I. — JACQUES GODEFROY
L année de la mort de Jacques Cect vit la suspension complète des cours de droit. L'Ecole tout entière était ébranlée et le soin qu'il fallait prendre de maintenir les enseignements prévus par les Ordonnances lit tort, pour un temps, à ceux auxquels la charte scolaire n étendait poi nt sa protection . I .ors de son entrée au Petit Conseil, en 1605, David Colladon avait cessé de donner scs leçons d lnstitutes. Il avaitété remplacé par François de Bons ( Bonnæusj, venu de Nîmes et reçu par Messieurs, en 1606, sur la proposition de la Compagnie, pourenseigner « en Droit eten Logique1. »A la rentrée de 161 Lies exigences du cours de philosophie labsorbèrent tout entier et le Corpus ju ris, que le 25 août avait voilé de crêpe, ne lut pas rouvert 2. L’année suivante, un essai
1 Reg. Conseil, 27 ocl. 1606. Reg. Comp., 10, 27 et 31 oct. 1606.
2 Reg. Comp., 7 oct. 1611 : « Notre frère M1' de Bons a accepté, moyennant quelque surcroit de gage, « de faire un cours complet en Logique et donner les leçons qu’il faisoit cy devant en Droit à la Login que afin que les Ecoliers puissent mieux avancer leurs etudes, ayant toutefois demandé qu’en cas que « cy après les leçons de droit fussent restablies en ceste Eschole, il fust préféré à tout autre, veu qu il a « desjà exercé la dite charge. Ce qui lui a esté promis. . Avisé que notre frère Mr de Bons sera tenu de « faire cinq leçons chaque semaine en philosophie et une dispute ; et pour cette année avisé qu’il fera « une synopsis totius philosophiæ, [et] que, le terme fini, il lira l’Organe d Aristote. »
Reg. Conseil, 8 octobre 1611 : « Sp[ectables] Goulart et Tronchin de la part des speetables ministres « ont représenté qu’hier, en présence des Srs Scholarques, ils advisèrent sur la profession de la philo- « Sophie ; que M >' de Bons est content d’y vaquer, et s’y résoudre, mais supplie trois choses : la première « que, quand on remettra un Institulaire, sa place luy soit gardée; la seconde, qu il ayt un adjoint en « la philosophie; la troisiesme qu’il soit logé un peu plus au large et un peu avantagé en ses gages. « Au regard de l'adjoint, ils ont dit que le Sr Alexius y pourra suppléer : Et ainsy apprécient qu il sera « bien pourveu à l’Eschole. Arresté qu’on donne audit Sr de Bons cent florins par an, par mandement « extraordinaire, et un char de vin, luy reservant sa place d Institulaire lorsqu on restablira la profes- <( s ion du droicl. Et c’est outre les cent florins qu’on luy bai lie pour le loüage de sa maison, lesquels seront « continuez, sinon qu’il aime mieux aller loger au College, au logis que tenoil cy devant spectable Esaye o Colladon. Pareillement sera laissé par honneur la place de professeur en Théologie à Mr Alexius. »
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de restauration des études juridiques fut tenté, mais en vain, avec le concours gratuit d’une célébrité locale. Noble Isaac Fabri (qu il faut se garder de confondre, après Senebier, avec le professeur Jean Rodolphe Fabri, helléniste et mathématicien) lit pendant six mois, sans gages et apparemment sans succès, des leçons en droit1. Ceci démontra aux juristes des Conseils la nécessité de chercher au dehors le professeur qu’on ne possédait pas.
« Conseil des Deux-Cents . Nouvelles proposites. Noble Daniel Roset a proposé qu’il seroit expédient, pour l’ornement et commodité de ceste ville, d’y appeller quelques bons professeurs, qui fussent personnages excellents et renommés, et qui peussent faire reflorir ceste esehole notamment en Jurisprudence2. »
Le projet, porté de la sorte devant le Conseil des Deux-Cents, eut l’approbation générale3. Toutefois il fallait, pour le réaliser, s’assurer le consentement d’un savant dontle nom fût suffisamment connu à l’étranger, et l’exiguité du traitement qui pouvait être offert ne facilitait pas la recherche. Denis Godefroy, pressenti officieusement, offritdedemander son congéà l’électeur palatin, moyennant qu’on lui garantît «quinze cents florins, son logis, le bled ordinaire, avec un char de vin par an, et cinquante escus pour son voyage4. » Messieurs n’entendaient pas s’imposer une si lourde charge. Et ce ne fut que six ans plus tard que la décision des Conseils put enfin être mise à exécution.
