‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 137 sur 213 · JEAN STEINBERG · texte numérisé non relu

JEAN STEINBERG

cessivemcnt à Wittemberg, à Iéna et à Heidelberg, où il avait été le protégé et l’ami de Gruter et de Scultet et l’élève de Godefroy l’ancien. Ayant achevé son droit, il avait été présenté par son père, un notable de Gôrlitz, au riche et puissant baron Ladislas de Zerotin, lequel lui avait proposé d’accompagner, comme précepteur, à travers l’Europe, ses fils aînés, Jean et Barthélemy. C’est ainsi qu’après avoir séjourné avec ses élèves tour à tour à Breslau, à Heidelberg, à Strasbourg et à Bâle, il était arrivé à Genève, où il était de tradition dans la famille de Zerotin qu’on venait faire un stage studieux. Le jeune docteur et les jeunes barons avaient ensuite parcouru toute la France jusqu aux frontières de l’Espagne. Ils se préparaient à passer en Italie, lorsque la nouvelle leur parvint du désastre de Prague. C’était, pour les Zerotin, celle d’un deuil national. Après dix années de voyages et d’études, ils durent reprendre le chemin de leur pays. Leur place était marquée au premier rang de la noblesse protestante, décimée par l’empereur Ferdinand II. fin passant une seconde fois par Genève, Jean et Barthélemy songèrent à mettre leurs noms et leurs armes dans l’album de l’Académie, où ceux de leur race occupaient déjà deux feuillets. On était en octobre 1 62 1 et, sous le coup de noirs pressentiments, à côté de la devise austère, « Durant virtute parafa, » qu’avait inscrite, en 1596, le baron Ladislas, leur père, chacun des deux frères voulut noter celle qui lui venait à l’esprit en cette heure troublée. Tandis que le cadet, se donnant courage en français, écrivait : « Après lapluye vient le beau temps, » l’aîné traçait ces lignes : « Pro Christo ac patria de eus est propendere vitam. — Il est beau de mourir pour Christ et pour sa patrie. » Etant arrivés peu après à l’armée et ayant été pourvus aussitôt de commandements, l’un et l’autre tombèrent bravement au champ d’honneur.

Jean Steinberg, bouleversé par tant de malheurs, revint à Genève, dont la guerre de Trente ans faisait de nouveau un lieu de refuge, cette fois pour les Allemands, et attendit en cet asile, comme il l’a raconté lui-même dans une note autobiographique, « ainsi qu’en une tour d observation, le dénouement de la sanglante tragédie b » On l'y rencontre dès le mois d’octobre 1622, inscrivant cette nouvelle pensée dans l’album fatidique : « Parvâ maxima spero //de. — J’ai de grands espoirs et peu d’espérance. » En 1625, il fit im-

E//igies et vitæ Professoruni Academiæ Groningæ et Omlandiæ : Groningue, 1654, p. 127.

l’enseignement JURIDIQUE AU XVIIe SIECLE

primer, chez la veuve de Pierre de la Bovière, une pièce de circonstance sur la mort du jeune margrave de Bade-Hochberg h Pour vivre, il donnait des leçons particulières à ses compatriotes et c’est ainsi qu il lut conduit , en 1637, à ouvrir le cours public qui lui permit de solliciter, en 1638, le titre de professeur honoraire. La même année, il était appelé à l’Académie de Groningue, comme professeur de droit. Il fut recteur de cette université en 1 652 et mourut peu après, en 16531 2. 11 avaitépousé, à Genève, Catherine de Bary. On trouve, à la fin de la notice précitée, la bibliographie de ses écrits scientifiques.

André Weguelin, de S'-Gall, était docteur en droit de l’Université de Bàle. Se trouvant à Genève, au commencement tle 1671 , il fut prié de présider la soutenance de thèse d’un jeune Allemand qui était de la suite du comte de Solms. Le Conseil, requis de donner son autorisation, l'avait accordée, après s’être soigneusement enquis de ses titres3. Il avait publié, à Bâle, en 1 667, une Collatio Legum Mosaiccirum , Romnnnrum et Atticarum ainsi qu’une dissertation intitulée Consideratio Mercaturæ juridica 4 .

On était à l’époque où les leçons de Chouet jetaient sur l’Auditoire de philosophie un lustre particulier et attiraient de nombreux étudiants étrangers. Les Allemands s’étonnaient à lion droit de ne pas trouver en l’Ecole un enseignement juridique régulièrement organisé et, dès 1672, firent demander au Conseil de conférer à Weguelin, qui sans doute leur donnait des leçons particulières, le titre et les fonctions de professeur public.

24 avril 1672. « Sr Weguelin , Professeur en droict. Monsieur le premier Syndic propose que quelques Allemands se sont adressés à luy pour supplier le Con-

1 Threnologia in luctuosissimum et immaturum Ol/itum Celsissimi et illustrissimi Principis ac Domini, Domini Caroli D. G. Marchionis Badensis et Hochhergensis, Land gravi Sausenbergi, Comitis Spanheimi etc. Scripta a Johanne Steimberg U. I. D.: Genève, 1625. (Br. M., 11408 f. 18.)

“ Nous relevons cette date dans 1 album ci-dessus où on lit. au-dessous du blason de Jeau Sleinberg, et de la main d’un contemporain : « Obiil Groningæ Frisiorum Jurium antecessor primar. Anno 1653. d. 23 Oetob. » ( Mss . Bibl. de Genève, Mhg 151 b., p. 232.)

