‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 15 sur 82 · II. I.\ SOCIliTK .\CAI)EMIQL'li · texte numérisé non relu

II. I.\ SOCIliTK .\CAI)EMIQL'li

De l'exanu'n allenlil des regislies de pioccs-verhaux el de cerlaines correspondances ollicielles et ollicieuses de I (•po(pH' d residie cpu' I Académie, au jour de la dissolution des anciennes autorités jiolitiques, avait pensé devenir seule mailresse de l'I^'ole genevoise et de tout son domaine administralil, |)our autant (|ue le gouvernement du Directoire s'en désintéresserait. Le |)artage de compétences imposé par la Société Lcoiioinique l'ut une surprise désagréable à plusieurs et il semble (pi'on chercha, au début, à l'éluder. C'est ainsi (pu- la délibérât ion du i(l juin, relative à Duvillard, lut prise sans la participation d'aucun des membres de la dite Société et dans des termes (|ui |Kiraissaient exclure toute instance supérieure, quelle r[u'elle lût :

« L'Académie, consitiéranl les longs services rpie ^L Duvillard a rendus à riiistrnction puhlirpie en (pialité de régent de la seconde classe du collège, et ceux non moins importants dans l'auditoire de Belles lettres; considérant que lorscpi'il fut nommé à être adjoint au professeur dans cet auditoire, l'Académie ne put (|ue regretter que les entraves qu'y mettait la constitution d'alors l'empêchassent de l'adopter dans son propre corps, en lui conférant le titre de pro-

' Reg. [Sénat] Ac, 20 juin 1798. Cf.l, 115 s., 602 s.

fesseur, s'empresse, aujoiircrhiii (|ue ces obstacles n'existent plus, de se l'associer coinplèlement en lui conférant le titre de professeur et en lui donnant rang à dater du jour oii il a été nommé adjoint'. »

Il sulfit lie rapprocher ce texte de l'arrêté, cité plus haut, de la Société Economique, arrêté cjui fut pris immédiatement après celui de l'Académie, dans l'après-midi du même jour, pour se convaincre f|ue ce dernier constituait une manifestation d'indépendance, à laquelle l'autorité investie de l'administration des biens de la communauté s'est empressée de répondre. La réponse n'admettait pas de réplique. Les séances suivantes de l'Académie eurent lieu « sous la présidence du Bureau d'instruction publique» de la Société et l'ordre de chose définitif s'établit-.

La décision du 23 mai ([ue nous avons mentionnée plus haut, prise à l"im|ir(>viste et dans des termes ambigus avait pu laisser l'Académie dans le doute au sujet de sa subordination. Le Règlement sur l'Instruction, du 17 octobre 1798, rédigé ajirès mûre délibération sur le modèle des articles delà constitution de 1796 relatifs à l'éducation nationale, mit fin à toute incertitude. 11 maintint le régime consacré par cette constitution, substituant simplement la Société Economique au Conseil, dans toutes les circonstances où celui-ci avait à intervenir, et étendant à l'école primaire, jusqu'alors dépendante des ])asteurs. la « surveillance ordinaire » du recteur et « l'inspection immédiate et journalière » du principal. C'est alors seulement que l'autorité formée par la réunion des membres de l'Académie sous la |)résidence du Bureau d'instruction, héritiéi-e de l'ancien Sénat, prit le nom de Soriété Académique^.

La ri'daction de ce règlement, don! le projet, présenté à la Société

' Reg. [Sén.il] .\c.. <c 2" séanco, 20 juin 1798. x

- Keg. [Sénat] Ac. . « 3" séance, 30 jnillel (12 lliii iniilnr an VI|. .>

» Reg. Soc. Éc. 17 octobre 1798 :

Bellement relatif ii l of^aiiisation de I /iistiiiclinn. t Ija Société Econoniiiiiie, fondée snr l'art. 4 tie la loi qui 1 instilne, organise 1 instruction publique « comme suit :

Titre I'^''.

(I De I instruction morale et littéraire. » n Section \". — /)e lu i'ille.

