‹ Histoire de l'Université de CracovieChapitre 6 sur 31 · IM.I. CXXVII · texte numérisé non relu

IM.I. CXXVII

= .. Act;i Hoci ir,41.

faculté. Il arrivait d'ordinaire que les licenciés en philosophie demandaient à être promus maîtres aussitôt leur grade obtenu; aucun examen n'était nécessaire, mais il fallait verser des taxes. Dans les facultés supérieures où ces taxes étaient très lourdes, beaucoup en restaient à la licence, trouvant trop coûteuse l'obtention du titre de maître ^). L'acte même de la promotion à la maîtrise consistait en une brève dispute et en la remise par le promoteur de la barrette professionnelle.

Longtemps l'université toléra les repas offerts par les nouveaux maîtres, parce que c'était un antique usage et servait, pensait-on, pro refectione atque consolatione laborantium in universitate. Cependant au commencement du XVI-e siècle, alors que l'école appauvrie ne pouvait faire face à d'urgents besoins, on s'efforça de mettre un frein aux prodigalités inutiles. Il fut décidé que les prandia luxueux seraient supprimés; qu'on se bornerait à faire servir un goûter composé le plus souvent de sucreries, de gâteaux et de vins; en revanche, au festin serait substituée une contribution en argent.

En 1512, sous le rectorat de Mathias de Miechow, on vote une suspension de six années des prandia à l'occasion des promotions de toutes les facultés; par contre, les promus devront verser à l'université vingt florins pour aider à combler le déficit et offrir aux maîtres présenta à l'acte de nouvelles barrettes ainsi que des cirothecae, c'est-à-dire des gants. Cette même disposition établissait aussi des taxes pour les promotions au baccalauréat et à la licence''*); toutefois le festum Aristotelis était maintenu et serait célébré comme par le passé. En 1524, on renouvelle les prescriptions restrictives sur les prandia pour le doctorat, et cela à peu près dans le même sens; plus tard pourtant, en 1531, ce décret est rapporté et les pran-

') \Vint«?r, iivolf na vysokj'ch àkolâch pra^skych (1899), p. 539. ') Conclus, univ. 1512.

dia sont rétablis, »car Tuniversité se trouvait peinée et humiliée à ces promotions où étaient invités divers étrangers, tant séculiers quecclésiastiques, et ces personnacres, après une longue séance à Taula de l'université, sans aucun des rafraîchissements et réconfortants autrefois en usage, devaient rentrer chez eux fatigués, à jeun, et maugréant sans aucun doute contre la ladrerie et la frusralité de l'université *)«.

Ayant subi tous ces examens et actes le jeune homme devenait magister artium regens et legens. Il avait alors à rester certain temps et à enseigner à l'université qui lui avait conféré le doctorat, à faire son biennium d'épreuve. Cependant on s'exemptait assez facilement de cette obligation en demandant des dispenses^). Mais ceux qui s*attachniont à l'école et y commençaient des cours ne comptaient pas en général s'immobiliser dans ce grade phil()sopln({ue. Les maîtres qui passaient leur vie entière à la faculté des arts, comme Stanislas de Sobniow, étaient fort peu nombreux, et ce n'est que dénué d'ambition, de capacité ou do volonté laborieuse qu'on s'y fixait.

Le jeune maître es arts songeait donc aux facultés supérieures et d'ordinaire y devenait élève tout de suite. Certains même, après avoir fmi leurs études philosophiques, parcouraient ensuite tous les degrés de la faculté de droit et do colle de tliéologie. L'évêque de Cracovie, Thomas Strzonipinski, fut reru maître es arts en 1427, docteur en droit (»n 1431, maître en théologie en 1443. Il paraît que son caniaraih\ Jean Domhrowka, consacra de longues années à s'ahnniver de connaissances aux diverses facultés. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que cette application, cette persévérance était peu c»»mnuine.

K\\ Lfénéral c(»lui qui visait à faire des études plus complotas, choisissait uiio des facultés supérieures et n'allait

'i Conclus, iiniv. IVii- i»t \î)'M.

