‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 23 sur 82 · II. — I.K PKO.IKT DKS AUTOIUTKS niCI'AHTKM KNTALKS · texte numérisé non relu

II. — I.K PKO.IKT DKS AUTOIUTKS niCI'AHTKM KNTALKS

L» premier fruit de la faveur consulaire, si hautement témoignée aux membres du Jury d'Instruction, fut la prise en considération immédiate de leurs propositions scolaires par le préfet. Quelques jours après le départ de Bonaparte, le projet auquel la Société Economique avait fait grise mine, et qui dormait ilepuis plus d'un an dans les cartons tlu ministère, fut |)résenté à d'Eymar ( 18 mai). 11 1 étudia avec attention, le fit approuver par le

' Journal de Jean Picot: « 10 mai. Depuis l'arrivée du premier Consul, il y a. près de chez lui. « foule pour le voir ; mais lous les curieux ne réussissent pas, tant il est difficile de lapprocher : « il passe quelquefois des troupes eu revue, et alors on peut le voir; aujourd hui il donne à diner « à quelques-uns de nos savants et demande au préfet de lui montrer les dames genevoises ; en (( conséquence une cinquantaine de ces dames sont, ce soir, rassemblées chez le préfet, avec autant Cl d hommes, parmi lesquels je suis ; les femmes forment un grand cercle, derrière lequel, dans le •I salon, se placent les hommes, de manière à laisser un vide dans le milieu. Bonaparte arrive à « huit heures, accompagné des généraux Lanncs, MarmonI, d Harville, Sauret, Chabran, Cerisia, Il et de ses aides de camp, Duroc, Merlin, etc. Il se fait un grand silence à son entrée, il fixe les Il femmes, sans leur parler, et reçoit ensuite la cour que les hommes s'empressent de lui faire, autant Il respecté sans doute qu'aucun roi l'ait jamais été; il est petit, habillé en général de division, che- « veux noirs sans poudre et ne frisant point, teint jaune, maladif, figure expressive, regard terrible ; « il reste deux heures debout, au milieu de la salle, causant chimie, mathématiques et autres sciences

Conseil général du Département et l'achemina ofliciellement à son adresse le 6 août'. Puis, ayant reçu Tordre d'envoyer à Paris, à l'occasion du premier retour de l'année républicaine, une délégation de notables, pour présenter les vœux des populations, il la chargeait de rappeler le projet en haut lieu. Cette délégation était composée du secrétaire du Conseil général Bastian, représentant la partie savoyarde du Département, du conseiller de prélecture Fabry, du pays de Gex, et, comme représentant de Genève, du fds d'un magistrat de l'ancien régime, Augustin-Pyramus de Candolle, alors débutant plein d'avenir dans le monde savant de la capitale. De Candolle avait été désigné par le Jury d'Instruction pour la chaire de Botanique et de zoologie de la future Ecole centrale, tandis que Nicolas Théodore de Saussure, fils, était proposé pour celle de Minéralogie et de chimie. Déjà, au mois d avril, les deux jeunes savants, venus à Paris pour continuer leurs études, encouragés peut-être par l'un ou l'autre de leurs maîtres de Genève et sûrement par leurs protecteurs parisiens, avaient adressé une requête au ministre de l'Intérieur aux fins d'être nommés par lui, à titre provisoire, et sans traitement jusqu'au moment « où il mettrait en activité la totalité du plan du .lurv. » La requête avait été renvoyée au préfet pour information

(I avec les lioiniiics qui l'abordent ; le général Lannes nous dit que, depuis cinq ans qu'il ne l'a pas « quitté, il ne lui a pas vu accorder plus d un quart d heure à une société de teraïues, et qu'il ne com- « prend rien à sa conduite d aujourd'liui. que c'est une grande faveur qu'il fait à nos dames. On u brùlo un feu chinois dans la cour pour léclairer à sa sortie. » I Papiers de Picot, appartenant à M. le D'' Constant Picot. — Un extrait de ce Journal a été déposé aux Archives de la Société d histoire et d'archéologie de Genève.)

• Lettre du 18 thermidor an VIII au ministre de l'Intérieur. (Arch. Xat., F" i333.) Extrait du Tra\'ail sommaire du Conseil général du Léman, dans sa session du l'^' thermidor an VIII, présenté au ministre de l'Intérieur : o L instruction publique entretenue à Genève, aux frais de la Société H Kcououiiquc-, est la même qu'elle était autrefois soit dans la ville, soit dans les communes rurales 0 qui composaient le territoire ci-devant genevois ; les mêmes soins président à son régime intéa rieur, les mêmes succès justilient encore aujoui-d'hni la bonté' de son ancienne organisation, et « e est un bienfait que partage, depuis la réunion de (ienève à la République française, le surplus n du département du Léman, jusqu'à ce que les lois du gouvernement français y reçoivent leur (I pleine et entière exécution. »

