‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 27 sur 82 · FORMATION UE LA FACULTÉ DES SCIKNCES · texte numérisé non relu

FORMATION UE LA FACULTÉ DES SCIKNCES

On retrouve ainsi, au moment de la signature du traité de paix entre les diverses autorités genevoises qui se partagent la direction de l'instructiou publique, la préoccupation caractéristique que nous avons signalée au début des hostilités. Marc-Auguste Pictet et ses amis veulent établir, non seulement en matière pédagogique, mais dans le domaine du gouvernement scolaire, l'autorité, et autant (jue possible l'indépendance, du corps enseignant, qui constitue seul l'Académie. Kt ils y arrivent.

Comme l'augmentation du nombre des professeurs semble tievoir compliquer les délibérations des corps académiques et que quelques-uns paraissent craindre que les nouveaux venus n'y apportent un esprit tle changement

0 circonstanrcs avaionl n'iiducs nin-essaires et qui ont mis en soufrr.inre l'Audiloire de Théologie, « il n'y a plus acUielIemeiil qu'un professeur de Tliéoloifie salarié et un professeur honoraire eu Cl Histoire eeelésiaslique ;

(I Que l'Académie a déjà eu lieu de s applaudir d avoir créé dans son sein, à mesure que les « circonstances en ont fait reconnaifre la convenance, des chaires honoraires, dont les titulaires ont '( rempli, et remplisseut encore, à son entière satisfaction, les obligations qu'ils avaient contractées ;

« Que plusieurs de nos compatriotes, distingués par leurs connaissances, ont l'ait preuve de " leurs talents pour l'enseignement dans des cours publics donnés sur plusieurs branches des Il sciences naturelles, cours qui ont été recherchés et suivis par un grand nombre d auditeurs ;

« Que le Conseil général du DéparIcinenI a émis le vœu de voir promptemeut réaliser un projet « que le Jury d Insiruiliou a va il formé, en vue des considérations qui précèdent, el dont ce Conseil avait « pris connaissance, mais dont l'exécution sera peut-être longtemps suspendue par les circonstances ;

ic Considérant enlln, que la loi récente sur l'instruction, loin de restreindre ou de gêner en aucune i( manière les établissements particuliers déjà existants, tend au contraire à leur donner de la con- (I sislance el des encouragenieuls, et à favoriser tous les développements dont ils sont susceptibles -,

« Arrête, sous ra])pri)balion de la .Soriélé Académique et de la Société Economique, les disposii( lions suivantes :

« Art. 1. 11 sera créé une chaire honoraire de Théologie, l<e professeur sera tenu d cuseiguer la « critique sacrée el la morale évangélique. 11 s'eulendra avec les autres professeurs pour les époques Il de ses cours, le tout conformément au Règlement particulier sur la faculté de Théologie, n

[« Art. 2. Pour que le temps consacré aux travaux de l'Auditoire de philosophie soit plus con- 11 venablemeiil distribué, el pour que la logique soit étudiée avec plus de maturité, le cours de « Philosophie ralioniielle sera d une année seulement. Ce coiirs sera spécialement destiné aux « étudiants qui auront déjà passé une année dans l'Auditoire de philosophie. Cependant le proles- 11 seur chargé de cet enseignement sera tenu d exposer les principes de physique qui lui sont néces- " saires. Cette partie de son cours sera commune aux éludiants des deux années et la distribution en II sera faite en sorte que les trois quarts des leçons soient consacrées à la philosophie rationnelle. Il et environ un quart à la physique. Quant au nombre des leçons, il sera le même que ci-devant. Cl et il n est fait aucun autre cbaugenient aux fondions du professeur par le présent règlement, i']

Il Art. 3. Pour rendre d'une utilité plus générale la ch:Bre honoraire de Mécanique analytique Il actuellement existante, il sera fait les modilications suivantes :

ic Le professeur actuel de cette chaire prendra le titre de professeur de Miillieiiiiilît/iies ajjjjlicc (filées et d'astronomie, et sera chargé de donner aux étudiants, qui par leurs derniers examens de ce Philosophie auront été jugés capables de suivre ses leçons, des cours sur la partie des mathé- II mathiques nécessaire pour les applications. Il devra en particulier faire, nu moins tous les deux ce ans, un cours d'astronomie, dont la moindre durée sera de quatre mois, et dont il aura la liberté ce de déterminer l'époque, eu consultant cependant les convenances de l'auditoire. »