' MiiczUow^ki. Liber Proinot V.

pas plus loin. Avoir passé par la philosophie était considéré comme une bonne introduction aux sciences privilégiées, mais cependant ce n'était pas indispensable. Souvent les statuts exigèrent des étudiants en droit ou en théologie le diplôme de maître es arts. C'est ainsi que les règlements de la faculté de théologie, en 1521, posent comme condition à la maîtrise «cinq ans pa&sés à apprendre les arts libéraux et les grades correspondants» — anhelans proficere in theologia, primum per quinquennium artibus liberalibus et promotionibus in eisdem operam navet operosam ^); cependant nous lisons dans les Conclusiones de 1524 que serait admis à la faculté de théologie et pourrait y prendre ses grades, tel qui n'avait pas été gradé dans les autres facultés. Dans les mêmes conclusions il est encore spécifié que seront admissibles au doctorat canonique ceux qui n'auront pas le titre de magister artium. Quant à la médecine, il fut décidé en 1433 et 1525''), que nul ne serait admis à la promotion, s'il n'était maître en philosophie. Mais dans la pratique là aussi on se départait souvent de l'application rigoureuse des statuts').

Toutefois les dispenses n'étaient que fort exceptionnelles, et l'écolier des deux hautes facultés possédait presque toujours les grades es arts. Naturellement ces facultés avaient moins d'élèves que la première. Dans un mémoire sur la faculté canonique de Leipzig, adressé au souverain vers le début du XVl-e siècle, il est constaté que non seulement la faculté des arts est la plus fréquentée, mais qu'elle constitue à proprement parler l'université. La faculté de droit ne compta jamais plus de cent élèves, et même atteignit rarement ce chiffre. Les théologiens sont rarement plus de six ou sept; il y a de quatre à six mé-

») Archives hist. et lit. (1878), T. I, 74.

') Conclusiones 1525/26.

") En 1536 les Conclusiones affirment que les dispenses et exceptions sont admissibles et Ton se base pour accorder ces allégeances sur la manière d'agir tolérée aux facultés supérieures.

decins, rapporte ce document^). Et dans toutes les universités les proportions sont plus ou moins semblables.

Passons à la faculté de médecine, la plus délaissée. Les promotions, comme d'ailleurs dans les facultés supérieures, y étaient très rares; plusieurs années s*écoulaient parfois sans qu'on y passât un seul examen. D'après le statut de 1433, l'étudiant en médecine à Cracovie devait suivre les cours pendant cinq ans; cette période quinquennale resta plus tard la règle. Dans cet intervalle, il avait à apprendre les ouvrages d'Avicenne, de Galenus, d'Hippocrate et de Rases: ce dernier était considéré comme une autorité canonique en la matière. Les deux premières années, ainsi qu'en témoignent les conclusions de 1525, l'élève écoutait assidûment »lectiones essentiales lectorum ordinariorum«. De plus, il était obligé d'avoir deux disputes — sustentet conclusiones seu respondeat — avec les maîtres de sa faculté. Comme on le voit, ici comme à la faculté des artistes, quoique on y ajoutât moins d'importance, les disputes étaient en honneur; peu après une ordonnance en laissa l'organisation à la bonne volonté ou la convenance des professeurs. Enfin l'étudiant assistera aux cours du bachelier en médecine pendant la canicule et le carême.

Cette préparation achevée, il est autorisé à demander au doyen (h* réunir la commission des docteurs en médeciiie qui lui feront subir les épreuves du baccalauréat L'examtMi passé, le candidat donnera quatre florins de rémunération à ces docteurs, un florin au trésor de l'universito, douze deniers aux appariteurs.

Le bachelier on médecine avait plusieurs devoirs à remplir: d'abord les l(M-ons, (|ui toutefois n'excluaient pus la prati([ue de son art, |)uis, la continuation de ses études. Ces ItM-ons (lu bacbelier avaient lieu à deux époques de l'aiinéc: pt'iulaiit la canicule et le carême; il y expliquait les livres élémentaires, à l'instar des bacheliers — curso-

res — en théologie. Comme nous venons de le dire, il lui était permis d'exercer son métier, mais en se soumettant toutefois à certaines conditions. A Montpellier et, à l'imitation de Montpellier, à Cologne, on limita cette pratique de telle sorte que le jeune médecin, tout en ayant un large champ d'expériences, fût aussi peu dangereux que possible à cause de son inhabileté; on lui désignait tout simplement des localités éloignées àvisiter. ACologne, parexemple le statut ne leur ouvrait que les endroits situés à six milles au moins de la ville. On n'aurait guère pu imaginer de

plus prudentes mesures de précaution et de charité

égoïste.

