III. — Professeurs émériles
Philosophie Le citoyen Desaussure.
Mathématiques Le citoyen Bertrand
Histoire Le citoyen Mallet.
Dioit Le citoyen Cramer.
Citoyens qui paraissent propres ri remplir les chaires qui deviendraient vacantes et celles qu'on pour/ ait instituer :
Belles lettres françaises et grammaire générale Le citoyen Mestrezat.
' Le citoyen EJoissier, profes-
. . ) seur hoiioi'aire.
Histoire universelle
1 Le citoyen Mestrezat, ci-
' dessus.
Mécani(|iie analytique Le citoyen Maurice, professeur honoraire.
Botanique et économie rurale Le citoyen Vaiicher.
Botanique et piiysiologie Le citoyen Decandolle, ac-
tuellement au Jardin îles plantes a Paris.
E(;onomie rurale Le cito\en Pictet-Rochemont.
Chimie et miiK-ralogie Les citoyens Tingri, Desaus-
sure lils.
Zoologie et anatomic Le citoyen .Jiirine.
l' Le citoyen Maurice, prol'es-
. . . 1 • ) seur honoraire.
Astronomie réunie à la mécanuiue analytique. ( ^ . ... ,, ,,
' "^ ' 1 Le cilnven Pictet-Aïallet pour
l l'astronomie.
UMVlKjlTt Uli CENKVK. II. 5
34 I.A SOCIKTli KCONOMIQUE. — 1798
Métlecino Les ('iloyens Odier (;! Hiilini.
Peinture Le citoyen Saint-Om-s.
Sculpture Le citoyen .laqiicl.
N. 15. On a donné ci-derrière la note des professeurs de Théologie, (|U()i(|u'on sente bien (|n'ils ne peuvent pas sous celte acc(ï[)tation entrer dans le plan des Écoles centrales, pour faire connaître d'une manière très exacte l'état actuel de l'Académie de Genève. Au reste ces quatre |)rofesseurs ont toujours partagé avec l(Mirs collègues des autres facultés l'inspection du Collège et des Auditoires.
Le citoyen professeui' Boissier s'offre pour être, sans émoluments, inspecteur, conservateur ou garde du Muséum; les relations qu'il a formées avec plusifMii's naturalistes et auti'es savants de l'Europe le mettraient ;i même de travailler ;i son accroissenKînt. L'on pouri-ail aussi l'orinei- un (]onseil d'administration (\ii Muséum, e<)m|)()si', oiilre I inspecteur, (l(;s citovens :
Pictet pour la l'liysi(|ue.
Tingri
(josse
VaiK'lior ) pour I liistuire naturelle.
.lu ri ne
Saussure (ils
Saint-()ui"s
De la Uive ]> pour les IJeaux-Arls. »
.la(|uel 1
i)cs|)()rl(>s joignit ;iux pièces ([u il («nvovail au ministre une lettre personnolle (Inns la(|U(dl(> il |)r(''senlail ()(Ium' comme pnifrsscnr de ntrdrcnie et oii il |)ro|)osail au gouvcriiemcul la créai ion à Genève d'une autoiilé scolaire nouvelle, su|)('r|>osé(^ en ([U(d(|ue sorte aux anciennes et (pii devait porler le litre de Jun/ il' insli-itrlii>it . Voici cette lettre, dont l'original autographe est aux Archixes nationales :
« Paris, ce ?.'> hrumah-e, nii VII ilf In firpiihlii/ue friinçnisc une et indiiisihie. «
« Félix Despoiies, ci de\.'aHl coiiiiiiissdirr du gaiiverncnieiil à (jenève au ciloijeii François de Neufchàleau, Ministre de l'Intérieur. »
« Citoyen Ministre, j'ai l'honneur de mettre sous vos yeux, 1" un tableau contenant les noms de tous les professeurs qui composent l'Académie actuelle de Genève; 2" un mémoire sur les Écoles primaires, centrale et spéciale, dans cette commune.
Vous le savez, Citoyen Ministre, les principales branches de l'industrie genevoise sont tellement liées au système tl'éducation |)iibli(pie adopté dans
LE JLKY D INSTRUCTION 35
cette ville, que vouloir trop rapidement subvertir celle-ci, même pourlaperCectionner, ce serait porter à celles-là le coup le plus funeste : et c'est sans doute pour prévenir un si dangereux inconvénient que le Corps Législatif, dans sa sagesse, a autorisé le Directoire à ne faire exécuter à Genève la loi du 3 brumaire sur l'Instruction, que dans les délais et avec les précautions qu'il jugera convenables. Le mémoire ci-joint, non seulement présente un aperçu très exact des différences qui existent entre les systèmes français et genevois, mais encore indique quelques moyens propres à rendre ces différences moins sensibles.
