PIERRE PICOT
former des ministres du culte réformé, pour toute la France, ne reçut aucune dotation quelconque du gouvernement et, à part quelques bourses d'étudiants qu'il était impossible de lui refuser, étant donné ce qui était fait pour d'autres, il fut laissé entièrement, comme le reste de l'Académie, à la charge des Genevois. On aurait tort, pour expliquer cette anomalie, d'accuser l'empereur de mauvais vouloir envers ses sujets protestants. Il a montré en trop d'occasions son souci de réparer à leur égard les injustices de l'ancien régime. La véritable raison nous parait devoir être cherchée dans l'idée exagérée qu'on s'était faite, à Paris, sur des informations de seconde et de troisième main, des ressources spéciales réunies à Genève pour la cause du protestantisme opprimé. L'existence d'une fondation ancienne, faite en sa faveur et restée secrète par la force des circonstances, a dû y être pour beaucoup.
On sait que cette fondation remonte au commencement du XVIIP siècle et à l'effort héroïque d'Antoine Court et de ses collaborateurs pour reconstituer le corps pastoral des églises françaises'. Entre 1720 et 1730, un comité, dont les origines ne sont qu'imparfaitement connues, se forma, sous l'impulsion et probablement avec l'appui matériel de Bénédict Pictet, de Jean-Alphonse Turrettini et d'Amédée Lullin, pour donner à l'œuvre d'Antoine Court une base financière. Ce comité, dont les membres étaient oblio-és d'agir avec le plus grand secret, à cause du résident de France qui les entourait de ses espions, ayant reçu une organisation et des statuts en conséquence, mit au service des églises du Désert le crédit dont jouissait l'Église et École de Genève, non seulement auprès des gouvernements protestants de Suisse, mais en Angleterre, en Hollande et en Prusse. De 17;U à 1744, un « député général » des églises, Duplan, parcourut l'Europe, après la Suisse, muni de recommandations discrètes de Genève et recuedlit, selon sa déclaration, la valeur de plus de dix mille livres sterling. En 1744, un comité fut organisé à Londres, qui corres|)ondit avec celui de Genève, lui faisant passer les fonds-.
L'amitié personnelle de Jeau-AIphonse Turrettini et de ^A'^ake, l'arche-
' Cf. I, 530, 600.
' Edmond Hiif,'iios. Antoine Court. Ilistniie de lu Hestiiiinition du protesliinlit^nie en France un XVlllo siècle. Paris, 1872, II, r)9 ss.
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vêque primat (rAnglclerre, leurs liaiiti^'s relations en Allemagne cl aux Pays-Bas, lurent certainement pour beaucoup dans le succès de l'entreprise. Et, comme celle-ci n'était possible que tant que les Conseils de la République pouvaient allirmer qu'ils l'ignoraient, on n'a pas de peine à comprendre le mystère dont elle s'entoura ^ Le conùic poi/r le secours des fidèles af/!igês, qu'on appellera plus tard d'un nom plus familier et moins compromettant Vhoirie, composé de personnes « hors de tout soupçon d'imprudence et d'infidélité, » se recrutait lui-même et ses membres n'avaient de compte à rendre qu'à leur conscience. Les églises ignoraient à la fois les noms de leurs « amis et bienfaiteurs » et l'étendue du bienfait. En I72Î), comme elles demandaient à Duplaii de les instruire, il leur écrivit : « Il n'est ni « juste, ni possible, ni convenable que je vous rende compte de ce qui est « donné. Gomme c'est ici une affaire de charité, on doit être satisfait que les « choses soient bien administrées, sans savoir d'où elles viennent et à quoi (( elles se montent-. » Cette réponse était dictée par les conditions même de l'existence et de l'activité du comité genevois, conditions qui imposaient une formule uniforme et correspondant exactement au caractère des donations qu'il pouvait recueillir. On n'en a jamais eu d'autre, parce que le capital de la fondation se trouva de la sorte entre les mains de ses membres sous cette seule, mais expresse réserve, (pi ils ne parleraient pas autrement.
Antoine Court et ses protecteurs eurent l'idée de placer à Lausanne, avec l'approbation tacite et bienveillante de Messieurs de Berne, le séminaire de théologie qu'ils voulaient fonder et qu'il était manifestement impossible d'organiser à Genève, sous les yeux du résident du Roi. Destiné à des jeunes gens sans autre patrimoine, et le plus souvent sans autre culture, que « l'esprit du Désert », comme disait son fondateur, il s'ouvrit en 1730 et, pendant tout le siècle, fournit à la France la plupart de ses pasteurs et tant de martyrs qu'on l'a appelé, du nom qu'avait jadis mérité celui de Calvin, « l'école de la mort ». V hoirie suffit à tous les besoins de l'institution, envoyant régulièrement les sommes nécessaires pour les pensions
' En 1723, Bénédicl Piclet fut cité devant le Conseil, à la demande du résident de France, pour répondre de ses « correspondances avec les Réformés » et toute la Vénérable Compagnie fui solennellement avertie. (Hugues, /. c, I, 245.)
« Hugues, /. c, I, 290.
LA THÉOLOGIE. LE SEMINAIRE RÉFOUMÉ DE (JENEVE 137
mensuelles de ses « pupilles », logés chez des bourgeois, les honoraires de leurs maîtres, les trais médicaux, etc. Annexé en quelque sorte à l'Académie de Lausanne, à laquelle il empruntait volontiers ses professeurs et les membres de son comité directeur local, le séminaire ne se confondit jamais avec elle. L'inégalité de préparation et de situation des étudiants de l'une et de l'autre école s'y opposa toujours'. Les proposants, une fois leurs études terminées et leurs examens admis, étaient consacrés, le plus souvent par leurs maîtres, sous l'autorité du comité directeur et retournaient ensuite dans leurs provinces, avec un viatique, plus ou moins considérable selon le cas, pour se mettre à la disposition des églises.
A plusieurs reprises, les synodes nationaux des protestants de France prirent des résolutions témoignant de leur intérêt pour « le précieux établissement de Lausanne » et de leur reconnaissance. En 1787, il eut l'honneur d'être dénoncé par l'abbé Lenfant au Conseil de Louis XVI, comme « soudoyé par deux puissances étrangères » et abritant, sous le voile ilu mystère, de ténébreux rapports « entre les ministres d'une secte essentiellement anti-monarchique et des gouvernements républicains-. » L'an d'après, ledit de tolérance ayant été promulgué et le ministère des pasteurs français étant officiellement reconnu dans le royaume, deux anciens élèves du séminaire, futurs membres de la Convention nationale, Jean Bon-Saint-André, alors pasteur de Castres, et Jacques-Antoine Rabaut, connu dans l'histoire sous le nom de Uabaut-Pomier, alors pasteur de Montpellier, s'adressèrent au comité de Lausanne pour obtenir une prolongation et un développement des études en rapport avec le nouvel ordre de choses. Rabaut-Pomier étant venu lui-même en conférer, au mois de juin 1788, obtint en principe de ce comité la réorganisation de l'école, par l'institution de deux années d'études préliminaires, dans un Auditoire de lettres, préparant aux trois ans d'études supérieures qu on devait faire dans l'Auditoire de théologie. Il était, au retour, passé par Genève et avait en-
' Cf. Jules Chavannes, Une école libre de théologie des temps passés. Notes historiques sur le séminaire protestant français à Lausanne, dans le Chrétien é\angélique. XV" année, Lausanne, 1872, p. 33 ss.
- Discours h lire au Conseil, en présence du roi. par un ministre patriote sur le projet d accorder l'état civil au.r protestants, cité par Jules Chavannes, /. c. 87. A parlir de celle époque, le comité de Genève, malgré toutes les sollicitations contraires, cessa d'accepter la conIribiilioM annuelle du roi d'Angleterre, qui se montail, dit-on, à tOO guinées. [Ibid.. 12'» et 128.)
