‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 14 sur 82 · L ANNEXION · texte numérisé non relu

L ANNEXION

éniérites ot honoraires, du principal du Collège et de trois membres du gouvernement, avait reçu de la constitution de 1796 les compétences les plus étendues en matière de nominations et dadministration scolaire, compétences très comparables à cellesd'un ministère de Finstruction publique'. Elle devait sortir de la crise à peine modifiée dans sa comj)osition et continuer des fonctions à peine interrompues. Pour éviter le nom de Sénat, qui |)ouvail déplaire en liant lieu, et mieux se conFormer au nouvel ordre de choses, on l'appeUi la Société Acadéniif/ur. Au-dessus d'elle, la Société Economique, maîtresse des cordons de la bourse, assuma les préroo-atives de l'ancien Conseil. Un règlement, sur lequel nous aurons à revenir, précisa les attributions respectives des deux corps.

i^a dernière nomination de professeur faite par les autorités de la République genevoise date du mois d'avril 179<S, peu de jours avant la ratification du traité de réunion. C'est celle de Frédéric Maurice, élu professeur de Mécanique analytique, sur la proposition de Marc-Auguste Pictet. La décision du Sénat académicjue, qui fut confirmée, le 28 avril, par le Conseil moribond est motivée longuement. Elle est évidemment destinée à être envoyée à Paris :

« Nontinalion du citoyen Maurice fils ii la place de professeur honoraire. D'après la proposition d'un membre, le Sénat académirpie, considérant (pie, dans l'état actuel de l'auditoire de Philosophie, les diverses études auxtpielles les élèves doivent s'appli(pier sous leurs trois professeurs ne permettent pas que ceux-ci puissent approfondir diverses branches importantes et donner sur la dynamique, l'hydrodynamique, l'astronomie phvsique, en un mot, sur tout ce rpii fait l'objet de la inécanicpie analytique, ni des principes rigoureux, ni des développements proportionnés à l'étude que ces sciences ont acquises de nos jours; en sorte que la plupart des élèves abandonnent l'étude des mathématiques, sans en avoir connu les applications les pbis importantes et les plus utiles ; considérant qu'il serait urgent, dans les circonstances actuelles, de remplir celle espèce de lacune qui semble exister dans les moyens d'instruction (pie présente l'Académie de Genève ;

Considérant qu'un de nos concitoyens, M. Frédéric Maurice, s'est voué

<i pied acliicl. en subslilii:iiit l'Aradémie au Sénat académique dans les allribiilions de ce dernier « corps. Cet avis esl adopté et on adjoint à l'Académie les membres qui composent le Bureau de 0 l'éducation pour remplir les fonctions du Sénat académique. » (tîeg. Soc. Ec, ad diem.) ' Cf. I, 609 ss.

20 L'^ SOClÉTli ÉCONOMIQUE. — 1798

exclusivement depuis plusieurs années à l'élutle de l'analyse et de ses diverses ap|)ii('ations ; cju'ila l'ail Tannée dernière un S('j()urà Paris, dans le but de puiser auprès des grands géomètres ((ue possède aelueilenient la l''i'anre, les instructions (pi'il n'aurait pu se pi-ocur(;r par un Iravail isolé et (|iTil a offert dernièrement de donner gratuilemenl les leçons ilaiis l'Acadéinie, sui- les divers ol)jets susmentionnés, en supposant (|u'il fût agrégé à c-e corps sous un titre honoraire, analogue aux fonctions (pi'il aurait à remplir;

Arrête de conférer le litre de professeur honoraire dans l'Académie de Genève au citoyen Frédéric Maurice, en renvoyant h une commission composée des trois professeurs en ]ihilosophie de déterminer tant la dénomination convena])le <'i celle nouvelle chaire, (pie la nature et l'étendue des fonctions du professeur f|ui doit la remplir'. »

l'rlil-lils (lu (lélunl [irolcsseur de tlicologie Antoine Maurice (II), fils de lanii iiilimc de Maic-Augiisic l'iclel, Tancien magistrat, 1 agi'ononie distingué Frédéric-Guilhiume Maurice et de; Marguerite Boi.ssier, le jeune professeur (|ue son maître faisait agréger tie la sorte à l'Académie n'avait que vingt-deux ans et aucune publication à faire valoir. Mais il avait dû à la recommandation de Pictet de ])ouvoir travailler (pichpu' tt'uips à l'Observatoire du CcjllèîJ'e de l'rance, sous i^alaiide, el à ce dernier d être entré en relations avec Lagrange, Legendre el surtout Laplace. (pii lui avait confié

' Rop;. Sénat Ac, 20 aviit 1798. I^a comniissioii des professeurs do pliilosoptiic, Marc-Auguste Piolet, Pieiie l'ievost et Simon L'Huiilicr, lit son rapport à la si-ance suivante :

26 avril : « La commission, nommée dans la séance précédente, rapporte qu'elle a jngé que le « titre le plus convenable au professeur nouvellement élu est celui de professeur en Mécanique a analytique; 2" que les conditions imposées et qui ont été acceptées seront de donner, pendant « liuit années académiques, trois heures par semaine de le(;ons publiques sur les applications de « l'analyse mathématique aux lois du mouvement, le nouveau professeur se réservant de pouvoir « obtenir dans cet intervalle la faculté de prendre part à certains travaux scientifiques (relatifs à la <( partie qu'il enseignera) qui pourraient l'appeler à Paris; bien entendu qu'à son retour il revaudra « les leçons qu il n'aura pas données durant son absence, de manière que dans tous les cas il ail n fait huit années de leçons. »