Cependant la loi de l'uniformité exigera tôt ou tard une fusion totale de ces deux principes. Pour l'opérer d'une manière plus sûre, et peut-être plus immédiate, je pense, Citoyen Ministre, qu'il serait à propos que le Directoire, usant du droit qui lui a été délégué par le Corps Législatif, instituât d'oilice pour Genève un Jury d'lnstriu:tion, composé au moins de six membres qui seraient présidés par un Administrateur du dé|)artenient. Ce Jury serait spécialement chargé d'organiser les études dans cette commune sur des bases qui lui seraient fournies d'après les renseignements que lui-même auraitété appelé à faire parvenir au Gouvernement. Le Directoire, par son arrêté, pourrait également confier à ce Jury l'inspection des études organisées; ce qui serait d'accord avec les lois rendues jusqu'à ce jour. Rien ne s'opposerait à ce qu'il fût mis sur le champ en exercice, d'autant plus (|ue, l'intention du Gouvernement paraissant être de ne faire pour le moment (|ue des changements peu considérables, et même que des modifications presqu'imperceptibles au système des Genevois, le Jury n'aurait, pour ainsi dire, qti'un pouvoir conservateur et de surveillance. Ses fonctions seraient gratuites : tel est le v(cu des savants dont il serait formé, et qui pourraient être les Citoyens :
Desaussure père, professeur émérile de philosophie;
Fictel, professeur de physi(]ue générale et expérimentale;
L'Iliiilliur, professeur de mathématique, actuellement recteur;
Hoissit'r, professeur d'histoire et de belles lettres;
Lefort, professeur de droit et
Odier, professeur de médecine, auteur du mémoire ci-joint.
Je tei-niinerai cette lettre, (Citoyen Ministre, par une observation (|Me de]uiis longtemps j'étais désireux de soumettre à vos lumières, et dont voire zèle pourra tirer quelque parti pour le maintien d'une des institutions les plus chères aux Genevois. L'.Académie de Genève est à peu près ce qu'était le Collège de France à Paris. Or ce dernier a été conservé, avec son inspection ordinaire, malgré l'établissement des Ecoles centrales, il pourrait peut-être convenir au Directoire Exécutif de suivre cet exemple relativement à Genève, en profitant de la latitude que les Conseils lui ont donnée à cet égard. Si vous goûtiez cette proposition. Citoyen Ministre, j'aurais l'honneur de vous communiquer les
36 LA SOClÉTli licONOMIQUK. 1798
sluliits de l'Académie genevoiso, dont le inéinoire ci-joint ne donne (|ii'iine idée incomplète, el «lui d'ailleiirs sont en (ont conlormes à nos principes républicains. Salut el Iralernité. »
« Fclix D('sf)ortcs,
Rue du Mont-Btanc, ii" 'j2 '. »
[jC nciMi (le .////•// <rinsliii(tif>ii ('lait cinpiiinlé ;'i la loi du :{ hruniairc an IV. Mais raulorilé iiisl itiicc pai' celle loi, dans les départements, était cliargée cxclusivenicnt (lu reciiilenienl et de la sui-\eillance des cor|)s enseignants. Fdie était à la noniiiiation des administrations départementales. On ne saurait lui assimiler celle dont rinstitution était demandée pour le chef-lieu ilu Léman, hupielle devait tenii' ses ponxoirs du Directoii'e l'ixérutif lui-même et recevoir- une mission spéciale-. Il faut reniarquer en outre la composition, toute genc\f>ise, du .lurv dlnstruction suggéré au ministre et la mention caractéristi(pie du « cav/ (h's savants dont il serait formé, » cpii pi-rmct d'allirmer (jiie ces savants, on du moins plusieurs d entre eux, n étaient point étrangers à la pro|)osiliou. Il est difficile de préciser la |)ai't (ju ils ont pu y avc)ir. Mais, puistpiil faut en tenir compte, on est tout naturellement porté à y voir la réponse de lAcadémie, côté des Sciences, aux prétentions autoritaires de la Société Economirpie. On lit en effet dans les procès-verbaux de la Société Académique cpie les » statuts de I Académie genevoise, en tout conformes aux principes lépuhlicains, » furent demandés par l)es|iortes à Boissier et rjue son correspondant les lui fit tenir, au commencement de décembre, avec le concours du recteur l/!luillicr et sous la protection de la même formule ap|)ro|)riée aux circonstances-'.
