CHAPITRE VIII
LA PART DE BÈZE
Au matin cl u 14 octobre 1605, ancien style, on put lire, affiché par ordre du recteur en charge, Gaspard Laurent, aux portes des auditoires, un placard cpii portait le titre de Programma Rectoris et dont nous donnons ci-contre une reproduction. Il contenait ce qui suit :
« Telle est l’arrivée au port pour les navigateurs, telle I entrée clans une autre vie pourceux dont la mort est précieuseauxyeuxdu Seigneur.
La journée d’hier a vu s’éteindre une grande lumière dans l’Eglise.
Chargé d’années, noble et spectable Théodore de Bèze vient de s’acquitter de cette vie éphémère et misérable pour entrer paisiblement dans celle où l’on trouve le repos et la félicité éternelle. Aujourd’hui auront lieu ses obsèques. C’est pourquoi, illustres et généreux seigneurs, comtes, barons, nobles et étudiants de toute condition appartenant à cette Académie, au nom des Pasteurs et Professeurs, nous vous convoquons pour l’heure de midi, afin de prendre part au convoi funèbre et de rendre l’honneur suprême dît à cet homme éminent, à cette mort sainte. Son
Programma Re&oris.
Vod nautgantibus efi portus , bot migratio in altam "V tram tjs , quorum pretiofit mots in oculif Dominé. Quum igitur ,
! beflernddie, magnum tlluâ Ecclefia lu • men , Tir D. rbeodorus Be\a , annit confetlus , ex bac momentanea O' arumnofa T itd ad tüam.tn qutt efi fine perturbât tone, aterna félicitât, placide tranflatus fit, bodie Tero fepultura mandandus,rogantur » Pafforum ac Profejforum nomme , /lluflres ac Gene rofi Dommi Comités, Barones, Mobiles, omnes déni •» que Litterarum fiudiofi, qui m bac ^Ccademia verfiintur , vt bodie, bora duodecimd , poflremum hune honorem , tanto Tire , ac ram pic defunflo , debitum , tribu ont, T/t funui tpfius profequantur. Cujue quidem corpus ,vt omnium in cbnjlo defunflorum,<meipt*) cf çQope î, irtpônin^) j ce «(pàttpaia. : ita Ttneque mors, nequc T'ira , nos feparct ab ilia di le fl une , qua Veut fitos profeqiuitur m Domino noflro le/u Chrifio , qui Juos d morte ad Tu tant tranfmittit. obijt\^. dieOflobrn ,anm
THEODORE DE BEZE
corps a été semé corruptible : ainsi que celui de tous ceux qui meurent en Christ, il ressuscitera incorruptible. Car ni la mort, ni la vie, ne nous peuvent priver des bienfaits de cet amour que Dieu témoigne à ceux qui sont à lui en notre Seigneur Jésus-Christ, lequel fait passer les siens de la mort à la vie. Le décès a eu lieu le 13e jour d’octobre 1605. »
Le corps de Bèze, auquel une tombe avait été creusée dans le cloître de Saint-Pierre, lut porté par les étudiants de l’école dont il avait été le second fondateur. Les professeurs et les pasteurs marchaient après eux. Puis venaient les syndics et les membres des Conseils, au milieu desquels on remarquait, représentant leur Académie, le bailli de Lausanneet plusieurs gentilshommes de la noblesse du Pays deVaud, enfin tout le peuple de Genève. Le deuil de l’Eglise était le deuil national.
Le lieu choisi pour la sépulture l’avait été, écrit Lect à Casaubon, à l'intérieur de la cité et non pas, hors de l’enceinte fortifiée, dans le cimetière accoutuméde Plainpalais, àla fois pour que la vi 1 le ne restât pas dépeuplée et privée de ses défenseurs, pendant la cérémonie, et pour que la dépouille mortelle de celui qui avait été si longtemps son porte-étendard fût à l’abri de ses bons murs b Ceci ne fut pas sans provoquer une remontrance île la Compagnie à Messieurs, car les ordonnances de Calvin proscrivaient tout apparat dans les funérailles. Jadis la dépouille mortelle du réformateur avait été portée en terre, comme celle du plus humble des enfants du peuple. Aucune pierre tombale n’en avait marqué la place dans le champ commun du repos anonyme. Une première dérogation à la règle austère devait évidemment servir à en faire autoriser d’autres. Et en effet le préau du cloître de Saint-Pierre fut désormais consacré aux sépultures d’honneur des magistrats et des ministres eux-mêmes. Mais les ordonnances de Calvin n étaient pas des lois ordinaires. On pouvait les suspendre, les abroger d un coup : elles laissaient derrière elles un sillon profondément marqué en l’intimité des consciences. Un siècle plus tard, comme le cloître, d'ailleurs en ruines, était désaffecté, toutes ces sépultures officielles suivaient le sort de l'édifice et, à une ou deux excep-
1 n Corpus ejus, uti scias, non in suburbano loco illo in quo soient, sed proxime Pétri ædem in illo n ut appellant claustro repositum est. Sapientissimo Senatui visum ita, non tam honori testando, qui « internus altius sedet, quam ne vacua omnium hominum ordinibus funus comitaturis urbs vacaret, « cum periculo (ut sunt hostium doli) extra eam et in ea, tum ne Jesuitarum furor et aliorum nebulo- « nurn insolentia, qui jam propius a mœnibus nostris adsunt, contumeliam aliquam in corpus ejus noctu d auderet impune. » (Br. M , Burney mss. 365, fol. 76.)
