‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 132 sur 213 · HH · texte numérisé non relu

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de leçons, réduits à deux: l’un de donner charge au bedeau de tenir un registre exact des leçons <|ui se font en Théologie et Philosophie, et des jours qu’on manque d’en faire, l’autre d’establir des excusateurs aux professeurs en cas de longue ou frequente indisposition. Et, délibéré sur le premier, arresté qu'on establit Magnin bedeau, auquel sera remis un reiglement pour s’y conformer sur la conduite que devront tenir les Professeurs, [et] faire raporl tous les mois aux Seigneurs Scholarques, <pii en devront aussi informer le Conseil. »

Les fonctions nouvelles de bedeau informateur, conférées de la sorte à l’un des marguilliers de Saint-Pierre, semblent indiquer que le recteur en charge, Jean-Jacques Sartoris, professeur de Grec, était lui-même soupçonné de connivence avec les suspects. Nous le voyons, comme de juste, se retirer peu après, au milieu de l’année scolaire1.

En juillet 1 67 4, un mémoire présenté à la conférence des Cantons évangéliques, réunie à Baden, parvint à Genève, blâmant l’autorité de tolérer îles leçons particulières où « la jeunesse suisse recevoit des instructions erronées «des sentimens de Saurnur, ce qui estoit très dangereux pour leur pais2. » Les gouvernements confédérés de confession protestante considéraient la d ivision des opinions religieuses, qui menaçait leurs Eglises, comme un grave danger pour l’Etat, une cause redoutable de faiblesse pour les réformés, et avaient résolu d’y mettre fin à tout prix. Par conservatisme, on peut même dire par patriotisme, ils donnèrent la main au parti orthodoxe et il sortit de cet accord de la politique et de la théologie le fameux Consensus Helveticus de 1674, dont les vingt-six canons, plus terribles encore à I indépendance de la pensée que ceux de Dordrecht, furent rédigés par Henri Heidegger, de Zurich. Luc Gernler, de Bâle, et François Turrettini, de Genève.

Ce formulaire, destiné à être imposé à tous les ecclésiastiques, fut approuvé par Berne, Zurich, Bàleet Schaffhouse, en 1675, et à Genève, après de longs débats, en 1678. On lit à son sujet, dans une lettre du célèbre Claude, le Bossuet protestant, lettre datée de Paris et adressée à Turrettin, qu’il ne peut croire « que Messieurs nos frères de Suisse, quelque chose qu’on dise, veuil- « lent frapper un si terrible coup; ils ont tle la charité, de la modération et de « la prudence, ils sont sages et éclairés et ils n’ignorent pas que, s’il falloit

1 Reg. Coinp. , 19 décembre 1673.

2 Mémoire manuscrit cité plus haut (Montandou, /. c., 95). Cf. procès-verbal de la conférence du Ier juillet 1674, à Baden. [Amtliche Sammlung der altern eidgenOssischen Abschiede, VI, i, 934 s.)

l’eRE DE DORDRECHT

«que les pasteurs et les docteurs n’eussent aucune différence de sentiments « sur des questions d’école, il faudroit tous les jours être après à faire de nou- « veaux formulaires et tous les jours changer la forme de la religion1. » Turrettin répond longuement et vigoureusement. Mais Claude et Turrettin ne peuvent s’entendre. Ils sont 1 un et l’autre, à cette heure, sur des chemins qui ne se rencontrent pas. Tous deux sont théologiens et savants, tous deux calvinistes et sincères. Mais l’un parle en philosophe, l'autre en homme de gouvernement. L’adoption des canons du Consensus, qui décrètent que les Livres hébreux du Vieux Testament sont authentiques, non seulement quant à l’esprit, mais quant à la lettre, quant à leurs consonnes et quant à leurs points voyelles, qu’ils sont divinement inspirés, tant pour les choses mêmes que pour leurs expressions, et que Dieu n’a pas envoyé Christ pour être le médiateur de tous, mais de quelques-uns seulement, fut le couronnement île l’œuvre de François Turrettini. Trente ans plus tard, son fils, Jean-Alphonse, devait consacrer tout son savoir et toute son habileté à les faireabroger à Genève. Dans un conflit d’opinions entre un philosophe et un politique, quand il s’agit non du présent tout seul, mais du lendemain et du surlendemain, le philosophe, dans I histoire, a généralement le dernier mot.

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