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IV. LES FACULTÉS DES SCIENCES ET DES LETTHES

Au cours du débat de 1807, sur le séminaire réformé, la Compagnie des pasteurs dressa, pour être mis sous les yeux du ministre des Cultes, un Tableau des études que [ail le candidat au saint /ninistère dans l'Académie de Genève, où on lit ceci :

« 1° Sorti (le notre Collège à l'âge de quatorze ou quinze ans, l'élève est immatriculé dans notre Académie, après en avoir été jugé capable par des

' Rcfç. Sor. lie, 23 sept. I80fi : n Sur la demande de MM. les professeurs de théologie, la Sociélé i( Académique prie la Sooiélé Économique de consacrer et disposer une portion du second étage des « Macchabées pour les leçons de l'Auditoire de théologie, que le nombre actuel des étudiants ne per- II met plus de donner dans l'ancien local. Dont opiné, l'on a renvoyé la demande relative au second Il étage des Macchabées au Comité des immeubles, l'autorisant à y faire les réparations nécessaires « pour Y i*ecevoir les éludiants en théologie. » 18 juillet Ï810 : « M. Schmidtmeyer a rapporté que « M. Noblet, informé que les catholiques faisaient des démarches pour avoir l'église de Saint-Pierre o et y faire leur service, en a fait rapport au Consistoire, qui pense qu'il conviendrait de rendre Il l'usage de celte église plus fréquent, soit eu faisant dans l'intérieur des arrangements tels qu'on « pût y faire le service en hiver, soit en en consacrant une partie à l'instruction. Dont opiné. Ion a 0 renvoyé l'objet aux membres de la Société qui sont membres de la Commission permanente, pour « informer et rapporter, ii — M. Noblet était l'un des commissaires de police. — 1 4 août ; « M. Saladin Il a rapporté que. la Commission permanente ayant proposé d'établir à Saint-Pierre un local conve- II nable pour 1 Auditoire de théologie. 1 on a pensé de placer cet Auditoire dans la chapelle de ce Il temple qui est du côté des Piisons ; que cette chapelle ne serait pas sunisamment éclairée dans Il létal où elle est actuellement, mais qu il serait possible d agiaudir la fenêtre, et que la dépense (I générale s'élèverait à envii'ou 'lôOO florins. Dont opiné. Ion a renvoyé au (A)inlté des immeubles Il pour continuer à s'occuper des moyens de faire rétablissement à meilleur marché, n "28 août : « M. Saladin a rapporté qu'il s'est de nouveau transporté à Saint-Pierre, dans la chapelle au nord, « pour examiner s'il ne serait pas possible de réduire la somme de 4500 florins, à quoi sont présumés Il s'élever les frais que coùtt;ra l'établissement de l'Auditoire de théologie et que l'on a lri)u\'é que Il la fenêtre pourrait servir, eu l'agiaudissaut par le bas, qu il était possible de faire (|uelquc écoiio- II raie sur le fourneau et les accessoires. Dont opiné, l'on a approuvé le plan et autorisé le Comité Il à l'exécuter sur les hases annoncées. » Journal de Saladin-de Bndé. pi'ésident de la Société Economique, ûd ann. : " La Commission permanente, à laquelle l'on m'a adjoint, s'est occupée des moyens, « et i\ diverses reprises, d'ntiliseï* le temple de Saint-Pierre, dans le but de nielire obstacle aux (( prétentions qu'avaient et que pourraient avoir les catholiques sur ce temple; j énonçai, soit dans i< le sein de cette Commission, soit à la Société Economique, mon opinion pour arriver à ce but, II ajoutant qu'attendu que les Auditoires des Macchabées étaient insufnsanis pour la masse des Il écoliers, il y avait un moyen de placer celui de théologie dans Saint-Pierre même, du côté de la Il sacristie; j'ai eu à examiner et à réformer plusieurs plans et devis, et ensuite à taire exécuter Il l'ouvrage. »

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interrogations, et admis dans l'Auditoire de Belles-lettres. Il y reçoit pendant deux ans des leçons d'histoire el de littérature française, grec^que et latine.

2° Après les examens recjuis, il est admis dans l'Auditoire de Philosophie, où il reçoit pendant deux ans des leçons de nialhi'matifjues, de physique, de chimie el de pliiloso|)hie rationnelle.