LA PART DE BEZE
lions près seulement, disparaissaient sans laisser de traces et sans que personne eût l’idée de protester. Aujourd’hui, la tombe du disciple est aussi introuvable, à Genève, que celle du maître. L’éloge funèbre de Bèze, qu’on ne songea pas à faire prononcer en une cérémonie spéciale, le fut à l’Auditoire de théologie, où le défunt avait inauguré son enseignement, près d’un demisiècle auparavant, comme professeur de grec. Le lendemain des obsèques, le recteur Gaspard Laurent , qui avait à parler sur la Gaule, en prit occasion pour consacrera lun des enfants illustres de cette patrie, qui était aussi la sienne, l’heure de sa leçon. Son discours, que nous a conservé une plaquette, aujourd’hui fort rare, de Jean deTournes, nous montre comment ce Français, séparé de son pays et de sa parenté par sa foi religieuse et devenu Genevois de cœur et d ame, était cher à toute la Suisse réformée, comment on l’accueillait avec joie, non seulement à Lausanne, où il se rendait presque chaque année, mais à Berne, à Zurich, à Bâle, à Schaffhouse. On y trouve, avec le récit touchant des derniers moments d’un vieillard, soldat émérite d’une noble cause, et qui supportait d’une âme égale le poids des années, le témoignage que sa dernière pensée fut pour Genève L
Dans la lettre inédite à Casaubon, que nous venons de citer, Jacques Lect appelle le « grand vieillard » qui vient de s’éteindre, « le véritable chef de nos muses, — nostrum il /uni magnum senem, ilium verc p.ovGap-yov . » Ailleurs, dans une de ses sylves, où il l'invite avenir à Bourdigny se reposer de ses travaux avec leurs amis communs de l’Académie, Lect dit de lui : « Bèze étant sauf, l’Ecole est sauvée, — salvo nam salvaAcaclcmiaBeza1 2. » C’est en effet à ce titre, et non pas seulement comme successeur de Calvin, dans l'Eglise et dans l’Etat, que Bèze était cher à ses amis. On ne s’en est pas toujours rendu compte.
Lorsque le jeune professeur de Lausanne fut appelé en 1 558 aux côtés de son maître, Calvin, il venait de parcourir l’Allemagne, au cours de diverses
1 Oratio Gasparis Laurentii Professoris in Academia Genevensi de clarissimi theologi D. Bezæ obitu : in-8, Genève, — Jean de Tournes, — [1606]. (Bibl. de M. Théophile Dufour.) C’est d’après le dernier feuillet de celle plaquette que nous avons pu reproduire le placard d’invitation aux obsèques de Bèze. On le trouve également imprimé, sous forme de billet de faire pari, sans l’en-tête « Programma Rectoris. » Le fac-similé d’un exemplaire conservé à la Bibliothèque du Protestantisme français, à Paris, a été donné dans le Bulletin de 1887 (XXXVI, 81). Un autre exemplaire, qui fait partie de la belle collection de M. le professeur Albert Rilliet, a été exposé à Genève, en 1896, dans la section historique du Groupe XVII (Education, Instruction) de l’Exposition nationale suisse. (N oir Catalogue spécial du Groupe XVII, pièce 8 )
2 Poemata varia, Sylva XXXVI I .
THEODORE DE BEZE
missions diplomatiques, et apportait à Genève, avec les goûts d'un lettré de la Renaissance, l’ambition d’y voirgrandir une université semblable à celles que réorganisait Mélanchthon.On a vu comment il inséra, dans la préface des Zrges Academiæ, la promesse d’un couronnement futur de l'édifice inachevé, comment après de nouveaux voyages et avec l’autorité que lui avait donnée son rôle au colloque de Poissy, puis dans les conseils du prince de Coudé, il veilla, devenu lui-même, à la mort de Calvin, 1 héritier de l’œuvre du réformateur, non pas uniquement au maintien, mais au dévelop peinent progressif de b école huguenote.