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gagé avec l'hoirie la conversation n«''cessaire à la réalisation de ce ])lan. La dite conversation, continuée par le professeur de Bons, président du comité lausannois, permit de réaliser l'institution projetée. Le rapport (ait à la suite de cette mission, |iar de Bons, constate qu on ne peut obtenir « aucune lumière sur les fonds relatifs à l'entretien du séminaire », mais que les membres du comité de Genève n'attendent qu'un lapport sur le projet et une évaluation des frais pour accorder leur concours ; « la dépense ne paraît pas être trop considérable pour leurs fonds », sur lesquels ils sont « eng'ao'és au secret ^ »
Si l'on raj^proche ces faits du lôle important que I on sait avoir appartenu à llabaut-Pomier et à Jean Bon-Saint-André, dans les conférences d'où sont sortis les Articles organiques de 1802 sur les cultes protestants, on n'a pas de peine à s'expliquer les dispositions relatives au séminaire qui y (^*^t prévu, pour l'instruction des ministres des Eglises réformées de France.
L'article premiei' ayant ra|)pelé le princi])e général : « Nul ne |)Ourra exercer les fonctions du culle s il n'est Français », l'arlicb* suivant va plus loin et déclare que " les Fglises protestantes, ni leurs ministres, ne pourront avoir des relations avec aucune puissance ni autorité étrangère. » Cette disposition, sitôt qu'elle sera exécutée, mettra fin au séminaire de Lausanne. Il faudra le remplacer ou plutôt, pour retirer tout le bénéfice qu'on peut attendre de la fondation qui l'entretient, il faudra le transporter à Genève, qui se trouve être en môme temps le siège du comité fondateur et le chef-lieu d'un département français. C'est l'objet de l'article 10 et de l'article l.'J qui, dans leur concision étudiée, sans en parler, puisqu'il s'agit d'une institution étrangère, rendent ce transfert en quelque sorte obligatoire. Il est vrai qu'on peut les interpréter différemment et voir, dans le séminaire prévu à Genève, l'annonce d'une fondation nouvelle que le gouvernement, dans sa munificence, se propose de doter. Mais l'événement a donné tort à cette interprétation, celle de tous ceux, — c'était, cela va sans tlire, le très grand nombre, — qui ignoraient l'existence de {hoirie. Ni le gouvernement consulaire, ni le gouvernement impérial n'ont jamais ouvert le moindre crédit dans ce but. L'un et l'autre, on n'en peut douter,
' Procès-vi-rbaiix Hu CoiiiiU' de Lniisanne, cités par Cliavaunes. /. c, 86 s.
ont eu des rapports sur l'activité du comité genevois et se sont gardés d'empiéter sur les attributions qu il remplissait si bien. Seulement, c'est là l'inconvénient des fondations dont les administrateurs .sont obligés au secret, n'étant pas renseignés sur l'état réel de ses ressources, ils l'ont cru plus riche qu'il n'était. Le trésor, qu'ils supposaient avoir été Formé pour permettre à la Home protestante d'accomplir en France la plus noble de ses tâches, leur est apparu en rapport avec ce grand nom, qu'on se plaisait à prononcer. Ils n'ont pas tenu compte de la diminution considérable des ressources qui était résultée, presque simultanément, de la décision prise, lors de la promulgation de ledit de tolérance, de ne plus recevoir, ni solliciter, de subsides du roi d'Angleterre, c'est-à-dire d'une puissance étrangère, et de l'ébranlement du crédit public, suite de la Révolution et des guerres. En laissant au comité de Genève la tâche de soutenir, tout seul, le séminaire national prévu par la loi de l'an X. on lui imposait un fardeau trop pesant pour ses épaules.
D'autre part, on l'a vu plus haut, les membres de l'Académie les plus importants, les plus écoutés, même à Paris, craignaient que l'établissement de ce séminaire oKiciel, au sein d'une haute École qui n'était encore que tolérée par le gouvernement, ne la plaçât dans une situation d'infériorité. Enfin la réorganisation, à Genève, de l'institution ancienne devait entraîner, si l'on voulait répondre aux vues de ceux qui lavaient voulue, un nouveau perfectionnement des études et, par suite, une prolongation de leur durée qui paraissait inopportune à bon nombre d'Eglises, encore dépourvues de pasteurs.
Tout ceci explique pourquoi la décision de 1802 n'a été complètement exécutée qu en 1812. Entre temps, l'Université Impériale avait été fondée et, dans l'Université, la Faculté de théologie de Montauban (1809). Mais la translation du séminaire de Lausanne, il importe de le constater, avait été décidée en principe et avait commencé de fait, antérieurement à l'organisation de l'une et de l'autre.
Au mois de mai 1807, le Consistoire eut communication de la lettre suivante adressée à son président ]iar Son Excellence le ministre des Cultes :
« Monsieur, l'article 10 du tilre |)reiaier clo la loi du 18 germinal an X, sur le culte protestant, porte qu'il y aura un séminaire à Genève pour l'inslruclion des ministres réformés.
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Depuis six ans que cette loi est rendue, le Consistoire tie Genève n'a l'ail aucun travail préparatoire ((ui incli(jue le désir d'exécuter celte disposition de la loi, (|uelf|ne i'avorable qu'elle soit à la ville de Genève; cependant il me revient des plaintes de toutes parts sur une néglifTence fâcheuse pour les Églises protestantes. Je vous prie, Monsieur, de |)révenir le Consistoire que, s'il ne se met en mesure de rem|)lir le vœu de la loi, je ne ()ouriai me dispenser de rendre compte à Sa Majesté des plaintes dont on m'accable.
J'ai l'honneur de vous saluer avec considération '. »
La raideur calculée de cette mise en demeure surprit très fort ceux (|ui étaient le plus au (•ouraiil des véritables dispositions du ministre. Ami dévoué, confident éprouvé de la « protectrice » de ceux de Genève et de ceux de Lausanne, comme on la trouve plus d'une lois appelée dans les lettres des contemporains. M'"" Gautier-Delessert, dont le salon de Paris se trouva être, au temps des négociations du Concordat, quelque chose comme la nonciature des protestants, Portalis était, plus que quiconque, responsable de l'inexécution de la loi. C'était lui qui, de propos délibéré, avait fermé les yeux. Seulement, en 1807, il était devenu nécessaire de |)ublier un premier Annuaire ecclésiastique , (|ui présentât un tableau de l'organisation des Eglises réformées de l'empire. Dans ce lépertoire de législation, d'administration et illiistoiie, ilont les frères l^abaut s'étaient chargés, il fallait ([u'on |)ùt au moins annoncer que la question du séminaire était à l'étude et tout porte à croire que, dans ce but, Rabaut-Pomier et ses amis firent les démarches à la suite desquelles Darbaud, le directeur du bureau des Protestants au ministère, dut tailler sa plus grosse plume. La réponse, datée du 5 juin, fut en ces termes :
« Le Consistoire de l'Église Ré formée de Genève ci Son Excellence le Ministre des Cultes, etc. »
« Monseigneur,
Le (Consistoire s'empresse de répondre à la lettre que vous lui avez fait l'honneur de lui adresser, le 26 mai, au sujet du séminaire ordonné |)ar la loi du 18 germinal an X.
Le Consisloire prend la liberté de représenter à Votre Excellence(|ue, cette loi ne lui ayant jamais été communiquée olliciellement, Notre Excellence ne l'ayant
' Papiers de M. -A. Pictcl, /. c, O 5.
jamais encore invitée à s'occuper d'un travail préparatoire pour l'organisation de ce séminaire, et le Consistoire ignorant quelles étaient à cet égard les intentions du Gouvernement, il a cru devoir attendre, pour en délibérer, les ordres de Votre Excellence.