3 Beg. Conseil, 30 janvier 1671 : « Theses en droit. Monsieur le premier Syndic ayant proposé qu’un « Eslranger Alemand qui est en cesle ville desire de soustenir des Theses en droit sous la présidence « d’un docteur Aleman. Arresté que l’on renvoyé à Messrs les Scholarques pour les voir et cognoistre « et sçavoir si celuy qui prétend présider a ses lettres de docteur, examiner lesdites theses, et en- « suite, selon leur prudence, leur permettre de les soustenir. »

Ie1' février : « Theses en droit. Monsieur le premier Syndic ayant rapporté que le jeune homme qui « prétend soustenir des Theses en droit est dans la suite de Monsr le Comte de Solms, de présent « en reste ville, et que celuy qui doit présider est de S‘-Gal. Licentié aux droits, leur a esté permis « pour le présent et sans conséquence. »

4 Voir le dictionnaire de Leu, au nom de Wdgeli.

V'ZLMV SAjiS

ANDRE WEGUELIN

seil de vouloir permettre ail SrWeguelin de Chafouzen, très savant en droiet, de faire des leçons en public, en <|ualité de Professeur, durant deux années et sans gages. Sur ce a esté dit qu’en présentant pour luy requeste céans, on lui accordera ladite permission, durant le bon plaisir du Conseil, sans gages pour le passé, ni pour l’avenir, comme que ce soit. »

4 mai. « Noblesse Allemande. Veiie la requeste présentée par elle aux fins qu’il plaise au Conseil permettre au S' Weguelin de faire publiquement des leçons et exercices en droiet, en qualité de Professeur honoraire, luy a esté accordé aux conditions portées par la resolution prise céans le xxiv avril dernier1. »

André Weguelin, après deux ans d’activité professorale, au cours desquels parurent, sous son nom, plusieurs thèses, fut rappelé dans sa patrie, où il devint archiviste et secrétaire du conseil et du tribunal de S'-Gall2.

Durant les vingt années pendant lesquelles la chaire du second Godefroy ne reçut pas de titulaire, la clientèle de jeunes seigneurs allemands que sa réputation et celle de ses devanciers, avaient conquise à l’Ecole n’avait point cessé d’affluer à Genève. Mais l’enseignement juridique quelle recevait, combiné sans doute avec celui de la langue française, était donné tout entier à domicile par des maîtres particuliers. Il est curieux de constater que c’est aux instances de cette clientèle étrangère distinguée qu’on doit la réouverture des cours publics que le Conseil et la Compagnie avaient si facilement sacrifiés aux nécessités budgétaires.

1 Reg. Conseil, ad ann. — « Sp[ecta\ble Weguelin. Professeur en droiet. Speclable Weguelin appellé, « luy a esté prononcé par Monsieur le premier Syndic qu’à la réquisition de quelques seigneurs Alle- « mands et autres de la nation, le Conseil s’estoit bien voulu disposer à l’establir professeur en droiet « honoraire pour en faire les fonctions publiques et particulières, à condition qu’à présent ni à l’adve- « nir ne luy sera assigné aucuns gages, et pour l’exercer durant le bon plaisir de la Seigneurie, lequel « en a fait ses très humbles remercimens, et presté le serment porté par les ordonnances concernant « la charge des Professeurs. » (Ibid., 7 mai 1672.)

2 « Registrator arcliivi und Censor librorum zu S'-Gallen und a. 1675. Ralhs- und Gerichtschreiber « allda. » (Leu, /. c.)

Reg. Conseil, 23 mars 1674 : « Sr Weguelin. congé. Monsieur le premier Syndic raporte que le Sr « Weguelin auquel on a permis de lire en chaire et enseigner le droiet se seroit adressé à luy pour « prier le Conseil de luy octroyer son congé en suite de la vocation qui lui a esté adressée par le Mail gislrat de Sl-Gaal sa patrie, et luy faire expédier un certificat honorable. Sur ce délibéré, Arresté « qu’on luy face entendre que l’on cust bien désiré de le conserver au milieu de nous, mais que puisqu’il « demande congé on ne veut le luy refuser, ni de le luy expedier en forme honorable qui sera leüe « céans, mais que le Conseil souhailte qu’il exerce encores cinq ou six mois sa profession en cette ville. »

24 mars. « Sr Weguelin. Monsieur le premier Syndic représente que, selon l’ordre à luy donné céans, « il a déclaré au Sr Weguelin ce qui a esté résolu le jour d’hier, il luy a tesinoigné d’eslre obligé au « Conseil de l’octroy favorable de son congé dont il conservera toujours un esprit de reconoissance. «.Et, comme il a servi utilement sans gages ni recompense, il estime qu’on devroit y avoir de l’esgard. « Sur ce le Conseil a ordonné de luy bailler une médaillé d’or de vingt-cinq escus. »

l’enseignement .JURIDIQUE AU XVIIe SIÈCLE

Lorsque le S'-Gallois Weguelin reçut le titre de professeur honoraire, un juriste saxon sollicita la même faveur et l’obtint également. C’était Philippe André Oldenburger, établi depuis cinq ans dans la ville. Il était fils de Juste Oldenburger, bailli d’Hallerspring, au duché de Lunebourg, et venait d’épouser une Genevoise, Marie Des Confins, nièce du premier syndic Gabriel de la Maisonneuve1. Oldenburger avait dû quitter son pays à la suite d’une publication retentissante et compromettante au premier chef, une sorte d Itinéraire de V Allemagne politique dans lequel, sous couleur de conseils aux voyageurs studieux des institutions sociales, on trouve une critique renseignée et mordante des petites cours allemandes et de leur gouvernement2.