La tâche était d’autant plus difficile qu’il n'eut pas toujours, pour la remplir comme il I entendait, l’appui de ses collègues de la Compagnie des pasteurs. On peut affirmeren particulier que, sansson intervention habileet constante, Renseignement du droit , mal vu des ministres, non seulement n’eût pas été institué, mais, après Pierre Charpentier et l expérience si peu encourageante faite avec ce personnage, n’eût pas pu être relevé et maintenu . Celui de la médecineeût sans doute été rétabli, après le départ de Simonius, si Bèze eût rencontré pour cela un savant à son gré, et surtout au gré de ses collègues. Il nous paraît assez vraisemblable que La Paye, lorsqu il s’éloigna pour aller prendre son mystérieux doctorat en Italie, obéissait à un conseil de Rèze. Et ce serait peut-être l’explication de la haute protection dont il jouit lors de ses débuts accidentés dans la carrière de professeur en philosophie. Il n'est pas improbable que le maître d’école, devenu disciple d’Hippocrate, ait songé à une chaire de médecine, avant d ambitionner plus encore et de se faire théologien pour parvenir.
Pendant la terrible peste de 1 370-7 1 , ce fut Bèze qui, presque seul debout, et avec l’aide précieuse de Thomas Cartwright, maintint l'Ecole en vie. En I 580, lorsque la Seigneurie à bout de ressources la dispersa, après avoir lutté, « remonstré, » protesté, cette fois au nom de tous les ministres, contre I arrêté fatal, il apporta au Conseil, de la part des dix pasteurs de la ville, un prêt de mille écus, à l’appui de leur demande de restauration *. L’année suivante, il
1 « S[pectables\ ministres . Sur la charge donnée à M1' le Lieutenant de savoir desdits spectables « ministres s’ils pourroienl fournir et prester quelque somme à la Seigneurie, il a raporté que, ayant « parlé à Mr de Bèze, il luy a faict entendre qu’ilz s’efforceroient de trouver jusques à mille eseus. des- « quels sont que est à chascitn 100 esetiz l’ung portant l’aullre. » (Reg. Conseil. 21 octobre 1586.) Cf., plus haut, p. 193, note 4.
LA PART DE BE7.E
doublait le nombre de ses leçons, pour que l'on ne put pas dire que l’Auditoire était réduit au silence, et enfin il obtenait le rappel des professeurs congédiés. Chaque fois qu’il s’est agi de faire entrer à l’Académie un homme nouveau, d’y attirer une force nouvelle, ou d’y retenir un de ceux qui la faisaient connaître au dehors, Bèze a été le négociateur, ou le conseiller, écouté de tous. 1 1 est plus que probable que, s’il n’eût tenu qu’à Bèze, Ca sa u bon n’eût pas quitté sa patrie.
