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II. LA CORPORATION DES PROPOSANTS, FONDÉE EN 16 J

Les opinions des étudiants en théologie étaient, cela va sans di re, él roitement survei I lées. Depuis 1601, ces étudiants, tant les étrangers que les nationaux, étaient appelés, trois ou quat re lois Lan, devant la Compagnie des pasteurs pour rendre raison de leurs études.

«Advisé, — lit-on dans le mémorial du 8 mai 1601, — qu’on appellera les escoliers envoyez ici pour la Théologie pour recognoistre leurs estudes et les tenir en leur debvoir. Et que cela se fera trois ou quatre fois l’année. »

« Que ceux de nostre escole aussi seront appeliez et qu’ilyaura catalogue, alin qu’estant appeliez aussi, tant de fois l’an, on recognoisse ceux qui feront leur debvoir et qu’on range les au lires. »

« Que le précepteur de l’hospital sera adverti de tenir le registre des proposans et disputai) s et luy mes me, le premier, et ceux qui sont de l’hospital mon sire r l’exemple de diligence à tous les aultres b »

Le « précepteur de l’hospital » qu'on trouve mentionné ci-dessus était un candidat au saint ministère, remplissant les fonctions de catéchiste des entants assistés et d’aumônier. Depuis l’établissement de la Réforme, cette charge avait été confiée, vu le petit nombre des ministres, à u n laïque, originairement un maître de grammaire, un pédagogue' ou un précepteur quelconque, qui désirait devenir ministre et auquel ce stage dans un poste souvent dangereux.

1 Met;'. Lump., ad dieni

L ERE DE DORDRECHT

en un temps où les épidémies étaient fréquentes, donnait un titre à la consécration. Lorsque l'Académie fut constituée, le titulaire suivit les cours. A la fois membre de l’école et fonctionnaire ecclésiastique, il devint un intermédiaire utile entre la Compagnie des pasteurs et les étudiants, et la place fut souvent accordée à l’un de ceux-ci.

Au droit d’occuper un poste de ce genre s’en a joutait un autre, plus général, qui donnait aux étudiants de Genève une situation dans l bglise, dont ils ne jouissaient point ailleurs. Lorsqu ils avaient achevé la première partie de leurs études et qu’ils étaient devenus capables de prendre part avec succès aux exercices de proposition qui avaient lieu, selon les dispositions insérées aux Lcges Acad cmiiv , sous la présidence des professeurs en théologie et des pasteurs, ils acquerraient , avec le titre de « proposants, » le d roit de prêcher dans les campagnes. A part i r de I (>3(i, ils eurent celui de monter en chaire le dimanche, dans les temples de la ville, pour la lecture de la Bible avant le sermon L L exercice de la plus ancienne de ces prérogatives, le droit ch' prêeherdans les églises de la campagne, à la lois utile au corps pastoral et favorable à la préparation des candidats au ministère, était très attaqué en France, où les synodes le condamnèrent plusieurs lois expressément comme pouvant donner lieu à scandale. 1 1 impliquait évidemment une surveillance constante des proposants et il n’est pas étonnant que cette surveillance soit devenue particulièrement rigoureuse au commencement du XVI L siècle.

Le règlement ci-après, qui remonte à cette épocjuc, et dont nousdonnons plus loin un fac-similé, doit être rapproché de la note cpi on v ient de lire sur la tenue du « registre des proposants. » Il paraît être de la main de Samuel Petit, un futur principal du collège de Nîmes et le premier orientaliste de son temps. On le trouve en tête d'un album manuscrit, actuellement conservé à la Bibliothèque de Genève, lequel est tout ensemble une sorte ch' registre

1 n Ci cl e v ;i n 1 , à diverses lois, ayant esté proposé qu’il seroil bon d introduire la lecture publique « de la parole de Dieu ès Temples le jour du dimanche, cela pour des difficultés qui s’y renconlroyent n ayant esté différé jusques à présent, finalement a esté résolu que cela se feroit ci après. Et ce par les ■i proposans on t héologie, et ce le dimanche, avant les deux sermons du matin et du soir, que la

i lecture se commencera un quart d’heure avant le second coup, et qu'on suivra après le chaut des n psea urnes, si on voit qu'il y aist du temps, jusques à ce que le dernier coup commence à sonner : Qu'au « matin, on lira dès le commencement de saint Matthieu, les Evangiles, Actes, et suivra on aux h Epislres Au soir, on lira le prophète Esaïe. Si que le matin i! y aura la lecture du Nouveau et après

ii midi de l’Ancien Testament. » (lîeg. Comp.. 9 décembre 163f>.)

