‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 33 sur 82 · LES DÉCRETS DE · texte numérisé non relu

LES DÉCRETS DE

puissant parce que sans autre supérieur que 1 empereur lui-même. Lorsque, au lieu de Fourcroy, le savant, le représentant autorisé ilu parti des philosophes, Fontanes, le poète, l'orateur, fut appelé à cette magistrature sans précédent, lorsqu'il eut prêté serment, avec le même cérémonial que les archevêques, entre les mains de Sa Majesté, de ne se servir de l'autorité qu'elle lui confiait « que pour former des citoyens attachés à leur religion, «à leur prince, à leur patrie, à leurs parents, de favoriser par tous les « moyens en son pouvoir le progrès des lumières, des bonnes études et des M bonnes mœurs*, » on se demanda anxieusement, dans le monde des écoles, comment il allait comprendre sa tâche.

Petit-fils d'un protestant cévenol, de vieille race huguenote, élevé par une mère catholique dans la religion dominante, poète virgilien, critique classique, orateur impérial, c'était un lettré devenu publiciste, président du Corps législatif et comte de l'empire ; c'était par dessus tout un très habile homme. Ses relations avec les évêques ne furent, selon l'ingénieuse expression de Guizot, « qu'une suite de déférences et de procédés- » et, au moment même où les évêques venaient d'obtenir la substitution des mots de religion catholique à ceux de religion chrétienne, dans le fameux article sur les bases de l'enseignement universitaire, mettant ainsi hors la loi scolaire toutes les écoles protestantes, il trouva le moyen de faire entrer l'Académie de Calvin dans l'Université de Napoléon.

Au lendemain de sa nomination, avant même qu il fût entré en fonctions, le grand-maître reçut de Marc-Auguste Pictet une note attirant son attention sur les conclusions d'un rapport approfondi, remis depuis peu au Directeur général de l'Instruction publique et qui contenait un tableau complet et raisonné de tous les établissements d'éducation de Genève. Ce rapport, daté du 4 février 1808, était le résultat de la première mission de Pictet comme inspecteur général des études. On se fera une idée du soin avec le(|uel il avait été préparé, si l'on sait que le rapporteur, pour préci.ser l'importance de sa patrie comme centre de culture, y avait joint un index alphabétique de soixante-deux auteurs genevois contemporains.

' Décret du 11 septeml/re 1808.

-' Essai sur l'histoire et l'état actuel de i Instruction publique en France, Paris. 1816.

104 L ACAIIEMIK IMPKRIALK. 1804-1814

élèves du Collège et de rAcailémie, avec les tili'es de leurs prinripaux ouvrages ^ Le mémoire, qui venait d'être l'objet dune apostille approhative de Fourcroy, et la note annexée durent rappeler à Fontanes d'anciens souvenirs. Son grand-père, camisard fugitif, avait trouvé un asile à Genève; son père y était né et y avait fait ses classes ; un de ses oncles, frère aîné de son père, y était devenu ministre, puis régent, |)uis professeur. C'était .Ican Fontanes, qu'il était venu visiter lui-même, en 1787, comme on venait tie lui accorder sa retraite et que Pierre Prévost lui succédait à l'Auditoire de belleslettres. L'oncle de Genève l'avait conduit à Genthod, chez Charles Bonnet, visite dont ses œuvres ontgardé la mémoire. Le professeur de théologie, Pierre Picot, l'avait in vite et reçu dans sa maison de campagne de Frontenex et Prévost l'avait accompagné dans une course aux glaciers-. Et, comme pour l'empêcher d'oublier l'école qu'il avait appris à connaître aux meilleures sources, son cousin par alliance, le pasteur Peschicr-F'ontanes, y avait été appelé, comme on l'a vu, en 1802, en cpialité de |)rofesseur-adjoiMt '. H répondit à Pictet :

« Le ra|)porl inhM'essanl et parl'aileiiiunl délaillé. Monsieur, (|ue vous m'avez transmis sur les moyens d'insti'uction qui lionoi'ent la ville de Gencive n'a fait (|ue coiilirnuM' l'idée avantageuse cpie j'avais iiéj;i de la solide éducation (|u'on y reçoit. J'en ai des preuves (pii me touchent personnellement et je ne puis d'ailleurs méconnaître toules celles que vos talents me fournissonl encore. Soyez ilonc assuré. Monsieur, (jue vous n'avez point dell'orts à faire pour obtenir en faveur de Genève tout 1 inl(''rèt (|ue vous réclamez*. »

' M. -A. Pictei, /nsporteiir i;énêral des Etudes, membre de In Légion d honneur, à Monsieur Fourcroy, Conseiller d Etat à vie. Directeur génénil de l'Instruction publique. Commandeur de la Légion d'honneur — Goik'vi', 'i Icv. 1808. (Aicli. Nal., /^" ^i33^.) I>'originat se Irouve dans les papiers de M. -A. l'iclet sous le lilio de Note sur i instruction publique il Ceiiève, ISOS. ( L. c, O l.j

- Cf. I, 603 s. .Jean Ballliasar l'ontanes, le professeur, clail ué à Turin eu 1718. (Voir Eugène Ritter, f.a famille Fontanes, dans le Bulletin de la Société do l'Hisloire du Prolestautisuie français, XLiv (1895) p. 554 ss.) Pierre Marcelin (père de Louis), né à Genève, fut baplisé à Sainl-Gervais en 1719. Deux autres fils de o Jeau Fontanes, d'Alaix en Languedoc, réfugié u : Jacques Marcelin et Cliarles-Franijois, furent baptisés au Temple neuf en 1720 et 1721 (Seg. des baptêmes de la ville de Genève — Arcli. d'Étal — ; Covelle, Livre des Bourgeois, année 1762. Sur le séjour do 1787, voir L. de Fontanes, OKuvres, Paris, 1839, II. l'»2 ss. Cf. Sainte-Beuve, Notice sur M. de Fontanes [Itiid.. I, p. Lxvii) ; Souvenirs inédits de Pierre Picot, appartenant à M. le D^ Constant Picot, journal manuscrit et correspondance inédite de Pierre Prévost, cités par A. Cherbulioz. Discours sur la vie et les travau.r de feu Pierre Prévost, ancien professeur de Philosophie à l'-icadémie de Genève, Genève, 1839, p. 36, note.

' Le ministre Jacques-Louis Peschior avait épousé, en 1789, Marguerite Fontanes, fille du professeur. Il l'avait perdue en 1798 cl se remaria en 1807, mais on lui donna toujours le nom de Peschier- Fontanes, rappelant sa parenté avec un dos plus hauts fnnctionnaires do l'empire.

* Lettre datée de Paris, le 31 mars 1808. (Papiers de M. -A. Pictet, l. c , O 1.)

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