‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 138 sur 213 · L ENS E ION E M E N T P H K P A H A T O I H E · texte numérisé non relu

L ENS E ION E M E N T P H K P A H A T O I H E

cours de physique, qu’il donne également, et le résultat est le dédoublement, à un point de vue surtout administratif, de la chaire de philosophie, chacun de ceux qui, pour la commodité des étudiants, en reçoivent la charge, donnant pour son compte, en deux ans, la totalité de l’enseignement.

24 février 1609. « Ad visé — (pie Mr le Recteur communique avec Messrs les Professeurs Golladon et Debon s'il y auroit moyen qu’ils puissent faire un cours en logique et physique en deux ans, que vendredi prochain Monsr le Recteur le rapportera à la Compagnie pour en résoudre. »

« Messrs les Professeurs Colladon et Debon ont représenté (pie de deux

ans en deux ans ils font le cours en Physique et en Logique1. »

Après la mort de Colladon, on décida de nommer toujours à l’avenir deux professeurs titulaires de philosophie. Le dédoublement, jusqu’alors provisoire, de la chaire fut désormais définitivement consacré. Le secrétaire du Conseil rapporte, comme suit, les motifs de la mesure :

25 mai 1612. « Sp[ectables] Ministres. Speetables Simon Goulart et Gabriel Cusin, envoyez de la part desdits speetables ministres, ont dict avoir charge de remonstrer... concernant l’Escholle publique, en laquelle ils voyent estre impossible qu’un seul Professeur fasse bien la Profession entière de Philosophie : que neantmoins il est très requis et necessaire pour tous estudiants et particulièrement pour les escholiers en Théologie que le cours complet de ladite Philosophie, c’est à dire de l’Ethique, logique, physique et métaphysique se fasse en un an; que à ces lins il est besoin qu’il y aytdeux professeurs qui fassent chacun ledit cours entier sans interruption, commençant l'un parla logique, l'autre parla physique, pour la commodité des escholiers qui arrivent de temps en temps : mesines lesdicts speetables ministres desireroyent que aucun escholier ne fust receu à proposer en Théologie, qui n’eust attestation d’avoir fait le cours entier en philosophie... Sur quoy estant délibéré, Messeigneurs ont trouvé bon ledit advis, que doresenavant il y ayt en l’Eschole publique deux Philosophes qui facent le cours entier en philosophie sans interruption2. »

Les deux t itulaires chargés du cours, en vertu de cet arrêté, furent de Bons et Gaspard Alexius, que nous avons vus professer déjà, I un le droit, l’autre la théologie. François de Bons, auquel on avait retiré, dès la rentrée de 161 1, son cours d'Institutes pour le charger uniquement de la philosophie, qu il avait

1 Reg. Comp., ad die ni.

2 Reg. Conseil, ad dieni.

TRANSFORMATION DES CHAIRES DE GREC ET DE PHILOSOPHIE

jadis enseignée avec distinction à Nîmes, devint à cette date membre de la Compagnie dont il avait été exclu jusqu’alors, vu sa condition de juriste1. 11 n’en fit partie que peu d’années. Etant mort en 1614, il fut remplacé d’abord, en 1615, temporairement, par Dauphin de Chapeaurouge, médecin de l’Hôpital et de la Bourse Française et membre du Conseil des Deux-Cents2, puis, en 1616, par le Bâ loi s Jean Steclc ( Steckius ), ancien professeur aux Académies de Die et de Lausanne, et qui avait été demandé à Messieurs de Berne, à la requête île la Compagnie.

Afin de faciliter le stage de préparation à la théologie, les cours des deux professeurs de philosophie durent bientôt être donnés, non plus parallèlement, mais alternativement, de façon que l’un et l’autre pussent être suivis par les étudiants en une année.