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redouté, un Règlement pouf (a Société Acndéniir/uc et V Académie, soite d aniiexeau Règlement sur l'organisation de l' Instrud ion de 171)8, estédiclé, qui doit y pourvoir. Ce texte diminue riui|)ortance des attributions de la Société Académique, héritière, comme on sait, de lancion Sénat, en établissant qu'elle ne se réunira plus, à l'oi'dinaire, (pic (piatrc lois par année et en faisant passer les réalités de son pouvoir à un comité directeur, formé du Rurcau de la Société Economique, ilu recteur, des anciens recteurs et de trois pi-ofesseurs élus parmi ceux (pii ont liois ans d'ancienneté. Rien de sembla!)lc n'est prévu pour l'Académie et I on se borne, cpiant à elle, à

i( Li,' iirot'i'sscui- (le Mallunial lc|ii('s ;i|i|>lii|iir('s est autorisé à adiiirUic à ses loiirs tels amlileurs n externes qu'il jugera coiivenalilc, iiioyeniiaiit une rélribiilioii ; mais les seuls éluiliauls réf^uliers « seront admis à subir des examens. La Soeiété Eeiinomique lui aerordera riisaf;e de l'Observa- « loire, et la Société des Arts .sera invitée à lui accorder celui des instruments d astrononiii' qui lui i( apparliennenl. Il sera tenu de veiller à leur conservation et à leur entretii'ii. «

Il Art. 'i. I,is cliaires honoraires nouvelles, oiilre celle de l'hiologie. sont les suivantes :

Il Une chaire de Pliysit/ue expérimentale. Le prolesseiir sera tenu de donner, ou annuellement Il ou Ions les d<'ux ans, un cours auiiuel seront admis gratiiilemenl les étudiants de lAuditoire de Il philosophie, de manière qu ils ne quittent pas cet auditoire sans avoir suivi au moins un de ses Il cours, sur lequel ils subiront un examen à l'époque ordinaire. [La Société Economique accordera (1 à cet ellet au professeur l'usage du cabinet de physique qu'elle possède et qu'il sera chargé Il d'entretenir en bon état. Et non seulement le professeur pourra admettre à ces cours des audi- II leurs externes qui lui payeront une rétribution, mais il pourra ilonner, avec les mêmes instru- II ments, tel cours parliculier ([u'il lui conviendra d entrepri'udre par s inscription.] «

Il Art. 5. l'our complélir l'école secondaire de médcciiie, il lui sera ajouté les chaires honoiaires Il suivantes : Une chaire d .limloiiiie el lie rliiriirgie. une chaire de Chimie phaniiaceiitif/iie, <>

Il I.ies professeurs seront lenus, comme le professeur de Médecine, de donner des cours gratuits Il aux jeunes gens qui, après avoir terminé leurs études de Philosophie, se vouent à la carrière médi- II cale, cliîrui'gicale on pharmaceuti(|ue, et qui seront admis à ces cours après avoir subi leurs der- II niers examens de l'hiliisophie. Li professeur dAualomie sera tenu de donner, suri invitai ion de la Il Société pour l'avancement des arts, un cours gratuit d ostéologie el de myologie aux élèves de l'école Il de ilessin. De plus, les professeurs de l'école <le médecine secondaire seront invités à ouvrir des Il cours, avec rétribution, destinés aux olficiers de sauté et aux sages-femmes du Département. »

Il Art. 6. Pour profiter des ressources que la situation particulière du département du Léman olfre Il à 1 étude de l'histoire naturelle, il sera créé trois chaires, savoir- ;

Il Une chaire de Minéniloi^ie et déoliigie, une chaire de Xoiiloi^ie. une chaire de Hotaiiii/uc. »

Il Les époques des cours donnés par les pr'ofesseurs de ces trois chaires seront concertées entre Il eux el I Académie, en sorte que le travail des étudiants qui voudraient les suivre soit réparti sur « toute l'année, de la manière la plus avantageuse pour ceux-ci. Les conditions seront d'ailleurs Il les mêmes que pour le cours de physique expérimentale, mais les étudiants seront provisoire- II ment disperrsés de l'exameu. » •