1 Reg. Conseil, 23 juin 1612 : « Nob\le\ Isaac Fabri. Profession du droit Mous1' le premier Syndique a « proposé que plusieurs eslrangiers desiroyent qu’il y eus! exercice el Profession du droit en ceste « ville, et que ce deffaut empesche plusieurs Allemans et autres de venir icy. Que noble Isaac Fabri « fait offre de lire six moys, sans aucun salaire de la Seigneurie, passé lesquels si Messeigneurs l’ont « agréable ils pourront se servir de luy avec eslablissement de gages : auquel cas si on voit qu’il y vient « des escholiers on pourra rendre au Sr de Bons la chaire du droit comme on luy a promis. Arresté « qu’on permet audit noble Fabri de lire publiquement les Institules pour six moys suivant ses offres, et « que Mr le Syndique Savyon ayt charge d’en parler au S1' Recteur et audit de Bons pour le leur faire « approuver et à leurs collègues. »
2 Reg. Conseil, 7 mai 1613.
3 Reg. Conseil, 6 août 1613: « Proposites pour le Conseil des Deux-Cents. Messeigneurs ont exact miné les vieilles proposites qui furent faites le vendredy VII"10 de May dernier, affin de les rapporter « aujourd’huy au magnifique Conseil des Deux-Cents... Sur celle du S1' Daniel Roset, tendante à faire « venir en ceste ville quelques bons professeurs en J urisprudence. Messeigneurs approuvent ceste pro- « posite, et se mettront en debvoir de recercher quelque personnage renommé en droit et propre pour « ceste esehole. »
« ... Conseil des Deux-Cents . Professeur en droict. Le Conseil des Deux-Cents estant assemblé, « après la prière faite à Dieu, on a leu les proposites qui ont esté déférées ce matin par Messeigneurs ce du Petit Conseil. .. Surla quatriesme, touchant la profession de Jurisprudence, arresté aussy qu’on se « tient à leur advis. »
4 Ibid., 27 août 1613.
l’enseignement iuridique AU XVII0 SIÈCLE
On essaya, en 16 1 6, lorsque Steckius vint, de Lausanne, occuper une des chaires de philosophie, de lui faire donner deux leçons de droit par semaine1 2. Mais, l’an d’après, Jean Steck était rappelé dans le Pays de Vaud pour le service de Messieurs de Berne et l’on dut derechef se mettre en quête d’un professeur.
En 1619, celui qu’on cherchait fut enfin trouvé. Denis Godefroy, le dernier survivant de ce triumvirat de lettrés qui avait fait la gloire de l’Académie genevoise à la fin du siècle précédent, ne fut pas étranger à l'heureuse restauration de la chaire qu’il avait lui-même si brillamment occupée. Le vieux jurisconsulte, si longtemps l’intime de Jacques Lect et d’Isaac Casaubon, n’avait point cessé d’aimer sa seconde patrie. De l’Université d’Ileidelberg, où l’électeur palatin lui avait fait une situation digne de sa haute renommée, il correspondait, comme on vient de voir, avec d anciens amis, se faisant tenir par eux au courant des choses de Genève. Et lorsque son fils Jacques, le filleul de Lect, après avoir achevé ses études d histoire et de jurisprudence à Bourges, puis à Paris, fut capable de postuler une chaire, il rengagea à retourner dans sa ville natale et à y rappeler son nom de la bonne manière, en travaillant. Lejeune homme suivit ce conseil. Après avoir publié, en 1616, ses Fragments des XII Tables , à Heidelberg, et son Etat des payens sous les empereurs chrétiens, à Leipzig, il donnait, à Genève, son édition annotée des Oeuvres de Cicéron, puis, en 1617, sa restitution des Lois Julienne et Papienne1 et, l’année suivante, à Francfort, sa Conjecture sur les l in> itcs d u d iocese de l évéquc de Home. En 1619, il était connu autrement (pie comme le fils de son père et pouvait offrira la Seigneurie de lixer sa résidence dans la ville, si le Conseil voulait lui confier la chaire de droi L (pii vaquait à l’Académie. Le 1 6 octobre, après un stage de quelques mois, pendant lequel il donna un cours libre, il lut nommé titulaire « sous les mêmes appoi ntements que les autres professeurs, » c’est-à-dire sans qu’on lui fit les avantages extraordinaires autrefois réservés aux jurisconsultes3.
1 « M1' Sleckius ayant esté requis par Messieurs de faire quelques leçons en droict, sans préjudice a ni diminution de celles de philosophie, a déclaré eslre content de donner deux leçons la sepmaine en u droict, n’ayant difficulté qu’en l’heure et lieu où il pourroil faireledit exercice. Advisé que pour s’accom- « moder des dits lieux et heure, il en communique avec M1' le Recteur et que Mrsles Professeurs se gardent « de lire en concurrence aux heures qu’il se fait leçons ou autre profession, m (Reg.Comp., 20déc. 1616.)
2 M. Tullii Ciceronis opéra, cum notis Lambini et Gothofvedi : in-folio, « Coloniæ Allobrogurn, » 1616. — Fragmenta léguai Juliæ et Papiæ ; in-4, Genève, 1617.
8 Reg. Conseil, 9 juin 1619: « Mr Godefroy. Estant rapporté qu’il est personnage fort docte et qui « desire de faire sa résidence en ceste ville pourveu qu’il pleust à Messeigneurs de l’eslablir profes- « seur en droict. Arreslé que les Seigneurs scholarques 1 exhortent de donner gratuitement quelques
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Le marché était hon pour la Seigneurie. L’homme dont elle s’assurait ainsi les services devait, non seulement renouer la tradition glorieuse de l’école de droit genevoise, mais encore, à l’exemple de son prédécesseur, servir la République comme magistrat pendant une longue et brillante carrière.
