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LA SECONDE EMIGRATION FRANÇAISE

rez pas de me faire savoir la résolution qu’ils auront prise sur vos instances, afin quejereigle aussi les miennes, suivant la deference qu’ils auront à ce que je desire d’eux 1. »

Le Conseil, quoi qu’il lui en coûtât, ne pouvait cpie déférer sans retard aux désirs de Louis XIV. On n’était pas de taille à résister. Un ordre formel, publié à son détrompé dans la ville et sur toutes les terres de la Seigneurie, enjoignit à tous les Français expatriés depuis un an d’avoir à quitter le territoire de la République. L’édit satisfit le Résident ; puis, comme l’hospitalité genevoise s’évertuait à en éluder les dispositions, une nouvelle lettre du roi,

] ) 1 u s menaçante encore que la première, arriva et il fallut réitérer l’ordonnance et menacer de châtiments corporels les habitants qui persistaient à cacher des fugitifs dans leurs demeures, expulser certains ministres, suspects d’entretenir des intelligences séditieuses avec les Gessiens, et entraver les communications par bateaux avec le pays rebelle. A ce prix seulement l’interdiction du commerce fut levée et les relations amicales avec la France furent rétablies.

Le Ilot de l’émigration ne cessa pas pour cela. Il s’accrut bientôt au contraire des arrivants du Dauphiné, du Languedoc et de tout le Midi. Mais, le Conseil s’évertuant à les faire passer plus loin, Genève ne fut pour les fugitifs qu’une étape vers la Suisse ou F Allemagne. Les gens de quelque notoriété étaient naturellement les plus redoutés et, à de rares exceptions près, ceux-là seuls que leur obscurité, leur bas âge, ou un incognito si rictement gardé, permettaient d’ignorer ou de dissimuler, purent se fixer dans la ville. Quoique suffisamment nombreux, puisqu’ils furent, au siècle suivant, le noyau de cette classe de la population qui devait provoquer la transformation progressive, puis la chute du gouvernement patricien, il n’est pas étonnant qu’à l’exception de Bénigne Mussard, qui du reste était d’une famille autrefois genevoise, et du premier Jalabert, les émigrés n’aient joué aucun rôle immédiat dans l’Académie. Au point de vue de la haute culture, ce furent les cantons protestants de la Suisse, — notamment Berne, Bâle et Zurich, — les Provinces- Unics, le Brandebourg et I Angleterre qui profitèrent de la terrible saignée

1 Lettre datée de Fontainebleau, le 17 octobre 1685, contresignée Colbert. (Archives d’Etal de Genève, Portefeuilles historiques, n° 3776.) Cf. Ch. Weiss, Histoire clos réfugiés protestants de France ; Paris 1853, II, 196.

INSTITUTIONS ET USAGES

que Louis XIV infligeait à son royaume. Genève y gagna des étudiants et un surcroît d’importance, comme séminaire du protestantisme français persécuté. Elle n’y acquit pas, du moins en ce qui concerne le XVIIe siècle, de nouvelles forces intellectuelles.

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