« L'École centrale n'y est pas encore établie, quoique le Gouvernement en ait fait les fonds dés 0 1 an VII inclusivement, fonds distraits ensuite pour le service de la guerre : ce retard tient à un « projet d'organisation que le jury d'instruction a été autorisé à présenter au ministre de 1 Intérieur « par arrêté du Directoire exécutif du 19 ventôse an Vil ; ce projet doit, suivant les termes du dit (1 arrêté présenter un enseignement rapproché autant qu il sera possible du système général de (( l'Instruction publique, si le jury estime que celui actuel soit susceptible de changement et d'amé- « lioration. Maintenant que le jury d'instruction a donné son plan, l'on espère de la sollicitude du <( ministre de l'Intérieur, et de celle du citoyen préfet de ce département, que lécole centrale s'ou- « vrira à Genève dans le courant du mois de brumaire de l'an IX. « (Arch. Nat. , /''• V Léman i.)

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et n'avait pas eu de suite. Mais il est vraisemblable que cette démarche suggéra à d'Eymar l'idée d'appeler à faire partie de la délégation le jeune botaniste, qu'il savait tort bien vu à l'Institut '.

Les envoyés du Léman furent accueillis le mieux du monde. Le premier Consul s'entretint familièrement avec eux. Ils eurent les honneurs du petit salon des Tuileries et du dîner chez Madame Bonaj^arte. Le ministre de la police, Fouché, signa plus de cent radiations de la liste des émigrés, qu'ils demandèrent pour d'anciens sujets du roi de Sardaigne restés fidèles, en 1792, au drapeau de leur prince. Et, quant à leur requête touchant la question scolaire, ils fuient invités à hiisser une note au ministre de l'Intérieur-. Ce ministre était Lucien H()na|)arte, encore au bénéfice du grand service rendu au \H bniniaire, comme |)résident du Conseil des Cinq-Cents et le secrétaire général, investi de toute sa confiance, était Félix Desportes.

On pouvait croire que l'Lcole centrale du département du Léman était faite. Le rapporteur des délibérations du (.onseil général exprimait l'espoir qu'elle pourrait enfin s'ouvrir à Genève en l'an IX. Elle ne sOuvrit jamais. Non pas tant parce qu'avant la (in de l'année 1800, Lucien Bonaparte était remplacé au ministère de l'Intérieur et ([ue Desportes, partageant la disgrâce de son chef, était envoyé avec lui en l^si^agne, que parce que le système des Ecoles centrales, condamné par l'opinion à cause de ses origines, fut abandonné par le gouvernement consulaire. Déjà au lendemain de la démarche des envoyés du Léman, le ministre avait reçu du Bureau

' Requête du 14 germinal an VIII; renvoi au préfet du 18. (Arcli. Nat., F''' i333.) On ne trouve pas la mention de cette pétition dans les Mémuires d'A.-P. de Candolle. tels du moins qu'ils ont été publiés. Mais il nous apprend qu'à cette époque il songeait à se marier et qu il attendait de lorganisalion prochaine de l'École centrale du Léman le moyen de réaliser celle espérance. Il ajoute, un peu plus loin, que, dans la société de savants qu'il fréquentait, les places étaient le but de chacun, n Leur exemple, dil-il, et leur conversation mCu inspirèrent le désir; en même temps que leurs « conseils e( leur protection me furent utiles à ce point de vue. » {Mémoires et souvenirs d Aiigiis- « tin-Pyramus de Candolle, (lenève, 1862, p. 78 et 161.)

^ Les envoyés du Départeinenl du f.énian au ministre de l Inti-rieur. 3 vendémiaire an I.K [de la main d'A.-P. de Candolle.] (Arcli. Nal., /''" 'j.'i.'i.'M Voir le récit de cette mission dans les Mémoires, p. 101 ss.

Le projet de budget dressé par l'Adniiuisti'alion centrale du Département, pour 1 an \'II1, prévoit une somme de 75,300 francs pour l'École centrale (Etat des dépenses administratives judiciaires et autres à la charge du département du Léman. .. pour le service de l an VIII. — Arch. Nal.. F^ II Léman 1.] Ajoutée aux crédits accordés pour l'an VII et disU'ails de leur destination par suite du prêt fait au ministre de la guerre, cette somme eût été plus que suffisante. Mais il eût fallu obtenir le remboursement du dit prêt. L'affaire donna lieu à une volumineuse correspondance entre les bureaux et n'aboutit pas. (Arch. Nal., F^'' i333.)

des établissements d'Instruction publique, dirigé par Dumouchel, dernier recteur de l'Université de Paris, un rapport contraire à leur demande, basé sur la dépense trop considérable qu'exigerait un établissement manifestement provisoire. Et l'on trouve en tête de ce rapport une apostille qu'il faut sans doute faire remonter à une audience consulaire et qui est ainsi conçue : « Point de promesse positive ! » Lucien Bonaparte écrivit à d'iîymar de patienter '.

