‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 22 sur 82 · LE PREMIER CONSUL A GENEVE · texte numérisé non relu

LE PREMIER CONSUL A GENEVE

tout rétat-major do la science genevoise'. D'Eymar, qui nous a conservé ces détails, ajoute qu'il s'entretint avec prédilection « des hommes célèbres que ce pays a produits, les Calvin, les [Charles] Bonnet, etc. » Avant cette réception, le terrible homme avait convié à sa table ses savants interlocuteurs. .Mais le diner fut troublé par une dernière connaissance genevoise, qui évidemment le Frappa et dut le laisser songeur : la Bibiiolhcque hrilnnaique. Amélie Odier nous l'apprend dans une note qu'elle a jointe à la lettre déjà citée de son père : ■

« Le premier Consul, qui savait très bien apprécier cette sorte d'hommes [les savants] et parler à chacun de son art, invita une partie des nôtres à diner chez lui. Mon père nous raconta qu'à ce dîner, dont il faisait partie, on avertit souvent le premier Consul qu'il était servi, mais il continua à feuilleter tout un volume de la Bibliothèque brilannique en questionnant à mesure M. le professeur Pictel, l'un des rédacteurs de ce journal. Tout le monde était debout ainsi que Bonaparte. Enlin l'on fut manger un diner froid, mais l'on ne resta pas plus de dix minutes à table, ce qui expli(|ua à mon père l'avidité des pauvres ofliciers qui ne perdaient pas un instant en paroles, sachant par expérience que la séance serait vite levée. Leur maître expéditif ne leur laissait guère plus de temps pour dormir que pour manger. Il partit cette nuit même, après avoir reçu dans le jour les clefs de cette belle campagne de Beaulieu, où l'on s'était flatté de goûter quelque temps la paix et le repos. Le tlîner avait eu lieu dans la maison de Saussure. »

« tous ceux qui ont de la ph.ce cliez eux. Nous seron.s obliKes Ueu nvoir un. Bonnpaile loge dans la « maison De Saussure, Berlliier dans la maison Picot A la Kusterie, le général Murât, beau-frére du « premier Consul, dans la maison Turrettini à la Tacounerie, Pescalori chez ton oncle Dassier, etc. « Tous ces Messieurs ont leurs femmes, leurs chevaux, leurs adjudants, et tout cela fait un grand « train. I.a maison de ville, l'hôtel du Préfet et celui de Bonaparte sont illuminés. On lui prépare « la campagne de .Madame De Tournes, à Beaulieu, où il ira demeurer. Le Préfet et toutes les autoc< rites constituées ont été ce malin lui faire visite. J'en étais comme membre du Jury d'Instruction « et, comme j en suis Président, j'ai porté la parole au nom de mes collègues. Il nous a fort bien « reçus, il nous aparté longtemps des avantages de notre réunion et de l'impossibilité où se trouvait « Genève de conserver son indépendance. Il a parliculièrement adressé ces propos A Gervais, qui « lui avait été présenté sur ce qu'il demandait s'il y avait dans l'assemblée quelque ancien Syndic « de Genève. Il m a ensuite demandé à moi des nouvelles de notre culte et de nos mœurs. Je lui ai « dit quenousélions fort attachés à notre culte et qu'il avait été respecté comme il devait 1 être, que .< quant à nos mœurs, elles étaient encore bonnes, et que nous étions à cet égard fort en arriére du .< reste de la France. — Tant mieux! — a-t-il répondu. Jai ajouté que les troupes françaises s'étaient « parfaitement bien conduites dans la ville, et qu elles avaient si bien observé la discipline que nos « citoyennes n'avaient pas cessé de pouvoir aller seules dans les rues. Il a fait ensuite plusieurs « questions i M. Pictet sur la Société des Arts, sur le commerce de la ville, etc., après quoi il nous n a congédiés d'une manière fort gracieu.se. .. {Souvenirs d'Amélie Odier. 14i= cahier, p. 52 s.|

' Lettre du préfet d'Eymar au ministre de l'Intérieur, datée du 22 floréal an VIII, publiée par Gustave Kevilliod, /. t., 320.

54 l'kcole sous le consulat. — 1799-1803

l^a mémoire d'Amélie Odier est en détaut quant à la date prérise du dîner dont il s'agit. Nous savons par le journal ilu professeur Jean Picot, d'accord sur ce point avec une lettre de d'Kymar au ministre de l'Intérieur, que le repas eut lieu le 10 mai; c'est pour se rendre à l'hôtel de la préfecture que le premier Consul se leva de table'. A cela près, il n'y a pas de raison de révoquer en doute les détails tie l'anecdote qu'elle tenait de son père. L'ordre du ilépart général fut donné brusquement aux olllciers dans la nuit du II au 12 mai. Bonaparte, (jui s'était rendu dans la journée à Heaulieu et y avait entretenu tour à tour la châtelaine. M""' de Tournes, de son projet de séjour et de cure de lait, et Berthier de son plan de campagne, quitta Genève, le 12 mai à (i heures du matin. 11 emportait certainement l'impression (pie la vieille renommée de la ville savante était dignement soutenue par des professeurs ilu premier mérite, mais aussi l'idée très nette, qui ne l'abandonna plus, (ju'on y regardait, comme nulle part en France, du côté de l'Angleterre.

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