« Messieurs Alexius et Stekius liront alternativement, l’un la logique, l’autre la physique, et ainsi feront le cours en philosophie conjoinctement dans un an : pour à quoy parvenir Mr Alexius fera 4 leçons par chascune sepmaine et en quinzaine un presche de dimanche au soir à S‘-Gervais; et à son tour présidera aux disputes tant de théologie que de philosophie qui se feront chasque sepmaine. Et M1' Stekius fera cinq leçons chascune sepmaine comme n’ayant autre charge et présidera à son tour aux disputes de philosophie3. »

En 1623, le Conseil fit une tentative pour rendre cette préparation plus complète, en doublant le nombre îles heures de cours et en portant le stage à deux ans :

1 Reg. Cornp., 31 oci. 1606 : « Pour autant que Lundi dernier nostre frère M. Tronchin avec M. de « Bons lurent receus et près lurent serment devant Messieurs, l’un pour la profession hcbra icque, I au I- « ire pour la profession du droit. Et l’ordre et coustume a lousjours porté que le professeur hcbrieu « lust du corps de la Compagnie. Advisé que ledit Sr Tronchin y soit appelé et receu d’aujourd'hui « en 8 jours. Mais d’autant que le Sr de Bons vacque principalement à la profession des Loys et tels « professeurs n’ont jusques à présent heu entrée en la Compagnie : Advisé que pour cesle heure on « n’innovera rien, nonobstant les louables qualité/, qui sont en luy. »

Reg. Conseil, 8 oct. 1611 : « Spectables Goula rl et Tronchin, de la part des ministres, représentent « que hier, avec les Srs Schol arques, ils ad visèrent , en la profession de la philosophie, que M r de Bons « est content d’y vaquer, mais requiert trois choses : 1 ° que, quand on remettra un I nslitutaire, sa place « lui soit gardée, la seconde qu’il ait un adjoint en la philosophie*, la troisième qu’il soit logé un peu « plus au large et un peu avantagé pour les gages. Arresté de donner au Sr de Bons 100 florins par « an d’allocation extraordinaire et un char de vin, luy reservant sa place d’Instilulaire. »

2 Reg. Comp., 13 janvier, 7 avril, 2, 16 et 25 juin, 21 et 29 juillet 1615.

3 Iliid.. 2 1 juin 1616.

* Esaïe Collation était mort le 18 juillet.

L ENSEIGNEMENT PREPARATOIRE

« Professeurs en philosophie. Sur ce qui a eslé remonstré par plusieurs seigneurs qu’en loutes les Universités de France les Professeurs en Philosophie ont accoustumé de faire deux leçons par jour chacun, afin que les escoliers puissent achever en deux ans le cours de Philosophie, et (pic Messe igné urs en ont esté priez de la part de plusieurs Eglises, afin que leurs escoliers sortent tant plus propres pour estre reeeus au saint ministère : A esté arresté qu’il soit enjoinct auxdits Professeurs en Philosophie de faire chacun deux leçons par jour et de parachever tout le cours de Philosophie en deux ans1. »

Cet arrêté se heurta à l’opposition des professeurs et de la Compagnie et n’eut pas de suite2. Ce n’est qu’au siècle suivant que le cycle des études préparatoires devait comprendre deux années.

En l() 17, Steck ayant reçu de Berne un brevet de Commissaire général d Extentes, dans le Pays de Vaud, fut remplacé par Abel de la Boche, qui joignit bientôt à sa charge de professeur celle de principal du Collège3.

De I (5 1 7 à 1 (523, Alexius, demandé par I Eglise des Grisons, s’en lut dans sa patrie. Il eut pour successeur, en 1(518, l'Allemand Yedel, arrivé I année précédente 4.