« Art. 1. La Société Académique est composée du Bureau d Instruction pnbli(]ue de la Société n Economique, des professeurs et du principal du Collège, n

0 Art. 2. Elle est présidée par le Bureau ilinstiiiclion publique. «

Économique le H .septcml)re, fut coinaïuiiifiur i'i lAcadémie dans sa séance du 2 octobre et adopté par elle le 12', avait été condée à Pierre Prévost qui, ayant déposé ses loiictions de recteui' au mois tPaoùl, agissait en sa doul)le qualité de professeur de philosophie et de membre du comité d'instruction jjublique et semble avoir été l'auteur de la réconcilialiou"-. Il ne paraît pas que ce texte ait jamais été imprimé et répandu. On avait de bonnes raisons pour l'empêcher de laiic piénialuiémcnt le voyage de Paris. \'A, pour mieux l'assurer coulrc une iuterxcntion i-edouté(\ lorsqu'il s'agit de lui donner un titre, on décida, au monuMit de le communicpier à la Compagnie des |)asleurs, cpie ce titre serait, non pas lii-i^lcmeiit sur r<iri^<iiiis(i-

n Art. 3. IjC recteur tle t Aradémie est élu poiirdciix :111s parmi les professeurs. Il peut être réélu (I pour lieux autres années.»

it Art. 4. Le prînripal liii ('.olli-ire est «'-lu pour un Icnips imit'dTii parmi Ions les citoyens les plus 0 propres à cet oflic '. "

(( Art. 5. La Société Acailéiiiii|ue s assemble pi'rioiliipicuieiil une (bis cliaipie mois au moins. Un « (le ses membres fait l'olfice de secrétaire. 11

n Art. Il Le Collège (y compris la classe de la Monnaie) et lécole primaire de Bel-Air sont pro- (I visoirenieiil iiiaiuleiuis. Les objets d'enseignement, les examens, les prix et l'inspection resteront « sur le piiil ailuel. Toutefois lAcadémie proposera les changements qui lui paraîtront convenables Il et pourra faire elle-inême les modifications ipii ont toujours été de sa compétence. »

Il Art. 7. Les régents et les écoliers du Collège et de I Ixole primaire sont sous l'inspectioii iiii- II médiate et journalière du principal. »

Il Art. 8. Les cours des professeurs sont publics; à l'exception de ceux qui ont pour objet direct « l'enseignement des tangues mortes et de la théologie, ils se font tous en français. »

(I Art. 9. La Société Académique est chargée, sous l'autorité de ta Société Économique :

II De veiller sur I instniclioii publique qui lui isl lonlii'e. d'y maiiilenir l'ordre et ta discipline;

« De diriger renseignement ;

n De choisir et faire composer au besoin les livres élémeulaiies. n

Il Art. 10. Elle élit le recteur et le principal. »

Il Art tl. Elle élit tous tes professeurs avec concours et examens.»

Il Art. 12. Elle peut élire sans concours des professeurs honoraires et créer des chaires hono- II rai ces. »

Il An. 13. Quant aux professeurs en théologie et en langues orientales, la Compagnie des pas- II teurs est appelée par la Société Académique pour les étire de concert avec elle. 0

Il Art. l'i. La Société Académique élit les bibliothécaires et les directeurs de la Bibliothèque. 0

Il Art. 15. Toutes les étections de la Société .académique sont soumises à l'approbation de la Il Société Economique. »

Il Art. 16. La Société .académique grabelle annuellement les fonctionnaires de rinslinrtion publi- II que, et le résultat de ces grabeaiix est porté à la Société Economique. i>

Il Art. 17. l'our l'adjudication des prix de piété senleiiieiil lAcadémie s'adjoint la Compagnie des « pasteurs. »

Il Art. 18. Le recteur est chargé de la surveillance ordinaire sur les auditoires, le Collège et (I l'Ecole primaire. »

Cf. \, 610 s. Constitution genevoise de 1796, art. 717-7-i8.

' Reg. Soc. Ec, 8 sept. (22 fructidor). Reg. Soe. Ac, Il et 12 vendémiaire an VIL

^ Reg. Soc. Ac, 3 fructidor. Reg. Soc. Ec. , 22 août (5 fructidor), 8 sept. (22 fructidor), 19 sept. (3"^ complémentaire), 17 ocl. (26 vendémiaire).

tioii de l 'Insliuction publique, mais Hèf^lcnient sur rorganisntion de l'Instruction tout court '.