Le livre fut confisqué presque partout, et non moins lu, dit-on. Presque simultanément, l’auteur avait publié une Notice sur l’histoire politique de V Allemagne impériale , suivie, en 1670, de ses Pandectes du droit public de l'Empire. Ces deux derniers ouvrages, plus volumineux que précis, sont à l’usage des étudiants. Dans le second, les leçons de Jean Limmeus, le professeur d’Altdorf et de Iéna, sont expliquées et commentées3.

3 décembre 1672. « Noble Philippe Oldenburger . Veüe sa requeste expositive que dès cinq ans qu’il est venu en cette ville, il s’est appliqué à enseigner en droict civil, histoire et politique à plusieurs princes, comtes, seigneurs et autres avec beaucoup de fruit, et s’estant marié icy dans le dessein d’y finir ses jours, il supplie le Conseil luy accorder lettres de professeur en droict honoraire, afin d’en pouvoir insérer le litre à la tète des livres qu’il donne au public, et qu’il fera imprimer, comme cela se pratique en plusieurs villes célèbres d’Allemagne, ce qui servira à attirer en cette ville la noblesse allemande curieuse d’acquérir le.sdites conoissances. Et de ce opiné en l’absence de ses parents, Arreslé qu’on lui octroyé le titre de Professeur en droict, sans gages, et sous cette réserve expresse qu’il n’en pourra demander aucuns à l’avenir, ni être à quelque charge à la Seigneurie4. »

Deux mois auparavant, Oldenbui'ger avait présenté au Conseil un Traité des quatre éléments juridiques, dédié aux quatre Cantons évangéliques et à

1 Contrat de mariage du 16 août 1672. (Minutes du notaire Louis Pasteur, vol. 52, fol. 225 v° ss.)

2 Constantini Germanici ad Justum Sincerum Epistola politica de Pérégrination ibus recte et rite instituendis : in-12, « Cosmopoli » [Genève], s. d.

8 Notifia rerum illustrium hnperii Romano-Germanici : in-8, « Freistadii » [Genève], 1668. Pandecta juris publiai: in-folio, Genève, 1670.

4 Heg. Conseil, ad diem.

LES PROFESSEUMS « HONORAIRES »

la République de Genève1. Nous voyons dans la préface «le ce livre, spécialement destiné aux étudiants qui s’apprêtent à faire leur tour d’ Europe, que l’auteur avait une vue très nette des avantages que la cité du refuge pouvait offrir à ses jeunes compatriotes allemands. 1 1 les engagea séjourner à Genève, au moins pour un semestre, avant de s’en aller en France ou en Italie. « Ils y « acquerront les éléments des langues étrangères (car on peut y prat iquer non « seulement le français, mais I italien et même l’espagnol, qu’on a l’occasion a d’entendre dans certains temples) et pourront y cultiver les nobles exercice ces, l’équitation, les armes, la gymnastique, tout en commença ut ou en con- « tinuant l’étude du droit public et privé et de la science politique. » Lui-même a résolu de s’y fixer pour y jouir de ces avantages, pour y vivre dans le commerce agréable et honorable d’étrangers distingués, studieux de ses leçons, dans la compagnie des lettrés du Conseil et de l’Académie, pour y chercher ce bonheur, fait de piété, de cal me et de considération, que les anciens ont appelé otium eum dignitate .

Fidèle à sa promesse, Oldenburger continua ses publications cl mit en tète son nouveau titre et le nom de Genève. Son volumineux Thésaurus reram publiearum totius orbis , imprimé chez Samuel de Tournes, en 1675, qui rajeunit et compléta les travaux de Conring, porte cette signature : Cura et studio Philippi Andreæ Oldenburgeri Jureconsulti Jurisprudentiæ tant Publient quant Privatæiu Incly ta Genevensi Republie a Pro/'essoris . On y trouve, à son rang, à la suite de l’étude consacrée aux Cantons suisses, un traité détaillé des institutions politiques de la République genevoise. Plus significativement encore, une brochure, également datée de 1675, sur la mort prémalurée d'un jeune prince de la maison de liesse, d«mt les Conseils et la Compagnie avaient porté le deuil durant trois jours, est signée : «Oldenburger, professeur de la République2. »

1 Tructatus juridico-politicus de quatuor Elementis juridice consideralis. Opus omnibus peregrinantibus præcipue Germanis lectu utilissinium pariter ac jucundissimum : in-8, Genève, 1672.

Relativement aux nombreuses prédications, en diverses la ligues, que les étudiants avaient alors l’occasion d’entendre à Genève, Bayle écrit, à la même époque : « Pour l’Eglise, elle y est dans une grande « prospérité. Il y a une si grande abondance d’exercices de piété, qu’un même homme pcul facilement « assister chaque semaine à plus de douze prêches et à quatre prières publiques. On y prêche en trois « langues, en François tous les jours, en Allemand le Mecredi (sic) et le Dimanche, et en Italien le « Jeudi Je me rends assidu à ces dernières prédications pour apprendre un peu cette langue-là. » (Lettre du 21 septembre 1671 , à son père. — Nouvelles lettres , I. 17 s.)

2 Lugubre Monumenlum seveniss. Principis Divi Ueorgii Hassiie t.andgravii ... Geneviea. ltjl.i die

UNIVERSITE ni; GENÈVE.

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l/ ENSEIGNEMENT JURIDIQUE AU XVIIe SIÈCLE

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Dans un ouvrage subséquent, de 1677, on rencont re une quai ificat ion semblable précédée du titre déconseiller, qui avait été conféré à l’auteur, par le prince de W urtemberg-Montbéliard '. Philippe André ( Mdenburger mourut à Genève en 16782.