Nicolas Vedel était né en I 59(5 à I legenhausen (Palatinat), où son père était pasteur. Il était gradué en philosophie de 11 niversité d Heidelberg. Son professorat à Genève, durant lequel il lit ses études de théologie, est marqué par d assez nombreuses publications, notamment une édition de Saint Ignace <t\ I nlioche ( I (123), u ne étude sur X Episcopat de saint Pierre ( 1(124), trois livres sur 1. 1 .p plie at ion des principes de la raison et de la philosophie à la controverse théologifjue (1(728), un « Remède contre l apostasie » ( 1(528), et un « Saint-Hi-

1 lie g. Conseil , 20 a où 1 1623. — Texte publié par M. Eugène Ri lier , dans une notice sur un professeur du X V I Ie siècle, dont le nom a été omis dans le tableau d ressé par les éditeurs du Livre du Recteur. Cette notice a paru dans la Tribune de Genève du 28 juillet 1884, sous le litre: Les noces d'un principal du Collège.

2 Reg. Comp., 3 sept. 1623.

3 On peut lire dans la notice précitée de M. le professeur Eugène Rilter tout ce qu il a retrouvé dans les registres du Conseil et de la Compagnie concernant Abel de la Roche, très inconnu jusqu à lui. Le patient chercheur attire l’attention sur la confusion qui a régné si longtemps au sujet des divers titulaires de l’enseignement philosophique à l’époque qui nous occupe. Le professeur Auguste Bouvier, dans son mémoire historique de 1878, plaçait le dédoublement de la chaire en 1631. M. Eugène Rilter lui lit observer son erreur et fixa 1616. On vient de voir qu il est possible de remonter plus haut.

4 « Nicolaus Vuedelius Archipalatinus Germanus phil. et arlium mag. 9 uov. 1617. » [Livre du Recteur. p. 84.) « Spectables Benedict Turretin et Abraham Dupan ont présenté le Sr 4\ edelius, lequel a « esté retenu professeur en philosophie enceste eschole, pour recepvoir d iceluy le serment ordonné, « lequel il a presté. » (Reg. Conseil, 10 août 1618.)

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Inire, ou antidote contre lu tristesse » (1630). Choisi comme pasteur de l’église nouvellement fondée du Petit-Saconnex en 1 62 1 , puis nommé en ville ( 1628), il eut l’honneur d’être appelé, comme professeur de théologie, à Deventer, deux ans plus tard. Par son mariage avec Marie de Bary, il était le beau-frère de Jean Steinberg '.

Revenu après six,ans d absence, Alexius rentra, à la suite de la mort d’Abel de la Roche et d’une reélection, dans la chaire de professeur qu’il avait quittée pour l’exercice du saint ministèreet eut ainsi, pendant quelque temps, pour collègue Vedel. En 1626, année de son décès, Frédéric Spanheim lui succéda, pour être bientôt promu, comme on sait, à la chaire île théologie de BénédictTurrettin ( 1 63 1 ). Vedel étant parti pour Deventer, en 1 630, les chaires vacantes de philosophiefurentoccupéessuccessivement par Jean Du Pan et Paul Bacuet.Le premier, fils du ministre Abraham Du Pan, devint membre du Petit Conseil en 1650. Le second, un théologien, ancien étudiant de l’Université de Râle, reçu pasteur en ville en 1632, demanda d’être déchargé de son enseignement, au bout de dix ans de professorat, afin de se consacrer tout entier à une paroisse (1641). Peu goûté, semble-t-il, des étudiants, il lut remplacé par Philippe Mestrezat, débutant, comme avant lui Morus et Frédéric Spanheim, dans une chaire secondaire, a vant de parvenir à la situation dominante et recherchée de professeur en théologie. Appelé à succéder à Morus en 1649, Mestrezat céda la place au pasteur Jean-François Mermilliod, qui s’y était présenté jadis en même temps que lui et ne devait l’occuper que trois ans seulement; c’est pour cette cause peut-être que ce dernier a été oublié dans le tableau dressé par le professeur Auguste Bouvier2.

Le champ de l’enseignement que se partageaient les litulai res embrassait, comme on peut le constater d’après le programme heureusement conservé

1 II mourut en 1642, a Franeker, où il avait été appelé, de Deventer, en 1639. On trouvera sa biographie dans le grand ouvrage de H ce les , J1’ ries Uni cl s Hoogcschool en het Iti/ks .Itlienæiiin te Franeker ; Leeuwarden, 1878-89, Il (1879), p. 168 ss.

