‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 35 sur 82 · I.E STATUT ET l'aHRÈTÉ DE ]S · texte numérisé non relu

I.E STATUT ET l'aHRÈTÉ DE ]S

Paris malgré sa nomination de 1802, \c professeur honoraire de Zoologie avait eu l'occasion de faire, à son maître Cuvicr, quelques-unes des leçons qu'il ne faisait pas aux étudiants de Genève, et l'Ecole y avait trouvé son compte. « Entre les gens à qui nous avons de l'ohligation, — écrit Le Fort, à « la date du 6 décembre, — je crois ne vous avoir pas nommé d'une manière « assez marquée de Candolle, qui fort iieureusement se trouvait encore « retenu à Paris, parce que, tout en voyant M. Cuvier pour autre chose, il « l'instruisait en passant de nos intérêts et de notre organisation, chose « fort utile pour ces Messieurs qui n'aiment pas trop (entre nous) consulter « directement les gens, et encore moins les papiers et les mémoires, dont ils « sont tellement accablés qu'il ne leur est peut-être pas facile de mettre « la main dessus, quand ils en ont besoin ; tellement, je le répète, que la « circonstance d'avoir là de Candolle, dans le moment où l'on s'occupait de « nous, a été très heureuse. »

La liste des enseignements, consacrés, y compris ceux de théologie, par l'autorité du Conseil de l'Université Impériale, se trouve assez conforme à celle arrêtée en LS02 par la Société Académique, la Société Economique et la Compagnie des Pasteurs. « L'on s'est servi, — écrit le député du « Léman au Corps législatif, — du tableau de nos professeurs pour les « enchâsser dans les diverses Facultés, en les désignant par l'objet de l'en- « seignement et non par leur nom. Mais le grand-maître, qui a le tableau « des noms, les nommera ensuite; et là il n'y a pas de doute'. »

11 y avait d'autant moins de doute à avoir à cet égard que, lorsque Fontanes s'occupa de l'arrêté d'application des décrets et du statut, arrêté qui allait contenir la confirmation des dilTérents titulaires, M. -A. Pictet devait être de retour à Paris et, en sa qualité d'inspecteur général de l'Université, lut invité à en dresser la liste de concert avec Cuvier. Le résultat de ce travail, qui fut remis au grand-maître sous la signature de Pictet, fut adopté par lui, à une seule modification près, la nomination de Sismondi à une chaire de philosophie au lieu d'une chaire d'histoire, supprimée,

' J. Lf Fort à M. -A. Piolet, 24 novriiibro cl fi déccnibro 1808. (P.ipieis de M. -A. Piclol, /. c. 0',.\ Dans la Facullé de lliéologie, où il a d'ailleurs été tenu compte des nominations de 1807 et 1808, le pi-ofosseur de « Critique sacrée » a rliana;é de titre, pour devenir, à l'instar de son collègue des Facultés catholiques organisées dans d'autres Académies, professeur de n t)ogme u. \Cf., plus liant, p. 76. note 1 et, plus loin, p. 158 ss.)

112 l'académie IMFKItlAI.E. — 1804- IS l'i

et, bien qu'il impliquât en lait, sur certains points, la niodilicalion de déeisions du Conseil de l'Université, il lut édicté au nom d(^ l'Empereur. C'est l'arrêté du 7 juillet 1809, lendemain de Wagram.

« Au nom de Napoléon, Empereur des Français, Roi d'ilalic et Prolecteur de la Confédéralion du Wiin. — Nous Louis de Fonlanes, Grand-Maître de l'Université Impériale, comte de l'Empire,

Vu l'article 2 du Décret Impérial du 11 décembre 1808, qui ordonne que l'Université de Genève deviendra l'une des Académies de l'Université Impériale;

Vu le règlement délibéré en conséquence de <;e Décret, et conrormi'ment à l'art. 60 de ccdui du 17 mars, dans le Conseil de l'Université Impi-riale, et portant fpie l'Académie de Genève sera coinpos(''e de trois Facidtés et de deux Écoles préparatoires, et que son arrondissement se r<''(luira à la \'ille et à l'arrondissement de Genève;

Vu enfin l'article 8 du Décret du 17 septembre, qui nousciiarj^e de nommer pour la première fois les Doyens et Professeurs des Facultés;

Après avoir jiris les renseignements convenables près des Inspecteurs généraux de l'Université qui ont été en mission à Genève;

A^'ons arrêté et arrêtons, pour l'Académie de Geni'i'e, la composition suivante :

Recteur M. iioissier. Recteur actuel.

Inspecteur M. Peschier, l'rof. de Tliéologie.

Faculté de Théologie Réformée.

Doyen M. Picot.

Professeur d'Elofpience sacrée M. Picot.

Professeur de Langues orientales sacrées . M. De Roches.

Professeur de Dogme M. Didiy.

Professeur d'Histoire ecclésiastique ... M. Vaucher. Professeur de Morale évangélique .... M. Peschier.

M. Pasteur, Professeur éinérite.

Faculté des Sciences.

Doyen M. Prévost.

Professeur de Mathématiques pures . . . M. Lhuilier, ancien Recteur.

Professeur de Mathématiques appliquées. . M. Maurice.

Professeur de Minéralogie M. De Saussure (Théodore).

Professeur de Botanique M. Necker.

Professeur de Zoologie M. .lurine.

Professeur de Physique générale .... M. Prévost.

Professeur de Physique expérimentale . . M. Pictet (Marc-.\uguste).

LE STATUT ET h AHRÈTÉ DE 1800 113

Professeur de Chimie générale M. Tino-rv.

Professeur de Chimie appliquée aux arts .... M. Boissier. M. Bertrand, Professeur émérile.

M. De Candolle, Professeur honoraire.

Facullé des Lettres.

Doyen :\I. Weber.

Professeur de Philosophie M. Simonde.

Professeur de Littérature latine et grecque . . . M. Duvillnrd.

Professeur de Littérature française M. Weber.

Professeur d'Histoire M. Picot, fils.

Ecole piéparatoire de Droit.

Professeur de Droit romain M. Leforl.

Professeur de Droit français M. (lirod.

l-lcole préparatoire de Médecine.

Professeur de Médecine M. Odier.

Professeur de Chimie pharmaceuii(|ue . . . . iL De la Rive. Professeur d'Anatoniie M. .Maunoir.

M. Maurice est auloris(> à conlier une partie de son enseignement à M. .Scliniii), professeur adjoint.

M. Pictet est autoris(' à confier une partie du sien à M. .Ican-Pierre Pictet professeur adjoint.

La même autorisation est accordée à M. Boissier pour M. Boissier (ils, et à M. Le Fort pour M. son ftls\

Une expédition du présent arrêté en parchemin, signée de nous, et scellée

du grand sceau de l'Université, sera déposée dans les Archives de l'Académie

de Cenèvo : il en sera délivré un extrait à chacun des professeurs ci-dessus,

pour ce qui le concerne. Ces expéditions seront gratuites.

Le Recicur de l'Académie de Genève est chargé di; l'exécution du présent ari-èté.

Donné au chef-lieu et sous le sceau de l'Université Impériale le 7 juillet 1800.

L(! grand-maiire, Le ciiancelier, Fontaiies.

ViUfirel ". »

' Ailjonclion lailc pm- le giaiul-maîUo .iprès \a slRnaliire et iiv.nnl la iinlinralion oniciclle de larrèlé.

-' Hvèque de Casai. - Arcli. Nal. F" i333. Aicli. d'État de Genève. Reg. Sor. Éc, .4nne.res IH.EW. et f'iècesIiistont/iies.SGil. \.e document conservé aux Aicliivcs de Genève, parmi les pièces historiques, parait être une minute, remplacée et communiquée de suite à titre odicieux. Ou y trouve en edel une signature imparfaikmenicllacéc qui est celle de Fonlanes.Lexpédilion en parchemin, scellée du grand sceau do lUniversilé. s est égarée. Larrèlé de Fontaues a été publié par Éd. Mallel comme

UMVERSrrt DE GENÈVE II, ■-

114 l'académie impériale. — 1804-1814

L;i ratification nt-cessaire à l'acte de haute autorité du grand-maître fut particulièrement difficile à obtenir. Il fallut, une fois de plus, à Fontanes user de beaucoup de diplomatie pour arriver à ses fins. Une lettre conlidcnliellc d'un tie ses familiers, probablement le financier genevois Johannot, au recteur Boissier, dont ce dernier communique l'essentiel à Marc-Auguste Pictet, le 1!} décembre 1809, débute ainsi : « Le décret sur « les Académies protestantes n'a pas encore pu être exécuté. M. de Fontanes « a eu tant de peine à conserver la nôtre, — il la, pour ainsi dire, esca- « motée à l'Fmpereur dans un moment de bonne humeur ou de distraction, « — qu'on |)cut,sans se fâcher, attendre encore quelque temps. » Et l'explication des préventions constatées en haut lieu est donnée : « Il ai'iive sans « cesse à Paris, et surtout au grnnd-maîlre, des plaintes, ilénonciations, « rapports de propos, de la pnrl des curés de Genève et du Département'. »

