. I, 515. Il est dit dans la vie de Dlugosz (Opéra I, VI): Ampliavit collegiura, quod pauperain nuncupatur; nam veteri aedificio instaurato, totam partem, quae in postico est, demptis ruinis et casulis quibusdain semirutis et obsoletis statira ex integro aedificavit. D'après des dessins appartenant à M. Fricdlein c'était un édifice imposant, avec montants de portes fort beaux et une attique monumentale.

*) Cod. univ. II. 197.

») Cod. univ. II, 156.

année après la mort d*Oleénicki, cette bourse fut ouverte par les soins de Jean Dtugosz (1456): ))collegium Jérusalem inter ceteras bursas insigne et in aliis partibus famatius« ^). Plus tard, peut-être en 1462, l'établissement fut ravagé par un incendie; mais Dtugosz le restaura magnifiquement 2). Le senior, choisi dans sein de l'université, était à la tête de institution, tout comme à la bourse des pauvres. «Tout le monde y avait accès, sans acception d'origine, de condition, de nationalité. Il arriva donc qu'à la bourse de Jérusalem logèrent, à côte d'écoliers sans grades, des maîtres et des bacheliers, avec des prêtres séculiers, des alumni monacaux, en même temps que des Polonais, des Allemands, des Hongrois et d'autres étrangers« '). Dans les statuts, promulgués en 1456*), il est spécifié que l'on choisira les conseillers de la maison de diverses nationalités — passim ex nationibus pro tune in doino existentibus. Mais, en raison de ce que celte ruche nombreuse était souvent agitée et troublait inainle fois le bon ordre de l'université, à plusieurs reprises on en renouvela les statuts en les rendant plus sévères, et notannnent en 1495 et en 1498, sous les rectorats de Mathias de Szydiow et de Jean de Wysoka. Au point de vue des études, elle accueillait des élèves des diverses facultés, des artistes, des canon istes, des théologiens. Beaucoup plus étroit était le champ d'action de la bourse des juristes. La première iondation dans ce but fut effectuée vers le milieu du XV-e siècle; en 1451 il est déjà fait mention de cette bourse^). Elle était située rue du Chapitre, à <j-auche en venant du château*^), et s appelait aussi bursa pisaruin ou (irocliowa; elle avait été créée par le

^' ('oiicl. univ. a. 1 i95.

■) \'ita hluiro^sii. ( )pora Vol. I. p. VI.

'i Karbowiak. Uùj^Meincnts de la bourse de Jérusalem (1888) p. 10-

• Acta otlic-ialia (,'rac. i (Itôl. 8 Juniii.

' Aujoiird'liui Nr. ;5.

don d'une maison à l'université en faveur des canonistee, don fait par le chapitre de Cracovie avec le consentement de Zbifl^niew. Toutefois cette maison était fort délabrée. Aussi l'université en décide-t-elle la restauration, en 1454, car elle n'était presque pas habitable '). D'un autre côté cette bourse ne pouvait remplir convenablement sa mission : elle était trop exiguë pour contenir beaucoup d'élèves -). Cependant, en 1469, furent introduits certains changements qui frayèrent la voie à la suppression de ces inconvénients, et c'est encore à Dtugosz qu'on fut redevable de ces améliorations. Conjointement avec le jeune Jean Dlugosz, comme lui chanoine de Cracovie, il fit avec les juifs des conventions qui éloignèrent ces derniers du voisinage immédiat de l'université. A cette époque, les israOlites avaient encore derrière le CoHegium artistarum deux vieilles synagogues, des hôpitaux et un cimetière pour leur communauté. Les DJugosz entrèrent donc en négociations avec eux et les décidèrent à céder ces bâtiments et ces terrains en échange d'une maison et d'un emplacement rue Spiglarska, près de l'église 8. Etienne*). D'après la biographie de Dtugosz*), il destinait ce terrain ainsi conquis à la construction du collegium pour les Cisterciens, en vain promis par Jagellon. Cette fois encore l'édifice attendu resta à l'état de projet. Sur ces entrefaites l'université avait engagé des pourparlers avec le chapitre de Cracovie, au mois de février 1469, h la suite desquels elle restitua la vieille maison qui lui avait été donnée rue du Chapitre, et reçut celle que Dtugosz venait d'acheter aux juifs ^}. Simultanément Dtugosz résolut de créer une bourse pour les jeunes canonistes. Dans ce but il acheta rue Grodzka, proche 3, André, et en face du

'l Concl. univ.

') Cod. univ. Crac. II, 264.

•) Cod. univ. Crac. II, 262, •1 Opéra I. XV.

o± univ. Crso. II, 263.

collège des juristes^), la maison Warcholowska, et y établit, en 1471, une bourse des canonistes, ainsi que Tatteste une plaque commémorative que l'on voit encore aujourd'hui sur le mur de iaile orientale de la bibliothèque jagel* Ionienne. Après avoir commencé de restaurer cet immeuble, il Toffrit en propriété au studium; mais la restauration n'étant pas encore terminée en 1483, l'université décida de continuer et de mener à bonne fin l'oeuvre du fondateur décédé 2j. Néanmoins l'institution avait été ouverte, même avant la mort de Dïugosz; car des documents parlent d'étudiants qui y étaient logés en 1479. On en rédigea les statuts en 1485, sous le rectorat de Mathias de Kosten '). D'après ces statuts le senior devait être un docteur des décrets, un licencié ou un bachelier en droit canon, élu par l'université. Far son testament, Jacques de Szadek dota ce seniorat de l'altarie de S. Jean ante portam Latinam à Téglise cathédrale, avec dix-sept marcs de revenu, en lui imposant l'obligation de l'aire des cours sur le quatrième livre des Decrétales^).

Elle fut la plus belle fondation de Jean Dlugosz — si actif par ailleurs pour le bien de l'université — cette bourse de Longinus, comme s'exprime la biographie du grand historien, soutien de la faculté de droit, canonicae facultatis m:iximum robur. Aussi, en 1480, aux funérailles de cet infatigable bienfaiteur, avec un long cortège de prêtres et un peuple immense, l'université en corps suivit le convoi du défunt, pour honorer, dit un témoin oculaire, celui qui par ses écrits et par ses actions avait semé tant de germes féconds ([ue l'avenir devait faire éclore *).

»j Ibi.l. III, :i8.

') Conclu^, uiiiv. 1 i88.

') Voir Wiszniewski, Ilisl. lit. IV. H81.

*) \'oir l'ordoiiiKiiuv de li-'Jl dans lo Cod. univ. Crao. III, 174. hlui^'o^z, ( ►pera I. XVI. (Jetlo maison fut démolie en 1836; la farad»' orin'e do scul[)tui'es o{ la vaslo cour étaient assez iruposan* tes, d'a[Mrs les dessins que po^seiie M. le bourgmestre Friedlein.

Outre ces grandes bourses, accueillant de nombreux -élèves, il y en avait de plus petites, à l'existence souvent précaire, et au rôle assez effacé. On cite en effet plusieurs institutions secondaires sur le modèle de la bourse des juristes. On parle, entre autres, assez souvent de la bourse des philosophes, sise rue Golembia, près de la bourse de Jérusalem. Elle remontait aux premières années de l'université, sans avoir pu jamais acquérir l'importance d'autres établissements similaires. Elle avait pour seniors des maîtres, ou môme parfois de simples bacheliers^). En 1494, il est question d'un étudiant habitant ))la maison des médecins«, ^t cette même année nous trouvons une mention concernant le senior de la bourse des médecins*), sans qu'on indique où elle se trouvait. Il est fort probable que le vieux collegium medicum, rue Grodzka, quoique menaçant ruine, inhabitable pour les professeurs et pour les leçons, suffisait encore pour fournir un asile aux élèves. La bourse divitum, des riches, joue aussi un rôle assez effacé. Le premier document où elle est signalée date de 1447 *), quoiqu'elle existât certainement auparavant. Elle était installée rue Golembia, non loin de la bourse des philosophes d'où on jetait des pierres dans ses fenêtres*). En 1476, le Collegium minus fut transporté dans le local qu'elle occupait, et à partir de cette date, on la perd complètement de vue^). Elle manquait, semble-t-il, des fonds nécessaires pour en assurer le fonctionnement régulier et stable.

Deux autres bourses n'avaient pas non plus de dotation particulière; elles étaient surtout destinées aux étrangers in-

>) Par exemple en 1478. Acta Rect. n. 717. Valentin de Griinberg.

*) Acta Rect. n. 1671 et 1724.

*) Cod. jag. n. 1859: Explicit nova Compilacio Algorisrai a. d. 1447 in bursa divitum.

*) Acta Rect. 314.

