‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 117 sur 213 · JACQUES UE CT · texte numérisé non relu

JACQUES UE CT

pagnie, en même temps que celle du « restablissement de l’Eschole, » en général, le chef de la majorité sut adroitement faire dériver la discussion et concentrer l’attention sur ce point particulier. Casaubon, cpii justement alors entrait en possession de la charge enviée de bibliothécaire du roi de France, ne quitta point Paris et l’école de théologie demeura « pourveue » selon que l’entendait son « premier Docteur. »

Cette lutte de Lect contre l’obscurantisme intéressé de La Paye explique, sans l’excuser complètement, l’attitude violente qu’on lui voit prendre vis-à-vis de la Compagnie, au cours de ses dernières magistratures. L'humaniste et le patriote se révoltaient à la fois dans I âme de Jacques Lect et I homme de main servait leur cause.

Dans la trop courte note qu’il lui a consacrée, Cellérier porte de lui ce jugement, que Fauteur d’une biographie complète confirmera sans doute quelque jour, en l'expliquant : « Lect a été un type remarquable du Genevois pro- « testant et patriote, du magistrat dévoué, du professeur intelligent, du sa- « vaut actif et laborieux. Si son hérédité morale et son caractère le poussèrent « quelquefois à de véritables abus d’autorité, si la rigidité de ses principes « lit de lui dans l’occasion un défenseur amer et presque haineux des droits

« avec une fort grande doulceur et modestie, et qui à présent est en tel estai, qu estant assailli par « plusieurs personnes de qualité en France, qui laschent de le destourner de la vraye religion et l’atli- « rer à l’heresie romaine, il voit luy estre beaucoup meilleur de se retirer hors du Royaume, et seroit « content de s’en retourner icy, au lieu de son ancienne demeure. Ce qu aussi Messieurs auroyent fort « agréable, et partant en auroyenl voulu communicquer avec la Compagnie pour sçavoir s’il y auroit « icy moyen de l’employer. Charge a esté donnée à mons1' Pinault de respondre an plus tosl à Messieurs, a et leur donnera entendre que le désir de la Compagnie s’accordoit avec le leur, ne désirant rien plus <( que d’avoir ici ce personnage, qui y seroit très utile, et que, s il estoit icy, il se trouveroit assez tosl n moyen de l’employer. D’abondant ledit sr Pinault chargé, escripvant en son nom audit sr Casaubon, « de luy rendre tesmoignage de l’affection et bonne volonté de la Compagnie. »

Ibid., 23 novembre: «A esté mis en avant ce qui desja paravant avoit esté proposé en la Compact gnie. tant pour le regard de M'Casaubon que de l’Escole, et spécialement de Théologie, pour en parce 1er à Messieurs selon qu’on le trouvera expédient, et leur recommender le personnage qui est jugé ce d’un chascun très propre pour l’ornement et advancement de 1 ’Escole. Sur quoy a esté advisé que « quant audit sr Casaubon. il sera très bon de le recommender à Messieurs, tant pour le debvoir que « nous avons envers luy de luy tendre la main, veu surtout la bonne inclination que nous voyons en luy: « sans leur parler aultrement du gage, lequel on laisse à leur advis et discrétion. Pour le regard de la ce Théologie, il sera bon d’attendre ce qu’on pourra avoir dudit sr Casaubon : veu surtout que, grâces « à Dieu, l’eschole de Théologie est pour le présent assez bien pourveue. Le tout dès aujourd’hui sera ce signifié à Messieurs de la part de noslre Compagnie. »

Reg. Conseil. 26 novembre : « Sp[ectable] Isaac Casaubon. Les spectables ministres de ceste Eglise ce ont tait entendre qu’il seroit expédient pour le bien de ceste Eschole de rappeler ledit spectable Cacc saubon, lequel pourroit estre employé en la profession hebraique, ou telle autre qu ils adviseronl cc quand il sera par deçà. A esté arresté que le s1' Pinaud sonde de luy à quels gages il pourra venir et « s’il se pourra contenter des ordinaires. «

THEODORE DE BEZE

« de l Etat sur LEglise, et de l’orthodoxie calviniste sur toute velléité de foi a individuelle, il n’en fut pas moins un de ces héros vivants du XVIe siècle, « que l’on sent le besoin d’étudier et d’admirer1. »

