‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 13 sur 82 · L ANNEXION · texte numérisé non relu

L ANNEXION

Economique et qu'ils seront toujours disposés à lémoigner à cette Société leurs égards et leur déférence sans perdre de vue ce qu'exigent d'eux les devoirs de leur charge, l'honneur de leur ministère, les intérêts de la Religion et le bien du troupeau '. »

La Compagnie, justement émue de l'abandon des études tbéologiques, désirait taire entrer à l'Académie, comme suppléant, l'un de ses membres, « le citoyen Peschier le jeune, » qu'on appela plus tard Peschier-Fontanes, dans l'idée qu'il serait nommé à la chaire de Critique sacrée, au moment où celle-ci deviendrait vacante. L'autorité administrative, soucieuse avant tout d'équilibrer son budget, était portée à accueillir une proposition contraire du professeur de Langues orientales, Jean Louis De Roches, offrant de se charger lui-même de la suppléance à condition que la succession de Claparèdc lui fût éventuellement assurée. Il eût par la suite cumulé l'enseignement de l'hébreu et de la critique sacrée, sans recevoir la totalité des émoluments attribués aux deux chnires. Ni la Compagnie des pasteurs, ni la Société Economique n'entendant rien céder, on dut attendre la mort de David Claparède pour faire une nomination. L'auditoire désert devait en pàtir.

A parcourir les registres des deux cor|)s, où se trouve relaté ce différend, on se croirait aux plus beaux temps de linilépendance genevoise et pourtant la cité de Calvin traverse la crise la plus terrible de son histoire. Elle est gouvernée par un haut commissaire, assisté d'un général et de l'état de siège, et n'est pas même sûre de devenir chef-lieu d'un département français.

Au lendemain de l'annexion, dans l'entourage du Directoire, on pensa réunir Genève soit au département de lAin, soit au département du Mont- Blanc. Il ne pouvait être question de déposséder Bourg-en-Bresse, ni Chambéry de leur situation centrale et la c-ité de Calvin fut envisagée, à Paris, alternativement comme la future capitale du |)ays de Gex et comme celle de la vallée de l'Arve. Heureusement pour elle le département du Mont- Blanc, formé des sept provinces de l'ancienne Savoie, était déjà si grand qu'il excédait toutes les limites posées par la constitution de l'an III. Cela lit naître lidée d'en détacher de quoi construire le nouveau département

' Reg. Soc. Éc. 2 et :i juin, 7 cl 9 juillet 1798.

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tlu Lùniaii cl Goiicve, au mois (laoùt I7'.)H, eut ran<^' de chcl-licu. .loscph Chénier, qui ])ix'senla au Conseil des Cin(j-(^(Mils le projel de décret, conclut en ces termes :

« Hâtez-vous donc, Représenlanls du Peuple, de fixer le destin de ces belles contrées (|ui, dans tous les temps, ont hien mérité des sciences, de la raison et de la liberté ; oii \o. droit de manifester sa [)ensée ouvrit les voies phiiosopiii(|ues et par conséquent les routes de la révolution française ; où le seizième siè('le vit Calvin, continuant l'dMivre de Luther, briser quelques marches du trône pontifical; où le dix-septième siècde vit les satellites de Cliarles-Emnuinuel vaincus par ses soldats-citoyens et trente ans a[)rès la papauté solennellement abolie'; où notre siècle audacieux et rénovatcMir a vu Saussure, bravant tant de frimas et de périls, dompter les liautcurs non abordci's du Moiil-Hlanc ; (-liar-lcs IJonnct, naluT'aliste (^xacl , cl non moins exact niéla|)liysici('ii, doiinci' un riv;d à Linné et à Coiuiillac; .].,]. Housseau procianu-i' le; code des peuples, et Voltaire imprimer à ILurope le mouvement de son génie ^. »

