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UNIVERSITE DI (.IM VI

L ERIC DE DORDRECHT

deux professeurs les plus en vue de l’Eglise et de l’Académie : Jean I )iodat i et Théodore Tronchin. Nous avons rappelé à quel âge ces deux hommes étaient montés dans leurs chaires et avaient dû prendre position dans le grand débat qui commençait. Ils appartenaient tout entiers au parti de l'orthodoxie et ne pouvaient que jeter dans la balance le poids de l’autorité qui s’attachait à leurs noms et à leur qualité de successeurs de Calvin et de Bèze.

Ce n’est pas ici le lieu de retracer l’histoire du fameux synode protestant convoqué à l'instigation du prince d’Orange, Maurice de Nassau, stathouder des Provinces-Unies, et ouvert, le 1.3 novembre 1618, à Dordrecht. Mais nous devons constater le rôle prépondérant qu'y jouèrent les professeurs de Genève. Convaincus qu’ils sauvaient la religion du Christ, ils se montrèrent les adversaires les plus irréconciliables du libéralisme arminien et, parmi les délégués étrangers du synode, se placèrent à la tête des gomaristes, partisans, comme on sait, tle la prédestination absolue. A la I •28"'° séance, qui se tint le 25 mars 1619, comme il s agissait de formuler la décision de rassemblée, Jean Diodat i lut désigné, comme adjoint au présidentet aux assesseurs, avec Abraham Scultet, de l’Académie d’Heidelberg, l’évêque de Llandaff, et les pasteurs et professeurs hollandais Trigland, \\ aleus et Polyander, pour travaillera la rédaction des canons du synode. Lorsque, aux cinq articles adoptés par la majorité et proclamés dans la bulle protestante du 24 avril, on ajouta la mise hors la loi des vaincus, les « remonstrants » arminiens, la plupart des théologiens étrangers, à la suite des Anglais, qui ne voulaient pas prononcer une condamnation contre les sujets des Provinces-Unies, s’abstinrent de prendre part au débat. Diodati et Tronchin, au contraire, se déclarèrent énergiquement pour la punition légale et pour l’excommunication deceuxqu ils regardaient comme des rebelles, donnant ainsi une sanction désirée à I écrasement po I i tique des « remonstrants.» La tête de Barnevelt, l’adversaire du stathouder Maurice de Nassau, tomba sous ce vote1.

Les Eglises de France n’avaient pas obtenu du roi l’autorisation il envoyer leurs délégués en Hollande. Un synode national fut convoqué, en 1620, à Alais, pour ratifier les canons de Dordrecht. L’Eglise de Genève y fut conviée, comme à toutes les assemblées de ce genre, et son représentant, qui joua également

1 Sur la pari dos délégués genevois aux délibérations du synode do Dordrecht, voir l’intéressant chapitre de M. Eugène do Budé dans sa Vie cle Jeun Diodati: Lausanne, 1869, p. i 1 0 ss.

LES ÉPIGONES : JEAN DIODATI, THEODORE TRONCHIN, BÉNÉDICT TURRETTINI 339

dans celle-ci un rôle décisif, fut encore un professeur de l’Académie, Bénédict Turrettini. Celui-là aussi était un jeune, monté à vingt-trois ans dans la chaire des réformateurs.

Comme le fils de Charles Diodati et comme le filleul de Théodore de Bé/.e, leur collègue était un fils de famille qu’on avait, pour ainsi dire, élevé pour le professorat. Son père était Francesco Turrettini, réfugié toscan, assez riche pour être, aux jours difficiles, le banquier de la Seigneurie; son grand-père était Begolo Turrettini, gonfalonier de Lucques. Déjà en 1.609, alors qu'il terminait ses études, la Compagnie l’avait désigné en consignant à son sujet, dans un procès-verbal, qu’il lui donnait « grand contentement et esperance « de faire beaucoup defruict en cesteEglise, non seulement au regard du mi- « nistere, mais aussi pour la profession de Théologie h » D’emblée, répondant aux espérances qu’on avait conçues, il se montra le fidèle champion des doctrines ultra-calvinistes. Au synode d’Alais, il proposa hardiment de ne point s’attarder aux controverses longuement examinées à Dordrecht et de se borner à ci chercher les moyens d’empescher que les Erreurs qui a voient troublé les Eglises des Pays-Bas ne se glissassent dans celles de France. » Ainsi fut fait et l’assemblée ordonna « que nul pasteur ne seroit désormais receu qui ce n’advouast aussi la doctrine du dit synode [de Dordrecht pour tant plus re- « jetterles Pelagiens et leur doctrine1 2. »

Les hommes de Dordrecht, on doit le reconnaître, s'ils ne contribuèrent pas au progrès de la science théologique, dans le sens où l’on entend ce mot de nos jours, maintinrent le renom de l’Académie. Leur attitude énergique, leur rôle prépondérant dans les synodes où se traitaient les affaires générales des églises réformées, leurs publications multiples et importantes fixaient l’attention de l’Europe. Et l’école où ils enseignaienten bénéficia quant au nombre, et surtout à la condition, des étudiants qui se pressaient à leurs leçons.

Jean Diodati, dont la traduction de la Bible en italien répandit si fort les principes de la Réforme, dans la péninsule, qu’on espéra un moment y gagner

1 Reg. Comp., S déc. 1609.

Reg. Conseil. 2o mars 1621. — La plupart des textes qu’on peut extraire des registres publics relativement au collègue de Jean Diodati et de Théodore Tronehin ont été publiés, ainsi que de nombreux documents provenant des archives de la famille, par M. F rançois Turrettini, dans son excellente Notice biographique sur Bénédict Turrettini. théologien genevois du X Vif* siècle: Genève, 1871, (avec portrait).

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