Nous avons beaucoup moins de détails sur la carrière de David Golladon, le jeune collègue qui fut donné à Pacius et à Jacques Lect, en 1584. Il était, comme ce dernier, genevoisde naissance. Fils du jurisconsulte Germain Colladon, un des principaux rédacteurs des lois civiles de la République, il avait été envoyé de bonne heure, de même (pie son trère Esaïe, à l’étranger et il avait lait une partie de ses études en Ecosse, lient I honneur d’être présenté à Jacques VI, alors âgé de neuf ans, et de recevoir, pour Messieurs, les compliments de l’enfant roi, c’est-à-dire probablement de l'un de ses précepteurs:

30 août 1575. «A esté proposé comme Mr Col lad on le jeu ne, revenant d’Escosse, a este chargé par le Roi d’Escosse de présenter ses recommendations à Messieurs et les prier de prier Dieu pour luy afin qu’il le préserve de ses ennemys. Au reste le vit volontiers et luy fit caresse en faveur de ce qu’il estoit de Genève. De quoy on a donné charge à Mr de Bèze de le remercier de la part de la Seigneurie2. »

Peu après son retour, David Colladon ouvrit un cours particulier d 1nstitutes, selon la méthode de Pacius, dont il avait sans doute suivi l’enseignement. Louis 1 sel in fut son élève au printemps de 1581 . Ce dernier raconte à son oncle, Basile Amerbach, dans la lettre que nous avons déjà citée, comment il s’est décidé à s inscrire à ce cours privé, plutôt qu à celui que donne également le professeur en litre, à cause du prix, exorbitant selon lui, que Pacius réclame. Ce à quoi le jurisconsulte bàlois, dont la vieille expérience se défiait des professeurs de vingt ans, répondit ce qui suit : « Ainsi que Wesenbeck « te I aura écrit, avec infiniment de raison, à mon sentiment, il n’est pas « bon que tu puises des doctrines douteuses aux leçons d'un adolescent, « qui enseigne pour apprendre lui-même. Je préfère que tu fréquentes des « professeurs publiquement éprouvés et d une science reconnue, plutôt que « des jeunes gens qui aiment mieux donner des leçons que d’en prendre3. » Le mot était dur pour Colladon, venant de si haut, et semble avoir été

1 L' Académie de Genève. Esquisse d'une histoire abrégée de l'Académie fondée par Calvin, p. 143 s.

2 Reg. Conseil, ad diem.

3 Lettre du 8 mars 1581. (Thommen, Geschichte der Universitüt Basel. p. 186.)

DAVID COLLADON

répété. Dès le 7 juillet suivant en effet, I sel in rapporte que les leçons ont cessé d’avoir lieu, soit faute d’auditeurs, soit faute de volonté chez le maître luimême. 1 1 est probable cependant que le cours fut repris après quelque temps. En tout cas, il achemina celui qui l’avait donné, grâce sans doute au nom qu’il portait, à une chaire de professeur.

« David , fils de spectable Germain Colladon. A esté proposé que, suyvant l arrest dernier de dresser encor ung Institufaire en droict, on a parlé à M1 2 Colladon dudit David, son fils, pour lire publiquement comme desja il a leu l’Institute en privé. A esté arresté qu’on le reçoyve soubz le gage de trois cens florins par an à la charge qu’il face cinq leçons par sepmaine1. »

Cet enseignement, on l’a vu, subit les vicissitudes du temps. Supprimé en 1586, pour être restauré l’année suivante, il fut interrompu de nouveau, par la guerre de 1589, jusqu’en 1592, survécut à celui de Lect en 1596, fut menacé et presque aussitôt rétabli en I602s. Il prit fin, selon toute apparence, lorsque Colladon devint conseiller (1605).

Le registre d’Etat de 1587 affirme que « M1' Colladon le jeune lit l’ins- « lilute avec grand contentement des escoliers. » Jusqu’à la découverte de

1 Reg. Conseil, 16 octobre 1584. Cf. . plus haut, p. 148, note 1.

Reg. Conseil, 3 nov. 1584 : « David Colladon. Estant propose que ledit Colladon a declairé ne pou- « voir faire que quatre leçons de l’Inslitule par sepmaine, a esté arresté qu’on luy die qu’il en face quatre « jusques à Noël et de là en avant cinq. »