^) Voir Cod. univ. Crac. III^^ 46. Muozkowski. Habitations etc. p. 37.

scrits à l'université. C'étaient les bourses hongroise et allemande qui, aux confins des deux siècles, furent assez en relief,

 plusieurs reprises nous nous sommes occupé des Hongrois et de Textension extraordinaire de cet élément à partir du milieu du siècle. C'est aussi vers la même époque qu'on songea à leur assurer une .demeure fixe. Un certain gentilhomme, du nom de Nicolas Belonka ou Bielonka, par testament créa à l'église S. Anne un autel de S. Nicolas et, en même temps, une nouvelle coUégiature au Collegium minus. L'altariste, présenté par le Collegium maius aux autorités ecclésiastiques, devait professer au Collegium minus, et recevoir une rémunération sur les revenus de la maison léguée par Bielonka et située »ex opposito« du petit collège. Cette maison serait louée aux Hongrois, et au cas où ceux-ci feraient défaut, aux Allemands. Hongrois et Allemands sont donc assimilés dans cette première fondation, ou tout au moins dans son esprit; nous verrons d'ailleurs que cette alliance se répéta assez souvent par la suite. En 1457, Nicolas de Kalisz, vicarius in spiritualibus, confirma ces dispositions, après la mort de Belonka ^). Cette fondation cependant, ou ne fut point réalisée, ou n'eut qu'une existence éphémère. Nous lisons en effet dans les conclusions de 1501 que les professeurs délibèrent au sujet de la maison de Belonka, usurpée par la dame Tonczynska, veuve de Nicolas, et décident qu'on ei) revendiquera la possession, qu'on en chas» ser«'i cette femme pour y fonder une coUégiature inférieure^ en exécution des privilèges et documents rédigés dans ce but. 11 est vrai qu'il n'est nulle part noté que cette décision ait eu des résultats positifs; et pas plus que précédemment le Collegium minus n'a de coUégiature Belonka. Quelque obstacle inconnu dut annihiler alors les intentions du fondateur.

Kntretemps ruiiiversité avait acheté, en 1464, de Jean

') Cod. univ. Crac. II. 185 et suiv.

et de Spytek de Melsztyn une vaste construction rue Bracka^), qu'elle avait payée 900 florins de Hongrie. C'est Dtugosz qui préside à cette transaction; il avait même, dit une vieille biographie, «exhorté Jean de Melsztyn à faire don de cette maison pour y loger des étudiants« *). Nous ne savons dans quel dessein, ni pour quel usage l'université fît cette acquisition.

La maison de la rue Bracka ne fut d'abord utile qu'inclirectement aux écoliers. Le contrat de vente fut signé au mois de février 1464, et dès le mois d'avril de la même année cet immeuble est déjà nommé CoUegium Novum; on y fait quelque cours de droit et de médecine; mais avant tout on y donne les leçons aux artistes qui, après l'incendie du CoUegium minus, étaient sur le pavé; de plus, quelques actes académiques, les disputes, par exemple, y ont lieu. Cet état de choses dura jusqu'en 1476 où l'on assigna la bourse divitum comme demeure et collegium aux collégiatures inférieures.

Cette maison de la rue Bracka devint plus tard la résidence des Hongrois. Vers 1452, comme nous l'avons dit, fut formé le projet de créer une bourse pour ces étrangers, projet confirmé en 1457. Or, en 1470, les sources attestent expressément l'existence de cette bourse*). Où se trouvait-elle? Etait-ce dans cette maison Belonka »en face <iu Collegium minus ?« Nous l'ignorons. Cependant lors de l'ouverture du novum collegium minus en 1476, elle fut installée définitivement, semble-t-il, rue Bracka, dans la maison Melsztyn, qui venait d'être évacuée. A cette date de 1476 en effet, cet événement est signalé*), et, en 1482, la bourse porte le nom de Collegium dominorum de Melsztyn *). Elle prend alors en cette place un brillant essor et devient

*) C'est aujourd'hui la propriété de M. Stan. Zeleàski.

*) Voir Vita Dlugosii dans Opéra I, VII et XV.

■) Acta Rectoralia n. 152.

*) Muczkowski, Habitations etc. p. 26.

*) Acta Rect. n. 879.

bientôt une des institutions importantes de l'université par l'affluence grandissante de ses hôtes. Elle pouvait contenir quarante locataires^); très rarement elle accueillit des Polonais; assez souvent, au contraire, des Allemands. En 1483, par exemple, un maître la loua, pro Âlmanis studentibus suis. En 1513, elle a pour senior ce Venceslas de Hirschberg que nous connaissons; enfin, en 1516, le poète allemand Johannes Hadus y réside. Les habitants choisissaient un de leurs codomiciliés comme senior*). Elles n'étaient pas aisées les fonctions de cet élu aux prises avec la violence du tempérament hongrois, cause constante de conflits avec les autres étudiants, conflits attisés d'ailleurs par un certain antagonisme de race.

La maison de la bourse appartenait à l'université qui la donnait en louage à des entrepreneurs: ceux-ci prenaient à leur charge le côté financier de l'affaire et touchaient les redevances des hébergés. Ils versaient à l'université une certaine somme 3). En 1483 et les années suivantes, Jean de Glogau en est le fermier; en 1488, Jean de Sommerfeld *). A la fin du XV-e siècle, ainsi que nous l'avons vu, cette bourse devint l'asile de l'humanisme et des humanistes. Bien des leçons, qui ne pouvaient être admisesailleurs, trouvaient là un auditoire: il nous suffit de rappeler Celtes et ses annonces de cours.

Au commencement du XVI e siècle néanmoins elle commença à déchoir. Sigismond-le-Vieux, il est vrai, témoignait à cette institution et à ses habitants une bienveillance toute particulière; il leur concéda par exemple, en 1510, le droit de prélever gratuitement à Wieliczka quelques blocs de sel ^). Plus tard, alors que le nombre des

M Conclus univ. a. 1491.

*i Acta Hect. n. 2078.

"*) Kn 1529, paraît-il, la bourse de Longinus fut aussi louée. C'était ivideinincnt une coutunu; du temps. Acta Rect. n. 2970. *i Conclus, univ. 1183 et 1488.

*^ Codex univ. Crac. IV, 'M.

Hongrois logés à la bourse avait considérablement diminué, il y eut entre cette dernière et l'université de graves désaccords. En 1535, la grande école regrette que le loyer de la maison occupé par la bourse ne lui procure que de modiques revenus, parce que cette maison n*a que peu de locataires; il est en outre intolérable que les Hongrois s'y considèrent absolument comme chez eux, quoique cet immeuble ait été acheté par l'université; peut-être serait-il mieux d'éloigner ces hôtes embarrassants^). En 1541, en effet, la bourse est fermée *). En 1557, les Hongrois sont autorisés à demeurer à la bourse dite naguère allemande et nommée maintenant nouvelle bourse. Cependant cette concession ne fut pas longtemps en vigueur car, en 1558, la communauté hongroise fut définitivement dispersée — desiit communitas haec Hungarorum 3). A ce moment elle n'était pas assez nombreuse pour constituer une corporation spéciale.

A la bourse allemande, d'une destination analogue, est attaché le nom de Jean de Glogau. Nous avons déjà vu qu'en 1483 il loua la maison Melsztyn pour ses élèves d'Allemagne. Ce n'était là cependant qu'une demi-mesure. Jean projetait de leur donner un meilleur asile fixe. Or, en 1486, les exécuteurs testamentaires de Thistorien Jean Dlugosz, cédèrent moyennant une certaine redevance annuelle »la place autrefois juive derrière le collegium« à Jean Glogier qui a le dessein d'y construire une maison pour les étudiants^). Ce dessein fut bientôt réalisé et le bâtiment ne tarda pas à être achevé, grâce aux pressantes démarches et aux sacrifices personnels de Glogovita^). Dès 1487,

*) Conclus, univ. 1535.

*) Schrauf. Regestrum Bursae Hungarorura.Vienne 1893, p. XVIII.

') Ibidem p. 33, 3é.

*) Voir Acta univ. Fasc. 268, n. 5905. Par conséquent, quoique cet emplacement eût été cédé en 1469 (voir plus haut) à l'université, Dlugosz n'en avait pas moins conservé certains droits de propriété.

*) Voir Cod. Jag. n. 59, p. 58 (Brevis historia Acad. Crac). Nous

on signale des écoliers de bursa Alemannorum ^), Germains ou Hongrois; peu après (1488) les Acta Rectoralia mentionnent la bourse noviter extructa '); les conclusions parient aussi de cette maison sise rue S. Anne, et dans le Li\Te des privilèges de l'université il est question de la construction en bois, fondée par Jean de Glogau pour les Allemands, et appellée Bursa nova^).

Jean de Glogau fut pour les Allemands un protecteur et un bienfaiteur actif. Mais la bourse qu'il créa pour eux peut être considérée comme la plus haute marque de sa sollicitude. Ce bâtiment en bois était situé sur les derrières du Collegium maius*). Il fut détruit par un incendie en 1523, et, comme le nombre des Allemands avaient sensiblement diminué à cette époque, on ne jugea pas urgent de le rétablir. Il fut alors remplacé par la Bursa nova dont les Conclusiones, à la date de 1535, annoncent la construction par maître Benoît de Kozmin. Maître Benoît en devenait le régisseur et pouvait y admettre des Polonais, des Allemands ou des Hongrois^). Rappelons que, cette même année on se proposa de déloger ces derniers de la maison Melsztyn qu'ils avaient occupée jusqu'alors.

