‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 144 sur 213 · OU · texte numérisé non relu

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LA NOBLESSE ALLEMANDE

« Je suppléerledéfautde la présence deson père, sanspermettrequ’ilse rende « traîne-espée ou gaste-temps, à quel effect le père vous donne toute bride » En 1602, le landgrave Maurice de Hesse résumait tout l’attrait qu’avait eu pour lui le séjour de la ville aux mœurs simples, pures comme l’eau «le son lac et comme l’air de son temps, en ce sixain dont il lit hommage, le jour de son départ, au premier syndic Chabrey :

Quisquis a mat vitarn sobriam, cas tant que tuer/,

Perpétua esta illi casta Geneva doutas.

Quisquis amat citant hanc bette vivere, vivere et ilia ni, llli itérant fuerit pulchra Geneva locus.

Hic vitæ inverties quicquid conclucit utriquc,

Ileliqio hic sana est, aura, user, atque lacas.

C’est en l’honneur du landgrave qui fut, aux mauvais jours, un des plus fermes appuis de la Seigneurie, contribuant de sa bourse, et sans compter, aux frais considérables des fortifications, qu’un des bastions de Genève portail autrefois le nom de « Bastion de liesse, » comme un autre fut appelé le « Bastion de Hollande » en l’honneur des Etats-Généraux.

L’exemple des maisons princières de l’empire était, cela va sans dire, suivi par les grandes familles de leurs cours et pendant longtemps la « noblesse allemande » joua un rôle considérable dans la société genevoise. On comprit de bonne heure sous cette dénomination générique toute la jeunesse aristocratique étrangère. Les Danois, les Suédois, les Polonais, les Hongrois, les Anglais en ont fait partie. Pendant la guerre de Trente ans, Genève fut un refuge pour les protestants d’Allemagne, comme elle l’avait été au XVIe siècle pour ceux de France. L’album de F Académie est encore ici une source précieuse de renseignements sur tant d’hôtes distingués. L’usage s’était introduit de le présenter à tous les étrangers de marque qui s’intéressaient à l’Ecole à un titre quelconque. En y mettant ses armoiries, ou simplement une devise ou quelque pensée, on faisait un présent à la Bibliothèque et à la bourse dos pauvres escolicrs. Cette coutume devait être abandonnée, au commencement du XVIIIe siècle, à la suite d’une décision contraire des scolarques, du recteur et des directeurs de la Bibliothèque2. Mais, à l’époque qui nous

1 Lettre datée du 18/8 mars 1605. (Ms s. Bibl. de Genève. Mhg. 97 au. Y.)

? Registres des assemblées de Mess"8 les Directeurs de la Bibliothèque, 10 oct. 1702.

INSTITUTIONS ET USAGES

occupe, elle est des plus respectées; et l’on a vu que du temps de Jacques Godefroy I inscription dans l’album de l'Ecole équivalut à l'immatriculation, qu'on n’osait réclamer des jeunes gens titrés. C’est de la sorte qu’on y trouve réunis, souvent sur une même page, outre les nombreux représentants des dynasties déjà mentionnées, six comtes de Solms, quatre comtes de Sayn- Wittgenstein, cinq comtes de Lippe, six comtes de Bentheim, cinq comtes de Hanau, huit comtes de Ilohenlohe et, après les maisons souveraines, des lignées de moins puissante noblesse : des Starhemberg, des Schwarzenau, desZinzendorlï , des Do hua, des Kaunitz, des von derTann , des Manteufl’el ,ctc. Le Danemark y compte des Brahé, en nombre, dont deux cousins du célèbre astronome Tycho-Brahé, et des Moltke. La Bohême, la Transylvanie, la Hongrie, la Suède y sont représentées par de multiples blasons. La Pologne l’est par ceux des familles palatines de Lesznoet de Radzimin, par des I hmikowsky de Orsko, un Goluchowsky, etc. Parmi les Hollandais, on rencontre des BarneveltetdesSchimmelpenninck. Au nombre des Anglais et des Ecossais enfin, dont nous avons déjà mentionné plusieurs, on trouve des fils de la plus lière aristocratie, héritiers des Herbert, comtes de Pembroke, des Savile, comtes d Halifax, des Montagne, comtes de Manchester, des Beauchamp, comtes d Hertlord, des Cavendish, comtes de Devon, des Cecil, comtes de Salisbury, des Riche, comtes de Warwick, des Douglas, comtes d Angus, des Drummond, comtes de Perth, etc. Et, parmi ceux qui n’ont mis qu’une signature de voyageur dans l’album qu’on leur présentait, un James Harrington (1635) et un Algernon Sydney. Ce dernier, venu pendant son exil, selon toute vraisemblance en 1663 h a laissé au bas d’une page un « Sit sanguinis ultor justorum, » qui peut servir de commentairelau récit tragique de sa vie.