Cependant il n'a rien négligé pour remplir provisoirement de son mieux le v(cu delà loi. .Notre .\uditoire de théologie, où quatre professeurs enseignent gratuitement toutes les branches de cette science, est ouvert à tous les étudiants, soit de Genève, soit de toute autre commune, qui sont en état de suivre cesétudes. Le Consistoire a fréquemment invité toutes les Eglises réformées de France, qui se sont adressées à lui pour avoir des pasteurs, à envoyer à Genève tous les jeu nés gens qui, ayant fait des études préparatoires, se destineraient au ministère évangéiique. Il leur a promis de les accueillir, de les diriger dans leurs études, de les surveiller comme des enfants. Il y en a actuellement c|uelques-uns qui ont profité de cette invitation et s'en trouvent bien. Nous ignorons donc. Monseigneur, quelles plaintes on a pu porter à Votre Excellence : assurément elles ne peuvent regarder le Consistoire. Cependant, puisque Votre Excellence nous invite à nous mettre en mesure de remplir plus complètement le vœu de la loi, le Consistoire va s'en occuper et aura l'honneur de faire parvenir le plus tôt possible à Votre Excellence le résultat de ses réflexions sur ce sujet '. »
On voit que le Consistoire avait ratifié d'emblée et d'avance la solution qui devait être consacrée par les décrets impériaux : l'assimilation de l'école de théologie existante au séminaire prévu. L'hoirie elle-même, dont le président était à cette époque Martin-Gourgas et le secrétaire Peschier- Fontanes, sans cesser de subvenir aux dépenses de l'établissement de Lausanne, était entrée dans cette voie en attribuant à quelques étudiants du Midi « ayant fait des études préparatoires » les bourses nécessaires pour profiter de l'invitation du Consistoire-. Mais la question n'était point aussi simple. Elle se compliquait de l'insuffisance reconnue du corps enseignant. Des quatre professeurs mis en avant dans la lettre à vSon Excellence, deux seulement, âgés l'un et lautre, Pierre Picot et Jean- Louis
' Papiers de M. -A. Pictet, /. c, O 5. (Copie provcnanl du ininislùre des Cultes.) - Ou verra, dans la liste des étudiants de l'Auditoire de théologie, au XIX= siècle, publiée par Auguste Bouvier, que les premiers étudiants originaii'es du midi de la France qu'on retrouve à Geuève, sous l'Kmpire, sont, en 1805, J.-L. -Samuel Vincent, de Gajan (Gard), et eu 1806 Abel Alard. de Bergerac (Uordogne), Charles Borel, de Briançou (Hautes-Alpcsl, et Antoine Lardet, de Montpellier (Hcrault|. [Diicumenis pour servir à l'histoire de l'Académie de Genève, I, La Faculté de théologie, Genève, 1878, p. 68. | Ce sont vraisemblablement les quatre premiers pupilles de 1 hoirie, à Genève.
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De RocliL's, étaicnl titulaires, — ee dernier étant cliargé en outre tU-s l'onctions absorbantes de principal ilu Collège; — les deux autres étaient bénévoles. Uien ne servait d'ouvrir toutes grandes les |)ortes de TAutlitoirc, si l'on n'était pas en mesure de rendre à la chaire ébranlée son ancienne puissance d'attraclion.
Pour donner suite à la promesse laite au ministre des cultes, la Cninniissioii pciiiunutilc, loiniée pour assurer les rap|)orls tlu Consistoire, de la ('om|)agnie des pasteurs et tie la Société Economique, lut cliargée il'élaborer, en tenant compte des vues de ces divers corps, un |)lan « par Texéi( cution duquel Genève répondit selon ses moyens au vœu de la loi, au désir « des Eglises et à leurs besoins'. » Celte commission, s'étant consacrée à cette tàclie dillicile, pendant tout lélé, eut toutes les peines du monde à trouver la iormule cherchée. L'écho lointain de ses délibérations pai-vint au public dans une note de Habaut le jeune, dont on a signalé, comme un problème d'histoire à résoudre, le mutisme calculé à 1 égard tlu sémiuaire de Lausanne-. On put liie en elfet dans Y Aniutdirc, fpii parut à la lin tie l'année 1807 : « C est à Genève cpie la loi du 18 germinal an X a établi un (I séminaire pour linstruction des jeunes gens qui se destinent au saint « ministère. Les Eglises réformées de France ne jouissent pas encore de ce « bienfait du gouveiMiement : mais le Consistoire de Genève s'occupe de « l'organisation de ce séminaire, et Ion doit naturellement espérer quelle « répondra à la haute réputation que la Vénérable Compagnie des pasteurs « de Genève a acquise''. »
C'était tout ce qu'on pouvait dire, au cours d'un débat orageux dont il était impossible de prévoir lissue.
' Termes d'une lettre de Pescliier-Foutaiies à M.-.\. l'iiiel, aniuiiirant une copie de la réponse du Consistoire à Portails et datée du même jour. (/.. c, O j.) Pescliier t'ul nommé à la Commission permanente, le 18 juin, n M. le pasteur Dunatit ayaut demandé et obtenu sa décharge. » |Keg. Consistoire, ad diem.\
- Cliavannes, /. c, 177 s.
' Rabaut le jeune. Annuaire ou réperluiie ecclcsiastii/ue à t usage des églises léfornices et prolestanles de (empire français. A Paris, chez M. le pasteur Rabaul-Pomier. .. et à .Montpellier, chez l'auteur, 1807. — Les indications relatives au département du Léman ont été fournies par Pescliier- Fontanes, sur la demande de M. -A. Pictet. On trouve en efl'et ce passage dans une lettre du premier ; (C Je m'occuperai à remplir la note que vous avez adressée ici, pour entrer dans un .-/«nuflire. Ou ne « pourra y mettre quelque chose sur le Séminaire qu après que cette affaire aura été réglée; et le « vide que laissera M. Marlinj-Gourgas] devra être rempli avant que le catalogue de nos pasteurs « puisse être f^iit e.xact et complet. « (Pescliier-Kontamîs à Piotet, ' juin 1807, /. c, O 5.)
La Société Economique déclara, par trois fois, qu'elle regardait létablissement d'un séminaire, à Genève, comme en dehors de son mandat. La Compagnie îles pasteurs repoussa le premier projet de la commission, tendant à organiser un séminaire, indépendant de la Faculté de théologie et de l'Académie, avec l'appui financier du gouvernement, et fit le sien, en sens contraire, que les laïques de la Société Economique et de la Société Académique trouvèrent « susceptible de compromettre l'Académie, sans qu'on lût assuré qu'il satisferait le gouvernement. «
Devant le Consistoire, la Compagnie soutint avec force la haute convenance, la nécessité ai:)Solue de trouvera Genève les ressources indispensables, et I inlervention opporlune des représentants de l'hoirie lui assura gain de cause.
« La Compagnie supplie le Consistoire, — lit-on dans son registre, — rpiavanl de demander à un gouvernement qui est et sera toujours catholique, et dont les sentiments de tolérance peuvent changer par la suite, de paver les docteurs de la seule école destinée à propager les principes de la Rélbrmation et à former des pasteurs pour toutes les Eglises réformées de la France, il voie, dans sa sagesse, s'il serait impossible, par le concours des sociétés et des individus qui pnrini nous s'intéressent au maintien de la Réformation, de pourvoir aux dépenses «pie nécessitera l'établissement du séminaire, ou s'il ne conviendrait pas même d'accepter l'ollVe que divers pasteurs sont disposés à lui faire d'y enseigner gratuitement.
Quant à la Compagnie, désirant sincèrement entretenir l'harmonie qui doit exister entre les divers corps qui composent notre Église, vivement adligée des symptômes de désunion rpie les discussions sur le séminaire ont lait paraître, elle déclare que, si le point est réservé, elle se prêtera avec empressement sur tous les autres aux convenances de la Société Économique, de l'Académie, ou de tout autre corps genevois; mais qu'en même temps, avant devant les yeux l'engngemenl sacré qu'a pris chacun de ses membres de défendre de tous ses moyens la religion chrétienne réformée, les sacrifices qu'ont faits nos pères pour une si belle cause, l'obligation qui nous est imposée de transmettre à nos enfants im dépôt si précieux, elle ne peut concourir par son suffrage à mettre à la pleine dépendance et à la solde du gouvernement la seule école qui doit fournir à la Réformation des disciples et des défenseurs'. »
' Reg. Coinp., 18 scpl. 1807.