A Vienne, à Leipzig, on imposait au bachelier l'obligation d'accompagner le docteur au chevet des malades, et de lui servir d'aide ^). Des dispositions analogues étaient sans doute en vigueur à Cracovie. Les bacheliers n'avaient pas le droit de pratiquer sans contrôle, et le statut de 1511 (Conclusiones), promulgué sous le rectorat d'Adam de Bochyn, mettait cent entraves à leur indépendance. Les conclusions de 1525, s'appuyant sur un «statutum antiquum<(, décident »que les écoliers et bacheliers en médecine, pour se former dans leur art, visiteront les malades avec leurs maîtres et même pourront remplacer ces derniers aa cas où ceux-ci les y autoriseraient«. En 1513, le tribunal rectoral voit comparaître Jean d'Ostrzeszow, docteur, et Nicolas de Tuliszkow, bachelier en médecme. Il s'agissait d'offenses et d'injures. Le bachelier avait appelé le docteur «âne élevé en Italie». Il dut rétracter ses paroles, et se vit en outre privé du droit de continuer à exercer^). En mai de Tannée suivante, ces deux personnages sont encore en instance devant le recteur. Nicolas de Tuliszkow, au mépris de la sentence qui l'avait frappé, n'avait pas cessé dv soigner les malades. Jean d'Ostrzeszow l'accusait

»' Ivautïnann, Oeschichte cler deutschon Univ. II, 296. -) Conclusiones an. 1613.

donc d'abus, et l'inculpé allégua pour sa défense qu'il n'avait donné ses conseils et ses secours médicaux qu*à ses parents les plus proches et à ses amis^). Enfin, le 17 juillet 1514, le procès pendant reçut une solution. Le jugement rendu est fort curieux et fort caractéristique. L'université réunie au complet en assemblée générale cassa l'arrêt de suspension, naguère obtenu contre Nicolas de Tuliszkow, et, »eu égard au petit nombre des médecins à l'université de Cracovie«, autorisa le bachelier à pratiquer «in casibus minoribus«, c'est-à-dire dans les occasions où les connaissances d'un bachelier étaient suffisantes. Toutefois, il était recommandé à Nicolas de Tuliszkow d'habere respectum pour un docteur en médecine et notamment pour Jean de Smygel, alors doyen de la faculté. Ces mots whabere respectum« signifiaient sans doute de se faire assister où de demander l'avis de son supérieur*).

Le bachelier ne manquait donc pas de travail. Et ses leçons n'avaient pas seulement lieu pendant le carême et la canicule; il est probable qu'il en faisait aussi aux époques réservées au maître; il y avait en effet grande pénurie de médecins avec tous leurs titres; parfois même ils faisaient complètement défaut^).

Mais si le bachelier voulait acquérir des grades plus élevés, il devait évidemment ne pas négliger ses études, et par conséquent suivre des cours et prendre part en outre à quatres disputes. Après deux années passées dans cette préparation, il pouvait se présenter à l'examen. Le doven et les maîtres examinaient ensuite en conseil les titres, le passé et la conduite du pétitionnaire. Puis, en v(»rtu des statuts de 1483, le doyen et un autre docteur

1 Act;i Hect. n. 2275. Voir 2297.

-I Conclus, univ. 1')! t.

'i Kaufinaïui. (M'schichttî dcr deutschen Univ. II, 295, écrit: In (ier iiHMliciriischpii Facilitât trilt das Uocht d<T Baccalare VorlesungeD zii halini uiid di»' (Miis[»ri'oiuMid»* Ptlicht stiirker hervor, als bei den .Iuri*iU*n.

de la faculté le présentaient au chancelier*); d'après les conclusions de 1525, le bachelier, accompagné du promoteur qu'il avait choisi, se rendait chez le vice-chancelier pour le prier de lui «ouvrir Texamena, et de lui accorder la licence s'il subissait bien l'épreuve. Admis à l'examen, le candidat déboursait deux florins pour le vice-chancelier, deux florins pour chacun des examinateurs; il faisait encore préparer un repas, une «réfection», pour ces maîtres, et un tonnelet du meilleur Malvoisie. Il obtenait la licence dans un acte solennel de l'université, toutes facultés réunies, et s'il voulait se faire conférer le titre de docteur, il sollicitait le recteur de lui assigner un jour pour cette pompe dans l'aula. Là avait lieu la dispute et l'éloge de l'art médical ainsi que de la faculté, en présence de tous Jes maîtres de toutes les facultés conviés à la cérémonie. Puis il distribuait des gants aux maîtres, donnait trois florins au trésor de l'école, un marc aux appariteurs. Après avoir reçu les insignes du doctorat, il invitait à un banquet toute l'université.