L ai'ticlc ''i (le la loi <|iii lui saiicliouucc pai' le Conscd des Aih icris. le S li'ucl ulor' an \l, sur le rappori i\v Ciiod Av lAin, portait rpu' Gcucxe scrail le sièg'C des aulorilcs du (b'parlcnu'ul du Léiuau, de liois Irdmnaux, dun lu)l(d (les luoiinaics, dun bureau de liuibre cl d eurenisl renieii I cl duiH' école centrale (pu- le Directoire exéculil elail aulorisé n à oryaniseï' dans les délais cl avec les prccaulious (pi'il pij^'crail convenables. »

Cette latituile laissée au gouvernement, dans le domaine tie l'instruction su|)cri(Mire, était le finit des (dforts dun Genevois, Michel Micheli, ex-niiuistrc plénipotentiaire de la ci-devani Képuhlique, resté à Paris sur la demande île ses concitoyens. On en trouve la preuve dans une Ictire (ju il adressait un peu plus tard au directeur général de l'Instruction publi(pic, le citoyen .lac(|ueniont, où il rappelle ses démarches à ce sujet auprès des membres des Conseils-'. Ancien ollicier d Un régiment suisse au sei'vice lie lA)uis W'I, directeur du modeste .lard in l)olani([ue entretenu, dans sa \ ille

' L'erreur d'iiu siècle, que commel ici Cli(?iiier, nous pnrait remouler à quelque noie raanuscrile. d origine genevoise, mal interprétée. L auteur de celle note sur les grands souvenirs de sa patrie, après avoir rappelé l'Escalade de ir>02, nieutionnail [>i'obabiemeiil le premier centenaire de la Rél'ormatiou, célébré à Saint-Pierre en 1()35.

- liupport du citoypti Joseph-Marie Chénier an Conseil des Cintj-Cenls, séance du S thermidor an VI. (Bibl. de Genève, Cf. 3Î0. ITi.)

' Lettre du 28 frimaire an VIL |Arcb. Nat., F" 'iXi3.)

l'annexion 17

natale, par la Société de pliysiqueet criiisloire naturelle, Micheli avait particulièrement à cœur le sort de l'Académie de Genève et, n'ayant pas réussi, dans une lutte inégale, à sauvegarder l'indépendance politique de sa patrie, il s'efforçait de lui assurer au moins l'indépendance scolaire. C'était encore combattre pour sauver le drapeau.

Dans son beau livre sur \ Enseignement supérieur en France, de 1789 à 1893, .M. Liard établit ceci :

« La Révolution française a conçu et elle a proclamé que l'instruction, « aussi bien l'instruction supérieure que l'instruction élémentaire, est pour « la société un devoir de justice envers tous les citoyens; par suite elle a « fait de l'enseignement une fonction de l'Etat. Elle a voulu que Icnseigne- « ment public fût un enseignement national'. »

Dès le WV siècle, la Genève de Calvin, — et ce n'est pas son moindre litie de gloire, — avait eu et réalisé pour elle-même cette conception, toute moderne, de l'école nationale. Elle avait fait voir au monde, par un exemple illustre, ce qu'on pouvait en espérer pour la science et pour la chose publique. C est ce (pii devait permettre aux Genevois de soutenir avec c[uelque chance de succès, auprès des savants et des lettrés que la Hévolulion française appelait dans ses Conseils, l'idée, singulièrement hardie, que l'annexion ne devait rien changera leurs institutions scolaires.

On sait ([ue la loi du ;{ brumaire an IV avait voulu remplacer les universités et les collèges de I ancien régime par un certain nombre d'Ecoles spéciales d'enseignement supérieur, créées à Paris et dans quelques villes importantes, et par des Ecoles centrales d'enseignement secondaire, touchant ici et là au degré supérieur, placées dans chaque département. La question diihcile, com|)li((uée, de l'organisation de ces diverses écoles était encore, en l'an Vil, à l'ordre du jour du Conseil des Cinq-Cents. Il s'agissait pour les Genevois de profiter de cet état de choses et d'obtenir que leur Académie et leur Collège, maintenus, fussent considérés comme l'équivalent, ou tout au moins comme le novau des créations que l'on avait à prévoir pour le nouveau département du Léman.