1 Ludlow's memoirs (édition critique de C. H Firlh; Oxford, 1894) II, 346

LA NOBLESSE ALLEMANDE

Les noms que la grande révolution puritaine a fait historiques ne sont pas rares dans l’album de l’Ecole genevoise. Nous avons déjà signalé celui du troisième comte d'Essex1. Il faut y joindre celui de Basile Feilding, deuxième comte de Denbigh et Desmond, qui fut également l’un des généraux du Parlement. Le fait que cet album fut présenté, au XVIIe siècle, non seulement à ceux auxquels il semble avoir été destiné dès l’origine, mais à des étrangers, simplement de passage à Genève, diminue évidemment la signification qu’on pourrait être tenté d’attribuer à mainte signature qu’on y rencontre. Nous croyons toutefois qu’en l’examinant de près on reconnaîtra que le plus grand nombre de ces signatures appartiennent à des étudiants, ou tout au moins à des jeunes gens venus pour raison d’études. Sur ceux-là Genève a pu et dû exercer quelque influence, surtout quand elle apparaît, en quelque sorte, comme le pèlerinage obligé de leur jeunesse. Nous reproduisons ci-après une dernière page de ce précieux volume, celle qu’ont remplie, durant un siècle, huit rejetons de la maison de llohenlohe. Au verso, on trouvera les armes et l’autographe de quatre comtes Leszczynski, lignée des seigneurs de Leszno, ancêtres d’un roi de Pologne et, par Marie Leszczynska, de trois rois de France, de René de Barnevelt, fils aîné du grand pensionnaire de Hollande et de cinq représentants de deux familles suisses dont les noms appartiennent à l’histoire de leur pays, depuis ses origines : les Escher (branche dite vom Luchs ), de Zurich et les de Watteville, de Berne.

C’était, comme on l’a vu plus haut, Battrait de la jeunesse distinguée à laquelle il donnait des leçons qui avait engagé noble Philippe-André Oldenburger à venir se fixer à Genève et à postuler le titre de professeur. Il trouva (pie la place pouvait offrir des avantages précieux, même aux moins fortunés des étudiants, car nous lisons dans la préface déjà citée, de son Traité des Quatre Eléments :

« Les Allemands, les Suisses, les Danois, les Suédois el autres trouveront facilement ici ce qu’ils cherchent et s’épargneront une grosse dépense. L’Italieetla France sont faites pour vider les bourses. A Paris, et ailleurs dans le royaume, ou les jeunes nobles s’instruisent dans l’art de l’équitation, on dépense deux fois autant d’argent qu’à Genève. En outre les jours fériés du calendrier romain, pendant lesquels le manège doit chômer, d’un mois entier font souvent un demi. C’est ce que n’ont pas à craindre ceux qui viennent à Genève. »

1 Voir, plus haut, p. 147.

INSTITUTIONS ET USAGES

Le manège réformé, auquel le calendrier protestant assurait de tels avantages, avait été créé par la Seigneurie, sous l'un des syndicats de Jacques Lect, à la fin du XVIe siècle, tant en vue des exercices militaires des « Enfants de laville, » qui devaient y apprendre à se gouverner « en bonsgensd armes, » que pour l’usage et l’agrément de la noblesse allemande. Il était situé au bas de la colline de la Tertasse, le long des terreaux delà Corraterie. Le Conseil lui-même en concédait l’exploitation et la direction à un écuyer auquel ses services, s il était étranger, donnaient droit à la bourgeoisie. Le même avantage était fait au maître d’armes1.

Comme par le passé, les tables des professeurs et des pasteurs étaient celles auxquelles il était surtout profitable aux étrangers d obtenir une place. Elles étaient, cela va sans dire, mieux servies qu’au temps de la Saint-Barthélemy. Toutefois, détail à noter, on n’y avait, pas plus que dans les plus modestes pensions du faubourg de St-Gervais, le droit de se faire apporter d'autre vin que celui du pays. Etendant sa main paternelle sur la jeunesse du consommateur, sans nuire à l’intérêt de ses administrés, le Conseil avait sagement imposé à toute table ouverte le « crû des Citoyens et Bourgeois habitants et sujets de la Seigneurie, » un vin nullement capiteux, fait pour la soil et sans traîtrise. Cependant il est vraisemblable qu aux eseoliers de qualité, la quantité n était point trop mesurée, car, à partir de 1674, les spectables pasteurs, professeurs et régents furent exemptés de l’impôt d un florin par setier (54 litres), dù au trésor par tous ceux qui tenaient pensionnaires 2.

Quant au français que venaient chercher et que trouvaient ces hôtes, il était incontestablement de qualité supérieure à celui du siècle précédent, ce n était plus ce patois de Savoie, dont se plaignait Jacques de Landenberg, et les confédérés n étaient nullement trompés à cet égard, comme jadis, par la renommée. Voici sur ce point le témoignage contemporain d un

1 Le f.ivrc des Bourgeois, compulsé par M. Covelle, porte que le 19 novembre 1633, Jean Nadal, lils tle feu sieur Antoine, de Puymichcl en Provence, est reçu bourgeois « en considération du service « qu’il rend ici à enseigner la jeunesse au maniement des armes. » (/.. c. , 352.)

On trouvera dans un roman récemment paru et qui est une précieuse élude historique, Ceux de Ccnèec, de M Charles DuBois-Mellv (Genève et Bâle, 1897), une curieuse et fidèle restitution de ce qu’étaient, au XVIIe siècle, les joutes militaires des Genevois et les mémorables parties de bague et de « quintaiue » que faisaient les jeunes gentilshommes de la Religion dans le manège de la Corraterie.

2 Reg. Conseil, 18 septembre 1674.

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