Nous avons trouvé enfin un billet de Boissier à Marc-Auguste Pictet, qui autorise à conjecturer qu à ce moment ils agissaient de concert. Peu après fjue, sur la proposition de Prévost, la Société Economique eut décidé
' Aiijourd hui Chaussée d'Aiitin. (Arcti. IS'al., F'^ 'i33o.)
' Le Jury d'instrucliou à la uomination de I Adruinislraliuu centrale du département du Lémau tut ronslitué, pour t'arrondissement romuiunal de Genève, le 16 avril 1799, par un arrêté de cette administration (27 germinal au VII). II était composé des professeurs Boissier, Le Fort et Maurice.
' « Le citoyen recteur informe qu'en conséquence d une lettre du citoyen Desporles au citoyen Il Boissier, professeur, il a été acheminé à dresser un mémoire sur nos statuts académiques dans le le but de montrer qu'ils ne contiennent rien de contraire aux lois et aux principes républicains. Il Ce mémoire étant purement particulier, la Société Académique ne le discute pas, et se borne Il à désirer qu'il soit communiqué au président du Bureau d instruction publique de la Société Il Economique. » (Reg. Soc. Ac, 16 frimaire au Vil.)
LE JLKY d'instruction 37
de su|)prinicr clan.s \c titre tic son règlement sur linstruetion le (|ualilic;itif compromettant àc publique, Fîoissier écrivait en terminant sa lettre :
« Mon cher collègue, j'aurais bien envie de vous voir et de causer un moment avec vous Educalion publique. Seriez-vous assez aimable que de me donner un petit rendez-vous demain? Je compte aller à la municipalité d'oiijesors à midi et demie '. »
IjCS collections de lettres particulières que nous avons pu considter sont (I un uiulisnie désespérant sur les événements les plus intéressants de cette année tioublée. La plupart ont nianilestement subi l'épuration (uiliiuiire des correspondances politiques mises en ordre par leurs premiers propriétaires. Les dossiers conservés aux archives [)ul)li(|ues permettent heureusement de combler les lacunes, au moins quant aux questions académiques. La lettre de Michel .Micheli au citovcn .Jacquemont, à laquelle nous avons déjà eu recours, nous a conservé la mémoire de limpression que produisit à Genève, au sein tic la Société l*]conomique et dans la bourgeoisie, cpii n'était point ralliée à la politi(pie de l)es[)ortes, le simple bruit de la démarche laite auprès du ministre île l'Intérieur-.
« Gtnéve. ce 'JS frimaire an VII. <>
« Le Ci/oi/eii Michel Micheli, e.v-niiiiislre de lu ci-darfiil République de Genève, uu Citoyen Jacquemont, Directeur général de l'Instruction publique. «
« Citoyen, l'intérêt ipie vous avez bien voulu me montrer, pour les établissements d'instruction publique de Genève, m'engagea vous entretenir de quelques objets qui y sont relatifs et qui par conséquent se trouvent aussi en rapport avec les importantes fonctions {pie vous remplissez d'une manière si distinguée.
Pour établir les avantages de notre éducation publique, je pourrais citer un grand nondjre de citoyens de Genève, (pu se sont fait un nom dans la République des lettres, et qui se sont distingués par leur amour ardent pour les principes républicains, je devrais suitout faire connaître, combien les connaissances sont généralement répandues ilans cette ville, et de quelle utilité sont pour
' Papiers de Marc-Auguste Pic te t. Collcclion liillitt, O '.if Académie). Ce billet, io premier du dossier. Il esl pas daté, mais le rap|)rorhrmerit qu'on peut faire avec deux auU'es leUios de la même époque, adressées par Pictet à Laréveillère-I^épeaux (21 tirumaircl et à François de Xeufchàleau (Iliid.. O 1|, dont l'une y est mentionnée, permet d'en fixer la date aux premiers jours de novembre 17'.I8.
- Cf. plus haut, p. 16.