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Le Consistoire, avisé des dispositions « d'une société particulière s'intéressant aux études de théologie », prit une délibération de principe, conforme aux vues, si nettement genevoises, de la Compagnie et les commissaires de la Société Economique proposèrent, avec l'assentiment tacite de leurs commettants, un nouveau projet de décret à soumettre au ministre des Cultes. Ce projet taisait de 1 Auditoire, dénommé « Faculté », une école spéciale indépendante de l'Académie, « sous l'inspection et la surveillance » du Consistoire, mais entretenue par la Société liconomique, avec l'appui secret du comité fondateur du séminaire, désormais sans but, de Lausanne. La Compagnie des pasteurs, forte de son succès, modifia, étendit, développa, et, afin île reprendre la place qu'on semblait vouloir lui enlever, déclara membres de droit de la future Faculté, qui allait être investie de la collation des grades, « tous les pasteurs en office dans l'Eglise consistoriale. » Par intérêt bien entendu, la Société Economique signa une convention particulière (pii lui assurait le concours de l'hoirie pour l'entretien de trois chaires nouvelles et, par gain de |)aix, déclara qu'elle ne voyait rien fpii la comprouiît dans le piojet de décret remanié. Sur quoi le Consistoire adopta ce projet et, par l'intermédiaire olliciel de la préfecture, l'envoya au ministère avec une lettre justificative. Quelques semaines plus tard, il y ajoutait le plan d'un règlement intérieur, en vingthuit articles, confié cette fois, en vue d'une entente désirée, au Consistoire de Paris ^ Voici le texte du projet envoyé au ministre des Cultes :
« Préavis du Consistoire de l'Église réformée de Genève sur le Décret à rendre pour l'établissement du Séminaire prescrit par la loi du 18 germinal, an X. »
«1. La Faculté de Théologie, fondée depuis longtemps à Genève, etcoinposée des professeurs en Théologie, et de tous les pasteurs en office dans l'Église consistorinle de cette ville, sera convertie en un Séminaire, ou établissement d'instriu'tion gratuite, pour tous les étudiants des Eglises réformées de l'Empire français, qui se voueront à f'état ecclésiastique.
2. Le corps enseignant dans fe Séminaire sera composé do cinq professeurs choisis parmi les ecclésiastiques réformés.
' Reg. Soc. Éc, 19 et 23 juin, 4, 18 et 25 aoûl, 22 et 29 sept., G oct. 1807.
Reg. Comp., 31 juillet, 7. 12, 1'. et 17 août, 18 sept. 1807.
Reg. Consistoire. 30 juillet, 6, 20 et 27 août, 3 et 24 sept., 8, 22 et 29 oet., 10 et 17 déc. 1807.
3. Le Séminaire aura le pouvoir de consacrer, en présence et sous Tautorité du Consistoire, les jeunes ecclésiastiques au ministère évangélique. il aura de même la faculté de conférer à des ministres déjà consacrés le grade et le titre de Docteur en théologie, sous les conditions qui seront fixées par un règlement de police.
4. Le Séminaire sera sous la surveillance et la direction du Consistoire de Genève, qui présentera les professeurs à la nomination de Sa Majesté et mettra sous les yeux du ministre des Cultes, les règlements de police qu'il jugera convenable de faire tant sur le choix et les devoirs des professeurs que sur l'ordre des études, la forme des examens et le mode de réception, soit au ministère, soit au doctorat. Il en expédiera les diplômes et tiendra un registre de tous ceux qui en auront reçu.
5. Les étiuliants ne seront admis au Séminaire qu'à l'âge de dix-huit ans accomplis, et d'après un examen de capacité par eux soutenu, sous l'autorité et en présence du Consistoire, sur une attestation du Consistoire dont ils ressortissent, par laquelle il conste de leur âge, de leur admission à la sainte Cène, de leurs bonnes mœurs, et des études préliminaires qu'ils devront avoir faites.
6. La durée des études théologiques nécessaires pour être consacré au ministère évangélique sera au moins de quatre ans, y compris le temps employé aux études préparatoires dans le Séminaire même.
7. Chaque année, le Consistoire présentera au ministre des Cultes un tableau du Séminaire, contenant les noms, prénoms, âges et lieux <le naissance des étudiants, ainsi que le catalogue des ministres consacrés et des docteurs admis dans l'année.
Observations propres à servir de base pour les articles additionnels.
1. Sa Majesté sera suppliée d'admettre au bénéfice de son Décret du 30 septembre 1807, en faveur des séminaires diocésains, les étudiants du Séminaire de Genève, en leur accordant sur la présentation des Consistoires un certain nombre de bourses et de demi-bourses.
2. Aussitôt que le présent décret aura été revêtu de la sanction de Sa Majesté, il en sera expédié une copie à tous les Consistoires des Églises réformées de l'empire. L'article de la loi du 18 germinal an X qui ordonne que nul ne puisse exercer le ministère du culte réformé, s'il n'a étudié dans le Séminaire de Genève, aura son exécution, mais sans effet rétroactif.
3. Cependant, dans les trois années qui suivront la sanction du décret, tous les étudiants qui, après avoir fait des études sullisantes, se présenteront aux examens, tant pour la consécration au ministère que pour la réception au doc-
146 i/académie impériale. — 1804-1814
torat, seront admis à les subir, dans quelque lieu qu'ils aient fait leurs études, en présentant des attestations de ces éludes mêmes et de bonnes mœurs.
Signé, au nom et par ordre du Consistoire : Gabriel Pasteur, président; Odier, ancien et secrétaire '. »
Ces diverses communications n'eurent pas de suite immédiate parce que, Portalis étant mort le 24 août, le portefeuille des Cultes resta vacant jusqu'au mois de janvier 1808, époque à laquelle il fut confié à Bigot de
' Reg. Consistoire, 29 ort. 1807. Lo r('f;lemcnl « de police » prévu fut arlopté l(^ 10 (léoenibic :
« Règlement d\i/liniriistrntiun et de police du Séminaire réfnimé de Genève. »
« Cli:ip. I. Oes professeurs. »
c< Art, I. Il y nur.i ilans lo séminaire cinq prolcsscurs cliarfçcs d'enseigner, le pienjicr la Tliéo- « logie naturi'llc et révélée, le second IHistoire ccclésiastitpic, le troisième la Morale et l'art de la (( chaire, le quatrième la Critique sacrée et les langues hébraïque et grecque, le cinquième les parn lies de la Philosophie qui sont le plus nécessaires au ministre du saint Evangile, o
« Art. 2. Ils devront tous être ecclésiastiques. Ils seront nommés par Sa Majesté Impériale et « Royale sur la présentation du Consistoire. »
« Art. U. Ils s<Tont tenus de donner quatre leçons publiques par semaine, d assister au moins an (i nombre de deux à la récitation des sermons faits par les étudiants, et tour à tour de recevoir ceux-ci <i une fois chaque mois, pour leur faire rendre compte «le l'emploi de leur temps, leur donner des « avis et des directions ; ils devront de plus présider, tour à tour, chaque semaine à un exercice de « dialectique, qui sera soutenu par les aspirants au doctorat. «
c< Art. 'i. Des quatre leçons auxquelles les professeurs de Théologie, d'Histoire ecclésiastique et n de Morale seront tenus cliaiiue semaine, trois seront communes aux étudiants des trois dernières 0 années et la quatrième sera spéciah'uient destinée à ceux d'entre eux qui aspireront au doctorat: « elle roulera sur les objets qui n'auraient pu être suffisamment approfondis dans les autres leçons. « Celles du professeur de Critique et de langues seront toutes consacrées à l'inslruction des aspi- 0 rants au doctorat. »
<i Art. 5. Les leçons spécialement destinées à former des docteurs de Théologie se feront en latin. « Toutes les autres se feront en français, jusqu'à ce que le Consistoire juge convenable qu'i-lles se « fassent aussi en latin. »
a Art. 6. Les professeurs de Théologie, d'Histoire ecclésiastique, de Morale et d'art de la chaire, « devront distribuer leurs enseignements, de manière que, dans le cours de trois ans, les étudiants « en aient parcouru le cercle entier. »
u Chap. IL Administration du Séminaire. »
« Art. 7. Le collège des professeurs et les étudiants seront placés sous l'inspection des pasteurs « en ollice et du Consistoire de Genève. »
« Art. 8. Cette direction sera exercée à 1 ordinaire par un Comité d'administration, composé des « cinq professeurs du Séminaire, d'un inspecteur des étudiants, qui devra toujours être pris parmi « les pasteurs en office, de deux pasteurs et de deux anciens, qui seront nommés par le Consistoire « pour quatre ans, avec faculté d'être réélus. Ce Comité sera chargé de veiller sur les études et de « maintenir la police du Séminaire. 11 s'assemblera une fois chaque mois, et dans l'intervalle toutes « les fois que les affaires l'exigeront; il sera présidé par celui des pasteurs que le Consistoire aura « désigné pour cette fonction. Il choisira dans son sein un secrétaire et un caissier, b
« Art. 9. Le Comité d'administration connaîtra de toutes les demandes d admission au Séminaire. « de la conduite et des progrès des étudiants; il entendra leurs examens annuels, leur adressera des (( éloges ou des remontrances et pourra, suivant la gravité des cas, les exclure des leçons pendant
Préameneu, un jurisconsulte infiniment moins versé dans les affaires qu il était appelé subitement à diriger et surtout moins accessible aux Genevois. D'ailleurs le Consistoire de Paris, nullement enchanté des projets de celui de Genève, sous la forme que leur avait donnée la Vénérable Compagnie, ne s'était pas pressé de transmettre le règlement, qu'il se proposait de sou-