Il Art. 7. Pour olfrir à la classe nombreuse de uns coui'ilnyerrs qui cullivcnl les arts fondés sur Il les connaissances chirrriques les secorrrs rrécessair'es au perfectionrremerri de ces ai'ls, il sera créé Il deux chaires honoiaires sous le litre A Histoire naturelle el de Chimie appliquée aux arts. Les « professeurs feront connaître, dans des cours collatéraux, les différ'ents objets des trois règnes de la (I nature que les arts appliquent à leur usage, el la manière dont se fait celle application. Si 1 un Il des professeurs actuels de lAcadémie pouvait remplir provisoircmeni lune de ces deux chaires, i< l'Académie y aurait de l'avantage, u

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lui désigner un vice-recteur en la personne du recteur sortant de charge et à la diviser solennellement en deux sections, aux pouvoirs soigneusement i)alancés, pour la correction des thèmes de prix du collège ^

11 saute aux yeux que, dans l'Académie, par le fait de la création simultanée de multiples chaires de sciences, l'autorité va appartenir à une majorité de savants. Cette majorité, plus solide que les gouvernements eux-mêmes, doit survivre à plus dun. l-llle gouvernera Ti^cole, avec des alternatives de force et île faiblesse, pemlant la niajcuic partie du XIX" siècle.

ti Ail. S. Pour l'omplélor les ressouroes arliiLllimenl ollVrtcs aux étuilianls dans rAudiloiii^ de n Belles lelli-es, Il sera créé une chaire de piofi-sseiir d' Ilisloiie et de slatistiqiie. L'Académie organ uisera ce cours au plus grand avantage des éludianls, et on suivra, pour ladmisslou des e.\terues. « le même mode que pour les leçons de mathématiques appliquées et de physique expérimentale, u

n Le même professeur donnera aux étudiants ou droit des cours d'histoire moins élémentaires, » aux époques qui seront concertées entre lui et I Académie. L'un des professeurs actuels de Belles « lettres donnera, aux mêmes étudiants, des leçons sur 1 éloquence du barreau. »

« Art. 9. Les professeurs aux chaires créées par le présent Règlement s'engageronl à doiiiiii' leui s Il cours pour le terme de huit ans. Chaque cours devra duier au moins trois mois; et chaiiue pio- « fesseur présentera le plan de son cour's à l'Académie. »

<( Art. 10. Les places de professeurs honoraires ne seront point incompatibles avec les chaires (( salariées par la Société Économique. »

« Art. 11. En cas de refus du professeur honoraire éhi. on de vacance de lune des chaires noun velles, lAcadémie préconsultera sur la convenance qu il p<Hil y avoir à la remplir on non ininié- (1 diatement. »

« Art. 12. Les professeurs aux cliaires nouvelles seront élus par la Société Académique en la 0 forme suivie jusqu'à présent pour les professeurs honoraires. Ils siégeront dans l'Académie et <i prenilront leur rang avec les autres professeurs, suivant leur ancienneté ou leur âge, sansdistincn tion de Facultés ou d Ecole, antre que celle que l'usage a attribué aux chaires de Théologie et de « Droit; et ils concourront avec les professeurs actuels à tontes les fonctions académiques relatives (1 à la direction des écoles. »

n Talilean de l'Académie d après le pmjel : li professeurs de théologie, histoire ecclésiastique et u critique sacrée, et langues orientales, — 1 de droit, — 2 de philosophie morale et naturelle, — o 1 de physique expérimentale, — I ilc mathématiques théoriques on abstraites, — 1 de niathéma- « tiques appliquées, — 2 de belles-lettres anciennes et modernes, — I d'histoire et de statistique, « — 3 de médecine, anatomie et chirurgie, — 2 de chimie appliquée aux arts, — 3 d'histoire naluti relie. — 20 chaires, remplies provisoirement par Ul prolesseurs, dont S sont salariés. » (Reg. Soc. Éc, Annexes II. IHOO-lHOC, IIP.).)

La pièce est de la main de Marc-Auguste l'iclet. Le recteur Boissier y a joint, sur le dernier feuillet, pour l'envoyer à la Société Economique, un extrait abrégé el signé des délibérations de la Société Académique lelalives au projet. Ou trouve, dans la même liasse (H QOI, une copie du Règlement ilélinilivement ailo|)lé, dont le texte ne diU'ère de celui qu'on vient de lire que par les suppressions inentiojHiées. L article 2 du projet ayant disparu, les suivants sont numérotés en conséquence.

