DEBUTS DE PACIUS DANS LE PROFESSORAT
le registre des recteurs, pour les trois années qui suivent les massacres de la Saint-Barthélemy, ne permet pas d’y rechercher son nom ; mais on l’a trouvé inscrit au registre des habitants, le 19 juillet 1574 Dès le printemps de I 575, il ouvrit un cours universitaire d’I nsti tûtes2. On peut conjecturer que c’était à l’instigation du professeur en titre, qui s’occupait, lui, des Pandectes et du Code. En 1576, ce cours lui rétribué, à titre ordinaire, et celui qui le donnait fut reçu bourgeois gratis, « d’autant, dit l’arrêté, qu’il est. bien « affectioné, et qu’il est sçavant en droict et en philosophie et qu’il sert aux « dites sciences à la Seigneurie3. » Comme il ne s’agissait point de la chaire de Bonnefoy, le traitement qui y avait été affecté ne fut pas attribué à Pacius. On le mettait aux quatre cents florins des ministres et des lecteurs en lettres. Il est vrai que, l’année suivante, il bénéficiait d’une augmentation générale des salaires dans l’Eglise et dans l’Ecole, scs honoraires étant portés à 500, puis, sur l’annonce de son prochain mariage avec la fille d’un réfugié lucquois, Zabetta Venturini, à 600 florins. Mais ceci ne dura pas4.
Dans l’automne de 1578, François Hotman, croyant sa famille en danger dans Genève, que menaçaient à la fois les soldats du duc de Savoie et u ne épi—
1 « Le 19 juillet 1574. Julio Pace, de Vicence, terre de Venise. » (Archives d’Etat de Genève. — Extrait publié par Lampertieo dans les «Alti del R. Instilulo Veneto di scienze, lellere ed arti, » Ionie IV , série VI : Materiali per servire alla cita di Giulio Pace ; Venise, 1886.)
2 Reg. Conseil, 11 mars 1575 : « Estant proposé qu’il y a ung institutaire italien qui n’a point de « moyens, cependant on luy commande le guaict. A esté arreslé qu’on l’en exempte, et au reste qu’il « puisse lire publiquement. »
Ilnd .. 4 juillet : «Julio Pace ayant leu quelque temps, à sca voir trois mois en droict, au contentement « des escoliers, sans qu'il y ayl heu aucune satisfaction, combien qu’il soit paouvre, a esté arresté « qu’on lui donne cent florins. »
s Reg. Conseil, 5oct. 1576. — Le 27 avril, comme on avait déjà des raisons de prévoir le départ d’Hotman, on avait lixé à Pacius un traitement régulier : « François Ottoman. Julio Pace. A esté proie posé que ledit Ottoman s’en va avoir achevé son terme en la profession de droict et que ledit Pace, « qui a desja leu en l’Eschole l’an passé, s’offre de continuer, et faire six leçons la sepmaineen l’insti- « Iule et deux au Digeste, moyennant quelque honnesle gage. Arresté qu’on luy donne cent florins pour « ce qu’il a faicl du passé, oultre cent à luy cy devant donnés. Et pour l'advenir, en rendant bien son « deb voir et sans l’adslraindre à tant de lectures auxquelles il su (droit difficilement, on luy donne quatre « cens florins pour an. » (Reg. Conseil, ad diem.)
On a vu plus haut (p. 188) qu’à ses leçons de droit le jeune collègue d’Hotman ajouta, pendant quelque temps, la suppléance de la chaire de philosophie.
Les textes que contiennent les registres du Conseil, relativement à Pacius, ont été recherchés, pour M. Fedele Lampertieo, par l’entremise d’Adolphe Gautier et publiés, pour la plupart , mais sans aucun commentaire, dans l’étude précitée.