38 LA SOCIKTÉ ÉCONOMIQUE. — 1 7'J8
loules les fiasses de citoyens l'intelligence, rinduslrle et le goût du travail (|ni en sont les conséquences; tous ces faits vous sont connus, Citoyen, et il siillil de les rappeler à votre in(''nioire; je dois cependant ajouter (|ue le ciioix de nos instituteurs et de nos professeurs actuels est tel, que dans aucun temps on n'a dû attendre autant de succès de nos écoles.
C'est pour nous conserver ces précieux avantages (|uc j avais sollicité et obtenu que les Conseils autorisassent le Directoire! Exécutif à organiser cette école dans les délais et ai'cr les précautions qu'il jui^rrait convenable.
D'après la tenevir de cet article et les dispositions <|uc j'avais trouvées dans plusieurs membres du gouvernement, j'avais pensé que l'on nous laisserait dans cet état provisoire, jusqu'à ce que l'instruction publicpie fût organisée d'une inanièi'e plus stable, daulaul plus que le Corps législatif parait eu ce moment occupé des moyens de perfectionner cette importante partie de la législation, (^.ependant on m'assure, (Citoyen, qu'il est question de créer [)our Genève un jui-y d'instruction, on va niénie jiisques à nommer les membres (|ui doivent le composer. Ce jury ôlerait-il à nos professeurs le droit de choisir les citoyens propres à remplir les places de nos écoles ? Je ne le |)résume pas, puisque nos écoles n'ont été jus(|ues à ])résent que des écoles particulières, dont les ci-devant Genevois seuls font les frais, quoi(|ue tous les habitants du département y soient admis; mais je (;rains que la création de ce jury ne donne des in(|uiélud('s sut- la stabilité de nos écoles, el(|U('((da ne j)roduise des effets fâcheux.
Des citoyens zélés et bien intentionnés ont pu provoquer cette mesure; il s'en trouvera sans douti; d'autres encore, (|ui proposeront des changements plus ou moins utiles en apparence à nos écoles, mais dont les résultats pourraient bien n'être pas tels qu'ils s'en flatteraient. Je pense donc. Citoyen, (|u'il est extrêmement important que le Ministre ne décide rien sur au(;une proposition relative à nos écoles, sans avoir demandé des informations sur l'objet à nos professeurs qui par leurs lumières, leur patriotisme et leur expérience méritent toute l'oniiance.
On a dit par exemple que le professeur Prévost n'était pas au nombre des jurys. Cet habile homme a été membre de l'/Xcadémie de Berlin sous le fameux Frédéric ; il en était fort estimé. Il a traduit les tragédies grecques et a donné un ouvrage sur la source du plaisii' f|ue l'on trouvait dans les beaux-arts. Il a fourni aussi des mémoires sur l'aimant. Il a encore publié une traduction des ouvrages métaphysiques de Stewartl et cette tratluction est enriclne tle notes et observations très bien faites.
C'est assez vous en dire, Citoyen, pour vous prouver (|ue par l'universalité et la profondeur de ses connaissances, le citoyen Prévost serait un sujet très précieux pour un jury d'instruction. »
LE ILIIY d'instruction 39
On sent que Micheli proteste parce qu'on Fen a prié, avec la conviction que sa protestation n'aura aucun succès. Dès le .50 décembre en elTet le ministre de l'Intérieur adressera au Directoire un rapport conforme aux suf^gestions de Desportes et, le (S janvier I7U9. sera signé larrèlé suivant :
« Paris, le 19 nivôse an VII de la République française une el indivisible. »
« Le Directoire Exécutif, sur le rapporUlii ministre de l'Intérieur, considél'iint (|u"il est aiitoris('' à ne faire exécuter, à Genève, la loi du 3 brumaire an l\ sur rinslruclion publicpie f|uc dans les délais et avec les précautions convenables, arrête ce qui suit :
Art. l. Il sera foi-nié pour les opérations relatives à linstniction publi(|ue dans le département du Lénuin un jury composé de six citoyens.
.\rt. 2. Les citoyens composant le Jury d'Instruction sont ceux dont les noms suivent ci-après savoir les citovens : Desaussure, professeur émérite de Philosophie; Pictet, professeur de Physi<jue générale et expérimentale; L'Huillier, professeur de Mathématiques et actuellement recteur; Boissier, professeur d'Histoire et de Belles lettres; Lefort, professeurde Droit et Odier, professeur de Médecine.