' Reg, Soc. Ec. , 7 et 14 déc. 1802 (13 et 23 frimaire an XI) : o liéglemenl pour la Société Acadé- (I mif/iie et l Académie. — Pour simplifier les délibérations du corps académique, devenu plus uom- « breux par lérection de plusieurs chaires honoraires, et pour que ces délibérations ti'udent plus 0 sûrement à leur but, celui de la conservation de nos établissements d'éducation, par le maintien <( des usages et règlements auxquels ci'S établissements ont dû le lustre dont ils ont joui jusqn à (c présent ;

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Jusqu'ici renseignement scientifique a tenu dans un auditoire de Pliilosophie, subordonné par ses origines et par le plan ordinaire des études aux auditoires de Théologie et de Droit. Dès lors il prend une ampleur, une portée, qui en lait l'égal et, au point de vue de 1 influence, le supérieur des anciennes disciplines. Les vieux cadres ne sautent point encore, j^arce <[ue la génération ancienne est toujoiiis là, mais ils se disjoignent et le moindre choc en aura raison.

Aux termes de divers arrêtés dont le premier date de 1012, les deux professeurs de Philosophie sont tenus de faire dos cours alternés, enseignant l'un et l'autre, et tour à tour, la physique, ou philosophie naturelle, et la métaphysique, ou philosophie rationnelle^ Ce règlement séculaire est suranné. Depuis lélcctiou du successeur dlloracc-Hénédict de Saussure,

« Art. I. Il sciM ciri' lin romilû. prosulé par \v Ijiiican d iiisl niiiliiii ilc hi Socic'lé Ecoiionii([iic, Cl composé (In n'clciir, de lou.s les prolesseur.s qui ont cxiicr !(■ rcc.loial il ili' trois autres profesi( seurs, ayant an moins trois ans d'anciennelc' ot renouvelés tous les trois ans, élus au scrutin, d'année n en année, avec lanilté pour eliaciin il'cux d'être élu trois fois conséeutivenient, mais pas davantage. »

« Art. 2. Aucune proposition ne pourra être soumise à la délibération de la Société Académique Il sans que le Comité lui porte son préavis. »

Il Art. 3. Tontes les questions relatives aux élections et récusations seront décidées par ce Comité (I eonformément aux règlements. »

Il Art. 'i. Le Comité s'assemblera régulièrement Ions les mois, et les séances périoiliqins de la Il Société Académique n'auront lieu ipie tous les trois mois. »

Il lit'glcmciil ii'lalif à V Aiiidihnir. — Art. 1. Pour donn(>r quelque soulagement an recteur, dont i< la pr<''siileiice deviendra diaipii' jour plus pénible et plus nécessaire par le nombre croissant des « écoliers et des étudiants à l'avenir, le recteur sortant de charge prendi'a le titre de vice-recteur Il et sera tenu en cette qualité île suppléer son successeur dans toutes ses foncticuis, lorsque ce « dernier ne pourra les remplir- Ini-rnr-mi-. l'enil.iiil sa \ irr-pré-sidence. il prendra rang après 0 le recteur. » *

Il Art. 2. Pour rendre pins lacile el jdns sin)[)le I adjudication des prix dn collège, ci pour donner II en même temps plus de force et d'aullienticité à I impartialité qui a toujours dirigé celte ailjii- II dication, la correction des thèmes se fera :\ lavenir de la manière suivante:

Il Chaque année au 12 nivôse ( U'' janvier), l'Académie se divisera en deux sections, chaque pro- II fesseur s inscrira pour la section qu'il préférera, ou pour toutes ileux, s il le désire, de nianière Il cependant qu il \ ail lonjnnrs dix niinibres an moins dans chaque section, et que les prolessenrs de (I Théologie soient nécessairement de la première et les professeurs de Belles lettres delà seconde. Il Les conférents du prix de piélé seront jugés par la première section et l'adjudication dos mêmes Il prix se fera, selon l'usage, par l'Académie entière jointe à la Compagnie des pasteurs. Les confé- I. rents des prix de littérature seront jugés par la seconde seclinn. <pii nommera une commission. « tirée de son sein, pour choisir les conlérenis d'arillimélique, d Orthographe et de grammaire. n L'Académie entière adjugera les prix de littérature. Les deux sections seront également présidées Il par le recteur et le vice-recteur. Les membres non inscrits dans une section pourront néanmoins (I assister aux jugeiTiens de celte section, mais sans y avoir de voix délibérative ou consultative. « (Reg. Soc. Kc, Annexes. Il H :>Q).