« un temps, qui n'excédera pas deux mois, el prolonger d'une année leurs études, s il le juge con- « venable. Dans les cas les plus graves, il rapportera au Consistoire, qui pourra seul les exclure du Il Séminaire, u
« Art. 10. L'inspecteur des étudiants sera spécialement chargé de veiller à ce que les étudiants ne u prennent domicile que dans des maisons honnêtes, comme aussi d inspecter leur conduite particu- « lière et leurs mœurs. Pour les tantes graves, et dans les cas où les étudiants ne se soumettraient « pas avec docilité à ses avertissements, il rapportera au collège des professeurs et celui-ci. s'il est « besoin, au Comité d administration. L inspecteur surveillera de même la conduite et les éludes des (I jeunes gens qui, se destinant au saint ministère, feront à Genève les études préparatoires a leur « entrée au Séminaire. «
<i Art. 11. Le Comité d'administration pourra proposer au Consistoire ce qui lui paraîtra utile au 0 bien du Séminaire, et. si le Consistoire approuve ce qui lui est proposé, il le soumettra à Son « Excellence le ministre des Cultes. »
(1 Chap. IlL Des étudiants. »
« Art. 12. Nul étudiant ne sera admis au Séminaire : s'il n a été reçu à la Sainte-Cène ; s'il n a B 18 ans accomplis; s'il n'a une conduite irréprochable; s'il n'a fait des éludes préliminaires jugées « suflisantes. »
« Il justifiera do ces conditions par une déclaration du Consistoire qui I aura envoyé, et des Ecoles. « soit publiques, soit particulières, dans lesquelles il aura étudié, indépendamment de l'examen préa- (1 lable qu'il devra subir. »
0 Art. 13. Ces pièces et les lettres de présentation seront préalablement adressées au secrétaire « du Comité d'administration, qui en fera registre, et y répondra, après délibération du Comité, en « sorte que nul ne se présente sans avoir été annoncé, n
a Art. 14. L'étudiant, à son arrivée à Genève, sera soumis, avant d'être admis au Séminaire, à un « examen, en présence du Comité d'administration, sur la grammaire française, l'histoire sainte, et « l'interprétation à livre ouvert des Offices de Cicéron. Si cet examen n'est pas satisfaisant, l'admis- « sion de l'étudiant sera relardée d'une année, au bout de laquelle il en subira un autre aux mêmes « conditions. »
« Art. 15. Les étudiants admis au Séminaire signeront, à leur entrée, l'engagement de se rendre « dignes, par la régularité et la décence de leur conduite, de la vocation à laquelle ils se destinent, « de ne point abandonner leur état, sans la permission du Consistoire dont ils relèvent, d'être assidus « aux leçons, de ne point s'absenter sans congé, d être soumis à l'autorité du Consistoire de Genève, « à celle de leurs professeurs, de l'Inspecteur et du Comité d'administration. »
n Chap. IV. Du cours des études. »
« Art. 16. L année des études théologiques commencera le premier lundi d août. » « Art. 17. Les étudiants seront tenus, pendant leur séjour dans le Séminaire, de composer et do « réciter deux catéchèses et six sermons. Ils seront tenus de plus de subir chaque année, dans la i( seconde quinzaine de juin, un examen à huis ouverts sur tous les objets qui leur auront été ensei- 0 gués dans l'année. Cet examen aura lieu en présence du Comité d administration, qui leur témoiic gnera publiquement par lorgane de son président, lapprobatiou ou l'improbation que leur examen « aura mérité. »
<( Art. 18 Dans la séance du Consistoire qui suivra 1 examen public, les étudiants seront tous « appelés, pour être, d'après le préavis du Comité d'administration, encouragés, approuvés, ou avertis « de leurs devoirs. Dans cette même séance, les professeurs rendront un compte sommaire de leurs
148 l'académie IMI'ÉRIALK. — l.S()4-l<S14
mettre à une tlélibéralion nouvelle. Le ministre répondit à une lettre du 14 janvier, par laquelle on avait « cru devoir lui rappeler l'organisation du séminaire », que cet objet, a intéressant toutes les Eglises réformées de
« travaux, le Consistoire «lélihéiira sur le rapport de charuL d'eux el liur adressera les avis qu il « jugera couvcuable. «
« Art. 19. Afin que les étudiants aient plus de temps pour se préparer à leurs examens, chaque n professeur se bornera, dès le comnienrcmcnt de mai, à leur donner deux leçons par semaine. II y « aura léric peudaut le mois de juillet et depuis le I*'' octobre au 15 novembre, u
(I Cliap. V. De l'admission au saint ministère. »
n Art. 20. Aucun éludiaut ne pourra être admis au saint ministère que sous les conditions suivantes :
« l» Il devra avoir étudié au moins trois ans dans le Séminaire, non compris lannéc des études « préparatoires de Philosophie. Il sera dérogé à cette condition dans les trois premières années de « l'ouverture du Séminaire, en tenant compte aux jeunes gens des études qu'ils pourront avoir faites n ailleurs, et en ayant égard à leur âge et à leurs connaissances acquises. 11 y sera dérogé aussi « pour les étudiants qui, tout en faisant, pendant la première année de leur séjour au Séminaire, les « études de Philosophie qui leur sont nécessaires, auront pu suivre les cours de Théologie proprece ment dite, et subi des examens annuels sur les objets qui y ont été enseignés; ils pourront, s'ils n ont vingt-deux ans et les autres (jualilés requises, demander au bout de trois ans d'être admis à 0 l'examen exigé pour être consacré au saint ministère. »
n Art. 21. 2° Ils devront avoir soutenu avec approbation leurs examens annuels, composé dans le « cours de leurs études six sermons et deux catéchèses, approuvés par les professeurs, et obtenu du n Comité d'administration une déclaration de leurs bonnes mœurs et conduite durant leur séjour; a ils devront joindre ces pièces à la pétition qu ils présenteront au Consistoire pour en obtenir leur « admission aux examens pour le saint ministère. »
i( Art. 22. Les candidats au saint ministère subiront ensuite des examens sur toute létenduc du « cours de Théologie, d'Histoire ecclésiastique, de Morale, d'Art de la chaire et de Philosophie. Ces 0 examens se feront en français, jusqu'à ce que le Consistoire juge convenable qu'ils se fassent en 0 latin. Les candidats au saint ministère feront de plus, à jour bref, sur un texte et un sujet donnés, (I un sermon et une catéchèse, lun et l'autre en français, (^es examens se feront devant les pasteurs « en office et le Comité d'administration, qui jugeront si celui qui les a subis doit être admis au saint « ministère et qui en feront rapport au Consistoire. »
« Art. 23. Le candidat au saint ministère prêtera, avant d'être consacré, le serment de se conformer « dans ses enseignements ii la doctrine contenue dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, « de tenir secrètes toutes les confessions qui pourraient lui être faites en décharge de conscience, (I sauf les cas de haute trahison, d'être toujours soumis aux lois et aux magistrats, dans 1 exercice de V leurs fonctions. »
« Art. 24. L'admission au saint ministère se fera à une époque fixe, et pour tous les récipiendaires « à la fois. »
« Art. 25. Celui qui aura été admis au saint ministère recevra un certificat, qui attestera sa bonne « conduite, les études qu'il a faites, les examens qu il a subis, le serment qu il a prêté et sa con- « sécration au saint ministère. Ce certificat sera signé par le président et le secrétaire du Consis- « toire et par deux professeurs. »
(I Art. 26. Le Consistoire adressera chaque année à S. E. le ministre des Cultes un tableau de ceux « qui auront été admis au saint ministère, avec la désignatiou de leur âge et du lieu de leur uaisn sance. »
« Chap. VI. De l'admission au doctorat. » «Art. 27. Nul ne pourra demander le grade de docteur en théologie que sous les conditions suivantes : n lo Etre déjà ministre du Culte réformé. 2° Avoir fait des études de Belles-lettres et de Philo- « Sophie, ce dont il fera couster par diplômes, qu'il devra avoir reçus des Lycées, ou autres établisse-
l'Empire, exigeait des communications indispensables », demanda le règlement, qu'il n'avait pas reçu, et pria qu'on eût, pour le reste, « à se reposer avec confiance sur son zèle pour l'intérêt des Eglises réformées'. »
Le 9 mars, il faisait demander par Darbaud à M. -A. Pictet de venir conférer, en son hôtel, sur les affaires religieuses de l'Eglise réformée de Genève-. Une semaine plus tard, le Consistoire de Genève était informé que cette conférence avait eu lieu, que le ministre avait demandé à Pictet une note destinée à lui raj)peler les conclusions de leur entretien sur le séminaire réformé, dont le tour viendrait après celui des séminaires catholiques dont il était occupé, et, le même jour, l'empereur rendait le décret du 17 mars portant organisation de l'Université, qui consacrait l'existence de la Faculté de théologie de Genève et, l'incorporant à la nouvelle création impériale, faisait dépendre la solution de la question du séminaire d'une autorité de plus : le grand-maître Fontanes. Le sort de ce séminaire était désormais lié à celui de l'Académie elle-même et le professeur Pictet se trouvait être de nouveau le seul homme en situation de préparer l'entente définitive.
