LES CHAIRES HONORAIRES DE
« J"ai réglé tout ce qui concerne les protestants, — ilit-il au Conseil « d'Etat, en lui faisant part de l'ouverture des négociations avec Rome. — « Les calvinistes ont leur métropole à Genève. Il n'y a pas de difficultés'. » A cette métropole il avait attribué le séminaire central destiné à l'instruction des pasteurs de toute la France.
Gomme il n'y avait pas eu d inventaire des biens des anciens Genevois, en 1798, le gouvernement ignorait ce que la Société Economique pouvait posséder et il tenait, c'est assez naturel, à le savoir. Une première demande de comptes émanée ilu ministère de l'Intérieur, à propos du budget scolaire, fut éludée, comme on la vu, lors de la mission diplomatique de l'ancien syndic Rigaud. Une nouvelle démarche, plus pressante, fut faite au début de l'an X. Mais, pour y mettre plus de formes, le gouvernement en chargea le ministre des Relations extérieures. Celui-ci fit demander parle préfet, qui les fit demander par le maire, l'état et la nature des biens déclarés communaux par la Commission extraordinaire et réservés aux Genevois par l'article 5 du traité. Ceci, lisait-on dans la lettre ministérielle, « afin « de faciliter les opérations du citoyen Portalis, quand il sera question d'a.s- « surer le salaire du culte à Genève. » La Société répondit par une lettre « tendant à repousser la demande du ministre par lexposition du droit que « le traité assure aux Genevois de disposer comme ils voudront de leurs « biens communaux, et un mémoire contenant l'organisation du culte à « Genève et leur premier vœu de n v point faire de changement, ni dans « son organisation, ni dans le mode de le payer-. » L'affaire devait en rester là, grâce à la bonne volonté évidente du citoven Portalis.
C'est dans cette conjoncture que Marc-Auguste Pictet quitta son auditoire, au mois d'avril 1802, pour prendre part aux travaux législatifs de la session de l'an X^. Il eut à s occuper surtout de faire connaître et admettre en haut lieu les vues de laVénérable Compagnie des pasteurs, du Consistoire, qui venait de se mettre sur le pied des consistoires prévus par la législation française, de la Société Economique et de la Société Académique,
' Tliibaudeau. Mémoires sur le Consulat, p. 159.
" Reg. Soc. Éc, 28 décembre 1801 |8 iiivose an X).
' Rej;. Soc. Ac, 2 mai 1802 ilo floréal an .\). Pictet, obligé de prévoir un séjonr prolongé .i Paris, demande un congé d'une année, qui lui est accordé. Prévost, Boissier et Maurice se partagent ses leçons pour ce laps de temps.
68 l'école sols le consulat. — 1709-1803
sur le maintien du statu quo dans FEglisc et dans rKcole. I^a Compagnie l'avait chargé d'exprimer ses remerciements à Portalis et de lui présenter une adresse, où l'on trouve le témoignage de sa reconnaissance envers le premier Consul :
« Une ville qui doit ;i la profession du cluislianisnif' sa célébrité, ses MKiMirs, i'aclivité de son industrie, la direction de ses lumières vers un but utile, la sagesse des institutions politiques et civiles qui la firent prospérer; une cité dans latpielle ranioui- de la religion fut toujours un des principaux éléments du patriotisme, ne saurait voir avec indifl'érence la renaissance de la religion dans le vaste empire dont elle l'ait maintenant partie. Les décrets particuliers relatifs aux Eglises protestantes, et les princi|)es généreux et pleins d'écpiité qui ont dicté ces décrets, sont spécialement si diflérenls de ce que l'on a vu jadis à cet égard en France, ils oll'rent pour l'avenir une perspective si consolante, (|ue cette partie îles lois nouvelles devient aussi pour les Genevois un motif particulier de gratitude. Enfin, le rang honorable que le Gouvernement assigne à Genève, parmi les I<]glises réfoi-mées, en y plaçant le Séminaire qui doit alimenter par la voie de l'inslruction toutes les l']glises réformées de France, est une distinction à laquelle notre ville ne saurait être insensible '. »
On lit dans le journal de .Marc-Auguste Pictel, à la date du 28 mai 1802 : « Nous avons fait, Pictet-Diodati et moi, une grande tournée de visites « d'alTaires-.. . Nous avons eu une audience de Portalis. Il m'a fort bien « accueilli, et m'a paru fort content de la lettre du clergé de Genève et « prêt à conférer avec moi lorsqu'il sera question de l'organisation du « Séminaire. Nous avons touché la corde des prétendus gros revenus de la « Société Economique, et je lui ai articulé qu'ils se bornaient à 75,000 francs, « dont ."{0,000 pour l'instruction publique et 45,000 pour le culte^. »
Le professeur Pictet ne borna point Là ses bons offices, car, dès son retour à Genève, aux vacances d'été, on voit la Société Economique charger son président, Achard-Trembley, « de faire une visite au citoyen Pièce tel et de le remercier des soins qu'il a donnés à l'affaire du Culte et de
' Rcg. Comp. , 23 avril 1802. L'adresse fut rédigée et signée par le professeur Pierre Picot, modérateur et doyen, et le pasteur .Xicolas Chenovière. Le texte abrégé fut public dans le Moniteur du 23 floréal an X.
- Jean-Marc-Jules Pictet de Scrgy. allié Diodali. entré au Corps législatif en 1800, était cousin issu de germain de .M. -A, Pictet.
' Fragment publié, en 1893, par Edmond Pictet, sous le titre de Jinirnal d un Genevois n Paris 30US le Consulat (Mém, et docum. de la Soc. d'Hist. et d'Arch. de Genève, nouv, série V, 104).