Ce règlement précéda immédiatement la première promotion au doctorat en médecine à l'université de Cracovie. Jusqu'alors le studium jagellonien n'avait produit que des bacheliers, ou tout au plus des licenciés. Personne n'avait acquis le grade suprême, car la faculté était médiocre et peu nombreuse, et personne ne s'était soucié de cette haute distinction. Ce premier acte dont nous parlons fut célébré avec le plus grand apparat, le 28 février 1527, sous le rectorat du médecin Luc Noskowski. Il y avait trois candidats: Adam de Brzezie, Nicolas Sokolnicki et Simon de Szamotuly. La grande salle du premier étage, appelée aula au Collegium maius, fut décorée de magnifiques tentures, empruntées pour la circonstance; tous les maîtres de l'université et tous les échevins de la ville y furent invités.

On commença par une dispute entre le promoteur

*| Annales de la faculté de médecine I, 58.

et les candidats: ensuite ie promoteur prononça un discours à la louaniie de la médecine et de la philosophie et appela en chaire les candidats pour leur remettre les insigrnes du doctorat. Fuis les jeunes docteurs prêtèrent serment répétant la formule lue par un appariteur. Après avoir fait des présents au promoteur, Sokolnicki se fit l'interprète des remerciements de ses collègues; après quoi tout le monde se rendit à léfflise S. Anne pour y chanter Thymne de S. Ambroise. Enfin on accompagna les docteurs à leur demeure: il n'y eut ni festin ni distribution de gants, car en considération de la nouveauté de cette fête, on déchargea les candidats de cette libéralité *).

Nous n'avons que des renseignements fort défectueux sur les ijrrades et la marche des études à la faculté de droit; car quelques lignes disséminées dans les conclusions et le statut de ITU^ qui, en bien des points, il est vrai, consacre »les anciens usages et règlements*, sont les seules sources où nous puissions puiser, et encore dans ce dernier statut y a-t-il quantité de généralités. L'étude du droit durait plus longtemps que celle de la médecine: huit ans à Krfurt. sept à Vienne. Au bout de trois années, on se présentait au baccalauréat. Le premier examen, le tentamen, avait pt)ur but de reconnaître si le candidat possédait toutes les conditions exigées; venait ensuite l'examen proprement dit. OU fdutôt unt* ct^nlerenco t'aite par le candidat sur ct-rtaines t[uostitnis do droit à lui p -sées; il devait les expliquer int.Mii.»ntor et niagistraliler-), répondre aux interr'»gati«»n^ et arguments des maîtres. Après avoir subi «■es »'*preiives, en vertu de Tarrèté de 1524*), il invitait à SI deterniinati'ii, ce>t à-dire à sa promotion solennelle au i)aer:ilaurt''aî. !♦' rei'tt*ur. tous les docteurs et bacheliers en <lr<»it «-.intm. ]»ui>. <*''t aete aoc«nnpli. h une »honestam

■ X»i;- ■]\-:\< •:•■'.',■ ;.<,•:;: ;:■.:! :.'< ("niiclusioncs de 1527. \ ■• !• ^'.i:!!'.! :'.... :;.' /i- pr: ::,'.»►• .i:in<î lo .Tournai de Droit !>•■; II. \.\I\

«t moderatam collationema dans la »stuba communis«, du collegium juridicum. Cette collation était composée de douceurs, gâteaux et autres friandises; on pouvait s'en dispenser moyennant la somme de quatre florins *).

Le candidat à la licence et au doctorat est tenu «d 'après un antique usage observé dans cette faculté», de débourser 35 florins de Hongrie, qui seront partagés entre le vicechancelier, le promoteur, le doyen et les examinateurs*). C'est le vice-chancelier qui conférait la licence, comme dans les autres facultés; toutefois il était stipulé que pouvait aussi collationner ce grade le procancellariu« de la faculté de droit «laquelle avait autrefois son vice-chancelier« '). Au préalable avaient lieu les vesperiae, c'est-à-dire disputes publiques du soir*). Après avoir obtenu la licence, on pouvait recevoir les insignes doctoraux. Le recteur conviait à cet acte les maîtres et bacheliers de toutes les facultés, qui conduisaient processionnellement le candidat à l'église de Tous-les-Saints, ou au collegium des canonistes, car les promotions se faisaient dans l'un ou l'autre de ces deux endroits. Là, après plusieurs discours préliminaires, on appelait en chaire le nouveau docteur et on lui remettait les insiirnes de sa diornité.