' Cf. l. 396.

• Déjà, dans sa séance du 2;i nûvenil)ri> 180:2, la Société .\cadémique. au inonu-nt de réélire Boissier au rectorat, avait décidé d'inviter son prédécesseur, L'HuilIier. a remplir les tondions de vice-recteur. (Reg. Soc. Ac-, 9 et 'J3 nov. 1802.)

Pir.RKE PREVOST

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en 1786, la spécialisation des deux chaires s'est définitivement accomplie. Marc-Auguste Piclet a toujours enseigné la physique, laissant à son collègue renseignement de la philosophie rationnelle ^ Mais ce collègue, Pierre Prévost, élève de Lesage, est un homme universel, aussi connu comme physicien que comme traducteur d'Euripide et d'Adam Smith. Depuis qu'il occupe la seconde chaire de Philosophie (1793), il a constamment fait une place dans ses leçons à certains chapitres de physique, particulièrement d'optique, dont il fait son étude de prédilection. Et manifestement son cours est le cours de philosophie d'un théoricien des sciences exactes-. Il s efforce de le développer dans ce sens. Comme le nombre des leçons de métaphysique et de morale qu'il est obligé de faire lui |)araît exagéré, il a obtenu de Pictet l'insertion dans le projet qu'on a vu d'un article réduisant à une année la durée du cours de philosophie rationnelle. Cela, la Vénérable Compagnie' n a pu ladmettre et, bien que la Société Economique lui ait cari'ément refusé communication de l'ensemble du |)!an proposé, se bornant à lui transmettre le seul article relatif à la chaire de théoloûie, elle a, par une allirmation énergique de son droit à surveiller les études des futurs pasteurs, imposé la suppression de l'article en question et le maintien de 1 ancien régime'*, l'aile a même profité de loccasion pour faire entendre une protestation contre la rupture des anciennes relations qui existaient entre l'Ecole et l'Eglise : « Si l'on a lieu de s'applaudir, — dit-elledans « l'extrait de registres envoyé à la Société lu'onomique, — de l'heureux accord «. (le la Philosophie et de la Théologie (jui exista si longlcuijjs parmi nous, « de manière à se prêter un mutuel secours, on ne peut douter qu'on ne dût « l'attribuer aux i-elations cpii lapprochaient les hommes chargés de les « enseigner, en unissant l'Académie avec la Compagnie. Ces relations qui <i avaient été considéiahlcmcnt affaiblies, ilans des tenq)s dont nous devrions u tous désirer trellacer la trace, ont été totalement rompues à une épocjue où « elles tievenaicnt plus nécessaires et en même temps plus faciles à rétablir. » Ceci s'adressait, on le voit, plus directement ^\ni\ tous antres, au recteur et aux |)rofesseurs de physique. Ils en furent d'autant plus touchés que

' Cf. I, 572 ss., 577 et Nule sur les p/o/'esseiiis di' philosophie de l Aritdémie de (ienève (Fiipieis de M. -A. Piclet. Collection Rllliel, O II. Celte noti- est lie la main de Piei'ce Prévost. '' Essais de philosopliie. 2 vol, iu-8, Genève, an .VllI, et noie ci-dessus. ' Reg. Conip., 24 sept., 8 et 15 ort.; Reg. Soc. Ac, 9 oct. ; Reg. Soc. Éc, 26 oct.. 2 et 29 nov. 1802.

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la Compagnie, privée de son ancienne autorité par la transformation du Consistoire en conseil administratif de l'Eglise, conformément à la loi française, concluait en invoquant non seulement la qualité « de pasteurs mais de Genevois et de pères de famille » de ses membres. « On peut lui con- « tester des droits, — déclarait-elle en résumant avec dignité son plaidoyer « j)i() (loino, — elle ne les réclamera pas. On ne peut lui contester des devoirs. « VA\ç s'efforcera de les renijdir de manière à se mettre à l'abri de tout « reproche'. » Le résultat fut l'agrégation à l'Académie d'un nouveau pasleur. Peschier-Fonlanes, cpii avait été le compétiteur malheureux de Prévost en 179;} et dont la Société l'économique s'était refusée à confirmer la désignation comme professeur honoraire, chargé de suppléer Claparède, fut nommé professeur adjoint à l'auditoii-e de Philosophie, a\ec la mission d'y renq)lacer Piclet jicndant les sessions du Tribunal-.