Le coi'respondant de Hoissier ne parle pas de la nomination de Sisnionili. Mais on n'a pas de peine à conjectuier que cette nomination d'un des intimes de M""' de Staël, évidemment obtenue de Fontanes par leurs amis communs, devait singulièrement couiplif[uer la tâche du grand-maître. On peut supposer que c'était dans le but de la laire passer inaperçue que le commensal attitré du château tic Coppet, le fidèle Achate des voyages d'Italie et d'Allemagne, fut inscrit au tal)leau de la Faculté des lettres sous le nom modeste de son père, I ancien pasteur Simonde, nom qu on persistait à lui donner à Genève, mais qu'il ne portait plus, ni dans le monde, ni en librairie. Le mot ilescamotage. échappé à une plume renseignée, dans la lettre qu'on vient de voir, peut s'expliquer soit par ce que nous avons dit de la façon dont le décret de l(SO(S fut présenté à la signature de Napoléon, soit aussi par ce détail de rédaction de l'arrêté du grand-maître-.

piicc jiistilii alive ilo sa Notice hiùgraplii(jiie sur Henri Boissier (Genève, I8i5). et vraiseniblablenienl d'après l't'XPiiiplaii'o ilo la Sociélé Kcoiioiniqiie. i(iii csl une eopie fie l'expédilion srellée. Il a été réimprimé, sans commenlaire, par Galilfe {D un siècle à l'tiiilre. Il, 262 ss.) La source, qui n'est pas indiquée, est ici la pièce du dossier 564 1 , où l'on ne trouve pas 1 adjonction relative aux Le Fort.

' Papiers Pictet, /. f., 03. On voit par diverses pièces publiées dans Galid'e (/.. c, II, 228 ss., 360 s.| et par le saisissant aperçu des papiers de Tabbé Vuarin, inséré dans le second volume de sa biographie, que le curé de Genève était en correspondance suivie avec l'entourage de Madame mère, qu'il recevait dos lettres autographes du cardinal P'esch et qu il envoyait des mémoires au ministère de l'Intérieur et au grand-maître de l'I'niversité. (Martin et Fleury. IJistiiire de M. Vuariit. Genève, 1861. II, 406 ss.l

' Cuvier à Pictet, août 1809 : « 3-e pense qu ou ne vous enverra votre arrêté olliciel qu après que « l'empereur aura vu toutes les listes des Académies. C'est une espèce de déférence que la politesse (I du grand-maitre a jugée nécessaire. ■> (Papiers de M. -A. Pictet, /. c, L 1.)

LE STATUT ET l'aRRÉTÉ DE 1S09 115

I>a nomination de Sismondi fut une surprise pour l'Académie de Genève, qui n'avait été, à cet égard, ni consultée, ni pressentie. Il en fut de même de celle du chirurgien Jean-Pierre Maunoir, ancien élève du célèbre Desault, le chef de l'école française de chirurgie, et qui ne manquait pas d'amis dans la capitale. Mais cette nomination, préparée également à Paris, avait figuré telle quelle sur la liste de M. -A. Pictet'.

Autre innovation enfin de l'arrêté, que l'Académie n'avait point sanctionnée et que même, consultée par les intéressés, elle avait à plusieurs reprises énergiquement repoussée : l'institution des professeurs adjoints. On sait que les deux professeurs retenus à Paris, une partie de l'année, par leurs fonctions publiques, avaient reçu des suppléants temporaires. Ces derniers, Peschier-Fontanes et Pierre Girod ayant été nommés titulaires, celui-ci d'une chaire de droit en 1806, celui-là d'une chaire de théologie en 1808, il avait été nécessaire de leur trouver des successeurs dans leurs suppléances-. .M. -A. Pictet fit agréer par ses collègues, pour celle qui le concernait, son cousin, Jean-Pierre Pictet-Baraban, plus connu, il faut le dire, comme agronome que comme physicien. Jacques Le Fort avait eu moins de succès en présentant son fils Jean-Louis, alors âgé de vingt-deux ans et tout frais émoulu de l'École de droit de Paris. Peut-être était-ce parce que « le fils De Hoches » et « le fils Necker » avaient aussitôt été mis sur les rangs pour une faveur semblable^. Sur quoi Frédéric Maurice, devenu, en 1807, préfet du département de la Creuse et désireux de conserver cependant sa chaire honoraire de Mathématiques, avait jugé prudent de s'adresser directement au grand-maitre pour obtenir, comme adjoint, Jean-Jacques Scliaub, qui était fils de ses œuvres. Moins avisé, le recteur Boissier crut devoir saisir l'occasion d'assurer l'avenir scientifique de son unique fils, Edouard, et demanda à ses collègues de le lui donner comme collaborateur, dans l'enseignement de la chimie appliquée aux arts. L'Académie esquiva une décision en déclarant qu'elle attendrait de savoir quelle situation serait faite, par l'arrêté du grand-maitre, à ces sortes d'agrégés. Désappointé, mais toujours diligent, Boissier, s'adressant à Pictet et à

' Lettre (le rciiiciTienieiils de Maiiiioir à Pietet, du 22 juillet 1809. If,, c . 0 'i.)

' Reg. Soc. Éc. :n déc. 180'i ; 11 lov.. 23 cl 30 sept. 1806 ; 25 ofl. 1808.

' Lettres de J. -P. Pictetà .M.-A. Pictet(22juin 1809) eldeVernel-Piclet|23juillel)auménie. f /..c, Oi.)

110 l'acadkmik impkrim.k. — 1S()'»-1.S14

Fontancs, obtint, thiiis les termes qu'on vient tie lire, la nomination désirée '. Et, comme ce qui était ainsi accordé au recteui' ne pouvait plus être refusé au niendjreilu (lorps législatii, Jacques l^e Fort, dont le lils n'était pas porté au tableau, eut la satisfaction de l'y voir inscrit, par décision spéciale, après la signature de l'arrêté-.

Bien <|ue b^mtanes eût pris soin de ne pas classeï' les professeurs adjoints à la suite des titulaires, dans les rôles des Facultés, et de ]irésenter leui' désignation comme une laveur accordée aux seuls professeurs chargés d autres fonctions, à raison de leur situation exceptionnelle, ces nominations, venant après celles de Sismondi et de J.-P. Maunoir, les premières qui eussent jamais été laites à l'Académie sans une consultation quelconipu- des cor|)s intéressés, paraissent avoir été particulièrement ressenties. Vernet-Pictet, cpii est l)ien renseigné, en sa qualité de mendjre du comité cl instruction île la Société l'>c()nomi(|ue, écrivant à son beau-père pour lui faire part de ce (pi'on dit dans la société gcneA'oise, ne lui cache ])a» que l'Académie a durcMuent éprouvé (pi'elle venait de recevoir un nniitrc '.

La confirmation de Hoissier dans son rectorat et la désignation ilu pasteur Peschier aux importantes (onctions d inspecteui- de l'Académie, c'est-

' Boissicr à M. -A. riclel, U el 20 juillet 1809. ilhid., 0 3.)

- On a remarqué que l'arrêté du 7 juillet 1809. qui, bien que coinii iqné cillicieusemeut h 1 Académie, dès le '22 (Journal de Jean Picot), ue fui notifié que six mois plus lard, accorde I autorisation de se faire rem|ilacer, poup' une partie de leur enscif;nenieut, « à .M. Boissier pour M. Boissier fils et à M . I,e l'ort puni- M. son lils », sans décerner expressément aux deux jeunes gens le titre de professeur adjoint, comme il la lait pour les autres suppléants. La dite autorisation ayant été accordée à Le Fort |iai- un airêté spécial du 30 octobre 1809, le recteur se fil délivrer un brevet, en date du 8 janvier 1810, par lequel son fils était nommé n suppléant de M. Boissier, son père». Le député du Lémao se mit alors en campagne pour assurer au sien le titre el le rang de professeur adjoint. Il écrivait à M. -A. Pictet, le 2 janvier 1810 : o J'ai vu trois fois M. de Fontanes... En m'occupant de ce qui nous intéi( ressait tous, je n ai pas négligé ce qui me louchait en particulier et je suis revenu à la charge plus Cl d'une fois pour faire réaliser les promesses très obligeantes de noire grand-maitre pour mon fils. 0 J'ai remis une nouvelle copie de ma pétition et de rexcellente apostille dont vous 1 aviez enrichie a et enlin j'ai su que la chose était faite suivant mes désirs. J'espère que ce point là fera partie de Il l'expédition que nous attendons tous avec impatience. » { Ihid., O i.) Cet espoir ayant été déçu, le solliciteur infatigable obtint un nouvel arrêté du grand-maître, daté du 4 septembre 1810, où il est spécifié : « M J.-L. Le Fort, fils, autorisé par notre arrêté du 7 juillet 1809 à suppléer M. Le Fort. « père, professeur de Droit romain à l'Ecole préparatoire de droit établie à Genève, prendra le titre Cl de professeur adjoint. » (Arch. Nal., /^" io'oS.) Le même dossier contient une lettre de Le Fort à Fontancs, du 26 lévrier 1810. dans laquelle il insiste sur limportance qu aurait pour son fils. Il à l'entrée de sa carrière académique », la n décoration » de Professeur adjoint, el un rapport du l" septembre, par lequel le chef de la 1'^ Division (Bureau des l'"acultés), Dumouchel, propose à Son Excellence de laccorder.