2 M. Eugène Rilter a relevé celle omission dans une note consacrée au nom de famille genevois illustré, de notre temps, par un prince de l’Eglise. On trouvera cette note dans la Tribune de Genève du 28 octobre 1887. Elle contient ce qu’on sait du pasteur et professeur Jean -François Mermilliod. Nous pouvons y a jouter, pour l'édification des bibliophiles, que l’éloge funèbre composé par son élève, Jean Sarasin, éloge mentionné par Senebier et dont M. Ritler n’a pu retrouver un seul exemplaire, est conserve* a la Bibliothèque du British Muséum (11408 f. 23). Cet éloge funèbre ne fut pas prononcé publiquement aux funérailles. C’était, nous l’avons montré, contraire aux usages et Sarasin dutse contenter de lire, on de dire, son discours à l’Auditoire de philosophie.

L ENSEIGNEMENT PREPARATOIRE

des épreuves imposées à Abel de la Hoche, en 1617 : la logique d’Aristote, la physique d’Aristote, la géométrie d’Euclide, enfin la sphère, c’est-à-dire ce qu’on savait d’astronomie et de géographie physique '.

1 1 arrivait cependant (pi on négligeât Euclide et la sphère au profit du toujours régnant Aristote. En 1632, on voit Jean-Rodolphe Fabri s'offrir à faire gratuitement des leçons de Mathématique. Le secrétaire du Conseil constate que cet enseignement est, au dire des ministres, « utile pour le public et at- « tirer des estrangers, estant une profession en laquelle plusieurs personnes « s’adonnent. » Cette considération fait accepter l’offre deservices et l’on promet à Fabri, à défaut de gages, une chaire ordinaire de Grec ou de Philosophie, à la première vacance. M essieu rs, toujours pratiques et ménagers des deniers publics, s’assurent en même temps qu'il continuera à donner son cours de Mathématique, à litre supplémentaire, et sans rétribution, quel que doive être l’enseignement qui sera son partage en vertu de cette convention singulière1 2. C’est ce qui arriva en effet en 1633, année où nous avons relaté sa promotion à la chaire de Grec. Ce cours spécial de mathématique, ainsi brocanté par la Seigneurie et qui prit fin à la mort de Fabri, n’en fut pas moins le précurseur d une création de chaire et d’un enseignement célèbre, celui d’Etienne Jalabert, au début du XVIIIe siècle3.

L’entrée de Jean Du Pan au PetitConseil et la vacance qui en résulta furent l’occasion d’une autre accession, également importante, au groupe des disciplines préparatoires. La Compagnie, ayant reçu de I lollande la nouvelle de la mort prématurée de Frédéric Spanheim, décida d écrire au Synode des Pays- Bas des lettres de condoléance, et fit offrira son fils aîné la chaire de Du Pan. Ezéchiel Spanheim, né à Genève en 1629, avaitfait toutes ses études à l’Université de Leyde, où il avait suivi son père. Il commençait à se faire connaître à son tour dans le monde des lettres, sous le patronage de son maître Saumaise. La démarche si flatteuse pour le jeune théologien, qui venait à peine d’être consacré au saint ministère, fut accueillie avec reconnaissance. Span-

1 Reg. Conip., 21 fév. 1617. Voir Eugène Rilter, /. c.

2 Reg. Conseil, 29 août et 10 déc. 1632.

3 Nous devons noter qu’en 1689 le Conseil donne au pasteur Samuel Bernard l’autorisation de faire des exercices publics de Mathématique, dans l’Auditoire de Philosophie, « sans aucune conséquence « pour l’attribution de privilège, de tiltre, ny de gage. » (Reg. Conseil, 16 mars 1689.)