Ainsi se trouva complété définitivement lecorps acadéiniipic de lan .\l. H comprit de la sorte neuf professeurs anciens, dont un honoi-aiie (Maurice), et dix professeurs nouveaux, tous honoraires, tlont un adjoint-suppléant.

11 va sans dire (|ue les multiples nominations qu on a vues ne se firent pas sans soulever diveises objections inili\ iduelles, sans pi'ovoquer certaines réserves de la part des intéressés.

Piclet lui-même a épiouvé un échec ])ersonnel dans les négociations.

' Rcfr. Conip., 15 ocl. 1S02.

- Ko}r. Soc. Ac, 9 iiov. 1802 : « Il a été ilil qii il soiiiil loiivrnablr, vu le iiKrilr rcronnii de « M. Il' pasteur Pcscliior-Konlaiio.s, ([ui a <léjà dispulé avec honneur la cliaire fie Philosophie, lors « de la deriiièi'e vacance, de l'agréger à l'Acadéniie en le chargeant de quelques fondions dan.s « l'enseignement philosophique. M, Pictet demandant la parole sur cette proposition a dit que sa n place de tribun, qui I oblig<' à résider à Paris, lobligeaiil à se taire suppléer, ce à quoi l'Académie n avait consenti pour le terme d iiii an, il estimait que, si la Société Académique le trouvait bon, " M. Peschier, auquel il donnerait ses honoraires tant qu il le suppléerait dans ses fonctions, pourrait « être agrégé à l'Académie eu qualité fie professeui* supplémentaire de philosophie et qu'elle ferait « dans ce cas tel règlement relatif aux conditions de cette place, quand M. Peschier cesserait <le le n suppléer, qu'elle jugerait convenables, — Ktant délibéré sur cette prfqjosilion de M. Piclet. Il loxamou en a été renvoyé à une commission composée de MM, Prévost, Pictet et Boissier, »

Reg. Soc. Éc, 7 déc, 18(^2 : « Le citoyen Boissier a lu un extrait des registres de l'Académie, n du mardi 9 frimaire an XI, par lequel... l'Académie, vu l'absence du professeur Piclet et l'inin possibilité où le citoyen Boissier, professeur, appelé à donner cet hiver un cours de chimie " appliquée aux arts, se trouve de le remplacer, en acceptant la renonciation du dit citoyen Boisn sier, et considérant qu'en adjoignant le citoyen Peschier-Kontanes, proposé pour remplacer le « citoyen Pictet, ou ferait une chose utile et convenable, a arrêté d'élire le dit citoyen Peschier i< comme professeur adjoint à l'auditoire de Philosophie et de porter cette élection à la Société Il pour en obtenir la couliimation . . . Dont opiné, l'on a arrêté.,, de confirmer lélection du citoyen n Peschier-Fontanes à la place de professeur adjoint à landiloire de Philosophie, i>

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Dès le second débat soulevé par son projet, la Société Economique, héritière des droits de la République défunte sur son cabinet de j)hysique, a cru devoir bilfer la disposition où il prévoyait que l'usage de ce cabinet lui serait accordé pour ses leçons publiques et particulières. Les affaires sont les affaires. La Société entend recouvrer au moins une partie des sommes consacrées, en 179'^, au Muséum genevois et M""' Pictet-Turrettini devra racheter pour son mari, moyennant 2.50 louis et huit inscriptions gratuites au cours annuel de physique expérimentale, la pleine propriété de ses instruments '.