Il s'en occupa en même temps que de l'école en général et, lorsque le décret du 17 septembre eut attribué aux Consistoires de Strasbourg, de Genève et de Montauban, comme aux archevêques et aux évêques métropolitains, la présentation au grand-maître des doyens et des professeurs des
a menis d iiislniction :inlorisi's p^r le goiivfiiioiiK'iU ;i conférer (les degrés. 3" Avoir suivi pendant Il trois ans les leçons destinées aux candidals pour le dnctoral, et avoir été examiné sur les objets 0 qui y auront été enseignés. »
(( Art. 28. Celui qui voudra prendre le degré de docleur en Théologie devra do plus :
Il !<■ Subir en français un examen sur les parties de la Philosophie qui sont le plus nécessaires à Il un théologien. »
« 2° Faire deux dissertations latines sur des sujets de Théologie, ou de Morale, qui lui auront « été donnés, n
H 3° Soutenir en latin un examen de Langue grecque et hébraïque, et de Critique sacrée sur l'Ancien 0 et le Nouveau Testament. »
II 4" Faire une courte dissertation latine en forme de thèse, qu il fera imprimer, et sur laquelle il 0 devra répondre dans la même langue aux questions et aux dillicultés qui lui seront proposée-. »
« Ces examens se feront en présence des pasteurs en ollice et du Comité d'administration, qui « jugeront si celui qui les a subis doit être admis au doctorat, et qui en fera rapport au Consis- II toire. » (L. c, ad diem.)
' Lettre du 21 janvier. Reg. Consistoire. 4 et 2b février 1808.
' Le chef de la 2= division du ministère des Cultes à M. -A. Pictet, 9 mars 1808. (Papiers de Pictet, /. c, 05.)
150 l'acaukmik imi'Ékiale. — 180'i-l.S14
Facultés de théologie, il engagea celui de Genève, dont il taisait partie, en qualité de membre laïque ou ancien, à écrire sans retard à Fontanes. I>a lettre, qui fut effectivement envoyée le Dî octobre, expose la composition delà Faculté, mentionne les propositions soumises au ministre des cultes pour le séminaire, mais elle ne sépare plus leur cause, — évolution due, on n'en peut douter, aux conseils de Pictet, — de celle de TAcadémie, qu'elle recommande, de même que le Collège, à la bienveillance de Son Excellence, « les mettant avec confiance sous la sauvegarde et protection » du grand-maître de l'Université'.
Fontanes ne se hâta point de répondre. On sait quelles étaient ses préoccupations quant à l'avenir de l'école genevoise. Mais, dès que le statut du 13 janvier 1809, consacrant le maintien de l'Académie, eut été adopté par le Conseil, il en avisa le président Gabriel Pasteur, en accusant réception de la lettre du mois d'octobre. Et, comme on lui avait adressé, en novembre, copie du dossier soumis au ministre des Cultes, il remercia par une lettre du même jour, adressée cette fois au secrétaire du Consistoire, le docteur Louis Odier, où il se déclare « toujours heureux de pouvoir profiter des lumières et de l'expérience des membres distingués qui le composent », ne doutant pas « de la pureté du zèle qui les a animés en cette circonstance », mais où l'on voit fort bien, parles formules employées, qu'il est décidé à laisser dormir les plans de ceux qu'il couvre d'éloges-. C'est sans doute celte conviction, fortifiée par plus d'une correspondance privée, qui décida le Consistoire à profiter, au mois d'août, de la présence du professeur Pictet et à le faire entrer dans la Commission permanente, avec des pleins pouvoirs pour remanier le projet d'organisation du séminaire, de façon à le mettre en harmonie avec les décrets impériaux et selon les vues qu'il semblait possible de faire partager en haut lieu-'. Les articles rédigés par Pictet, avec le concours de ses collègues, les professeurs de théologie Vaucher et Peschier-Fontanes, ce dernier, comme on sait, représentant officieux de l'hoirie, furent envoyés à Paris, sans autre délibération, au nom du Con-
' Rcg. Consistoire, 29 sept., 6 et 13 oct. 1808. La Compagnie des pasteurs donna son assentiment en remerciant le Consistoire de la lettre écrite par lui au grand-maitre. (/,. c, 20 oct.) ' Lettre du 26 janvier. (Reg. Consistoire, 2 fév. 1809.) ' Reg. Consistoire, 10 août 1809.
sistoire et simplement communiqués à la Société Economique. Ils étaient ainsi conçus :
« Articles constitutifs du séminaire de Genève. »
« Art. 1. Le séminaire, établi à Genève par la loi organique des Cultes, Tit. I, § 10, pour l'instruction des ministres et des docteurs des Eglises réformées, est mis sous la direction spéciale du Consistoire et de la Compagnie des pasteurs de cette ville ; il relève du ministre des Cultes.
Art. 2. L'Académie, conservée à Genève par Décret impérial du 11 décembre 1808 et réorganisée par Son Excellence le grand-maître de l'Université Impériale, le 7 juillet 1809, fournira gratuitement aux élèves du séminaire toute l'instruction nécessaire à leur vocation et ils prendront dans les Facultés, selon les formes prescrites, les grades correspondant aux diverses périodes de leurs études.
Art. .3. Les aspirants au séminaire qui auront fait leurs premières études ailleurs que dans le Collège et l'Académie de Genève ne pourront être reçus, s'ils ne sont adressés et re(;ommandés au Consistoire de cette ville par celui dont ils relèvent spirituellement et munis d'un certificat des écoles publiques ou particulières dans lesquelles ils auront étudié, ce qui ne les dispensera pas de prendre à Genève, s'ils ne l'ont pas reçu dans une autre Académie, le grade (le bachelier dans la Faculté des lettres.
Art. 4. Les pensionnats des séminaristes seront choisis et assignés par le Consistoire et placés sous son inspection et sa surveillance. Il fixera le prix de la pension, lequel sera à la charge de l'élève, ou de ses parents.