» Isaac Yernel-Pictet à M. -A. Pictet, 23 juillet 1809. iL. c. O'i.l

LE STATIT ET L AltRÉTÉ DIC l.SOO 117

à-clire des écoles de 1 arrondissement de Genève, ne soulevèrent aucune objection. La |)iemière était à la lois la récompense de dix ans de services désintéressés, de dévouement éclairé à la cause de Il-lcole genevoise, et comme la consécration de son autonomie. La seconde, qui devait donner au cousin du grand-maitre une situation très ambitionnée, assurait les Genevois que leurs établissements scolaires seraient aussi peu inquiétés que possible par l'inspection du gouvernement. Le choix d un professeur comme inspecteur d'Académie était si exceptionnel que le rapport rédigé dans les bureaux île Fontancs, au sujet des propositions de Cuvier et de Pictet, contient une note, attirant l'attention sur cette anomalie lâcheuse. Fort heureusement pour le caiulitlat, au travers de ce passage une plume autorisée, qu'on rcconnail, à son encre, être celle de Fontanes lui-même, a tracé plusieurs traits protecteurs. ,

La notification officielle de 1 arrêté du 7 juillet 1S09 ne fut faite que le 2() janvier ISIO. Le grand-maitre en adressa au recteur deux ex|)éditions, 1 une pour lui-même, l'autre sur parchemin pour les archives, en l'invitant « à installer de suite les facultés et écoles qui composent l'Académie de Genève. » Ainsi lut fait, le l" février, en une séance solennelle, à laquelle assistèrent tous les membres du corps enseignant, à l'exception seulement de « MM. Maurice, préfet du département de la Creuse, De Candolle, j)rofes- « seur à Montpellier, Le Fort père, membre du Corps législatif, et Edouard « Boissier (ils, ces deux derniers à Paris. » Les vingt-six autres, ayant reçu l'extrait île l'arrêté qui les concernait et ayant « tous individuellement accepté leur nomination avec une profonde reconnaissance », signèrent une expédition (lu |)rocès-verbalqui fut envoyée au grand-maitre de l'L'niversité '.

C'est ainsi (pie l'Académie de Genève se trouva lune des premières, après celle de Paris, et, étant données les difficultés d'organisation qu'on éprouva un peu partout, lune des rares de l'empire, à être en possession de tous ses enseignements-. Comme M. -A. Pictet, à la fin de ISOî), revenait de la capitale et d'une tournée d'inspection dans dix-.sept départements

' Ar.-ti. Nal.. /•'" i333.

^ lîoissier à Pictet-Diod;ili. 13 avril 1810 : « Je vois pnr mes lettres de Grenuljje et de Lyon. (1 Monipcllirr, etc., que de toutes les Aiadiimics de 1 Empire, P.nris excepté, la nôtre est relie dont « 1 organisation est la plus avancée et chemine le mieux. » (Correspondance de Pictet-Uiodati.)

lis l'ac.vdkmie IMPICRIAI.K. ISO'i-l.SKi

(y compris celui du Léman), il tint à communiquer lui-même cet important résultat à ses collègues de la Société Académique. Après leur avoir rappelé les difficultés dont on sortait enfin et donné aux Genevois un utile commentaire de la législation nouvelle, il termina son discours de la soric : « Le tableau de notre Académie figurera d'une manière tout à lait distin- « guée parmi celles cjui, en petit nombre, sont organisées au complet. « Elle se présentera de la manière la plus brillante et faite pour accroître « la réputation de Genève dans le monde savant. .l'ai eu la satisfaction de « reconnaître, dans ma tournée, que cette réputation était plus grande « encore que je ne l'imaginais, tout Genevois que je suis dans l'âme. Si « nous savons en user à propos, j'y vois une base essentielle de prospérité « en même temps que de lustre. »

Ces paroles, (pii nous ont été conservées par les notes dont l'orateur se servit pour son allocution, sont suivies, sur sa feuille, de ce plan de conclusion en trois conseils, cpii n'ont rien perdu de leui- valeur : « Inqxjrtance de « 1 union. — Ne j)as se presser et voir venir. — Ne pas crier avant d être y écorché'. »

Le budget de l'Ecole resta basé sur celui de la Société Economique et sur le désintéressement des professeurs. La loi française n'admettant |)as les charges olTicielles non rétribuées, lorsqu'il s'agit de faire entreries honoraires à la genevoise dans les cadres de l'Université Impériale, le grand-maître eut un beau geste et déclara que, tout service méritant salaire, ils seraient payés à l'avenir, ainsi que le recteur et I inspecteur. C'est pourquoi, comme on la remarqué en parcourant le nouveau tableau de l'Académie de Genève, à une seule exception près, obtenue pour de Candolle, les professeurs île l<S02 ont tous été titularisés par l'arrêté de Fontanes-. En réalité, la correspondance échangée à cette époque entre Boissier et les Pictet en fait loi, la promesse du grand-maître ne put être tenue qu'en ce qui concernait l'inspecteur, lequel relevait directement de lui. Le recteur n'eut que ses frais de bureau et les chaires, non défrayées

' P.ipiers de M. -A. Piolet, /. c, 01

- De Candolle, devenu professeur de BulaÈiii|iu' aux l'aiulUs de nicdcrino et des sciences de Montpellier, est resté honoraire à Genève. Mais ce lilrc ne comporte plus aucune obligation quelconque d'enseignement cl il est exceptionnel.

LE STATUT ET l'aKRÈTÉ DE 1809 119

par la Société Economique, restèrent en fait ce qu'elles étaient auparavant, avec cette difiérence que les titulaires, n'ayant plus d'engagement d'honneur envers personne, se mirent à faire leurs cours quand cela leur convenait. L'enseignement en souffrit. Et l'on vit se vérifier ce que Cuvier lui-même avait prévu, dans un curieux rapport adressé à Fontanes, dès la fin de 1809. Envoyé en mission en Italie, pour y organiser les Académies des départements transalpins, le grand naturaliste s'était arrêté quelques jours dans le clief-lieu du Léman et avait tenu à faire part à son chef de ses observations sur Genève :

« La première chose qui frappe dans celle ville, — écrit-il d Annecy, le 26 octobre, — c'est que les professeurs forment la classe la plus élevée des habilanls, et que rurijaiiit»' de leurs mœurs et la noblesse de leur langage et de leur conduite les feraient ranger partout au nonilire des hommes les plus distingués.

Cet avantage inappréciable est dû, comuie vous le savez, à l'ancienne indépendance de la ville et à la considération que ses lois et ses usages accordaient aux fonctions île l'enseignement. L'elfet en était si marqué que sur vingt professeurs, il n'y en avait que huit qui eussent des traitements fixes; que, le plus souvent même, pour obtenir le titre de professeur, on s'engageait à faire ses leçons peniiniit huit années sans recevoir aucune rétribution des élèves ; c'était de leurs propres fonds que les professeurs se procuraient les moyens matériels d'enseignement et plusieurs d'entre eux y ont consacré des sommes considérables.

L'habitude entretient encore dans l'esprit du public une opinion si utile, malgré la destruction des ressorts ((ui l'avaient fait naître, et \'otre Excellence, en administrateur habile, a cherché à mettre celte opiinon à profit, par l'arrêté oii elle <'onserve l'-Vcndémie île (lenève en l'assimilant aux autres Académies lie l'Université Impériale.

...Je me suis informé avec soin du revenu actuel de r.\cadémie de Genève, et de ce que pourront rapporter, dans son petit arrondissement, les taxes établies par les décrets des 17 mars et 17 septembre, afin de savoir jusqu'à quel point il vous sera possible de l'anu^liorer sans grever le trésor de l'Université.

\'ous verrez par l'état ci-joint, ipii m'a été remis par le recteur, que la corporation appelée Société Economi(|ue et chargée d'administrer les fonds de l'ancienne République de Genève fournit annuellement : pour les huit professeurs de Faculté qui ont un traitement. . pour le Collège, qui est une espèce de Lycée d'externes . pour les écoles primaires de la ville et de la campagne . pour dépenses diverses

Total . .

Fr.

Fr.

120 l'acadkmie impkriai.k. — 1804-1814

La modirité de celte somme, comparée aux résultais dont on a la |)r('iive dans le grand nombre d'hommes instruits sortis des écoles de Genève, démontre mieux que tout ce que j'ai pu dire le zèle des fonctionnaires (|ui y exercent l'enseignement.

Le montant présumable des taxes, soit pour rétribution d'élèves, soit pour collations des grades, ira, d'après l'estimation portée N" 2, au moins à 20,000 francs et, comme cette somme résidtera entièrement de la conservation de l'étal actuel des choses, sans lequel elle s'anéantirait, vous trouverez sans doute érpiitable d'en consacrer la plus grande partie à l'amélioration de cet état et aux tièpenses nouvelles qu'exigera l'établissement du régime universitaire.