Art. 3. Le jiirv est chargé : l"irexaminer les changements et les améliorations dont l'enseignement actuel est susceptible; 2" de proposer les vues (ju'il croira les plus utiles, en les rapprochant, autant f|u'il sera possible, du système général d'instruction jiublique, sans cependant (|u"il soit astreint à le suivre littéralement; 3" de transmettre, de concert avec l'Administration centrale du département du Léman, au ministre de l'Intérieur, le résultat do son travail, avec le plan d'organisation provisoire qu'il aura cru devoir adopter.
.\rt. 4. Ce plan ne recevra son exécution qu'après qu'il nui-a été ilélinitivement approuvé par le ministre de l'Intérieur.
Art. 5. Le ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté qui ne sera pas inqirimé. »
« Le président tlu Directoire Exécutif,
Laréveillère-Lépcaux . »
« Par le Directoire Exécutif,
Le secrétaire général : hagarde '. »
' Areti. \al., AF III '.ixôl. Miiiiili's dex arrêtés du Directoire Exécutif.
« Rapport [du ministre de l'Intérieur] au Directoire. 10 nit'dse. n Le Directoire Exécutif élnnl « autorisé, par la loi du 8 fructidor an VI. à ne faire exécuter à Genève la loi du 3 brumaire an IV, u sur l'Instruction publique, que dans les délais et avec les précautions convenables, j'ai cru devoir Il lui soumettre mes vues sur les moyens qui me paraissent les plus propres à remplir cet objet. »
« D'après les renseignements que j'ai recueillis et qui m'ont été fournis en grande partie par le
40 I-A SOCIÉTK ÉCONOMIQUE. 1 79<S
On ik; Lrouvc ni dans les procès verhaiix de la Socirtr AciidcMuiquc, ni dans ceux de la Socicté I']con(inii<|U(' la mention dnn*' tiotilical i(jn ollicicllc de la conslitniion du .lury (rinslinclion. C/étail un coup droil poilé à cette dernière et à son Bureau dl'lducalion. Les Ix-néMciaires eurent la sagesse de n'en point souligner la poi'lc'c. Ils l(uiuaienl une autorité nouvelle ([ni devait, tians la pensée du ministre de I Intéiieur, comme on le lit dans son rapport, se substituer « aux anciens pouvoirs acadi-niicpies, » mais dont les attributions étaient juscpià nouvel ordre puremcnl consultatives cl subordonnées aux décisions ministérielles. La riposte ne se lit point atlendi-e. Dés le mois de lévriei', une lettre de (îenève, d(>stiné(> à être mise par un intime sous les veux du président du l)ircil(iire et coniniunM|U(''e |)ar lui à (Mii (le droit, mit en garile le gouvernement de la Hépiiblupie Irancaise
« (Mlov**!! Félix Dosportes, ci-ttevanl coniniissairc du j^onvornoinent j\ Genève, je me .suis coiiviiiiicu « (|iril y aurait eirecliveinenl de f^rave.s iiicouvi'niciits à délruire tout à roup I édifice de l'instiuctioji Il qui existe dans rette ooniinniie. pour élever à sa place celui ipii est adopté dans tout le reste de la « Uépublique. Je n en vois presipie pas au contraire, non à laisser subsister le système actuel dans « son entier, mais à le modiller de manière que, sans s'éloif;ner absiilunKiil île ce qu il est. il se « rapproclie insensiblement de ce qu'il doit être. »
« Il existe à Genève denx Ecoles distinctes. L'une, destinée à l'enseignement des premiers èlé- « ments de la lecture, de l'écriture, de la grammaire, des langues anciennes et de la littérature, est « connue sous le nom de Collège. L'antre, principalement destinée à 1 enseignement des sciences Il porte le nom d'Académie. Elle est divisée en quatre Auditoires, savoir de belles letlres, de plii- II losopliie, de droit et de théologie. »
Il On pourrait donc laisser subsister la première école comme une forte école primaire et la sen conde comme une École centrale *. en ne conservant de V Aiiclilnire de théologie qnc l'enseigne- (I ment de la langue hébraïque, qui en a toujours lait partie, et en faisant de VAiidittiire de droit Il l'école de législation. »