Le mérite du professeur fut apprécié d’emblée. Mais on ne rétablit pas une clientèle d’étudiants, surtout d’étudiants étrangers, aussi aisément qu’on rouvre l’auditoire dont elle a oublié le chemin. Le Conseil en fit sans doute l’expérience et, dès 1621, se trouvant gêné dans l’établissement de son budget, décida de retrancher pour l’avenir les gages de Jacques Godefroy «veula circonstance du temps1. »
Chose remarquable, ce fut la Compagnie des pasteurs qui intervint cette fois en faveur des études juridiques et, sur ses instances réitérées, le Conseil revint sur sa décision fatale. «M1 Godefroy, le père, doit arriver en ceste ville dans peu de jours, » avaient dit les ministres, suppliant Messieurs « qu’ils ne permettent pas qu’il reçoive ce mescontentement à son arrivée2.» L’année suivante, mêmes exigences du trésor: même intervention et, heureusement pour l’Ecole, mêmesuccèsde la Compagnie.
14 octobre 1622. « Professeurs. Les Sls Goulart, Deodali et Turretin, ministres, se sont présentez de la part de leur Compagnie et ont remonstré qu’ayants appris que Messeigneurs faisoyent quelque difficulté de continuer les gages au S' Godefroy et à quelques autres professeurs, à cause de la nécessité en laquelle le public se trouve à présent, ils sont contraints de prier la Seigneurie de considérer qu’encores qu’il semble que ceste suspension ne soit que pour un temps, si est-ce qu’il est aisé à cognoistre que cela passera en démission; qu’au regard de Mr Godefroy, c’est un personnage grandement utile à ce public pour les qualitez desquelles il est doué, et de la bonne literature qu’il a, (pie ci-devant ilz ont parlé de luy en termes d’honneur et de faveur, mais maintenant ils en parlent en termes de justice et d’equité, car maintenant que le temps est si dur et que la calamité est arrivée à Heidelberg, où il a fait perte tout fraischement de plus de quatre mille escus, il ne seroil pas raisonnable de le congédier veu qu’il ne sauroit où
« leçons à ceste Eseole pour deux ou trois mois, et qu’après cela, il pourra estre receu en la dite pro- « fession. »
Reg. Conseil, 16 octobre: « Sp[ectable] Jaques Godefroy, ayant esté receu professeur en droict, a « preste serment de bien et lidelement s’acquitter de ladite charge, et luy a esté fait mandement d’un « quartier comme aux autres professeurs, commençant dès le premier de ce mois. »
1 Ibid., 28 sept. 1621 .
2 Ibid., 12, 16 et 17 octobre 1621.
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aller 1 . Prient derechef Messeigneurs d’avoir esgard à l'importance de l'escole et l’honneur qui en revient à tout cest Estât, [ajoutant] que si on vouloit prendre tous les légats qui ont esté faits au College, et qui ont esté convertis en autre usage, on trouveroit qu’il y a de quoy soustenir et entretenir toute l’eschole. Et cependant il semble que ce sont les ministres et professeurs seuls qui chargent le public, quoyque leurs gages ne soyent suffisans pour les entretenir le tiers de l’année ; ce qu’ils ne disent point pour entrer en aucune aigreur, mais seulement pour faire voir la justice et équité de leur demande. Que s’il plaist à mesdits Seigneurs y avoir de l’esgard et ne rien toucher et faire de nouveau en cest affaire, ceux (pii seront les plus aisez offrent de faire tout ce qui leur sera possible pour le soulagement du public, mais qu’en ce cas il ne faut pas s’addresser à leur Compagnie en corps, ains aux particuliers d’entre eux qui sçavent mieux leur portée (pie les autres... »
« Arresté que Messieurs Sarrazin, Delarive et Savyon leur respondent que Messeigneurs sont contents de ne rien altérer pour le présent à ce qui est des gages des ministres et professeurs, et qu’ils n’en avoyent encor point fait d’arrest mais que la chose avoit esté mise en avant pour voir s’il y auroit moyen de descharger en ce temps le public de quelque despense 2. »
Sept ans plus tard, en 1629, la chaire de Godefroy fut derechef menacée et de nouveau sauvée par les représentations delà Compagnie. Ce qui nous a été conservé du discours de ses délégués, ceux-là mêmes qui l’avaient représentée au synode de Dordrecht, mérite encore à tous égards d'être rappelé. Messieurs se prévalaient de la récente entrée du professeur en leur Conseil. Les ministres invoquèrent l’intérêt supérieur des hautes études et le renom de Genève et de son Académie.
