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LE RETOUR DE PAC1US

L’année 1590-91 fut, on l’a remarqué plus d’une fois, funeste aux études juridiques en Europe. Ellevit mourir les trois plus grands maîtres du siècle, Cujas, Doneau et Hotmail. Quelqu'un fità Pacius ce compliment flatteur que, s'il était mort aussi, toute la science du droit eût disparu de la terre. On sait qu’il ne faut pas trop prendre au pied de la lettre un éloge de savant, daté de l’époque où l'on tournait ces sortes de compliments en latin. Cependant Pacius était bien alors le plus célèbre des jurisconsultes du temps. A la suite d’une querelle avec les disciples de Doneau, dont il attaquait les méthodes, il quitta Heidelberg pour Sedan, en 1595. Toutefois la signora Zabetta, sa femme, une petite-fille de Bernardin Ochino, n’avait pas I intention, semble-t-il. dedemeurer longtemps dans la principauté de Bouillon. Son but était Genève, où elle avait laissé des parents et des amis et où justement l’on désirait faire appeler un professeur. Pacius s’offrit. Mais le Conseil avait décidé de s’adresser à Godefroy et ce ne fut que l’année suivante, lorsqu’on eut reçu de ce dernier une réponse négative, que les membres influents de la communauté italienne obtinrent le retour du maître vicentin L Le syndic Michel Roset, avec l’appui deLectet I assentiment, de Bèze, provoqua le rappel souhaité. Voici le compte rendu de la négociation, où l’on trouve, pour la première fois, dans la bouche du vénérable fondateur de I école de droit, quelque chose comme l’aveu échappé à sa vieillesse de son désaccord avec les ministres, ses collègues, sur la question des chaires de jurisprudence.

26 janvier 1596. « Monsieur Pactius (sic ), jurisconsulte. Monsieur le syndiccpie Roset ayant proposé qu'il a heu advis des parents et alliés de monsieur

1 Reg. Conseil, 13 juin 1595 : « Mr D . Godefroy , Docteur es droitz. Mr le Lieutenant [Michel Roset] , « estant comparu icy pour un prisonnier chargé d’avoir usé de plusieurs propos tenus par luy contre « cesle religion, a rapporté que, pour le petit nombre de professeurs en droit qu’il y a en ceste ville, « heu esgard au grand nombre d’escoliers qui y arrivent journellement, il seroit peut eslre expédient « de rapeler spectahle Denis Godefroy de Strassburg, où il est, lequel pourroil estant appelle revenir « pour servir à cesle ville dont il est bourgeois et se contenter du gage des autres professeurs. A esté « arresté que ledit sr Lieutenant el le sr Lect le reappellent par la voye des marchands qui se doivent « acheminer en brief audit Strassburg pour la toyre. »

16 juin . « Sp[ecleilile] Denis Godefroy. Estant rapporté que speclable Julius Paccius, faisant pro- « fession du droit à Sedan, se lait entendre de venir servir cesle eschole, s’il estoit appelle. A esté « arresté qu’on s’en déporté, attendu l’arrest cy devant fait d’appeler ledit speclable Godefroy, auquel « arrest on se tient. »

THEODORE DE BEZE

Pactius qui a prins son congé à Sedan, oii il lisoil en la faculté du droit, que, s’il estoit recerché el demandé, il reviendroit servir en cest Estât en telle profession. Dont ayant parlé à monsieur Lect qui luy a déclaré que cela seroit bon et utile pour l’escholle, veu mesmes qu’il faut qu’il face ung voyage pour quelques moys pendant lequel l’escholle demeurcroit despourveue. De mesmes en a aussy conféré avec monsieur de Bèze qui l’a trouvé bon et toutesfois a déclaré <[ue, si cela estoit proposé à la classe des spectables ministres, qu’ilz ne trouveroyent pas bon qu’il lus t appellé. Sur quoy estant opiné, et sur l’utilité (pie la ville peut recepvoir d ung tel professeur, homme de grande réputation et qui attirera plusieurs escholliers, a esté arresté (pi on donne advis auxdits parents et alliés d’ieelluy Pactius qu il sera le bien venu et receu en reste cité, à la charge qu'il ne sera outrepassé le gaige accoustumé et qu'il s'en contentera »

Pacius arriva et, comme la Seigneurie pouvait s'y attendre, ne se contenta pas du « gaige accoustumé. » Il demanda et finit par obtenir quinze cents florins, outre une allocation de vingt coupes de blé. On ne peut se défendre de le regretter quelque peu, sachant que ce sacrifice allait empêcher le Conseil de retenir Casaubon.

3 mai 1596. « Mr Pactius, jurisconsulte. Monsieur le premier syndique ayant proposé que Jeudy dernier monsieur le docteur Pactius fut appellé céans et là, en présence d’aueungs des seigneurs de céans, il avoit eu premier lieu déclaré qu'ayant heu advis par lettres de la bonne volonté en laquelle la Seigneurie eontinuoit envers luy, désirant sa venue par deçà pour servir à la profession du droiet, que il est prest de s’employer en telle profession et faire quatre leçons en droie! par sep mai ne, ce qui apportera utilité el réputation en ces te ville où grand nombre d’escholliers de diverses nations afflueront. El ouït re ce il s’est offert de faire deux leçons en logique pour aiguiser les esprit/, des escholliers, qui l’auront fort agréable. Et en cela il esehet grand labeur et travail d'esprit qui doibt avoir considération pour correspondre a quelque entretien honneste, veu mesmes qu'il est chargé de femme et enfans. Que neantmoings les grands gaiges ne l’ont poussé à venir par deçà, ains ung désir de vivre et mourir en ceste cité et y faire service à la Seigneurie. Qu il n’a voulu accepter une condition très honnorable et proffilable que l’université de Bourges lui presenloit pour y aller servir. Qu'il a bien sceu, par les advis à luv donnez, qu’il estoit appellé pour servir en ceste cité soubz les mesmes gaiges de M‘ le docteur Lect, homme de grand sçavoir, qu’il ne veut estre avantagé plus que luv, neantmoings que la charge de faire quatre leçons, au lieu de deux, ait de la considération, oultre les deux leçons en logique. — Sur quoy estant délibéré a esté arresté (pie ledit

1 Reg.

Conseil, ad dirai .

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