La même préoccupation se révèle, se précise, dans un mémoire sur l'école genevoise et son budget demandé à l'Académie pour l'usage de l'Administration centrale du département du Léman-. Ce mémoire, qu'on retrouve annexé au registre de la Société Economique, lui l'ut présenté le l "2 décembre 1798. Transmis, moyennant quelques abréviations et quelques remaniements, à la Muni(i|ialité, il fut adressé par celle-ci, — c'était la voie du service, — à l'autorité départementale. Voici cette pièce qu on voudra lire en entier.

Elol de l'iiislruclion et de ce qu'elle coiite par an. Remis le 'Tj frimaire an Vil i li' décembre llUft)'-'.

Les professeurs (jui composent l'Académie de Genève, rerpiis par la Société Economique de lui donner des renseignements siu- les établissements relatifs à rinslruction publicpie (pii sont (ni activit<^ dans notre ville, avec la notice des différents objets (pii y sont enseignés, des professeurs et des instituteurs qui y sont employés et des traitements (|ti"ils reçoivent, pour les faire passer à la Municipalité et de là à l'Administration centrale, observent d'abord, conl'orniénient à ce qui a été réj)ondu provisoirement par l'administration nuinicipale à celle du Départeinenl, (|iie nous n'avons aucun établissement communal et pidjlic d'instruction, mais seulement des établissements parliculiers, dont cependant Ions les citoyens peuvent pioliter.

L'induenco que ces établissements ont eue juscprà ce jour sur la prospérité de notre ville pour y étendre les lumières et y maintenir la moralité, influence que le gouvernement a reconnue depuis l'épocpie de la réunion et fpi'il a honorée de l'approbation la plus llatteuse par l'organe du ministi-e de l'intériein-, ainsi que l'espérance que nous avons de les conserver sous la forme dont nous

' Rcg- Soc. Ec, 3 nov. 1798 (13 tjriiiiiairel : « IjO citoyen Prévost a dit qu on doit comniniiiqucr à la <( Compagiiio des pasteurs le réi^leinent sur lorganisation de 1 iiislructioii ; mais qu'avant de le faire il n faut que la Société arrête le litre qu'on lui donnera ; et il demande si ce titre sera Règlement sur ior- « ganisation de l'instrucliun publique ou simplement Règlement sur l'organisation de l'instruction ; « et Ion a arrêté d intituler le règlement dont it s'agit : Règlement sur l organisation de l Instruction. «

* Dès le 19 juin, la Société Économique avait chargé le recteur Prévost de rédiger un exposé de n l'état de linstruction publique genevoise. » Ce travail, <[ui lui fut apporté à la séance du lendemain, servit d avant-projet au mémoire déliuitif. (Reg. Soc. Ec, 19 et 20 juin (!'''' et 2 messidor| 1798 et Pièces annexes /. E.9.\

' Les modilications apportées à ce rapport par la Société Economique et par l'autorité municipale avant sa transmission à l'Administration centrale du Département, c'est-à-dire au gouvernement, sont indiquées entre parenttièses ou en note.

UNIVERSITÉ DE GENÈVE. il. 4

avons pris l'Iial^itiKle et qu'un succès constant a justifiée, et notre confiance dans les vues du gouvernement auquel nous nous empresserons toujours de témoigner notre déférence, nous engagent néanmoins a|)rès cette observation préalable, à entrer dans les vues de la Société Economique et à lui donner les renseignements qu'elle nous demande sur notre éducation, ci-devant publique.

Les établissements d'instruction ont été de tout temps chez nous divisés en deux classes, savoir : la Haute et Basse Ecolo, dont la dernière est destinée à l'instruction graduelle des enfants jusqu'à l'âge de puberté, ou en\iron, et la première continue l'éducation de ceux dont les aris mécaniques ou le commerce ne revendiquent pas alors le temps en entier et qui veulent s'instruire à fond dans la littérature, les sciences et la morale et se préparer ainsi à embrasser les divers états de la société dont ces connaissances approfondies sont un préliminaire indispensable.

L[a Basse] École, connue [à (îenève] sont le nom de Collège, est divisée en neuf classes. Les enfants y sont admis dès l'âge de cinq ou six ans. Les trois classes inférieures sont destinées à l'enseignement de la lectui'c, de l'écriture, de l'orlhographe française et des premiers principes du latin. Dans les classes supérieures, les écoliers a|)profondissent l'étude de cette langue, y joignent celle du o;rec et se l'ormenl à la littérature. On met entre leurs mains les meilleurs auteurs, historiens, orateurs, poètes, etc. L'ex|)li(iilii)n (pTon leur en donne et les remarques variées que l'on y joint meublent in tète de vitw's. qui veulent en profiter de connaissances élémentaires, en géographie et en histoire.

