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CHAPITRE VII

LES SUCCESSEURS D HOTMAN A L’ÉCOLE DE DROIT I. DÉBUTS DE PACIUS DANS LE PROFESSORAT.

A la mort de son collègue Ennemond de Bonnefoy, « noble et spectable » François Hotmail resta seul chargé de renseignement qu'ils s’étaient partagé après le départ de Doneau. Une nouvelle démarche du Conseil auprès de Roaldès, à Valence, était demeurée sans succès1. Hotmail paraît avoir souffert de ce surcroît de travail et redouté très fort de tomber, à son tour, victime de quelque retour de l’épidémie de peste. On le trouve, en effet, au mois de juin 1574, sollicitant de Messieurs la permission de se transporter hors de la ville avec ses élèves et de faire ses cours, pendant I été , dans un des villages de la Seigneurie. Ainsi faisait-on parfois, en pareil cas, dans les universités d Allemagne. Ainsi avait-on fait notamment à Strasbourg, où, du temps que Calvin y était professeur, toute l’Ecole de Sturm s’était transportée au delà du Rhin, dans une petite localité de la Forêt-Noire. L’expédient était moins praticable à Genève, dont tout le territoire était exposé aux entreprises d'un ennemi comme le duc de Savoie et dont les murs seuls offraient une sécurité véritable. Le Conseil se contenta de donner des vacances de moissons à l’Ecole et au professeur la permission de les passer à la campagne2.

L’année 1575 amena heureusement à Hotmail un collaborateur précieux en la personne d’un jeune docteur italien, encore peu connu, en dehors de

1 Reg. Conseil, 12 février 1574. Cf., plus haut, p. 90 ss.

2 Reg. Conseil, Il mars 1574 : « François Ottoman. Estant proposé nue ledit Hotloman s’olfre « faire deux lectures asçavoir la sienne ordinaire, et celle de feu Mr Bonefoy, pourveu qu’il playse « à Messieurs luy bailler le gage qu’il avoit, arresté qu’attendant qu’on en ayt: ung aullre qu’on luy « donne cent florins de gage oullre le sien, par chacun inoys, pendant qu’il playra à la Seigneurie. »

13 avril : a François Ottoman. A esté proposé par Mr le syndique Chasleauneuf que ledit sr Ot-

THEODORE DE BEZE

l’université où il avait fait ses études de philosophie et de jurisprudence, mais qui allait devenir, lui aussi, une célébrité : Pacius.

Giulio Pace de Beriga était né à Vicence, dans les Etats de la République de Venise, en 1550. Après avoir étudié la philosophie à Padoue, où il avait eu pour professeur le laineux Jacques Zabarella, comme son père insistait pour qu il lit du droit, il s’était mis à lire Cujas et cette lecture, beaucoup plus, dit-on, que les instances paternelles, l’avait engagé à se vouer à l’étude de la jurisprudence. Il avait embrassé la réforme et venait à Genève chercher la liberté. Peut-être aussi avait-il appris la fin prématurée de Bonneloy et avait-il compris de loin, en Italien avisé qu'il était, qu’une place serait à prendre sous le patronage d Hotmail.

1 1 est probable que Pacius arriva dans la ville du refuge comme étudiant et suivit les cours publics de l'Ecole, faisant connaissance tout ensemble avec le maître et avec les écoliers. La lacune que nous avons constatée dans

« toman luy remonslra hyer nue ne pourroit faire quatre lectures, deux pour luy cl deux pour fou « Mr Bonefoy, qu’il ne le pourroit suporler sans encourir quelque maladie, comme luy ont. conseillé « les médecins, priant Messieurs se contenter de trois, deux pour luy et une pour MrBonnefoy. Il « se contentera du tiers du gage d’iceluy au lieu qu’on luy avoit offert les deux tiers, en faisant pa- « reille charge. A esté arresté qu’on se contente desdites trois leçons et qu’on luy baille seulement « le tiers de M1' de Bonefoy qui est de 233 florins 4 sols et qu’on luy avance le quart. »

22 juin : «François Ottoman. A esté rapporté que ledit Ottoman a faict entendre que, voyant que les « e sco lier s en droict , comme ces gen lilshommes al I cm a ns et aul 1res, se retirent de reste ville en rega rd » de la peste, i 1 desiroit aussy se retirer en quelque lieu près de la ville avec sa fa ni il le, qui est grande, pour « ev i ter le da ngier, pend an I quoy Messieurs seroien t d esc h a rgés du gage qu’il reçoit d eu Ix, leur oïl ra ni « néant moins, s’il leur plaisl le quitter de la dicte adslricliou en laquelle il est envers culx, de se déporter « de la promesse que Messieurs luy ont faict de le retenir tant de temps à leur service. Or, estant bien « considéré le peu d avancement qu’a faict j us que. < ic v ces le profession en ces te ville cl les grandes char- « ges qu’on en suporle et plusieurs aullres raisons, d’aullre coslé l’honneur de la ville qui pourroit eslre « intéressé en luy donnant congé avant le temps, joi ngt que peult estre Dieu pourroit bénir ccste profes- « sion à l’advenir miculx que du passé, arresté qu’on luy donne son choix de se retirer ou demeurer au « service de la Seigneurie, pourveu qu’il se declaire bien tosl. »

2 4 juin : « François Hottoman a mandé ung cscript de la substance suyvanle assavoir, sur ce qu’il a « pieu à Messeigneurs luv donner le choix de prendre part v aillieurs ou demeurer, durant les maladies « nouvellement survenues, en l’un des villages prochains de la seigneurie de Messieurs, que ledit remercie » très humblement île l’arrestel qu’il est presl d’obtemperer à tout ce qu’il leurplayra d’ordonner, les h suppliant néant moins d entendre qu’il avoit declairé à M1 le premier Syndique à Mr le Lieutenant et a « M1' Bernard qu’il s’offroit faire lecture en l'un desdits villages, y assembler le plus les escoliers qu’il « pourroit et s’y acquiter île sa charge tout aussy qu'il avoit faict en reste ville, les suppliant aussy se « souvenir que, durant le temps qu’il leur a faict service, il s’y est si lidelement emploié que, la pluspart « du temps, auquel il ne debvoit que deux lectures publiques, il en a faict ordinal rement trois, ce au su r- « pl us par les remonslra nces qui luy ont esté faicles par aucuns des s rs ministres a ver exhortation de péril sis ter. Yen l’espera nce qu il y a que le mal ne sera de durée, et qu’en b ri et les escoliers se pourront ras- « sembler, declaire derechef qu’il est presl d’obéir a mesd il s Seigneurs et continuer à leur faire service » s’il/, cognoissenl qu'il leur soit agréable. Arresté puys qu ainsy est qu’on le retienne, et tolesfois que « pendant son absence on ne luy baille que son gage ordinaire, et non pas celuy de M1 Bonefoy. »

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