« Professeur en droit. Spectables Jehan Diodati et Théodore Tronchi n se sont « présentés de la part de leur Compagnie et [ont] remonstré qu’ayants appris que « cesjours passés Messeigneurs avoient ordonné une suspension ou suppression « de la charge de Monsr Godefroy pour la profession de la Jurisprudence, et que « neantmoins en ce temps, auquel il semble (pie la littérature est comme ensevelie « dans les autres Académies, il faudroit la relever en ceste republique ; qu’il faut « conserver Mons1 Godefroy qui a la réputation hors de ceste ville d’estre un grand « personnage et d’estre des premiers pour la profession du droit, que les escho-
1 Ou sait que la ville d’Heidelberg fut prise d’assaut el saccagée, par les soldats de Tillv, à la lin d’août 1622. Denis Godefroy était mort peu après, le 7 septembre, à Strasbourg, où il avait du chercher un asile. Le passage ci-dessus se rapporte évidemment à la part de patrimoine que son fils Jacques avait perdue dans le pillage.
2 Reg. Conseil, ad diei».
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« liers seront entièrement distraits si reste profession vient a estre abbatue, que « ledit S1' Godefroy a tousjours leu quatre fois la sepmaine et qu’en d’autres temps « il a eu plusieurs auditeurs surtout en ses disputes. Supplient de recevoir leur « intercession de bonne part, que ey devant Mons’Leel, (pii estoit de ceste eompa- « gnie, n’a pas laissé de faire des leçons en droit, qu’il ne faut pas regarder à un « petit gage où va du bien de l’Eschole et de la réputation de ceste ville »
Godefroy continua ses leçons jusqu’en 1632, annéeoù il fut nommé secrétaire d’Etat et où il fut obligé de se consacrer tout entier aux affaires publiques. Il les reprit en 1638, au sortir de son premier syndicat. Depuis la réouverture de son cours, qui eut lieu à la demande de laSeigneurie et en présence des membres du Conseil, réunis en l’Auditoire pour y faire honneur, et d’un grand concours d’étudiants, nationaux et étrangers, son enseignement se poursuivit, malgré de nouvelles magistratures, jusqu’en 1652, date de sa mort. Il paraît n’avoirété interrompu que par quelques missions diplomatiques.
« Comme profondeur d érudition, comme science du droit, comme sûreté « de jugement, — disait Gravina, — Godefroy vient immédiatement après Cu- « jas. » Et, de nos jours, Stintzing, constatant la pénurie à peu près complète de grands jurisconsultes dans laquelle on trouve cette époque, lorsqu’on la compare à celle (pii l’a précédée, en France, écrit ceci : « Jacques Godefroy est le « seul que le XVI Ie siècle puisse prétendre faire marcher l’égal des savants de « premier ordre (pii se groupèrent à Bourges au XVIe. » Ce savant appartient tout entier à Genève. Filleul de Jacques Lect, baptisé par Théodore de Bèze, il mit son génie au service de sa ville natale et eut sa sépulture au cloître de Saint-Pierre. Pour demeurer fidèle à sa patrie, il avait refusé tour à tour les offres brillantes du prince de Condé et l’appel Je plus flatteur de l’Université de Leyde. Tandis que son frère aîné, Théodore, se faisait catholique et devenait historiographe de France et pensionnaire de Louis XIII, il restait huguenot et citoyen d’Eleutheropolis.
On sait qu’à l’exemple des llotman et des Lect, Jacques Godefroy allia l’étude du droit à celle de l’histoire et de la science politique. Le premier, il
1 Reg. Conseil, i avril 1629. Ibid.. 14 avril : « Profession en droit. Speclables Benedict Turretin et « Chabrey se sont présentés de la part de leur Compagnie pour supplier Messieurs de délibérer sur la « proposition laite cy devant louchant la profession de droit et de la personne de Monsr Godefroy. Arec resté que ledit seigneur Godefroy continue de lire en droit, soubs le gage accoustumé, et qu’il soit « exhorté de faire au moins quatre leçons par sepmaine. »
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entreprit l’étude systématique des documents conservés dans les archives d’Etat de la République. Il en commença le classement, en fit des copies et rassembla les matériaux d’une Histoire de Genève, qu’il n'eut pas le temps ou, plus exactement sans doute, la liberté de mettre au jour. Nous voyons en effet le Conseil, au lendemain de son décès, se saisir de ceux de ses manuscrits « qui concernent le public » et les faire déposer à la Chambre des Comptes. Quelques jours auparavant, l'autorisation avait été refusée à ses proches de placer sur sa tombe une épitaphe latine qu’il s’était lui-même composée et où on relève une allusion transparente à une publication ensevelie avec lui, qu’il destinait à sa patrie, à l’Eglise et au monde lettré, « en dépit des erreurs du « vulgaire, des déguisements de quelques-uns et de l’ambition déplacée de « certains h» Ses notes, ainsi séquestrées, et qui forment un dossier considérable, ont servi àSpon, à Leti et, plus tard, à Gautier.