') Chez les décrétistos, comme chez les théologiens, les bacheliers jouaient un grand rôle; c'étaient eux qui en majeure partie faisaient les cours de l'université. Voir Kaufmann, Die Geschichte der deutschen r'niv. I. .S57.

*) Journal de Droit, p. XXX.

') Dans les statuts cités p. XXX, on lit: baccalaureus ad

procanccllarium universitatis, si facultas iuridica suum seorsivum procancollarium n(m habeat, sicut antea habebat... remittatur. Donc après la création du studium à Cracovie le chancelier nommait des vice-chanceliers pour les canonistes et peut-être môme pour toutes les facultés. A Heidelberg, aprè^ quelques tâtonnements et essais, le chancelier nomme en 14-29 les doyens vice-chanceliers, et peu à peu cet usage s'établit. Thorbecke, Geschichte der Univ. Heidelberg I, 66 (Anmerkungon). A Cracovie, au contraire, de bonne heure il n'y eut qu'un vice-chancelier pour toute l'université.

*) Journal de l)roit, p. XXXIX.

Les coutumes et conditions à observer pour Tobtention des grades à la faculté de théologie nous sont mieux connues, car nous possédons en entier le statut de 1521 *). Ce n'était que par extraordinaire qu'on parvenait à gravir tous les degrés de la hiérarchie, car il y fallait une longue application et le doctorat coûtait fort cher. Nous avons déjà parlé des étapes successives qu'on avait à franchir au studium de théologie; examinons-les en détail. Elles étaient fort nombreuses, duraient douze années et même davantage; de sorte que l'on n'en voyait la fin que dans un âge mûr, entre 36 et 40 ans*). A Cracovie il y eut des exemples vraiment extraordinaires d'études prolongées. Mathias de Labiszyn s'inscrit à l'université en 1419 et devient maître en philosophie en 1425; il passe à la théologie en 1427, est bachelier en 1434 seulement, maître enfin en 1446; de telle sorte qu'il traîna vingt-sept ans sur les bancs avant d'atteindre au terme qu'il s'était assigné^). Si Jean Kanty passa quinze ans à la faculté de théologie (1429 — 1443), en qualité d'écolier et de docent*}, Benoît de Kozmin, maître de philosophie en 1525, n'est promu docteur en théoloîzie ([u'en 1553. D'autres sans doute avancèrent plus rapidement; mais la route ne fut jamais courte ni facile. Les statu t^^ de 1521 dressés par les professeurs de théologie Martin d Olkusz t't Michel do Breslau en décrivent le parcours et les relais.

Le jeune homme qui ayant achevé ses études de philosophie entrait en théolot;:ie s'iniiiait d'abord aux Sentences (le Lombard, canons de la dogmatique, et suivait les cours de la faculté: avant de passer bachelier, il avait à travailler t''nerLri(|uement pendant deux ans au moins.

' Aiflnvcs (l'hist. t-t ^\o lit t. I. 7:^ (ôd. Szujskii.

- \'o:r A'l()l[)ht* Franz: I kt M.ii^isttM" Nicolaus Magni de Jawor

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s M. 1 ;«i>i)»' l"iia[<'K, Kiu«K"-- ^ur Thist. tle l'univ. de Cracovie,

' M. i;i:'l»'' I l:.ll^•l^. .l,ii-.|iir.'s i}.» I';ira<lis. \). 46.