M. Peschier-Fontanes, que vous avez nommé inspecteur de l'Académie, n'a point de traitement; c'est un homme très respecté, dont la nomination a fait généralement plaisir; 2000 Ir. ajoutés à ses modiques honoraires de ministre, contribueront à son bien-être, et comme tout son arrondisscnnent acath'niique n'aura que deux ou trois lieues, et qu'il n'y a hors de Genève que îles écoles primaires, sa |icine ne sera pas gi-ande et il ne sera jamais dans le cas d'avoii' des frais de tournée à réclamer.

Le reste de ce revenu de 20,000 Ir. pourrait être employé, sur l'avis du recteur et le rapport des inspecteurs généraux (|ui seront envoyés à Genève, soit en traitements, pour ceux des professeurs qui n'en ont pas et tlont les cours durent toute l'année, soit à l'entrelien et l'amélioration du matériel. De cette manière vous suppléeriez jusqu'à un certain point à ce ((lie la réunion de Genève à une graiule UKjnarchie et sa métamorphose en simple ville de province pourraient ôter par la suite à l'émulation des professeurs. Puisque cette ville rentrera petit à petit dans l'ordre commun, il faudra bien y adapter aussi un jour les ressorts communs; mais n'en cherchons pas moins à profiter en attendant des restes d'un feu f|ui pourra s'éteindre'. »

' Arch. N.it., F" ti'i'.iS. Pièce ;iposlill(''C : « Le Conseillcr-liUilaire en mission en Italie fait part de « SCS observations sur 1 Académie de Genève. » L'état des sommes payées par la Société Kconomiqiie est résumé par Cuvier d'après une estimation qui lui a été fournie à Genève cl qui est annexée à son rapport et cotée N" 1. La conlr'cpartie se trouve, sous le N" 2. comme suit : « Produits présumés des rétrlhutinns h percrvoir par ll'nii'ersilé dans l arrnndissemenl de (ienéfe. »

« Rétributions de 300 écoliers du Collège à 25 Ir. (plutôt moinsi 7.500

d" de l'iO pensionnaires à 25 fr. (le nombre doit plutôt autîmenter). . . . 3.500

« Droit des 'i inscriptions à payer par les étudiants de 1 .\cadéniie, 90 au minimum à fiO IV. 5.'i00

« Collation des e;ra<les. »

« 40 réceptions de bacbiliers et licenciés, dans les Facultés des lettres et des sciences.;! 72 fr. 2.H80 a id. [dans la Kaculléde] Ibéologic. 10 à 30 fr. 300

n 2 docteurs dans les lettres et les sciences 2i0

« 2 docteurs eu tbéologie 100

« Le dixième du droit à paver par les maîtres de pension. « 11 à200fr " 220

LE STATUT ET l'aRRÈTÉ DE 1809 121

Le seul moyen d'empêcher que l'Académie fût trop durement frappée par la métamorphose si bien décrite par Cuvier, c'était d'obtenir l'extension de l'arrondissement dont elle était le centre administratif. Boissieret Pictct s'y emploieront de toutes leurs forces.

Des considérations d'ordre religieux avaient engagé le gouvernement à limiter le ressort de l'Académie impériale de Genève à l'ancien territoire lie la cité protestante. En 1811, à l'instigation de Boissier, lequel dès le mois de décembre 1810 en a déjà longuement écrit à Fontanes, le préfet demandera, dans l'intérêt de tous ses administrés, qu'on rattache à leur chef-lieu géographique les arrondissements scolaires du département du Léman, Thonon et Bonneville, qui ont été soumis à l'inspection lointaine de l'Académie de Lyon. Il demandera même, proposant, ])our faciliter la réalisation de ses vues, la création d'une seconde place d'inspecteur d'Académie, celui-là catholique, que le nouveau département du Simplon, f[ui n'a pas d'écoles supérieures, soit relié sous ce rapport, non à Lyon ou à Grenoble, mais à Genève. Le préfet est énergiquement appuyé par son Conseil général. Mais aucune de ses propositions n'aboutit parce que Genève, aux dernières années de l'Empire, est irrémédiablement considérée, en haut lieu, comme un foyer d'opposition intellectuelle, dont il s'agit de circonscrire, nullement d'étendre le rayonnement'.

' Lettre du recteur de l 'Académie de Genève, professeur de Chimie appliquée aux arts, etc., à A'. E. M. le comte de Fontanes, sénateur, grand-maitre de l Université Impériale, datée do Genève, je 20 décembro 1810. (Arcli. Nat.,i^" 'iT.i',i.) On trouve dans ce mémoire, à l'appui de la proposition felalive au département du Simplon, un témoignasse des bons rapports existant entre Genève et Sion : K Les Genevois, qui ont avec les Valaisaus des relations de commerce, d'amitié et de bons oflices ■( rencontreraient moins d obstacles que d'autres relativement à l'organisation de l'instruction publi- « que, qui présentera, j ai lieu de le craindre, d'assez grandes difficultés. — C'est en très grande « partie du produit des souscriptions genevoises que la capitale du Valais, détruite par un incendie, « a été rebâtie presque en entier, il y a une vingtaine d'années. Les habitants en ont conservé une « vive reconnaissance. » — « Session du Conseil Général de 1813. Instruction puhUque : Le Conseil « regrette vivement que deux arrondissements du Département n'aient pas été soumis, comme le troi- .( sième, à la surveillance de l'Académie de Genève et qu ils continuent de relever de l'Académie de >< Lyon. Assurément il ne saurait qu'applaudir au zèle du recteur et des inspecteurs de cette dernière « Académie; mais il observe que leur juridiction s'étend déjà à quatre départements considérables, « indépendamment des deux arrondissements Aw Léman, et qu'il est impossible que leur surveillance ■( puisse se répandre avec la même activité sur tous les points d'une aussi grande superficie. Il sem- « blerait plus naturel, plus conforme à la marche graduelle de l'éducation, et plus propre à concourir .< au but qu elle se propose, que les élèves qui, au sortir de l'instruction primaire, vont en parcourir « les degrés ultérieurs, dans le Collège et l'Académie de Genève, fussent inspectés dès les premiers i( commencements par ceux qui devront les dirigerdans les derniers pas qu'ils auront à faire. Le Con- « seil ose insister sur cette importante considération, et la recommander à 1 attention particulière du

iMvi-Ksnr nr (;im';vf. — ii. IG

122 1,'acadkmie impériale. — 1804-1814

J^e préfet de 1811 n'csl plus M. de liarante, dostitiié, à la (in de l(S10, pour n'avoir pas déployé, dit-on, assez de vigueur dans son rôle de surveillant do M'"" de Staël. C'est le baron Ca|)elle, transféré, au mois de mars, de Livourne et de la préfecture de la Méditerranée à celle du Léman. Il est surveillé à son tour par un commissaire spécial de police, qui correspond directement avec le duc de Hovigo. Cela ne l'empêche pas de s'entendre aussi l)ien que son prédécesseur avec ceux de Genève, — Boissier l'appelle notre « brave préfet », — mais la tâche de les remettre bien en cour est au-dessus des meilleures volontés ^ Fontanes lui-même y perd son latin. Là est l'explication de la stérilité absolue de tous les efforts qu'on peut encore faire, à Paris, en faveur de l'Académie. Elle restera désormais, jusqu'à la fin, en marge de l'Université dont elle lail partie. Si. pour autant que cela dépend du grand-maître, elle est libre de ses mouvements, c'est toujours à condition qu'elle se contente de vivre sur son propre fonds.

Au mois de juin 1811, Boissier lut délégué par la municipalité au baptême du roi de Bome. Il voulut ])roliler de son séjour à Paris pour avancer les alïaires de l'h^cole et ne réussit cpi à se convaincre de 1 inutilité de ses efforts. «Vous avez raison, cher ami. - écrit-il à Pictet dès sa pre- « mière lettre, — de baptiser ce pays, le pays des pas perdus : j'ai pris mon « parti de ne pas les compter. Je trouve partout l'opinion la plus favorable (c de nous, mais en même temps celle de nous regarder comme en dehors « de l'Université (si ce n'est pour les rétributions) et comme devant voler (( de nos propres ailes. Les plumes en sont bien usées... M. Alix, chef de » bureau, m'a dit avoir fait, il y a quatre mois, un long travail et un ra|)port « sur nous, lequel a été renvoyé au Conseil, c'est-à-dire au ]niits ou à la i( prison du jeu de loie, car nul conseiller n'a été chargé du rapport-. »

(c Goiiveineiiienl. L'expérience de phisioiirs années lui a démonlié qne, ((iioiqne les menibi'es de l'Aca- 0 demie de Genève professent une reliapion différenle de relie du pins grand nombre des habitants du « Département, ils no mettent aucune différence entre les uns et les autres pour les soins. I intérêt, les Cl encouragements et les récompenses : et linstruction, que plusieurs reçoivent déjà en commun, a u peut-être contribué, plus que toute autre institution, à amalgamer les parties hétérogènes dont le « Uépartcmenl se compose. » I Extrait du piocés-veilial transmis au ministre df l Intérieur. — Arch. Xal., /•'" I' I.énian 1.)

