LA CHAIRE D HEBREU
treuse girouette ('1647). Ces prisons politiques, au sortir desquelles il devint pasteur en ville, l’avaient évidemment rendu populaire. Mais les titres qu’on peut avoir à la reconnaissance civique n’ont jamais remplacé que momentanément, et au détriment du bénéficiaire, les titres scientifiques. Tout porte à croire que le prisonnier de Chambéry dut regretter de s’être laissé nommer, en outre, dans la suite, à une chaire d hébreu. Nous n’avons en effet pas grand témoignage de son activité professorale. Ses leçons étaient peu goûtées et peu suivies des étudiants, qui avaient volontiers recours à d’autres lumières que les siennes. « Pour l’hébreu, — écrit Bayle à son frère, le 2 novembre 1670, « — il s’apprend fort mal dans l’Académie; ce qui fait que tous ceux qui y « étudient vont chez un Proposant qui l’enseigne admirablement bien h »
En 1673, le recteur représente à la Compagnie « que la profession Ebraï- « que n’est pas exercée au profit des étudiants, à cause de la caducité de « Mr Delalontaine etaussi parce que, mêmequand il laitdes leçons, on n’avance « pas sous luy 1 2. » La mort du titulaire, survenue six mois plus tard, épargna à l’autorité supérieure une intervention pénible.
De La Fontaine eut pour successeur Michel Turrettini, le neveu de Bénédict et le cousin de François. Celui-là, nommé après de sérieux examens (I I août 1676), était un professeur de carrière et qui sut occuper sa chaire. Il enseigna avec distinction jusqu’en I 7 I ÎS , année où il prit sa retraite. Un arrêté du Conseil, lui conservant ses gages, déclare que c’est « en considé- « ration de son grand âge et de ce qu il a servi pendant cinquante ans l’Acadé- « mie avec beaucoup d honneur et de succès 3. » On peut en conjecturer qu il avait suppléé de fait son prédécesseur, plusieurs années avant que d’être appelé à lui succéder dans sa chaire, et qu il était le proposant dont Bayle lait un si bel éloge.
1 Nouvelles lettres. I. 12 s.
2 Reg. Corap., 1er janvier 1675.
3 Reg. Conseil, 2 nov. 1718. — Publié dans Grenus, Fragmens biographiques et historiques ( 1535- 179Q), p. 259.