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LE PRIMARIAT II ANTOINE DE LA RAYE

mois avant de ratifier sa nomination. L habilitation de la Compagnie portait en effet seulement que le candidat avait « donné occasion d'en beaucoup esperer pour l’advenir *. »

Messieurs ne souscrivirent à la combinaison qu’après avoir fait de nouveau tout leur possible pour conquérir à l’Académie les services d’un homme de poids. Ils avaient jeté les yeux sur un ancien étudiant de Genève, devenu le premier des pasteurs et professeurs de France, Daniel Charnier, celui que les historiens du protestantisme n ont pas hésité à distinguer de son père et de descendants, également célèbres, en l’appelant le grand Charnier.

Depuis la mort de François du Jon, à Leyde, en 1602, c’était encore une fois, après Bèze, le plus en vue des représentants du calvinisme eon-

1 Reg. Conseil, 28 avril 1606 : « Théodore Tronchain. Spectable Antoine de la Faye, avec spec- « table Gaspard Laurent, Recteur du College, sont comparus céans présentons pour professeur « en hebrieu ledit Tronchin, lequel a esté oui et trouvé capable pour faire ladite profession . Arresté « d’exhorter le sr Deodali à continuer les deux professions en hebrieu et en théologie, jusques n à ce qu’on ayl pourvoit d’un professeur en théologie et qu’on s’informe de luy sur la capacité « dudit Tronchain, commettans auxdiles lins inons1' le syndique Chabrey et les sls Lcct et Sarrasin « conseillers. »

Reg. Comp. , 9 mai : « Estant remis en avant lad vis ci-devant prias en la Compagnie, mes mes repre- « senté à Messieurs, touchant les1- Tronchin jugé propre et capable pour la profession hebraïcque, a « esté trouvé bon que Lundi prochai n Mr de la Faye avec M1’ le Recteur a lient de va ut M essieu rs pour leur « remonstrer combien la Compagnie juge estre necessaire que ledit Tronchin soit retenu avec nous, n veu le fruict qu’on espere de luy pour l’advenir, joinel mesmes que l’on seuil qu’il est requis « d ailleurs. El pour ce que par ci-devant Messieurs ont oblicquement signifié qu’ils trouvoyent ledit n 1 ronchin assez jeune, et leur sembloil il estre mauvais qu il fist quelque essay, devant que d estre n receu au rang des professeurs, soit déclaré, par nosdils frères, que la Compagnie ne trouve oust « expédient grandement necessaire, craignant que par ce moyen le jeune homme ne soit descourage « de sa bonne volonté. »

Reg. Conseil, 12 mai : u Sp[ectal/le\ Théodore Tronchin . Ici sont comparus spectable A ni1' de la laye « et Gaspard Laurent, proposans qu ils trouvent ledit Tronchin capable de faire la profession hebrai- « que, et pria ns de l’y admettre attendu que spectable Deodali ne peut avec fruict la ire tous les exercices « necessaires tant en la profession de Théologie que de I Ebraïcque. A esté arresté d exhorter ledit « Ironchain défaire ladite profession trois mois, afin de juger plus sainement de sa capacité. »

Reg. Comp., 16 mai : « A esté représenté par quelques uns de la Compagnie, qu'ayants cotttmu- « ntequé avec le s1' Tronchin et trouvé qu’il n’es toit esloingné d accepter ce qu i est désiré par Messieurs, « a sçavoir qu’il face quelque essay devant qu’estre pleinement admis à la profession. Xoslre frère « nions1' de la Faye chargé d’en parler audit Tronchin et lascher de l’y induire. »

2 o mat : « A esté représenté que le s1’ Tronchin estant exhorté, suyvant l’advis de vendredi dernier, « de donner a l Escole quelque exercice en la langue hebraïcque, l’avoit promis et accepté. Et comme « sur ce propos on advisoil de l’appeler avec M1' Deodali, pour communicquer avec luy, il s’est « présenté en la Compagnie, on il a été exhorté de communicquer avec noslre dit frère pour adviser « en commun comment il se conduira en cest affaire. »

Reg. Conseil, 11! octobre : « Spectables David Boiteux et Laurent sont comparus céans, remer- « cieut Messieurs de l'affection qu’on a d’entretenir et reslablir 1 eschole, ont prié d adviser s’il plair a « de recepvoir pour professeur' en hebrieu M. T’heodore Tronchain qui a fait essay cy devant île ladite « charge au grand contentement de ceulx qui l’ont ouy. . . A esté arresté qu’on reçoive ledit Tron- « chain, lequel commencera à tirer gage au premier de Janvier prochain. »