A la place des Ecoles centrales de la Convention, le Consulat mit les Lycées. 11 maintint, en les multipliant, les Ecoles spéciales supérieures et, en leur attribuant la collation des grades, qu'il rétablissait, fit revivre en elles les anciennes Facultés, avec c('tte différence qu'elles demeurèrent des établissements de l'Etat, réglementés par lui, dirigés par lui, et sans coordination réciproque, sans personnalité universitaire. Ce fut le résultat de la loi de l'an X sur l'Instruction publique et des règlements d'organisation qui la complétèrent.

La loi du I 1 floréal an X, la plus discutée du Consulat, fut en préparation pendant près do deux ans et passa, au Conseil d'Etat, par douze rédactions successives. Le premier Consul, le ministre de l'Intérieur Chaptal, les conseillers d'Etat Fourcioy et Rœderer, qui se succédèrent à la direction générale de l'Instruction publique, les membres du Tribunat Jacquenioiit et Siméon, s'occupèrent tour à tour des multiples projets et des rapports. Au cours des délibérations sans fin dont on n'a pas fait l'histoire, faute de procès-verbaux des séances du Conseil d'Etat, pour cette époque, les Ecoles centrales furent tour à tour abandonnées, rétablies, transformées, puis renversées définitivement à la suite d'une brusque intervention de Bonaparte lui-même-.

' On lit clans les Mémoires d A.-P. de Caiidiille qu'à l'audience de congé des envoyés du Léman, le premier Consul les aborda brusquement avec ceUe queslion : « Qui sont vos députés au Corps législatif et au Tribunat ? » et lit porter- tout l'entretien sur Benjamin Conslaul, qu'il déclara à deux reprises : n Une lionte pour le déparlement, a |P. 104. ) Celle petite scène napoléonienne, rapprochée de l'apostille ci-dessus au rapport de Dnmouclielet des termes de la requête des envoyés au ministre de l'Intérieur, où il est dit que « le plan du Jury a obtenu l'entier assentiment du préfet, du Conseil (I général du département, de nos députés au Corps lèj^islalif et au Tribunat et, eu général, de tous « ceux qui connaissent les localités. » nous fait conjecturer que la requête et le rapport venaient de passer sous les yeux du premier Consul et qu'ayant décidé qu'il ne pouvait être fait de promesse positive aux Genevois, selon son habitude, il écartait, par une vivacité, la conversation qu'il ne voulait point laisser s'ouvrir,

* Voir Liard, l.c. II, p. 1 ss,

LMVKHsiTi' ni: Gi:.\î;vi:. — ii, 8

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L'Ecole de Genève resta en dehors du débat. Mais les intéressés ne le suivaient qu'avec plus d'attention. Lorsque le premier projet de Ghaptal parut, au mois de novembre 1800, énumérant les établissements à conserver ou à transformer, le Jury d'Instruction eut la stupeur de constater que l'Ecole du Léman n'y figurait sous aucune forme. 11 y vit une menace et s'occupa de parer le coup. Un mémoire fut rédigé, rappelant les titres de l'Ecole genevoise et attirant l'attention du «jouvernement sur une singnularité, qui ne pouvait être qu'une omission « involontaire. » Comment concilier ce silence du projet avec les principes mêmes qu'on trouvait formulés dans le rapport à i'ajjpui ?

« 11 est des points mai'qués sur la France, — liisait Ghaptal, — où l'en- « seignement tie certaines sciences et de (piei{|ues arts s'est étalili par un « concours de circonstances quelquefois fortuites, plus souvent locales, « mais c{ue nous devons respecter ])our ne pas perdre le finit de ces heu- « reuses institutions... .le ne connais que deux princijx's cpii puissent « guider dans le choix de l'emplacement des Ecoles spéciales : d'un côté « l'exemple du passé f[ui a vu prospérer pendant des siècles sur un point « déterminé tel art ou telle science; île l'autre une réunion bien établie « d'hommes capables de bien enseigner. » Gt)mment admettre (pie Genève ne ilùt pas être mise au bénéfice d'une telle argumentation?

L'auteur du mémoire montre cjue le projet des autorités du Département peut s'applicpier aussi bien à une école supérieure spéciale (ju'à une école centrale et conclut à l'adjonction au nouveau plan d'instruction publi([ue d'un article conçu en ces termes :

« L'Académie de (îenév(\ oronnisée d'après [<■ plan du .lui y (l'Instruction du 28 floréal an \'1II, approuve par le préfet et le (Conseil généial du liéparlement du Léman, est maintenue sous le nom, par exemple, d'fA'ole spéciale des sciences philosoplii(|ues. »

Toute la note, dont on trouve le brouillon épingle, d'ancienne date, au résumé fait ptuir le ministre du projet départemental, est de la main d'Augustin-Pyramus de Gandolle'.