Il Mais, pour opérer dans les diverses parties de l'enseignement de ces denx écoles les réformes Il nécessaires, j'ai pensé qu'il serait à propos de nommer un jury d'instruction, composé d hommes (' distingués par leurs lumières et leur patriotisme. Celte institution, qui fera d abord tomber les Il anciens pouvoirs académiques, sera en même leiniis un premier pas vers les formes établies par Il la loi du 3 brumaire. »
Il Parmi les savants que Genève possède en assez grand nombre, on distingue les citoyens De- II Saussure, [etc.. suivent les noms de l'arrêté]. Ce sont en même temps ceux que le citoyen Félix 0 Desporlcs m'a désignés comme les plus capables sous tous les rapports d'opérer les réformes (I nécessaires. En les constituant en jury d instruction ils seront chargés : l" d examiner [etc.. cunime Il ci-dessus dans l'arrêté, sauf cette phrase retranchée du dispvsiti/':] de voir enfin ce qui peut être Il détruit sans inconvénient et ce qui doit être conservé. »
Il Je terminerai par une observation qui me parait devoir ajouter un nouveau poids à la mesure Il provisoire que je propose. C'est que, le système d'instruction publique étant sur le point d être n modifié dans quelques parties déjà organisées et complété dans celles qui ne le sont pas encore, il Il paraît convenable d'attendre que le Corps législatif ail fixé l'ensemble du système de l'inslruclion Il sur des bases invariables pour l'appliquer définitivement an département du I^éman comme à tous Il les antres départements de la République. «
Il Je propose en conséquence an Directoire exécutif le projet d'arrêté ci-joint. » (Arcli Nat., F" li'SHS. I
* Bî(lé : << rapprocliée de ce qu'est à Paris le Cvilège national de Fratu-e. »
LE JURY El'lXSTKUCTION 41
contre le civisme douteux des aristocrates dont il venait, dans son ionorance des hommes et des choses de la ville annexée, de former le Jurv d'Instruction. On fut dès lors assuré que les propositions du dit jurv ne seraient point ratifiées aussi facilement que l'avaient été son institution et sa composition '.
La lettre adressée à Laréveillère rappela évidemment au citoven Jacquemont, (|ui en fut nanti en sa qualité de directeur de l'instruction publique, celle qu'il avait reçue quelque temps auparavant de Michel Micheli. Kt, comme une vacance venait de se produire au sein du fameux jui y, il y lut pourvu par uu choix qui donnait satisfaction, sur un point, aux observations de son correspondant. Le 21 janvier 1799, mourait llorace- BéiK'dict de Saussure, le plus illustre des ])rofesseurs genevois du siècle des philoso]ihes-. Frappé depuis plusieurs années par le mal insidieux et cruel qui glace la pensée sous le front du savant victime de son labeur. (|ui brise inexorablement la plume dans sa main, il vivait dans la retraite. On ]>eut affirmer, sans crainte d être démenti, (pi il était complètement étranger à
' n Le Directoire vient do nommer ici un jnry d'instrnclion publique, d'après le r.ipport du citoyen ■( François de Nenfcliàteau ; mais il n'a pas l'ail attention que cet excellent ministre, plein de vues n sublimes, ne connaît point la ci-devant nation genevoise. 11 parait s être laissé entraîner par quelle ques individus qui. sous lappareuee du plus pur républicanisme, ont toujours été les ennemis de " la liberté genevoise, et le sont actuellement de la française. Eh! sur quels principes de liberté Il pourront-ils fonder l'instrnclion publique .' Les membres du Directoire ne doivent doue pas accéder « trop facilement à leurs propositions ; elles pourraient tendre à la destruction de leur grand but. qui (( est d'établir partout le germe de la liberté et la plus grande haine pour le despotisme et l'esclavage. »
Celte note, qui se trouve aux Archives nationales, dans le même dossier qu'un double de l'arrêté du Directoire et le brouillon du rapport de PVancois de Neufchàteau, sous le titre à' E.itiait d une tetlrf de Genève cl la date du 8 ventôse an VII. porte en tète celle apostille : o Elle vient d'une main sûre 1) et en marge celle-ci : « Note recommandée à l'altenlion particulière du ministre de l'Inlérienr, » avec la signature du président du Directoire : I.nréveillcre-f.épeauj-.