Hors de l'enceinte du Collège, une seconde école publique d'écriture est ouverte dès longtemps aux citoyens qui, vu le quartier (|u'ils habitent, se trouvent plus à sa portée. Les enfants (|ui commencent et les jeunes gens qui désirent se perfectionner y sont admis séparément.

Dans le voisinage de cette école, on en a depuis peu d'années établi une autre, qui est connue sous le nom <\' école primaire. Les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe v reçoivent à des heures tlifierentes des leçons d'orthographe et de grammaire françaises et d'arithmétique'.

L'étude de la doctrine et de la morale évangéli(|ue est partout joinle aux autres objets d'instruction. Mais, ramenée aujouid'hui à sa simplicité primitive, cette étude n'admet plus chez nous aucun genre de controverse^.

L'Académie se transporte ciiaque année, à jours différents, dans chacune des classes du Collège pour fain; subir aux écoliers des examens, connus sous le nom à' Interrogations.

' Modification : « Dans le voisinage de ceUe école il y en a une autre, qui est connue sous le nom « à'école primaire où les jeunes gens, » etc.

* Modification : « I/étude delà doclrine et de la morale évangélique est partout jointe aux autres « objets d'instruction, ramenée à sa simplicité primitive et exempte de toute controverse. »

L'Ai-uléiiiie propose ciuore, pour chacune tles classes, des sujets de [irix annuels, sur les objets d'étude particidieis à chacune d'elles, et le même corps les adjuge. D'autres prix de sagesse et d'application sont distribués en présence de tout le Collège et de l'Académie *.

Le Collège est, ainsi cpie l'Académie, présidé par le recteur. Il est de plus sous l'inspection journalière et immédiate du principal, qui, logé dans son enceinte, surveille également et les maîtres et les écoliers.

Au sortir du Collège les jeunes gens passent dans l'auditoire de Belles lettres, auln-menl dit d'élofiuence et d'humanités. C'est par un jugement de l'Académie, cpii suit avec soin leurs progrès dans les classes et prononce sur la capacité et l'application aux études de chacun d'eux, (|u'ils sont admis dans cet auditoire. Deux professeurs leur enseignent la littérature française, latine et grecque. On lit avec eux les meilleurs auteurs (|ue l'on explique et que l'on commente. On les forme tant à la version littérale qu'à une interprétation plus hartlie cl plus élégante. Ils apprennent aussi la rhétorique et les règles de l'éloquence, dont la lecture des auteurs choisis, soit poètes, soit orateurs, soit historiens, leur offre de fré(|uenles applications. Ils récitent ou lisent encore, dans cet auditoire, des pièces de leur composition. Les principes de leur langue leur sont développés avec soin. On fait aussi avec eux un cours d'histoire et on les dirige à cet égard dans le choix de leurs lectures domestiques. Enlin les étudiants de Relies lettres reçoivent du professeur de Mathématiques quelques leçons élémentaires (l'arithmétique et de géométrie qui les préparent à entrer dansTaudiloire de Philosophie et achèvent de remplir tout leur temps.

On ne doit pas oublier, dans cette classe de nos professeurs, que l'on a eu de temps en temps des professeurs honoraires d'Histoire, agrégés à l'Académie sous l'obligation île donner des leçons.

Les étudiants de Belles lettres restent deux ans dans cet auditoire [et font un examen chaque année]. De l'auditoire de Belles lettres on passe à celui de Philosophie, oîi l'on reste aussi deux ans. Par une ancienne institution, qu'on a jugé sage de maintenir, les deux professeurs sont chargés conjointement de l'enseignement de tout ce qui est relatif h cette science. Actuellement l'un d'eux enseigne la physique et l'autre enseigne principalement la philosophie rationn(dle. Le professeur de Physique comprenti dans son cours la physique générale et particulière, les éléments d'astronomie, ceux de la chimie, etc. Son cabinet de physique expérimentale le met dans le cas de donner au public par souscription des cours de cette science. Celui qui enseigne à présent la philosophie rationnelle divise son cours en deux parties, dont l'une traite de la logique et l'autre de l'analyse des sensations, ou idéologie. C'est à quoi dès longtemps