3° Après de nouveaux examens, il est eiilin reçu dans l'Auditoire de Théologie '. »

La même série d'examens préalables était prévue pour le Droit et la Médorino. Cette stratiliration de l'enseignement, destinée h maintenir le niveau des études professionnelles et à fournir une clientèle assurée aux Auditoires de Belles-lettres et de Philosophie, placés de la sorte aux portes de l'Académie, tendait d'autre part à donner un caractère propédeutique à la majeure partie des leçons ([non pouvait y faire avec succès.

Ceci fut suitout le cas j)our les disciplines littéraires, dont nous avons montré la régression, résultée, au XVIII" siècle, de l'allaiblissement de l'enseignement secondaire, au Collège'-. Les Sciences n en soulïriicnt pas parce qu'étant superposées aux Lettres, elles se trouvèrent, dans la catégorie des études générales, à un sommet, et parce que, comme on la vu, l'effort des hommes les plus distingués de l'Académie se concentra sur elles. La Faculté des sciences de Genève existait de fait, en IS09, lorsque le gouvernement sanctionna son existence, et le nombre de ses enseignements, restreint par le statut du Conseil de l'Université et l'arrêté du grand-maître à ceux qui peuvent être immédiatement organisés, dans le cadre des études f[u'on prévoit pour elle, coïncide encore avec celui de la Faculté de Paris qui, elle, peut emprunter ses professeurs au Collège de France, au Muséum d'histoire naturelle, à l'Ecole polytechnique et même aux Lycées.

On a vu plus haut que la distribution des disciplines, selon le plan adopté pour les Facultés françaises, avait fait rattacher la Philosophie à la Faculté des lettres, tandis que, d'autre part, l'Anatomie et chirurgie et la Chimie pharmaceutique étaient attribuées à l'École préparatoire de médecine, C était une chute pour la Philosophie, dont l'enseignement passait ainsi du rang supérieur, où on lavait élevé à Genève, à un degré très voisin tle

' Reg. Comp., 12 août 1807 (annexe). Cf. Règlements de 1709 et 1722 (I, 493 s.). - I, 493 s. cl f.05s.

l'enseignement secondaire. Dès que Prévost, à qui la nouvelle chaire était manifestement destinée, en eut connaissance, il se hâta décrire à Fontanes pour lui demander avec instances qu'on lui épargnât d'avoir à faire ses leçons « à des enfants sortant du Collège » et qu'on lui fît une place dans la Faculté des sciences. Sa requête, datée du 27 janvier 1809 et qu'on trouve, apostillée par Suard, dans un dossier des Archives nationales, fut accordée. C'est l'explication d'une première différence, qu'on a pu constater, entre le statut du Conseil de l'Université et l'arrêté du grand-maître '.

Au lieu du professeur de Physique et d'Astronomie, prévu par le statut, l'arrêté nomme trois professeurs, l'un de Physique générale, Prévost, l'autre de Physique expérimentale, Pictet, le troisième de Mathématiques appliquées, Maurice. Ces modifications se trouvent dans le projet d'arrêté demandé par Fontanes à Pictet et, pour conqiléter le retour au tableau de 1 802, ce dernier y a introduit et fait accepter, à la place du professeur de Chimie, unique, un professeur de Chimie générale, ïingry, et un professeur de Chimie appliquée aux arts, le recteur Boissier.

De Candolle ayant été nommé à Montpellier et devenant honoraire, la chaire de Zoologie, qu'il n'avait jamais occupée effectivement, revenait de droit à Jurine. Vaucher étant passé à la Faculté de théologie, Necker-de Saussure se trouva seul en possession de la chaire de Botanique et, par les relations de sa docte et charmante femme et de son illustre cousine, en mesure de s'y faire confirmer, sans compétiteur. (^)uant à Théodore de Saussure, pour la Minéralogie, et à L'Huillier, pour les Mathématiques pures, la question de concurrents possibles ne se posait pas.

Nous avons dit dans quelles conditions s'était faite l'institution des professeurs adjoints et les nominations de Jean-Pierre Pictet-Baraban (Physique expérimentale), Jean-Jacques Schaub (Mathématiques appliquées) et Edouard Boissier (Chimie appliquée aux arts) -.Ce dernier ne devait pas entrer en fonctions. Il mourut l'année même, à Paris, et ne fut pas remplacé. Ce fut au lendemain de sa mort que le recteur, dont toutes les espé-

' Fonlanes répondit à Prévost qu'il auiail le plus grand égard à sa demande et en reçut une nouvelle lettre, du 7 juin, dans laquelle, après l'avoir remercié de sa bienveillance, son correspondant offre de faire provisoirement, si cela est nécessaire, la suppléance de « la place de professeur de philosophie nouvellement annexée à la Faculté des lettres. » (Arch. Nat., F" i333.)

