LE PREMIER CONSUL A GENEVE
Lorsque les préfets du premier Consul remplacèrent dans les départements les administrations centrales de la constitution de Tan III, le Léman reçut, pour préfet, du disciple de Rousseau Bonaparte, le disciple de Rousseau dKymar. Ancien membre de l'Assemblée Nationale, auteur de la loi de 1790 sur le transfert des cendres de Rousseau au Panthéon, ex-ambassadeur de la République française à Turin, d'Eymar avait été choisi de préférence à Benjamin Desportes, que son frère, devenu secrétaire général du ministre de l'Intérieur, avait proposé en vain. Lamitié du philosophe, dont il avait joui, disait-il, dans sa jeunesse, son admiration sans bornes pour l'auteur de V Emile et du Contrat social, l'avaient fait entrer en relations avec les compatriotes du citoyen de Genève et il regardait la ville qui lui avait donné naissance comme une seconde patrie. On ne peut douter que sa nomination n'ait été sollicitée par lui-même auprès du troisième consul, Lebrun, et on peut supposer que Jean-Jacques y fut pour quelque chose. Nommé le 2 mars 1800, il arriva dans sa préfecture avec l'ardent désii' de s'y faire aimer.
A peine installé à l'hùtel de l'ancienne résidence de France, d'Eymar eut l'honneur de recevoir le premier Consul. Bonaparte, sur le point de traverser les Alpes avec l'armée qu'il devait conduire à Marengo, s'arrêta trois jours à Genève avec son état-major.
50 l'école sous le consulat. — 1799-1803
On sait que le passage du Grand Saint-Bernard avait été préparé dans le plus grand secret. Pour donner le change sur ses véritables intentions, le premier Consul avait pris des dispositions pour un séjour prolongé. Il avait lait retenir à grand fracas, pour ses généraux, les plus beaux appartements de la ville et, pour lui-même, louer une maison do campagne où il devait faire une cure de lait d'ânesse.
M'"" de Staël a raconté, dans Dix ans d'e.ril, que Necker profita de l'occasion pour voir le nouveau maître de la France et qu'il sut détourner, pour un temps, les effets de la colère qui commençait à menacer le repos de sa fille. Ce qu'elle a oublié, et ce que nous trouvons dans la correspondance inédite de Louis Odier, c'est que la visite était une visite rendue. Bonap:ule, avant d'entrer dans les murs de la cité annexée, s'était arrêté à Coppet. Il V avait passé une soirée et s'était montré animé des meilleurs sentiments pour le châtelain, promettant à son frère, Necker de Germany, la restitution (les deux millions avancés au trésor, en I7H1), par le contrôleur général des finances. C est pour cette raison sans doute que Necker lui-même n'eut pas besoin de revenir sur cette grave question d'intérêts, dans l'entretien que rapporte M™" de Staël, et r[ui roula tout entier sur le sujet qu'elle avait à cœur. Le jiremier Consul ne manquait pas de renseignements sur l'état des esprits à Genève. Une lettre confidentielle de Gosse lavait mis très exactement au courant des sentiments qui animaient les diverses populations du département du Léman'. Mais, selon son habituile, il avait tenu à entendre une autre cloche, celle des châteaux, où Ion commençait à revenir, et c'est probablement ce qui l'avait engagé à souper à Coppet, où du reste il était bien sûr de ne point rencontrer l'Egérie de Benjamin Constant, ayant quitté Paris deux jours avant elle"-, i^e fait que Necker de Germany, le représentant le plus notable des anciennes idées dans les comités de la Société Economique, ])ut entretenir en particulier, ce soir-là, rh()te de son Irére, tandis qu'on l'attendait vainement en ville, a son importance.
' Lettre d Henri-Albert Gosse, pharmacien et odicier ninniripal, an premier Consul, du 22 frimaire an VIII. (Arih. Nal., Fie IJl l.éman •>.)
' Iji'Ure de Benjamin Constant à son oncle, du 16 floréal an VIII (6 mai 1800, et non pas 6 mars, comme le porte par erreur l'édition de ces lettres faite p.ir Mademoiselle ,Menos).