Comme ses prédécesseurs, le second Godefroy fut en outre un publiciste, au sens que nous attachons de nos jours à ce mot. Son Mercure Jésuite et ses O rat ion es politicæ en font foi. Un curieux passage du registre d'Etat de I année I(i27 nous le montre transportant la discussion des questions d actualité politique jusque dans sa chaire de professeur et provoquant, à l’Auditoire, un débat sensationnel que le Conseil croit devoir interdire:
« Dispute de la préséance. Le S1' Procureur général s'est présenté en Conseil, remonstrant que hier fut commencée une Dispute, laquelle continue encores aujourd’hui, ou préside Mr Godefroy touchant la Préséance des Rois, Princes et Républiques, de quoy il supplie Messeigneurs d’apprehender la conséquence. Arresté de faire defense audit Sr Godefroy présentement de plus continuer en ladite dispute2. »
Le mérite particulier du professeur de jurisprudence est d’avoir, plus et mieux qu’aucun de ses devanciers, éclairé les textes par F histoire. Denis Godefroy avait fait porter son effort sur l’interprétation et le commentaire des compilations justinianéennes. Jacques Godefroy franchit résolument les limites de l’exégèse et eut l’ambition de remonter aux sources mêmes des anciens jurisconsultes et de restaurer 1 édifice primitif du droit romain. Un trésor iné-
1 Celle épitaphe a été publiée par Spon. Elle est reproduite par le marquis de Godefroy-Ménilglaise (/.. c., 90 s.)
2 Rcg. Conseil, 17 mars 1627.
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puisable de connaissances littéraires, une vaste érudition, un sens critique rarementen défaut, leservaient merveilleusement. A l'aide de ce puissant instrument de travail, il s'efforça de rétablir et de coordonner les anciennes lois de la République romaine, l’Edit perpétuel et les constitutions impériales antérieures à. Justinien, enfin, de mettre au jour une édition critique deThéodose. L’espace nous fait défaut pour exposer ici cette œuvre et donner même une simple énumération des travaux qu elle comporta. Pierre-François Bellot, un des plus distingués parmi les successeurs genevois de Jacques Godefroy, au XIX1 siècle, y a consacré une courte étude, qui fait autorité1. Ajoutons seulement, afin de donner une idée de ce qu’était le professeur, que ses leçons, dès que la renommée s’en fut répandue suffisamment, attirèrent de nouveau les étudiants du dehors en grand nombre et qu elles étaient appréciées au loin comme au près. Un de ses élèves préférés, élève auquel il légua la tâche de mettre au jour son dernier commentaire, nous a laissé, dans la dédicace de cet ouvrage, le beau témoignage que voici : « Ce qu’il fut et ce qu’il fit, tics « hommes l’attestent de toutes les nations et de toutes les Facultés du monde « chrétien, jeunes gens, vieillards même, qui ont eu le privilège de l’entendre « professer, soitsurles bancs de notre Académie, à son cours publie, soit dans « sa propre maison, où il recevait en compagnons d’étude, avec une bienveil- « lance naturelle, ceux qui l’en priaient, répondant aux questions posées et « résolvant les difficultés des auteurs. Telles étaient l’admiration et la satis- « faction de tous ceux qui l’approchaient ainsi qu’ils avaient peine à s’éloigner « ensuite et qu’ils eussent voulu passer leur vie à son côté 2 . »
L influence de Jacques Godefroy sur l’école à laquelle il a réservé le privilège de son enseignement, et qui a eu de la sorte 1 honneur de posséder à elle seule le jurisconsulte le plus éminent du siècle, ne s’est point exercée seulement au profit de l’Auditoire de droit. Com me conseiller, chargé des fonctions de scolarque, il s’est constamment efforcé de développer l’Académie, de la faire progresser toujours plus avant dans la voie où Bèze, au temps de sa vi-
1 Notice sur Jacques Godefroy, dans la Bibliothèque universelle de décembre 1837.
2 Jacobi Gothofredi J. C.V. cos. novtis in titulum Pandectarum de diversis regulis Juris antiqui Commentarius ; in-4, Genève, — - Pierre Chouet, — 1 (>32 . Esaïe Colladon, qui acheva la publication de ce conimenlaire.interrompue par la mort de l’auteur, était un fils de David Colladon et sans doute le filleul de son oncle, le professeur de philosophie ( Cf . plus haut, p. 209) . On lui doit également l’édition posthume des Fontes quatuor Juris civilis ; in-4, Genève, 1653.
