‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 32 sur 82 · LES DÉCHETS DE · texte numérisé non relu

LES DÉCHETS DE

Pour donner à cet ensemble moral le support matériel nécessaire à la vie lie toute corporation, même dune corporation liée directement à l'Etat et dépendant du pouvoir, une dotation comprenant ce qui restait encore des bâtiments des universités et des acaiiémies d'autrefois, et une renie de quatre cent mille francs inscrite au grand-livre de la dette publique ; puis des revenus propres, le produit des pensions payées aux lycées, celui des droits d'examen dans les facultés des sciences et des lettres, le dixième des mêmes droits dans les facultés de droit et de médecine, une taxe égale au vingtième de la rétribution scolaire, prélevée sur tous les établissements d'instruction, publics et privés; les droits du sceau pour diplômes et permissions délivrés par le grand-maître; enfin la faculté de recevoir et de posséder qu'avaient déjà, depuis la loi de l'an X. tous les établissements publics d'instruction considérés individuellement'. >)

Quelle pouvait être la place de l'Ecole de Genève dans cet édifice majestueux, à toutes les parties si étroitement reliées au centre et disposées, comme en amphithéâtre, autour du trône? Elle lui avait, semble-t-il, fourni ce nom à Académie, dont M. Liard ne rencontre pas d'exemple dans la terminologie consacrée par l'usage français de l'époque. Mais, le décret du 17 mars 1808, statuant que l'Université Impériale serait composée d'autant d'Académies qu'il y avait de Cours d'appel dans l'empire et paraissant rattacher, sans exception d'aucune sorte, le siège des unes aux sièges des autres, Genève, qui relevait de Lyon pour la juridiction du second degré, se trouvait exclue de la distribution. C'était I auteur qu'on utilise et qu'on ne cite pas. Pareille aventure arrivait, le même jour, à son protecteur Fourcroy, qui, après avoir été l'ordonnateur du régime nouveau, se voyait préférer Fontanes pour le fauteuil de grand-maitre. L'émoi fut grand au chef-lieu du Léman.

Au moment du renvoi au Conseil d'Etat du projet signé par Barante et endossé par Fourcroy et Champagny, on avait espéré qu'il survivrait à l'épreuve. Puis, vovant que l'année se passait sans qu'on en eût de nouvelles, malgré tous les efforts de deux professeurs genevois en position de l'appuyer, 1 un auprès des tribuns, l'autre auprès de ses collègues du Corps législatif, on commença à comprendre que 1 obstacle était majeur. Pictet et le recteur Boissier curent l'idée de le tourner, en mettant le projet sous

' L. c. II, 95 s.

102 l'académie impériale. — 180'i-l.S]^i

la prolection de Portails lui-même et en demandant à l'empereur d'ériger l'école de Genève en université impériale protestante, en apjdication des articles 10 et 13 de la loi organique sur les cultes qui plaçait, comme on sait, le séminaire des ministres des l']glises réformées dans la cité de Calvin. C'est sans doute de ce moment qu'il faut dater la supplique de Pictet dont nous avons jiarlé. Ce plan nouveau, communiqué à l'Académie elle-même parle Recteur, se heurta aux objections de ceux (pie Boissier appelle, en annonçant d'avance ces objections à Pictet, les « antithéologiens. » Ils firent remarquer avec raison que c'était faire de toute l'Kcole genevoise le vestibule de la Faculté de théologie protestante, que les catholiques du Département pourraient en prendre occasion pour faire remplacer leCollège, si heureusement conservé, par un Lycée et que, « sous un ministre des cultes moins éclairé » que Portalis, « sous un successeur de Bonaparte moins philoso|)he et moins tolérant, » les attaques dirigées contre le protestantisme pourraient retomber sur l'Ecole entière et lui porter les plus graves atteintes '.

Cédant à c-es considérations, les solliciteurs s'en tinrent au projet primitif. Mais tout leur /.èle fut impuissant. Le seul succès que Pictet obtint, dans ce domaine, — et, s'adressant à sa personne, il ne pouvait être apprécié d'emblée à sa juste valeur par ses collègues de l'Académie, — fut d être nommé, en 1807, au moment de la suppression à\\ tribunat, inspecteur général des études. Cette fonction, (pi'il devait échanger, dès l'année suivante, contre un portefeuille d'inspecteur général de l'Université Impériale, allait lui permettre d'intervenir, plus eiïicacement que par le passé, dans les affaires scolaires de sa ville natale et, s'il avait été, jusque-là, quelque chose comme le tribun du Léman chargé des intérêts de la cidevant République de Genève, il fut dès lors l'avocat général des écoles protestantes de lempire, tandis que George Cuvier, membre comme lui du premier Consistoire de l'Eglise réformée de Paris, nommé en 1808 membre à vie du Conseil de l'Université, fut le protec-teur dévoué dont elles avaient chaque année plus besoin au sein de ce conseil.

Le grand-maitre de l'Université Impériale, bientôt émancipé de la hiérarchie administrative, fut un ministre de l'Instruction jjublique, tout

' LeUres de Boissier à Pictet des 2 et 11 iiiiii 1806. (Papiers de M. -A. Pictet, /. c, Uo.)

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