' Modi/Ualion « Daulres prix sont adjuges aux écoliers qui se sout distingués par leur sagesse « et leur application, o

28 I-A SOCIKÏK ÉCONOMIQUK. 1798

il se borne ciuiiiil à cette ljr;mche de I iiistriielioii ()liilos()[)lii(|ii(;. Il y joint ehaf|ue aiitu'^c <|iiel(|iies leçons sur des matières de pliysi(|ii(; détachées et en particulier sur celles (|ui ti'aitent dobjets liés à l'analyse des sensations, cest-à-dire sur ro|)li(|ue et sur raconsti(|ue. Il s'entend pour cela avec son collègue dont le cours très étendu permet l'acilenient (|uel(|ues i-etranchemei.ts.

Le professeur de Malhéniati(|ues enseigne h; calcul, ralgébrif|ue, la trigononiélrio, les sections conitpies, et si les talents, le zile et rap|)licalion de ses étudiants lui permettent df. bîS pousstu' davantage, il les introduit dans les hautes niatliémati(|nes.

{]n professeur h()norair(; tb; Mècani(|ue analvti<|U(^ se lient prc'-l aussi à donncu'des leçons dans le cas où des amateurs de celte science, ou ties jeunes gens assez avancés poui' l'étudier, l'inviteraient à ouviir un auditoire.

[Les citoyens Desaussuie et Kertrand sont professeurs «'■mérites de celte classe, le premier pour la Philosophie physicpie o[ rationnelle, le second pour les Mathématirpies].

Les étudiants de l'hilosophii' reslcnl dt'iw ans dans cel audiloire <■! font un examen chafpu; année;'.

Un proi'esseur de Droit ens(Mgne ii ceux (pii \eiilenl s'instruire dans la législation, et se former à l'état d'homme de bii, le droit nalui-«d et civil. Ledioil romain, ipi'on a toujoui's enseigné dans cet audiloire, comme supplément aux lois, peut encore être envisagé comme document infiniment utile et comme monument histoi'icpie propre à étendre; les idées. (]e professeur traite aussi [depuis la réunion] des lois de la R(''publi(|ue.

On enseigne enfin les principes de la morale et de la religion naturelle et révélée dans l'auditoire tie Théologie. On y forme ii rélo(|uence de la chaire les jeunes gens cpii se destinent à être ministres de notre culte. La religion idirétienne y est l'amenée à sa simplicité primitive, selon la doctrine des protestants, et dégagée de toutes les superstitions dont le temps l'avait obscurcie. On s'abstient de toute controverse pour éviter b's inconvénients du genre polémi- <|ue. Aux deux professeurs île cet auditoire est joint un pi-ofesseur de Langues orientales, qui enseigne l'hébi'eu et les règles d'une saine crili(|ue.

Un professeur honoraire d'Histoire ecclésiasti(|ue est surtout chargé de démont rt-r historiquement (pie les premiers temps de ri']glise chrétienne sont ceux, de toute sa durée, où la religion simple et bienfaisante, récemment enseignée par ses fondateurs, se liait le mieux h la moi'ale et contribuait le plus eflicacement à la félicité des peuples cpii renonçaient auxerreui'S du paganisme pour l'adopter^.

' Modification : a Les étudiants de Pliilosopliie restent deux ans dans cet auditoire. Ces éludes, « communes à tous, sont suivies de colles qui sont destinées aux étudiants qui ombrassent une vo- « cation parliculicre et délerminée. »

^ Modification : a II y a enlin un professeur honoraire d Histoire ecclésiastique qui donne des leçons « régulières eu se conlbrnianl aux mêmes principes, u

L'enseigiiemciU de cet auditoire complète, pour les lois naturelles et pour la doclrine relative à Texistence de Dieu et à riiiiniorlalité de ràiiie, (|ue l'on tire des lumières de la raison, l'éducation aiitecédeiile. [On a mis toujours un oinnd prix à Genève à ensei<rner les principes de la morale et de la religion nalurelle et révélée, [)onr renforcer par un ressort actif l'éducation pnljlif|ue et domestirjue, et tr'est à cela (|ue Ton doit évidemment les succès de l'une et de l'autre. La continualion de cet enseignement est une conséquence nécessaire de la simplicité et de la purelé il'une religion qui ne saurait faire d'ombrage à l'État]. L'habitude (|u'a ( liaque professeur d'intei'roger les étudianis de tous les auditoires de notre Académie y produit d'excellents elTets. Elle enflamme constamment leur émulation; elle les accoutume à l'atlenlion et à rendre compte, sur le champ et en lernies choisis, de tout ce <|ui leur est enseigné '.