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gueur, 1 avait engagée. Il eut même à ce sujet, en 1630 et 1631, son premier démêlé avec les ministres. Déjà en 1626, lors de l’élection de Frédéric Spanheim, qui avait été soumis à un examen spécial devant la Compagnie, le professeur de droit, ayantassisté auxépreuves, avait demandé sans succès à donner son suffrage. En 1630, à l’occasion du choix d’un nouveau professeur en philosophie, le Conseil, probablement sur l’avis de Godefroy, prit un arrêté qui inaugurait le système du concours, publiquement annoncé. Cette décision déplutfort aux ministres et donnalieu à un différend prolongé, lequel aboutit, après une lutte assez vive, à un compromis de circonstance : le choix du candidat à la suite d’épreuves, à l’appréciation desquelles devait être conviée une délégation du Conseil, et I obligation pour celui qui serait élu de servir une année sans gages. A cet examen Godefroy, récemment entré au Conseil, fut convoqué personnellement et siégea au rang des professeurs, mais, lorsque le moment fut venu de procéder à l’élection elle-même, la Compagnie, qui estimait l avoir appelé à titre d'expert seulement, décida comme précédemment qu’il ne serait point admis à émettre un vote. Cette fois, le Conseil fut nanti de la question et prit un arrêté contraire, statuant que Godefroy aurait voix délibérative, « veu, — dit le procès verbal, — que par les termes de « l’Ordonnance les professeurs en droict ne sont point forclos de ladite elec- « tion h »
Théodore de Bèze ne se fût peut-être pas opposé à cette interprétation nouvelle des Loges Academiæ, qui s’accordait certainement avec son programme universitaire. Mais ce n’était assurément pas celle de son maître Calvin et l’on sait qu'il n’avait jamais tenté cl’y recourir. Les ministres protestèrent bien haut. Ce fut en vain. Messieurs maintinrent leur arrêté. Il fallut s'y soumettre et tolérer l’intervention effective d’un membre du Conseil dans une délibération de la Compagnie. On se promit peut-être, in petto, de faire tout le nécessaire, pour que le précédent n'eût pas de conséquence1 2.
Les séances auxquelles Godefroy put dès lors assister, à titre de profes-
1 Reg. Conseil, 5 février 1631.
2 Ihid., 7 février 1631: « Election d'un professeur. Spectables Friderieh [Spanheim] et Benedict « Tureliri se sont présentés de la part de leur Compagnie et [ont] dit qu elle estoit marrie que la Pro- « fession de Philosophie, laquelle estoit vacante, semble estre le subjecl d’un estrif. tant au commenee- « ment comme en sa suite, singulièrement en ce que Messieurs leur ont fait entendre que leur intention n esloil que Mr Godefroy, Conseiller et professeur en droict, deust assister à l’eleclion qui sedoit faire
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seur de droit, et auxquelles furent conviés également les scolarques, furent l’origine de celles de la « Compagnie académiquement convoquée, » qui devait jouer un rôle important dans la direction de l’Ecole, au XVIIIe siècle.
L’année suivante, devenu secrétaire d’Etat, Godefroy fait régulariser le régime des immatriculations et l’emploi des deniers qui proviennent des inscriptions au livre du recteur.
« Habitons, Seigneurs estrangers. Académie. Sur ce qui a esté représenté par noble Jaques Godefroy, secrétaire d’Estat, que suivant l’ordre esta 1) I i par les ordonnances de ceste cité, il est deffendu à toutes personnes de demeurer dans la ville sans estre receues habitans et avoir presté serment, ou qu’ils soyent inscrits et immatriculés au livre du Recteur de l’Académie, et (pie néanmoins plusieurs Seigneurs estrangers, gentilshommes et autres, ne se font point inscrire d’où il advient que l’Académie est privée du bénéfice qu’elle peut recevoir parles presens qu’ils font lors de leur inscription. Arresté qu’on commet le S’ Godefroy pour avoir soin particulier avec ledit Recteur de faire immatriculer tous les estrangers (pii n’ont pas serment particulier à la ville, et qu’ils tiennent un livre de tout ce qu’ils recevront pour estre appliqué à l’entretenement de l’Académie b »
« d’un professeur en su itte de l’Ordonnance, de la pralli que, que ledit S1' Godefroy estoit capable dejugei « de la suffisance deceluyqui doit estre esleu, et que mesme il a voit esté appelle en leur Compagnie pour « donner son advis. Que neantmoins, soubs le bénin support de Messieurs, ils ne peuvent approuver « ceste innovation, laquelle ils osent appeller telle, d’autant qu’en effect cela ne se trouvoit point eon- « forme à l’Ordonnance, laquelle ne peut estre entendue que des professeurs de leur Compagnie, non « pas des professeurs en droict, dont il n’est fait aucune mention, que c'est contre la prattique, d’autant « que ny feu Monsr Lect, ni Mons1' le Conseiller Colladon, qui ont esté cy devant professeurs en droict, « n’ont jamais esté admis en leur Compagnie, que, si bien ils ont prié ledit Sr Godefroy d’assister avec « eux, c’estoil seulementpourenlendre de luy son advis sur la capacité de ceux qui avoyent esté exami- « nés, non toutesfois