‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 134 sur 213 · LA CHAIRE D II ER RE U · texte numérisé non relu

LA CHAIRE D II ER RE U

tles savants de ce nom, et le neveu du théologien Etienne de Courcelles, dont l’œuvre porta de si rudes coups aux doctrines de saint Augustin sur lagrâce1.

Celui-là, collaborateur très apprécié de Janus Gruter, était, lorsqu’il fut nommé, un philologue et un orientaliste de mérite reconnu. Il fut l’ami intime de Jean Buxtorf et devint le maître de son lils, deuxième du nom2. Mais le temps n’était plus, ou n’était pas encore, de poursuivre à Genève l’étude objective des textes sacrés. David Le Clerc dut défendre sa chaire contre 1 opinion, de plus en plus accréditée, que l’hébreu n’était pas assez nécessaire pour qu’on fit les frais d’un professeur spécial, et finalement se faire consacrer au ministère pour pouvoir donner, comme suppléant, des leçons de théologie. Auparavant, il avait été chargé d’une tâche jusqu’alors confiée au titulaire de la chaire de Grec : l'interprétation des historiens classiques. Il paraît avoir tenté de transformer cette lect ure en un véritable enseignement d’ Histoire ancienne. C’est du moins ce qui ressort de sa leçon d’ouverture sur Ouinte Curce, heureusement conservée dans le recueil posthume de ses Orationes 3.

Parmi les écrits de ce lettré, publications dont on trouvera le compte dans Senebier, nous devons mentionner ici une pièce de circonstance, le discours en vers latins qu il lut, au Promotions de 1624, sur le désastre qui avait, récemment frappé Heidelberg, saccagée par les Impériaux. Ancien étudiant de cette université et comptant parmi ses auditeurs plus d’un camarade, il rappela les gloires de l’Ecole palatine, sœur de l’Académie de Calvin, et demanda pour la ville dévastée par laguerre les prières de Genève, souhaitant que bientôt Heidelberg, relevée, pût faire retentir île nouveau de concert avec elle les actions de grâces d’une cité sainte :

Sed tu tranquilla /‘rue ris duin pace Geneva

Te decet a Domino ventant, pace nuque rogare.

Fac itérant Deus, ut sic Heidelber&a Geneva:

1 David Le Clerc enseigna, comme chargé de cours par la Compagnie, mais à titre gratuit, depuis le commencement de l’année scolaire 1618-19. Il fut nommé titulaire le Ie1' avril 1619.

2 1623. « Junii... Johannes Buxtorfius jun. » (Livre du Recteur, p. 92.)

3 Reg. Comp., 8 avril 1 6 'i 2 : « En la Compagnie a esté trouvé à propos d exhorter noslre frère « M. Leclerc de joindre avec les leçons hebraiques deux leçons de théologie de quinzaine, à condi- « lion qu’il seroit deschargé des leçons qu il fait en histoire et ne seroit obligé pourtant de soutenir « les disputes, à quoi il a acquiescé. Ce dont Messieurs seront advertis. »

L ERE DE DORDRECHT

Juncta, tuas laudes celebret, clangoribus astra Assiduis resonent et te Dominumque Patremque Cantibus i tige minent caræ juga sanctæ Sionis 1 .

David Le Clerc, succédant à Frédéric Spanheim comme recteur, exerça cette charge de 1 637 à I (Ci 3. Deux des harangues latines qui 1 prononça en cette qualité nous ont été conservées, h] lies sont remarquables à bien des égards. L’une est un éloge historique de la culture en général, l’autre un discours sur l’institution de l’Ecole genevoise, «d'où sont sortis, comme d'un cheval de « Troie, les héros qui, dans le monde de la pensée, ont conquis à Genève un « nom illustre.»

En 1654, David LeClercétant mort, Antoine Léger fut invité à réunira son enseignement théologique celui de I hébreu, fi était un moyen commode, pour la Seigneurie, de retrouver, sur les gages du lecteur prévu par les Leges, le montant du traitement extraordinaire qu elle avait accordé au pasteur réfugié des Vallées Vaudoises. lût ce ne fut qu’à la mort de Léger, survenue en 1 66 1 , que la chaire de Langues orientales, après sept ans de vacance, reçut de nouveau un titulaire2 . Ce fut un membre de la Compagnie, Pierre De La Fontaine, autrefois pasteurà Saconnex, puis à Xevdens et Bossev, et qui avait été appelé en ville en 1648.

Pierre De La Fontaine est moins connu par son enseignement que par un incident de sa carrière pastorale, qui donna lieu à des négociai ionsdiploma- I iq ues avec la Savoie. E tan t ti tu lai re delà dernière de ses cures de campagne, i I avait organisé u ne collecte dans la paroisse pour réparer le temple de Bossey, village situé sur une frontière contestée, et profité île l’occasion pour faire placer sur le clocher une girouette aux armes de Genève. A quelque temps de là, comme il s’était rendu à Chambéry pour ses affaires, il fut arrêté, jeté en prison et condamné à une forte amende pour avoir méconnu les droits de souveraineté du duc en levant une contribution sur ses terres et y lai saut dresser les armes de la Bépubl ique. Il ne fut relaxé qu’à la suite d’une ambassade à Turin, appuyée par Zurich et par Berne, et du remplacement de la malencon-

1 f.aerynue lia idrlbergen s es sivc lialosis Hnidelbergie versibus e.rpressa Promotionibus ami. MDCXX IV ; in-'i, [Genève] (Br. M.. I 1 i 08 /. 32). Celle pièce de vers a été réimprimée, avec les « Pwmatia » de David De Clerc, par son neveu, Jean De Clerc, à la suite du recueil posthume de ses discours. ( Davidi Clerici Oraliones ; in-8, Amsterdam, 1087. )

2 Reg. Conseil, 8 el 22 juin, 2 juillet, 26 octobre et 23 novembre 1661.

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