Ces deux bourses, l'allemande et la hongroise, furent donc fondées et jetèrent leur plus vif éclat au moment où Tuniversité traversait la période la plus brillante de son histoire, où la vie y était la plus intense, à la fln du XV-e siècle et au commencement du XVI-e. Lorsque les

no saurioiKs dire quel rapport il y a entre ce projet et la maison achetée en 1487 à un certain Martin par Jean de Glogow (pro universitate coinparata et empta-. (Acta Hect. n. 1107). Peut-être avait-il fait celte acquisition pour a^çrandir sa bourse.

») Acta Uect. 101)7.

^) Acta Hect. 1180.

*) Concl. univ. U88 et Muczkowski, Les Habitations, etc. p. 89.

V Muczkowski, 1. c. îi9.

*j Voir (Conclus, univ. année 153^ et Cod. jag. n. 69. Cette malson porta plus tard la dénomination de donius classium; plas tard encore l'Italien Jo. Maria l'adovano v établit un atelier de marbrerie.

étrangers se firent plus rares à Cracovie, elles disparurent, n'ayant plus de raison d'être. Elles n'avaient d'ailleurs aucune dotation qui en eût assuré l'existence ou pu les faire «ervir à un autre but.

La création de nouvelles bourses était accueillie avec joie par l'université, car on y voyait alors une condition essentielle du développement des études et du maintien de la moralité scolaire. Les bourses devaient mettre un frein salutaire aux ardeurs de la jeunesse, la contenir dans le droit chemin et la règle, lui épargner les chutes irréparables. Aussi les universités médiévales invitaient-elles, forçaient-elles même les élèves à habiter dans les bourses ou les maisons désignées à cet effet. L'inexpérience des jeunes gens légitimait cette contrainte, cette sollicitude tyrannique. En 1382, on promulgue à Prague un statut aux termes duquel la jeunesse est tenue de demeurer dans les bourses et collèges; en 1421, Vienne imite cette prescription. A la fin du XV-e siècle, l'université de Cracovie disposant de plusieurs institutions de ce genre, prit aussi des mesures semblables, à la suite d'excès et de tumultes violents. Pour mettre un terme à ces désordres, «pour que les étudiants ne fussent plus détournés de leurs études et ne perdissent dans le péché les sommes provenant de pieux donateurs ou de la maison paternelle«, on décida en 1491 que dorénavant il serait expressément défendu à tout étudiant ou bachelier de louer un logement particulier, et que «chacun serait obligé de demeurer dans une bourse ou un collogium surveillé» ^). Toutefois il était fait exception pour ceux qui avaient des parents en ville, pour les pauvres entrant en service, pour les fils de magnats qui pourraient et même devraient avoir des pédagogues et gouverneurs particuliers.

Cette ordonnance était le résultat de besoins se faisant depuis longtemps sentir, besoins devenant de plus en

') Liber Promot. XLII.

plus urgents dans les moments de troubles; dès 1483, le recteur avait prescrit aux étudiants turbulents d'abandonner les ))hospitia« suspects et d'entrer »dans les bourses, les écoles ou les collegia« ^). Il faut néanmoins reconnaître que Tordre établi par ces nouvelles prohibitions fut par la suite mainte fois transgressé. Les recteurs en effet ne procédaient pas uniformément: parfois sous de futiles prétextes ils permettaient de rester dans les Dhospitia«; parfois ils usaient de répressions sévères à Tégard des élèves insubordonnés*). Avoir une demeure privée s'appelait alors expensas ad aliquem habere, expensas alicui saliare ^). Aussi, pendant presque tout le XVI-e siècle, voyons-nous se renouveler de la part des autorités des avertissements au sujet de la stricte observation des règlements. 11 en était de même à Paris et à Oxford: là aussi, au XV-e siècle, on prit des mesures pour astreindre les étudiants à loger dans des maisons surveillées. Mais, tout comme à Cracovie, on se plaint à Paris, en 1486, des nombreuses contraventions aux édits rectoraux — quod multi temeriter starent extra collegia et essent vagabundi, errabundi.

L'arrêté de 1491 a trait, entre autres, à l'habitation des étudiants dans les collèges, fait néanmoins toutà-fait accidentel; car, ainsi que nous l'avons noté, pour les étudiants il n'y avait pas de place, à proprement parler, dans les collèges cracoviens. Un très petit nombre d'entre eux y trouvaient asile, soit à titre de pensionnairesprivés accueillis par certains maîtres, soit comme domesti([ues ou hébergés gratuitement. Les maîtres en eflet avaient à leur service des écoliers à qui le coUegium donnait pour cela le couvert et une partie du vivre; l'autre partie incombait au maLnster au([uel était attaché le jeune homme ^). Parmi ces s(»rvitores on comptait parfois des-

M Acta l^oct. n. 915.

') Acta Uect. 2180, 2182, 2375.

') Voir sur ces l()uour.«< Acta Hoct. 1412.

*| Karbowiak, Dciiieares des étudiants crac p. 13.

bacheliers. L'ordonnance de 1446 en fixe le nombre et déclare que le collegium ne fournirait qu'un seul domestique à chaque maître; elle établit en outre la taxe que le magister devra verser pour tout domestique supplémentaire.

Enfin on appelait gracialistes les étudiants pauvres auxquels le collegium accordait un asile gratuit. Ils versaient une contribution pour leur nourriture ^). Parfois un maître accueillait chez lui un de ces gracialistes, après accord mutuel; puis il payait une certaine somme à la caisse du collegium ^). Comme dans les collèges il n*y avait pas de logements pouvant être affectés aux étudiants, ceux qu'on y recevait par faveur habitaient dans les vestibules et corridors, à moins qu'un magister charitable ne leur ouvrît la porte de sa propre chambre.

Les écoles paroissiales cracoviennes, par contre, donnaient refuge à une multitude d'écoliers, mais d'une catégorie inférieure, c'est-à-dire d'écoliers paroissiens; cependant on y voyait aussi des élèves de l'université. A chaque page les actes nous parlent d'étudiants domiciliés à S. Etienne, à S. Anne, au Château, à Tous-les-Saints, au Corpus Christi, au St. Esprit ou Hôpital. 11 y avait à Cracovie, au XV-e siècle et plus tard, douze de ces écoles. Le recteur de l'école ou ses auxiliaires donnaient le logement aux écoliers, et ceux-ci étaient tenus à certains services, surtout pendant les offices religieux. La jeunesse indigente qui se pressait dans ces asiles, gagnait son pain de différentes manières; elle n'hésitait pas même à mendier, ce qui d'ailleurs n'était pas considéré comme honteux pour un étudiant du moyen âge. Les hôtes des écoles paroissiales mendicantes se répandaient dans la ville, et, pour capter la bienveillance de ceux qu'ils sollicitaient, faisaient des tours, chantaient, jouaient et obtenaient ainsi quelque argent pour

*) Karbowiak 1. c. 14

*) Acta Rect. 3039: est cité maître Adam Matla, ratione cameralium occasione gracialistae, quem fovebat in propria habitatione.

leurs plaisirs ^). Ils avaient aussi des redevances à acquitter aux recteurs, telles que les introitalia et les lignalia*). Cependant les bourses étaient les véritables soutiens du bon ordre à l'université; elles enfermaient Tétudiant dans la vie corporative, presque claustrale, propre aux studia du moyen âge. A la tète de ces bourses il y avait des proviseurs et des seniors. »Le proviseur choisi d'ordinaire parmi les maîtres plus âgés, n'habitait pas à la bourse; mais il en administrait les fonds, la pourvoyait de bois, de charbon, de vivres, veillait au bon état des bâtiments, donnait ses ordres au senior, jugeait en première instance les litiges surgis entre ce dernier et les boursiers, et examinait les plaintes portées par ceux-ci contre celui-là» •). En général les seniors étaient des professeurs, parfois de jeunes extranei; à la buurse des pauvres, c'était toujours un des plus jeunes collégiaux qui était senior; à celle des juristes, c'était un professeur de droit*). La bourse hongroise eut le plus souvent pour senior un Hongrois, sans doute élu par les boursiers eux-mêmes. Le senior était fixé à la bourse, en était le supérieur, le directeur, le gardien *). Aussi est-ce de lui que dépendait la bonne tenue de l'institution, et c'est contre lui que s'élevaient toujours les doléances des administrés qui parfois en venaient à le battre. Michel de Bystrzykow, par exemple, étant senior de la bourse de Jérusalem, fut en perpétuel conflit avec ses pupilles. Kn 1489, on le roua de coups, on le blessa même*^), et un arrêt de 1490') atteste en effet qu'il se permettait des abus de pouvoir, outrepassait ses droits et apportait une humeur acrimonieuse dans les relations avec

*) Karbowiak, 1. c. 15 — 17.

') Acta Kecl. n. 105()- 1624- 1626.

*) Karbowiak, 1. c. 29.

*! Cod. univ. Crac. III, 175 ot suiv.

^) Karbowiak. 1. c. 29.

S Ai'ta liect. n. 1221.

h Acta Hect. n. 1325.

ses subordonnés. Martin de Lezajsk, senior de la bourse des pauvres, fut aussi peu tendre pour ses élèves; on le rappela au calme, à la modération, au respect de ses devoirs^); on lui recommanda d'user modérément des privilèges qui lui étaient reconnus à table, de prendre une portion copieuse, mais non excessive... potiorem sed non valde magnam.