On a remarqué que le recteur Boissier, nommé professeur honoraire de Belles lettres sous l'ancien régime (1784), émigré en 1792 et rentré à l'Académie, en 1798, sous le manteau de l'histoire, s'était lait attribuer dans la combinaison nouvelle une des chaires d'Histoire naturelle et de Chimie, ce qui n'avait été prévu dans aucun des projets du Jury d'Instruction -. Théodore de Saussure qui, lui, avait été présenté d'emblée pour une chaire de ce genre et qui s'y était préparé en poursuivant les travaux qu il devait exposer dans ses Recherches chuniqucs sur la {•égétatio/i ', lut très fâché de se voir rejeté brusquement sur la minéralogie et la géologie. Dans une lettre assez vive, qu'on retrouve dans les papiers de Pictet, il proteste contre l'évolution rectorale et demande dix-huit mois de congé, avant de commencer ses leçons, alîn de pouvoir mettre la dernière main à son ouvrage et préparer un cours absolument nouveau pour lui '. Son ami de Candolle se trouva dans une situation analogue. Proposé à la même époque, comme on l'a vu plus haut, pour la chaire d'Histoire naturelle organique, il s'était donné entièrement à la botanique et ne jugea pas pouvoir se mettre à l'enseignement

' RcR. Soc. Éc, 26 oct. 1802 et 8 (ùy. 1803. Reg. Soc. Ac, 5 iiov. 1802. Cf. plus haut p. 74, note 1. l'nc lettre de M. -A. Pictet i\ s;i femme, en date du 9 décembre 1802, nous apprend que Jurine avait fait à son ami l'avance de la somme nécessaire pour la conclusion du contrat. (Papiers de M. -A. Pictet, /. c. n S.)

' Cf. I, fiO'i et plus haut, p. 31. L enseigueraent de la Chimie iiji/jlii/ure «».r iiits avait élé inauguré à l'Ecole polyleelinique, par Chaptal, en lan III.

' Paris, isbi.

' Chambésy, 26 oct. 1802. (L. c, O i.) Le désir qu'avait Boissier de se consacrer plus spécialement aux sciences naturelles est déjà marqué dans le plan d'Odier, envoyé par lui à Desporles. Sans abandonner renseignement de l'histoire, il pose sa candidature à la direction du Muséum d histoire naturelle dont on espère lorganisation. (Voir plus haut, p. 34.) Dans larrèté préfectoral de 1801, celle place lui est attribuée et l'enseignement de 1 histoire générale passe au citoyen Jean Picot. (Voir plus haut, p. 60, note 1.)

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tic la zoologie (junn lui ilL'niaiitl:iit en 1802. Tiiiyty ayant déclaré que, vu ses occupations forcées v.l l'état de sa fortune, il ne pouvait accepter sa nomination qu'à condition d'être déchargé des obligations de i'enseignenient ', il se prévalut de cet exeni|)le et, tout en agréant le titre honoraire ([u'oti lui décernait, il resta à Paris, où il allait avoir l'honneur de suppléer Cuvier pour un cours de physiologie végétale; au Collège de France. Genève ne devait le |)osséder en personne que quatorze ans plus tard-.

La chaire de Bolanicpie fut inaugurée parle pasteur de Saint-Gervais. Mais qu'on n'en inléie pas (pi'elle en souffrit. Ce |)asteur,.l(>an-Pierre-Etienne Vaucher, (jui fut le premier maître d'Auguslin-Pyramus de Candolle est, de l'avis des meilleurs juges, l'un des pèies de la Ixjtanique moderne. Un lui doit la théorie de la nutrition des plantes.

Son collègue pcjur les démonstrations de botanique, Necker-ile Saussure, dont la chaire fut ajoutée à celles que proposait Pictet, par la Société Académique, était le (ils de Louis Necker de Germany, le cousin de M""' de Staël et le gendre d'Ilorace-Bénédict de Saussure. Il a laissé à sa femme,

I auteur universellement connu de [ ht/ucfif/O/i jiroi^rcssivr, le privilège d'illustrer son nom. Un curieux bilh-l de Boissier à Pictet nous révèle f|ue c'est à elle qu'il devait sa nomination '.

Aussit("il (pi il scnlil les aiiaires tic l'L^colc en ixmiie voie à Genève, Pictet reprit le chemin de Paris et, dès le '11 noveudtrc, on le trouve en conversation avec le consul Lebrun, touchant le rcnq)lacement du préfet

> RifT. Soo. Ac, K iiov. 1802.

- Nous voyons, djins les Mémoires déjà cités, qu en 180^ de C;indolle se prévalut de son litre de piolesseur <çeiievois pour se faire dispeuscr des épreuves ordinaires du doctorat en médecine qu il postulait, à Paris, afin de pouvoir être nommé plus tard professeur de botanique dans une des écoles de pharmacie qu on allait créer en France.