On l’a remarqué, hauteur des Pandectes du droit publie n’avait point demandé à être chargé de cours et ses attaches avec l’Ecole étaient purement nominales et honorifiques. Tout autre fut la position d’un jurisconsulte qui, lui aussi , devait contribuera soutenir le renom de l’institution : Philippe Reinhard \ i tri a ri us, venu cl Oppenheim dans le Palatinat. Ancien élève de Rôder, à Strasbourg, V itriurius , — c’était son nom de savant et le seul sous lequel i I soit connu , — demanda et obtint la succession de Weguel in .

« S p[ectable] Philippe Reynard Vitriurius du Palatin al du Rhin , licencié en droict. Mons1 le premier Syndic raporte que le S' Vitriarius, qui a soustenu et présidé Disputes publiques de droict en cette ville avec satisfaction des auditeurs, s’estant adressé à luy, luy a fait entendre qu'il desireroit d’estre honoré du titre île Professeur en cette faculté, en la mesme manière que l a esté (-y-devant le Sr W eguelin ; et comme il a de la conoissance et dextérité à enseigner, il estime qu’il y auroit de P utilité publique de luy accorder le titre de Professeur public, ce qu’il raporte au Conseil pour en ordonner ce qu’il luy plaira. Sur quoi opiné, arresté qu’on luy octroyé le litre de Professeur public en droict, pour exercer ladite profession sans gages, pendant le bon plaisir de la Seigneurie, de laquelle il prestera serment céans. Et a l’esgarddu rang qu’il devra prendre on sursoye d’en résoudre jusques à ce que l’on ayt réglé le pas que doyvent avoir aux honneurs et marches publiques les Ministres et envoyés de la Vénérable Compagnie eteepen-

4 ■/uhi pie in Domino defuncto... conscriplum et positnm a sereuiss. Domus /lassan te huiiiillissiino et obser/uentissimo serco Pliilippo Andrea Oldenburger Jureconsulto et Inclytæ Reipublicse Genevensis Professore ; in-4, Genève, 1675. (Br. M. , 11408 /’. 30.1

Gregorio Loti, qui fut témoin des funérailles faites au prince et nous en a conservé le curieux détail, parlant de la brochure ci-dessus, présente l’auteur en ces ternies : « Monsieur Oldenbourg, Pro- « lesseur en droit . personnage fort sçavanl et qui s’est fait, comme il le fait tous les jours, connoître (i au monde par ses ouvrages au bénéfice commun de toute l’Europe. « [Relation de la maladie et de la mort du serénissime prince Georges Land grâce de Hesse-Cassel. décédé à Genève, le Dimanche i juillet 1673. et de ta Pompe funèbre faite pour le Dépost de son corps : in-4, Genève, 1675.)

1 /'racla tas / uridico-politicus de Rebuspublicis turhidis in traru/uillum statuai reducendis. in eor/ue conservandis. Autore Philippe Andrea Oldenhurgero /. C. Consiliaro II Urtemhergico et Juris publiai et privait in Republica Genecensi Professore : in-12, Genève, 1677.

* k Noble Philippe André Oldenburger, Jurisconsulte de Sa Majesté Impériale et de son Altesse sérénissime du W urtemberg, comme aussi professeur en droit de la République de Genève, aagé • de 41 ans, inor I d’un flux hépatique, sa de mou re en la Rue des Chanoines. » ( Reg. des Morts. 21 avril 1678.)

LES PROFESSEURS « HONORAIRES

dant il n’en prendra aucun, saufaux actions académiques, aux(juelles ii marchera après les Professeurs en Philosophie établis avec gages1. »

L’assignation cl’un rang dans les cérémonies académiques, rang que Philippe Oldenburger n’avait point2, montre que le Conseil entrait enfin dans la voie du rétablissement de la profession ordinaire en droit. Vitriarius, ayant très sagement épousé la fille du conseiller Jean Dupuy, fut définitivement installé comme titulaire rétribué en 1677. Sur la requête de son beau-père, il eut six cents florins de traitement et quatorze coupes de blé. L’an d’après, il était reçu bourgeois gratis3.

Ce rétablissement, au budget de la Seigneurie, du crédit affecté à l'entretien d’un professeur de droit donna lieu à diverses décisions relatives à un projet de taxation des étrangers. On en peut lire le curieux détail dans le registre du Conseil.

Le 7 juin 1676, il avait été proposé « d’obliger tous ceux qui viennent en « cette ville demeurer en pension pour apprendre la langue, estudierou faire « leurs exercices, et ceux qui vont servir dans les boutiques des marchands, « à la réserve des compagnons de mestiers, de s immatriculer et de payer cha- « cun un escu blanc, pour une fois, ainsi qu’il se practiqueen quelques lieux4.» Cette résolution étant restée en suspens, par suite sans doute des difficultés auxquelles se heurta la commission chargée d’aviser aux moyens d’exécution, fut remise en délibération, le 16 octobre, avec cette adjonction que le produit de la taxe prévue serait appliqué au paiement des honoraires du professeur de droit et que noble Jean Dupuy, secrétaire d’Etat, serait chargé de vei Iler à la perception.