En réalité cette préparation durait beaucoup plus longtemps. Certaines écoles exigeaient six, d'autres cinq années d'efforts assidus avant le baccalauréat. Puis l'écolier s'adressait à un des maîtres qui le présentât pour le baccalauréat inférieur, le cursorat «praesentare ad cursum legenduma. Ce maître ayant consenti à cette démarche, priait le doyen de convoquer les théologiens en assemblée. Au cours de la séance, le postulant renouvelait solennellement sa demande dont la congrégation examinait le bien-fondé. C'était donc sans examen et uniquement d'après le témoignage d'un maître et l'opinion des autres, qu'on était créé bachelier-curseur. Par le serment qu'on était tenu de prêter, on s'engageait, entre autres, à ne solliciter ce grade dans aucune autre université, à expliquer pendant deux ans, l'après midi, 80 chapitres désignés de l'Ecriture sainte, non à fond mais sommairement, à disputer une fois l'an »ordinarie<( et dans d'autres circonstances, à remplir enfin consciencieusement tous ses devoirs comprenant des lectiones, disputationes et sermones. Le curseur avait donc à prononcer des sermons en latin; ces sermons des théologiens débutants n'étaient que des exercices préparatoires à leurs futures fonctions; on les leur imposait dans toutes les universités. Comme on le voit, ce premier grade comportaient de multiples travaux. Bien plus que dans les autres facultés l'enseignement est ici allié à l'étude, combinaison typique de l'université médiévale ^). Avant tout, la science théologique était si vaste que des maîtres peu nombreux n'auraient pu l'embrasser tout entière, s'ils n'avaient eu recours à l'aide des élèves. Le ))receptus ad cursum« qui, à vrai dire, n'était nullement autorisé à prendre le titre de bachelier, devait encore payer trois florins à chaque docteur en théologie, six florins à l'université, un florin à chaque appariteur. Feu de temps après avoir été reçu, il inaugurait ses leçons wfacere principium«, acte solennel où le

M Thorbecke, Geschichte der Univ. Ileidelberg. 110.

jeune théologien, en présence de la faculté et des élèves, parlait sur un sujet touchant ses obligations. Cela n'allait pas, bien entendu, sans redevances, ni sans régals; ces derniers toutefois pouvaient être rachetés pécuniairennent, aux ternnes du statut de 1524 Tout en s'acquittant de ces leçons cursoriques, l'écolier travaillait pour parvenir aux grades supérieurs. Le «coursa fini, il lui était permis de se préparer une année encore. Puis un promoteur choisi parmi les maîtres le présentait ad legendas sententias. Ce sententiarius, la première année, expliquait les deux premiers livres des Sentences, et la seconde année, en commençant ses leçons sur le troisième et le quatrième livre, il devenait baccalaureus formatus.

Au début du cours sur chacun de ces livres, il faisait une leçon d'introduction appelée principium, accompagnée, elle aussi, de taxes et de réceptions gastronomiques. Un congé de six mois était accordé au sententiarius; pendant ce temps il n'avait pas de leçons, mais il fallait (|u'il assistât aux cours et disputes pour la licence. On l'obtenait aussi sans examen, cette licence, par simple décision de rassemblée des théologiens sur l'idoneitas du candidat; lors([ue cette décision était favorable, on le recoinmanciait au chancelier ou au vice-chancelier. C'est le chancelier qui, dans un acte en grande cérémonie, conférait au théologien la licence — licentiam incipiendi in tlieoloiria et inagisterium in ea capiendi et deinde omnes actus ad inagisterium in theologia pertinentes faciendi. Le li('(Micié olïrait ensuite aux assistants «refectio in zuccar et C()niVcti()iubus((. En 1524, dans un beau zèle pour les écnnoniies, on édicla des prescriptions réduisant tous ces Irais onéreux. Restait le dernier grade, la dignité suprême (le [université, le inaLristerium ou doctorat en théologie. X'>us avons déjà dit (|u'il entraînait des dépenses telles (jui' la niaj(»rité des étudiants n'étaient pas en état d'y faire tact*: (' r>t pour cela (jue parmi les théologiens nous ren- (•' Mitrons tant de bacheliers et de licenciés et peu de doc-

teurs. L'acte lui-même du doctorat, étant le plus élevé, était célébré avec beaucoup declat. En 1449, l'université acheta des bancs pour la cérémonie, pro gradu magisterii in theologia, lesquels les huissiers de l'université prêtaient plus tard à l'église pour la promotion, moyennant Hnance *). La veille de ce grand jour, avaient lieu les vesperiae. Les maîtres et bacheliers, en costumes d'apparat, conduisaient les vesperiandi à l'endroit où allait se dérouler le tournoi scolastique. Pendant la marche du cortège des musiciens, placés aux fenêtres d'un lectorium, jouaient de la trompette. D'abord le directeur de l'acte — tenens vesperias — posait une question qu'attaquait un des bacheliers; ensuite un des plus anciens maîtres agitait une autre problème et exposait ses arguments; puis le vesperiandus prenait la parole et combattait les affirmations du maître; enfin le directeur des vesperiae clôturait la séance en recommandant le candidat. Le lendemain, dans une église servant d'aula, l'aulandus était amené, suivie d'une brillante suite. A genoux, il jurait de servir fidèlement l'Eglise, de la défendre et d'honorer ses maîtres. On lui remettait ensuite les insignes du doctorat; après quoi le nouveau docteur montait en chaire, et un maître lui ordonnait d'entrer en fonctions doctorales: incipiatis in nomine patris etc. Cette première conférence était toujours un éloge de l'Ecriture Sainte; elle était suivie par une joute oratoire entre le maître qu'on venait de créer et un des plus anciens bacheliers. Enfin une dispute avait lieu entre les maîtres; puis le nouveau dignitaire remerciait la faculté de l'honneur qu'elle avait bien voulu lui faire. En même temps, on distribuait des présents, des pièces de drap, des gants. On entonnait le Te Deum, et, après l'avoir chanté, on se rendait au collegium à une »refectio« ou ))prandium«, offert par les nouveaux maîtres. Telle se déroulait la promotion des théologiens; souvent même des