■ Cf.. plus haut, p. 115 s.

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lances paternelles se trouvaient soudainement brisées j)ar ce coup imprévu, fit don à l'Académie de son cabinet d'histoire naturelle'.

Une dernière nomination faite dans la Faculté des sciences, en 1810, fut celle tic Louis Necker fils, comme professeur adjoint de Minéralogie, en sa qualité de neveu du litidaire. Si l'arrêté, accordé le 29 avril aux sollicitations de celui-ci, appuyées d'une lettre particulière de Peschier-Fontanes, ne ledit pas en tout autant de termes, les pièces qui y sont restées annexées, dans le dossier du grand-maître, ne laissent aucun doute à cet égard. Il n'y est point exposé que le candidat est âgé de vingt-quatre ans et f|u il n'a publié que quelques impressions de voyage, dans la Jiibliot/irr/ue hiilannif/iic, mais on y voit clairement qu'il appartient à une famille où la science est héréditaire-.

La Faculté s'organise sous le décanat de Prévost, avec Pictet-Baraban en qualité de secrétaire. Elle aura l'honneur d'être inspectée, pour la première fois,comme telle,par Ampère,qui assistera aux examens du mois de mai 1810^.

L'enseignement principal est, cela va sans dire, celui de la physique que se partagent les deux savants les plus en vue de la Faculté. Ce sont les grands cours, l'un plus brillant, plus français peut-être, l'autre plus genevois de forme, mais tous les deux également solides et suivis avec zèle, non seulement par les étudiants, mais par de nombreux auditeurs bénévoles.

' Boissier à Fontanes, 13 avril 1810 : Je viens prier V. E. d'agréer l'Iiommage que j'ai l'honneur de « lui faire de mon cabincl d'histoire naturelle pour l'usage de l'Académie de Genève. C'est pour mon « excellent fils que j'avais formé celle colleclion, il devait la faire servir à linslruction publi([ue ; la « destination n en sera point changée, quoique dirigée, hélas! par d autres mains.» (Arch. Nal.. F" 'j333.)

^ Peschier à Fontanes, 10 avril 1810 ; Théodore de Saussure à Fontanes. 1 1 avril : « Monseigneur, « Appelé depuis quelques années à enseigner la minéralogie dans 1 Académie de Genève, j ai partagé avec Il tous mes collègues la reconnaissance due à votre bienveillante protection ; que V. E. me permette de Il lui en offrir l'hommage et pardonne la liberté que je vais prendre. Ayant eu moi-même le rare bon- II hiiir do m'instruire à l'école d'un père dont le nom est devenu célèbre dans cette belle et vaste (I science de la minéralogie et de la géologie, je me suis plù à transmettre cette science, devenue héré- II ditaire, à un neveu qui est pour moi comme un (ils ; M. Louis Necker, fils de M. Necker, le pro- 11 fcsseur de botanique. Les études domestiques bien dirigées, des voyages, un séjour de plusieurs an- II nijes dans les écoles les plus célèbres des sciences naturelles, ont développé ses talents et ses con- 0 naissances et lui ont fait obtenir d'honorables succès auprès des savants qui l'ont jugé. 11 nie serait Il bien doux de l'avoir pour associé, si V. E. y donnait son agrément. La culture de cette branche de Il l'histoire naturelle que je dois enseigner exige des voyages, dont le moment est souvent commandé Il par le temps et les saisons, et des recherches entreprises dans des sciences collatérales m'appellent Il à des travaux qui se lient à ses progrès. V. E daignera-t-elle accueillir mon désir et me donner mon Il neveu comme aide dans les démonstrations qui accompagnent l'enseignement et comme suppléant. Il dans les moments où un voyage m'éloigncrait passagèrement de Genève. » (Arch. Nal.. F" i:i33.)

' Journal do Prévost, 22 mai 1810. Mémorial de Le Korl. ad ann. Ampère avait pour collègue, dans sa tournée d'inspecteur général, l'abbé Roman, chanoine de Notre-Dame, comme lui conseiller ordinaire de l'I'niversilé.

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