« Matricule des estrcingers. Sur ce qui a été proposé d’establir une Matricule des Estrangers, comme il se practiqueen plusieurs villes de France etd’AlIemagne, et que tous ceux qui viendront pour estudier en droiet, faire leurs exercices et autres ou pour entrer en service de négoce seront obligez de se faire inscrire et payer chacun un escu blanc pour le droiet de protection, qui seront appliqués au payement des gages du S1 Vitriarius, ey-devant establi Professeur en Droiet honoraire, sur quoy opiné, arresté que tous les estrangers qui viendront en cette

1 Beg. Conseil, 31 mai 1675.

2 On en a la preuve dans la description, faite par Leli, des funérailles du prince de Hesse.

3 Reg. Conseil, 21 décembre 1677 et 10 juin 1678.

4 Reg. Conseil, ad diem.

l’enseignement JURIDIQUE AU XVIIe SIECLE

ville pour y faire séjour ou pension, ou qui entreront en boutique pour le négoce seront obligés de payer chacun un escu blanc pour se faire inscrire sur le livre de Matricule, à la réserve toutesfois de ceux de la plus haute qualité, lesquels on laissera en liberté de s’inscrire et de bailler ce que bon leur semblera, et des estudiants en Théologie et en Philosophie, commettant noble Jean Dupuy, secrétaire d’Estat pour tenir ledit Livre de Matricule et faire faire la dite exaction. Et ce qui en proviendra sera appliqué pour le gage du professeur en Droict, qui est réglé à huict cents florins par an, en tant toutesfois qu’on les pourra retirer de ladite exaction, sans aucunement charger le public, et aux conditions que ledit professeur devra communier avec nous1. »

La bonne volonté du beau-père de Vitriarius fut mise en échec, paraît-il, comme celle des commissaires précédents. Car on trouve de nouveau, à un an de distance, un arrêté analogue. Le principal intéressé eut préféré que la Seigneurie lui établit son gage indépendamment du produit de la taxe matriculaire. Il en fit la demande. On lui répondit en lui promettant deux mille florins au lieu de liuits cents, mais toujours à condition que cette forte somme fût « à prendre sur le dit provenu2. » Tant qu’il ne s’agissait pas de son bud-

1 Reg. Conseil, ad diem.

- Reg. Conseil, 10 sept. 1677 : « Sp[ectable] Philippe Reynard Vitriarius. professeur en droict. Mail tricule des estrangers. Sur ce qui a esté représenté par Monsieur le premier Syndic qu’ayant esté <i trouvé expédient pour bonnes considérations d’establir speclable Philippe Reynard Vitriarius en la « profession du droict et résolu cy-devant céans, pour satisfaire à son gage, d’introduire une Matri- « cule de tous les estrangers qui sejourneroient en cette ville et demeureroient en pension, en laquelle n ils seroyenl obligés de se faire inscrire en entrant dans leur pension et de payer, pour une fois, un « escu blanc entre mains de celuy qui sera commis par la Seigneurie pour recevoir le provenu de « ladite Matricule, et estre fourni de ce audit gage et que, pour faciliter ladite introduction, il avoit « esté résolu en suite que les Rosies et teneurs de pensionnaires serovenl obligés d’avancer ledit escu « blanc à la réception de chacun d iceux pensionnaires, sauf à s’en faire rembourser par eux. Duquel « reiglement la plus grande part de ceux qui tiennent pensionnaires en ayant eu communication s’es- « toyent soussignés en acquiescement sur le livre de ladite matricule: d’où il y auroit sujet de croire « que le provenu seroit plus que suffisant pour le payement dudit gage; et ainsi qu’au lieu d’apposer <( audit establissement cette condition que le payement ne seferoit dudit gage que du provenu de ladite « matricule, le ditspectable Vitriarius, considérant que celte condition ne luy seroit pas honorable, de- « siroit et, en tant que de besoin, supplioit le Conseil, en continuation de l’honneur de sa bienveillance, « en retranchant ladite condition, luy vouloir establir un gage pur et simple convenable à ladite proie fession. De quoy opiné, arresté qu'au lieu des huict cents florins cy devant résolus pour ledit gage <( à prendre sur le provenu de ladite matricule, ou luy establit le gage de deux mille florins pour toutes « choses, à les recevoir dudit provenu qui sera exigé sous l’auctorité publique d’un chacun des te- <i neurs de pensionaires, qui seront contrains au payement dudit escu à forme du reiglement, nonobs- (i tant opposition et à peine d interdiction de tenir des pensionnaires. A quelles fins sera commis par « les Seigneurs de la Chambre des comptes un exacteur pour faire le recouvrement dudit escu et en « faire le raport à la Chambre, de mois en mois, pour sur le provenu estre tirés les mandements dudit « Sr Professeur et jusques à concurrence. En sorte que ledit gage ne soit aucunement à la charge de « la bourse publique, suivant l intention du Conseil, en satisfaisant par ledit Sr Vitriarius à la pro-

LES PROFESSEURS « HONORAIRES

get ordinaire, le Conseil savait faire grand. Malheureusement, au bout de peu de semaines, il fallut reconnaîtreque la taxe en question était « une nouveauté capable de destourner la noblesse de venir demeurer en cette ville. » Et la mesure, étant renvoyée au Conseil des Deux-Cents, fut définitivement écartée. A la suite de quoi la Seigneurie dut s’exécuter et son trésorier inscrivit, avec un soupir, le traitement de Vitriarius dans le grand livre aux émargements 1.