Dans les questions ménagères, le senior était secondé par un préposé et un warmoiriera. L'argent pour subvenir à tous les besoins et les subsistances provenait des cotisations des élèves qui, à moins d'une exemption spéciale, devaient payer les droits introitalia, lignalia et cameralia^). A heure fixe, boursiers, professeurs, habitants temporaires de la bourse et senior se réunissaient à une table commune ^). Le senior recevait les étudiants à la bourse, et exigeait à leur entrée un certificat d'inscription — ce que •plusieurs évitaient de fournir — de plus, un habit convenable, c'est-à-dire, conforme aux prescriptions universitaires exigeant un costume semblable à celui des ecclésiastiques. En dehors de ces occupations administratives, les seniors avaient encore des fonctions pédagogiques. Dans les bourses en effet, avaient lieu fort souvent les »résomptions«, c'està-dire les répétitions et la préparation aux examens. Ces travaux étaient dirigés ou surveillés par le senior. Il était par surcroît tenu de veiller à ce que ces résomptions ne fissent point manquer aux élèves les cours obligatoires ou essentiels*) Le contrôle des leçons et de l'assiduité des élèves à ces leçons lui incombait entièrement. Dans les conclusions de l'université il est dit du senior des pauvres, que sa charge consiste — actus disputando, domum et inhabitatores regendo et lectionem in CoUegio perficiendo. Par

>) Acta Rect. n. 2130.

') Acta Rect. n. 1056, 1240, 2579.

■) Pour plus amples détails Wiszniewski IV, 381 (bourse des canonistes) et Karbowiak, Règlements de la bourse de Jérusalem. *) Acta Rect. 1209.

conséquent les seniors des bourses — de celle de Jérusalem comme des autres ^) — étaient astreints à organiser à la bourse môme des disputes pour multipler ces exercices favoris, auxquels on se livra si passionnément en ces siècles friands des tournois intellectuels*).

Les cours devaient être faits dans les collèges; l'université tenait la main à la stricte observation de ce principe et en réprimait la transgression. Malgré tout, on ne put empêcher certains jeunes maîtres, à la fin du XV-e siècle, de donner des leçons dans les bourses et cela même assez fréquemment. Cette licence était en formelle opposition aux règlements. De plus, elle arrachait la science au contrôle qui l'avait jusqu'alors renfermée dans d'officielles murailles et dans des programmes officiels.

«) Règlements 29 et 38.

') Voir Bauch, Gesch. des Leipz. Frûhhumanismus (1899) p. lOi

>^ÛG>-^

Conduite de la jeunesse et juridiction universitaire.

Excès commis par les écoliers. — Antagonismes provinciaux. — Les Mazours sont l'objet de fréquentes taquineries. — Oppositions nationales. — Les Hongrois et les Allemands à Cracovie. — Le tribunal rectoral. — Les tribunaux privés des bourses et collèges. — Juridiction des Conservateurs. — Conflits avec les Hongrois. — Détails de

procédure. — Peines infligées.

Les universités, nous venons de lé voir, s'efforçaient de contenir la jeunesse qui les fréquentait par une discipline sévère, par des cadres déterminés et fixes. Les connexions entre la science et rp]glise, devaient être affirmées par des marques extérieures. La science, en effet, était au service de la théologie, mère de toutes les sciences; les maîtres appartenaient au clergé; par conséquent les élèves, qui d'ailleurs se destinaient en grande partie aux Ordres, étaient soumis à une règle ecclésiastique, presque monacale. Leurs vêtements rappelaient ceux des prêtres: ils portaient une longue capote brun foncé, avec ou sans capuce, et ce vestitus clericalis était imposé à Técolier à Texclusion de tout autre qui eût passé pour vestis indecens. Mais bien des fois on fit des exceptions, on éluda les édits somptuaires.

L'esprit des jeunes gens ne se laissa pas aisément dompter par les entraves dont on l'enchaîna. A chaque in-

stant, les anciens actes parlent des excès, des explosions violentes des fortes natures médiévales venant rompre le calme réglé de la vie studieuse. Prohibitions et, par cela même, délits se multipliaient à l'envi. Il ne faudrait pourtant pas pousser trop au noir le tableau de ces désordres. Les témoignages contemporains négligent de nous parler de Tuniforme suite des jours sans nuages, tandis qu'au contraire ils se plaisent à étaler le récit des événement» tumultueux. Gardons-nous donc de trop généraliser ce qui n'était qu'accidentel. Néanmoins on ne saurait nier non plus que les rudes caractères de la jeunesse ne se courbaient qu'en regimbant sous le joug, et que souvent au mépris des décisions, décrets et règlements édictés par les bourses et les autorités gardiennes du bon ordre, n'éclataient des troubles graves.

Nous en avons parlé plusieurs fois incidemment On était alors prompt à l'injure et à la querelle. A la moindre contestation les épithètes offensantes pleuvaient; on échangeait communément d'ignobles vocables comme fur, fîlius meretricis. Kt naturellement on n'en restait pas toujours à ces aménités verbales: on en venait aux coups, on se prenait aux cheveux (capillatio), on se roulait à terre; souvent même épées et poignards sortaient du fourreau, et l'on ne tenait aucun compte de la défense à plusieurs reprises renouvelée de porter des armes. Les barbitonsores pansaient les blessés. Nous avons vu que les maîtres euxmêmes n'étaient pas à l'abri des outrages et des voies de fait des étudiants. Les Acta Rectoralia abondent en longs comptes-rendus de ces bagarres sanglantes. Fort souvent aussi la question d'argent faisait naître des conflits; tailleurs et cordonniers n'obtenaient pas facilement ce qui leur était dû. On avait au moyen âge la conscience beaucoup plus large qu'aujourd'hui à ce sujet; on allait jusqu'à voler» jusqu'à s'approprier le bien d'autrui avec la plus aisée désinvolture; les livres et les pelisses surtout étaient l'objet des convoitises et donnaient lieu à des milliers de procès.

Parfois les combattants se rencontraient dans la rue, malgré les mesures les plus sévères contre les étudiants qui, la nuit surtout, vagabondaient par la ville. Les documents racontent une foule de rixes à issue sanglante; on lançait en outre des pierres dans les fenêtres des bourgeois qui, de leur côté, ripostaient avec des flèches i); les longues séances au cabaret ne faisaient que jeter de l'huile sur le feu. Les sources anciennes sont fort sobres de renseignements sur les amusements des adolescents; il est probable qu'on n'y attachait aucune importance et qu'on n'en sentait nullement le besoin. Aussi l'ardeur des jeunes gens ne trouvant pas à se dépenser dans des distractions permises, s'épanchait en pugilats et en injures. Certains jeux, les dés, les cartes, étaient réprimés comme ludi inhonesti. En 1505, le recteur punit un maître et un bachelier pour avoir joué ensemble*); en 1529, le recteur blâme l'étudiant Mathias de Piotrkôw qui s'adonne passionnément au jeu... in superfluo lusu cartharum et taxillorum '). Les outrages aux bonnes moeurs sur lesquelles l'université étendait toute sa sollicitude, banissant les femmes des maisons habitées par les maîtres et les étudiants, sont rarement notés dans les actes rectoraux*); le nombre des délits de ce genre est presque insignifiant en face de la multitude des autres.

Parmi les jeunes gens se formaient des partis et des antagonismes. Les bourses, souvent sur le pied de guerre entre elles, alimentaient certaines rivalités, certaines aversions provinciales. Les Mazoviens en particulier eurent fort à souffrir de ces haines absurdes. Ils passaient, d'un côté, pour simples d'esprit, de l'autre, pour intrigants. Dès le XV-e siècle, la verve d'un poëte s'exerça à leurs dépens dans un Carmen Zaphicum ayant pour sujet Qualis naturalitas

M Acta Rect. 2569.

») Ibid. 2029.

') Ibid. 2956.

*) Ibid. n. 797.

Morawski. III. 16

Mazovitarum *). Il y est écrit que les Mazoviens naissent aveugles, qu'ils sont inépuisables en fourberies, qu'ils volent et se souillent de toutes les vilenies. Une autre épigramme du temps ne les épargne pas davantage

Dico vobis rite, fugite oonsortium Mazovite Quia fraus et invidia régnât in Mazovia').

Ces préventions eurent un écho à Tuniversité. On y tourna en dérision les Mazoviens, on les appela scrofae mazovianae^); on se moqua de leur langage, et, à la bourse des pauvres, «Mazoures» et «Polonais» en vinrent aux mains. Ces derniers, courant de chambre en chambre demandaient si Judas n'avait pas porté la foi aux Mazoviens et en même temps raillaient les dénominations étranges des voyelles mazoviennes*). Les rapports s'envenimèrent au point que le tribunal du recteur dut intervenir. On aura une idée de la réputation qu'avaient les Mazoviens par le tait suivant: en 1558, lorsqu'on voulut transporter à la bourse des philosophes les quelques habitants de la bourse hongroise dissoute, les Hongrois refusèrent de profiter de cette faveur, «car, dirent-ils, il n'était pas possible à des airneaux de vivre, inter lupos Mazovitas« ^).

Toutefois les inimitiés provinciales étaient loin d*ètre aussi graves que les discordes entre nations. Dans les universités où il y avait des représentants de plusieurs pays, des c»jllisi()ns se produisaient souvent, et à Prague

». Cod. bibl. jag. 2036.