Ces indications et le contenu même de la lettre, qui louche à d'autres questions, periuellent de conjecturer, avec peu de chances d erreur, que l'auteur était le pharmacien Henri-Albert Gosse. François de Neufchàteau répondit immédiatement au président du Dire<toire par la note (|ue voici :
« Note pour le citoyen Bévedléie-l.épeaux concernant le Jury- d'Instruction de Genève. — C'est sur 0 la recommandation du citoyen Félix Desportes que j'ai proposé au Directoire Exécutif la composin lion du Jury dinsi rue lion de Genève, telle qu'elle a été fixée parl'arrèlé du dix-neuf nivôse dernier. »
« La plupart des membres nommés sont connus par leurs lumières dans le monde savant. J'ai dû Il m'en rapporter pour leur patriotisme à un homme honoré de la confiance du Gouvernement et qui Il avait résidé assez longtemps sur les lieux. »
Il D après les renseignements qui m ont été communiqués, j'examinerai avec la plus scrupuleuse Il attention, les propositions qui me seront adressées par ce Jury, et j'aurai soin d'arrêter tout ce Il qui pourrait tendre à favoriser le fanatisme on l'aristocratie. |Arch. Nat., F" i333.\
- Cf. \. .573 ss.
l'.mvfrsith; dk c.enkve. — ii. 6
sa récente nomination. I.,e Directoire, sur la proposition du ministère de l'Intérieur, le rem])laça par Pierre Prévost ^
La première conséquence pratique de rinslilulloii (\\i Jury d'Instruction fut le rétablissement de la chaire de Médecine, jadis créée jjour Théodore Tronchin et (pic les anciens conseils avaient dû sacrifier à l'hostilité déclarée du corps médical -. François de Neutchàteau ayant reproduit fidèlement, dans son projet d'arrêté, le titre de « professeur de Médecine » décerné au docteur Odier par Félix Desportes, le Directoire y avait mis le sceau de la plus haute autorité executive de l'I'^lat, en latiliant telles quelles les propositions de son ministre de l'Intérieur. Il était dillicile de n'en point tenir compte à Genève. A la séance du \\) février de la Société Académique, Marc-Auguste Pictet proposa en conséquence, et vu les connaissances étendues et la réputation du citoyen Louis Odier, ainsi que les excellentes leçons (pi'il avait déjà offertes à titre privé aux médecins des campagnes et aux sages-femmes, de l'agréger à l'Académie comme professeur honoraire chargé diin enseignement puhlic. La Société, pour l>ieu marquer son indépendance, renvoya le projet à une commission ; mais la composition de celle eomniission (L'lluiliiei\ Pictet et Prévost), marque hien qu'elle n'eiilendail point tent(M- une opposil ion ehiméricpie '. Prévost était le seul des commissaires qui ne fil point encore partie du .lury d'Instnu'tion cl. à la date (h^ la séance suivante. (Uii eut lieu le .') mars
' Arrêté du 9 ventôse an Vit. \Iiappt)il du minisire de i Intérieur] au Direcliiire Exécutif:
« La mort du citoyen Saussure Uiisse vac.-inte la place de membre du Jury d luslruction à laquelle « il avait été nommé pour la romuiuue de Genève par l'arrêté du Direetoiie Exécutif en date du u 19 uivôse dernier. »
n Le citoyen Prévost, ancien uienibi-e de l'Académie de Berlin, prutesseur de pliiliisophie à Genève. .( savant dans les malliémali(|ues, la physique, la métapliysique, dans les langues mortes, et traducn tenrdu théâtre grec, paraissant réunir toutes les qualités nécessaires pour remplir cet emploi avec » distiuction, je propose au Directoire exécutif de le nommer à la plaii' du citoyen Saussure. Je lui (( soumets en conséquence le projet d'arrêté suivant:
(I Art. 1. Le Directoire exécutif, sur le i-apport du niiuistie de l'Intérieur, voulant remplir le vide « que laisse la mort du citoyen Saussure dans le Jury d'Instruction de la commune de Genève. 0 nomme pour remplir la place vacante, le citoyen Prévost, professeur de philosophie, u
u Art. 2. Le ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas « imprimé. » (Arch. Nat., F" !iXi3.)
-' Cf. I, 590 s.
' Reg. Soc. Ac, I ventôse an VII: « Le citoyen Pictet. vu le choix fait par le Directoire Exécutif « ilu citoyen Odier pour meuibii' du Jury d'Instruction et le titre de professeur que le Directoire (( lui donne dans lacté de iclte numiuatiou. vu les connaissances étendues et la réputation du citoyen