' Arcli. Nat.. /'" 4333.

De son côté, Louis Odier y allait de son mémoire « Sur la convenance d'une École secondaire de médecine dans le département du Léman » et rappelait les titres très honorables des trois citoyens désignés par le Jury pour en être les premiers professeurs : le signataire, le naturaliste et chirurgien Louis Jurine et le chimiste Gaspard de la Rive. « Que le gouvernement, — « disait-il, — daigne applaudir à nos intentions, qu'il nous reconnaisse tous « trois comme professeurs de l'Ecole spéciale de médecine que nous récla- « nions, qu'il nous alloue, à ce titre, un traitement annuel, et il nous trou- « vera toujours très empressés à seconder ses vues par notre zèle, notre « dévouement et notre assiduité ^ »

Enfin le Jury d'Instruction démontrait à d'Eymar que le silence du projet de Chaptal, si peu conforme aux principes posés par lui-même, n'avait d'autre raison que le désir du ministre de voir le préfet du Léman prendre une initiative heureuse. Une allocation extraordinaire de vingt mille francs, justement accordée aux écoles de Genève sur le budget de l'an IX, venait à point nommé lui fournir un argument décisif. En conséquence, le Conseil général du Département, réuni en germinal, reçut communication du mémoire d'Odier et d'une correspondance entre la préfecture et la mairie relativement à l'emploi de ce crédit. L'échange de lettres avait porté plus spécialement sur les facilités accordées aux ressortissants des parties catholiques du département pour faire profiter leurs enfants de l'enseignement du Collège défrayé par la Société Économique et, ces facilités étant jugées suffisantes, le préfet proposait d'aiïecter exclusivement à l'enseignement supérieur l'allocation annoncée. Le Conseil général prit une délibération conforme, invitant le préfet à s'occuper de l'organisation provisoire de ce qu'il appelait « des écoles spéciales pour la médecine, la « législation, les mathématiques, l'histoire naturelle et l'histoire, » ajoutant « qu'au moyen de cet établissement la ville de Genève offrirait tous « les genres d'instruction, qui y serait d'autant plus animée qu'il y existe « des sociétés particulières des arts, médecine, économie rurale et autres « dont plusieurs des membres ont l'honneur de tenir à l'Institut national'-. »

• Genève, ce 1.5 germinal an IX |.i avril 1801). (Arcli. Nal., /•'" i'i3o.\

2 Travaux du Conseil général du département du l.éman. session de germinal an IX. Instruction publique. (Areh. Nat., FI<: V Léman 1.)

60 L ÉCOLK SOUS LE CONSULAT. 17'Ji)-180.'5

Fort de cette aj)prol)ation, <rEyinar rédigea de son clicf un projet d'arrêté, créant « indépeiidamiiient des instituteurs, régents et professeurs salariés par la Société Economicpie » et à titre provisoire :

« Un proressenr de mé(!ani(pi(' analytiipic, chargé d'enseigner les mathématiques supérieures et d'indiquer leurs ap[)lieations aux arts et notamment à l'horlogerie ;

Deux [jrofesseurs d'histoire naturelle, chargés d'ensi^gner la zoologie, la botaniipie, la physiologie animale et végétale, la minéralogie et la chinne avec ses applications à la minéralogie et aux arts;

Un professeur d'histoire générale, < hargé de donner aussi des leçons de statistique ;

In professeur de jui'isprudencc, chargé d'enseigner les principes généraux du droit et les rapports des diverses lois civiles (pii régissent encore ce département;

Un professeur de médecine, chargé de préparer les jeunes gens aux ('tudes des écoles de médecine, de donner des instructions de [)rali(pie aux olliciers de santé du départcunent sur les maladies (pii v sont les |)lus frc'tpientes et de leur faire connaître, en particulier, les avantages de la vaccine et les moyens découverts jusqu'ici pour prévenir les maladies contagieuses;

Un professeur de chirurgie, chargé de donner un cours d'accouchement à l'usage des olliciers de santé et des sages-femmes, un cours préparatoire pour des élèves qui se destinent à suivre les écoles de médecine et des luqiilaux et des démonstrations anatomitpies à l'usage des élèves des écoles de dessin;

Un professeur de chiiuie ])harmaceulique, chargé de donner un cours préparatoire de chimie, de matière médicale et de pharmacie à l'usage des officiers de santé du département et des élèves destinés à suivre les écoles de médecine;