L'administration du séminaire, sa police, le cours des études, les formes d'admission au saint ministère et au doctorat en théologie, feront l'objet d'un règlement particulier qui sera soumis à notre approbation '. »
On le voit d'emblée, ces articles n'étaient que la formule de l'état de choses résultant des dispositions législatives. Le règlement intérieur, adopté en 1807, ne reçut aucune modification. Comme les Consistoires
' Re^. Consistoire. 21 sept 1809. Ces articles, insérés au re^fistre, avec ce niarp;inal : Nom^eau projet pour le séminaire, sont précédés du rapport suivant : o Happort sur le séminaire. M. l'ancien « Fictet rapporte que M. d'Arbaud (sici, qui lui avait confié les pièces relatives au séminaire, les lui n ayant redemandées d une manière très pressante, parce que le ministre lui avait demandé un Ira- <( vail sur cet objet, il avait cru devoir s'entendre avec MM. les professeurs Vaucher et Peschier pour « rédiger de suite quelques articles relatifs au.ic cliangements que l'établissement de l'Université Im- « périale peut exiger, et que, de concert avec ces Messieurs, il avait, au nom du Consistoire, envoyé « les articles suivants, pour tenir lieu de ceux qui avaient été arrêtés le 29 octobre 1807, lesquels « articles ont été envoyés avec le règlement du 10 décembre 1807. u
152 l'académie impériale. — 1804-1814
réformés étaient assimilés aux autorités diocésaines du culte catholique, il était de la compétence de celui de Genève de régler les études faites dans son séminaire et Pictet jugea sans doute que les quelques modifications formelles à faire au texte envoyé précédemment, pour le mettre en harmonie avec les décrets, devaient être laissées au ministère des Cultes. 11 crut hien faire également de ne pas ajouter à son projet de disposition relative aux bourses que l'empereur avait promises, par son décret du 30 septembre 1H07, à tous les séminaires diocésains. Une sollicitation de ce genre en faveur de Genève lui paraissait sans doute susceptible de soulever mal à propos la question des fonds de l'hoirie. Le Consistoire en jugea de même et, après discussion « sur les motifs exposés par les i-édacteurs », on le voit ajourner une proposition contraire « jusrpi au moment où cela paraîtra né- « cessairc pour soutenir l'Auditoire de théologie qui jusques à présent n'en « a pas besoin ' . »
La semaine suivante, on apprend par une lettre du pasteur Jean Monod, de Paris, auquel Pictet a envoyé la copie du projet d'articles constitutifs du séminaire « en lui expliquant les motifs pour lesquels on ne demande point de bourses quant à présent », « que le président du Con- « sistoire de Montauban a présenté au ministre des Cultes un Projet de « séminaire, dans lequel il demande un grand nombre de bourses et demi- « bourses, et un grand nombre de professeurs, dont plusieurs ont déjà été « nommés,... que ce projet a été accueilli favorablement par le ministre, « mais qu'il a déclaré qu'on ne prononcerait rien sur ce projet que par un « travail commun aux deux séminaires de Montauban et de Genève. » La conclusion de Monod est que le Consistoire de Genève doit demander aussi ses bourses. Le professeur Peschier prend alors la parole et « ajoute quel- « ques considérations sur la manière dont les bourses et demi-bourses « seront assignées, en témoignant le désir que le Consistoire de Genève « n'intervienne point dans la distribution. » Son idée est qu'il faut laisser le gouvernement prendre ses décisions à cet égard, les bourses d'études devant être attribuées aux candidats sur la présentation de leurs consistoires respectifs. On l'approuve et on l'invite à transmettre à M. Monod
' Ki'g. Coiisisloiie, 21 si'|jl. 1S09.
LA THÉOLOGIE. — LE SÉmInaIRE REFORMÉ DE r.E>"ÈVE 153
les observations qu il vient de développer. Mais, le 12 octobre, on reçoit une lettre de la Faculté de théologie de Montauban, communiquant son organisation et insistant pour qu'on Fasse la même demande qu'elle, afin de l'appuyer. Sur quoi on décide, « quoique la lettre adressée, le 29 sep- « tembre, à Al. le pasteur Monod par M. le professeur Peschier puisse servir « de réponse », de revenir sur les votes précédents et d'écrire au ministre en ces termes :
« Monseigneur, en adressant à Votre Excellence, suivant le désir qu'elle nous en avait témoigné, un projet d'organisation pour le séminaire de Genève, nous avions cru devoir garder le silence sur le désir de notre Eglise d'être admise au bénéfice du Décret impérial du 30 septembre 1807, relatif aux bourses et demi-bourses que Sa Majesté a daigné accorder aux séminaires diocésains, parce que nous avions présumé que Votre Excellence ne porterait surcet objet à Sa Majesté qu'im travail général, commun aux trois séminaires réformés. Nous apprenons aujourd hui que le Consistoire de Montauban a présenté à Votre Excellence la demantie formelle d'un certain nombre de bourses et demi-bourses pour le séminaire de cette ville. C'est pourquoi nous nous empressons de témoigner aussi à Votre Excellence le désir que nous avons d'être compris dans cette faveur, et de l'assurer de la respectueuse reconnaissance avec la(|uelle nous recevrons, pour notre part, ce qu'on daignera accorder à cet égard aux trois séminaires réformés '. »
La réponse arrivera en 1810, par l'entremise du Consistoire de Paris, qui vient d'organiser un « Bureau de Correspondance » central et qui annonce que Sa Majesté a bien voidu accorder 36 bourses aux séminaires protestants, savoir : à Strasbourg et Deux-Ponts. 8 bourses entières et 16 demi-bourses, à Montauban 6 et 12, ta Genève 4 et 8. Elles seront au montant de 400 fr. et de 200 Ir. et accordées sur la demande des consistoires dont dépendent les étudiants-.
Ces diverses démarches permettent de constater une fois de plus l'évolution qu'a subie la politique du gouvernement à l'égard de Genève. On n'est plus au temps où la loi consulaire, consacrant en quelque sorte la possession d'étal de la cité de Calvin, y plaçait le centre des études de
' I^ettre datée ilii 15 octobre. (Reg. Consistoire, 28 sept.. 5 el 12 oct. 1809.) - Ihid.. !<■' mars I81U.
UMVEKSITÉ Di: CFNi-VI:. II. 20
154 l'académie iMPÉniALE. — 1804-1814
théologie pour tous les réformés de France. La Faculté <le Montauban a été créée de toutes pièces avec un séminaire, il est vrai, sur le modèle de celle de Genève et avec le concours nécessaire d'un corps enseignant composé de Genevois et de Suisses, mais sans didicultés et par le gouvernement lui-même'. Le Consistoire de Paris est devenu le centre des informations et de la correspondance ecclésiastique, parce qu'il est à portée des ministères. Le séminaire national, établi à Genève par la loi de 1802, est devenu, quant à la répartition des bourses du gouvernement, le séminaire d'un arrondissement, comprenant tout juste un certain nombre de départements et 23 églises consistoriales seulement sur l.'JO-. A cet égard il est au dernier rang, lit, comme tout cela est très manifestement contraire à la charte fondamentale des cidles |)rotestants, le ministre des Cultes et le grand-maître de lUnivcrsité nOnt nulle hâte de mettre leurs noms au bas des articles constitutifs et du règlement intérieur qui icstent, et resteront jusqu'à la fin, dépourvus de leur signature.
En attendant on met de fait à exécution les dits articles et la suppression obligée du séminaire de Lausanne se prépare, parles soins de Peschier- Fontanes et d'un autre membre du comité secret, Manocl de Végobre, entré au Consistoire, comme ancien, à la fin de 1810, et devenu d'emblée le correspondant attitrédes Eglises de l'empire. L'opération s'achèvera, en 1812. par l'attribution de pensions de retraite aux principaux professeurs et l'affectation aux étudiants français de la Faculté de théologie de Genève, désormais seuls « pupilles » de l'hoirie, des bourses devenues disponibles par la consécration au saint ministère des sept derniers élèves de Lausanne^. Les procèsverbaux du Consistoire ne contiennent à cet égard que la note suivante :
« Clôture du Séminaire de Lausanne. ^L l'ancien De \'égobre rapporte qu'il a assisté dernièrement à Lausanne, conjointement avec M. le professeur Pesciiici", à la clôture du séminaire de cette ville, lequel a terminé ses fonctions par
' DélibiM'.ilioii ilii Conseil tio l'UniversiU', en dalo du 1,'i sepicmbre 1H09 : <■ La l'acullé de théolof^ic " de .\l()iit;uilj:in sera ort^anisée sur le pied de celle de Genève. » Cf. Arrêté f/iii organise la FacuUi' de théologie protestante de .Montauhaii, H décemhre 1S09. (Beaueliamp, /. c. I. 248.1
" Reg. Consistoire, 25 avril et 9 mai 1811.