' Letlredu 12 novembre 1811 i"» M.-A. Pictet. f A. c. , 0,'ÎJ L'Empereur à Montalivet, 21 février 1811 : i< Il est nécessaire qne vous donniez pour instruction au préfet de Genève de ne point voir du tout « M""-' de Staël, de contenir cette intrigante dans des bornes convenables, et de s'étudier à rendre « Genève tout à fait française. » {Lettres inédites de Napoléim /'"''. publiées par l.ecestre. II, 115.1

" 11 juin 1811. ff.. c, 0 3.)

' n; r. » .i„,iR( (7ÇÎ.

LE STATUT ET LAHUÉTE UE ISO'J 123

Les portes de la prisson en question ont l)ien été loicées [)ar le correspondant de Boissier, nommé, au mois de mars, conseiller ordinaire, en récompense de ses bons services. Mais il n apu, il ne pourra y lairc pénétrer l'esprit de tolérarice qui règne dans sa patrie et ce que, dans une autre lettre de la même année, le recteur de Genève appelle « le mauvais vent » continuera de souffler. « Il y a, — écrit encore celui-ci, — dansées manœuvres « contre nous du jansénisme caché et des intrigues papistiques, je n'en « saurais douter, et je voudrais de bon cœur que Sa Majesté en fût informée. « Quels établissements se conduisent mieux que les nôtres et dans quelle « ville toutes les lois, tous les décrets sont-ils mieux observés? Tout mon « vœu est que llMiipereur vienne Tannée prochaine à Genève, qu il suit c( instruit à fond de l'esprit des l^^ançais protestants et il verra s'il ne serait « pas mieux entouré par eux que par ces fanatico-politiques dont mon « petit séjour à Paris m'a fait connaître et les manières et les senti- « ments. Il est inconcevable que ce soit parmi les jeunes gens surtout Il que je trouve un intolérantisme si peu conforme au siècle dans lequel Il nous vivons '. »

Au lieu de Napoléon, que sa destinée entraînait à Moscou, ce lut Joséphine qui vint à Genève, en 1812. Depuis deux ans elle y était propriétaire, ayant acquis, à Pregny, la niais(jn de campagne qui porte son nom. VAle aimait à y faire des séjours d'été ou d'automne, recevant familièrement la société genevoise, visitant les cabinets des savants, les bibliothèques des lettrés, les ateliers des artistes, achetant les paysages alpestres d'Adam Tœpfï'er, son professeur de dessin, de Pierre-Louis de la Rive et d'Antoine Linck. L'enqicreur ra])])r()uvait foit. trouvant que notre lac et nos montagnes avaient l'inestimable mérite de la retenir loin du Paris de Marie-Louise, et il lui écrivait : n .Je vois avec plaisir que tu aimes Genève-. »

Boissier voulut profiter tie l'occasion pour intéresser l'inqiératrice honoraire à ce Musée d'histoire naturelle que Desportes avait jadis promis à la science genevoise, que François de Neufchàteau, étant ministre, avait eu l'intention de doter et qui n'avait gardé des faveurs officielles « qu'une

■ 12 novembre 1811. (lliid.i

* M.iison, Joséphine répudiée, Paris, 1901. p. 195.

l'i'l LACADKMIK IMl'KHIAI.K. — ISOVI.SJ'i

« douzaiiu" (l'oineaiix poiiriis, iiii assortiment de coquilles cl inadréjxjics, un V zèbre et un avorton d'Iiippopotame'. » lillclui avait confié qu'elle ne savait où installer ses cabinets de minéralogie et sa collection d'oiseaux. Il eut l'idée de les lui faire demander pour Genève. Lui-même, prècliant d'exemple, avait lait don, en 1810, à l'Académie de son ])ropre cabinet d'histoire naturelle. Mais il fallait un local pour loger cette collection importante et pour les cours des piolésseurs appelés à l'utiliser. Le don impérial cpi'il sollicitait, et qui devait pei'mettre de donner à José|)liine le titre de fondatrice du Musée de Genève, j)Ouvait décider le gouvernement à accordi'r l'édifice nécessaire-.

Un des fidèles de l'impératrice, liilly van Bercliem, caj)ilaine de ses chasses, (pii était du pays, était chargé des affaires genevoises. Il avait négocié l'achat de Pregny, (pii a|)|)arleiuut à l'hoirie Melly, et il était le bienfaiteur des peintres tlu Mont-Blanc. Boissier lui écrivit pour le prier de s'entremettre. Il est vraisemblable qu il n'y manqua point. Mais van Berchem, entaché de protestantisme et d'helvétisme, se heurta sans doute à de plus puissants que lui, dans l'entourage d'ancien régime de Sa Majesté, et la requête n'aboutit pas^.

JjCS collections de Boissier, et avec elles le Musée dont il est fondateur, attendirent des jours meilleurs dans le salon de la municipalité, seul local où l'on put les recevoir sans déranger personne. Lorsque le recteur de- Genève était allé à Paris, comme l'un des délégués de la bonne ville, pour

' Billet de •Boissier à M. -A. Pictct, non daté, qui parait être du ooninicncement de 1807. (A. c , O 3. 1 ^ Déjà, en faisaul hommage de ses collections à lAcadémie, Boissier avait prie Fonlanes de bien vouloir lui taire obtenir un local. « Monseigneur, — écrivait-il, dans sa lettre du 13 avril 1810, — si j'ai Cl Ihonueur d'c.\poser à Voire Excellence que ce Muséum, dont je ne me réserverai <|ucla partie des i< minéraux qui a un rapport direct avec la chimie, est formé de la réunion de trois autres, sans n parler des additions dont je I ai augmenté chaque année ; qu il renferme les belles collections zoolo- « giques de feu M. D Orcy enrichies par les voyages de Souuerat, Vaillant, Olivier, etc.; qu on y « trouve plusieurs objets qui ne se rencontrent point ailleurs et dont quelques-uns ont été décrits... » ce n'est point assurément pour en rehausser le prix; mais pour montrer qu il n est pas tout à iail « indigne do l'emploi auquel je le destine, pour engager Votre Excellence à eu accepter Ihommagi •I et pour l'intéresser à la demande que fait 1 Académie d un local propre à recevoir ces collections. u à ses séances et à ses cours, u (.\rch. Na(., F'' 'i333.\

' Lettre de Boissier i'i Billy van Berchem. datée du 2 i décembre 1812 (Archives du château de Crans|. publiée en partie par MM. Maurice Bedol el Alfred Cartier, t Notice sur le Musée d'Histoire iinturellc de Cenèi'e, Genève, 1899, p. 9, noie 1.1 Au mois d'octobre 1812, une note d'Achard. président delà Société Economique, sur les étiiblissemcnls anciens de (ienéve. fut remise à M. de Beaumonl. chambellan de l'impératrice, surl'initiative de Saladin-de Budé, qui avait eu loccasion de les rerommandei à sa bienveillance. (Reg. Soc. Ec, 20 oct. 1812.)

le baptême du roi de home, le prél'et du Léman avait demandé pour lui la légion d'honneur. « Xon seulement, — écrivait le baron Capelle au grand « chancelier de l'ordre, — il n'a jamais voulu percevoir d'émolument, ni « comme professeur, ni comme recteur, mais il vient défaire don à l'Aca- » demie d'un beau cabinet d'histoire naturelle qu'on ne peut pas évaluera « moins de soixante mille francs'. » Le grand-maître Fontanes avait reçu son subordonné avec de grandes marques de bienveillance, lui faisant entrevoir, lui promettant même, une place de conseiller de l'Université. Boissier n'obtint ni la croix, ni le fauteuil. Il dut se contenter de l'ordre sans éclat de la Réunion, récemment créé à l'usage des annexés.

Xapoléon ne connaissait déjà plus Genève que par des ra]>ports tie police, ou des dénonciations malveillantes, et ceux qui venaient de Genève, Pictet seul excepté, n'avaient plus de faveurs à attendre.

On la vu, en proclamant renseignement une fonction de l'Etat parce que c'est un besoin de la nation, en faisant de l'école supérieure, comme de l'école secondaire et primaire, un établissement public, la Révolution française n'avait rien appris aux Genevois, dès longtemps accoutumés à ce régime par l'école de Calvin. Depuis sa fondation, l'Académie de Genève dépendait de la Hépublicpie, tenait d'elle, et d'elle seule, son existence et ses lois. Mais la puissance publique, en ce qui la concernait, se manifestait |Kir l'intervention combinée du Conseil, de la Compagnie des pasteurs et de ses propres docteurs, d'abord agrégés purement et simplement à celle-ci, puis organisés en Sénat Académique, les professeurs ayant de la sorte, de même que les ministres, rang de magistrats. Elle était une, comme l'Église et comme la cité, et concourait autant quelles à constituer, à imposer, cette personnalité historique qui s'appelle Genève. « Hnc Civitas, Ecclcsia et Sr/tolit n. disait Bèze-.