Un professeur d'agriculture, chargé d'enseigner les principes généraux de cette science avec son application particulière aux localités du département et d'y faire connaître les nouvelles ressources dont il est susceptible, telles par exemj)le l'éducation des moutons d'Espagne, etc., le renouvellement des bêtes à cornes, etc. ;

Un conservateur du muséum d'histoire naturelle '. »

' Il Art. 2. Les piolesseiii's des écoles particulières ci-dessus désif;nês soûl: pour la mécanique (I aualytique, le ciloyeu Maurice fils, professeur; pour l'histoire naturelle et la cliimie. les citoyens Il De Candolle et De Saussure; pour l'histoire générale, le citoyen Jean Picot; pour la jurispru- II dence, le citoyen Lefort; pour la médecine, le citoyen Louis Odier: pour la chirurgie, le citoyen Il Jurine, membre de llnstitul national; pour la chimie pharmaceutique, le citoyen Gaspard De la

LE PRO.IICT IIKS AUTOHITÉS llÉPAKTEMENTALES 61

L'arrêté fut « transmis au ministre de Flntérieur pour être soumis à l'approbation du gouvernement,» le 22 juillet 1801. Le 17 août, ilétaitcassé par le ministre, avec tous les égards dus aux bons services d'un honnête préfet. Voici, d'après le brouillon, la lettre de Chaptal :

« Des considérations d'utilité générale nie déterminent. Citoyen Préfet, à vous inviter à ajourner l'arrêté que vous m'avez adressé par votre lettre du 3 thermidor, el([ui a pour objet d'organiser plusieurs cours d'enseignement pul)lic dans la ville de Genève.

J'ai pensé cpie, dans un moment où le gouvernement s'occupe d'établir un mode uniforme d'instruction, il ne convenait pas d'adopter un système partiel, et dont les avantages ne pouvaient être appréciés que sous le rapport des localités et des habitudes du pays cpie vous administrez.

Je n'en rends pas moins justice, Citoyen Préfet, au zèle actif qui vous dirige et vous anime dans tout ce qui est relatif au progrès des sciences et des arts, et je crois pouvoir vous assurer que la ville de Genève ne tardera pas à jouir des avantages auxquels elle a droit de prétendre à cet égard. Je vous salue '. >>

Le rapport du Bureau d'Instruction publique, qui avait conclu à l'ajournement, était moins aimable que lépitre ministérielle. 11 y est déclaré sans ambages que l'arrêté préfectoral n'a « d'autre objet que d'établir à Genève

« Rive ; pour l'agriculliire, \o riloyen Charles l'ictet : ])our conservateur du nuiséum il'hisloire na- « turelle, le citoyen Boissier, professeur. »

« Art. 'i. Les prolesseui's qui ne pourraient pas entrer aeluellemeut en lnuctions auront la faculté a de se faire remplacer provisoirement sous laulorisalion du préfet et 1 approbation du Jnrj' d 1nsci truction. »

« Art. 4. Le traitement annuel de cliacun des professeurs ci-dessus dësis^nés est de 2000 francs n provisoirement et la rétribution annuelle de chaque élève est de 25 francs, le préfet se réservant 0 le droit d'exempter le quart des élèves de cette rétribution. »

(1 Art. 5. Les professeurs ci-dessus désis;ncs entreront en fonctions dès le l'''' fructidor an l.\; « ils seront chargés de se procurer un local jusqu à ce (|u on en ait préparé un pour cet usage. »

<( Art. 6. I^es professeurs ci-dessus désij^nés dresseront, d ici au 1"" fructidor, de concert avec le (( Jury d'Instruction et sous son approbation, un projet de règlement qui fixera d'une manière plus (1 détaillée l'organisation de cette école. Ce projet sera soumis à l'approbation du préfet. »

« Art. 7. Les deux instituteurs de l'école de dessin salariée par In Société Krononiique seront 0 chargés de faire une classe pour les citoyens du Département que la petitesse du local et le iiom- (I bre des candidats empêchent d'y admettre actuellement ; ils recevront à cet effet un traitement « annuel de 600 francs chacun, outre une indemnité pour les estampes et modèles qu'ils seront obligés « de fournir, telle qu elle sera réglée par le Conseil général du Département. «

(( Art. 8. Le présent arrêté sera transmis au ministre de l'Intérieur pour être soumis à l'appro- « balion du gouvernement. » (Arch. Nat., F" i3.i3.]

' Ce minisire au préfet du Léman, à Genève, 29 lltennidor an IX. (Arch. Xat., /•'" 43o'j'.)