pour luy donneraueun droict de suffrage etelection, que la principaleraisou pour « laquelle il n’y doit estre introduit est que ledit Sr Godefroy est Conseiller de céans, et que, comme ceux « de leur Compagnie sont forclos et à bon droict d’estre introduits dans le Conseil, aussi de mesme « n’est-il pas raisonnable que ceux qui sont du corps de ce Conseil assistent en leur Compagnie pour « mettre du desordre parle meslange ; qu’il seroit à craindre que par son aulhorité et crédit il n’en- « traine après luy le suffrage de plusieurs, declarans neantmoins qu’ils font beaucoup d’estat du mérite « dudit Sr Godefroy pour sa doctrine et sçavoir extraordinaire, prians Messieurs de croire qu’ils pro- « céderont en ceste élection en toute syncerité et conscience. Sur quoy a esté arresté qu’on se lient à « l’arreslde Sabmedy dernier, lequel est conforme à l’Ordonnance, qui ne forclost point les professeurs « en droict de l’election desprofesseurs, lors qu’il eschet d'en faire quelque nouveau, ce qui mesme est « observé en toutes les autres Académies, n’y ayant en cela aucune conséquence puis qu’il demeure <( estant en leur Compagnie au degré et en la qualité de professeur, ce qui a esté prononcé auxdits Srs « Spanheim et Tronchin. »
1 Reg. Conseil, 4 mai 1632. — La même mesure avait été déjà décidée, à la fin de l’année précédente, en ces termes : « Matricule des estrangers. Sur ce qui a esté représenté que la plus part des « estrangers qui viennent demeurer dans la ville ne vont point s’immatriculer vers le spectable Rec- « teur de ceste ville et que si l’ordre estoit bien observé il y auroit moyen d’en tirer quelque bene- « lice au profit de l’Académie. Arresté qu’on commet M1' le Conseiller Godefroy avec ledit spectable UNIVERSITÉ DE GENÈVE. I. 48
l’enseignement JURIDIQUE AU XVIIe SIECLE
En 1 644 enfin, nous voyons Godefroy proposer au Conseil des Deux-Cents l’établissement d’un « Sénat académique, » chargé de pourvoir au développement de l’Ecole :
« Assemblée du Conseil des Deux-Cents... Noble Jaques Godefroy, Sr conseiller, propose qu’on établisse un Sénat Academique, lequel soit obligé par serment de s’assembler tous les mois pour remedier aux desordres de la petite et de la grande Eschole et pourvoir à ce qui regarde l’honneur et splendeur d’icelle »
L’autorité scolaire ainsi constituée devait être formée par la réunion des scolarques et du corps des professeurs. C’était là encore une grave dérogation aux Ordonnances de Calvin et qu’on eut de la peine à faire accepter. Déjà dix ans auparavant, en 1634, 1 institution avait été formellement établie par un arrêté du Conseil et, comme on voit, n’avait pas duré2. La proposition de Godefroy au Deux-Cents n’eut pas de suite. Mais il ne semble pas que la Compagnie s’y soit opposée, au contraire. En 1645, comme le projet tardait à être mis à exécution, c’est une délégation de ce corps qui vint le rappeler à Messieurs à l’occasion de l’élection de Morus au rectorat.
« Recteur. Spectables Jean Diodati et Daniel Chabrey se sont présentés de la part de leur Compagnie pour dire que spectable Noé Sonoris, ayant prié, voire nécessité, leur Compagnie de le descharger du Rectorat, lequel il ne veut plus exercer, quoy que de ce prié et obtesté, ils ont procédé à l’eleetion d’un nouveau Recteur et que finalement la plus grand voix est tombée sur spectable Alexandre Morus, recogneu très capable et doué de grands dons pour servir heureuse-
« Recteur pour faire immatriculer lesdils eslrangers, et leur faire entendre que nul ne doit demeu- « rer dans la ville qu'il ne soit passé habitant ou immatriculé dans le livre de l’Académie. »
On ne trouve au Livre du Recteur, pour les années 1631 et suivantes, que fort peu de signatures du genre de celles qu’on s’attendrait à y rencontrer à la suite des arrêtés ci-dessus. Par contre l’album des blasons d’étudiants, que nous avons mentionné plus haut (p. 146), s’est enrichi à cette époque de nombreuses armoiries.
1 Reg. Conseil, 1er mars 1644.
2 Ibid., 24 déc. 1634 : « College. Les spectables Professeurs, Principal et Recteur ont esté appelez « et leur a esté remonstré qu’on remarque divers défauts en l’instruction de la jeunesse au College, « les anciens ordres mal observez, la jeunesse eslevée avec trop de licence, peu soigneuse de se ren- « dre aux heures au College. Ce qu’ils ont advoüé et trouvent estre necessaire que les Regents soyent « ramenez à leur devoir par une authorité plus grande, et seroit à propos que les Seigneurs Scholar- « ques s’assemblassent avec eux souventes fois et pourveussent à tous les manquements et qu’il y « eust un Sénat Academique: comme aussi de prendre garde, aux élections, de choisir des personnes « portées à quelque chose de plus grand. Que la grande Eschole par la grâce de Dieu alloit aussi bien « que dès trente années en çà. Ayant esté sur ce délibéré, Arresté qu’il y ait un Sénat Academique. »
Il est à remarquer que, depuis longtemps déjà, les scolarques avaient été conduits, par la force même des choses, à avoir des conférences avec le recteur et le principal.