Etal des revenus fixes des fonclioiiiiaires de L' Inslniclion [publique].

Les régents du (Collège (y compris la classe dite de la Monnaie, (|ui est une classe d'écriture)^ ont chacun de S,5() à 1000 florins, ce (|ui lait en Livres de France environ 450 francs.

Ils sont logés et ont chacun un jardin. Ils ont en outre en ble de \'\ à 26 cnupes. Leprixd;i bh' était souvent 1res haul à(ienève. l'ar une niovenne modérée on r(''valuait à 16 francs la coupe au moins.

Le casuel dépend du nombre de leurs écoliers t;t |)ar des a|)proximalions sullisantes on peut estimer (|u'il va de 672 llorins à 2545 florins, ce qui fait de .330 à 1200 francs. Il est plus l'oit pour les classes inférieures. Et récipro(|uemenl le levciiu lixe est plus fort [lour les classes supérieures. Le casuel est payé par les particuliers.

T/école pi'imaire d'orthographe et arithméli(|ue poui- les lilles el gar(,ons produit au régent, de revenu fixe. 280O llorins, soit environ KiOO fraïus. En outre il y a un casuel payé par la Société Econoini(|ue, (|u'(M1 peut cxaluer à 1260 florins, soit environ 600 francs, et un autre casuel paye par les parliculiers de 324 llorins, ce r|ui fait environ L50 francs.

' Inséré à la Municipalité : » C'est un usage coiislaul dans les Anililoiius d inlL-rroger les êludianls, 0 au commencement de chaque le^ou. sur l'objet de la leçon précédente el de leur faire subir, avec 0 quelque appareil, des examens annuels, n

0 II y a une école de Dessin où l'on enseigne les principes du dessin et où les jeunes gens peu- <c vent acquérir dans ce genre les connaissances utiles à la vocation à laquelle ils se destinent. Celte « école est dirigée par deux maîtres*. »

t( Enfin il y a quelques petites écoles où Ion enseigne la lecture, 1 écriture et lorlliograplie. Il <i y a des pensionnats où l'on donne les mêmes enseignements que dans les hautes écoles, u

«Tel est le tableau des écoles particulières établies à Genève. En général on y forme la jeunesse aux vcr- « tus civiques et domestiques; on lui inculque de bonne heure des principes de subordination et d ordre.»

' Alodificaliun : « Y compris la seconde classe d'écriture. «

• Jeau Jaquet et Vanièrc.

30 LA SOCIKTÉ KCONOMIQUE. 1798

Il y a un principal du Collège, logé el ayaiil un jaidin. il y a iieuC professeurs jiayés, avant ciiacun 2000 florins de paie fixe, ce (pii l'ail un |)rn plus de 940 francs, el en outre 7 ont 28 coupes de i)lé, 2 n'en ont (pu; 14. Les professeurs n'ont aucun casuid.

Il y a deux ljibliolhé(;aiies cpii oui le logement el un jardin '.

IjCS modilicalious (|uc' la Socit'té l'ircjiioniifiue a lait subir au Icxle cidessus, avanl tic le laire suivre à son ailrcsse, pi'ocèdenl du désir évident de présenter If) u le l'instruction donnée à Genève comme étant ilii domaine privé el en outre d'éviter tout ce (|ui semblait pouvoir éveiller les susceptibilités tl'une autorité catholir[ue. Ce mémoire, destiné au gouvernement, ne paiail cependant pas avoirété envoyé à Parispai I Admiuistialion centrale du département. Le ministre de llrilérieur, alors chargé de llnslruclion publique, François de Neulchàteau, en relations de courtoisie avec plus d un (îenevois, et d'ailleurs bien disposé pour leur Académie, puisait ses inspirations à une autre source. 11 avait sous la main Félix Desportes, revenu, à la (in (\c septembre, après avoir installé les autorités du Léman. C'est avec lui, comme, cela va sans dire, avec le chef de la T)'' division du ministère dont relevait le bureau de l'enseignement, le citoyen Jacfpiemonl, ipi il continuait à traiter ces sortes de questions.

m. — LK .Rin 11 INSTltUCTlON. HKTAIU.ISSKMKNT MK i.\ CUMUK VK MKnEClNE. LE PHO.IET d'école centrale du département du LÉMAN.