Dans ce domaine, son orthodoxie aristotélicienne, ou plus exactement la considération de ce qu’il estimait être I intérêt supérieur de l’Eglise, mettait seule une limite à son zèle. On a vu que celte orl hodoxie lui fit repousser l’offre du grand Bannis. Mais en dehors de ces cas exceptionnels, oû le souci de sa responsabilité sociale de réformateur religieux comprimait les élans de son âme d’humaniste, i I défendit toujours, et parfois dans les circonstances les plus d if- I ici les, la cause sacrée des hautes études. Genève dépendait de l’étranger poulie recrutement de ses professeurs, et même de ses pasteurs. 1 1 n’eut pas l’étroitesse, la sottise, qu'on put reprocher après lui à une certaine majorité de la Compagnie des ministres, de vouloir remédier à ce qui pouvait encore, à l’époque, être considéré comme une source de faiblesse, en faisant nommer coûte que coûte des nationaux, sans titre véritable à leur chaire. Mais il s’efforcait de tourner les regards de la jeunesse genevoise soit du côté du saint ministère, soit du côté de renseignement b Jusqu'à la fin, dans ses lettres, on trouve la trace de 1 intérêt qu i l porte à ce qui est devenu sa création de tous les instants. 1 1 se réjouit de voir les étudiants arriver en nombre, il s’att riste, aux jours sombres, devoir leurs rangs s’éclaircir. Il lui semble qu’ils doivent tout braver, même « le lléau de peste, » pour achever leurs études. Et il lui échappe plus d’une lois, en cette occasion, une parole sévère sur cette génération de mortels qui a peur de la mort: Comme s’il ne valait pas mieux mourir noblement,
1 Reg. Conseil, 18 février 1583 : « Escoliers. Et, ;\u regard de ce qu’ils oui prié Messieurs d’enlrenir o quelques escoliers qui puissent c.y après servir au ministère, parce (pie, defaillants deux ou trois de « leur Compagnie, ils ne savent quelle provision y donner. Arreslé qu’on les adverlisse de choisir quel- « ques ungs. jusques à demy douzaine, qui soient desja promeus, pour pouvoir es Ire em ploies cy après. «
En 1584. Bèze écrit au Zuricois Guallher, à l’occasion de l’appel de Grynée à Heidelberg: « Ves- « træ vero Ecclesiæ, mi fraler, valde gratulor, cui concession video divinitus, ut non modo aliunde « muluari pastores et doctores non cogamini, verum etiam vobis suppetat, quod aliis largiamini : mag- « num est et pene dixerim singulare istud Dei beneficium, quod utinam vobis perpetuum esse velil « Dominus. Nobis hic certe eontrarium accidit ubi si deessent exlranei (quod ego sæpissime nostris « îd est civibus genevensibus exprobro) necesse fuerit aut gregem sine pastoribus et scholam sine « magistris, aut Deum extra ordinem aliquid moliri. >i «III Nouas Junii 1584. » (Mss. Bibl. de Zurich, Fonds Hottinger, II, 71.)
THEODORE DE BEZE
en paix avec sa conscience, dans la cité de la liberté, que de mener ailleurs une existence d’esclave' .
Son cours, cela va sans dire, était de beaucoup le plus fréquenté. On l’annonçait à son de cloche, comme un service religieux. Ainsi avait-on fait jadis pour celui de Calvin par lequel, dèsavant la fondation de l’École, avait débuté, à Saint-Pierre, l’enseignement supérieur de la théologie réformée*. C’était l’usage que tous les écoliers s’y rendissent. « Selon la coutume qu observent « ici les étudiants de toutes les facultés, — écrit Louis Iselin à son oncle, — je « vais entendre Bèze, lequel interprète l épîtrede Paul aux Romains, de deux « semaines l une, au moins trois fois1 2 3. » Il était celui qu on était sûr de trouver à Genève, quel que fût l’état des choses. Ou on eût la paix ou la guerre, l abondance ou la disette, la santé ou la maladie, il était toujours là, fût-il seul en sa chaire. Et, comme le disait II ubert Languet au |eune Nicolas Rhedinger, il tenait lieu debeaucoup4. Au départ, on ne manquait pas d’aller lui présenterson « I ivre des amis. » 11 y inscrivait une parolede I Ecriture, un passagedes Pères, un conseil. Les albums des étudiants qui ont passé parGenève, pages jaunies qu’on rencontre çà et là dans les collections, portent tous un mot de lui5. Plusieurs de ces écoliers ont vécu sous son toit, ont eu part à sa table. Car ce grand homme, qui lut le conseiller de tant de rois et de princes, le chef incontesté d’un puissant parti et h* directeur spirituel d’une république, fut toute sa vie obligé, vu l’exiguïté de ses ressources, d’avoir chez lui des pensionnaires. A l’un des derniers, George Sigismond de Zastrisel I , il vendit sa bibliothèque 6.
Bèze était d’un abord facile, sinon aisé, car ses occupations multiples ne
1 A DurnholFer, 1er août 1574, 27 août 1578. [Mss. Bibl. Ste-Geneviève, Ep.Hær. II, fol. 145 ; III , fol . 29.)
2 « Th. de Bèze a proposé que, pour la commodité des escoliers, ilz ont remué sa leçon à trois heures « et celle de la dialectique à deux, ce qu’a esté approuvé et ordonné que la ( loche qu’on sonnoyt pour « deux heures se sonne pour trois. » (Reg. Conseil, 22 octobre 1565.)
