‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 9 sur 82 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

lettre enthousiaste, datée tlu 21 mai 171)7, où on lit ce passage caractéristique : « C'est pour la liberlé que vous avez combattu ; vous l'avez consolidée « par vos exj)Ioits; vous l'avez lait honorera ses ennemis mêmes par votre « modération et votre générosité. Les patriotes de tous les pays vous dé- « clarent le héros de la liberté. »

Médaille gravée

à Crn'i'vc

par Pierre lù'rrier

en ll'.u;.

Bonaparte recul la députai ion Aw (lonscil à la résidence de Finance. Harangué par le svudic (leivais, il sut évoquer avec à-j)ropos, dans sa réponse, le souvenir des longues luttes soutenues par les citoyens de la petite Hépnblique |)our la cause île l'égalité et de la liberté et rappeler la mémoire des grands hommes dont elle pouvait être (1ère, sans oublier J. J. Rousseau, c qui a servi de moiléle aux Français. » Il accepta volontiers le traditionnel présent tV eau cordiale (\ne lui faisait oiïrir le Conseil, puis, au milieu des acclamations populaires, il traversa la ville illuminée pour se rendre à Saint-Jean, dans la villa de Constant, occtqjée par le résident, où un dîner lut servi en son honneur. « Pendant ce dîner, » dit l'auteur d'une relation contemporaine, — adressée à un citoyen français à Paris par un citoyen genevois, le 15 décendjre suivant, — o le général parla beau- « coup de Genève, s'informa de sa constitution avec assez de détails pour « être instruit de l'organisation générale et particulière de l'Etat. Il n'omit « rien, et voulut connaître jusqu'à la compétence des ti-ibunaux en affaires « civiles. Les syndics et surtout le président du Conseil, le citoyen Butin, « lui rendirent compte de tout avec la plus grande clarté. 11 parut fort « content de notre organisation politique; seulement il trouva, et avec « raison, le corps exécutif trop nombreux. »

LA VISITE DE UONAIWIITE AU COLLEGE DE CALVIN à

Le général devait continHcr son voyage au point du jour pour gagner Lausanne. Un accident survenu à sa chaise de poste l'en ayant empêché, le Conseil saisit cette occasion pour lui envoyer une nouvelle députation avec mission de lui faire voir les curiosités de la ville et notamment la Bibliothèque.

La Bibliothèque publique, à la fois trésor dé livres et galerie nationale, était l'institution dont les Genevois du XVIII" siècle étaient le plus fiers. Depuis Robert Chouet, le second réformateur de la pensée genevoise, c'était le joyau de la cité. Dirigée par les professeurs de l'Académie, lentement formée du produit des immatriculations des étudiants et des dons des citoyens, elle était, comme l'École, la chose de tous. Les conseillers nouvellement élus témoignaient leur reconnaissance à la cité par un cadeau de livres ou de manuscrits. Chaque nouveau bourgeois devait un fusil pour l'arsenal, un seillot à incendie el une coulribulion pour la Bibliothèque. Les notair(>s la rappelaient aux testateurs par orilre du Conseil. On y déposait les chefs-d'oHivre des artisans et, suivant un usage établi, les familles y envoyaient les |)orlraits de ceux de leurs mendjres qui avaient jeté quel(|ue illustration sur la ville, f'idin cette Bibliothècpte occupait tout le centre du Collège de Calvin, la manifestation extérieure la plus complète, la plus vivante, île l'o-uvre du réi'oiinateur dans Genève.

Le Co/ièi^n-, avec son péristyle renaissance aux trois portiques en plein cintre, symbole des trois langues savantes, avec son promenoir de cloître aux clefs de voûte écussonnées de passages bildiques, était encore, en 1797, rauthcnlique maison de Calvin, bâtie sur sa demande et sous sa surveillance, marquée à cha([ue pierre tlti sceau de son génie. C'était de plus, avec sa cour plantée d'ormes et de tilleuls, dominée à l'arrièreplan par la silhouette historique, aux trois tours, de Saint-Pierre, avec ses portes de classe ouvrant sur le préau « du côté de bise » et rangées progressivement de la septième à la première, la maison de la République où, depuis l.").")*.), s'était formé de génération en génération, dans ses goûts, dans ses croyances, dans sa personnalité intellectuelle, le peuple de Genève.

Si l'on voulait que Bonaparte sentît battre un instant le cœur de la cité huguenote, c'était bien là qu'il fallait le conduire.

4 INTKODUCTION

La députation du Conseil, composée dnii syndic, d'un administrateur et dun secrétaire d'Etat, rencontra la voiture du résident de France, qui promenait son hôte aux Pâquis pour le faire jouir de la vue du lac et des montagnes. Le général accepta l'invitation, et Ton mit pied à terre j)our entrer en ville par la |)orle de Suisse. On (il ic pèlerinage de la maison des parents de .Jean-Jacques où se trouvait, depuis 171).'5, une plaque commémorative.

« I^e général, » dit l'auteur de la relation déjà citée, c lut avec intérêt « l'inscriplion en marbre noir cpii est placée sur le mur de celte vieille « maison et on se rendit en droiture à la Bibliothèrpie, non sans une suite « continuelle d'acclamations de joie de la part des nombreux spectateurs « que le passage du général attirait dans les rues et places publiques. La « l'ouïe augmenta tellement cpie la cour du Collège, (pii est au devant de « la Bibliothèque, était absolumciil remplie, et (pie le citoyen Buonaparte, « sa suite et la députation du Conseil, eurent la plus grande peine à la « percer pour ai'rivcr dans la Bibliothè(pu'. Les cris continuellement ré- « pétés de : Vive l>ii<>n(i/)firlc ! Vive /r/ //Ar/7r.' empécliiiieiil d l'ntendic tout « ce ipie la vue de ce grand général arrachait à l'enthousiasme des specta- « teurs. »

l']ntré dans la Bibliothècpie, le généi-al paraissait distinit et ému, et, s'adressant au résident, il dit qu'il ne pouvait mieux témoigner sa sensibilité de la manière dont il était accueilli par le peuple genevois, qu'en allant lui-même faire une visite au syndic président du Conseil. Ouelqu'un lui faisant, sans doute, une observation sur cette résolution, il répondit : « Une République de trente mille âmes est à mes ijeu.e aussi respectable qu'une de trente millions. »

On fit assez rapidement le tour des salles de livres. Bonaparte parait avoir remarqué au passage l'une ou l'autre des éditions genevoises de .Josèphe, car en anivant à la salle des manuscrits, comme on lui en faisait voir un de la Bible, « il en jnit occasion, lisons-nous, de citer une anecdote « qui éclaircit le doute où les hommes de lettres étaient encore sur ce que « l'historien Josèphe dit de .lésus-Christ dans son histoire des Juifs : c'est « qu il avait vu le manuscrit de cette histoire dans un couvent de I Italie, « et que le citoyen Monge et les autres commissaires français qui l'accom-

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