4 Reg. Conseil, 28 février 1577 : « El quant audit Jules Pacius, qui n’a que quatre cens florins, qu’on « luy en donne cinq cens s il se veult adstraindre, et quand il sera marié on luy fera comme aux aultres.» Ibid.. 26 mars : « ... Qu’on luy donne dès à présent six cens florins comme aulx aultres, en s’obligeant « comme a esté dict. » — La date des fiançailles et celle du mariage de Pacius (20 janvier et 20 mai 1578), nous sont fournies par le registre de l’église italienne, conservé aux Archives d Etat de Genève.
THEODORE DE BEZE
demie tic peste, partit pour Bâle b A peu près simultanément Giulio Pace eut à comparaître en Consistoire pour un scandale d’ordre privé : une histoire de chambrière, à laquelle son mariage mit, paraît-il, fort heureusement fin. Mais bientôt on le voit réclamer de la Seigneurie un logis où il puisse « loger tles cscholiers, » puis, sur le refus du Conseil, demander et, de l’advis des ministres, recevoir son congé1 2. L’affaire s’arrangea cependant, car nous trouvons, au commencement de 1580, Paeius, qui dédie à Cujas une édition du Digeste, nommé professeur à frais nouveaux, en même temps tpie Denis Godefroy, celui-là même que le chancelier d’Aguesseau devait appeler un jour « le plus docte et le plus profond entre tous les interprètes des lois civiles. »
11 mars. « Estant proposé cjn’il y a en reste ville deux personnages de grand sçavoir et Dieu versés en la jurisprudence, Mrs Godefroy et Julius Paeius, dont la profession est grandement necessaire à reste République pour les causes qui sont assez notoires, a esté arresté qu’on les retienne pour ladite profession, s ils se eontentent du mesme gage cpie les autres professeurs et de cent florins pour l’habitation. »
14 mars. « Mr Paeius et M' Godefroy ont esté appelés et, après leur avoir deelairé la volonté de Messieurs, à sçavoir qu’ils seront retenus sous les mesmes gaiges que les aultres professeurs et eent florins pour leur habitation et qu’ils continuent ladicte profession, sans abandonner le service de Messieurs sans leur consentement, ils ont accepté ladicte charge et remercié Messieurs. Et ont presté le serment d’estre lidelles à la Seigneurie, d’enseigner les auditeurs fi délié ni e n t , qu’ils liront aux heures qui leur seront assignées par messieurs les ministres et aultres gens sçavans, et en general auront l’honneur de Dieu et bien de ce publicq en recommendation3. »
1 Le 8 septembre 1578, Hotmail érrit à ses amis de Zurich : « \ ous n ignorez pas à quelles terre reurs notre Genève a été en proie pendant ces d ois dernières années, et comment elles se suceé- « daient rapidement l’une à l’autre, de façon à troubler tous les esprits, surtout ceux des gens cjui n sont, comme moi, chargés de famille. J’ai souvent vu ma femme et mes filles, saisies de frayeur. « avoir peine à retenir leurs larmes. Je me suis entin décidé à céder à leur désir, surtout quand n j’ai vu que nous étions menacés d’un nouveau danger, celui de l’épidémie. Le landgrave et pluie sieurs de mes amis m’engageaient à me rendre à Strasbourg, mais le triste état de l’église franci caise m’a fait renoncer à ce projet. Ici, à Bâle, l’église française a été reconnue parle Conseil. J ai « donc choisi ce séjour, où nous trouvons une congrégation et tine assemblée ecclésiastique et deux « pasteurs tels que nous le désirons. » (Lettre à Gualther, publiée par Dareste, François Hotman (Extrait de la Revue historique), Paris. 1876, p. 84.)
2 Reg. Conseil, 8 et 9 mai 1578, 11 mai, 26 et 29 juin, 2 juillet 1579. Voir ces textes dans Lampertico, /. e.. 27.
3 Reg. Conseil, 1 I et 14 mars 1580. — Textes publiés en partie, d’après des extraits de Théophile Heyer, par le ma rquis de Godefroy- Mon il glaise, dans son ouvrage sur sa famille : Les savants Godefroy : Paris, 1878, p. 26.