.lACQUES GODEFROY
ment en l'Eglise et en l’Eschole, laquelle élection ils représentent à Messe igneurs, pour sçavoir s'il leur plaist l'approuver. Sur quoy, lesdits spectables Pasteurs ayans passé en la sale des harnois1, ladite élection a esté unanimement approuvée et ladite approbation ayant esté declairée auxdits Srs Diodati et Ghabrey, ils ont ensuite prié Messeigneurs que, puisque notoirement la petite et grande Eschole est grandement abastardie et qu'il la faut relever comme une grosse pierre tombée au fonds d’un puits, il est necessaire de mettre sus l’establissement du Sénat Academique pour remedier aux desordres et manquements de l EschoIe qui sont très grands, et à ces lins accou rager puissamment ledit S1 Morus à y contribuer tout son soing et diligence et le soustenirpar l’authorité du Magistrat et [des] Seigneurs Scholarques, quand il travaillera à ramener chacun à son debvoir. Sur ce ledit spectable Morus a esté appellé, lequel a presté le serment de Recteur et en suite a esté exhorté de faire sa charge vigoureusement et s’employer de tout son pouvoir à remettre l’Eschole en son anciene réputation et splendeur, et ne se descourager pas soubs pretexte de quelques oppositions et contestes, avec déclaration que la Seigneurie le soustiendra et espaulera en l’exercice de sa charge2. »
Il semble, d’après ceci, que le Conseil, qui tenait du reste très fort à son titre latin de Senatus, craignit d’élever à son côté une autorité nouvelle et se considéra lui-même comme un sénat académique très suffisant pour appuyer le recteur dans l ’accomplissement de sa tâche. Ce ne fut que dans la seconde moitié du siècle que le projet fut définitivement réalisé et que les trois seigneurs scolarques prirent l’habitude de se réunir, en la chambre du Conseil, au recteur, aux professeurs et au principal du Collège. Ces sortes de séances furent appelées tout d’abord « assemblées académiques3. »
Jacques Godefroy songeait à développer l’école de droit et tenta en vain de la faire doter de nouvelles chaires. Son ambition était même de voir l’Académie se transformer en une Université à quatre Facultés. Il en lit à diverses reprises la proposition aux Conseils et ce projet l’occupait encore, dit-on, dans les derniers moments de sa vie4. L'ennemi héréditaire de la haute école genevoise était encore et toujours l’anémie du trésor public. Allié à un esprit d'économie poussé à l'extrême, non seulement cet ennemi s’opposait à la réalisation des plans qu’on pouvait faire pour le développement de l’Académie,
1 Salle des pas perdus.
2 Reg. Conseil, 14 octobre 1645.
3 Les premiers procès-verbaux qui nous aient été conservés de réunions de ce genre datent de l’année 1670. (Archives de la Compagnie des Pasteurs, F. 2. pièce 3.)
4 Reg. Conseil, 15 juillet 1637, etc.
l'enseignement JURIDIQUE AU XVIIe SIECLE
mais chaque fois que l’occasion s’en présentait il prenait, pour ainsi dire, l’offensive etl’écolededroit, qui n’était point placée sous la sauvegarde des Leges de Calvin et qui avait été en quelque sorte la création toujours renouvelée de ses propres gloires, était frappée dans son existence même, lorsque l une de ces gloires venait à s’éteindre.
II. — LES PROFESSEURS « HONORAIRES » : JEAN STEINBERG, AVEGUEL1N, OLDENBURGER, VITRIARIUS, BÉNIGNE MUSSARD.
Après la mort de Godefroy, sa chaire ne fut point repourvue. La Compagnie des Pasteurs, qui, en 1629, avait si chaudement pris la défense de cette chaire, au nom îles intérêts généraux de l’Ecole entière et des nombreux donateurs auxquels ils avaient jadis inspiré des largesses, ne protesta pas. On peut conjecturer quelesiège extraordinaire, qu’il lui avaitfallu accorder, malgré elle, à un professeur laïque, fut la cause de son mutisme. La conséquence fut que, pendant toute la seconde moitié du siècle, l’enseignement de la jurisprudence à l’Académie île Genève lut plus ou moins abandonné à l’initiative particulière. Il ne cessa pas pour cela, tant lui valait le renom que lui avaient conquis ses fondateurs, mais on s’abstint le plus souvent de payer les professeurs et ce fut la seule valeur du titre qu’avaient porté Hotmail et ses successeurs qui le maintint.
Déjà en 1638, au moment où, sur la demande de Messieurs, Jacques Godefroy avait rouvert son cours, Jean Steinberg, qui donnait depuis près d’un an « des leçons publiques avec beaucoup de contentement des auditeurs » et s’engageait à les continuer, avait été honoré de « la qualité de Professeur en droict, » à condition qu’il ne prétendrait et n’aurait « aucuns gages, ni pour le passé, ni pour le présent, ni pour l’avenir L » On retrouve des nominations semblables de professeurs honoraires , en 1672, 1674, 1673 et 1686 en faveur d’André W eguelin, de Philippe André Oldenburger, de Philippe Reinhard Vitriarius et de Bénigne Mussard.
Jean Steinberg était né, en 1592, à Gôrlitz, en Lusace. 11 avait étudié suc-
1 Reg. Conseil, 4 avril 1638. Reg. Coinp., 31 mars et 16 juin 1637.