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« plusieurs chaires spéciales et indépendantes l'une de l'autre et d'y occu- « per des savants dont la plupart sont dans le besoin*. »

Le second de ces reproches émanait d'un rapporteur mal informé, ou tout au moins pessimiste, mais on ne saurait nier que le premier ne lût absolument fondé. Ouant à la piomesse qui termine la lettre du ministre, elle paraît avoir clé mieux qu'une vainc formule. Au moment même où l'on recevait, à Paris, la communication i\\i préfet tr^ymar, le conseiller d'Etat Fourcroy, directeur général de I Inslruc lion j)ubli(pie, arrêtait les termes d une nouvelle rédaction de la future loi de l'an X. Le haut enseignement y était confié à vingt-cinq Lt/crcs, véritables universités, englobant les écoles centrales et les écoles spéciales de la Convention et comprenant chacun deux divisions su|)erposées, l'une générale et préparatf)ire, laulre spéciale ou professionnelle et su|)érieure"-. Ce système étant en somme celui de l'Académie de Genève, avec ses auditoires de lettres et de sciences, de sciences surtout, conduisant, sous le nom de philosophie, à travers quatre ans d'études, aux auditoires de théologie et de droit, il était assez naturel de songer à cette ville comme siège d'un des vingt-cinq lycées supérieurs de Fourcroy, et c'était là sans doute la pensée de Chaj)taP.

On était donc loin, à i'aris, ddid)lier Genève. L eùl-on tenté, les Genevois ne l'eussent pas permis. Mais, nous l'avons montré, les Genevois n'étaient nullement d'accord entre eux sur la solution à donner au problème

' MinisU're r/*' 1 /ntt'rtcur. ^^' divisioii. /lurettn d //islriictinn ititltlifftfr. — lîapnnrf nrcsrnlé au ministre. |sigiié| le chef ilc la 'indivision. Ainaiill. (Aich. X;il.. /•'" i3:i3.\

- Deuxième rrdactiuu du projet de toi de lan .V, U) Uieriiiidor au IX. Voir Liard, /. c. l(i.

' Nous voyons, dans une Note prise en sortant de l audience du premier Consul, par tun des repi'ésentanls du Léman au Corps législatif, Piclel-Diodati, que eeUe idée fut adoptée par le gouvernement : 0 4 nivôse an X, à 2 heures (26 dcrcmbre 1801)... Le premier Consul parle de ce que l'on « a fait, de ce que Ion veut faire pour Genève. — un lycée, — un musée de tableaux, etc. » (Pictet de Sergy. ('•enève ressuscitee. Genève. 1869, p. H73l.

Ou lit également dans le journal inédit de .Jean Picot qui, étant adjoint du maire de Genève, fut envoyé à la consulte de Lyon, en janvier 1802, pour complimenter le premier Consul : a 8 janvier. — (I M. d Eymar présente notre députation à M. Chaplal, minisire de l'Intérieur; celui-ci nous entre- 0 lient pendant un quart d'heure; la conversation roule presque uniquement sur Genève, ville à la- « quelle il nous dit être fort attaché, il s'intéresse à notre commerce d'horlogerie, qn il parait bien (I connaître ; son désir est de le favoriser et même de le maintenir seul en France dans son genre ; Il il a Fait des ctrorls pour supprimer ceu.x de Besançon et autres de la République ; il parait étonné <i que Genève soit encore en état de siège, et nous dit que c'est par oubli, que 1 intention du Gouverne- II ment est actuellement tout opposée à cette mesure, et que nous ne pouvons douter, qu au premier Il jour cet élat de siège ne soit levé ; il nous parle ensuite de l'instruction publique, et nous dit que Il Genève aura un des 25 lycées qui doivent être établis en France, d après le projet du Gouvernement, »

scolaire. Si le Jury crinstriiction était pressé et pressant, la Société Économique, elle, ne l'était pas le moins du monde. Klle condamnait tout projet susceptible de porter atteinte aux institutions séculaires dont elle avait reçu la garde. Et la Société Economique avait trouvé le moven d'agir, elle aussi, à Paris, et d'y faire connaître sa manière de voir. Dans la première quinzaine d'août, l'ancien syndic Pierre-André Rigaud, envoyé par elle en mission diplomatique, avait « eu un accès facile» pour faire parvenir aux ministres et aux consuls diverses « réclamations » de la Société et il en avait profité pour passer quelques instants au bureau de l'Instruction publique du ministère de l'Intérieur. Il y arrivait, comme on vient de le voir, à point nommé. En échange des vingt mille francs inscrits au budget de l'an IX, le gouvernenicnl avait réclamé le compte général des recettes et des dépenses de la Société. Rigauil exposa que ce crédit n'avait point été sollicité par ses commettants, auxquels le traité de réunion imposait le devoir de subvenir à tous les frais de l'Ecole genevoise et il put s'assurer que, dans l'état des choses, le ministère, enchanté de garder l'argent, n'en demanderait pas davantage^. Rigaud était un financier en i-elations avec la haute banque, et un négociateur rom[)u à toutes les [pratiques de la diplomatie d'ancien régime. Pendant son court |)assage aux affaires, à la veille de la Révolution, il avait rendu à la Ré|)ublique menacée de signalés services, comme ambassadeur à Londres, puis auprès des cantons suisses. Il ne quitta point Paris sans s'y être assuré d un moven de correspondre efficacement avec les puissants du jour. iNous voyons dans les registres de la Société Economique que ce moyen fut le dépôt d'une somme de (JOOO livres chez « une personne « en grande intimité avec le citoyen Rœderer, chargé de ce qui concerne « l'instruction |)ublique-. » On ne pouvait mieux choisir. Rœderer, qui succéda, pour l'an X, à son collègue Fourcroy, comme directeur général de l'Instruction publique, était une puissance au Conseil d'Etat et l'on sait que ce fut au sein ilc ce (Conseil, |)ai- dessus la tète des ministres, et