'j Monuiii. Vo\. V, 1010. Mazovita interpretatur quasi malarum accionurn zclator, odiens veritatem iramque tenens amarissimam.

'i Acta Kect. KW).

*) Cctto langue rnazovicnne fut souvent ridiculisée, entre autres daii'î It's uiiiviTsaux hninorisli(iuos publiés par Hol. Erzepki, dans les Annab's de la Soriélc dos ainis d»'S Sciences. Posen XXI. Voir ibid. Wli. (> c.)!!!!!! est raconté dans les Acta Kect. 2189—2191. En marge un Mazovi.'U a nii^ à cntè des paroles attribuées aux Mazoviens: ceci a ete ccrii par un liellV* coipiin. un menteur, un traître. Sehrauf, Uegestium bursae Hiingar. p. 35.

les choses en vinrent au point de provoquer ce fameux exode des étudiants étrangers. Ces luttes internationales avaient lieu à coups des poings, mais aussi à coups de plumes. Elles donnèrent naissance à quantité de chansons satiriques, d'épigrammes courant de bouche en bouche, colportées d'endroit en endroit, affichées sur les murs. Les Tchèques formulaient contre les Allemands d'amères invectives:

Teutonici sunt nati, venerunt de culo Pilati, Bohemi sunt tristi, venerunt de corpore Christi.

Le latin est à la hauteur du fond de ces compositions poétiques. D'autres chants d'étudiants déchiraient les étrangers venus à Prague, et les Polonais d'ordinaire étaient traités de voleurs dans ces couplets agressifs:

Hos attingit Hungarorum Natio crassorum morum Rudis atque barbara.

Infra illos sunt Poloni Ad furandum valde proni Et Lithuani pauperes.

Marcomanni et Bohemi Sunt haeretici blasphemi Madidi Austriaci*).

Ces hostilités ne se manifestèrent pas à Cracovie aussi violemment qu'à Prague, mais n'en existèrent pas moins. Il était aisé de se quereller avec les Hongrois fort nombreux et au tempérament de flamme. Aussi échangea-t-on force horions 2); en 1507, les Hongrois sont accusés d'avoir roué de coups un Polonais; ceux-là allègent à leur décharge que c'était la fête des Innocents, et que ce jour là il est d'usage en Hongrie de battre les garçons. Néanmoins

*) Voir Tadra, Kulturni styky Ôech s cizinou (Prague 1897), p. 387, 391.

') Acta Rect. 2131 (an. 1507) 2318 (1515).

le recteur les admonesta et leur fit observer qu une telle conduite était inadmissible à Cracovie. On affichait sur les portes du collegium de la bourse hongroise et en d'autres lieux de cruelles diatribes contre les Hongrois. En 1522, un bourgeois cracovien, Jean Medyk, apposa des pamphlets de ce genre sur les murs de la bourse hongroise, sur les portes de la chapelle des Hongrois à l'église S. François et dans d'autres églises^). Enfin le tribunal mit un terme à cette lutte littéraire qui battait son plein au commencement du XVI-e siècle; alors les antagonismes nationaux s'accrurent à un tel degré qu'ils détournèrent de Cracovie les étudiants étrangers.

Nous avons déjà dit que vers la môme époque les Allemands commencèrent à ne pas se sentir non plus en sûreté à Cracovie. C'était cependant depuis longtemps qu'ils avaient eu maille à partir avec les Hongrois*) ou les Fol(3nais. En 1474, un certain Bernard de Lubiszow, gentilhomme étudiant, demeurant à la bourse des riches, se présenta armé devant la bourse de Jérusalem, provoqua les Allemands qui y séjournaient, les appelant nCodriania, juifs, hurlant la chanson où il était prétendu que les Allemands descendaient de culo Pilati, et joignant à cette grêle d'injures, une lîfrôle de pierres dans les croisées du bâtiment^). Do ce Tait il fut cité par le senior de la bourse devant le tribunal rectoral. Ces violences prirent fin par une lente mais progressive désertion des Allemands, qui se font de plus en plus rares dans le registre matricule universitaire au commencement du XVI-e siècle, pour disparaître plus tard à peu près complètement II y avait, il est vrai, à cet abandon de l'école jagellonienne, des motifs plus sérieux, comme, par exemple, la Réforme; néanmoins

». AcU Hoct. ir>97, 1705, 2:^37.

' Ibi'.l. IMK) (;in. M'J3 .

*■■ Ibiil. 31G. l'odriiis, Codrianiis est l'équivalent de gueu3L En r.-alitf 1.' t'o'lrianus .«tait le boursMT pauvre; cette dénominatioii

sôt*»n(iit à tou^ h's boursi»»rs i*n grénéral.

les susceptibilités froissées ne contribuèrent pas peu à creuser un fossé entre les deux nations qui naguère puisaient de concert à la même source du savoir.

Les bourses avaient donc pour but le maintien de Tordre parmi les élèves de Técole, ordre auquel, d'autre part, veillaient les autorités universitaires et, en premier lieu, le tribunal rectoral, — ut ordo debitus et rigor ordinatus... per scolares iugiter observetur. Le document érectif de Jagellon, aussi bien que les actes de fondation d'autres universités, précisait et confirmait la compétence de cette juridiction. »Nous voulons, y lisons-nous, que les écoliers venus à Cracovie pour y faire leurs études, aient un recteur qui soit leur juge dans les affaires civiles et ait iurisdictionem ordinariam sur eux tous qui, par serment, lui jureront obéissance et respect. Et que personne, en quelque affaire civile que ce soit, ne s'avise de citer les étudiants de Cracovie, à quelque classe qu'ils appartiennent, devant un juge étranger, soit clerc, soit laïque. Nul ne pourra faire appel, ni être exonéré de la sentence du recteur; nul ne pourra par voie de pétition tenter d'obtenir restitutio in integrum; au cas où l'on en appellerait, l'appel ne sera point admis, et l'appelant ne pourra être entendu par aucun juge religieux ou séculier; le jugement prononcé par le recteur restera toujours exécutoire, sans aucune restriction. Toutefois si ce jugement paraît inique ou irrégulier, les consiliarii de l'université auront à en apprécier la teneur, et à prononcer en dernier ressort. De plus, le dit recteur connaîtra des délits et légères contraventions criminelles des étudiants, comme, par exemple, lorsqu'ils se seront pris aux cheveux, frappés à coups de poings jusqu'à effusion du sang, ou pour toute autre batterie sans conséquence très grave; et pour ces fautes, \n les étudiants, ni leurs compagnons, ni leurs domestiques ne pourront être cités, ni comparaître devant extranea iudicia. Si toutefois — ce dont Dieu garde — un étudiant ou toute autre personne ci-dessus désignée, est saisi en

-. 1: L^aUi

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flagrant délit de vol, d'adultère, d*outrage aux bonnes moeurs, d'assassinat ou de tout crime énorme et infamant^ il ne sera pas déféré à la juridiction rectorale; mais si l'accusé est clerc, il devra comparaître devant l'évèque, s'il est laïque, devant notre tribunal royal «.

Telles sont les stipulations principales de l'acte de Jagellon. On y difl'érencie donc le civil et le criminel, Teoclésiastique et le séculier. C'est le recteur qui sera le juge incontesté de l'université et de ses membres pour la plupart des actes prohibés dont ils se seront rendus coupables Cependant l'université comprenant une multitude de corporations, à côté de ce pouvoir judiciaire du recteur se trouvaient d'autres compétences qui, conjointement avec l'autorité rectorale, avaient pour mission de garantir le bon ordre dans le champ de leurs attributions, et, par conséquent, indirectement à l'université. Il existait donc des »iudicia domestica«, appelés à juger des causes et des différends surgis dans telle ou telle institution; on pouvait en appeler de leur jugement au recteur. Cette juridiction intra muros était attribuée aux préposés des collèges *), aux seniors des bourses-), qui, de concert avec les consiliarii élus parmi les boursiers, jugeaient leurs administrés; en cas de conflit entre les boursiers et leur senior, le proviseur intervenait*^), c'est-à-dire le professeur qui avait été désigné par ses collèijfues pour administrer les fonds de la bourse, avoir la haute main sur le senior, procurer à l'institution tout ce dont elle avait besoin pour vivre et fonctionner. Ces dispositions avaient pour but de ne rien laisser transpirer au dehors de ce qui se passait dans la bourse — ne causae nxosae et litigriosae in domo exortae ad extra volarent, sed in domo consopirentur. Ainsi s'étouffaient dans l'enceinte» môme ou elles s'étaient produites et dont elles

') A et a rpct. 788.

'i Ibiil. 3057.

•i Ibid. 1325 et 31 U.

avaient troublé la paix, les discussions et les injurieuses offenses.