LA COU l’O HAT I ON DliS P HO POSA ATS

matricule des étudiants en théologie, un curieux li vre de comptes de leur corporation et une précieuse collection d’autographes

« Reiglement sur l'ordre des Exercices publics des Estudia[ns]en Théologie et Proposons , lequel par eux présenté à la Compaignie des Pasteurs et Professeurs a esté approuvé . »

« 1 . 11 y aura un rolie de tous les Eseholiers Proposans. »

« 2. De ce rolle l’un d’iceux tant que faire se pourra, Ministre de l’Hospital, sera le gardien, avec charge d’advertir chacun de son rang de proposer ou disputer à temps. »

« 3. Nul ne sera receuau nombre des Proposans et Disputans ordinaires, qui ne soit inscript dans le dit ro[l I e], payant pour son entrée deux florins. »

« 4. Nul ne sera receu au dit rolle, qui ne soit im mat rien lé par Monsieur le Recteur, et qui n’ait esté jugé capable [d’y] entrer par les Professeurs en Théologie. » « 5. Tous les Proposans inscripts dans le dit rolle s’obligent à ouïr toutes leçons

Theologiques et Hébraïques, assister aux propositions, censures, disputes, de venir à l’heure, et ne partir qu’a la fin de l’action. »

« 6. Qui absentera une leçon sans légitimé excuse pay[era] trois sols. »

« 7. Qui faudra à son tour de la Proposition, sans sufïisante raison, payera un

florin. »

« 8. Nul eseholier n’assistera aux censures des propositions qu i I ne soit du rolle, et tous ceux (pii y sont inscripts y assisteront. »

« 9. Trois seront tenus de se tenir prests, pour opposer chaque samedi, aux dis-

putes, à tour, selon leur rang au rolle, et le defaillant sans cause payera neuf sols. »

« 10. Il y aura toutes les semaines proposition particulière. »

« II. L’argent de l’entrée, et des amendes, sera fidèlement gardé, et despensé, par advis des dits Proposans, en œuvres charitables. »

« 12. Ceux (pii, pour quelque raison valable, voudront estre exempts de la Proposition françoise, ou de quelque autre partie desexercices le pourrontestre, par advis des Professeurs en Théologie, s'assit bjectissans a tout le reste. » « 13. Toutes paroles, actions, gestes, deportemens, habits, jeux, exercices, méseants à eseholiers en Théologie, seront subjeets à la censure et correction fraternelle du corps des dicts Proposans. »

« (T Dué. — P. Bahut. — P. Barbu! . T. Bon net. — G. Tholose. — ./. Chapeau . — J. Reynard. — J. Cochet. — F. Ducliat. — A. Imbert. — AI. Canal . — ./. Martin. — G. Butin/. — J. ( ’hesneau. — ./. Rançon net. — 3. Tuffé. — A'. Petit J. »

1 Matricula studiosorum S. Thealogiæ in Genevensi Academia oh etnno 161Q. (Mss. Bibl. de Genève, Mhg. 151. c. J.

2 Pierre Babat, dont on trouve le paraphe en tête de celte liste de signatures, était ministre de I Hôpital. Il figure comme lel dans la Genève ecclésiastique d’Archiuard (p. 52). mais sous le nom mal lu,

1 EUE UK DOlUtMECMT

Ce statut, signé de ceux qui l’adoptèrent, avant <le le proposer à la sanction de la Compagnie, lesquels sont des étudiants immatriculés de 1604 à 1612, nous fait assister à la constitution du corps des candidats en théologie et nous montre quelle fut, en ce qui les concernait, la discipline intérieure de l’École.

Le ministre ou « précepteur » de I I lôpital, — on voit par le mémorial de 1601 qu'il conserva ce titre assez longtemps, — pouvant être choisi en dehors d eux, les « Escholiers Proposans » décidèrent, en 1606, d’élire un des leurs pour tenir le rôle et les représenter dans leurs rapports avec l’autorité ecclésiastique et scolaire. Ce ne fut plus le précepteur, mais le prêteur, et on lui ad joignit, pour remplir l'office de t résorier, un questeur. Le premier règlement que les étudiants en théologie se donnèrent, à cette occasion, fut sévèrement jugé par la Compagnie et ne put pas être mis à exécution.

« Sur ce cpii a esté remonstré touchant les Escoliers, et surtout estudiants en Théologie, entre lesquels on entend y avoir quelques brigues et dissensions, surven lies pri nei paiement du reiglemen t qu i Iz ont voulu establir entre eux pou r l’ordre des proposants, eslisants un prêteur, et establissants aultres tels offices confusément el contre l’ancien ordre, sans [compter] les desordres qu’entre eux on a a p perce u s depuis quelques sep mai nés, — ad visé qu’ils seront to usassent b lez Lundi prochain, à l'issue de la leçon de Théologie; et, après remonstrance generale à

ou mal imprimé, de Duhat. Fils de l’architecte lorrain Varia Babal, reçu bourgeois le 5 octobre 1597. il avait été au service de l’Académie de Die, d’où il avait été rappelé, en 1610, pour être nommé an poste qu il occupait *

Marc Cunat était un étudiant en théologie, sans doute un Français, qu’on trouve mentionné plusieurs fois au registre de la Compagnie à cause de ses écarts de doctrine. (Juillet 1615. |

Tous les a ut res signalai res sont inscrits au Livre du Recteur. A oici les noms dans l’ordre d’ancienneté :

1 604 « Johannes Chapealdus Genevensis Ca 1. Maii. 1604. »

« Johannes Cochetius Genevensis Cal. Maii 1604. »