*) Conclus, univ. 1449 (Nov.).

Morawski. III. 18

circonstances exceptionnelles ajoutaient de Téclat à cette cérémonie si éclatante par elle-même. En 1553, à la promotion de trois docteurs, parmi lesquels se trouvait Benoit de Kozmin, prédicateur de la cathédrale, le roi Sigismond Auguste vint en personne visiter le collegium, puis assista à l'église S Anne à la dispute qu'il écouta attentivement; il daigna même prendre part au banquet que fit servir ensuite André Zebrzydowski, évêque de Cracovie^).

Nous avons déjà noté que ce sommet des études théologiques, de toutes les études universitaires, était fort rarement atteint. Ce n'est que sur le tard qu'on désirait être couronné de ces lauriers qui semblaient être une récompense décernée aux professeurs de mérite. L'immense effort et les sommes qu'ils coûtaient en détournaient ordinairement. Aussi la plupart des obligations pédagogiques de la faculté de théologie étaient-elles remplies par des baccalarii formati ou par des licenciés. Le premier qui vraisemblablement ait obtenu le doctorat en théologie à Cracovie, fut Jean de Kreuzburg, en Silésie, professeur pendant de longues années à l'école jagellonienne*).

Outre ces graduati formés par l'université pour y être professiuirs, il y en paraissait d'autres ayant conquis leurs irraties dans des écoles étrangères. Fort souvent ils demandaient la reconnaissance de leurs titres, c'es^à-dire, leur n<)striiî(^ali(>n, leur assimilation, comme on dit aujourd'hui. Le studium s'en trouvait renforcé de précieuses acquisitions, surtout dans les facultés où les individualités locales Taisaient défaut pour occuper des chaires qui par cc)ns(''([U(Mit ne pouvaient être alimentées que par des

V W'isfocki, Lii). dili^ontiaruni .S50. Sigisinond Auguste visita l'iinivr^itt' })our l;i [tirinitîrp foi< (mi 1.j53 »cl('no(iiuin praedecessonim

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-; \'oii- MiasUouski, t^-ifr. zur Kriikauer Theologongesohiohte»

y 11 (l'a.l.Thorn 18'.)!);.

maîtres venus d'ailleurs. La faculté de médecine, par exemple, qui, à Cracovie, ne créa des docteurs qu'au XVIe siècle, n'eut longtemps que des professeurs avec des grades conférés par d'autres universités. Parmi ceux qui sollicitaient l'assimilation on distinguait deux catégories; les uns avaient réellement l'intention de se fixer et d'enseigner à Cracovie, tandis qu'il ne s'agissait pour un grand nombre que de la simple reconnaissance de leurs titres, sans aucune portée pratique. Les conclusions de 1490 et de 1516 établissent nettement cette distinction. Ces derniers y sont désignés comme wqui ingenium suum ostentare et militiam voluerint et solum... loco gaudere«. Les premiers avaient à acquitter certaines contributions; les conclusions de 1516 exigent d'eux le versement de 20 florins au profit de l'université; les seconds au contraire étaient exemptés de toute redevance. Cependant les personnes sorties d'une université étrangère devaient toujours passer un examen; il consistait en une dispute avec les titulaires cracoviens du même grade et de la même branche que le postulant, bachelier contre bachelier, maître contre maître. Cet examen est déjà prescrit par les statuts du commencement du XV-e siècle^), confirmés et régularisés dans quelques détails par un arrêté de 1516*). Le «promotus alibi* s'adressait donc à l'université qui en réunion plénière pesait les titres du pétitionnaire et, les ayant trouvés valables, le renvoyait à la faculté dont il était docteur (remittere ad facultatem)^). Devant cette faculté le candidat à recevoir soutenait une lonirue dispute. C'est ainsi qu'en 1485, trente maîtres se mesurèrent avec Michel de Bystrzykow, magister artium promotionis F^arisiensis *). Cette épreuve subie, le ))locus« était accordé au nouveau-venu parmi les bacheliers ou

*) Muczkowski, Lib. IVom. XX.