Le ci-devant commissaire du Directoire n'avait pas cessé de s'occuper des al'faires de la République annexée et, à Paris même, lui aussi songeait à l'organisation de son instiuction publique. Au cours de l'intrigue qui avait mis Genève à ses pieds, il n'avait point épargné les belles promesses. S'adressant aux gens de lettres, aux savants, aux artistes, il avait répété celle

' Inséré à la Municipalité : « L'écolu de Dessin a doux maiU-es payés par l.i Sociélo Economique, « ayant cliacun 300 francs arijciil courant el un logenienl avec un petit jardin joint à l'un des deux logcu menls. II y a 30 écoliers par classe. Elle est sous l'inspection ordinaire de la Société des Arts. » (Reg. Soc. Ec, Annexes II'''', L. 7.)

LE JURY d'instruction 31

de faire rapidement bénéficier leur ville des vastes ressources qu'un grand pays comme la France peut consacrer aux établissements de haute culture. Pour dégager sa parole, il avait obtenu du ministère de l'Intérieur l'attribution d'un certain nombre de tableaux italiens à la Société des Arts et l'envoi dune collection d histoire naturelle, destinée à former le novau d'un musée départemental, collection que François de Neufchàteau avait accordée dans les termes les plus flatteurs.

Parmi les hommes distingués que cette attitude paraît avoir séduits en quelque mesure, on a cité le peintre Saint-Ours. Il semble qu on doive ajouter le professeur Henri Boissier, rentré à l'Académie au moment de l'annexion ' et que Félix Desportes désigna pour faire partie de la première municipalité, probablement aussi, quoique peut-être moins complètement, .Marc-Auguste Pictet et, à leur suite, le docteur Louis Odier-. En tout cas on les trouve, tous les trois, au nombre des correspondants genevois de Desportes et on les voit, au lendemain de lannexion, résolus à poursuivre auprès de leur nouveau gouvernement, non seulement le maintien, mais encore le développement de l'Académie.

Tandis que les « Sociétés » projettent, discutent, amendent, ratifient leur règlement et leur mémoire sur l'Instruction, le D'" Odier, qui n'en fait point partie, vu léchée de son projet de chaire de médecine, en 1789, a rédigé pour Boissier, qui la adressé à Desportes, un mémoire approfondi sur rap])lication éventuelle de la loi du '.i brumaire an 1\' aux écoles de Genève. Ce travail, signé Louis Odier D. M. incnihrc ilc la Société pour l'avuncenicul (les Arts, <le lu Société des Sciences naturelles, de la Société royale de médecine d' Edimbourg, de lu Société médicale de Londres, etc., etc., et'que Desportes piit la peine de taire transcrire et de contresigner île sa main, lut soumis par lui au ministi-e de llntérieur, dès le 13 novembre. Il était accompagné d un tableau du corps enseignant de l'Acadéniie et dune liste de canilidats aux chaires quOn pourrait créer, annexes très vraisemblablement ajoutées par Boissier au mémoire i\\\ ddcteur".

' Reg. [Sénat] Ac, 16 mars 1798.

' Cf. I, 577 s., 590 s.. 604 s.

* Dans une lettre que le doeleiir Odier adressail. Ie22 septembre (1'"'' vendéiiiiaire| à son fils Jean- Louis, étudiant à Paris, il pai-le de son intMnoire en ces tei-ines ; « Comme nous sommes artuelle- « ment organisés en déparlemeiil, il sera bientôt question sans doute de créer chez nous des Écoles

« Etat ncliicl (le l'Actidcinic de (ïc/i)'veK »

« I. — l'rofessriirs avec ciDoliimriils . »

A itdiliiirr lie ISclli's Iftlrcx.

Lani^iies anciennes, elc Le ciloyen Du villai-(l.

lielles lellres françaises

Le ciloyen W'elx'iv ( ira m ma ne (iciierale .