Les cours de droit se donnaient comme par le passé, de même que ceux de philosophie auxquels avaient été joints ceux de belles lettres, dans la chapelle de Saint-Pierre, dite des Macchabées. Ceux deVitriari us eurent lieu à l’origine le matin, de 10 à 1 1 heures, quatre fois par semaine, à raison de trois leçons sur les Institutes et d’une leçon sur les « questions de droit3. » Cette dernière, sorte de conférence d’application, portait sans doute sur les éléments du droit public de l’empire, qui devaient également faire l’objet des leçons particulières du professeur. C’est du moins ce qu’on peut inférer de ce qu’il en a témoigné lui-même, dans la préface de ses Institutiones Juris publici6. Peut-être aussi les «questions» touchaient-elles parfois aux principes de ce droit de la nature et îles gens à l’enseignement duquel l’abréviateur de Grotius devait, plus tard et dans une autre école, se consacrer avec succès?

En 1682, Vitriarius eut l’honneur d’être appelé à Leyde, où il enseigna jusqu’en 1720, date de sa mort. Il eut pour successeur dans l’Université balave son fils Jean-Jacques, bourgeois de Genève, par sa naissance, et qu’on a eu plus d’une fois le tort, pour cette cause, de confondre avec lui-même4.

Après une vacance de quelques années, à la suite de laquelle une invitation fut adressée à ceux des avocats de la ville qui pouvaient prétendre à la chaire à repourvoir, l’enseignement île Vitriarius fut confié à l’un d’eux, Bé-

« messe cy-devant taile de communier avec nous à la S,c Celle et se conformant aux ordres qui se- « ront cslablis par les Seigneurs Scliolarques pour les fonctions de sa charge. Ce qui a esté prononcé « à noble Jean Dupuy. »

1 Reg. Conseil, 17 et 21 décembre 1677. Les gages de Vitriarius furent définitivement fixés à six cents florins et quatorze coupes de blé.

2 Ibid., 25 déc. 1677.

8 « Sunt oclo circiter anni, quod Illusl rissimi quidam, generosi alque eruditi audilorcs Genevæ a « me desiderarunt, ut in usum eorum Institutiones Juris Publici Romano-Germanici, quas familiari « discursu tune proponebam, scriptis comprehenderem. « ( Institutiones juris publici: Francfort-sur- 1 Oder, 1683, 2e éd.. Nuremberg, 1727.)

‘Voir Y Album Sludiosorum Academiiv Lugduno-liatavæ : Leyde, 1875, p. xxi.

l’enseignement JURIDIQUE AU XVIIe SIÈCLE

nigneMussard, docteur ès droits de l’Université de Montpellier, revenu à Genève, son pays d’origine, à la révocation de l’Edit de Nantes. Mais ce dernier dut se contenter du titre de Professeur honoraire et tout d'abord ne reçut pas de traitement1. En 1088, huit cents florins de gages lui sont attribués, « eu « égard qu’il est totalement dénué de moyens de subsistence par l’abandon « qu’il a fait volontairement de son bien à Montpellier où il estoit né et estait bli2. » Toutefois, dès 1691 , on le réduisait à deux cents llorins, nonobstant ses représentations énergiques3. I l est probable qu i 1 avait continué à s'occuper îles affaires de son bureau d’avocat et que cela nuisait à ses leçons. Trois ans plus tard, il s’est décidé : s’étant consacré entièrement à l’Ecole, il présente requête, demandant le rétablissement de son gage en entier. Et non seulement ceci est accordé sans difficulté, mais le premier Syndic est chargé « de faire entendre au spectable modérateur de la vénérable Compagnie des « Pasteurs que le Conseil verroitavec plaisir que ladite vénérable Compagnie « donnast entrée audit spectable Mussard dans son corps pour en être mem- « bre en ce qui regarde les affaires île l’Académie. »

C’était la succession de Jacques Godefroy, tout entière, qu’on voulait rendre ainsi à Bénigne Mussard. Après s’être fait tirer l’oreille pendant quelques mois, la Compagnie dut s’incliner devant la volonté bien arrêtée de Messieurs4.

Bénigne Mussard professa avec son « titre honorable, » auquel il en joignit d’autres, jusqu’à sa mort, survenue en 17*22, c’est-à-dire jusqu’au moment où la réorganisation de l’enseignement juridique fut menée à bien, avec l’aide de Chouet, par Burlamaqui.

Mussard était un juriste de la vieille école française, peu au courant de l'évolution que la science du droit subissait en Allemagne, sous l’influence île la philosophie, mais un esprit distingué, ouvert aux idées généreuses, et moins asservi aux traditions et aux formules qu on ne l’était en général de son temps. C’est l’impression que nous laisse, à défaut de publications connues, le manuscrit de sa leçon inaugurale de 1687 et la série de ses discours de Pro-

1 Keg. Conseil, G sept, et 20 oet. 1686.

àJ Ibid . 10 février 1688.

3 Ibid.. 21 août et 4 sept. 1601

4 Ibid.. 28 juillet, 28 août, 17 sept, et 26 nuv. 1694 et 29 janv. 1695.

LES PROFESSEURS « HONORAIRES

motions dont nous avons eu la bon ne for tu ne de retrouver les brouillons, écri I s de sa main. L’un de ces discours, daté de 1696, présente, chose remarquable pour l’époque, une condamnation suffisamment claire de la question et de la torture, appliquées à l'instruction des procès criminels.