'; Conclus, univ. 1516.

') Voir Conclus, univ. 1479, 1490 (Marcus Sulcen 1518 (Nicolas de Wieliczka), 1586 iValérien Pernusi.

*) Lib. dilig. p. 355.

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maîtres de l'université, dans la liste desquels il était inscrit. Toutes ces conditions remplies, il pouvait devenir professeur en titre, actu regens.

Toutefois les promotions constituant la principale source de revenus des universités, ces réceptions étaient Tobjet do certaines difficultés et d'exigences onéreuses. Quelques écoles fameuses, comme Paris et Bologne, qui n'admettaient môme sur le pied d'égalité aucune autre école, ne confirmaient que très rarement les grades étrangers.

Division et ordre des études.

L'année universitaire et ses semestres. — Les vacances. — Jours fé« ries. — Le travail ne cesse pas absolument pendant les vacances et les fêtes. — Elles sont remplies par les cours des professeurs de second ordre, par les conférences et disputes des bacheliers.

Horaire quotidien des études. — Plusieurs cours exigent plus ou moins de temps, c'est pourquoi on les commence et on les termine à époques variables. — Choix des leçons à la faculté des arts. —

Méthode d'enseignement.

Avant d'être autorisé à se présenter à un examen, l'écolier ambitieux de n'importe quel grade devait établir qu'il avait suivi les cours obligatoires, assisté aux exercices (cum his stetit in exercitiis) dans lesquels certains livres étaient commentés au mode socratique, qu'enfin il avait été présent à un certain nombre de disputes, ou môme y avait pris une part active. Lectio, exercitium, disputatio — telles étaient les trois sources d'où la science s'épanchait et se répandait sur les étudiants. Certaines travaux universitaires cessaient dans le courant de l'année pour faire place à d'autres; mais les disputes duraient l'année ronde, de telle sorte que l'écolier assidu et laborieux trouvait à s'abreuver pendant douze mois, jusqu'à la satiété, du flot ininterrompu du savoir. A une époque où le livre était peu commun et fort coûteux, la parole vivante, par la nature même des choses, devait avoir un rôle prépondérant dans l'éducation et dans l'instruction.

Sur les divisions de l'année scolaire à Cracovie nous ne possédons que des renseignements épars dont il est possible de faire un tableau général, mais assez confus, car on sécartait à chaque instant de Tordre établi; d'un autre côté, nous ne sommes riches qu'en informations touchant la faculté des artistes, et il serait téméraire de les rapporter sans restrictions aux autres facultés. L'année était partagée en deux semestres: celui d'hiver, le plus long, et celui d'été. Deux fois l'an avait lieu l'innovatio sludii: en hiver, in crastino S. Lucae, le 19 octobre, en été, le lendemain de S. Marc, c'est-à-dire le 26 avril. A la Noël, à Pâques, on avait une courte suspension des études; mais les vacances proprement dites s'ouvraient aux dies canicularei? et duraient du commencement de juillet à la miaoût. Naturellement la date de Pâques déterminait la longueur du semestre d'hiver. Par conséquent ce semestre durait d'octobre au quatrième dimanche du Carême (Laetare) ou jusqu'aux Rameaux; celui d'été, de la fin d'avril à octobre, avec l'interruption des grandes vacances. A la faculté des artistes les maîtres reprenaient leurs leçons après le If) août ou après la 8. Barthélémy, jusqu'au 29 septembre V). Cependant il existe des conclusions fixant la (in du semestre d'Iiiver au commencement du carême, et de celui d été. au 14 septembre*). Dans ce cas, on avait encore des vacances à partir de ce jour jusqu'au commencement du semestre dhiver, le 19 octobre'). Ces vacances étaieni(lestiné(»s, ainsi (|ue s'expriment les documents, »à la réfection des forces et à la préparation des leçons pour le semestre suivant, .lutreinent dit pourâ la »commutatio«. En dehors (le c(îs contrés les maîtres étaient rèirlementairement

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