TRANSFORMATION DES CHAIRES DE GREC ET DE PHILOSOPHIE

lieim fît savoir qu’il viendrait à Genève dans l’année. 11 ajoute cependant dans « sa lettre que, bien qu'il estime la profession qu'on lui offre fort honorable, puis « qui la pour principal but l’étude aux langues et éloquence, il desire continuer « principalement ladite profession, sans embrasser celle de Philosophie1. » Sitôt arrivé en effet, il demanda l’autorisation de «faire quelques exercices en oratoire soubs le bon vouloir du Conseil 2 » et, dès le mois de janvier 1651, reçut le titre de « Professeur en Eloquence» et fut agrégé, comme tel, à la Compagnie. Non rétribuée à l’origine, cette profession extraordinaire le fut à partir de la fin de l’année, à raison de « moitié gage » et, à dater du 20 juillet 1 652, au même taux que les autres. 3

D’après les termes dans lesquels cette création fut demandée au Conseil, on voit que Spanheim enseignait non seulement en éloquence, mais encore « en histoire, » discipline introduite depuis quelque temps déjà dans l’Académie par David Le Clerc, cpii l’avait jointe, ainsi que nous l’avons rapporté, à son enseignement d’hébreu.

Le nouveau professeur continua ses leçons jusqu’en 1656, année où , ayant obtenu trois mois pour s’en aller en Hollande, il fut à cette occasion chargé par Messieurs d’une mission diplomatique auprès des Etats-Généraux. L’ambassade, destinée, comme tant d’autres, à provoquer un envoi de subsides, réussit assez bien. Mais l’ambassadeur en revint décidé à quitter Genève. L’électeur palatin, Charles-Louis, lui avait proposé les fonctions de gouverneur de son fils. Il demanda son congé à la Seigneurie4 et dès lors fit carrière dans les cours. Le droit public l’attirait et la diplomatie le retint. Tour à tour envoyé du comte palatin, puis de l’électeur de Brandebourg auprès de divers gouvernements, il mourut en 1710, baron et ambassadeur à Londres du roi de Prusse. La biographie du diplomate et de l’homme d’Etat est connue. Celle du lettré mériterait d’être écrite avec quelque détail. Dans son Histoire delà littérature française àl étranger , André Sayousa relevé à juste titre l’influence exercée sur le développement intellectuel de l’Allemagne par celui qui fut un des principaux fondateurs de l’Académie de Berlin.

1 Reg. Conseil, 6 mars 1650.

2 Ibid., 4 et 7 sept. 1650.

s Ibid., 8 et 11 janvier, 18 nov. 1651 et 20 juillet 1652.

4 Ibid , 12 novembre 1656.

L ENSEIGNEMENT PREPARATOIRE

La chaire d’Elôquence ne survécut pas au départ de son titulaire. Déjà deux ans auparavant, en septembre L654, elle avait été attaquée au Conseil des Deux-Cents comme dispendieuse et sauvée seulement par l’intervention du Petit Conseil. La chaire de Grec avait couru la même aventure L Ceci explique pourquoi la première ne fut pas repourvue et comment la seconde, après la nomination d’Etienne Le Clerc à une charge de conseiller, resta sept ans sans titulaire. Lorsque le pasteur Jean-Jacques Sartoris fut enfin désigné, en 1669, pour être mis en possession de la succession en déshérence, il eut le titre de « Professeur en Grec et en Belles-lettres » et recueillit tout ensemble, ([liant au programme qui lui fut imposé, l’héritage d’Etienne Le Clerc et celui d’Ezéchiel Spanheim. Les Archives de la Compagnie des Pasteurs possèdent une copie manuscrite du projet de règlement relatif aux fonctions du titulaire de la chaire de Grec, qui fut présenté au Conseil et adopté, en juin 1669. C'est, à l’état rudimentaire, le programme d’une Faculté des lettres. L apport du second Spanheim y est facile à reconnaître et à distinguer des données fournies par la tradition calvinienne.

« Projet des fonctions du Professeur Grec, veu et approuvé en Conseil

le 21 Juin 1669.»