On peut dire que le professorat honoraire avait sauvé de la ruine l'école fondée par Théodore de Bèzeet illustrée par François Hotman, Paeius cl e Beriga et les Godefroy. Il n’est pas sans intérêt de constater l’origine de ce titre. Nulle n’est plus vraiment noble. Il remonte au souvenir glorieux des grands j urisconsultes huguenots qui, par leur seul mérite, par leur seu le valeur intellectuelle, ont maintenu le renom d’une institution que les circonstances matérielles d’une existence toujours menacée condamnaient sans cesse à l’oubli et que leur illustration, en dépit de tout, a faite l’émule des plus fortunées. La survivance île cette école de droit genevoise, qu’aucun texte législatif n’avait établie, qu’aucun Mécène n avait dotée, est un frappant témoignage de I histoire, dans le procès qui s’est ouvert de nos jours entre F individu et F Etat. Et le poids de ce témoignage, il faut le reconnaître, est tout entier dans la balance en faveur de 1 individu.

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Nous avons raconté comment le départ de Casaubon et I att ribution de sa chaire de Grec à un successeur, plusthéologien que philologue, avaientété lunes tes à l'enseignement humaniste don I lé lève de Fra nçois Port us avait maintenu et porté si haut le renom. Pendant le professorat de Gaspard Laurent, les cours dont il était chargé devinrent des cours préparatoires, de même ordre que ceux de philosophie et auxquels les écol iers s i use n vaient au sort ir du collège, avant d'aborder les disciplines supérieures delà théologie ou du droit.

Le programme assigné par les Leqes de Calvin au lecteur en grec prévovait, pour les leçons du matin, l’interprétation de quelque livre de philosophie morale d Aristote, de Platon, de Plutarque, ou d’un auteur chrétien, et pour celles de l’après-midi, la lecture de «quelque poète grec ou quelque « orateur ou historiographe, en un temps d une sorte, et puis de 1 aut re. » Ce programme, interprété toute! abord à un point de vue philologique, fut, à partir des dernières années dn NAT siècle, mis en œuvre très différemment. La part d’enseignement philosophique et historique qu'il comportait absorba de plusen plus le professeur et finit par occuper toute la place. C'est ainsi qu on a vu, l’année de la mort de Bèze, Gaspard Laurent profiter, pour faire l’éloge du défunt, d’une heure qu'il eût, sans cela, consacrée à une leçon de géographie historique. Lu l(M2, nous voyons le lecteur en grec, appelé également « professeur en Philologie, » chargé de lire « la Rhétorique d Hermogenes ou » d Aristote avec quelque autheurgrec et s’accomodant autant que taire se

TRANSFORMATION DES CHAIRES DE GREC ET DE PHILOSOPHIE

« pourra au bien et utilité des escoliers b » En 1616, ce cours de « philologie» est limité aux trois premiers jours delà semaine. Les jeudis et vendredis, le professeur est chargé de « lireen éthique2. » Et ainsi se trouve établi le cours élémentaire de philosophie morale dont une plaquette de Pierre Aubert, « imprimeur de la République et de l’Académie, » nous a conservé le curieux résumé, publié pour la commodité des auditeurs3. C'est de la sorte que, sous Laurent, se fixe et s’établit ce degré intermédiaire de l’enseignement, qui prendra plus tard le nom d’enseignement de philosophie et belles lettres. En réalité c’est aux dépens des ( lasses supérieures du Collège qu'il se constitue. On fait désormais, en entrant à l’Académie, à titre de préparation aux études spéciales, le travail qu’on faisait en première et en seconde. Cet état de choses se trouve consacré, en 1656, par diverses délibérations du Conseil, à teneur desquelles il est décidé que la Profession de Philosophie et des Humanités se fera dorénavant «en Regence, «que les professeurs auront à taire deux leçons par jour et à « tenir les Escholiers en discipline, les faire rendre compte de leurs « absences et négligences, et voir et examiner, de temps en temps, s’ils reçoi- « vent les dictats et s’ils profitent4. »

La conséquence est que l’ancienne tendance des parents à faire admettre leurs enfants aux cours publics, avant qu’ils aient l’âge de les comprendre, se réveille en dépit de la réforme scolaire opérée au XVIe siècle, et qu’on s’arrange defaçon que lesécolierspuissentsortirdu collège à quatorzeans, et même plus jeunes encore, pour leur faire commencer, à un âge ridicule, leurs humanités académiques. Ceci durera pendant tout le X VII1 siècle et au delà. Voici ce que Bayle écrit à son frère en 1672, afin de lui expliquer pourquoi, étant venu à Genève comme précepteur, il n’a pas voulu de la place de régent de seconde qu’on lui offrait. Qu’on se souvienne que, cent ans auparavant, cette place avait été celle d’un Andrew Melville et l’on mesurera la chute du collège de Calvin :

« Il est vrai que je trouvai, à mon avènement en cette ville, une place de Régent de Seconde, vaquante depuis quelque teins, à laquelle MM. les Professeurs m’of-

1 Reg. Comp. , 15 mai 1612. — On a vu que Laurent publia une traduction d’Hermogène en 1614.

2 Reg. Comp., 21 juin 1616.

8 Diagramma Virtutum. — Gaspar Laurentius Professor Genevæ propanit hoc Diagramma Virtutum Auditoribus suis in Morali Philosophia. cujus explicationem dédit in sua totius Ethicæ Synopsi : in-8, Genève. — « Excudebat Petrus Aubertus. Reipublicæ et Academiæ Typographus. Anno mdcxxvii. Superiorum permissu, et privilégia. » ( B i b 1 . de M. Théophile Dufour.)