Andilnirr île l'liiliisiii>liip.

Physi(|Me i^c'lierale el e\|)('Tini(Milale . . Le citovell l'iclel.

IMiilosopliie iMliniinelle, l()oi(|iic . . . . Le «'itoyen Pi'ovosl.

Malli('niati(|iies Le ciloyen L"lliiillier. acliielle-

nient rei-teiir.

.1 iidiliiirc c/c l)ri)il.

Droil Le ciloyen Lel'oit.

M priniiiiiTs, iiiH' l'^colr coiilrjlr et pr-rihiihlt-iiiciil ijih-Iihk^s l'^coles sproialcs. On ;i (Irjâ (•«■iiiis plii- (I sieurs nirinoircs sni' cel «bjcl. M. le pi'dl'cssour lioissicr. qui on «.'Sl l'iiuleiir, i'I ax'eo qui j'eus « laulre jour une ronversalion à ec sujet, nie pria de lui melire mes idées par écril, pour les faire « parvenir au niinislrc. J en ai l'ail un petit niéinoiro que je lui ai remis... elc... On est bien disposé (( pour nous. » (Correspondanre inédile di' Louis (Jdici' appai'tenant à M. ol M""^ Paul Naville. extraits rc'-unis en rahiei's par sa (ille Aini'-lie s<ius le lilrc \\t' Sititvi'iiirs sur Ir /)'' Odifr. \'.V' raliii-i".

Le 2 iléoenihre I T'.tS 112 friinairel, Odicr écril à Daniel De la Koclie, médecin genevois établi à Paris : ic Je ne suis pas bien édilié îles nouvelles propositions qu on fait au Corps Législatif sur « l'cnsoigneinenl de la médecine en France. Sans doute les études de médecine el de chii'urgie (I coïncident jnsqn à un certain point. Mais les confondre en tout, n'en faire qu'une seule el même " profession, exiger les mêmes examens jiour les unes et pour les auti'es. c'est s'exposer à n'avoir 0 plus (jne des sujets au-dessous du métliocr-e. et. loin de relever par là la chirurgie, je suis per- »( suadé que c'est le moyen de la dêgi'ader. Quant aux six écoles de médecine qu on se propose « d'établir, cela me parait encore mal vu. Il me semble que le plan de Daunou, qui n'en voulait « qu'une complète, à Paris, et une secondaire dans chaque chef-lieu de déparlement, sérail préfé- « rable. C'est (■<■ si;r' i|uoi j ai lorlemcnl insisté dans un mémoire sur 1 instruction publique qui Il ma été demandé par un de nos administrateurs, el qui a été mis sous les yeux du minisire de Il l'Intérieur, des représentants du peuple, Chénier et Mathieu, el des membres de l'Institut na- II tional, l.acépéde el Grégoire. Je ne 1 avais point composé pour cire montré à tant de monde. Il Mais M. Desportes, à qui on l'a envoyé, s est empressé d en distribuer des copies et m'a écril Il l;\-dessus une lettre fort obligeante. Dans ma réponse je vais lui parler de 1 hôpital mililaiic pour Il I intéresser en ma faveur. » (lliid.. p. 9 s.| Odier sollicitait une place de médecin à 1 hôpital militaire qu'il était alors question de créer à Genève.

Le ou les mémoires de Boissier, auxquels il est fait allusion dans la première des lettres ci-dessus, ne se trouvent point au dossier des Archives nationales. On peut en inférer, si I information est exacte, qu'ils n'élaient pas destinés au ministre on qu'ils ont été remplacés par le niénioiie d Odier et i|n'il n'en est resté que les annexes.

' Cf. I, GIO. On reIrouveiM plus loin la plupart des noms de ce tableau.

LE JUHY D INSTRUCTION 33

Auditoire de Théologie.

Morale naturelle et chrétienne .... Le citoyen Picot.

Théologie critique Le citoyen Claparède.

Langues orientales Le citoyen Déroches, principal

du Collège.

Histoire ecclésiastique Le citoyen Pasteur, professeur

honoraire.

II. — Professeurs honoraires, mais qui donnent ou ont donné des cours publics et gratuits comme les autres professeurs.

Histoire Le citoyen Boissier.

Mathématique anaIyti(|iio Le citoyen Maurice.

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