« Les fonctions du Professeur Grec regardent : 1° les jours et les heures auxquelles il doit lire; 2° les choses qu’il doit enseigner ; 3° la manière d’enseigner.»

« 1. Pour les jours, ils sont le Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi et Vendredi, et chaque jour deux heures, l’une le matin en public et l’autre l’après disné en particulier, excepté le Jeudi qu’il ne fera qu’un exercice1 2. »

« IL Ce qu’il doit enseigner, c’est le Grec, la Morale, l’Oratoire et en général les belles lettres. »

« III. La manière d’enseigner comprend : 1) les auteurs qui doivent être leus; 2) les jours et heures auxquels ils seront leus. Les auteurs, pour le Grec, seront un poète et un historien, pour la Morale, Y idée de Burgersdyck 3, pour l’Oratoire, la Rhétorique de Vossius4, ou quelques harangues choisies de Cicéron. Pour le reste

1 Reg. Conseil, 1, 4 et 6 sept. 1654.

2 Les expressions en public et en particulier correspondent aux deux modes d’enseignement usités « en belles-lettres » : le cours universitaire et la leçon, donnée « en régence, » comme au Collège.

3 Burgersdicius (professeur à Saumur, puis à Leyde), Idea philosophise moralis ; Leyde, 1644.

4 Gérard-Jean Vossius (professeur à Leyde), Rhetoriccs contractas siee Partitionum orationum Libri V. La troisième édition, datée de Leyde 1640, qu’on trouve, ainsi que celle de Saumur (1677), à la Bibliothèque de Genève, est une édition scolaire, « ex decrelo 111. ac Pot. Hollandiæ et eslfrisiæ DD. Ordinum in usum Scholarum ejusdem Provinciæ. »

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TRANSFORMATION DES CHAIRES DE GREC ET DE PHILOSOPHIE

des belles lettres, il choisira quelque poète ou un historien latin, selon qu’il verra estre pour l’avancement des Escholiers. »

« Pour les jours et les heures on peut les partager en diverses façons :

I. Lundi et Mardi : en public et en particulier, lire les auteurs grecs.

Mercredi et Vendredi : en public, Rhétorique de Vossius ou Cicéron.

» en particulier, quelque poète ou historien latin.

Le Jeudi : la Morale.

« Ou bien les jours et les heures peuvent être distribués de la sorte :

IL Le Lundi : lire en grec, en public et en particulier.

Le Mardi et Mercredi : en public, Vossius ou Cicéron.

» en particulier, quelque historien ou poète latin.

Le Jeudi et Vendredi : la Morale1.»

Sartoris n’occupa que cinq ans la chaire de Grec et de Belles-lettres. Le principal autcu r qu’il expliquait à ses étudiants était I lomère. Nous savons qu il donnait, à l’usage des proposants, des leçons particulières fort suivies sur les textes du Nouveau Testament2. Etant mort en 1674, il fut remplacé, l’année suivante, par Vincent Mi nutoli. Cedernier, ancien pastcuràMiddelbourg, était connu par diverses publications historiques et devait l’être plus encore parla correspondance active qu’il entretint avec Bayle.

Minutolidutajouter au programme ci-dessus l’enseignement delhistoire « ecclésiastique et profane3. » Il commença en 1693 la publication d’un recueil périodique international, les Dépêches du Parnasse ou Gazette des savants, destinées à faire suite à la fameuse Bibliothèque universelle et historique qu’un autre Genevois, Jean Le Clerc, avait publiée à Amsterdam, de 1686 jusqu’à cette date, à l imitation de Bayle et de ses Nouvelles de la République des