4 Reg. Conseil, 14 et 26 janvier, 8 juin 1656

l’enseignement préparatoire

frirent de me promouvoir, si le cœur m’en disoit : mais il est vrai aussi que je vis tant de peine inséparable de cette Charge, et si peu d’honneur, que je ne jugeai pas qu’il falût pour si peu de chose s’immoler au mépris public. En effet le Collège de cette ville est très mal agencé quant aux Classes, soit par l’incapacité des Régens, soit par les mauvaises coutumes, qui s’y sont glissées peu à peu, de sorte qu’un Régent de Première n’a que des garçons de 12 à 13 ans, qui à peine savent trois mots de latin; et par cette manie dont on se pique ici d’avoir des enfans qui sortent encore bien jeunes du Collège, il arrive que M. le Régent en Rhétorique, pour toutes belles déclamations, et beaux traits d’humanité, est quelquefois contraint de s’enfoncer tout de son long dans les règles des prétérits et supins, et se donner à dos et à ventre de quelque ridicule précepte de Clénard et d’Antesignan Jugez par là ce que peut être un Régent de Seconde. Mais ce n’est pas là tout le mal; le pis est qu’on traite ce genre d’hommes comme les véritables antipodes du vrai mérite, et que les railleurs sont perpétuellement déchaînés contre eux, si bien qu’il faut avoir les dents de Saturne pour dévorer cette pierre, et moi je l’avoue, je ne suis pas d’humeur, ni de complexion à cela. Ce n’est pas que je sois extrêmement avide de l’approbation d’autrui, au contraire, je me munis tous les jours de la maxime d’Horace tnea virtute me involvo : mais c’est qu’il est bien fâcheux de se faire mépriser à crédit1 2. »

C’est ainsi que la déchéance relative de l’enseignement supérieur des lettres avait pesé sur le Collège lui-même. Rien ne démontre plus clairement l’étroite connexité de tous les degrés d’un système d instruction publique. Rien n’établit mieux surtout que l influence y procède ti en haut et que, lorsqu’un pays tient au niveau de son instruction secondaire et primaire, il doit commencer par veiller avec un soin jaloux au recrutement du personnel dont dépend la valeur de ses universités.

En 1(533, Laurent, affaibli par l’âge3, eut pour successeur un professeur de philosophie, Jean-Rodolphe Fabri, lequel, sans rétribution spéciale, enseignait aux étudiants « la mathématique» et dut continuer l’enseignement bénévole auquel il devait sa nomination, à côté de celui que cette promotion comportait.

Après la mort de Fabri, survenue en 1638, et une vacance de près d’une année, la chaire fut occupée quelque temps par un théologien, le fameux

1 Auteurs de mammaires grecques eu usage au XVIIe siècle, avant celle de Gérard Yossius.

2 Nouvelles lettres de M. P. Bayle. Professeur en Philosophie et en Histoire à Rotterdam : La Haye, 1739, I, 72 s. Le témoignage de Bayle sur l'Age auquel on sortait du Collège de Genève, à la fin du X\ IIe siècle, est corroboré par les assertions les plus officielles. ( Reg. Conseil, 19 fév. 1689 etc.)

3 II mourut, chargé d’années, en 1636.

TRANSFORMATION UES CHAIRES DE GREC ET DE PHILOSOPHIE

Alexandre' Morus et, en 1643, elle échut à un docteur en médecine, K lien ne Le Clerc, frère de David Le Clerc, l liébraïsant, alors recteur en charge.

Etienne Le Clerc, qui donna une édition latine des principaux ouvrages attribués à Hippocrate, lit carrière dans le gouvernement de la République. C’est le père du célèbre publiciste Jean Le Clerc, le plus connu de la famille. Arrivé au Petit Conseil en 1662, il renonça à son enseignement, lequel demeura, semble-t-il, en. souffrance pendant sept années, jusqu’au moment où il lut réorganisé et confié à Jean-Jacques Sartoris (1669).

Pendant que le niveau des études grecques proprement dites fléchissait de la sorte, sous les yeux d’une génération qui perdait peu à peu jusqu’au souvenir des nobles conquêtes de la Renaissance, l’enseignement autrefois dévolu au lecteur ès arts ne restait pas non plus à la hauteur où l avait jadis élevé Scaliger. Il devenait également une discipline purement préparatoire, intermédiaire entre le degré classique du Collège et les degrés supérieurs de 1 Académie. Cependant, à ce titre, il acquérait une importance nouvelle, à la suite du dédoublement de la chaire.

On a vu qu’en 1594 ce dédoublement avait été le résultat d’un concours de circonstances fortuites et d’un conflit de candidatures. Esaïe Colladon, un homme de sciences exactes, patronné par Messieurs, ayant été élu professeur titulaire, Etienne Trembley, un pasteur chargé temporairement de la suppléance et candidat de la Compagnie, avait obtenu, à titre de dédommagement, Renseignement de la logique, tandis que son concurrent, préféré par la Seigneurie, conservait celui des sciences physiques et mathématiques. Cette répartition de la tâche d’enseigner ce qui constituait alors les deux branches fondamentales de la philosophie perdit sa raison contingente au moment où Trembley eut l’honneur d’être appelé à Lausanne et, plus tard, lorsque Pacius, en faveur duquel on la lit revivre en 1596, quitta Genève pour Nîmes. Le système de la spécialisation des enseignements, si favorable au progrès scientifique, n’avait point encore été envisagé, comme tel, par l’autorité scolaire et par suite ne survécut pas. On trouve bien, en 1 606, u n nou vel enseignement de logique annexé à celui de Colladon et confié à François de Bons, le professeur d’Institutes L Mais ce cours est bientôt coordonné par le ti tulaire à un

1 Reg. Comp., lo el 24 oct. 1606. Reg. Conseil, 25 oel. 1606.

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