Micheli se donna cette tâche. Le professeur Marc-Auguste Pictet, l'un

' f.'ensrif(nrmt'nl siiprrifiir en France. 2 vol. iii-K. Paris, 1H9'i. 1, 309. Cf. Guizot, Essai sur l histoire et l état actuel de l' /nstniction piihlii/iie en France, in-8, F^anis, I8IG.

UMVtKSlTÈ DK GENKVE. II. 3

(k's membres influents de la Soeiélé l^^conoinifjiic et, comme hii, au Ix'néfire de nombreuses relations formées à l^iris, sons rancien réoimc, vint Faiiler'. Le 17 octobre 1798, ce dernier, de retour de la capitale, pouvait assurer ses collègues qu'on y considérait Genève « bien plus sous le rapport de l'instruction que sous tout autre rap|)ort, o que le citoyen Micbeli était écouté et ipu" bii-mêmc « avait trouvé que Ton avail l'intention de ne point nous troubler et de l'aire ce que nous voudrions. »

(hu"l(pu:'s semaines |)Ius lard, Micheli, revenu à son tour, était introduit devant la Société l']c(Ui(iini(pie comme un plénipotentiaire en audience de rapport et Taisait les communications que le secrétaire a résumées ainsi :

« Le citoyen ^lichcli, ci-chnant niiiiisUv! de la Républicpie de Genève à Paris, s'est |)r<''senté vi\ suite de l'inviliition (pii lui a étt- adressée et a élé inliodiiil. Apptdé à ex|)(iser ce (pi'il savait sur les objets fpii intéressent la Soeiélé, il a (lit (pie les dispositions du <rouvernenienl relativement à nos établissements pour- rinsiruetion sont très l'avornblcs ; (pie celles de la commission du Conseil l('<nsl;ilir ne le sont |>as moins; (|iie l'on sent j^éni-ralcnicnl loiil l'avantaii^e de ces élal)lissements et (pie, si l'on l'ait des cbangements aux lois sur l'instruction publi(pie, ils seront en faveur de nos institutions : que l'on paraît être dans l'inlcntion d'élaMir à Genève non seulement une école centrale, mais encore une spéciale cl même normale ; mais (pie l'on n'a fail encore am inn^ loi a ce sujet et (pi'eii attendanl il parait (pi'on peut être sûr (pie l'on ne louchera [)as à nos établissements^. »

Dés le 2)5 mai, la Société, esconqUant la durée d'un |irovisoire selon son cœur, avail pourvu à la direction des établissements d'instruction par une décision conférant au corps des professeurs de l'Académie, agissant de concert avec son pro|)re bureau, ou comité, d'Education, les attributions de l'ancien Sénat académique''. Cette autorité, formée des professeurs titulaires,

' Sur Marc-AiiKiiste Piclel. cf. I, 577 s., 605, GÛ6. 610, 612 ii., 6i3, ot J. P. Vauclier, Aotice sur M. M. -A. /»/(7('MBibli(itlièqiu' universelle, mai 1825|.

- Reo-. Soc. Éc. 17 oct. el 6 nov. 1798. Au mois d'août .Miiheli avait r(^çu des pouvoirs en forme pour agir au nom de la Société Économique : « Après en avoir opiné, l'on a arrêté d'envoyer au citoyen 0 Micheli une procuration générale pour gérer et traiter, à Paris, les affaires delà Société et de lui « insinuer, dans la lettre qui lui sera écrite i\ ce sujet, que la Société désire qu il soit fait le moins (I de Ir.iis possible. » [lliid.. 15 août.) Ou voit que la Société Économique tenait à justifier son nom aux \'eux d un chacun.

' u l,e citoyen Prévost, comme recteur de 1 académie, demande que la Société donne, si elle le " J"b^ •' propos, des ordres pour maintenir provisoirement les établissements d'éducation sur le

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