' Boissier à Pictet [sept. 1802] « chez M. Vernet à Carra » : n Votre gendre vous aura dit 0 le résultat de notre journée; mais ce qu'il ne sait pas c est que M. de Germany, Madame « Necker et son maii sont très indisposés contre vous et moi de ce que nous n avons pas placé ce « deinier dans le plan académique. Neckei- me boude et sa femme, formée à l'école de sa cousine, i( pr(''tend que l'amitié sait renverser tous les obstacles. J'ai en beau dire que nous avions ensemble « ruminé tous les moyens et que nous avons rencontré partout des barrières insurmontables, que n ceux de nos collègues qui n ont pas des relations immédiates, les membres de la Compagnie surce tout, n'auraient pas laissé damer le pion à un homme aussi distingué que Vaucher; j'ai eu bien

II d'autres arguments; on est piqué, qu'on se dépique. En attendant j'indiquerai Ilionime, pour qu il u voie qu'on a pensé à lui. » (Papiers de M. -A. Picicl, /. c, O 3.)

Reg. Soc. Ac. 8 nov. 1802 : n M. Odier propose de créer une nouvelle chaire de professeur hono- *i rairc de Botanique pour la démonstration des plantes. Cette proposition est agréée. Passant ensuite « à la nomination par billets, M. Jaques Necker-De Saussure est élu pour remplir cette place, u

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crEymar, puis, le 30, avec Portails au sujet du séminaire protestant. Le 12 décembre, il est reçu à Saint-Cloud par Bonaparte qui, après lui avoir annoncé la nomination du nouveau préfet du Léman, lui dit avec sa brusquerie habituelle : « V^ous avez un lycée? » A quoi Pictet répond, faisant allusion à la situation exceptionnelle du Collège et de l'Académie de Genève : « Nous avons et nous n'avons pas un Ivcée. » Et le premier Consul, en belle humeur, de s'écrier : « Ah, oui ! à ]mo|)os... ? Vous aimez à « faire vous-mêmes vos petites affaires !» — « C'est autant d'ennuis de « moins que nous donnons au gouvernement '. »

Ce fut là l'épilogue des créations de 1802. Bonaparte croyait les Genevois riches, les sachant économes. 11 avait une haute idée de leur École et résolut de la leur laisser tout entière, à condition qu'ils en fissent les frais. « Il n'y a pas tie raison, — dira-t-il, un jour, à son Conseil d'Etat, — d'ac- « corder à Genève aucun privilège, si ce n'est celui de conserver ses établis- « sements particuliers d'instruction publique-. »

Reg. Soc. Ec, y iiov, 180J : n L .\oailéiiiic, considOiaiil (|ue 1 élude de la bolauique est si étendue n el si variée dans ses applications, soit théoriques, soit pratiques, et qu'elle gagnerait à ce que son « enseignement fût conlié à deux professeurs plutôt qu'à un seul, a résolu, sous l'approbation de la <( Société, de scinder le dit enseignement en deux parties, dont l'une, sous le titre de fiutanique el « Physiologie tégrtale. serait remise an citoyen Vaucher, pasteur, déjà élu. et la seconde, sous relui Il de Pémotisliotions de Botanii/iie. serait adressée au citoyen Neckor-I)e Saussure, avautageusea ment connu par son application constante à cette étude et par la collection nombreuse de |)lanles « qu'il a formée . . Dont opiné, ... en approuvant la division de la chaiie de Botanique proposée par « l'Académie,... la dite nomination a été approuvée. » Ancien officier au service de France, rentré dans sa patrie, en 1785, pour épouser Alberline- Adrienne de Saussure, Jaques Necker devint auditeur en 1788. Exilé par la Révolution, en 1792, il occupa ses loisirs en se livrant aux éludes de chimie et de botanique, alors si recherchées des esprits cultivés, et, comme on le voit, s'était formé un herbier qui pouvait rendre des services aux étudiants. Il n'a rien publié.

' Journal de M. -A. Pictet, ad ann.

' 23 avril 180(). (Pelet de la Lo/ère, Opiniuris de Napoléon sur diteis sujets de politique et d adminislralion. recueillies par un iitemhrc de son Conseil d Etat. Paris, 183:!, p. 2i6.)

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