Lorsque .Napoléon créa son Université, il entendit (pielie aurait, avec le monopole de l'enseignement, à tous ses degrés, celui de lunité, et il lit de tous ses membres des fonctionnaires civils, hiérarchisés, au service du

' Bodot cl Ciiiticr, /. f., 5 s.

- Cf. I, 326.

126 l'académik nii'ÉHiALE. — isryi-l.si'*

gouvernement. C'est sur ces deux points que rAcadémie de Calvin, pour entrer dans rédifice impérial, eutà renoncer à des traditions qui avaient lait sa gloire. Mais la personnalité de l'institution était si forte, le prestige de ses chairesétait tel que la transformation officielle ne diminua ni l'uneni l'autie. Dans le système de l'Université de 1806 et de ISOS, les Académies régionales étaient des circonscriptions purement administratives, embrassant à la fois les collèges communaux, les lycées et les facultés. Celles-ci, dispensatrices de l'enseignement supérieur, ne iuient point les composantes des Académies.

(I Des facultés d'une mèirie ville, on ne l'aisail ni un coi-ps, ni niéuie un faisceau; on ne leur assignait pas, au-dessus de leurs l'onctions parliculièi'cs, une fin commune fpii les eût ralliées et coordonnées; on ne leur donnait même pas un lien extérieur qui les eût au moins rapprochées, ne tùt-ce (|ue latéralement. Chacune était conçue et traitée en soi, comme un tout complet, indépendant, ne devant recevoir rien des autres et ne hnir donner rien, et si, prises ensemble, elles avaient quebpie unité, ce n'était pas l'unité vivante et profonde (pu vient du dedans, mais l'unité superficielle cl factice d'une forme, celle <|ui résulte de la communauté du nom, des règlements et de l'administralion. En reprenant ce vieux mot si expressif de facultés, on en restreignait le sens historique et on méconnaissait ce (pi'il contient (rintellectuel et de nioi'al.

Il ne semble pas cpi'il puisse y avoir de facultés sans un cor|)s nettement défini, dont elles soient les membres, sans une unité intime qu'elles réalisent et manifestent, comme la vie, dit-on, suscite elle-même et coordonne les organes sans lesquels elle ne serait pas. A viai dire, elles faisaient partie, ces facultés de 1808, de l'Université Impériale, mais à la façon dont les panthéistes placent en Dieu les êtres individuels, absorbées et perdues. L'unique et totale Université, aussi vaste que l'Empire, rattachant au même point, par les fils ramifiés d'une administration centralisée, tous les établissements d'instruction publics et privés, était loin d'être ce qu'en tout autre pays on nomme université. Sans doute les facultés, par leurs doyens relevant des recteurs, par les recteurs relevant du grand-maiti'e, aboutissaient toutes au même sommet, et l'on peut dire qu'elles y trouvaient l'unité; mais celte unité lointaine, tout administrative, ne faisait pas de celles (pi'on plaçait côte à côte, dans la même ville, un organisme vivant. An fond, en dépit de leur nom, ces facultés juxtaposées, sans solidarité et même sans contacts, ne sont cpiune nouvelle incarnation des écoles spéciales'. ■>

' LiarH, /. c. II, 98 s.

Ce jugement du plus compétent des historiens de renseignement supérieur, en France, ne s'applique pas à l'École de Genève, parce qu'à Genève les Facultés n'ont pas été greffées, parla législation française, sur des écoles spéciales, indépendantes les unes des autres, mais sur les Auditoires de l'ancienne Académie, déjà développés de fait, par les créations de 1802, en Facultés universitaires. On n'eut pas à les placer côte à côte dans la'même ville. Files s'y trouvaient. Et elles restèrent partie intégrante d'un organisme bien vivant, qui en réalité ne recevait, de Paris, qu'une arnioirie nouvelle, l'aigle et la palme impériales.

Le procès-verbal do l'installation des trois Facultés et des deux Écoles préparatoires, formant l'Académie Impériale de Genève,, transmis au grand-maître par le recteur, le 4 février 1810, porte, selon la prescription, les signatures de tous les professeurs.' Les noms sont groupés par Facultés, mais on remarque que l'ordre suivi est l'ordre traditionnel dans l'Académie de Calvin et non celui de l'arrêté minuté à Paris, par Cuvier et Pictet, qui indique la Faculté des sciences en second lieu, de suite après la Faculté de théoloo-ie. Sur la pièce conservée aux Archives nationales, ce sont les membres de la Faculté des lettres qui ont signé après les théologiens, puis viennent les paraphes des membres de la Faculté des sciences et en.suite ceux des professeurs des Écoles préparatoires de droit et de médecine.

Ce détail, futile en apparence, fait assez bien voir cependant que les Genevois, tout en saisissant avec empressement l'occasion qui leur était offerte de mettre leur haute école sous l'égide de l'Empereur, entendaient n'en laisser échapper aucune de manifester leur attachement à leurs anciennes coutumes. Le fait que l'Académie ne dépendit jamais, pour l'entretien de ses chaires, de la caisse de l'Université rendait cette attitude possible. La bonne volonté manifeste de Fontanes la favorisa.

A côté du recteur, qui est assisté d'un secrétaire, et sous sa présidence. le décret du 17 mars 1808 prévoit l'institution d'un Conseil académique de dix membres, investi d'attributions consultatives et disciplinaires et choisi

Si'oaii (lu Hectour

de l'Aciidéiiiie Imp(^ri»lt>

de Genève.

128 l'académie iMPKniALE. — 1804-!Sl'i

dans le « ressort de l'Académie, » c'est-à-diie au sein des divers établissements qui relèvent de son administration. Boissier, sautorisant de cette disposition et du silence de h^ontanes à ce sujet, se Iiàla de ilésigncr luimême un Conseil provisoire, rpi'il forma de ses plus anciens collègues et qui devint définitif, lorscpie la C()uq)osition en fut confirmée, le 1 juin IHI'2. conformément à ses prévisions, par un ai'tété du grand-maiire.

« Voidniit nii^llrc rAcadcniie cii iiclivil(' le plus pronipicmeul |Kj.ssiijle, — c'est ainsi ipi'il annonce la chose à sou sM|icrieur, — et l'aire (•oiiiiaîlrc aux doyens et |)rol'essein's (pii la composent les lois, statuts et rèojouients de l'Université, ainsi (pie les (liv(M's arrêtés pris par Votre l'ixcolleiux' et les instructions qu'elle m'a l'ait parvcuiii', j'ai cru convenable, jusqu'à ce qu'il ait plu à Votre Excellence de nouimcr le (Conseil Acadéiuicpu», il'inviter dix des plus anciens membres de l'Académie à former avec moi un conseil provisoire. Ces mendjres sont, pour la Théologie, MAI. Peschier, iuspecleur, Picot, doyen, et De Hoches; pour les Sciences, PrevosI, doyen, Pictet, inspecteur général, et Lliuilier; pour les Leilres, W'eber, doyen, cl l)u\ illard: poui' la Médecine, t)dier; pour le Droit, Li; Port, père, et, peudanl Tabsenc»' île ce dernier, M. Girod. .l'assemblerai l'ré(pi<Mnmeiit cette commission, la(piclle ti-ansmcllra h son tour aux divers membres des facultés les insti'uclions (pi'il leur est important de connaître'. »

C'est ainsi que le Conseil Académicpie de (ienève ne lut pas autre chose que l'ancien Sénat, réduit, il est vrai, mais conservant tous ses principaux membres. Ses relations avec la Société Economique furent réglées par un « mode de vivre » adopté au commencement de 1<S11 et établissant, pour la discussion des intérêts communs, une ComniissiDU iutniiirtliiiirc. formée de trois membres de chacun des deux corps. Cette commission, à laquelle la Société délégua, le jour même de son institution. « Messieurs AcbartI, Vernet et Schmidt-Meyer, successivement élus n, ne parait pas avoir été du goût du recteur. Elle ne fut complétée qu'à la lin d'août 1<S12, par la désignation des délégués du Conseil Académique, Boissier, Prévost et De

' 'i février 1810. — Réponse : « J approuve les clioiN ([ue vous avez faits poui' composer le Conseil (( ]frovisoire, en alteudaat la l'orinalioM du Conseil .\ia<lémique dont je m'orcuperai inressaninienl " /.(■ grand-mailre de l'Un'n'eisité Inipéiiaic. comte de l'Einpire. à Monsieur le recteur de l'Acadéinie de Genève. 22 février 1810. (Areh. Nat., F" 4.3.i'.')' I — Mémorial de Le Fort, nd ann. Le secrétaire provisoire, désigné par Boissier, resta eu fonelious jusi^u'eu 181'i, mais, comme on peut le voir imi consultant VAlmanach de l'Université Impériale (1810-181ÎI, il ne fut jamais luulliuié pai- le tcraudluaitre. Celait Jean-1-ouis Le Fort (ils.

