‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 10 sur 82 · LA VISITE DK BONAPARTE AU COLLEGE DE CALVIN · texte numérisé non relu

LA VISITE DK BONAPARTE AU COLLEGE DE CALVIN

« gagnaient, im,,atie.its de vénficr ce doute, s'empressèrent de chercher « la courte notice qui (ail mention de Jésus-Christ ; et ils ne furent pas peu « surpris devoir que les quinze à dix-huit lignes qui forment cette notice « étaient ajoutées au manuscrit et étaient évidemment d'une autre main et « d'une autre encre. Sur le reproche de cette infidélité, fait aux possesseurs « du manuscrit, ils ont répondu que ce n'était pas à eux à la rendre pu- « blique. »

Si Bonaparte avait évité de se faire conduire à Saint-Pierre, afin de ne pas choquer les susceptihilités religieuses de ses compatriotes, on voit qu'en fait de critique sacrée, il avait su, lui aussi, profiter de son tour d'Italie et qu'il n'était pas fâché qu'on s'en aperçût.

Dans la salle plus spécialement réservée au musée, le Conseil lui avait pi-éparé une surprise. Son buste en marbre blanc, que la Société des Arts venait justement de recevoir, était exposé à la place d'honneur. On lui demanda s'il se reconnaissait. Il répondit qu'il trouvait quelque ressemblance, mais que l'artiste l'avait embelli. « .l'ai vu ce buste, » dit celui qui nous a conservé ces détails, „ mais il ne rend pas, à beaucoup près, « l'expression que j'ai remarquée dans le visage du général, quoique, en « gros, il lui ressemble. La médaille de Ferrier est, selon moi, ce qui en « approche le mieux. »

Pendant qu'on examinait l'œuvre du statuaire, le bibliothécaire Martin- Gourgas présenta un écolier, Louis Malan, qui, très ému, tenait h la main une pièce de vers destinés à être lus par lui en manière de compliment. Le général prit le papier comme un placet, le parcourut des yeux et parut tenté de le mettre dans sa poche, évidemment distrait. Mais le résident tenait au compliment; il demanda la permission de le lire à haute voix. Sur quoi Bonaparte en fit lui-même la lecture aux assistants, remercia doucement le jeune citoyen confus, remit le papier à son officier d'ordonnance et gagna la cour du Collège, où la foule se pressait toujours plus enthousiaste, puis le bastion de Saint-Antoine, également envahi et où les voitures attendaient. 11 se rendit de là chez le syndic Butin et lui exprima combien il était sensible à la manière dont les Genevois l'avaient reçu. Dans l'après-midi, sa chaise de poste étant réparée, il partit pour Rolle.

6 INTHonUCTIO>

Le compliment, de l'écolier nous a été conservé :

« Des llc'-ros ^yn: vanle rilistoii'c <

Mon niiiîtro [)ei<(nait les hauts laits, El voulait ((lie tians ma mémoire J'en conservasse tous les traits ; Les exj)!oits d'Annibal et du juste Aristide, Le <:frand creur d'AI(;xandre et d'Epannnondas, TdMl ccia dans ma létc avait besoin de j^uidi; ; Sans cesse je faisais c|uel(|ue ern^ur ou laux j)as ; ]\Iais au milieu de cette gène, Je les nomniai tous d'un seul mot :

/iii<>iu//)fnlc linil ma peine, Et mon mallrc l'ut bien capot. »

Ou r(Mnaii|uc (|ue le tH)ui de (léstir, i|ui a du cei-taiueuicul vcinr sous la pluuu' du vcisilicalciii', puiscjuc c est Jules (!(''sar (|ui a iail cul icr (lenève dans l'Idsloire, est soi^iieusemenl évité. Cela seul suilirail a dater ces vers. Il semble au reste, à n en jias doulei', (|ue le lu'ros, d avfjir à les lire, lut aussi caixil (|ue le maîlie. Sa piuisée clail ailleurs. Où était-elle .' A son buste liallcur eu marbre de Cai'rare. I(miI blanc, loiil ncui. au mdieu d un cortège irempcreuis nuuaius aux laces jaunies par le Icmps:'... I)<''|à il en avait vu laiil d aulics. Cela u élail pas plus nouNcau pour lui (pu- le compliment. Ce (pi il \eiiail de voir, au contraire, était siuguliei' et bien fait pour captiver \{i\ inslanl limaj^iiialion piiissanlc t\[i disciple de JcMU-Jacques fpiil clail encore.

l']n celle bibliol luMpie aux salles austères, dans le demi-jour des lenétres génunées aux rideaux à peine ouverts, sous le plafond chevionné au décor noirci du X\'h' siècle, il avait vu de ses yeux, comme en un songe, la vieille Genève huguenote. Au delà des rayons où s'étageaieut les livres, réunis avec méthode par des générations de lettrés et de savants ])ieusement* épris de leur patrie, se trouvait disposét> toute une galerie il ancêtres, aux noms connus de llùirope entière. Calvin d'abord, le fondateur de l'Eglise et de l'Ecole; Théodoie île Bèze, son successeur, le protecteur et l'ami d'IIolman, de Pacius et de Godeirov l'ancien, de Scaliger, de Lect et de Casaubon. Tout auprès les hommes d'épée : Coligny, d'Andelot, Agrippa d'Aubigné. Plus loin, en robe noire, les épigones, théologiens au Iront ri-

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