' Rapport de Bigaud sur sa mission à Paris. (Reg. Soc. Éc, 31 août 1801.) C'est François de Neuf'chàteaii, alors membre du Conseil d Etat, qui servit d'intermédiaire enli-e Rigaud et le premier Consul. iCramer et IN'aville-Rigaud, Jean- Jacques Rigaud, Genève, 1879, p. 18.)

^ Reg. Soc. Éc, 19 avril 1802. A celle date et sur la proposition d'une commission spéciale sur l'Instruction, la Société décide de substituer à Rigaud, comme créancier, l'un de ses membres, ce qui nous permet de constater, ;\ la louange des intéressés, que le dépôt était resté intact.

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bientôt des assemblées, que devait se l'aire l'iinmeiise travail législatif du Consulat.

Le Conseil d'Etat ne voulut rien savoii- du plan d instruction de Foiircroy, même après que Chaptal I eut remanié et pris à son compte. (]'est alors que Bonaparte intervint cl dicla lui-même un projet que le Conseil dut se borner à améliorer (^t cpii, soutenu par Hœilerer, devint Iri loi de l'an X. Le nom de Lycée y était conservé, mais appliqué à une institution absolument nouvelle, du degré secondaire et non plus supérieur: la caserne scolaire. Audessus restaient les Lcoles spéciales, sur le point de redevenir des Facultés.

L'avantage que l'Académie de Genève retira de la protection occulte de Rœderer, au cours de ce long débat, fut d'être passée sous silence, ni plus ni moins (jue le Collège de France, omis par Bona])aite. ('/était bien là ce qu'avait désiré la Société l'>onomique. Mais on comprend que ce dut être un désappointement cruel pour le Jury d Instruction, dont 1 adoption de la loi générale allait terminer la carrière et d(jnl tout le travail, toutes les démarches, au près et au loin, semblaient a\<)ii' été de la |)lus conq^lète inutilité.

A la séance du H\ brumaire de l'an X, qui est celle où la Société reçoit la bonne nouvelle (pie Portalis, le conseiller d'Ktat chargé des afTaires religieuses, auquel on va faire tenir un mémoire sur le culte protestant, est bien dis|iosé, Marc-Auguste Pictet demande à être relevé de son mandat de sociétaire. On tentera sans succès de le faire revenir sur cette décision. Il s'y tiendra, « vu l'état de sa santé et ses nombreuses occupations, » et, le 24 frimaire, on devra enregistrer sa démission'.

Le savant et élo(:[uent piofesseui- fut remplacé comme membre de la Société et au sein du Comité d'Instruction par son gendre Isaac Vernet-. Mais Genève ne pouvait se passer de Marc-Auguste Pictet. Et Pictet, quelle que fût la divergence de vues qui l'éloignàt de collègues moins habitués à chercher leurs solutions à Paris, n'entendait pas se désintéresser des affaires de sa petite patrie au moment où la signature du Concordat allait avoir, pour elle aussi, d'importantes conséquences. L'heure n'était pas aux bouderies et, lorsque, trois mois plus tard, il se vit appelé, par le Sénat consulaire, à occuper le siège de Benjamin Constant au Tribunal, il accepta, en

' Rfu. Soc. Im'., 17 novembre 1801 ("Jli Iiiuiikut-i'I cl I.') ilcceiiibre (L'i IciiiKiiccl. - riiid.. \i cl U) janvier 1802 (22 cl 2y nivôse an Xl.