Roches, et ne joua aucun rôle. Boissicr s'en débarrassa doucement en continuant l'habitude prise de communiqucM- directement avec la Société^

La Société Académique qui, à l'époque de l'annexion, avait continué le Sénat du XVIIT siècle, ne cessa pas d'exister. Mais, obligée de s'effacer devant le Conseil légal, elle se réunit dès lors à titre privé, comme société savante. Les séances n'en lurent que plus fréquentes. Elles avaient lieu chaque quinzaine, le vendredi, chez un des professeurs de l'Académie, à tour de rôle. On y causait des intérêts de tous et chacun y apportait le résultat de ses travaux susceptibles d'intéresser ses collègues. Rien ne pouvait être plus propre à maintenir l'unité, la vitalité de l'École et à lui faire traverser, sans diminution, l'épreuve du sectionnement olliciel. On peut voir, dans la BihlioUieque britannique àc 1812, la reproduction d'une pièce de vers latins, composée en l'honneur du corps académique et lue à la réunion du ;5 avril, chez le professeur Pictct, par Peschier-Fontanes. Les trente noms de ses divers membres, traduits dans la langue de Cicéron, y sont rappelés, sous cette forme plaisante, avec un mot aimable pour chacunS.

Le décret du 17 mars 1808 attribuait aux Facultés le droit de conférer des certificats d'aptitude aux grades universitaires. Ce privilège était nouveau pour l'Fcole genevoise. Au XVI" siècle, comme il était généralement admis qu'à défaut de charte pontificale, on ne pouvait l'obtenir que de la faveur d'un prince, elle l'avait sollicité de la bienveillance d'Henri IV. Mais, les conseillers du roi de France ayant jugé qu'il ne convenait point d'en faire jouir des hérétiques, l'École de Calvin et de Bèze avait dû s'en passera Ses certificats d'études, bientôt connus et appréciés dans la république des lettres, étaient les seuls diplômes qu'elle pût décerner. Ils avaient cependant si bien conquis leur rang dans le monde qu'au moment où l'on discu-

' Reg. Soc. Éo., 17 et 2'. .ivril, U' mai, IK juillet 1810 cl 19 lév. 1811. 18 et 25 aoiil 1812.

» Cet f.onimago de rinspecteiir protégé du grand-maître à ses collègues est intitulé « Sodalis sndalihus ». Piclet et Picot le firent imprimer avec trente notes, qui forment un tableau complet des professeurs <le l'Académie, et cet envoi à Pescliier :

« Ilic, tôt sic tantos unn ciii coUigil ictit Piscator, pisces, justum saitiliir lionnrem : Omnihus hic ctiitis t/iiaiiliim est! Si Gr.rcia Soplios Miinns dile.rit. iioster mm cedet amore Quem Icrii, wcmnrcs, cuiicliqiic rependimiis illi, „ ^ I, 160 s.

tait à Paris du sort qui leur serait tait, sous la législation de l'empire, on admit couramment leur équivalence. On a vu ri']cole de Genève formellement qualifiée d'Université dans le décret que l'empereur a signé au camp de Madrid'. Si l'on donne à ce titre, remplacé par le décret en même temps que reconnu, la signification qu'il a conservée partout, hors de France, c'est celui qui correspondit le plus exactement à la réalité, le jour où les études laites dans les Auditoires, devenus Facultés, conduisirent aux grades universitaires.

Tout incorporée qu'elle lïit à l'Université de ^'apoléon, l'Académie hupérialede Genève devait en rester aussi indépendante que cela pouvait se concevoir. « Par son étendue, par son organisation particulière, elle ne peut sous aucun rapport être assimilée aux autres académies », écrit luimême le grand-maître au recteur Boissier, en lui refusant toute autre indemnité que ses Irais de bureau"-. L'abbé d'Andrezel, chargé de l'inspection générale de l<Sll, a caractérisé cette situation exceptionnelle dans une lettre à son collègue Desrenaudes, en disant que, dans sa touroée, « il s'était bien gardé d'inspecter Vallicc plutôt que la fille de l'Université-'. »

Dés le 2 avril 1810, chacun des professeurs, devenu « ollicier de l'Université », reçut, de Paris, pour être portée à la boutonnière, une palme d argent. .Vvec l'habil IVançais, prévu parla loi, cet insigne manifestait à tous les yeux son entrée dans l'état-major des fonctionnaires impériaux. Boissier, que sa fonction obligeait, mis à part, un seul, parait-il, le ilocteur 0(1 ier, le porta habituellement. (^)uelques mois après, le recteur reçut également, pour être délivré à chacun «sur sa réquisition » présumée et selon sa Faculté, moyennant soixante francs de droits de chancellerie, un diplôme de docteur. On fit la moue au parchemin qu on n avait pas demandé et aux trois louis que le fisc universitaire avait limpudeur de réclamer à des gens que lui-même ne payait pas, puis on empocha le diplôme, comme la palme, et l'on fut en règle avec la loi^

' Cf.. plus iKlUt. p. IU8 s.

- Lettre du l-'- août 1811 |.\rcli. Xat.. F" iXio.)

' Boissier à Pictet, Paris, 11 juin 1811 IPapicrs de Piolil. /. c. O -i).

* Boissier à Prévost, Genève, l'^'aoïit 1810 : u Je n attendrai point à demain pour vous témoigner « que je ne vous ai jamais cru l'intention de me laire de la pciue, quoique j en aie éprouvé nue vive.

132 l'académie impérialk. — i,so/i-l.sl4

En vertu des dispositions du statut concernant le régime et la police générale de l'Université Impériale (du 2H octobre 1808), complété par le règlement du 10 octobre 1801), les Facultés, dirigées par leurs doyens, sont sous l'inspection immédiate du recteur, par l'intermédiaire duquel, dans la règle, elles correspondent, le cas échéant, avec le grand-maître. Les affaires particulières de chacune sont traitées dans l'assemblée des profes-

« non de la proposilioii que vous fitos de ne pas clioisir la dicléc des thèmes (de prix an Collège], « pour linauf^uration do nos palmes, mais de ce que, sur ma remarque qu il fallait bien ciunmenrer (I une lois à les porter, vous déclarAtcs qu(^ la nécessité ne vous en était pas démontrée... Vous avez « trouvé, Monsieur, que je mettais beaucoup de clialeur à 1 adaire de ces palmes ; je n'y liens pas « plus que vous. Monsieur; jamais une décoration quelconque n'a été moins en harmonie avec le « deuil de mon cœur, et cependant je me ferai un devoir de les porter habituellement d'une manière « ou d'une autre, 1" parce que je crois qu'on a eu tort de renoncer totalement aux costumes qui im- « posent toujours plus ou moins, aux hommes faits comme aux enfauts, et que plus le nombre des « élèves de toute classe augmentera, à Genève, plus il est important de leur- imposer ; 2" parce que c est « le vœu de la loi et l'usage des autres Académies, on aucun professeur ne donne ses leçons sans sa « robe, sans l'avoir du moins, étalée sur son fauteuil, .le trouve tout simple que ceux de Genève se « refusent au grand costume, tant qu'ils ne reçoivent aucun traitement de la part du gouvernement, « aussi n'ai-je insisté sur une dépense de 46 fr. que pour nous mettre provisoirement à l'abri d'une (I plus grande. — Je crois. Monsieur, que ce n'est pas au moment où les catholiques remuent, où i( les prêtres envoient à Sa Majesté et au grand-maitre des dénonciations contre \ Académie et la « Compagnie, dénonciations dont j ai été indircclement informé; au momeni où le grand-maître, en « conservant à noire égard l'apparence des formes, nous laisse libres sur le fond ; qu il nous autorise « même à conserver de nos formes particulières tout ce qui n'est pas en contradiction manifeste avec (I le sens et les termes de la loi ; au moment où 1 on va s'occuper, sans renvoi, du traitement des proie fesseurs; au moment où nous demandons un local pour nos cours et nos séances; au moment sur- « tout où, de concert avec quelques-uns de nos compatiiotes de Paris, je travaille à individualiser « notre Académie de fait, c'est-à-dire à bien déterminer qu elle ne peut être que protestante et bornée a dans sa juridiction aux seuls établissements calvinistes... qu il nous convient de nous individualiser « encore par la forme, et d encourir le reproche qu on nous a si durement fait, avec mauvaise intention, « de vouloir faire bande à part et rester Genevois, malgré le gouvernement et ses dents. Si l'on peut, « avec deux pouces de palmes et même un costume complet, — quand on le payera, — conserver tout « l'essentiel de nos établissements, ne sommes-nous pas trop heureux, et ne nous serions-nous pas (I abonnés à pire, lorsque nous avons tremblé naguère pour ces mêmes établissements?» (Bibl. de Genève, Correspondance de Pierre Prévost, B.] Le costume complet comportait la robe et la chausse herminée, aux couleurs des Facultés. On a vu plus haut, p. 121, que Boissier changea d'idée quant aux limites à obtenir pour l'arrondissement académique de Genève.