1 Archives de la Compagnie des Pasteurs, F. 2, pièce 2.

2 Bayle, Nouvelles Lettres. I, 31 ss.

3 Reg. Conseil, 23 fév. 1675 — Nous avons dit que David Le Clerc avait déjà inauguré jadis en une certaine mesure cet enseignement, au moins en ce qui concernait Ihistoire ancienne. (Voir, plus haut, p. 365.) L’histoire avait également été l’objet de cours libres, en 1660, comme le prouve l’arrêté suivant du Conseil, daté du 8 juin 1660: « Michel delà Grange Moreau, voue sa requesle aux lins d’est re « receu au nombre des bourgeois avec ses deux lils , gratis, sous les o lires de faire des exercices publics en « Histoire, Géographie ou Morale, sans gage, et en considération de la lettre de recommandation à « nous escrilte en sa faveur par Madame la Mareschalle de Turenne, en datte du 22 mai dernier, de « laquelle il a été domestique. » La même année, sur la recommandation de Buxtorf, de Bâle, la Compagnie avait autorisé Philippe Jacques Spener, alors en séjour à Genève, à donner à la noblesse allemande des leçons de généalogie, de géométrie et de géographie, sous la permission de Messieurs, laquelle permission lui avait été accordée « à condition qu’il n’enseigne pas ce qui est enseigné en public dans ccste Académie. » (Reg. Conseil, 8 juin et Reg. Comp., 24 août 1660.)

l’eNSEI G N E M E NT PR É P A R A T O I R E

Lettres. La Gazette des savants ne dura pas, mais son éditeur, que nous retrouverons, au XVIIIe siècle, bibliothécaire de l’Académie de Genève et toujours professeur, vécut jusqu’en I 709 h

La chaire de Philosophie de Jean Du Pan, n’ayant point été occupée par celui qu’on avait appelé de Leydeà cet effet, fut offerte, comme nous l’avons vu antérieurement, à François Turrettini. Sur son refus, elle fut partagée, après un examen qui donna lieu à d’assez longs débats, entre un Genevois, Daniel Puerari , candidat de la Compagnie, et un Allemand, Jean-Melchior Steinberg, candidat du Conseil. Ce dernier, né à Genève, en 1625, était le fi ls de Jean Steinbcrg, le jurisconsulte, et de Catherine de Bary. Il était docteur en philosophie de l’Université de Groningue. Le procès-verbal de cette double nomination est suggestif à bien des points de vue.

5 octobre 1650. « Profession en philosophie. Spectables Etienne Girard et Philippe Mes trezat, étant entrez, ont représenté que la Vénérable Compagnie après avoir entendu les exercices faits par les SS. Puerari et Steinberg pour la profession en Philosophie a procédé à l'élection, laquelle est tombée sur ledit Sr Daniel Puerari, la Compagnie ayant eu des raisons pour jeter les yeux sur sa personne et l’appréhension de trouver des personnes cpii enseignent la Philosophie d'une nouvelle manière, contre les principes d’Aristote, les maximes duquel on a toujours suivi dans cette Académie, comme étant les plus saines et les moins dangereuses pour la théologie : que le dit Sr Puerari aiant été sous de bons Docteurs a donné des preuves du progrès qu'il a fait sous eux, qu’étant des nostres, il a de la netteté dans sa diction, de la facilité à enseigner, qu’il entend bien la langue grecque et donne espérance de faire du fruit il a ns la Profession dont il s’agit : à quoi le dit Sp. Mestrezat a ajouté que la Compagnie n’avoit remarqué, aux exercices du dit Sp. Steinberg, aucune marque d’hétérodoxie. Ensuite les parens du S1 Puerari aiant donné liberté2, et étant opiné tant à haute voix qu’à l’oreille du secrétaire sur son élection, il a été omis. Et cependant, ayant été proposé un expédient pour ne pas rebuter un jeune homme citoyen, qui a de très beaux dons et est de bonne espérance, qui est de le recevoir Professeur, conjointement avec le Sr Steinberg, à la charge qu’ils n’auront que moitié gage chacun, le dit expédient a été approuvé, à condition qu’ils n’enseigneront aucunes opinions nouvelles3. »