Nous avons encore à parler de la juridiction des conservateurs de Tuniversité. Cette charge fut créée pour assurer au studium un gardien permanent de ses droits, de sa liberté, de ses propriétés et privilèges. Jagellon la confia, en 1400, à l'évêque de Cracovie^). En 1410, Jean XXIII institua trois conservateurs: les doyens des chapitres de Gniezno, de Cracovie et de Breslau*). Le doyen de Cracovie, par la nature même des choses, était principalis conservator, étant mieux placé que tout autre pour bien remplir cette fonction. Néanmoins, il fut plus tard remplacé par Tabbé de Mogita. Ce dernier est, dès 1429, investi de cet emploi qu'il conserva depuis*). On pouvait, à ce qu'il semble, en appeler à ce conservateur des sentences rectorales rendues en certaines circonstances*). Mais il était tout spécialement désigné pour connaître des affaires dans lesquelles Tuniversité ou l'un de ses membres avaient été lésés dans leurs droits ou dans leur avoir. Le plus souvent le conservateur se substituait un sous-conservateur qui conduisait l'instruction des procès et les jugeait ordinairement. Ce dernier était toujours un maître de l'université.

Comme il était de la compétence du conservateur de citer des personnes habitant d'autres villes et d'autres diocèses et prévenues d'avoir nui à l'université ou à ses membres^), l'autorité de ce fonctionnaire était assez étendue. Elle le fut même parfois avec excès et arbitraire, au point qu'elle amena de graves conflits, et notamment avec les Hongrois. Si, en effet, un étudiant cracovien avait procès avec un Hongrois, il s'adressait au conservateur et faisait

Cod. univ. crac. I, 29.

-) Ibid. 8i.

') Ibid. 165.

*) Acta Rect. 2288.

*) Cod. univ. crac. I, 166.

citer son adversaire qui, au cas de non comparution, était jugé in contumaciam par le conservateur. La ville de Kaschau, ainsi qu'en témoignent des actes parvenus jusqu'à nous, eut bien des fois à subir cette juridiction ^). Il arriva même que les marchands cracoviens revendiquèrent leurs créances hongroises par la voie universitaire. Plusieurs de ces affaires traînèrent en longueur pendant tout le XV-e siècle, à partir de 1417 *). Les Hongrois protestèrent vivement contre ces procédés; en 1422, le roi Sigismond combat cette «prérogative» de l'université; en 1446, ce sont les »praelati, barones, nobiles et proceres regni Hungariae<c qui réclament; enTin, en 1454, le roi Ladislas se refuse à reconnaître cette juridiction en vertu de laquelle «certaines personnes, aussi bien étrangères que sujettes de la couronne hongroise, et principalement les écoliers faisant leurs études à Cracovie.. . citent à comparoir des citoyens hongrois hors de leur pays, et, en particulier, devant l'université de Cracoview. A ces privilèges, prétendus papaux, de Tuniversité on opposait la loi hongroise niant à tout tribunal étransjrer le droit de jutrer un habitant du royaume. Le tribunal universitaire fut donc la cause de différends internationaux. Mais la juridiction des conservateurs commit des abus criants, s'il est vrai qu'un individu n'appartenant pas à l'université put s'inscrire au registre matricule pour taire protéirer ses propres intérêts par ces juires ('X(!(»ptionnels. L'archevêque .lean Laski se montra fort mécnnt(MU de ce (jue les conservateurs se fussent per-

) M. rrj'.lrric Pajx'O a !<» proiniiT fait rtMiianjuer ce fait dans s('> Nohs ^iir h»^ Ari'lîivcs honi^i'oisi^s Aroh. de la Commission d'histoiiv h, if.'i . i/adiuinistralioii li^s aivhivcs a bii-n voulu communiquer c»'s aei'-^ à railleur.

■ «'«'tto m.-inr anii.-t' |'iam;.)i< Crcys^'wicz. dôlt'^uô par le doyen df Crat'oM.'. l'iir ad ni^laiitiaiii . .. < u'orixii I M'briiij^er. étudiant de CiMcovu.', ('ath'TiiH' l»()r<tin ♦• Ka-(diaii. «*t prnnuiiot' contre cette derni«T«' u:i |iiLr»'ir.''iil par l'.i'laut. (iooririn^ I)i»l)riiigi»r de Casschovia s'iiiscrivii à riiiuvrrsiti- «mi 1»17. Voir Album 1. \k 40.

Jr

mis de citer des gens de son diocèse et d'ailleurs. Aussi, en 1522, se décida-t-il à mettre la question au clair, à limiter la juridiction des conservateurs, à en préciser les attributions. Zelo non bono contra universitatem concepto — rapportent les conclusions — voluit et nitebatur conservatoria privilégia... destruere et provinciam ab ea(sic!)purgare. Néanmoins le studium ne manqua point de défendre ces prérogatives. En 1523, les plaintes s'étant renouvelées et ayant été portées aux pieds du roi, avec l'assentiment de l'université et du primat, fut instituée une commission à TefTet d'examiner Tafiaire avec soin. En faisaient partie Jean Chojeriski, Pierre Myszkowski, Stanislas Biel, Jacques d'Arciszew et le recteur de l'université. Il en résulta que dorénavant ne pourraient faire usage de l'intervention des conservateurs que les personnes actu laborantes à l'université et les étudiants. Il ne serait point permis d'y avoir recours aux personnes autrefois gradées ou incorporées, non plus qu'à celles qui prendraient de fictives inscriptions à l'université^).

Laski qui ne voyait pas d'un bon oeil l'ingérence d'autrui dans son diocèse et qui, en qualité de primat et de légat, aimait à empiéter sur les droits du prochain, contribua à régler la situation. Le »zelus« fut-il en cette occasion malveillant? Nous ne saurions le dire. Il est certain toutefois, et facile d'ailleurs à comprendre, que les susceptibilités du prélat froissèrent l'université.

Le tribunal rectoral lui-môme donna lieu à plusieurs contestations. Le décret de Jagellon était, il est vrai, fort

') Voir Conclus, un. 1523. II est ajouté: item praefati domini etiam invenerunt, quod neduni pro bonis universitatis, vcrum etiam pro privatis patrimonialibus bonis seu personalibus taies manentes circa universitatem possunt uti illo conservatorio, tali tamen sub moderatione quod prius taies a dominis tcmporalibus sive spiritualibus sive saecularibus quibus talia subsunt bona, quaerere dehent eis administrari iustitiam etiam cum intercessione per litteras ad eosdem rectoris.

■JI.UM- Hd ^

explicite, et définissait exactement la compétence des divers tribunaux. Mais, malgré tout, on en vintà des discussions et à des mises en question; on éluda la juridiction recto-, raie, même dans des afîaires qui lui appartenait de droit et on les porta devant d'autres tribunanx — aliéna fora — au mépris et au détriment des privilèges de l'université — in enervationem iurium universitatis. D'ailleurs, les limites entre la compétence épiscopale ou offîciale et celle du recteur étaient loin d'être rigoureusement tracées. Souvent le recteur renvoyait à l'official une afîaire où il s'agissait de choses touchant à l'église, se déclarant incompétent — quod non pertinet ad eum iudicare de rébus ecclesiasticis ^). Au surplus les clercs étudiants, à rencontre des statuts prescrivant de soumettre leurs causes civiles au tribunal rectoral, excipaient de leur caractère ecclésiastique pour s'exempter de la juridiction du recteur*). De là des conflits, des rémissions d'un forum à Tautre; et ces hésitations portaient une grave atteinte à la discipline ainsi qu'à l'autorité de l'université.

Le rector jugeait en général avec l'assistance des consiliarii, pris parmi les maîtres^). Si, seul, il avait rendu une sentence, on pouvait en appeler d'abord à ces consiliari; de ceux-ci, en troisième instance, à l'université, ou plutôt aux doyens, ses représentants*). Le recteur alors s*adjoignait les doyens des facultés de théologie, de droit canon, des arts; ce tribunal examinait à nouveau le procès pendant et y donnait une solution^).

*) Acta Uect. 8i, 569. Dans le statut de Dobrocieski de 1604 lArch. pour l'hist. do la littér. II, 377), il est expressément dit: si causa fuoril intor professoros boneficiatos, ad episcopum Crac recurri

débet iuxta privilegiuni Vladislai régis.

') Acta Kect. 1379-2907.

') Ibid. 2311.

*) Ibid 2312.

••) Ibiii. 1702: domiiius... convocatis decanis triuin facultatam, tht'ol., c-aiii»!!. et art., ati «pu)^ linalitor pertinet omnes différencias par appellaiioiieni dovolutas deterniinare.

Les peines étaient le plus souvent pécuniaires; on en évaluait le montant d'après la gravité du délit; l'échelle d'appréciation comportait quantité de degrés et de détails; parfois on jetait l'excommunication; rarement on sévissait jusqu'à la prison. Quant aux punitions corporelles, elles n'ont jamais été infligées dans les universités du moyen âge; c'est avec la renaissance du classicisme qu'ont apparu les verges dans les lectoria académiques ^).

En lisant les actes disciplinaires de l'école cracovienne on n'est aucunement autorisé à en tirer des conclusions pessimistes pour la moralité des jeunes gens qui y fréquentait alors, et la comparaison avec notre époque ne leur saurait être défavorable; mais on est cependant frappé par les explosions de juvénile vivacité de ces étudiants qui passaient, avec le plus rapide emportement, des paroles aux coups, de ceux-ci aux couteaux. La férocité, la grossièreté des maîtres et des élèves nous étonnera encore. La civilisation n'a pas détruit le mal sur la terre; mais elle en a adouci les formes: à côté de la morale et du droit, elle a placé le décorum, frein efficace du vice, il est vrai, mais aussi, voile commode et spécieux sous lequel il se cache. Car la civilisation joue plus souvent le rôle de maître de cérémonie que celui de régent des moeurs.