Mémorial de Le Foi't, 2 avril [1810] : « Les membres de l'Académie ont reçu de Paris une palme « en argent, plus grande pour le Recteur et llnspecleur. On la portait à la boutonnièie dans les « cérémonies. — A'^. B. Monsieur le docteur et professeur Odier la portait habitucllemeul. »

Boissier à Pictel, Genève, 18 septembre 1810 ; « J'ai reçu aujourd'hui les diplômes de docteur, en « parchemin, pour tous les professeurs quelconques, mais je vais me trouver dans uu embarras désa- 0 gréable et bien naturel. Je ne doute pas que plusieurs de nos collègues ne refusent de payer trois 0 louis pour ce morceau de parchemin dont ils se sont fort bien passé jusqu'à présent et qu'ils n'ont « point demandé ; comment veut-on qu un homme qui n'a que soixante louis de paie en donne trois à 0 1 Université qui ne lui paye rien. 11 me semble que c'est une réflexion que vous pourriez bien uatu- « rellcment présenter au grand-maître. » 23 septembre : n Comme je l'avais prévu, nos collègues « ont fait la moue à leurs diplômes ; ceux-ci portent à la réquisition d'un tel, et je certifie qu aucun n n'a rien requis... Si nous payons ces diplômes sur le produit des inscriptions, il ne nous restera n plus de quoi entretenir le bedeau et chauffer les auditoires. » (Papiers de M. -A. Pictet, /. c, 0 3.)

seui-s, présidée p'ar le doyen, lequel Fait connaitre au recteur le résultat des délibérations. Un des professeurs est secrétaire et tient le registre des procès-verbaux ' .

On a vu que les doyens désignés aux Facultés furent, pour la Théologie, Pierre Picot ; pour les Sciences, Prévost ; pour les Lettres, ^^'eber. L'Ecole préparatoire de droit était sous la direction de Jacques Le Fort, celle de médecine sous le patronage de Louis Odier. Le statut sur l'administration des Facultés allouait aux professeurs chargés du décanat un sujiplément de traitement de mille francs. Mais, comme il ne s'appliquait |)as aux écoles jouissant de revenus spéciaux, ces fonctions, à Genève, restèrent gratuites "-.

La première des Facultés de l'Académie Impériale, par rang d'ancienneté, comme à teneur de la loi, était celle de théologie. Déjà en effet le décret du 17 mars avait statué, dans son article 8 : « Il y aura autant de

' lidglemenl cunceniaiit le léginie de l i'ni>eisitc. la siihuidinatiun. la currespondaïue et les altrihutiuns de ses diverses autorités, du 10 uclolire ISO'J. ce Le Conseil de l'IJuiversité iirrèle que les 0 articles de règlements suivants, extraits des décrets des 17 mars el 17 septembre 1808 et des 17 u lévrier et 'i juin 1809, seront adressés à tous les fonctionnaires de ll'niversilé pour leur servir u de fluides dans leurs tondions. »

« Arl. 6. Les Facultés, les Lycées et en général tous les établissements d'instruction corrcspon- ■c dent avec le grand-maître par l'inlcrmédiaire du recteur; néanmoins ceux qui ont des réclamations » particulières ou des plaintes à former peuvent les adresser directement. »

0 Art. 7. Les doyens, au nom des Facultés, peuvent aussi correspondre directement avec le grandie maitre, pour la partie scientifique de l'enseignement, u

« Art. 8. Les affaires particulières de chaque Faculté sont traitées dans l'assemblée des profesu seurs en titre, présidés par le doyen, qui fait connaitre au recteur le résultat des délibérations. »

« Art. 9. Le doyen est chargé de tout le matériel et de la police des cours et des exercices. «

(I Arl. 10. Les budgets et les comptes des Facultés sont transmis par le doyen au recleur, qui les i( fait examiner par le Conseil Académique et les adresse, munis de lavis de ce Conseil, au grand- « maitre pour être soumis par le trésorier au Conseil de lUniversilé. ■; |A. de Beaucliani]!, /h'iucil des lois et règlements sur l'enseignement supérieur, I, 230 s.)

' Boissier à Piclet, 6 octobre 1810 : « Vous aurez reçu, comme moi, le statut sur l'adniiuislialion « des Facultés. J allais, sans me donner le temps d'en achever la lecture, courir chez M. Prévost el « lui annoncer les mille francs qu'il aurait de ])lus pour son doyenné, en l'invitant à dresser son « budget, lorsque j'ai été arrêté par cet aimable article ; JVe sont pas comprises dans le présent a statut les Facultés et Académies qui jouissent de revenus spéciaux. Il sera statué séparément à a leur égard. Faites en sorte, cher ami, qu'on ne prenne pas nos revenus spécieu.c pour spéciaux. » (Papiers de M. -A. Pictel, /. c, 0 3.}

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« Facultés tie théologie que d Eglises métropolitaines; et il y en aura une à « Strasbourg et une à Genève pour la religion réformée. » Cette Faculté devait tenir lieu (lu séminaire cential, prévu |)our l'instruction des ministres protestants à I époque du Concordat '. Nous avons montré comment cette circonstance inq)ortante servit les délenseui's de l'autonomie scolaire de Genève, pendant la période crilifiuc où tant tl'écoles Irancaises disparurent à jamais, poui- laisser tout I espace à la (ille aînée de Napoléon. A cet égard, il faut le rappeler, l'Auditoire de théologie était pour la seconde fois, comme au temps de Calvin, le point d'appui de I Ecole entière-.

Tout concordataire (ju il lût, le séminaire-faculté qui devait servir à

' Articles organit/iics des cultes piutestants. a Art. 10. 11 v aiiiM un scriiiiuiiic à (Jfiic'vc, pour « rinsti'iiclioii (les iiiiuisli'es dus li^gliscs réiurmées. d

(I Arl. 13. On ne pourra cire élu minislrc, ou pasliiir d une ICi^lisi' rérornico. sans avoir ùliiflii' n dans le séminaire de Genève. »

Ces articles, publiés à la suite du Concordat, furent comme lui le résultat d une entente. I,es représentants des cultes intéressés avaient pris part à leur rédaition. Mais on avait consulté surtout, seloii 1 indication de Bonaparte lui-même, dans sa lettre à Cliaptal du 22 tlierundor an IX, I Ciirrcspondaiicc de \apoléon. Vil, 281 s.) « des protestants cl des calvinistes éclairés » se trouvant à Paris, el, quant aux seconds, notamment Boissy d'Anglas, le pasteur Marron, Rabaut-l'omier et Jean Bon- Saiiil-André. Dans son exposé au Corps législalif, Portails a insisté sur le caractère spécial qui résul-' tait, pour les articles adoptés, de cette consultation : « La convention avec le pape et les articles Il organiques de cette convention participent à la nature des traités diploniati(|ues, c'est-à-dire à la Il nature d'un véritable contrat. Ce que nous disons de la convention avec le pape s'appli(]uc aux Il articles organiques des cultes protestants : on ne peut voir en tout cela l'expression de la volonté Il souveraine et nationale : on y voit au contraire Icxpression et la déclaration particulière de ce que Il croient et de ce que pratiquent ceux qui appartiennent aux diflércnts cultes. » (Séance du 18 germinal an X.)

'^ Baranle à Fontanes, 7 nov. 1808 : u Au moment où Votre lixcellcnce. de concert avec le Conseil « de l'Université, travaille à élever ou à reconstruire, dans chacune des provinces de ce vaste empire, Il les parties qui doivent former l'ensemble de cet édilice immense et régulier dont la pensée seule Il existe encore dans le décret de Sa Majesté,... j'ose me flatter. Monseigneur, que la seule considé- « ration du bien public et lavantage incontestable de trouver réunis à Genève tous les éléments dont n une Académie doit se composer assureront à celte ville des droits au choix de Sa Majesté, lorsque Il des Académies seront érigées, conformément au décret. Déjà même une faculté de théologie lui <i est promise par ce même décret et ce bienfait serait illusoire, si ceux qui y prendront des grades « étaient obligés d'aller auparavant étudier, dans un aiUre lieu, les lettres ou les sciences. L'existence Il d'une faculté de théologie ne suppose-t-elle point l'existence presque nécessaire de tous les moyens Il de s'instruire et de prendre des degrés, dans toutes les facultés dont I objet embrasse des études Il j>i"éliminaires de théologie? » — Réponse du grand-inaitre, datée de Paris, le 20 janvier 1809 : « Monsieur le Préfet, des obstacles involontaires m'ont empêché de répondre pins tôt à la lettre Il que vous m'avez fait l'honneur de m adresser. On ue pourrait mieux pl.tider la cause de Genève, Il et tout ce que vous avez demandé pour elle est parfaitement conforme à mes vues et aux intentions Il même de l'Empereur. L'ancienneté et la réputation de l'Académie de Genève, la bonté reconnue Il de l'éducation que la jeunesse y reçoit, le rang qu elle tient entre les villes les plus éclairées de la Il France, tout lui assure qu'elle aura dans son sein une des Académies qui composent l'Université Il Impériale. » Cf., plus haut, p. 105, note 3.

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