3 Lettre du 1er mars 1581. (Thommen, /. c., 186.)
4 Voir, plus haut, p. 144.
5 Voici ce qu’on trouve sur un de ces feuillets d’album, conservé à la Bibliothèque Nationale, a Paris. L’écriture est très tremblée et l’autographe d autant plus précieux que c’est un des derniers en date que l’on possède :
« R. B . R . . Rem ratione rege. — Theodorus Beza , annum hujus vitæ a gens ocluagesimum quinlum pene « peractum, scholastico honeslo, lesliinonio sui ad ipsum adventus, more Genevensis Academiæ, stuii diosos pielatis veræ accedentes o innés exornare vicissim consuelæ, isla scribebam , die mensis Maii 30. « Anno partie nobis æternæ salutis per ipsius amici Servatoris nostri Jesu Christi ©savJafàirov in cruce « oblationem 1604. » ( Af.ss. Bibl. Nat., Fonds Bupuy. 104, fol. 37. |
6 Le prix convenu et payé fut de six cents écus d’or. (Communication de M. Hippolyte Aubert, d’après une pièce retrouvée par lui à la Bibliothèque de Gotha .)
LA PART DE B EX, K
lui laissaient guère de loisir. En 1594, il écrit à Gaspard Peucer, le gendre de Mélanchthon : « A l’exception du tremblement de la main qui m’empêche « presque de tracer une ligne, je suis assez bien, Dieu merci, pour prêcher « tous les dimanches et pour faire chaque quinzaine mes trois leçons de théo- « logie. L’Auditoire est assez fréquenté pour des temps difficiles. Je suis acte câblé d’occupations diverses et en nombre infini, non pas de celles qui dé- « pendent de ma charge et auxquelles je suis fait par l’habitude de la remplir, « mais de celles qui m’arrivent à chaque instant du dehors, difficultés qu’il « faut absolument aborder, résoudre, dont vous n’avez pas de peine à vous « imaginer la multitude et l’importance dans le tourbillon de guerre qui nous et entraîne. C’est ainsi qu’au milieu de ces agitations, je m’approche en lutte tant du terme de la carrière, l’esprit autant que possible en haut1. »
A côté de tout cela, lisons-nous dans la même lettre, le correspondant de Peucer, trouvait le temps de s’absorber dans ses annotations d’une dernière version revue du Nouveau Testament.
Depuis la publication qu’il avait faite avec Calvin, en 1560, Bèze avait donné plus d’une édition des Evangiles. Il avait eu l’avantage d’être aidé, dans ce travail, parles eonseilsdesdeux plusgrandsphilologues du temps, Scaliger ctCasaubon. Peu d’années après la nomination de Corneille Bertram à la chaire d Hébreu, il avait entrepris avec ce dernier la traduction de l’Ancien Testament. Cette version, revue par une commission de la Compagnie et jointe à l’œuvre constamment revisée de 1560, était devenue la fameuse Bible des Pasteurs et Professeurs de Genève { 1588), lune des publications, à en juger parle nombre des éditions et par l’influence exercée sur le monde, les plus importantes qui soient jamais sorties d’une hau te école 2.
1 Lettre datée: « Genevæ 26 Augusti vetere calculo 1594. » (Ep. Hær.. II, fol. 595 v° s.)
2 La Bible, qui est toute la Saincie Escriture Le tout reveu et conféré sur les textes Hehrieux
et Grecs parles Pasteurs et Professeurs de l'Eglise de Genève: in-folio, in-4 et in-8, Genève, 1588. Rééditions : 1605, 1609, 1610, 1615, 1616, 1619, 1621, 1622, 1633, 1635, 1652, 1665, etc. etc.
Reg. Conseil, 16 février 1585 : « Bible. Jereinie Lies Planches . A esté proposé comme les spectables « ministres de la parole de Dieu avoient reveu la Bible, assavoir Messrs de Bèze, Perrot, Jaquemot, ci Rotan et Corneille Bertrand, et qu ’ilz la font imprimer audit des Planches, avec plusieurs nouvelles t< annotations et corrections, mesmes, dict-on, qu’ilz ont changé quelques versets et chapitres, ce qu'este tant ainsi seroil occasion de quelque scandale; or n’onl-ilz point obtenu congé de ladite impression, tt ny n’en ont communiqué à Messieurs. Là dessus estant appelle ledit Des Planches qui a dict n’avoir « demandé la permission parce que cy devant on n’en a point demandé pour la Bible, joingt que les tt spectables ministres ont promis l’en garantir A esté arresté qu’on luy defende par provision de « poursuivre ladite impression jusques à ce qu’on ayt veu ladite Bible. — Après ce, sont venus Messrs « de Bèze et Perrot, ministres, ayans esté advertis par ledit Des Planches et qui ont supplié Messieurs