6 novembre : « David, fils de spectable Germain Colladon. A esté rapporté par Mr le syndique de <i Chasleauneuf que ledit Colladon offre de faire les quatre leçons en 1 Inst if ute ordonnées par Messieurs, « donnant esperance d’en faire davantage s’il peut avancer en la profession du droict . De quoy on s’est <i contenté pour le présent. »

2 Voir, plus haut, p. 299, note 3. Cf. Reg. Conseil, 24 mai 1592 : « N[oble ] Jaques Lect. S\pectalde ] David « Colladon. A esté raporlé par Mr le premier syndique qu’ayant faict entendre audit spectable Colla- « don et à son père l’arre si de Messieurs touchant la lecture en droict , il offre en faire quatre la sep ni ei ne « tant en l’Institute qu’en Digeste ou Code, mays qu’il ne le peusl faire pour cinq cens florins par an, « demandant qu’on luy baille de blé comme aux aultres. A esté arresté qu’on luy baille quatre cens flo- « rins dont il fera crédit et vingt copes de blé que Messieurs luy payeront par quartier. Et quant à M1' « Lect qui dict ne vouloir faire que deux lectures, arresté qu’on luy die qu’il en face trois. »

24 juillet 1593 « No [b le] et spectable Jaques Lect. S[pectable\ David Colladon. Sur ce qu’il y a cy de- « vaut encor présentement requis de luy hausser ses gages de la profession du droict et l’égaler à ceulx « des ministres auxquels on les a haussés, remonstrant que cela luy tourne à deshonneur mesmes envers « ses auditeurs, assavoir telle inégalité, au lieu que ailleurs les professeurs en droict ont plus que les h aultres. Aesté arresté qu’on luy donne pareil gage que auxdits ministres de la ville, à commencer au « prochain quartier, à la charge qu'il face trois leçons par sepmaine, au lieu qu’il n’en fait que deux. »

« Quant audit spectable Colladon, qui s’acquite bien et qui prie de mesmes avoir esgard à luy, a esté « arresté qu’on luy hausse son gage de deux cens florins par an. »

1er août 1593: « N\oble\ et s[pectable] Jaques Lect sr conseiller. Sur ce qu’il a prié l’exempter de « faire trois leçonspar sepmaine, comme luy a eilê ordonné, remonstrant que cela luy seroit impossible

THEODORE DE RE/E

sources nouvelles, nous sommes forcés de l’en croire sur parole. Aucun ouvrage dû à la plume de David Colladon n’est parvenu jusqu’à nous, qui permette de porter un jugement contraire. Un journal manuscrit, dans lequel il avait consigné les détails « de nombreuxévénementset particularités concerte nant Genève » et qui fut utilisé par Gregorio Leti, pour sa Storia Genevrina, n’a jamais vu le jour. Nous savons qu il fut auditeur en 1(102, membre du Petit Conseil en 1605, lieutenant trois fois à partir de 1615, syndic de 1613 à 1633 et qu’il mourut octogénaire, en 1635, après avoir attaché son nom à une révision rigoriste des lois somptuaires (1631). Sa longue magistrature n'a en somme pas laissé beaucoup plus de traces que son professorat. Son principal titre à sa chaire avait manifestement été de s’appeler Colladon. Aux yeux de cette postérité lointaine qui pèse le nom du savant au seul poids de son œuvre, le sien n’a d intérêt que pour être celui d’un collègue des Denis Godefroy, des Pacius et des Lect.

n et soroil contraire à sa santé, priant Messieurs se contenter qu’il en face de deux sepmaines, avec « (rois leçons pour l'une desdites sepmaines et l’a ni Ire deux. Arresté qu'on lu y accorde sa requeste. . . »

29 mars 1 602 : « Profession en droit. .. A esté arresté attendu la circonstance du temps. . . qu'on sus- « pende le [gage du] dit sr Colladon. »

5 avril 1602 : « ...A esté arresté.. qu’il soyt informé des ministres de cesle Eglize de la capacité dudit « sr [David] Colladon et de son frère. »

10 mai : n S[j[ectable] David Colladon . D autant que, suyvant l’arresl cy devant fait, on a sursoyéde n bailler audit spectable Colladon ses mandements de ses pensions pour le quartier d’Apvril et qu’on <i entend que, ce nonobstant, il n’a entremis la lecture en droit, a esté arresté qu’on le réintégré en sa « charge avec ses gages ordinaires et qu’on luy baille ses inandemens. »

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