« Ce que. étant approuvé par le Sénat Académique, arrête de communiiiuer au Conseil adminis- <i tratif par exliail de registres. »

Le Conseil ratifia sans difficullé. 28 avril : n Jeun Fréd. Th. Mauriic. prufrssciir lioiiuraire. Sur « le rapport du citoyen administrateur Vernes, au nom du Sénat Académique et vu l'article 739 de (( la Constitution, le Conseil arrête d'approuver l'élection faite parle dit Séual du citoyen Jean Fréd. n Théodore Maurice à la place de professeur honoraire en Mécanique analytique. »

!"• mai ; « Jean Fréd. Th. Maurice. Le citoyen professeur Prévost, recteur de l'Académie, a été « introduit céans avec le citoyen J. F. Th. .Maurice (|u'il a présenté au Conseil pour sa prestation n de serment comme professeur en mécanique analytique et après avoir lait l'éloge des talents qui ic ont mérité au citoyen Maurice la dite place ; ce dernier a prêté le serment ordonné par la Cqds- « titution. » (Reg. Conseil, ad ann.)

l'annexion 21

à son tour (na'lqiLes travaux. S il entrait dans la maison par une porte d'ancien régime, jjarce (ju il était « le (ils Maurice, » et s il ne devait point en définitive en taire sa demeure, on ne peut cependant pas diie que le titre envié qu il recevait et (pii allait bientiH lui servir à faire carrière à Paris et à devenir quelcpiun, fût un mauvais placement pour elle. Toute sa vie il lui resta dévoué, même de loin, et eut loccasionàdiversesreprisesdele faire voir, i^a première nomination ratifiée par la Société Economique remonte au 20 juin 17'.)8'. Cette noniinatioii est libellée en ces termes :

« Le citoyen Prévost, au nom du comité crinslruclioii rapporte (pie le dit comité et l'Académie estiment qu'il est convenable de donner le litre de professeur au citoyen Duvillard (pii a été adjoint au professeur de Belles lettres. Dont opiné, on arrête de nommer professeur de Belles lettres le citoyen Duvillard, lui donnant entrée dans l'Acatiémie ^. »

En 17*.)7, Antoine DuvillartI, régent de la seconde classe du Collège, avait été chargé, avec le titre d'adjoint, de l'enseignement des littératures grecfjue et latine juscpi alors donne'' pai- le professeur de Belles letti'es, Abraham AVeber, alin (|ue celui-ci pût consacrer la majeure paitie de ses leçons à l'histoire et à la littérature française (priin artit le formel de la constitution de 1 7*.)() venait d'inscrire au programme des études supérieures. Cette combinaison, à la lois heureuse poui' l'Académie et |)our le Collège, avait permis de réparer une double injustice de la Uévolution genevoise. Duvillard, ainsi cpie son collègue de troisième le citoyen Crou), dit Couronne, avait été en bulle à l'hostilité des clul)s tle 1794. Devant l'orage l'un et l'autre avaient dû fuir. Le premier avait pu être réintégré dans ses fonctions à la fin de l'année terrible. Mais le second, que son exil avait conduit en Amérique, puis en Angleterre, au grand regret de ses élèves, nombreux et reconnaissants, avait perdu sa place tôt occupée. La création d'un poste d'adjoint au professeur de Belles lettres et son attribution au régent de seconde permit d'offrir à Couronne la classe à repourvoir ^.

' Le 1.3 juin. Félix Desportes avait présidé, Hans Saint-Pierre, à l'installation des nouvelles autorités de la ville.

^ Reg. Soc. Éc, B 20 juin (de relevée à 3 heures) 1798. »

» ReR. Sénat Ac, 31 dér. ITOfi; 7, 10, 12 et 19 janv. 1797; Ki mars 1798. Reg. Conseil, 10 avril et 16 oct. 1797 ; 20 mars 1798. Cf. 1, 605 et Histoire du Collège de Genève (Impartie, par H. Vulliéty), 253 s.

22 I.A SOCIÉTÉ ÉCONOMIQUi;. — 1798

Depuis la londation de l'Ecole, au XV'I" siècle, c'était le troisième exemple seulement de 1 a|)|)el d'iiii léqcnl à une loin lion de renseignement supérieur. VA comme il ne s agissait pas, ainsi «pic dans les cas précédents, ceux de Job Veyrat, en l.^fiS, cl de Jean l-'onlanes, en 177"), du l'égent de première, on n'avait pas cru |)ou\()ir ap|»cler d Cinhlée l)u\illard à une chaire proprenieni dite (pie la loi n avait pas prévue. Cette promotion lut, comme on vient de le voir, I ()l)|el dn picmier acte de lAcadémie et île la Société lù-ononii(pie agissant siiniiltanéincnl , sinon de concert '.

L'historien est obligé ici de niesurei- ses termes, de jieser ses expressions, car on se trouve à une époque de transilion où de nouveaux rapports s'établissent entre les autorités et où des prétentions s'entrechoquent.

Page 1