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FRANÇOIS TURRETTINI ET LOUIS TRONCHIN

rable où s’affirma l’opinion, bientôt soutenue, du premier champion de la cause libérale.

« Après qu’on se fut expliqué quelque temps, en des discours particuliers, d'avoir la conscience genée par les Reglements établis parmi nous et du désir qu’on avoil de secouer ce joug et de se mettre en liberté et qu’on eut travaillé avec un peu de reserve à gagner quelques Ecoliers que l’on jugeoit considérables, l’occasion ne se présenta pas si tost qu’on ne s’en prévalut avec chaleur; ce qui a été la vraye cause de nos troubles. »

« Ce fut en juin 1669 que, la Compagnie étant assemblée pour donner le charaetere de pasteur à un proposant, il fut résolu qu’il seroil receu, faisant la protestation ordinaire selon le reglement de 1647 de rejetter particulièrement les sentimens de Saumur, n’etant pas juste de faire breche aux ordres. Sur quoi ledit Sr Tronchin prit l’essor disant qu’il ne faloit plus suivre tant de formalitez qui n’etoient que des pédanteries, suffisant d’exiger la conformité à la parole de Dieu et à notre confession, sans parler d’autres choses à ceux qu’on recevoit. Que c'estoit des maximes papistiques et antichrétiennes de suivre le sentiment de nos pères, que si on avoit toujours agi de la sorte on n’auroit jamais eu de Reformation. En quoi l’appuya Monsieur Mestrezat, qui jusqu’alors s’etoit contenu. Et sur ce que les assistans, affligez d’entendre ces discours, soutinrent que les ordres dévoient subsister, n v ayant personne d’eux qui n’eust fait cette promesse, et lui mesme aussi lorsqu’il fut receu, il continua les mesmes discours et nia d’avoir rien promis de semblable, [ajoutant] que, quand il s’y seroit engagé, il ne seroit pas obligé de l’observer, disant là dessus que serment qui n’est pas de faire n’est pas de tenir. Ce qui ne put que scandaliser beaucoup la Compagnie1. »

Tronchin protesta contre l’argument que Turrettini tirait de paroles prononcées dans le feu d’une discussion privée, nullement en séance officielle. Le secrétaire de la Compagnie, partageant ses opinions, fut aussitôt remplacé et nous n’avons de la délibération qui suivit qu’un procès-verbal rédigé sur commande.

La Seigneurie naturellement intervint dans le débat. Tout d’abord ce fut en faveur de la minorité, qui avait des intelligences dans le Conseil, puis, sur les plus graves remontrances de la majorité, et par raison d’Etat, au profit

' 1 Archives de M. Eugène de Budé, Fonds Turrettin, dossier François Turrettini . La noie ci-dessus est contenue dans un projet de mémoire, daté de Genève, le 20 février 1675, et exposant très au long le point de vue des orthodoxes. Ce manuscrit, qui ne porte aucune signature, mais à la rédaction duquel François Turrettini a vraisemblablement collaboré, n’est cependant pas de sa main, comme a cru pouvoir l’avancer M. Albert Montandon, dans une thèse présentée à la Faculté de Théologie protestante de Paris, thèse où il en a fait un fréquent usage. (L'évolution théologit/ue à Genève au XVITme siècle; Le Cateau, 1894.)

l’ÈRE DE DORDRECHT

des orthodoxes. La Compagnie décida de faire signer à tousses membres, présents et futurs, non plus seulement le règlement de 1647, mais encore celui de 1649, et le Conseil arrêta qu’il serait « pourveu contre lesrefusans ainsi que de raison. » Tronchin, Mestrezat et leurs adhérents se soumirent, moyennant qu’on les dispensât du « Sic senti o » de la signature sans réserves. On se contenta d’une promesse, que chacun fit et signa, de ne rien enseigner de contraire. Enfin, pour plus de sûreté, on fit présenter au Deux-Cents et confirmer par lui « tant le Reiglement de l’an 1647 que les Articles, soit Canons, « dressés par la Vénérable Compagnie des spectables Pasteurs en 1 649 et lors « approuvés par Messieurs du Petit Conseil. » L obligation de la signature fut i m posée par l’autorité politique dans les termes les plus explicites et les plus absolus L

Le bail Ion fut efficace pour un peu de temps. Mais la pensée devait reprendre ses droits. Ce que les professeu rs ne disaient pas à leurs cours, ils le dirent dans leurs entretiens particuliers avec les étudiants et, n’ayant pas la liberté d’enseignement dans leurchaire, ilsy montèrent le moins possible. Au lieu de faire à leurs auditeurs un exposé systématique, ils choisissaient certaines quest ions, parmi celles qui ne pouvaient ni donner lieu à controverse avec l'adversaire, ni leur causer de tracas. « On ne s’attache, — écrit Bayle, en 1671, — qu’à des « questions séparées, sans suivre de droit fil un cours de Théologie. Au reste « les exercices ne sont guère réglés et les Proposants sont peu assidus 2. »

L’école de théologie en reçut un tel coup que le nombre île ses étudiants se trouva bientôt réduit de plus des deux tiers.

18 août 1673. « Estudians en Théologie . Les Seigneurs Scholarques représentent qu'ayans fait appeller par devant eux les Estudians en Théologie pour savoir la cause qui a meu partie des immatriculés a deserler et se retirer de la ville, puis qu'au lieu de passé cinquante cinq il n’en reste que dix et sept, ils ont appris que cela procédé en partie du peu de leçons faites dès le mois de May, par les indispositions des spécial) les Mestrezat et Tronchin, et partie aussi par la mesin tel ligence (pii continue au sujet delà doctrine de la grâce; rapportent en cores qu’il s ont dressé des reiglemens pour remedier aux defauts des Eseholiers en Théologie et Philosophie, qu'ils produisent afin de les examiner et pourveoir sur le tout ; adjoustans qu’il a esté proposé en leur Assemblée des moyens pou r remedier au manquement

1 Reg. Conseil, 25 août et 10 déc. 1669. — Extraits publiés par M. Henri Heyer. d’après les communiqués transmis à la Compagnie. A la suite des « Canons » de 1649, M. Heyer donne la série des signatures qui y ont été apposées, de 1669 à 1709. [L. c . i.xxxviii ss.)

2 Nouvelles lettres, I, 12.

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