^) Hashdall, The universities of Europe II, 2, 610.

Les grades universitaires.

But des études au moyen âge. — Carrière ecclésiastique. — Etadiantt

temporaires.

Grades à la faculté des artistes. — L'examen du baccalauréat et set conditions. — Occupations des bacheliers. Leurs études. Les grades

supérieurs: la licence et la maîtrise.

Les élèves moins nombreux aux autres facultés. — Les bacheliers en nn'decine. — Leurs fonctions; pratique restreinte. — La licence. La première promotion au doctorat en médecine à Cracovie en 1627. Les grades à la faculté de droit. — Longue durée des études théologiques. — Premier grade: Cursor. — Sententiarius. — Baccalaureus fonnatus. — Licentiatus et magister. — La maîtrise en théologie est

fort rare.

Coniirtnalion des grades obtenus dans d'autres universités par Tuni-

versité de Cracovie.

Il est évident que l'unique devoir de l'université ne se bornait pas au contrcMe et à la surveillance de la jeunesse: elle devait on outre encourager, exciter ses élèves à proîirresser dans la voie du savoir, et les soutenir dans leurs travaux. C était là le but principal des studia: ensei- L^'iH'r, répandre la sci(;nce dans les esprits des auditeurs pressés autour des chaires des maîtres. C'est pour .s'instruire qu'on entrait au eoUeirium, quoique en vérité les intentions fussent fort diverses, et diverses aussi les façons de les faire aboutir. Les uns bornaient leurs désirs à des con-

naissances superficielles, élémentaires, et se contentaient d'un minimum très accessible; d'autres, au contraire, animés des plus larges ambitions songeaient à pénétrer tous les arcanes, à conquérir tous les grades. Ces grades n'étaient cependant pas indispensables pour vivre; mais une certaine instruction et, à plus forte raison, un grade universitaire constituaient de sûres recommandations pour l'avenir. L'université était le grand vestibule conduisant à l'église, et l'église, à cette époque, ouvrait la porte aux plus hautes carrières. Aussi pour y arriver, devait-on passer par l'université. On y entrait pour devenir prêtre, ou tout au moins pour obtenir les ordres mineurs, afin de se faire une position, de gagner un bénéfice ^). Maîtres et élèves n'avaient pas d'autre dessein: les uns étaient déjà pourvus d'une prébende ecclésiastique, les autres la poursuivaient. Par là s'explique le caractère ecclésiastique des universités médiévales, leur vestitus clericalis, que portèrent réellement les élèves, mais dont furent aussi revêtues les universités, dans la signification figurée de ce terme. Sans doute tous les écoliers ne recevaient pas les ordres, môme mineurs; sans doute tous ne devenaient pas prêtres. Mais le fait seul de l'inscription les rapprochait de l'Eglise, les entraînait, devait forcément les entraîner vers le service sacerdotal; et leur costume leur rappelait qu'ils faisaient partie de la milice du Christ, dans laquelle il fallait être soldat ou tout au moins mercenaire. Cette pensée de solde et de carrière future poussait beaucoup d'étudiants à recevoir les ordres. Aussi les statuts de Vienne appellent-ils la communauté universitaire clerus universitatis; à Rostock les étudiants sont nommés demi-prêtres — Halfpapen '). Quant à Cra-

') Sur l'accès ouvert par les studia aux dignités ecclésiastiques voir Emile Michael S. I. Geschichte des deutschen Volkes etc. II, p. i:35 et suiv.

') Voir Paulsen dans la Hist. Zeitschrift 45, 404. Au sujet des rapports entre les écoliers et le clergé voir Rashdall, The universities of Europe II, 2, 644. C'est avec raison que cet auteur remarque

covie, Tomicki écrivait encore en 1534: il y a peu d'étudiants chez nous, qui ne soient clercs et n'aient été consacrés *;.

Four la plupart des étudiants s'inscrivant à Tuniversite, ridéal à réaliser était d'appartenir à l'Eglise et par là, d'acquérir places et dignités. 11 y avait des exceptions: les fils de grands seigneurs venaient à l'école pour s'y polir, s*y instruire, s'y frotter de connaissances quelconques: noblesse oblige. Les circonstances, le cours de la vie interrompaient aussi les études d'une foule de jeunes gens. Beaucoup d'entre eux en effet remplissaient mollement leurs devoirs, et, après avoir traîné quelque temps sur les bancs, abandonnaient l'école sans en avoir tiré de profit appréciable. C'est surtout à la faculté inférieure, celle des arts, que tous les ans se pressaient des nouveaux-venus qui ayant à peine goûté à la coupe du savoir s'en détournaient désenchantés et rentraient dans le monde pour s'y faire un chemin par d'autres moyens. Plus d'un ne pouvait supporter longtemps les entraves des règlements universitaires, et, après un bref passage à Técole, revenait à la chère liberté, ou bien s'en allait convaincu vqu'il en savait as.sezw, comme le prétendait le père de Nicolas Rey après la première année d'études de son fils. D'autres étaient ennuyés |)ar »ces études épineuses et embrouilléesc, et. avides d'indépendance et d'action, s'empressaient d'échanfrer les sept arts libéraux pour des occupations plus libérales. Dès le Xll-e siècle on opposa aux sept arts pratiqués par le clerc les septem probitates du chevalier, telles que monter à cln;val. nacrer, tirer de l'arc, boxer, chasser, jouer aux échecs, écrire des vers. Et ils n'étaient pas rares ceux

que le rif^ri^é \nU)ri(i\ir no sortait pas de l'université; il était c^mpo-«- fl«* L^cns à instniction rudimcntaire n'ayant pas passé par Tuniv<M«'it*'. on n'y ayant pu^^st* (juc ((iii'lqiie tomps sans y conquérir aucun «.^radcî.

') Ms. Cznri. 273. 443. Pauci apud nos sunt scholares, qui non suit cl»»rKM Ht sacri«; initiati.

qui ayant goûté aux subtilités et aux abstractions dont l'université nourrissait ses élèves, se sentaient attirés de préférence vers ces probitates.

Oxoniam multi veniunt redeunt quoque stulti, chantait-on au sujet des étudiants d*Oxford; on aurait pu en dire autant de ceux d*ailleurs, sans en excepter Cracovie.

Par contre, ceux qui avaient le ferme dessein de travailler et de conquérir des grades, devaient répartir leur tâche en plusieurs années et se conformer aux exigences, aux conditions imposées par l'université. La besogne était énorme, elle était aussi variée: les leçons alternaient avec les exercices, et, dans ces derniers, on pouvait faire étalage de son talent et de son savoir. Fort peu de récréations, mais en revanche quantité de fêtes; les cérémonies religieuses, les processions, les sermons étaient en somme des heures de loisir accordées aux jeunes gens: ils rompaient la monotonie grise et terne de la vie scolaire. Sans compter les vacances, dont nous parlerons plus tard, il y avait beaucoup de jours fériés, festivitates, dies non legibiles, sans cours. A Toulouse, ces chômages où à la place des leçons on écoutait un sermon, étaient au nombre de 93, de 92, à Angers ^). A Cracovie, peu après 1400, on désigna une multitude de fêtes, de vigiles, pendant lesquelles leçons et disputes seraient suspendues à la faculté des artistes*). A cette faculté le cours des études durait de trois à cinq ans. Après une année, après deux à Cracovie, le candidat pouvait demander à subir le premier examen pour l'obtention du grade le moins élevé, le baccalauréat. Ces examens avaient lieu quatre fois l'an, avant les quatre-temps, c'est-à-dire au commencement du carême, à la Pentecôte, en septembre et en décembre'^); et malgré qu'une ordonnance eût plus tard réduit à deux ces termini*), en pratique

*) Kàmmel dans Schmid, Geschichte der Erziehung II, 429.

'l Muczkowski, Liber Promot. XXI.

«) Ibid. VII.

*) Ibid. XXXVIII.

If ■— - •

et cela même jusqu*à la fin du siècle, on conserva Tancien usage. Dans cet examen l'étudiant devait justifier de la connaissance des sciences appartenant au trivium: la gram* maire, la rhétorique et la logique; prouver qu'il était initié à la doctrine dialectique d'après Aristote ^). Le candidat devait en outre faire constater qu'il avait assisté aux leçons et exercices obligatoires pour cet examen, gradum baccalariatus concernentes *); il n'était admis que s'il avait entendu chaque jour deux leçons «concernant ce gradée *). Néanmoins il y avait parfois des exceptions; mais on exigeait que le jeune homme eût au moins trois fois par semaine fait acte de présence aux leçons et exercices*). De plus, il était tenu de fournir le témoignage qu'il n'avait pas omis les exercices considérés au moyen âge comme le pivot des études: les disputes; car si l'étudiant doit être instruit, il doit aussi mettre à profit son savoir; et c'est pour cela que dans le semestre qui précédait l'examen du baccalauréat, les étudiants assistaient à la disputatio ordinaria du samedi, tournoi dialectique entre maîtres et bacheliors, et prenaient part à trois disputes de suite *). A côté des maîtres posant une thèse avec arguments et les bacheliers n^spondentes, discutant ces arguments, les élèves, pour se faire la main, jouaient aussi un certain rôle dans les disputes "^j. Tout impétrant devait donc faire certifier qu'il avait à plusieurs reprises répondu (respondere) dans les disputes ordinaires et même dans les extraordinaires^), c'est-à-dire celles (jue les maîtres nouvellement promus

M Muczkowski, Lib. Promot. XIII.