1 Pendant le professoral de Minuloli, Samuel Chappuseau, l’ancien précepteur du futur roi d’Angleterre Guillaume III, voulut annoncer un cours public d histoire et de géographie. Il en avait obtenu l’autorisation du Conseil, lorsque Minuloli et ses collègues formèrent opposition à cette concurrence. Chappuseau n’eut que le droit « d enseigner les dites sciences en particulier. » ( Reg. Conseil , 31 oct . 1681 . j

2 S’étant retirés.

3 Reg. Conseil, ad diem.

TRANSFORMATION DES CHAIRES DE GREC ET DE PHILOSOPHIE

Les deux professeurs ainsi nommés, à demi-gage et à condition de n’avoir aucune idée personnelle sur le sujet de leur enseignement, virent au bout de deux ans leur situation améliorée quant au premier point. A la mort de Mermilliocl, l’enseignement disponible, ainsi que le traitement affecté à la chaire du défunt, leur fut réparti, à la charge de faire « la logique et la physique alternativement, et chacun cinq leçons et une dispute par semaine1. »

Pendant son professorat, qui dura près de quarante années, Puerari eut l'occasion de composer un certain nombre de harangues académiques et de rédiger une dizaine de dissertations de physique, dont Senebier nous a conservé le catalogue. Le titre d’« ouvrages » que ce dernier leur donne nous paraît aujourd’hui un peu bien décoratif, quoique l’auteur de Y Histoire littéraire ait retrouvé dans l’une d’elles, intitulée Dissertatio physica de formis, « l’idée des Molécules organiques deM. deBuffon. »

Puerari était médecin et paraît s’être occupé surtout de la pratique de son art. Sa clientèle l’absorbait à ce point que, dans la suite, lorsqu’il eut l’honneur d’être élu aux fonctions de recteur, Messieurs y virent une raison de s’opposer au choix de la Compagnie2. Jean-Melchior Steinberg, sur la valeur duquel le Conseil ne s'était point trompé, reçut, quelques années après sa nomination, un appel du comte Louis-Henri de Nassau et se rendit à l’Académie d’Herborn, en qualité de professeur en théologie, dès le commencement de l’année 1 6563. On lui donna pour successeur un péripatéticien de bonne marque, Gaspard Wyss, dont le père, ancien précepteur dans la famille de Werdmiiller et professeur de Grec à Zurich, avait autrefois reçu la bourgeoisie de Genève.

Gaspard Wyss était connu par de nombreuses publications et soutenances de thèses et, à côté de ses fonctions académiques, remplit également, de

1 Reg. Conseil, 23 juin 1652.

Reg. Comp. , 22 mars 1672. — La bibliothèque du British Muséum possède deux ouvrages de médecine auxquels Daniel Puerari a eu quelque pari et que Senebier a ignorés. Ce sonl le Thésaurus Medicinæ practicx de T. Burnet, annoté par Puerari (éditions de Genève 1678 et de Lyon 1702), et la thèse de T. Barlholin, professeur d’anatomie à Copenhague, intitulée : De Carnihus lucentibus. suivie d'une Responsio du même Puerari.

8 Reg. Conseil, 17 déc. 1655 et 9 janvier 1656. — Les éditeurs du Livre du Recteur ont confondu les deux Steinberg et en oui fait, sous le nom de Melchior Steinberg. un professeur imaginaire de droit et de philosophie. — Appelé à Franeker, en 1669, Jean-Melchior Steinberg y mourut, à la fin de 1670. Bœles lui a consacré une notice ( Frieslands Hoogeschool. II, 241 ss.).

l’enseignement préparatoire

1 659 à 1 66 1 , celles île pasteur de I égl ise allemande *. Ce lut le dernier champion delà tradition médiévale. Son nom clôt la liste de ceux qui, pendant tout le premier siècle de l Ecole genevoise, à l’exemple de leurs devanciers, ne jurèrent que sur la parole du maître. Après lui vint Robert Chouet. Descartes et Gassendi entrèrent à la suite de Chouet dans l'Ecole de Calvin et la science genevoise y naquit.

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