1605 « Theodorus Bonnetns Cabilonensis 1605. »

1606 « Johannes ab Ilice [Chesneau ?] Helvetius Bernensis lheolo. slud. 4 Febr. »

« Gedeon Duœus Genevensis 1606. »

1607 « Samuel Tuffeus Genevensis. »

ce Gabriel Butinus Genevensis. »

« Johannes Marlinus Ulicensis Junio Meuse 1607 »

1608 ( Timotheus Duchatlus Genevensis. «

« Johannes Regnardus Parisinus. »

u A ntonius Imbertus Anduzensis . »

1610 « Samuel Petitus ex Gallia Narbonensi loocl. »

1611 « Gedeon Tholosius Bearnensis 16 Martii 16 1 1 . 1

1612 O Jacobus Ranconnetus Picto 24 Feb. 1612. »

« Petrus Barbulius Monspelliensis 24 Feb. 1612.»

Loi t pc <1 u recteur de Die, Vulson de la Colom bière, a l'Église de (rénove, en datedu4 décembre 1010 (Mss. Bibl. de üeneve, Mf. 107. <ttt. I I). l»cg. Conseil. 10 déc. 1G10. l\cg. Comp.. 22 mai, 21 et 28 août 1012.

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LA CORPORATION DES PROPOSANTS

eux faicte, seront particulièrement censurez ceux qui seront reconnus avoir plus de part au desordre1. »

Les étudiants des premières années du XVIIe siècle, époque où Bèze, courbé sous le poids de la vieillesse et des infirmités, avait dû cesser définitivement son cours, sans avoir pu le transmettre à un successeur digne de lui, étaient, on peut le lire entre les lignes des quelques textes qui nous sont parvenus, indisposés contre le professeur dont l’insuffisance et l’obstination intéressée pesaient sur l’école de théologie. La Paye n’avait jamais voulu leur faire un cours de dogmatique. Ils réclamaient en vain :

« Ayant esté proposé qu’oultre les exercices de Messieurs les Professeurs en Théologie, les Eseholiers desiroyent qu’on leur leust aussi les lieux communs, et particulièrement le formulaire du catéchisme. Advisé que la deliberation en sera remise à la première et plus prochaine commodité, veu les empeschements qui s’y présentent [jour ceste heure2. »

Rebutés en haut lieu, ils cherchaient à s’aider eux- mêmes dans leurs études. I Is s’ingéniaient à développer leurs exercices de proposition et, sous l’impulsion des plus avancés d’entre eux, qui avaient étudié aux Académies protestantes de France, s’essayaient à l’art de la prédication, y donnant plus d’importance que ne le souffrait la rigueur du pur calvinisme3.

1 lieg. Comp.,9 mai 1606.

2 Ibid. , 2 mars 1604.

8 Ibid., 1 février 1605. « Le mardi cinquiesme, la Compagnie s’est derechef assemblée en l’Au- « ditoire après la leçon de Théologie, où sont comparus presques tons les Eseholiers publics expressc- « ment appelez par Mons1' le Recteur. Par lequel, et ensemble quelques aultres de la Compagnie, leur « a esté faicte ample et serieuse remonstrance de leur debvoir sur les desbauehes de quelques uns, et « négligence des aultres. Mais spécialement sur l’abus qu’on apperçoit peu à peu se glisser entre les « proposants en Théologie qui, soubs prétexté de quelque éloquence et par manifeste ambition, desi- « ranls avoir quelque chose de particulier pour parois Ire dessus leur compagnons, sesloingnenl en tout « et partout de la solide simplicité des Escriptures, con vert issans l’exposition de la Parole de Dieu en u n « vain babil, et affectants un nouveau style et nouveau langage, empruntés des profanes et ennemis de « la cité, ès esc ri pis desquels ils s’estudient beaucoup plus qu’ès Saintes Lettres et bons aucteurs . Dont « on ne prévoit que de très dangereux fruicls pour l’advenir, le tout n’estant jugé aultre qu’une vraye « peste en l’Eglise, pour renverser la pieté, les mœurs et la saine doctrine, qui n’a besoing d’un tel fard « et déguisement si profane, lequel a tousjours esté delesté par les plus grands et notables serviteurs de ' Dieu, lesquels soit en France, soit en ce lieu particulièrement ont esté de très excellents instruments « pour l’edilication de 1 Eglise, selon que mesme il appert encor aujourd’hui en leurs escripts. Pour ces h causes ont esté tous exhortez à s’estudier à la vraye pieté, modestie et simplicité, et souvenir, voire « mesmes hors de ce lieu, rendre tesmoignage du présent adverlissemenl et remonstrance qui leur est « (aicte. A ce qu’il apparoisse et près et loi ng que nous n’approuvons en aucune sorte ceste nouveauté , « de laquelle nous entendons à nostre grand regret quelques Eglises estre desjà infectées. Ains, en tant n qu’en nous est, pourvoyons à ce que la jeunesse qu’avons en charge estudie et se rende capable de ■ — i 44

U N T V K K s I T F. DF. GKiNKVE.

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