' On trouvera le compte rendu documente de la cérémonie et de la dernière séance du comité de Lausanne, en présence des délégués genevois, Peschier et de Végobre (8 mai 1812), dans 1 élude, déjà citée, de Jules Chavannes, [Chrétien évangéliqtie, 15' année, 1872, p. \1\ ss.|
LA THKOLOCilE. — LE SÉMINAIRE KÉFORMÉ DE GENEVE 155
la consécration dv quelques jeunes ministres, qui sueront les derniers consacrés de celte manière. Il ajoute (|ue cette cérémonie s'est passée avec beaucoup d'ordre, de décence et d'édification, c|u"on y a rendu compte des services qu'à l'endus aux Eolises réformées de France ce séminaire, et cela dans un lenips ou la chose n'était pas sans danger, (|ue les étudiants du séminaire ont témoigné leur reconnaissance à la ville el à la société prolectrices de cet établissement, tlonl les fondions sont dorénavant tlévolues aux séminaires reconnus en France '.«
On s'est demandé |)ourcjuoi Montauban, qui se trouvait comme Genève dans les conditions voulues, n'a point été appelée à recueillir une partie de la succession de Lausanne. C'est que, comme nous l'avons t'ait voir, cette succession s'était ouverte antérieurement à 1812, à un moment où le séminaire de Genève était le seul prévu |)ar la loi. Lorsque celui de Montauban fut organisé, au sein d'une Faculté entièrement défrayée par l'État, avec une dotation de bourses relativement importante, dans une ville où les étudiants pouvaient s'entretenir à peu de frais, le comité de l'hoirie ne crut pas devoir prendre de nouvelles décisions. Le gouvernement, en laissant l'établissement institué en 1802 à peu près complètement en dehors du budget de l'Ltat, le mettait tacitement à la charge de ce comité, comme celui de Lausanne, que les auteurs de la loi avaient voulu remplacer et dont il fallait encore liquider les pensions. L'hoirie deviendra donc, pour sa part, à côté de l'empereur, dispensatrice des bourses d'études à la Faculté de théologie de Genève. Et, comme ces bourses seront beaucoup plus nombreuses que celles qu'on pourra solliciter de la faveur impériale, comme le bienfait n'en sera pas restreint aux boursiers de quelques consistoires, mais qu'elles seront accordées à tous les étudiants protestants de l'ancienne France, qu'ils soient du Nord ou du Midi, de l'Est ou de l'Ouest, comme enfin le modeste comité genevois est destiné à survivre au grand empire, de même qu'il a survécu aux révolutions du XVIIP siècle, l'Ecole de Genève recouvrera de fait, conservera jusqu'à nos jours, au sein du protestantisme français, la place que la loi consulaire lui a reconnue et que les décrets de l'empereur ont passée sous silence. Ce sera une fois de plus, devant l'histoire, le témoignage éclatant de la valeur morale du calvinisme, créateur d'énergie et d'espiit de devoir. L'œuvre accomplie par des inconnus, admi-
' Rcg. Consistoire, 14 mai 1812.
156 LACADÉMIE UII'KKIALt. — l.SO'i- 1» l 'i
nislrant en silence, pendant deux siècles de boulevcisenieiils soeiaux, une fondation anonyme, dont la prospérité est le résultat de leur désintéressement, et dont le iiohie l)iit n'a jamais cessé d'être poursuivi par eux avec courage, sans autre appi'obation cpie celle de leur conscience, est de celles auxipielles tout lioiniùlc lioniine, à quelque opinion qu'il ap[)arlienne, se doit de rendre hommage.
La silualion récipro(pie de la Faculté de théologie, du séminaire et des diverses autorités locales, appelées à exercer une part d'influence sur les études théologiques, fut I objet d'un règlement de compétence, adopté par le Consistoire, le 'i.'J avril IH\2, et cpii, ayant été successivement approuvé par les intéressés, tint lieu, sur les prjints contestables et contestés, des articles constitutionnels et du règlement qui sommeillaient à I*aris dans les bureaux du ministère des Cultes et du grand-maître de l'Université.
« Règlement de compétence entre Les différents corps intéressés à l'instruction des étudiants en théologie, ctpproui'é en Consistoire le jeudi 23 avril 1812. »
« Les professeurs de la Faculté de théologie étant nommés par le graiulmaîtrc de TLIniversilé, ces professeurs relèvent exclusivement de l'Université, soit |)our leur conservation dans leurs places, soit poui' leurconduite dans leurs fonctions (Tit. III, S ti du Décret du 17 septembre 1808j et la P'aculté de théologie de Genève ne relève pas plus du Consistoire que les Facultés de théologie catholiques ne relèvent de leur archevêque ou de leur évêque, mais seulement de l'Lhiiversité. D'un autre côté cependant les étudiants qui suivent les leçons de théologie à Genève faisant tous partie du séminaire qui y est reconnu comme existant, plusieurs d'entre eux recevant à ce titre des bourses ou demi-bourses, et l'inspection des séminaires catholiques étant attribuée aux évéques ou archevêques, il est assez naturel d'en conclure qu'il convient que le Consistoire de Genève ait inspection sur le séminaire (pii y est censé établi. D'ailleurs plusieurs raisons de convenance, comme aussi l'initiative donnée parie Décret au président du Consistoire pour la présentation des professeurs jusc|u'en 1815, doivent engager la Faculté à comnuiniipier fraternellement avec le Consistoire dans les cas embarrassants ou douteux et à avoir égard aux communications on observations rpie le Consistoire pourrait être dans le cas de leur adresser. D'autre part, la reconnaissance, des sentiments de fraternité, des souvenirs respectables, l'honneur de l'Eglise de (jenève, le maintien et le perfectionnement de l'enseignement théologique, les secours à recevoir de la Vénérable Compagnie des pasteurs pour les consécrations et la surveillance sur la moralité
des proposants, tous ces inolils doivent porter la Faculté de théologie à ("aire â la Vénérable Compagnie toutes les communications importantes relatives à l'exercice de leur emploi, à lui demander au besoin des avis et des conseils et à les prendre en grande considération. C'est pourquoi il importe de convenir dès à présent d'un mode de vivre qui règle provisoirement la compétence des dift'érents corps intéressés au.x études théologiques, jusqu'à ce ((uc l'autorité supérieure ait décidé spontanément. En conséquence, après en avoir mûrement délibéi'é, le Consistoire donne son approbation aux articles suivants :
1. La police de l'Auditoire, les devoirs et les droits des professeurs dans l'exercice de leurs ("onctions, ainsi que ceux des étudiants, dépendent immédiatement et exclusivement de l'Académie.
2. Le Consistoire ni la (Compagnie ne peuvent intervenir dans ces objets que par des avis fraternels et des exhortations.
3. Les professeurs de la Facidté de théologie s'engagent à recourir à cette intervention dans les cas importants, afin que l'autorité paternelle d'opinion de ces deux corps puisse être ajoutée à celle des lois.
4. Les professeurs de la Faculté se répartissent entre eux les divers objets de l'enseignement théologicpie, d'après les règles de leur institution en y faisant les modilications que les circonstances invitent à y faire et cpie le grandmaître, après communication à lui faite, autorise expressément ou tacitement.
5. Les professeurs s'engagent à communiquer, au commencement de l'année académi(|ue, cette répartition à la Compagnie, ainsi (|ue tout le plan d'études qu'ils comptent suivre et à lui faire connaître sommairement le résidiat de leur travail.
6. La Compagnie continuera à faire le grabeau ordinaire de vie et de mœurs des candidats, avant leur entrée en théologie, et elle le continuera chaque année pour ceux (|ui y sont admis; et la Fa<idté s'engage à ne pas recevoir et à ne pas garder au nombre de ses étudiants ceux (|uî n'auraient pas été approuvés dans ce grabeau.