LE PRO.IET DES AUTORITÉS DEPARTEMENTALES 65

bon Genevois, d'être à son tour le porte-parole de la Société Economique auprès du gouvernement. La délégation qui vint l'en prier, avant son départ pour la capitale, lui recommanda les intérêts du Culte et de l'Instruction. Une note lui fut remise à cette occasion, au bas de laquelle, après un résumé succinct de l'état des choses qu'il s'était eiforcé en vain de faire modifier selon ses vues, il put lire ceci :

« C'est dans cet état qu'existe l'instruction à ce jour; le vœu le plus cher des Genevois est de la conserver et de la maintenir par eux-mêmes. Ils ont vu avec un extrême plaisirqu'elle ne blesse en rien la Loi qui vient d'être soumise au Conseil législatif, qu'aucun de ses établissements n'y est défendu et ils ne désirent en aucune manière l'atldition ni d'un Lycée, ni d'Écoles spéciales. M. le professeur Pictet est prié d'agir en conséquence de ce vœu, et de veiller aussi au maintien de l'intégrité delà Société eu ce cpii concerne l'instruction'. «

Cette note porte la date du .'{0 avril 1802. En acceptant la mission qui lui était ainsi donnée, Pictet faisait, sur l'autel de la patrie genevoise, un sacrifice d'amour-propre que l'histoire a trop longtemps ignoré. Dès lors il fut le plus solide a])]nii de la Société Economique dans toutes ses tâches.

III. — ■ LES CHAIRES HONORAIRES DE t,S02. FORMATION DE LA FACULTÉ DES SCIENCES.

De Candolle a raconté dans ses Mémoires comment, au mois de septembre 1800, à l'audience de congé des envoyés du Léman, Bonaparte, ayant donné carrière à son irritation contre Benjamin Constant, termina sa diatribe à l'adresse du tribun téméraire par ces mots : « Au reste, il est de Lausanne, il n'est pas Français! » et comment lui-même, de Candolle, crut devoir répliquer : « Général, il est Français, comme tous les Genevois le sont. Son père était bourgeois de Genève. » Il eût été sage au jeune envoyé du Léman de ne pas avoir raison contre le premier Consul, qui en définitive n'avait pas tort. Benjamin Constant n'avait revendiqué une bourgeoisie hypothétique qu'après l'annexion, afin de pouvoir jouer un rôle politique en

' Notes remises par les commissaires de la Société lïcniiomique il Monsieur le professeur Pictet sur l'instruction parée et entretenue par les anciens Oene^'ois. telle (jii elle a existé depuis la réunion. (Papiers de M -A. Pidel, Collcclioii Rilliel, O /.)

66 l'kcole sous le consulat. — 1799-1803

France^ Il avait témoigné sa reconnaissance à la Société Economique, qui s'était prêtée à un arrangement, en soutenant à Paris, de sa parole et de sa plume, ce qui restait des institutions genevoises. Mais, depuis qu'il organisait l'opposition à la politique consulaire, sa protection était |)lus nuisible qu utile à ceux qu'il désirait servir. On sait comment Bonaparte se débarrassa de cette opposition, au commencement de 1802, en épurant soudain, c'est son mot, — M'"" de Staël disait en écrcmant, — le Corps législatif et le Tribunal.

Le siège de tribun du Léman, auquel Marc-Auguste Pictet était appelé par la recommandation de ses iH)nd)reux amis de llnstitut et des Conseils, n'était rien moins (pie facile à occuper. Le premier titulaire de la place y avait fait trop de bruit. Un autre Genevois, plus mal noté encore et personnellement exclu, par le traité de réunion, de la nationalité française, d'Ivernois, établi en Angleterre, poursuivait l'usurpateur de ses pamphlets politiques, d'autant plusapplaudis qu'ilsétaient redoutés à Paris. Bientôt allaient arriver, des bords du Léman, les Dernières vues de f)<)liti<jue et de fiiiiiiices «offertes à la nation française par M. Necker, » sous l'inspiration de M'"" de Staél, et dont l'exaspérant effet sur le premier Consul est aujouidli ni connu-. Axant la lin de l'an X, lannée ilii triompiie dclinitiide la poiiti([ue de lîrumaire, le nom de Genève sera associé, dans l'esprit du maître, à celui des seuls adversaires qu'il redoute encore : le libéralisme et l'Angleterre. Bona- ])arte tourne le dos à .Jean-Jacques pour être Consul à vie.

On se demandecomment laSociété Economique, serecrutantelle-même, administrant des alVaires publiques en dehors de tout contrôle de l'Etat, a pu se maintenir, organisme uni([ue, anomalie frappante dans la monarchie centralisée, gouvernée de si haut et de si près, que devenait la France. La seule explication est l'habileté consommée, le dévouement inlassable de ses représentants et aussi, plus d'un indice permet de le constater, le fait qu'à l'époque de la signature du Concordat, qui est celle de l'organisation de cette monarchie, Genève fut considérée et traitée par Bonaparte comme une puissance de l'ordre intellectuel, digne d'égards particuliers, comme la Rome protestante.

' Reff. Soc. Éo., 6 el 27 mars 1799 (IG ventôse el 7 germinal an VII). ' Paul Gautier, Madame de Staël et Napoléon. Paris, 1902, p. 82 ss.

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