') Ainsi fi'»»xprime la côdule dans Muczkowski, ibid. p. CXLI.

') Ii)i.l. XV.

*) li.i.l. VIII.

^1 IIh'1. X\"II ("«*st ainsi, croyon.<-nous, qu'il faut interpréter la pretcripiioii de c«'s tr<)i< ilisjiuit"^ d».- suite, par analogie avec d^autres nniversj!.'-.

•• Ibi.l XXXI.

•^ li.hl. VIII.

étaient obligés d'organiser et celles qui avaient lieu le soir ou pendant les vacances sous la direction d'un bachelier*).

Ainsi préparé et armé, l'écolier se présentait devant la commission désignée pour Tinterroger. Nous ne décrirons pas en détail les cérémonies de cet acte. Il se composait de plusieurs épreuves, commç du reste dans les autres universités-). La promotion (primae laureae) n'allait pas sans entraîner quelques frais. Le candidat payait une taxe dont une partie revenait à la caisse universitaire, l'autre, au doyen et aux examinateurs. Et ce n'était pas tout; il y avait encore d'autres dépenses. L'examen terminé, les jeunes gens conduisaient leurs examinateurs au bain; puis ils les régalaient de vin de Malvoisie et des mets les plus délicats ^).

Ces repas n'étaient pas, il est vrai, obligatoires*), mais ils étaient traditionnels et coûteux, au point qu'on avait ensuite des difficultés pour en acquitter le montant. En 1475, l'apothecarius Paulus réclame en justice à l'étudiant Wrôblewski le payement du souper servi à l'occasion de la promotion de ce dernier; en 1495, une certaine Agnès ^) cite devant le recteur deux bacheliers parce qu'elle n'a presque rien reçu pour leur avoir fourni des victuailles et des ustensiles wad ornamentum mensarum«, à propos de leur promotion, et que, pour comble de malheur, elle a perdu quelques pièces du linge qu'elle leur avait prêté pour ie festin. Les dettes contractées à l'occasion de ces banquets pesaient ensuite de longues années sur les jeunes gens et leur empoisonnaient l'existence^).

') Thorbecke, Geschichte der Univ. Heidelberg I, 72. ■) Muczkowski en donne un tableau étendu se rapportant à une époque pki< récente. Liber Promot. LX.XXVIII et suiv. Thorbecke 1. c.

p. 88 el suiv.

') Muczkowski, Lib. Promot. IX et C.

') Ibid. IX.

') Acta KecL 409, 1736.

". Ibid. 2313.

Morawski III 17

Ce grade, le plus bas de la hiérarchie universitaire, était en <^énéral obtenu vers la vingtième année. Le lauréat de Tépoque possédait à peu près le môme bagage de connaissances qu'un bachelier de nos jours; il était cependant beaucoup plus versé en philosophie, et les leçons, les exercices, les disputes avaient mûri son esprit et lui avaient donné de la souplesse. Un très petit nombre seulement des inscrits annuels à l'université parvenaient à ce premier échelon de la science. On a compté qu*un quart à peine, et, dans les meilleures conditions, un tiers des immatriculés atteignaient en moyenne à ce but. Le reste se tenait à un niveau plus modeste ou s'égarait, se perdait dans la nullité et la paresse. Quelques-uns pourtant essayaient ensuite de se distinguer, sans avoir pour les y aider des distinctions.

Beaucoup de bacheliers se contentaient de ce titre. Il leur ouvrait en effet plusieurs situations. A la tête des écoles paroissiales de Cracovie et d'autres villes on voit fort souvent des bacheliers; un d'eux est recteur scholarum in hospitali, un second, de Técole S. Anne, un troisième dirige celle de Wioliczka, un autre est recteur à Tarnow, un autre, à Bochnia, d'autres enfin à Miechow, Lenczyca et S/ydlow \). Cependant nombre de bacheliers s'adonnaient à des occupations fort différentes: en qualité de répétiteurs ils préparaient aux examens, par les resumptiones et leçons privées dans les bourses-), ou bien ils prenaient comme locataires des étudiants et s'engageaient à veiller sur eux ').

Le bachelier ([ui ne quittait pas Cracovie, trouvant des res>()ur('es dans ces travaux, avait toute facilité pour continuer stîs études, arriver à la maîtrise. Néanmoins ce

M Acta Kcct. 1021, 31,"). 109U. 1626. 3163, 1646, 325. 1750. 2365, 27 1 1. Lr irrimir «les iT()lc<: de Szydïow, Abraham de Piotrkow, 8*apprijpiiM ti-âii(Iiil*>iis<MniMit le iiti-i* de l)achelier, usurpando sibi tituluin [iiTsuiiat» pKjiiioia''; l-- rci-tt.'ur prunonc»* un jugeinenl contre lui.

-) Ar'a \{i-r\. 9i*).

'• litid. On.') ]>• iMch'-Iit-r a piRTOs sibi a parontibus commen* d.ito>; (iTT. un Im l'uiiti'- d.'s L-'ar'MMi-i ad coiisiTvanduni.

titre de maître était beaucoup moins recherché que celui de bachelier. Un vingtième à peu près, un seizième par extraordinaire de la totalité des inscrits passaient maîtres. On a remarqué avec raison que le cours des études universitaires avait des particularités communes avec les corporations. Le bachelier était Tapprenti passé ouvrier, mais ayant encore besoin de se perfectionner, tout en étant en mesure et même en devoir d'enseigner à autrui. Si le bachelier était tenu d'assister aux leçons des cours supérieurs, à prendre part aux disputes du samedi, c'est-à-dire à discuter les arguments avancés par les maîtres, autrement dit à respondere, il avait en outre l'obligation de faire oeuvre personnelle, comme par exemple d'organiser le dimanche des disputes sur le modèle de celles que les maîtres diriLreaient le samedi. Ces actus baccalariorum, où les écoliers sans doute remplissaient le rôle de respondentes, étaient aussi de ces joutes intellectuelles où se complaisait le moyen âge. De plus, pendant la canicule, en juillet et août, les bacheliers devaient faire un cours durant un mois ou trois semaines; de même en carême. C'étaient en quelque sorte des essais d'aptitude, un entraînement pour l'avenir; la plupart du temps on expliquait dans ces cours les compendia des traités commentés par les professeurs. Tous les travaux que nous venons d'énumérer incombaient au bachelier deux années; cela s'appelait »biennium complere in gradu baccalarii« ^).

Ces deux ans écoulés, il était permis de demander à subir le second examen des artistes. Pour y prétendre, il avait fallu approfondir les hautes questions de philosophie, apprendre les plus difficiles traités de logique, la physique, la métaphysique, l'éthique, la politique, l'économique d'après les principes d'Aristote, les mathématiques, la musi(|ue et l'astronomie''*). Comme pour le premier examen, on exigeait

') Muczkowski, Liber Promot. XXIX.

') Ibid. XIII.

■jjcé

que le candidat prouvât quUl avait satisfait à toutes les prescriptions, rempli toutes les conditions. L*examen avait lieu une fois Tan, peu après la Noël. Si on le passait avec succès, on obtenait le jus docendi, autrement dit la licence. Ce droit pouvait seulement être accordé par l'Eglise, c'està-dire par le chancelier de l'université qui, en cette circonstance, se faisait remplacer par le vice-chancelier; et le jour où avait lieu cette solennité se nommait festum Aristotelis').

En dehors des frais d'examen, les candidats en avaient encore d'autres à supporter. Au cours de l'examen, ils donnaient un festin aux examinateurs et aux autres maîtres; ils avaient aussi à faire des présents au vice-chancelier*). Après l'examen, ils invitaient encore les maîtres et surtout leurs examinateurs à un repas appelé prandium Aristotelis. Le doyen en était ))directeur«, comme cela eut lieu par exemple, en 1493, où Paul de Zakliczew, par suite du tapage et des scènes tumultueuses qui souillèrent une de ces ortries, se vit contraint à venir s'expliquer devant le tribunal rectoral').

Parfois les chanceliers de l'université, évêques de Crarovie olVraient dos banciuets pour les licenciés nouvellement créés. Lihanus dans sa Paraclesis nous parle d'un festin, oonviviiim spleiulidissimum, donné au palais épiscopal par Pierre Foinicki et dans lequel les mets — omnigena ferculoruiii edulia — rivalisaient de finesse avec les vins qui mirent en siiiirulière humeur la compagnie. Samuel Ma- (M(*jn\vski suivit plus tard l'exemple de Tomicki. Après la licence restait l'acte suprême, la promotion à la maîtrise. Cétait uni- cérémonie exclusivement universitaire, c'estàdire (|ue c(Mt(» dernière détermination avait lieu peu de temps après la licence, en présence du doyen et de la

• Muczknwv^Ui. LîhiT Prv)MU)t. XXI\'

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