THEODORE DE BEZE

temporain, et le seul clairement désigné pour monter à sa suite dans la chaire du réformateur. Cette candidature, comme on peut le penser, n’était pas faite pour plaire à Antoinede la Faye et Ion a bientôt fait de conjecturer que la médiocrité ambitieuse, à laquelle elle portait ombrage, a dû met tre tout en œuvre pour la faire échouer. Les registres du Conseil et de la Compagnie, sans nous éclairer complètement sur ce point, en laissent voir assez pour qu'on puisse affirmer qu’elle le fit en effet. Charnier, alorsà Montélimar, fut sondédedivers côtés et se montra prêt, semble-t-il, à accepter l'appel. On lui destinait tout ensemble le poste de Jean Pinault, pasteur de la ville, récemment décédé, et une chai rc de t héologic. Ma I heureusement pour ceux qui n avaient devant les yeux ipie 1 intérêt de l'Ecole, il avait été demandé également pour l'Académie de Die et, bien qu il n’eût pas alors l'intention, comme l’événementleprouva, de donner suite à cette invitation, Antoine de la Faye se prévalut de la circonstance. Il déclara, avec la double autorité que lui donnaient et sa qualité de modérateur élu de la Compagnie et le fait qu il se trouvait être le beau-père de la sœur de Charnier, que F Ecole serait suffisamment pourvue avec Diodati et Tronchin, qu’il était inutile de chercher au loin, au risque de taire tort à ceux de Die, ce qu’on avait sous la main à Genève, et que d ailleurs, eu tout état de cause, le frère de sa bru était suffisamment occupé où il était1.

1 Les textes, particulièrement ceux qu'on peut tirer des registres du Conseil , ont été publiés par Charles Rend (Daniel Charnier : Paris, 1858, p. 800 ss.). On devra les compléter comme suit :

Reg. Comp., !5 sept. 1606 : « Le lundi 15e la Compagnie s est assemblée à 4 heures du soir en l’Au- « ditoire de Théologie, appelée par Messieurs, de la part desquels se sont représentez les seigneurs « Lect . Sarrazin et Rozet, déclarants qu’il/, avoyent deux poincls principaux à déclarer à la Compagnie, « sur ce qui par icelle avoit esté remonslré à Messieurs ce mesme jour. »

« Le premier poinel estoit touchant la provision requise pour la Magdeleine, en lieu de dellunct

« noslre frère VI1' Pinault Pourra la Compagnie recevoir plus de soulagement, attendant à un nouvel

« ad vis auquel Messieurs ont pensé, tant pour l'ornement de reste Eglise, que particulièrement de l’Es- « cole, en la pourvoyant d’un nouveau professeur en Théologie. A quoy sembloit pouvoir grandement « servir nions1' Charnier, pasteur à présent au Montélimar, duquel la suffisance se recognoist par sa « réputation et par ses escripts et disputes frequentes contre les Jésuites, si que par ce moyen il a pourroit servir à la profession de Théologie, qui en seroil d’autant plus complette, et ensemble au « ministère, qui est une vocation très conforme et connexe à la Théologie. A quoy toulesfoys Messieurs « n avoyent voulu conrlurre, sans en avoir premièrement communicqué avec la Compagnie, à ce que, « si ledit s1' Charnier vendit , estant requis par Messieurs, ce ne fust contre le gré de la Compagnie; n suyvant la déclaration de laquelle Messieurs sefaisoyent forts del’oblcnir, veu qu’ilz esloyent desjà c très asseurez.de son consentement et désir, cire seroit à luy mesme d’obtenir congé du Synode... n Sur quoy respondil promptement noslre frere nions1' de la Faye, au nom de la Compagnie, que. quant « au premier poinel , nous estions très aises qu’il pleust à Dieu mettre au cœur de Messieurs ce bon et n sainct désir de penser au bien et ornement tant de 1 Eglise que de LEscole. Tel avait toujours esté le n souhait de toute la Compagnie qui , recognoissa ut que nous ne saurions avoir ici trop de personnes et « doctes et honnestes, qui puissent servir à 1 ’advancement de la gloire de Dieu et au bien public, a souvent

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