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LA SECONDE EMIGRATION FRANÇAISE

docteur de Sorbonne, Poulain de la Barre, dont la philosophie de Descartes fit un réformé :

« Il y a sujet de s’étonner que dans une ville qui est sur les frontières les plus reculées de la France, où il y a toujours un assez bon nombre d’étrangers et au milieu d’une contrée où le patois est fort grossier et fort éloigné de la langue française, on ne laisse pas cl’y parler et d’y prononcer incomparablement mieux que l’on ne fait en plusieurs provinces de France... Il est vrai que les Genevois traînent un peu en parlant, mais il est vrai aussi que cette petite lenteur approche plus du juste milieu de la bonne prononciation que l’extrémité opposée, et qu elle ne se remarque guère que dans les femmes et dans ceux qui ne sont point sortis de Genève. Car pour ce qui est des magistrats, des gens de lettres et des marchands, comme ils ont presque tous voyagé, on voit qu’ils prononcent le français comme les personnes de leur sorte le prononcent à Paris »

11 ne faut pas oublier toutefois que ceci n’est absolument vrai que des classes relativement élevées de la population, et qu à partir de la seconde moitié, ou peut-être du dernier tiers, du XV 11° siècle. G est à ce moment seulement que Genève est devenue une ville de langue française exclusivement, et il a fallu, pour achever cette évolution, l’arrivée d’un nouveau flot de réfugiés : les victimes de la révocation de l’Edit de Nantes. On trouve encore jusqu’au milieu du siècle des textes établissant que, chez une partie de la population an moins, le langage qu’on parlait encore était le patois savoyard. Tel celui-ci, que nous tirons des registres de la Compagnie, à la date du 12 mai l()54. Il s’agit de réforme scolaire et de résolutions qu’on enjoint aux régents du Collège d’exécuter scrupuleusement :

« Ordonné qu’ès plus hautes classes ilsferont parler latin leurs Escoliers et tiendront la main à ce que l’ancien ordre de bailler la Tessère 2 soit observé el que les régents des basses classes feront parler lrançois les leurs, et empescheront qu ils ne parlent savoyard et ne jurent ou diabloyent. »

On voit le rôle que le Collège a |oué quant à la répression du dialecte local. Dans ce domaine, I Académie n’a pas eu d influence directe, puisque tous les cours s’y donnaient en latin.

1 Essai des reinarr/ues particulières sur ta tangue française pour ta cille de (le/tève (1691). Passage cité pa r M. Philippe Godet dans son Histoire littéraire de la Suisse française ; 2e éd. ( Neuchâtel , 1895), p 158.

1 Sorte de méreaux qu’on remettait, semble-t-il, aux écoliers afin de constater leur présence au

INSTITUTIONS ET USAGES

Si la grande émigration des réformés de France, qui commença dès avant la révocation formelle île l’édit d’Henri IV, en 1685, et se continua pendant les années suivantes, eut une influence considérable sur le mouvement de la population de la ville et partant sur sa langue, influence telle qu’en 1687 par exemple, on comptait dans le quartier populeux de St-Gervais plus de familles de réfugiés que de familles genevoises, cette émigration n’a nullement marqué dans les annales de b Académie, comme jadis celle des fugitifs de la Saint- Barthélemy. Cela tient tout d’abord au lait que Genève, surveillée de trop près par le gouvernement de Louis XIV, ne put offrir aux bannis le refuge public, officiel en quelque sorte, qu elle avait ouvert jadis aux huguenots persécutés. Depuis 1671), le Conseil avait été obligé par le puissant monarque de recevoir en permanence un ambassadeur français, qu’on appelait M‘ le Résident, et dont la présence, sinon les exigences, rappelaient chaque jour à Messieurs que la République était toute petite et qu elle avait pour voisin un très grand roi. Les religionnaires gessiens, les plus tôt arrivés et les premiers reçus, furent immédiatement suivis d’une lettre de leur gouverneur, M. de Passy, au premier syndic, protestant contre l’asile accordé à îles rebelles. Cette plainte lut soulignée d une interdiction, frappant jusqu’aux propriétaires genevois possession nés dans le pays de Gex, d’approvisionner les marchés de la ville. Les représentations de la Seigneurie aboutirent à cette réponse de Louis XIV, dont le Résident de France donna copie à Messieurs :

« Estant adverti qu’il y a beaucoup de mes sujets de la Relligion prétendue Reformée qui, au préjudice des deffenses generales què j’ay faites de sortir de mes Estats sans ma permission, se retirent à Genève, et y sont receus des Magistrats, je vous escris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous laciez de pressantes instances de ma part auprès de ceux qu i gouvernent dans ladite ville, à ce qu’ils obligent incessamment tous ceux de mesdits sujets qui s’y sont retirés depuis un an d’en partir pour retourner dans leurs maisons, et profiter de la grâce que je veux bien encore leur faire de pardonner leurs contraventions à mes ordonnances, pourveu qu’ils rentrent dans leur devoir, avant que le terme de quatre mois soit expiré, et vous déclarerez aux susdits Magistrats que je ne pourrois pas souffrir (ju ifs continuassent a donner retraite à aucuns de mes sujets qui voudroyent encores sortir de mon Royaume sans ma permission. Vous ne manque-

temple et à l’issue des classes, à la « Salle » pour la prière en commun. Ils en rendaient compte à la lin de chaque semaine à leurs régents.

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